Les vies multiples du troubadour Peire Vidal

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Ce roman historique retrace la vie tumultueuse de Peire Vidal, considéré comme l’un des troubadours les plus illustres du XIIIème siècle. Fils d’un artisan toulousain, il apprend son art au château des comtes de Toulouse auprès de son mentor Maître Guiraud, avec d’autres illustres ménestrels de son temps. Une fois sa formation achevée, le jeune homme partira sur les routes de l’Occitanie, et bien au-delà, pour satisfaire son désir insatiable de découverte et d’aventure. De la cour du roi d’Aragon à la Provence, en passant par Byzance ou par la Hongrie, Peire Vidal rencontre les plus grands de son temps, les plus belles dames de l’époque.

Accompagné de ses instruments de musique et guidé par son inspiration, le célèbre troubadour toulousain entraîne le lecteur dans son sillage, lui faisant découvrir la profonde richesse de l’Histoire occitane.


Publié le : mercredi 24 février 2016
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EAN13 : 9782366521573
Nombre de pages : 360
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Comme un poisson de Garenne

L’aubépine,  la fleur de mai

Les confidences  de Loarre

Grande vérité,  Grande bleue,  la Méditerranée

L’âme d’Aphrodite

Errances occitanes

Jérusalem, malgré lui

Riante allégresse

Le souvenir est un peu d’éternité

Peut-on se perdre dans le désert ?

Le chemin  de la Grande Bleue

Du Même Auteur

Editions TDO

 

 

 

Editions TDO

ISBN 9782366521573

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Le château de puivert en feu - © Pat on stock et Sky © Gudellaphoto - Fotolia.com

 

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LES VIES MULTIPLESDU
TROUBADOUR PEIRE VIDAL
Michel Cosem

On voit tellement de cendres, on se prend tellement aux fumées, le ciel est souvent si pâle qu’on oublie que, tout au fond, durent nos braises.

Alain Freixe

Comme un poisson
de Garenne

1

Les commères s’étaient rassemblées devant un porche, dans la rue qui va du cœur de Toulouse au fleuve Garonne.

Les plus vieilles étaient assises sur les pierres, les autres parlaient tout en essayant de deviner ce qui se passait dans la maison.

Pour l’instant tout était calme.

Mais elles savaient : Renaude était en train d’accoucher.

Le va-et-vient, à l’intérieur, était de plus en plus accentué. Cela était un signe.

— Voilà, dit la plus vieille des femmes du quartier assises sur le seuil. Voilà.

Aussitôt, il y eut un cri strident puis des plaintes, des lamentations que toutes les commères écoutèrent avec délectation. Elles en saisissaient toutes les variations, les significations.

Les mots que Renaude, dans sa douleur, parvenait à articuler, étaient eux aussi interprétés, traduits.

Un colporteur qui proposait des statuettes de cire s’approcha espérant une bonne affaire avec ces femmes rassemblées. Mais très vite il fut vigoureusement rejeté. Pour rien au monde il ne serait resté un instant de plus avec elles. Il continua donc vers la Garonne, qui coulait tout près.

La porte s’ouvrit brutalement. Une des femmes admises dans la maison s’écria:

— C’est un garçon.

Les commères le savaient déjà. Renaude avait exprimé à sa façon son contentement. Mais ce fut leur tour de se féliciter, d’être heureuses. La venue au monde d’un garçon les nimbait soudainement et mystérieusement d’une profonde satisfaction et d’une fierté sans mesure.

Une autre femme passa sa tête cramoisie par la fenêtre.

— C’est Peire. Peire Vidal.

Les commères cessèrent leur babillage. Tant qu’un enfant n’est pas nommé, il n’existe pas. Il fallait donc qu’il ait un prénom. Peire, ce n’était pas très original, mais l’on pouvait facilement supposer que les parents s’en étaient auparavant entretenus. Il y avait déjà eu beaucoup de Peire dans la famille et cela assurait une continuité à travers les générations.

— Où donc est le père ? demanda une des commères.

— Il doit être parti pour sa collecte des peaux. Peut-être sera-t-il bientôt de retour.

Les cris et les plaintes de Renaude s’étaient maintenant bien apaisés. Les commères auraient voulu s’occuper, se rendre indispensables. Mais le verrou résistait bien et elles ne purent pas entrer.

Alors, tout en parlant et en disant que Peire serait un garçon espiègle, un amant habile, un homme fastueux, et sans doute un empereur, elles descendirent, en riant et en se bousculant, sur les rives de la Garonne.

Le fleuve coulait abondamment. La neige devait fondre sur les Pyrénées en ce moment et l’eau filait bouillonnante avec des liserés d’écume blanche.

Sur l’autre rive se devinait le village gascon. Une brume bleue le couvrait en ce moment, où se mêlaient l’haleine de la Garonne et les multiples feux de bois que l’on allumait dans les maisons.

Une fois près de l’eau, les commères oublièrent quelque peu la naissance de Peire Vidal. Certaines, dont les plus jeunes, ne rêvaient que de se dévoiler pour entrer jusqu’au cou dans l’eau qui glissait sur les grosses pierres blanches, les autres regrettaient de ne pas avoir apporté leur linge à laver, d’autres encore regardaient avec envie de grands barbeaux glisser sur les fonds moussus. De folles envies de fritures leur tenaillaient le ventre.

— Regarde là-bas qui vient, dit l’une.

Surprises, elles regardèrent le passeur et son passager. La barque venait à peine de se dégager des grands chênes qui couvraient ce morceau de rive, qu’elles s’exclamèrent toutes en choeur.

— Mais c’est Raymond Vidal. Raymond Vidal !

Cela ne faisait aucun doute, le père de Peire était dans la barque. Il avait dû soigneusement déposer les peaux qu’il ramenait de sa tournée en Gascogne et désirait au plus vite revenir dans sa maison.

Les commères commencèrent à crier la nouvelle. Raymond Vidal mit un certain temps à comprendre que cela le concernait.

— Qu’avez-vous à crier comme cela ! Y a-t-il un noyé ?

— Non pas de noyé. Peire.

— Qui c’est ce Peire ? criait Raymond à mesure que les rames du passeur le rapprochaient de l’autre rive.

— Peire, c’est ton fils.

Raymond n’arrivait pas encore à bien comprendre, mais soudain il comprit tout. Les cris des commères reprirent de plus belle.

— Peire, c’est ton fils, il vient de naître.

Maître Vidal, tailleur de peaux, se jeta tout habillé dans la Garonne, en signe de bonheur et d’allégresse. Le batelier étonné lui tendit sa rame, pour que le courant des eaux venues des Pyrénées n’emporte pas ce voyageur bien surprenant.

2

Peire grandit très vite. Il était vif, intelligent, attentif lorsqu’il le fallait, joueur, facétieux. Les commères qui l’avaient entendu naître depuis la rue ne tarissaient pas d’éloges à son sujet. Ses parents n’avaient qu’à s’en féliciter. Il est rare qu’un enfant donne toutes satisfactions, mais tel était le cas.

Raymond Vidal se sentit stimulé et son commerce de pelleterie ne fit que gagner en importance. Le magasin que tenait dame Renaude devint à la mode et toutes les femmes bien fortunées de Toulouse, voire de l’entourage du comte, vinrent chez elle choisir les plus belles peaux.

Un jour, surgit dans la boutique un négociant venu tout droit de Hongrie. Il déballa des peaux merveilleuses, lustrées, brillantes. Peire qui était là en fut émerveillé. L’homme lui vanta les charmes du lac Balaton aux petites vagues vertes avec tout autour des chevaux aussi fous que leurs cavaliers.

 

Raymond Vidal se retrouvait souvent sur les chemins de la Montagne Noire pour les cuirs, les peaux de renards, sur ceux des Pyrénées pour les moutons et les peaux d’ours, d’Aragon aussi pour les moutons. Il voyageait avec deux domestiques armés qui guidaient les mulets souvent chargés de grandes richesses. Il se réjouissait qu’un jour Peire soit avec lui dans ces moments-là, car il avait bien l’intention de lui apprendre le métier.

À Toulouse, il jouissait d’une vraie réputation. Les intendants du comte le connaissaient bien et fermaient les yeux sur la provenance de certaines peaux de renards à condition qu’il leur en donne quelques-unes. Les couturiers du château en faisaient ensuite de merveilleux gilets, des gants remontant jusqu’aux coudes des dames, des bandeaux et des cols.

 

Ce jour-là, Raymond Vidal avait rendez-vous à Cazères, au bord de la Garonne avec un braconnier. Il y avait sur un tertre planté de frênes une baraque de bois qui servait d’auberge et où l’on faisait une friture délicieuse d’anguilles et de gardons que l’on pêchait dans le fleuve. L’endroit était agréable et l’on y entendait l’eau glisser sur les galets, les oiseaux chanter un peu partout et les canards sauvages prendre lourdement leur envol pour joindre une rive à l’autre. Raymond aimait faire halte ici lorsqu’il revenait des Pyrénées. Il avait donné l’ordre à ses deux domestiques, chargés de peaux, de rentrer directement à Toulouse par la route habituelle. Quant à lui, il louerait une barque et descendrait au fil du fleuve. L’aubergiste ne parlait pas beaucoup, tout occupé à conserver les braises comme de véritables joyaux sur lesquelles il déposait les poissons pour les griller.

Il attendait un homme un peu étrange qu’il avait autrefois rencontré et qui lui avait proposé des peaux de ragondins. L’homme surgit de l’ombre du feuillage et alla droit vers lui. Il dégageait une épouvantable odeur de vase. Son visage et ses bras étaient maculés de sang, mais était-ce seulement un visage, cette face plantée de longs fils blancs laissant surgir un nez comme un épais tubercule et deux yeux ourlés de rouge ?

Vidal surmonta son premier réflexe : prendre aussitôt la barque et s’éloigner. L’homme fit basculer son ballot de peaux par-dessus sa tête et elles vinrent s’étaler au pied de Vidal. Du premier coup d’œil, le pelletier se rendit compte qu’elles ne conviendraient pas. Elles semblaient galeuses, parfois déchirées. Certains endroits mal nettoyés étaient même emplis de vers.

Vidal hocha la tête négativement. Le chasseur de ragondins l’observait de ses yeux rouges où brillaient des étincelles de colère.

— Non, dit Vidal. Elles ne sont pas bonnes. Je ne te les prends pas.

L’homme rugit et se jeta sur Vidal, lui martelant le visage de ses poings lourds comme des bûches. Le cabaretier voyant comment tournait l’affaire se précipita sur le chasseur et lui asséna un coup avec ses pinces surchauffées. L’homme bondit en hurlant et avant de s’enfuir renversa les braises sur le sol. Le feu commença à prendre et à gagner les planches de la baraque. Aidé de Vidal qui avait repris ses esprits, l’homme se démena furieusement, alla puiser de l’eau dans la Garonne pour noyer l’incendie. Vidal avec des peaux restées à terre essaya d’étouffer les flammes qui gagnaient pourtant. Les deux hommes s’acharnèrent longtemps, le visage brûlé, les mains rougies et lorsqu’il n’y eut plus qu’une lourde fumée noire, ils estimèrent qu’ils avaient gagné leur combat. Personne depuis Cazères n’avait compris ce qui s’était passé et donc nul ne vint leur porter secours. Épuisés, ils s’assirent par terre. Le cabaretier éclata en sanglots, sans doute de bonheur, car les dégâts auraient pu être bien plus importants.

— Voilà un fou que je ne reverrai jamais, fit Vidal en toussant.

— Il est comme ça, ajouta le cabaretier curieusement compréhensif…

La fumée s’était concentrée sur la Garonne dans une lourde draperie bleue. Raymond Vidal aurait voulu partir tout de suite, mais il aida à rassembler les braises. Les anguilles avaient été préservées et un délicieux fumet se répandit, effaçant les relents d’incendie.

Raymond Vidal soudain pensa à Peire, son fils. Non, décidément, il ne pouvait pas le pousser à faire le même métier que lui. Il fallait qu’il choisisse autre chose. On ne rencontre pas des tueurs de ragondins tous les jours certes, mais des individus frustes et même sauvages, oui. Qui plus est les chemins étaient devenus bien trop dangereux selon les saisons et les famines. Pourtant le comte de Toulouse veillait à ce que l’on puisse circuler et cherchait à prévenir de la famine.

 

Il savoura les anguilles en réfléchissant à tout cela. Le cabaretier lui servit du vin venant des coteaux de Montesquieu et Vidal fit un vœu, celui de trouver un autre métier à son fils délicieux. Il n’empêche, malgré les apparences d’une sérénité retrouvée, il se sentait incertain et inquiet.

Il monta dans la barque, fit ses adieux au cabaretier et se laissa emporter par le fil du courant. L’eau n’était pas très haute. Il fallait donc faire attention aux gravières, mais plus encore au rocher situé dans la pleine eau où la barque risquait de se heurter. Raymond savait nager, mais il avait promis d’accrocher l’embarcation aux piquets plantés devant le moulin qui était à une centaine de pas de chez lui.

Il avait encore du chemin pour y parvenir. S’aidant d’un morceau de bois, il évita bien des obstacles, mais soudain il fut emporté par un vif courant longeant des falaises de terre, se mit à tournoyer et même à remonter le courant pour revenir enfin dans le droit fil. Plusieurs fois il eut l’impression d’être emporté malgré lui et de risquer la noyade. Il pensa encore à Peire.

— Je te promets, tu ne seras pas pelletier, mais un bon bourgeois de Toulouse. Je te promets, je te promets…

La barque heurta cette fois un rocher au milieu d’une eau profonde et verte. L’esquif tournoya sur lui-même avant de s’enfoncer. Raymond Vidal devait réagir rapidement au risque de mourir. Il sentit l’eau glacée de la Garonne lui monter jusqu’au cou. Il sentit aussi son corps s’affoler et faiblir. Aucune aide ne semblait pouvoir lui venir des rives. Il pensa encore à Peire et se sentit très malheureux de ne plus pouvoir le voir grandir s’il venait à se noyer. Mais cette pensée lui donna un sursaut d’énergie. Il nagea en battant fort des mains et des pieds et il sentit sous son ventre une gravière aller à sa rencontre et le fixer : il était sauvé. Il attribua ce sauvetage à l’évocation de son fils. Il se dressa trempé, pareil à un épouvantail à corbeaux, mais d’un grand fou rire il balaya ses idées noires et il eut envie de revenir le plus vite possible à Toulouse.

Il y avait une grande animation lorsqu’il entra dans le magasin dont l’entrée donnait directement dans la rue, les vêtements couverts de boue, son chapeau de paille tout déformé par l’eau de la Garonne. On le salua par des vivats et quelques belles Toulousaines lui demandèrent s’il avait de la fourrure de renards. Dame Renaude remarqua tout de suite que le voyage n’avait pas été de tout repos, mais elle sourit : elle se sentait un peu seule depuis quelques jours. Il eut une pensée fugitive et dégoûtée pour le braconnier de Cazères et demanda ce qui était advenu des mulets et de ses deux aides. Ils étaient bien arrivés et les peaux avaient été tendues dans une petite pièce aérée donnant sur une courette. L’odeur n’y était pas toujours agréable, mais l’on y était habitué.

Les clientes voulaient voir à tout prix ces peaux et dame Renaude accéda à leur demande en riant. Elles se précipitèrent toutes en même temps tant elles étaient curieuses. Chacune voulait avoir la plus belle.

Cette agitation irrita Raymond et il voulut mettre un peu d’ordre.

— Ne soyez pas bourru, maître Vidal, vous ne savez pas la dernière nouvelle, fit une dame qui fréquentait le château du comte.

— La nouvelle ?

Dame Renaude sourit encore. Elle était au courant.

— Votre fils Peire vient d’entrer à la cour du comte !

— À la cour ? fit Raymond sans comprendre.

— Mais oui, je ne suis pas la seule à avoir remarqué son sourire et sa gentillesse. De plus, on dit qu’il est avide d’apprendre la jonglerie mais aussi l’art d’écrire des poèmes.

Renaude confirma avec fierté.

— En ce moment, il est au Château Narbonnais.

Une grande joie intérieure se mit à bouillir dans la poitrine du pelletier. Ce qu’il avait entrevu dans les ruines fumantes de la cabane de Cazères se confirmait donc. La vie de son fils avait pris un tour différent. Il ne pouvait pas rêver mieux.

Quand les clientes furent parties, il serra dame Renaude sur son cœur et il murmura tout en exultant :

— Cela s’est donc réalisé. Peire ne sera jamais pelletier.

3

Peire s’était approché lentement du château avec un petit pincement au cœur. Il ne savait pas du tout comment cela allait se passer. Sa mère Renaude l’avait obligé à y aller de bon matin. Lui, serait plus volontiers allé jouer sur la plaine des Filtres ou courir dans les rues avec d’autres garnements ou rôder encore autour du marché pour manger à la dérobée des pêches ou des abricots. Mais quelques copains lui avaient dit que l’on n’était pas malheureux dans les écoles du comte.

À la porte, il y avait beaucoup de monde qui allait et venait sans faire attention à lui. Il fallut qu’il demande. Un vieil homme qui avait du mal à marcher le conduisit cependant vers une grande bâtisse intérieure qui ressemblait à de grandes écuries et lui montra une porte que le jeune homme eut du mal à ouvrir. Derrière cette porte, il entendait des cris, des rires, des bruits de boules qui rebondissaient ou roulaient sur les pierres du sol.

Lorsqu’il entra, personne ne se soucia de lui. Plusieurs adultes essayaient, surtout par la parole, de dompter l’énergie des jeunes qui étaient là rassemblés.

D’un côté de l’immense pièce, largement éclairée par des baies à ciel ouvert, certains jonglaient avec des boules multicolores. D’autres, non sans mal, lançaient en l’air des cerceaux, eux aussi multicolores qui se croisaient, se heurtaient, retombaient, roulaient vers d’autres groupes dans un charivari épouvantable. D’autres encore, le visage rougi par l’effort, soufflaient dans de grandes flûtes.

Finalement, l’un des maîtres vit qu’il y avait un nouveau et s’approcha de lui.

— Qu’est-ce que tu aimes faire ? demanda-t-il gentiment.

Peire ne savait pas. Il était bel et bien perdu. Il ne dit rien.

— Ce n’est pas grave, fit maître Guiraud avec bienveillance, surpris par l’élégance naturelle du garçon, même silencieux.

Il alla prendre un luth parmi ceux posés contre le mur et lui tendit l’instrument de musique. Celui-ci s’assit sur un tabouret, mit le luth contre son ventre et du bout d’un doigt, avec précaution, comme s’il s’agissait d’un chat sauvage prêt à griffer, il toucha une corde. Vite, il retira la main. Une note se fraya un chemin dans le tohu-bohu, mais elle était claire, nouvelle et fraîche. Tous les regards se tournèrent vers Peire Vidal qui n’en revint pas et qui rougit. Le maître riait de bon cœur et se montra conciliant :

— Tu seras un grand joueur de luth, j’en suis sûr.

Les autres enfants prirent les instruments qui restaient posés contre le mur de brique.

La leçon pouvait commencer.

 

Quand il n’était pas au bord de la Garonne, Peire aimait aller à l’aventure dans les rues de Toulouse, monter sur les remparts lorsque c’était autorisé, passer les portes lorsqu’elles étaient ouvertes – ce qui était le cas la plupart du temps, la paix régnant dans les états de Raymond – et que venaient de la proche campagne des charrettes pleines de fruits et de légumes. Leurs odeurs plaisaient beaucoup au garçon et parfois il en suivait une, rien que pour cela, faisant des grimaces de toutes sortes qui amusaient les paysans. On finissait par lui donner une pêche, une poignée de cerises ou même une salade.

Les leçons au Château Narbonnais n’avaient rien d’obligatoire. Venait qui le désirait, en repartait quand il voulait. Chaque groupe d’âge avait ses maîtres, jongleurs, vieux musiciens tremblotants, gymnastes et c’était la bonne humeur qui prévalait. Certains qui étaient là pensaient parfois à la vie intéressante qu’ils auraient s’ils étaient reconnus plus tard comme troubadours, aux richesses aussi, mais nul parmi les enfants de l’âge de Peire ne pensaient pouvoir un jour y parvenir.

 

Pourtant, même s’il aimait par-dessus tout jouer dans les rues, Peire retournait au château avec plaisir.

Son maître le regardait arriver avec un grand sourire sur le visage et se satisfaisait de l’observer faire. Il allait choisir toujours le même luth posé contre le mur de brique, le prenait dans ses bras comme l’on prend un être humain ou un gros chat. Il cherchait alors un tabouret pour s’asseoir et disposer l’instrument de musique à la fois contre sa poitrine et sur ses genoux. Cela prenait du temps et Peire en ces instants était coupé du monde. Ensuite, il avançait son index avec lenteur et gourmandise. Tous ses gestes et cette manière de faire laissaient penser au vieux maître que Peire réussirait plus tard à charmer bien des châtelaines, à passionner des auditoires, d’autant plus qu’il était très avenant et réussissait ses pitreries.

Le cours de luth ne durait pas très longtemps. Il apprit comment le porter, comment pincer les cordes, comment changer d’accord. Peire était ravi parfois par le son qui montait autour de lui comme un beau parfum de printemps, et il essayait aussitôt de le reproduire, de savoir où il était le moment venu. Il faisait cela avec beaucoup de naturel. Maître Guiraud en était étonné. Pour la flûte, c’était une autre histoire : Peire soufflait très fort, devenait tout rouge et les notes discordantes faisaient mal aux oreilles.

Dans une salle voisine, d’où montaient parfois des cris de joie, il s’agissait de jongler avec des boules multicolores, avec des cerceaux d’écorce. Ces jeux plaisaient beaucoup aux enfants qui n’étaient pas particulièrement adroits. Des boules roulaient dans tous les sens et l’on recevait les cerceaux sur la tête, cela dans une joyeuse cohue. Peire aimait capter les balles de ses voisins, les renvoyer dans l’air rendant compliqué le moindre geste et augmenter l’attention de tous.

Il arriva très vite à jongler avec quatre boules, seul d’abord, puis avec un partenaire. Il aimait les balles rouges et les vertes dont il suivait dans l’air les courbes agréables et toujours semblables.

 

Maître Guiraud à la fin de l’été introduisit le chant, lequel était lié à la lecture et à l’écriture. Chaque enfant de Toulouse en avait les notions essentielles. Il y avait une petite école à Saint-Pierre des Cuisines, mais aussi à la Daurade où les prêtres enseignaient le latin et l’occitan.

Maître Guiraud avait choisi un poème de Guillaume de Poitiers, l’ancêtre de tous les troubadours :

 

De la plus belle et la plus sage

Je n’ai ni courrier ni message

Mon cœur ne dort ni ne rit

Et j’ose aller au-devant

Pour savoir comment ça finit

Si c’est comme je m’y attends.

 

Peire ne comprenait guère ces paroles, mais ce n’était pas le plus important. Il fallait les répéter plusieurs fois, s’accompagner avec le luth, reprendre à nouveau, le moduler sur le ton de l’espérance, de la colère, du désespoir, ce que Peire faisait à merveille. Il apprit aussi l’histoire de ce Guilhem de Poitiers, ce guerrier instable et colérique qui était toujours en guerre contre la moitié au moins de ses sujets, qui alla en Espagne aider le roi Sanche d’Aragon dans sa lutte contre les Arabes et qui prit avec lui la ville de Barbastro où il rencontra de belles danseuses andalouses. Ce furent elles qui lui apprirent des chansons langoureuses. Plus que les paroles, l’histoire de ce comte lui plut. Il apprit aussi que Sanche étant mort, Guilhem épousa sa veuve et la fit venir à sa cour d’Aquitaine.

Il rêva à tout cela. Son imagination lui fit faire non seulement le voyage en Aragon, mais bien plus loin, vers l’Andalousie.

Plus que les boules vertes et rouges, plus que les émois des cordes du luth et le son aigre des flûtes, l’histoire du comte Guillaume de Poitiers ancra en Peire l’idée qu’il serait lui-même troubadour et rivaliserait avec cet ancêtre batailleur et chanteur qui ravissait en ce moment son cœur.

4

Il faisait chaud l’été à Toulouse. L’air devenait vite très lourd dès le matin. Les orages qui roulaient sur les Pyrénées n’apportaient aucune amélioration immédiate, bien au contraire. Lorsque des éclairs s’élevaient au-dessus des lointaines montagnes, l’air sur Toulouse devenait de plomb. Le soleil frappait la ville de plein fouet de l’aube au crépuscule et les briques gardaient la chaleur comme dans un four. Heureusement que le fleuve passait par là.

L’espace entre les deux rives, les filets d’eau, les arbres des ramiers, les moulins, tout cela rafraîchissait un peu l’air, le faisait circuler et redonnait vie aux habitants qui préféraient faire la sieste à l’ombre d’un frêne plutôt que de demeurer à l’intérieur des échoppes autour de la place centrale.

Peire, lorsqu’il réussissait à s’échapper de chez lui, se retrouvait très vite au bord du fleuve qu’il avait déjà traversé plusieurs fois à la nage. Là, il courait en poussant de grands cris vers le groupe de garçons qui se baignait. Il y avait deux plages dont l’une se terminait à la prise d’eau des moulins de Bazacle, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles. Tous poussaient des clameurs heureuses qui se dispersaient dans le vent chaud. C’était, au moment où les parents s’étaient retirés dans le coin le plus frais de leur maison, un moment de liberté qui s’offrait aux enfants.

Les uns et les autres se baignaient nus, ce qui augmentait l’excitation générale. Lorsque les limites fixées sur le sable étaient franchies par l’un ou l’autre camp, des cris de guerre précédaient le choc frontal. Mais il n’avait pas souvent lieu. Les filles et les garçons aimaient défendre pacifiquement leur territoire, même si des regards allaient dans un sens ou dans l’autre, suivis par des remarques salaces et des fous rires.

Cette proximité, d’ailleurs il faut bien le dire, était recherchée et les bains de l’après-midi avaient du succès pour cela.

Sur la rive, des vieux Toulousains se reposaient à l’ombre des frênes assis sur une poutre contre le mur.

— Ils sont bien insouciants ces petits, dit l’un en lissant sa barbe blanche.

— Ils ne savent pas ce qui les attend. Le monde est dur.

— Ils rient fort maintenant, plus tard ils pleureront…

— Tant que Raymond sera le seigneur de cette ville, on n’a rien à craindre.

Parmi les vieux bavards venait parfois un prêtre de Saint-Pierre-des-Cuisines.

— Tu viens voir ce que Dieu a fait, lui disaient ses compères, mais tu t’intéresses surtout aux petites filles.

Il riait de bon cœur et acceptait volontiers le reproche.

— Toi au moins tu seras pardonné !

Outre la baignade dans les filets d’eau tiède glissant entre des lits de galets brûlants, il y avait des courses poursuites, des jeux de boules en chiffon et en peau de bête. Cela pour les garçons. Pour les filles, une fois sorties de l’eau, elles se séchaient tout en parlant de ce qui se passait dans leur famille ou dans leur rue.

L’excitation à la fin du bain était moindre qu’au début. Chacun avait épuisé son énergie, la gorge piquait, les jambes et les bras tremblaient un peu. La fringale n’était pas loin, mais comment la satisfaire ?

 

Ce jour-là, du côté des garçons et de l’autre côté de la rive, vers le quartier Saint-Cyprien, d’autres jeunes s’étaient réunis certes pour se baigner, mais aussi pour tenter une traversée du fleuve. Il y eut des cris, des intimidations, chacun essayant en lançant des pierres de provoquer l’autre. Les algarades étaient fréquentes entre ceux du quartier de la Daurade et ceux de Saint-Cyprien, mais ce jour, le ciel tournant à l’orage, la menace était réelle. Les passeurs avaient depuis longtemps retiré leurs barques au sec, car ils pressentaient le danger.

Une des raisons de ces affrontements venait du fait que le quartier Saint-Cyprien était plus pauvre et que l’on y parlait gascon. Celui de la Daurade, comme tout le centre de Toulouse, était tourné vers le Languedoc et l’on y parlait un occitan plus pur. Ceux de Toulouse étaient aussi plus riches.

Les uns et les autres avancèrent dans l’eau, la battant avec des bâtons ou cherchant sur les fonds des galets. Cette approche des deux fronts s’effectua lentement. Nul n’avait envie d’être pris et certainement noyé s’il se retrouvait seul au milieu de ses ennemis. Peire avait remis sa chemise de lin et son petit pantalon. Les autres aussi. Pour se battre, on était mieux habillé. Ce n’était pas une armure, mais en tout cas une protection.

Ceux de Saint-Cyprien étaient déjà au milieu de la Garonne. Les bancs de sable les favorisaient. Ils avançaient, projetant de l’eau devant eux et leurs injures faisaient bouillir ceux de la Daurade dont les rangs se resserraient. Plus rien maintenant ne pouvait éviter l’affrontement.

 

Peire avait envie de se battre. Il se sentait prêt et il ne se posait plus aucune question. Sur les berges, des adultes s’étaient rassemblés et criaient que cela devait cesser. Mais quelle peut être la parole d’un parent ou d’un voisin dans ces instants ? Les gendarmes du comte n’étaient pas là, donc tout était possible.

Soudain Peire se trouva un peu esseulé. Trois garçons de Saint-Cyprien le prirent pour cible et lui lancèrent des galets. Il répliqua mais ses tirs étaient trop courts. Il s’avança donc. Il entendit des clameurs venant il ne savait d’où. Il y avait des affrontements de tous les côtés, des cris, des gerbes d’eau qui jaillissaient. Le regard fixé sur ses trois ennemis, il avança encore et trouvant un bâton qui flottait sur l’eau, le prit et fonça devant lui. Un caillou heurta sa hanche, un autre plus petit atteignit le front. Aveuglé par la douleur et un peu de sang, il continua sa progression. Le bâton était une arme terrible et il le brandit en poussant des cris pour effrayer les trois garçons. Ceux-ci rirent devant ce téméraire, mais commençaient à s’inquiéter. Il remonta la berge rapidement. Fit une large provision de pierres et attaqua, toujours avec autant de détermination. Les trois de Saint-Cyprien s’effrayèrent et décidèrent de fuir dans les ruelles, là où ils seraient plus à leur aise pour dresser un guet-apens. Mais Peire courait plus vite qu’eux. Il était déjà sur leurs talons qu’ils avaient nus. Ils se faisaient mal sur les pierres. Des passants riaient de voir ainsi la jeunesse se déchaîner. Certains faisaient tout de même des gestes pour arrêter les belligérants. Peire fut sur l’un de ses adversaires à qui il asséna un coup de bâton sur l’épaule. Le gamin hurla de douleur et disparut derrière une porte.

Cette fois des passants s’interposèrent, arrachèrent le bâton à Peire et le repoussant vers la Garonne, ils dirent :

— Si ce n’est pas honteux de se battre ainsi comme des vauriens, comme des gredins.

Peire Vidal fut repoussé dans l’eau. La bataille était terminée. On repêchait ici et là des combattants qui s’étaient fait mal et qui se plaignaient. On ne déplora ce jour-là aucun noyé.

Peire traversa la Garonne à la nage, difficilement. Le sang qui coulait de sa hanche se dilua très vite dans le fleuve et il n’y pensa plus. Parmi les gens rassemblés sur la berge, dame Renaude était là, inquiète. Voyant arriver son fils, elle exulta et alla le serrer dans ses bras comme s’il venait de gagner un important tournoi. Il sentait sur sa peau l’eau, l’odeur de la Garonne.

 

La chaleur se fit moins forte. Le vent secoua le bout des peupliers sur les ramiers et le soleil devint moins étouffant.

5

La nuit était tombée sur Toulouse. Seules les étoiles brillaient dans un ciel de nacre. Quelques martinets attardés passaient dans les grandes rues en sifflant. Toutes les façades étaient noires. Parfois, à de rares fenêtres, la lueur d’une chandelle battait comme le cœur d’un petit oiseau.

L’odeur des rues avec la chaleur était insupportable. Des tas de déchets s’étaient accumulés. On rêvait d’un orage qui emporterait tout cela à la Garonne, mais le temps n’était ni aux éclairs ni à la pluie. Les vieux savaient que la période de beau temps allait encore durer longtemps.

Peire, pourtant, n’était pas incommodé par les odeurs. Il marchait vite et son cœur battait très fort.

— Ce soir, la nuit venue, je serai au Carrefour des Anges. Viens…

C’était une fille aux yeux en amande, les mollets très tendus et de couleur brune jusqu’aux chevilles. Elle avait surgi du néant sans que Peire ne s’en rende compte.

Il savait où était le Carrefour des Anges : juste au pied de la colline où l’on enterrait les morts, hors les murs. C’était une sorte de lagune nauséabonde où se croisaient plusieurs chemins. On y sentait l’herbe épaisse et la terre humide. Là se rencontraient une certaine jeunesse avide de plaisirs faciles, quelques voleurs ou mercenaires cherchant le hasard et la bonne fortune. C’était l’un des lieux mal famés de Toulouse qui n’en manquait pas. Il y avait ici un parfum d’aventure, de découverte que l’on ne trouvait pas ailleurs.

Peire toujours courant, recouvert de sueur pensait à la fille qui l’avait invité. Apprenait-elle à jouer du luth, à composer des poèmes, même à jongler ? Il ne le savait pas. Dans la grande cour devant les écuries, alors qu’il se prélassait au soleil, il l’avait vue fondre sur lui, comme une pie sur sa pitance, et lui avait fixé ce rendez-vous au Carrefour des Anges.

Il y courait maintenant, craignant d’être en retard. La nuit était vraiment venue et sur la lagune, jusque contre les murs, de petits feux d’herbe avaient été allumés. La fumée traînait partout comme des queues de renard. Où aller au milieu de ces gens, caché ici ou là, observant ceux qui s’aventuraient ici ?

Soudain, elle se dressa devant lui. Il reconnut ses cheveux noirs et luisants. Ses longs bras nus se resserrèrent sur lui.

— Merci d’être venu, dit-elle en lui chatouillant le cou avec son nez, tu me plais beaucoup, cela fait plusieurs jours que je te regarde dans la cour du château mais tu n’as rien remarqué. Il a bien fallu que je force les choses.

Peire était bien incapable de dire quoi que ce soit. Il sentait contre lui le corps chaud et palpitant de la jeune fille. Toutes les parties de ce corps l’accueillaient avec une infinie douceur. Il en était totalement troublé. Jamais il n’avait pu penser que cela fût si agréable. La fille le serrait de plus en plus fort et se frottait à lui avec une évidente avidité.

— Comment t’appelles-tu ?

— Je suis Esclarmonde, dit-elle en riant. Non pas celle de Foix, mais celle du Carrefour des Anges.

Cela n’avait aucune importance. Peire avait entendu parfois parler du comté de Foix, mais il ne savait rien de plus. Elle se glissa dans l’herbe, comme si elle avait déjà repéré la place qu’elle avait choisie.

— Viens.

Peire n’avait aucune autre envie. Il voulait rester contre cette fille qui sentait, il ne savait pourquoi, la fleur de cerisier.

Sur l’herbe, elle releva sa petite robe et chercha Peire totalement abandonné. Elle rit à nouveau et son souffle passa sur le cou du garçon comme une brise fraîche. Elle l’introduisit en elle. Peire fut comme foudroyé, rendu inerte par ce plaisir qui déjà le submergeait.

— Pousse, dit-elle dans un souffle, bouge.

Il poussa et il bougea.

Esclarmonde se mit à haleter, à geindre. Il eut peur de lui avoir fait du mal, mais ce n’était pas ça du tout.

Un instant plus tard, il n’était plus de ce monde et quand il y revint, il vit Esclarmonde sagement assise avec sa robe ramenée sur ses genoux qui lui souriait.

— Tu reviendras ?

Les confidences
de Loarre

1

Des torches de résine brûlaient partout. La grande salle était éclairée comme en plein jour. Le long des murs où étaient accrochées des tapisseries multicolores, les tables avaient été installées et les gens se plaçaient selon l’ordre traditionnel autour d’Alphonse le roi. Sa dame arriva parmi les dernières, elle était menue et paraissait souffreteuse.

On demanda à Peire de chanter avant le repas. Deux jeunes garçons particulièrement virtuoses jouèrent de la harpe, une jeune fille de la flûte.

Peire choisit d’abord des poèmes de Ventadour que l’on aimait beaucoup ici aussi. Sa voix portait bien sous les arches de pierre et il se sentait heureux d’être là, fêté comme un vrai troubadour. Il voulait en être digne. Ses propres poèmes furent aussi ovationnés dans une atmosphère attentive et passionnée.

Jamais Peire ne s’était senti si bien. Il fut remplacé par des jongleurs. L’un d’eux, avec un singe bien dressé, amusa tout le monde.

On servit de gros morceaux de gibier en sauce, des légumes et des salades assaisonnées au miel, puis des poulets rôtis et enfin des fruits bien mûrs venant des alentours. Un tel repas pour ceux qui venaient de terminer le voyage de Toulouse fut très apprécié. Pendant que les acrobates et les saltimbanques occupaient le centre de la salle, chacun racontait son voyage, parlait du Comte Raymond et de ceux qu’ils connaissaient à la cour du Château Narbonnais.

Peire fut placé non loin de Manuella et du roi, entre...

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