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Les statues des héros à Paris

De
336 pages
De la Révolution à nos jours, chaque régime politique a voulu honorer ses "Grands Hommes". Pour cela il a eu recours à des statues placées sur la voie publique. Gauche et droite se sont heurtés pour défendre leurs protégés ou récuser ceux "d'en face". Ces demi-dieux, indiscutables ou discutés, viennent nous instruire sur plus de deux siècles de l'histoire de Paris, de la France, parfois violente, mais ou l'esprit et l'humour peuvent être présents.
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Jacques LANFRANCHI
Les statues des héros à Paris Les Lumières dans la ville
Les statues des héros à Paris
Jacques LANFRANCHILes statues des héros à Paris Les lumières dans la ville L’HARMATTAN
© L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00961-2 EAN : 9782343009612
AVANT-PROPOS
Le 14 juillet 2005, Bertrand Delanoë, maire de Paris, et le maire de Washington inaugurent ensemble une statue à Thomas Jefferson, ancien Président des Etats-Unis. Le 4 avril 2009, une sculpture est installée à la mémoire du général Dumas. Le 20 novembre 2011, le maire de Paris préside la cérémonie d’inauguration d’un buste à Gaston Monnerville, ancien Président du Sénat. Le 20 mars 2013, il inaugure un buste à Habib Bourguiba, ancien Président de la République tunisienne. Ces manifestations suffisent à démontrer que la mise en place publique d’un monument à la gloire d’un « grand homme » n’est pas un acte désuet à ranger dans les vieux tiroirs de l’Histoire. Certes, l’âge d’or de ce type d’hommage est aujourd’hui révolu. Mais ces exemples montrent toutefois qu’il trouve encore sa raison d’être auprès des élus, et donc, peut-être, auprès du public. En un peu plus de deux siècles 332 héros sont venus peupler rues, places, squares et jardins. Certains d’entre eux ont même eu le privilège de bénéficier de plusieurs monuments, ce qui porte le total à 364 sculptures. Les choses ne se sont pas toujours déroulées avec facilité. Aux luttes directement politiques sont venues s’ajouter des querelles d’ordre esthétique, sans parler d’une réaction parfois violente vis-à-vis de l’idée même de cette sorte d’hommage. De la Révolution à nos jours, chaque régime politique à voulu honorer ses célébrités, et celles-ci ont pu faire l’objet de la réprobation, quand ce n’était pas de la fureur, des opposants. Avec l’avènement de la République, les statues prolifèrent. Les majorités politiques changent mais les hommes au pouvoir, de toutes tendances, se lancent dans la statuaire au Grand Homme. Cette propagande ouverte, militante, déclenche des conflits lorsque le choix des héros ne fait pas l’unanimité. Gauche et droite s’attaquent par personnages interposés. Chacun le sien. L’enjeu est de taille puisque chaque sculpture est censée délivrer un message. Ces demi-dieux, incontestables ou contestés, instruisent sur plus de deux siècles d’histoire politique, sociale et culturelle de la France.
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LES FORCES POLITIQUES AU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
A partir de 1881, les radicaux sont majoritaires au conseil municipal. Cette prépondérance sera effective jusqu’aux élections de 1893, date qui voit leur majorité s’effriter et une montée en puissance de l’extrême gauche socialiste. Lescrutin de 1900 constitue une victoire pour les nationalistes et du même coup un échec pour les radicaux. En 1904 et 1908, les radicaux sont vainqueurs d’une courte majorité et les socialistes font presque jeu égal en sièges. Des divergences apparues depuis longtemps entre radicaux et socialistes, les premiers s’affirmant anti-collectivistes, aboutissent en 1909 à la démission du président socialiste du conseil municipal. Une fraction des radicaux se rallie à la droite. C’est la fin de la domination radicale seule, puis celle de l’alliance radicale et socialiste. Les élections de 1912 consacrent la rupture entre radicaux et socialistes, ces derniers se présentant sous leur propre étiquette. La majorité de droite comprend alors 42 élus contre 38 à la gauche. Pendant près d’un siècle la droite sera majoritaire à Paris. La gauche reviendra au pouvoir en 2001.
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L’ACTE DE NAISSANCE D’UNE STATUE
Les assemblées révolutionnaires, Assemblée constituante, Assemblée législative, Convention, décident souverainement de l’érection des statues. er Bonaparte, Premier Consul, puis Napoléon 1, feront à leur tour connaître leur volonté. Par la suite, l’Ordonnance royale n° 898 du 10 juillet 1816, définit la er doctrine de l’hommage public en son article 1:l’avenir, aucun don,« A aucun hommage, aucune récompense ne pourront être votés, offerts ou décernés, comme témoignages de la reconnaissance publique, par les conseils généraux, conseils municipaux, gardes nationales ou tout autre corps civil ou militaire, sans notre autorisation préalable ». De cette affirmation de la souveraineté royale en matière de récompense e publique, les régimes postérieurs conserveront le principe. Sous la III République, l’érection d’un monument commémoratif en place publique devra être sanctionnée par un décret présidentiel. Après 1945, on a substitué à l’autorisation du chef de l’Etat celle du chef du Gouvernement (président du Conseil), lequel recueille d’abord l’avis d’une Commission centrale des monuments commémoratifs qui relève du ministère de l’Intérieur. En 1968, deux décrets précisent, d’une part que les projets d’érection des monuments commémoratifs sont approuvés par arrêté préfectoral, d’autre part qu’aucun hommage public ne peut êtredécerné sans autorisation préalable donnée par un arrêté identique. Aujourd’hui, la délibération du conseil municipal sur l’implantation d’une statue est transmise au préfet, comme d’ailleurs les autres délibérations. Elle s’applique automatiquement s’il n’y a pas opposition de celui-ci. A Paris, le choix des statues relève d’un Comité de l’art dans la ville créé en 2003. Présidé par l’adjoint au maire chargé de la Culture, il est composé d’élus (chaque groupe politique est représenté) et de personnalités qualifiées de l’art contemporain, de l’architecture et de l’urbanisme. Instance consultative, il donne son avis sur toute initiative visant à l’implantation d’une œuvre d’art dans l’espace public. Le choix définitif revient au Maire de Paris.
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