Les tondues

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La tonte de milliers de femmes soupçonnées de "collaboration horizontale" avec l'ennemi est un phénomène qui a longtemps filé entre les doigts des historiens professionnels. Partant de cet embarras, l'auteur tente de saisir ces violences comme un phénomène "total" dont chaque facette ne s'éclaire qu'au prix de la mobilisation des savoirs et d'hypothèses infiniment variés. Le développement tardif, mais désormais bien ancré, en France, des études de genre souligne l'intérêt de la réédition de ce livre paru la première fois en 1992.
Publié le : dimanche 15 février 2015
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EAN13 : 9782336370224
Nombre de pages : 360
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LES TONDUES 6O DBSOBWBM NPDIF
'8 0(0( $87(85 &KH] G¶DXWUHV pGLWHXUV e L'épreuve du désastre. LeXXet les camps siècle  $OELQ 0LFKHO Pour en finir avec la prison. L'état d'exception permanent /D )DEULTXH La démocratie immunitaire /D 'LVSXWH Le serviteur et son maître. Essai sur le sentiment plébéien /pR 6FKHHU La résistance infinie /LJQHV0DQLIHVWH Le grand dégoût culturel 6HXLO Droit à la vie ? 6HXLO Autochtone imaginaire étranger imaginé. Retours sur la xénophobie ambiante eG GX 6RXIIOH Le plébéien enragé. Une contrehistoire de la modernité de Rousseau à Losey /H 3DVVDJHU FODQGHVWLQ La Démocratie $O 'DQWH Abécédaire Foucault 'HPRSROLV 
Alain Brossat
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Préface L'Histoire comme phénomène Histoire On comprend les historiens. Un livre affronte un événement du passé, la tonte des femmes à la Libération, fin de la Seconde Guerre mondiale ; une réflexion s'adosse à la réalité des faits, c'est indéniable ; mais il n'y a, dans cet ouvrage, ni reconstitution, ni récit ; plutôt une foultitude d'analyses, et, par là-même aucune interprétation décisive. À la suite de quoi, les historiens ont, dans un double mouvement, entendu la critique, celle qui leur dit brutalement qu'une pièce du tableau est manquante (qui a analysé le moment de la tonte des femmes au début des années 1990 ?) et salué la richesse de la compilation des textes sur et autour de ce phénomène. Compilation, bien évidemment, n'est pas le bon mot. Car c'est le philosophe qui, par l'accumulation des références historiques et des incidences textuelles, institue ce moment historique, vraiment « moche », en « phénomène ». Un phénomène, à distinguer d'un « événement », est un fait sensible, une expérience multiforme qui se donne à voir. Et « moche » dit à la fois la laideur et le mal. Ainsi, si cet ouvrage n'est pas un livre tel que les historiens peuvent l'estampiller, on reconnaîtra qu'une telle richesse d'informations est un matériau pour l'analyse et la réflexion, matériau ni aléatoire, ni hasardeux. L'érudition est trop grande pour que cet éclairage sur un « angle mort » de la Libération de la France soit soupçonné d'exagération.
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L'organisation thématique du propos ne néglige d'ailleurs aucune source. Disons qu'elles ne sont pas organisées, ces sources, selon les critères de scientificité de la discipline historienne. En phénoménologue, l'auteur, le philosophe Alain Brossat, accumule les « regards », dans sa première partie, avant de prendre le temps d'interpeller à nouveau les savants, pour égrener, enfin, dans sa dernière partie, les interprétations. L'adresse aux historiens, qui fut aussi une apostrophe insistante, était comme un signe intellectuel avant-coureur. Ce livre fut publié en amont des travaux d'aujourd'hui, et notamment de la thèse de Fabrice Virgili. Cette thèse organise les hypothèses autour d'un axe, celui de la « France virile », dans un contexte historiographique précis qui n'est plus seulement le décor d'un phénomène théâtralisé. Alors que dire de la réédition de cet ouvrage, deux décennies après sa première publication ? C'est un document de ce qui était encore les « lendemains » de la guerre, difficile exercice de mémoire et d'histoire. Et justement, comme document, il est un espace toujours ouvert sur le processus où histoire et philosophie se croisent. Car, comment a-t-on pu manquer à ce point de travaux sur les « femmes tondues » de la Libération, événement spectaculaire des derniers instants de la Seconde Guerre mondiale ? Comment cet épisode violent et douloureux de l'histoire française est-il longtemps resté à l'état d'image, une célèbre photo de Robert Capa d'une part, un parallèle provoquant avec Hiroshima chez Marguerite Duras d'autre part ? Le photographe et la scénariste sont des artistes du récit historique, non pas des savants... Ne pas l'oublier. L'image est, par définition, isolée, signifiante, et en même temps dé-contextualisée ; emblématique photoEe Capa, ou
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problématique raccourci littéraire de Duras. Pourquoi la curiosité des historiens a-t-elle fait défaut ? Pourquoi ont-ils banalement accepté que les « femmes tondues » soient des images, dans les livres et les films, les romans et les biographies ? Évocations nombreuses, nous apprend la lecture de ce livre. Si présentes dans l'imaginaire, mais si absentes de l'historiographie ; telle était la situation, singulière, au début des années 90. Décalage temporel compréhensible au regard d'une histoire récente, même pas cinquante ans, ou indice d'une difficulté plus grande ? Telle est la question que cette étude élabore en énumérant les symptômes, celui du refus de savoir des Français, celui de la censure académique des savants. Mais plus encore peut-être, et c'est pourquoi la détermination de ce livre résonne si fort : comment s'écrit désormais l'histoire des femmes, celle du sexe pris dans l'histoire de tous, et des violences qui s'y attachent loin du contrôle de la morale ou de la raison ? Nous nous arrêterons sur le mot proposé par l'auteur, le mot de « phénomène ». Il signifie d'abord un événement répété plusieurs fois sans que ces répétitions soient le fait d'une institution déterminée, d'une volonté officielle. Un phénomène, c'est donc une confluence de moments et de faits qui se ressemblent. Ensuite, un phénomène est ce qui se donne à voir, ce qui se manifeste sous la lumière vive des regards multiples et croisés, une réalité dont il faut dessiner ou redessiner les contours tant le fait s'impose et réclame qu'on le comprenne. Alors, un phénomène est toujours facteur d'étrangeté, voire de secret, part de l'invisible dans le visible, visible d'une profondeur inépuisable. Enfin, désigner un phénomène, c'est une façon de comprendre l'Histoire,
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