Les peuples de la mer et leur histoire

De
Publié par

Cet ouvrage nous entraîne à la découverte des mystérieux "Peuples de la Mer", dans un vaste voyage archéologique allant de l'Anatolie à la Sicile, et de la Grèce à la Sardaigne, en passant par Chypre et par l'Egypte. Il montre la grande diversité de ces peuples, ainsi que ce qui les unit, émettant une nouvelle théorie sur la catastrophe naturelle, qui selon lui, mit fin à l'Age du Bronze vers 1200 avant notre ère.
Publié le : jeudi 1 mai 2003
Lecture(s) : 97
Tags :
EAN13 : 9782296321076
Nombre de pages : 200
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LES PEUPLES DE LA MER
ET LEUR HISTOIRE

@ L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4369-2

Jean FAUCOUNAU

LES PEUPLES DE LA MER
ET LEUR HISTOIRE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

PRÉFACE
Tracer l'histoire gageure. belge Paul Mertens sources des "Peuples de la Mer" paraît une très justement l'archéologue Dans les "il n'est même pas facile d'en établir leurs noms, tantôt c'est l'un, Il s'agit en outre au point de vue très mobiles

Comme l'a écrit

une liste qui soit complète sans être abusive... qui nous donnent ou d'ethnies Mouvante renseigne la plus ou supposées d'où viennent-ils, ainsi? est ardemment tantôt c'est l'autre qui se trouve cité... de peuples géographique... tion qui nous est peut-être

est donc aussi la documentasur eux. Elle est notamment et cette difficulté des peuplades aux Qui se la la

variable au point de vue chronologique, insurmontable: telles, identiques, sont-ils, question

sont mentionnées et pourquoi [6] de

XIVe, XIIIe, XIIe siècles, voire au IXe et au VIlle... où vont-ils déplacent-ils Dans chacun des cas, ou presque, débattue"... (Voir

Bibliographie in fine, pages 71 et 77/78).

Si nous avons entrepris une telle tâche, qui paraît a priori impossible, c'est parce que nous estimons que la "Théorie Proto- Ionienne" ainsi que celle du "Second effondrement de Thèra" ont permis d'éclairer le problème d'une façon inespérée. En dévoilant l'existence de Grecs proto-ioniens en Egée dès le Bronze Ancien, le déchiffrement du Disque de Phaistos (Voir [2] et [3] de la

Bibliographie) a permis -

enfin - de comprendre

comment s'étaient formées la plupart de ces ethnies connues sous le nom de "Peuples de la Mer". Certes, bien des questions restent encore sans réponse... Mais il nous a paru utile de rassembler dans le présent ouvrage un certain nombre de données qui paraissent susceptibles de faire progresser la connaissance de ces peuples qui marquèrent profondément l'histoire de l'Europe méditerranéenne. Comme pour notre "Théorie Proto-Ionienne", ce livre, fruit d'une longue enquête scientifique, n'aurait pu être écrit sans l'appui de revues comme KADATH ou "Actualité de l'Histoire" . Que les directeurs de ces revues, et tout particulièrement I.Verheyden et P.Ripert qui ont eu la bonté de publier une grande partie de nos recherches, soient ici publiquement remerciés pour leur aide et leurs précieux encouragements!..

2

Comme pour notre livre sur les Proto-Ioniens, cet ouvrage de synthèse reprend, en grande partie, de nombreux sujets traités dans nos précédents articles. Ceux qui connaissent déjà ces derniers ne s'étonneront donc pas d'en trouver parfois reproduits de larges extraits. Quant à ceux qui ne les connaissaient pas, peutêtre la lecture du livre leur donnera-t-elle
reporter. ..

l'envie de s'y

Sur un sujet aussi délicat que celui des "Peuples de la Mer", nul ne peut être à l'abri de commettre Ce sera, certainement, la vérité historique, des erreurs, nouvelles. Notre ou d'être plus tard démenti par des trouvailles

le cas de notre ouvrage...

espoir est seulement de ne pas nous être trop éloigné de et d'inciter archéologues et géologues à explorer de nouvelles pistes de recherche...

*

*

*

3

CHAPITRE
Une expression
Les inscriptions d'Egypte

1

venue d'Egypte

Le terme "Peuples de la Mer" , que l'on doit à Gaston Maspéro et qui a été consacré par l'usage, est la traduction d'une expression figurant dans les inscriptions égyptiennes, en particulier dans celles des pharaons Mineptah et Ramsès III. Elles parlent des "étrangers du nord qui sont dans les îles au milieu de la mer" et qui ont attaqué l'Egypte. Telle est du moins la traduction généralement admise, "mer", pour les mots w3d-v.rer, signifiant littéralement "le Grand-Vert". Il n'est pas sans intérêt de noter que certains savants, comme Alessandra Nibbi [7] , ont contesté cette traduction, faisant valoir que les mots "Grand-Vert" désignaient seulement le Delta du Nil et non la Mer méditerranée. Il semble, en fait, que le terme ait glissé, au fil des siècles, du sens de "Delta du

Nil" ou "Nome des 9 Arcs" à "Mer méditerranée". verrons ci-après ce changement contrairement

Nous

dans le Chapitre 4 la raison probable de de sens. Il paraît acquis, en tout cas, que A. Nibbi, il signifiait

à ce qu'a soutenu

bien "mer" à l'époque de Ramsès III. Le pluriel pluriel poétique. peuples, tout passage égyptien désigner "Peuples de la Mer" n'est Il exprime la grande ouvrage. entourée nullement un

diversité

de ces au en

sur laquelle nous aurons que le mot le sens simplement de

l'occasion Il faut

de revenir relever

au long du présent

"île" n'a pas obligatoirement "terre d'eau". un pays côtier,

Il peut

VOIre une terre en

bordure d'un fleuve (J. Vercoutter).

Pour définir les "Peuples de la Mer", il est donc nécessaire de partir des sources égyptiennes, dont les plus essentielles sont les inscriptions des pharaons Mineptah (certains préfèrent lire: Merneptah) et Ramsès III. 1)- Règne de Mineptah :
La "Grande Inscription lacune, les Akhawasha, les de Karnak", Toursha, figurant sur les les selon chef

murs du temple dédié à ce pharaon mentionne, Shardana, les Shakalasha, tous "nordiques les pays" dit le document. l'inscription,

après une

les Loukka,

venant de tous

Ces peuples font partie, 6

d'une coalition menée par "le misérable

des Libyens, Merial fils de Didi" ... La liste des prisonniers faits par le pharaon mentionne de même (lignes 52-56) "les Shardana, les Shakalasha, les Akhawasha des Pays de la mer", et, après une lacune, les Toursha. Ces mêmes noms se retrouvent sur la "Stèle d'Athribis" qui mentionne les" Akhawasha des Pays de la mer, les.?, les Shakalasha, les Toursha, les Shardana". Notons au passage que la "Stèle de la Victoire", dite aussi "Stèle d'Israel" car le nom d'Israel y est mentionné pour la première fois, rapporte des évènements analogues, mais cette fois, la coalition montée par les Libyens réunit des peuples venant de Palestine et de Syrie, disant "shalom" précise le texte. Sauf si comme A. Nibbi on voit dans les "Peuples de la Mer" des peuples étrangers établis dans le Delta, cette inscription ne concerne donc pas ces derniers. 2) - Règne de Ramsès III
Deux essentiels: documents l'inscription datant de cette époque sont Mais il

dite "de l'An 8" sur les parois du et le "Papyrus Harris". de l'An 5" qui

temple de Médinet-Habou pose quelques problèmes. a)- L'Inscription

faut aussi y ajouter la curieuse "Inscription

de l'An 8 : 7

FIG

U R E

1

LES ENNEMIS DE RAMSES III

Tchakkara

Shardana

Shakalasha

Toursha

Les cartouches

placés devant les prisonniers leur nationalité

indiquent

8

Il est indispensable de donner ici de larges extraits de la traduction de cette importante inscription: "Les étrangers firent une conspiration dans leurs îles. D'un seul coup ils se mirent en marche et quittèrent en masse leurs pays pour combattre. Nul pays n'avait tenu devant leurs bras. Khatti (le rayaume hittite), Qodé (la Cilicie), Karkhémish, l'Arzawa (un pays à l'ouest de la Turquie) furent abattus d'un seul coup. Un camp fut établi par eux quelque part en Amourrou (Syrie du nord), dont ils ravagèrent le peuple et le territoire. Puis, jls s'avancèrent vers l'Egypte. Leur confédération comprenait les Péleshéta, les Tchakkara, les Shakalasha, les Danaouna et les Ouashasha. Ayant déjà fait tant de conquêtes, ils se disaient, Je coeur plein de confiance:
"Nos plans réussiront ". . ."

L'inscription raconte ensuite, par le texte et par l'image, comment le pharaon écrasa les envahisseurs (lignes 23-26) : "Ceux qui attaquèrent ma frontière, leur race n'est plus, leurs coeurs et leurs âmes sont détruits pour toujours. Quant à ceux qui s'avancèrent en même temps sur la mer, le feu les accueillit aux bouches du fleuve, tandis qu'une palissade de lances les attendait sur la plage. Ils furent traînés à terre, cernés, couchés sur le rivage, abattus et mis en tas..." On relèvera que ni les Shardana, ni les Toursha ne sont cités, mais dans le pavillon d'entrée du temple, on voit une série de sept chefs captifs agenouillés 9

les bras attachés par derrière. Près de chacun, une légende précise sa nationalité. Et y figurent, à côté d'un Péleshéta et d'un Tchakkara, un Shardana de la mer et un Toursha de la mer. b)- Le papyrus Harris Ce papyrus, qui relate les mêmes évènements, présente une liste légèrement différente: "J'ai frappé les Danaouna qui venaient de leurs îles. Les Tchakkara et les Péleshéta, je les ai transformés en cendres. Les Shardana et les Ouashasha de la mer furent réduits à néant, attaqués en une fois et emportés comme captifs en Egypte, aussi nombreux que les grains de sable du rivage. Je les ai placés dans des forteresses et attachés à ma personne... Je les ai tous taxés, en vêtements et en grains chaque année... Et grâce à moi, les femmes égyptiennes ont pu se rendre où elles voulaient, sans qu'un étranger ou un autre les moleste sur la route. . ." c)- L'Inscription de l'An 5 La plus grande partie de cette inscription se réfère à l'activité des Libyens, et se situe donc dans le prolongement des textes datant du pharaon Mineptah. Puis le document se met à décrire, en des termes très similaires, des combats analogues à ceux de l'An 8. De telle sorte que beaucoup d'égyptologues ont soupçonné ce 10

texte d'avoir été, en fait, rédigé après les évènements de l'An 8 "Leurs guerriers établirent un plan et s'avancèrent, le coeur plein de confiance "nous réussirons" ... Leurs coeurs étaient plein de méchanceté et du désir de faire le mal, mais leur plan fut déjoué..." Puis après avoir décrit la défaite des envahisseurs, le texte mentionne, sans transition: " Les pays du nord se mirent à trembler: les Péleshéta, les Tchakkara, les.. (lacune). Ils furent coupés de leur contrée d'origine, et arrivèrent, l'esprit défait. Il y avait des fantassins, et un autre groupe vint par mer. . ." Malgré ces similitudes entre l'Inscription de l'An 5 et celle de l'An 8, il n'est pas sûr toutefois que le premier ne soit pas un texte d'époque et non un récit écrit a posteriori, bien des années après les évènements qu'il décrit. Nous verrons dans le Chapitre 4 qu'une interprétation dans ce sens ne paraît pas impossible. 3)- Les données iconographiques Nous ne saurions conclure cet examen des principales sources égyptiennes sans mentionner les riches données iconographiques accompagnant et illustrant les inscriptions. A l'exception des Loukka, les divers "Peuples de la Mer" ont été abondamment représentés par les sculpteurs égyptiens dans des reliefs d'une remarquable précision. Les caractéristiques des guerriers ennemis y sont décrites avec une extraordinaire minutie. Les artistes égyptiens se 11

sont attachés boucliers, là une

à distinguer

le type racial des assaillants,

leur costume guerrier,

leurs casques, leurs armes et leurs etc. Il y a de faire des

leurs navires et leurs chars à boeufs, la robe et source presque inépuisable de renseignements,

la coiffure des femmes qui les accompagnaient, permettant fouilles. . . à l'archéologue ou à l'historien

rapprochements

avec telle ou telle culture connue par des

Les divers problèmes que posent les inscriptions
Le principal l'identification problème concerne bien évidemment Toursha,

des divers "Peuples de la Mer" mentionnés Péleshéta, Akhawasha, en détail.

dans ces inscriptions:

Loukka, etc. Nous y reviendrons

Contentons-nous pour l'instant de rappeler que les Egyptiens ne faisaient pas de différence entre un peuple et le pays qu'il habitait. Les noms de peuples sont, à l'origine, des noms géographiques. Il n'en reste pas moins que, comme l'a souligné J. Vercoutter ([10] p.37), les scribes des époques récentes "ne comprenaient pas toujours le sens des mots géographiques anciens... Il est donc impossible de se fonder, sans preuve, sur la fixité

d'un nom géographique". Nous relèverons ainsi - sans
rien en conclure pour le moment - que la plupart des noms des "Peuples de la Mer" mentionnés dans les listes ci-dessus ont la curieuse propriété 12 de correspondre

phonétiquement Akhawasha Sardaigne/Sardes : Lyciens/Lycie totalement formels, exemple, historique

à des noms de peuples Achéens/ Achaïe -- etc.

ou de contrées Shardana de récuser purement D'autant de façon problème dans les

bien connues par ailleurs:

Péleshéta : Philistins/Palestine

-- Shakalasha : Sicile/Sicules -- Loukka Il paraît impossible être dus au hasard. l'équation est un de ces rapprochements

la valeur

qui ne sauraient l'archéologie adéquat,

que dans certains

cas favorables, a confirmé ce qui

celui des Péleshéta par par un schéma

éclatante. .. Mais il reste à les expliquer particulièrement

difficile comme nous le verrons

chapitres qui suivent!.. Un second problème été une véritable III. Les images Médinet-Habou un mouvement montés - peut-être encore plus difficile de l~gypte par ces

à résoudre - est de savoir la raison de ce qui paraît avoir
tentative d'invasion gravées montrent, "Peuples de la Mer", tout au moins au temps de Ramsès sur les parois en effet, du Temple de une simple mais y non

attaque de l'Egypte par quelque bande de guerriers, massif de population: tirés sont décrits comme accompagnés sur des chariots d'origine

les assaillants

de femmes et d'enfants, par des boeufs. Il est fuyant

difficile de ne pas penser à une horde de réfugiés, leur contrée guerre ou famine...

à la suite de quelque cataclysme,

13

FIG

U R E

2

LES IMMIGRANTS

"PELES HE TA"

14

Un troisième problème, historique" guère Mineptah mentionnés des inscriptions.

lié au précédent,

mais le plus

souvent passé sous silence, est relatif à l' "homogénéité La majorité des savants n'a entre les textes du règne de fait de différence

et ceux du règne de Ramsès III : les peuples sont à peu près les mêmes, les évènements une attaque de l'Egypte par des de plus près, en fait, on des les

décrits sont semblables: peuples étrangers milieu de la mer... s'aperçoit différences assaillants Libyens. que ces notables:

venus du nord et des îles qui sont au Mais à y regarder textes présentent,

Pendant le règne de Mineptah,

semblent venir de l'Ouest, sous la conduite des Mais rInscription de l'An 8 décrit au contraire L'inscription de l'An 5, et nous la

l'attaque de l'Egypte par des peuples venant explicitement de Syrie, c'est-à-dire plus ambiguë, de l'Est!.. est plus difficile à interpréter,

laisserons pour l'instant de côté.

Deux thèses opposées Les réponses aux deux derniers problèmes étant particulièrement difficiles, il ne faut pas s'étonner si la réponse au premier ("Qui étaient les Peuples de la Mer?") a quelque peu varié suivant les savants. Lors de son voyage en Egypte en 1829, lorsqu'il put examiner de près les inscriptions de Médinet - Habou , Jean- François Champollion identifia, le premier, les Péleshéta avec les Philistins de la Bible, et cette identification a été confir15

mée par la suite. En 1861, l'égyptologue Emmanuel de Rougé, son contemporain, étudia les inscriptions du règne de Mineptah et proposa de voir dans les Akhawasha des Grecs achéens, dans les Shardana des guerriers venus de Sardaigne, dans les Shakalasha des Sicules et dans les Toursha des Etrusques. Il en conclut donc à une invasion venue de l'Ouest... Toutefois, les Loukka, identifiés aux Lyciens, un peuple situé dans le Sud-Ouest de la Turquie, faisaient problème. Mais, s'appuyant sur la mythologie grecque, E. de Rougé fit remarquer que le personnage légendaire Lykos , fils du dieu de la Mer Poseidon, fut d'après certaines traditions, roi de Thèbes en Béotie, c'est-à-dire en Grèce du Nord. La thèse d'une invasion de l'Egypte par des "Peuples de la Mer" venus de Grèce et de l'Ouest de la Méditerranée lui parut donc assurée. Quant aux Péleshéta /Philistins, la Bible les faisant venir de Crète, le fait qu'il s'agissait aussi d'un "Peuple de la Mer" ne faisait pas problème... Mais dès que fut mieux connue l'Inscription de l'An 8, la thèse d'E. de Rougé sembla devoir être abandonnée. Car ctest bien du Nord-Est, c'est-à-dire d'Anatolie, de Chypre et de Syrie, qu'étaient explicitement dits être venus les "Peuples de la Mer" !.. Aussi, dès 1875, l'égyptologue Gaston Maspéro proposa d'inverser le sens du mouvement des "Peuples de la Mer". Il vit dans les Péleshéta, les Shakalasha, les Shardana et les Toursha des peuples en marche, qui, ayant quitté la Grèce et 16

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.