//img.uscri.be/pth/9eb941737a2c51538336dc19f8d05fd8b3ec473f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,04 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les sources du nationalisme algérien

De
196 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 98
EAN13 : 9782296156883
Signaler un abus

Les sources du nationalisme algérien

«Histoire

Collection et perspectives méditerranéennes» STORA

dirigée par Ahmet INSEL, Gilbert MEYNIER et Benjamin

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions l'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.
Ouvrages parus dans la collecdon :

- O. Cengiz Aktar, L'Occidentalisation de la Turquie, essai critique, préface de A. Caillé. - Rabah Belamri, Proverbes.et dictons algériens. - Juliette Bessis, Les Fondateurs, index mographique des cadres syndicalistes de la
Tunisie coloniale (1929-1956/. - Juliette Bessis, La Libye contemporaine. - Caroline Brae de la Perrière, Derrière les héros... les employés de maison en service chez les Européens à Alger pendant la guerre d'Algérie (1954-1962/. - Camus et la politique, actes du colloque international de Nanterre Ouin 1985), sous dir. J. Guérin. - Christophe Chiclet, Les communistes grecs dans .la guerre. - Catherine Delcroix, &pairs et réalités de la femme arabe (Egypte-AlgérieJ. - Geneviève Dermenjian, La crise anti-juive oranaise (1895-1905/: L'antisémitisme dans l'Algérie coloniale.

- Fathi Al Dib, Abdel Nasser et la révolution algérienne. - Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple: l'affaire Iveton, Enquête, préface de P. Vidal-Naquet. - Familles et biens en Grèce et à Chypre, sous la direction de Colette Piault. - Monique Gadant, Islam et nationalisme en Algérie d'après. el Moudjahid », organe central du FLN de 1956 à 1962, préface de B. Stora. - Seyfettin Gürsel, L'Empire ottoman face au capitalisme. - Kamel Harouche, Les transports urbains dans l'agglomération d'Alger. - Marie-Thérèse Khaïr-Badawi, Le désir amputé, vécu sexuel de femmes libanaises. - Ahmed Khaneboubi, Les premiers sultans mérinides: histoire politique et sociale
( 1269-1331/.

Ahmed Koulakssis et Gilbert Meynier, L'émir Khaled, premier zaïm ? Identité algérienne et colonialisme français. - Annie Lacroîx-Riz, Les protecteurs d'Afrique du Nord entre la France et Washington. - Ramdane Redjala, L'opposition en Algérie depuis 1962, t. 1. - Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc (1912-1925/, 3 tomes. -Christiane Souriau, Libye: l'économie des femmes. - Benjamin Stora, Messali Hadj, pionnier du nationalisme algérien (1898-1974/ (réédition/. - Benjamin Stora, Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du Front populaire. - Claude Tapia, Les juifs sépharades en France (1965-1985/. - Semi Vaner (sous la dir. de), Le conflit gréco-turc, préface de P. Milza. - Gauthier de Villers, L'État démiurge, le cas algérien. - Brahim Zerouki, L'imamat de Tahart : premier Etat musulman du Magreb, tome I. -

Coordination générale de la collection: Christiane DUBOSSON. our tous P renseignements concernant ce secteur et pour recevoir le dernier catalogue des Editions L'Harmattan, écrire à l'adresse suivante: 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris.

Histoire

Collection et perspectives méditerranéennes

Benjamin

STORA

LES SOURCES DU NATIONALISME ALGÉRIEN Parcours idéologiques Origines des acteurs

Editions L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur

Dictionnaire

biographique

de militants

nationalistes

algériens,

1926-1954

(ENA-PPA-MTLDJ, éditions L'Harmattan, Paris, 1985, 404 p.
Messalie Hadj
(1898-1974), pionnier du nationalisme algérien,

réédité

en 1986 aux éditions L'Harmattan, Paris, 1986, 302 p.
Nationalismes algériens et révolutionnaires français au temps du Front populaire, éditions L'Harmattan, Paris, 1987, 140 p.

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0147-3

AVANT-PROPOS
SENS D'UN TRAVAIL BIOGRAPHIQUE

C'est en 1982 que paraît ma biographie de Messali Hadj, un des fondateurs du nationalisme algérien moderne, qui osa manier le mot d'ordre brûlant d'indépendance dès 1926. A travers cette destinée singulière, tout un jeu de relations sociales, politiques, culturelles, commença à se mettre en place, à prenq.re un sens pour une recherche sur l'Algérie contemporaine. Par-delà ce personnage, émerge en effet l'Algérie populaire dont il. est issu et dont les manières de vivre l'accompagnent jusqu'au bout. Messali, tout au long de sa vie, est porté par une idée fixe, l'indépendance de son pays, véritable «obsession»
~

dont il ne peut se dégager et qu'il tentera de réaliser.
Comment des milliers de militants, des centaines de cadres nationalistes ont eux: aussi porté cette ambition: ont-ils eu cette volonté de soutenir un conflit avec le système colonial français, là où de nombreux autres Algériens ont été tentés de l'éviter? Répondre à cette interrogation exigeait d'aller plus loin dans l'étude de tous ceux qui ont accompagné, suivi, et quelquefois rompu avec le.« père» du nationalisme algérien. Ainsi est venue l'idée d'élaboration d'un Dictionnaire biographique car il m'apparaissait que chaque personnage engagé dans ce combat méritait une biographie originale, certes brève, et qu'il fallait raconter toutes ces vies. L'ensemble de ces militants appartiennent au courant Etoile nord-africaine (ENA)*, Parti du peuple algérien IPPA)**, et Mouvement pour le triomphe des libertés démo.

7

cratiques IMTLD)'" "'* qui présente l'originalité d'avoir posé dès sa création, et de manière continue, le mot d'ordre d'indépendance. C'est en son sein qu'apparaîtront les hommes de l'insurrection du 1ernovembre 1954. En m'engageant dans ce Dictionnaire paru en 198511), j'ai voulu souligner que la rupture avec le système colonial n'est pas le seul fait d'un ou de quelques personnages exceptionnels, mais aussi de beaucoup d'autres qui se sont positionnés sur la scène de l'histoire, en œuvrant parfois lentement et silencieusement à la dissolution des structures de l'Algérie coloniale. Les lecteurs de toutes ces trajectoires individuelles, sans connaître la profondeur ou la genèse de la guerre d'Algérie, peuvent être incités à découvrir plus à fond cette période. Par ce Dictionnaire, l'objectif consistait à faire saisir la cohérence d'un mouvement politique à travers des itinéraires particuliers, et à utiliser l'approche biographique len travaillant sur six cents militantsl pour rendre compte de l'épaisseur sociale et politique d'une société sous domination coloniale. Ces deux ouvrages demandent donc être lus avec un double fil conducteur. D'une part, ils restituent les chaînons manquants dans l'histoire générale du nationalisme algérien, en dessinant les contours de ce mouvement où se sont si puissamment réfractées les contradictions de...--l'histoire contem. . poraine française et de la société algérienne m()deniê. D'autre part, ils nous racontent des militants porteurs « d'utopie» d'une révolution à venir, Le mode d'écriture adopté dans le Dictionnaire bio-. graphique, notice brève et sèchement infonnative, se donnait pour but d'entraîner la sérialisation Ibiographie particulière avec intervention des critères de sélection géographique, niveaux d'engagement politique ou activités professionnelles...1 pour une étude d'ordre sociologi-

que

121.

Ce réservoir des faits donne ainsi accès à une
du collectif. Le Dictionnaire a donc été

compréhension

.
8

.. L'ENA dissoute, le PPA est proclamé en mars 1937.
Le MTLD, proclamé en 1946, se veut le continuateur de l'ENA et du PPA. Messali reste le principal dirigeant de ce courant jusqu'en 1954.

L'ENA est créée à Paris en 1926 par Messali Hadj.

...

conçu à la fois comme un. outil indispensable à l'érudit qui cherche des références, et comme une possible ouverture vers une investigation de type sociologique. La constitution d'un corpus de biographies permet de restituer des pans d'une histoire militante et sociale occultée par les reconstructions successives du mouvement nationaliste. L'alternance de personnages stables ou contestés, solides ou fragiles, de mutations à la direction, représente une sorte d'enregistrement «sismographique» de l'environnement. Reste une question essentielle: pourquoi d'abord l'élaboration d'un Dictionnaire biographique et ensuite un relevé d'analyses, l'ouverture de pistes de réflexions à partir de matériaux accumulés? D'ordinaire, c'est l'inverse qui se produit. Tout se passe comme si le chercheur, historien ou sociologue, avait longtemps cherché à faire disparaître de son texte la trace des contraintes originelles d'érudition. Il classe et trie des sources de façon à produire à partir d'elles des faits concevables et. comparables, mais il s'emploie à faire oublier tout ce travail d'approche pour ne donner à lire au public qu'un discours lisse, évident, qui pour lui est par exemple l'histoire. D'un côté, les prétentions prudentes de l'historiographie positiviste, trop sûre de son érudition méthodique; de l'autre, les ambitions scientifiques totalisantes de l'analyse sociologique. De nombreuses thèses universitaires l'attestent en France, en instituant une division symbolique de l'œuvre entre un étage «noble », le texte, et un soubassement vaguement honteux, les annexes, où se trouve cantonné le matériel qui a nourri le récit. Le poids de l'investissement technique, trop lourd, est passé sous silence. Le style devient pour le chercheur l'ultime revendication de son droit d'auteur. En fait, l'élaboration même des sources, leur disposition et apparition dans le Dictionnaire biographique mettent en œuvre une rationalité, assurent tout ensemble l'exploration et l'exploitation d'un champ historique et social. De l'archive elle-même, on peut montrer qu'elle n'est jamais innocente, mais toujours l'effet d'un partage, le reste d'un scénario ancien, déjà organisé, donc continuant encore à fonctionner et à se transformer dans l' histoire. 9

C'est pourquoi

l'histoire

est une interrogation

inin-

terrompue sur le temps social: « Tout travail historique
est un dialogue dans et avec le présent. Toutes nos habitudes de pensée, nos associations d'idées, nos valeurs, sont formées dans le présent: c'est une prétention et une prétention dangereuse - que de croire que nous pouvons échapper au présent, partir d'une "table rase"!3J» comme l'affirme fort justement le grand historien Moses. Finley. Faire surgir de la poussière des vieux papiers des militants vaincus ou écartés, faire sauter les bandelettes de l'oubli, les croûtes des préjugés sous lesquels ils gisent: de tels choix déplaisent évidemment à ceux que captive encore la légende. Ce travail d'archéologie mené dans le Dictionnaire porte témoignage sur toute une époque, contribue à dégager le présent de ses caches, manifeste les traits singuliers que l'histoire officielle a parfois estompés. Cette démarche choisit de comprendre une société par ses blocages et d'en lire la trame là où elle se déchire. Et c'est ainsi qu'une histoire peut se donner à lire par ses exclusions et ses silences, en faisant le pari de ressusciter l'énorme rumeur des « oubliés» de

l'histoire colonialiste ou nationaliste « officielle », de faire
parler leur silence, de réhabiliter leur temps. A. travers la recherche des traces, des actes fondateurs, l'établissement du Dictionnaire biographique avait pour rôle de dissiper l'oubli existant pour tel ou tel personnage, de retrouver le sens profond des mutations, d'établir des différences. Plusieurs trajectoires qui se succèdent dans le mouvement national algérien de 1926 à 1954, s'éclipsent à tour de rôle, peuvent dans l'ordre même où elles se .présentent offrir l'occasion d'une explication sur les « silences» de l'histoire. Histoire coupable d'occultation, plus encore que de déformation. Cette étude de « détails» biographiques était donc' nécessaire pour sortir des conventions périmées. Toutefois, il ne suffit pas de faire parler ceux quine peuvent pas s'exprimer, de restituer ces voix dans le processus historique pour enrichir notre connaissance. Le problème d'une conceptualisation plus vaste pose en quoi l'étude de ces militants permet de jeter un regard neuf, non seu10

lement sur ces groupes, mais également sur la société algérienne dans son ensemble. Dans ce travail, on se demandera quel rôle ont joué les réseaux familiaux dans la transmission d'un héritage anticolonial; en quoi consiste le fait que les militants soient organisés à la fois sur des bases d'origines régionales (voire villageoises) et sur des bases urbaines, nation.ales; quelles sont les conséquences d'un tel système de recrutement; quelle est la nature des rapports entre militants, entre militants et direction. En découvrant cette complexité de rapports, en refusant de plaquer artificiellement un schéma tout prêt sur la réalité, il faut se demander comment émergent de nouveaux comportements politiques, se mettent en place des règles collectives, plutôt que de supposer connue la base sur laquelle ces hommes entrent ou agissent en politique. On cherchera ainsi quelle est la dynamique qui conduit au blocage de cette société coloniale, on analysera les circonstances dans lesquelles des changements importants ont eu lieu, comment des mouvements ou des forces qui contestent l'ordre établi sont apparus dans cette société. Le rapport entre processus d'engagement et structures coloniales permet de décrire comment s'opère le changement dans une situation sociale sur une longue période, et la dynamique à travers laquelle cette situation évolue, qu'il s'agisse du travail, de la politique, de la famille. L'examen de cette dynamique s'inscrit au cœur de cette histoire sociale. La difficulté vient des tentatives de généralisation en se fondant sur l'expérience cohérente d'un groupe limité. En d'autres termes, çe qui relève de l'analyse du groupe dirigeant de l'organisation nationaliste, entreprise ici, estil généralisable pour l'ensemble de la société algérienne de cette époque? Ou bien l'ana\yse n'est-elle cohérente que pour ce seul groupe? C'est à ces questions que nous tentons de répondre.

11

NOTES AVANT-PROPOS (1) Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, éd. L'Harmattan, préface de M. HARBJ, 1985, 404 p. (2) L'étude sur les militants dans l'immigration en France sera traitée dans un travail ultérieur. (3) M. FINLEY, interview au Monde Dimanche, 14 mars 1982, reprise dans le tome III des «Idées contemporaines », entretiens avec Le Monde, éd. La Découverte.

12

INTRODUCTION

LE NATIONALISME ALGÉRIEN À TRAVERS DES PARCOURS MILITANTS QUESTIONS DE MÉTHODE

Présentation

d'ensemble

de six études

Ce travail livre les éléments d'ordre sociologiq~e élaborés à partir du Dictionnaire biographique de militants algériens. 613 biographies de responsables nationalistes, dans la période qui s'étend de la naissance de l'Etoile nord-africaine (1926! Il'ENA! au déclenchement de l'insurrection du 1ernovembre 1954, figurent dans ce dictionnaire Il!. Six thèmes principaux se dégagent à partir de l'analyse de ces trajectoires individuelles militantes. 1 - Une réflexion sur la construction de l'idéologie nationaliste algérienne et les comportements militants. Le nationalisme algérien tire sa force en se situant à l'intersection de deux grands projets: celui du mouvement socialiste et celui de la tradition islamique. Fortement teintée de populisme, cette idéologie prend l'aspect d'une mosaïque brouillée. Sa cohérence se retrouve par la description sociale, la déstructuration coloniale. Mais les symptômes d'atomisation sociale
13

n'autorisent pas à négliger les facteurs personnels. Dans les interstices de la société coloniale bloquée se glissent des aventures individuelles, révélant un pan de la société algérienne au milieu du xx. siècle. L'étude souligne la part de l'imaginaire, des motivations secrètes, de l'espoir, de l'émotion qui existent dans l'engagement politique et dans la participation à une action historique. Elle explique, dans le basculement de l'action, le caractère original et irremplaçable de l'expérience personnelle. L'aventure militante est à la mesure du «rêve» indépendantiste. 2 - Une interprétation sur le passage de l'appartenance régionale à la conscience nationale. Le basculement dans l'engagement politique ne se fait pas à partir de rien. Il naît du choc et de la transformation des idées fabriquées par les générations précédentes, se nourrit de l'expérience accumulée à partir du lieu où l'on a vécu, grandi... L'interprétation de cet adieu

progressif à la « petite patrie» n'est pas simple. La construction de la conscience nationale se nourrit fermement des us et coutumes, d'un art de vivre et d'exister que chaque région préserve jalousement. Mais les rapports conflictuels à la famille, les typologies fluctuantes du travail, la naissance du salariat, mélangent les espaces, brouillent les représentations mentales du lieu d-i6rigine. Les militants de la génération des années 1940-1950 bousculent les références provinciales, villageoises, par les visions de la société future à édifier, l'accès à une autre connaissance. Cette affirmation d'une conscience unifiée, nationale, n'efface pas pour autant les disparités régionales. 3 - Une interrogation sur la faiblesse de la représentation paysanne à la direction du mouvement nationaliste. Deux types d'explication peuvent être avancés sur cette faiblesse de représentation dans le principal mouvement nationaliste. D'une part, existe l'affaiblissement social de la paysannerie algérienne. Par l'imposition du système colo"' nial, la population indigène se voit de plus en plus privée de terres et repoussée par la progression des colons dans des espaces toujours plus improductifs. Les mécanismestraditionnels qui assuraient sa sécurité économique ont été 14

détruits, les lignages et les tribus désintégrés, la structure politique traditionnelle disloquée. D'autre part, la paysannerie se trouve dispersée sur l'étendue de. toute l'Algérie dont les villes commenCent à former les points nodaux. A elle seule, elle se montre incapable de formuler ses propres intérêts car dans chaque région, elle se les représente d'une manière différente. Le lien économique entre les « provinces» est créé par le marché et les moyens de transport sont aux mains de villes en développement. En tentant de s'arracher à l'étroitesse du village et de mettre ses intérêts en commun, la paysannerie tombe inévitablement dans la dépendance politique de la ville. Mais on découvrira, par cette étude sur les militants, dans les campagnes, que la politique n'est pas absente, loin de là, dans le monde paysan algérien, et que des réseaux se tissent, en particulier par le facteur religieux, jetant un pont entre les paysans et les représentants des villes. 4 - Un examen de l'espace urbain, lieu d'élaboratÜm de la politique indépendantiste. C'est dans la ville de Tlemcen, et ce n'est pas un hasard comme l'a remarqué J. Morizot (2), que mut Messali Hadj, premier organisateur du parti nationaliste algérien, et dans la ville de Constantine que naît Ben Badis, protagoniste algérien d'un islam revivifié et militant. Signifiant la fin des attitudes de refus et de repli, les centres de renouveau/réveils politiques apparaissent dans les anciennes villes islamiques de l'intérieur pour s'étendre dans les nouvelles villes françaises du littoral méditerranéen. Dans le mouvement migratoire des ruraux qui s'opère vers les villes, le centre urbain devient le lieu d'élaboration de la stratégie politique indépendantiste. Cette étude aborde les conditions de déplacement des militants, les types de villes où se dégage particulièrement l'implantation de l'organisation nationaliste, comment se conjuguent exploitation sociale et oppression nationale par l'analyse de la diversité des situations sociales militantes en milieu urbain.

5 ., Une étude sur la continuité et les ruptures-dans la direction nationaliste algérienne à la veille du 1er novembre
1954. Les conditions d'émergence de la crise qui va secouer la direction nationaliste s'avèrent décisives pour appréhen15

der l'insurrection du 1er novembre 1954. Comment a pu se briser la continuité du processus historique qui s'était développé jusqu'alors par le développement de l'organisation PPA-MTLD ? D'où viennent les équipes de direction qui se succèdent de 1926 à 1954? Comment se trouvent elles porteuses de telle ou telle idéologie? Sur quel processus de légitimation va s'appuyer le personnel politi9ue algérien après l'indépendance, dans la construction de l'Etat algérien? En suivant les cheminements politiques, individuels de tel ou tel membre de la direction, cette étude porte donc sur les ruptures/continuités de l'idéologie populiste véhiculée par le nationalisme algérien depuis sa fondation. 6 - Une tentative d'explication sur « les trous de mémoire» algérienne et française. La période de la guerre d'Algérie demeure l'enjeu de débats idéologiques pour les opinions française et algérienne. Sur cette séquence historique, les sujets d'interrogation ne manquent pas, et subsistent encore des zones d'ombre voulues ou non. La question se pose de savoir si l'image forgée de cette période, dans le contexte politique de celle qui l'a suivie, doit être considérée comme intouchable. Dans les «batailles de mémoire» apparaît le refus que cette réalité puisse être exploitée, ou au contraire la défense de la réalité contre la falsification. Mémoires des combattants nationalistes algériens, quelquefois apatrides des mémoires« nationales », émergent pour se heurter aux . formes perniciellses ~t efficaces de l'occultation. . -_. L'élaboration des données sociologiques, évoquées dans les analyses mentionnées ci-dessus, soulève toute une série de questions de méthode. . Les six études qui sOnt présentées portent sur les hommes qui ont préparé la révolution algérienne, l'idée

d'indépendance

de 1926 â 1954. Or, les « hommes de

la révolution », au sein de chaque société historique, se recrutent-ils dans des couches particulières de la population, et selon des modes spécifiques? On se souvient, sur ce type d'études portant sur un « personnel révolutionnaire », du travail accompli par

J. Rougerie

à propos

des hommes de la Commune, à partir de l'immense matériau des dossiers des Conseils de guerre (31. Il estÎ16

mait ces hommes de la révolution de 1871comme représentatifs de l'ensemble de la population parisienne de l'époque (compte tenu de l'immigtationà Versailles et en province d'une partie de la grande bourgeoisie, après le siège de Paris et aux premiers jours de la Communel. PeuHl en être de même pour les hommes qui préparent la révolution algérienne? . Ce travail s'appuie sur un seul courant nationaliste
algérien, le mouvement indépendantiste incarné par les organisations ENAlPPAlMTLD. De plus, il traite. uniquement de la direction de ces organisations. Cette petite population militante peut-elle être considérée. comme un échantillon d'une réalité sociale algérienne sous domi.nation coloniale? Cela pourrait être le cas, si ce groupe de direction étudié était traversé, investi par les. tendances et les problèmes de la société algérienne de l'époque; et d'autre part, si ce groupe était suffisamment varié et grand pour que sa. structure. socio-professionnelle puisse apparaître comme représentative de l'éventail national. Comme on le voit, ce n'est pas la petitesse de l'effectif retenu qui produit la nature des problèmes. Dans cette entreprise, les méthodes mises en œuvre prennent autant d'importance que l'objet de l'enquête. . «L'Histoire ne se décline pas forcément sur le mode du parti d'avant-garde », fait remarquer justement G. Meynier (4), un mouvement national, ce ne sont pas seulement les cadres de la formalisation politique. Ce problème qui domine l'analyse, est celui de la spontanéité révolutionnaire. Il met en question le mode et le

.

destin des rapports entre base militante et leaders, et il faut bien entendu se garder de traiter la masse militante comme un faire-valoir ou simple miroir de la direction. Cette question en appelle une autre.: comment s'exerce l'opposition entre partisans de la «révolution spontanée» (découlant naturellement des conditions objectivesl, qui viendrait des profondeurs d'un peuple exaspéré, et ceux de la «révolution volontariste », qui serait le résultat d'un choix décisif des leaders révolutionnaires lIe repérage du fameux instant propice où tout serait possiblel ?

.

Comment

élaborer

une

problématique

cohérente

17

des groupes sociaux dans une société coloniale qui, précisément, subit un déclassement social généralisé? . Enfin ce travail est le produit d'une investigation biographique (613 notices). Or, le temps de la biographie est court par excellence, même si les mouvements en profondeur de la société sont perçus, subis. Le temps long d'une situation sociale doit alors, nécessairement, entrer en dialogue avec le temps court d'une vie, de ses événements, celle-ci étant éclairée par la continuité, par les tendances lourdes de l'histoire évoquées dans la par-

tie « Itinéraires individuels et réalités sociales

It.

D'autre

part, lorsque l'on s'appuie sur le travail biographique, avant de se lancer dans les tentatives de recherches explicatives pouvant ouvrir la voie à la détermination des causes des phénomènes, il faut procéder à la criti-. que de collecte des données, ce qui pose la question des rapports entre histoire sociale et recours aux témoignp.ges.

Le travail sur une direction. Avant-garde et «échantiIlonage

»

Il existe peu d'études précises des systèmes politiques, de leurs représentants, dans les pays arabes. Le droit, l'économie, et même la religion restent des domaines beaucoup plus analysés. Dans l'historiographie algérienne, la conception où seul « le peuple agit et parle »,
sans nécessité d'examen de sa représentation politique, a longtemps prédominé. La révolution algérienne, comme l'a indiqué la Charte nationale (référence idéologique offi-

cielle!, se comprend par « l'initiative

populaires

It.

L'inventaire

des reproches adressés aux

créatrice des masses

types d'études biographiques portant sur les directions politiques peut-être dressé comme suit. L'intérêt accordé aux trajectoires individuelles s'apparente souvent à la recherche de jeux personnels situés au sommet, donc est contradictoire aux processus sociaux fondamentaux. D'autre part, la mise en relief de la spécificité du comportement des directions pour analyser un pays vise à 18

masquer les contraintes institutionnelles, les structures de classe. Elle traduirait en fait Un goûtprononcépo\lr les révélations, la recherche du « sensationnel », alors que les sociétés ont besoin d'autres investigations autrement plus pertinentes, sérieuses 15). Dans le cas particulier de l'Algérie, les âpres luttes de fractions à l'intérieur de la principale organisation nationaliste, le PPAlMTLD aboutissant à l'éviction du rôle particulier joué par le pionnier du nationalisme, Messali Hadj, auraient contribué au surgissement du combat contre « le culte de la personnalité ». Sur ce refus de la mise en perspective du rôle des individus et des organisations, Guy Pervillé avance une autre raison plus profonde: une réaction contre «la politique d'assimilation individuelle qui fut la politique de la France pendant la plus grande partie de la période coloniale et qui prétendait transformer l'Algérie musulmane en une province française en détachant un par un des individus jugés suffisamment influencés par. la culture française pour devenir français 161». Il reste que cette solidarité communautaire opposée à une politique d'assimilation individuelle, compréhensible sous la période coloniale, ne permet pas de rendre compte complètement du retard mis à étudier les directions nationalistes, plus de vingt ans après l'indépendance. En fait, ce rejet de la mise en œuvre d'une sociologie des directions/représentations politiques nationalistes évacue toute notion de responsabilités d'une direction dans les succès et surtout les échecs éventuels d'une entreprise. Il faut donc saluer les travaux pionniers d'un certain nombre de chercheurs qui ont ouvert la voie à la réhapilitation de ce genre d'études: Elbaki Hermassiavec Etat et Société au Maghreb 171, Rémy Leveau avec son désormais classique Le Fellah marocain défenseur du trône 18!t et pour l'Algérie parti-

culièrement les ouvrages de M. Harbi(9), J. Leca et J.C. Vatin (10), William B. Quandt 111), G. PemUé P2)... D'autres travaux vont dans le même sens 1131.

A contre-courant des projets visant à saisir « l'infiniment petit », notre propos vise donc à l'interrogation sur la notion d'avant-garde politique. Et là, une précision. de terme s'impose: avant-garde et non point élite. Car cette notion d'« élite »,employée maintenant de manière cons19