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Libres femmes du Haut-Atlas - Dynamique d'une micro-société au Maroc

De
263 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296201408
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LIBRES FEMMES DU HAUT-ATLAS?
Dynamique d'une micro-société au Maroc

"Histoire
Ahmet

Collection et perspectives méditerranéennes"
INSELGilbert dirigée par MEYNIERet Benjamin SIDRA

Dans le èadre de cette collection, créée en 1985, les éditions l'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Ouvrages parus dans la collection:

- O. Cengiz Aktar, L'Occidentalisation de la Turquie, essai critique, préface de A. Caillé. - Rabah Belarnri, Proverbes et dictons algériens. - Juliette Bessis, Les Fondateurs, index biographique des cadres syndicalistes de la Tunisie coloniale (1929-1956). - Juliette Bessis, la Libye contemporaine. - Caroline Brac de la Perrière, Derrière le$ héros ... les employés de maison en service chez les Européens à Alger pendant la guerre d'Algérie (1954-1962). - Camus et la politique, actes du colloque international de Nanterre (juin 1985), sous dir. J. Guérin. - Christophe Chiclet, Les communistes grecs dans la guerre. - Catherine Delcroix, Espoirs et réalités de la femme arabe (Egypte-Algérie) - Geneviève Dermenjian, ÙI crise anti-juive oranaise (1895-1905) : L'antisémitisme dans l'Algérie coloniale. - Fathi Al Dib, Abdel Nasser et la révolution algérienne. - Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple: l'affaire lveton, Enquête, préface de P. Vidal-Naquet - Familles et biens en Grèce et à Chypre, sous la direction de Colette Piault. orga- Monique Gadant, Islam et nationalisme en Algérie d'après "el Moudjahid", ne central du FLN de 1956 à 1%2, préface de B. Stora. - Seyfettin Gürsel, L'Empire ottoman face au capitalisme. - Kamel Harouche, Le$ transports urbains dans l'agglomération d'Alger. - Marie-Thérèse Khair-Badawi, Le désir amputé, vécu sexuel de femmes Hbanaises. - Ahmed Koulakssis, Les premiers sultans mérinides : histoire politique et sociale (1269-1331). - Ammar Koroghli, Institutions politique$ et développement en Algérie. - Ahmed Koulakssis et Gilbert Meynier, L'émir Khaleb, premier zaim ? Identité
algérienne et colonialisme français.

- Annie Lacroix- Riz, Les protectorats d'Afrique du Nord entre la France et Washington. - Ramdane Redjala, L'opposition en Algérie depuis 1962, 1. 1. - Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc (1912-1925), 3 tomes. - Christiane Souriau, Libye: l'économie des femmes.
- Benjamin Stora, Messali Hadj, pionnier du nationalisme algérien (1898-1974) (réédition) - Benjamin Stora, Les sources du nationalisme algérien: parcours idéologiques, origines des acteurs - Benjamin Stora, Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du Front populaire. - Oaude Tapia, Les juifs sépharades en France (1965-1985) - Semi Vaner (sous la dir. de), Le conflit gréco-turc, préface de ~ Milza. - Gau'thier de Villers, L'Etat démiurge, le cas algérien. - Brahim Zerouki, L'imamat de Tahart: premier Etat musulman du Magreb, tome 1. Coordination générale gnements concernant Editions L'Harmattan, de la collection: Christiane DuBossoN. Pour tous renseice secteur et pour recevoir le dernier catalogue des écrire à l'adresse suivante:

5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris.

Michèle KASRIEL

LIBRES FEMMES
DU HAUT-ATLAS?
Dynamique d'une micro-société au Maroc

@ L'Hannattan,

1989 ISBN: 2-7384-0592-4

INTRODUCTION

Cette recherche porte sur une tribu berbère du Haut-Atlas Central marocain, la tribu des Aït Hadiddou, groupe de pasteurs semi-nomades. Au XVIIe siècle, les Aït Hadiddou se sont implantés dans une vallée étroite et encaissée, à 2000 m d'altitude, la vallée de l'Assif MellouI. Actuellement elle est peuplée de douze mille personnes environ. Protégés par la barrière montagneuse de l'Atlas, les Aït Hadiddou sont à l'écart des grands axes routiers et des zones à économie de marché: leur économie d'auto-subsistance n'intéresse pas le système marchand. Ainsi préservée, la tribu a pu maintenir un mode de vie apparemment très traditionnelle Bien que connue de l'armée française parce que la dernière à s'être rendue lors de la pacification de l'Atlas, la tribu des Aït Hadiddou ne devint célèbre qu'en 1965, à l'instauration de son moussem. Le "moussem d 'Imilchil" ou "moussem des fiançailles,,2
N.B. Pour tous les mots arabes et berbères, voir glossaire.

I 2

La tradition recrée les fondements d'une communauté. Cette recréation peut être considérée comme un résumé total du groupe. A l'inverse, la traditionalisationn' estqu 'un résumé partiel, unereprésentation. Moussem:nomarabedelafête.

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était originellement un agdoudl où se rencontraient annuellement toutes les tribus de la confédération des Ail Yafelmane, dont font partie les Aït Hadiddou, les Ail Morghad, Aït Izdeg, Ail Yahia. En 1965, dans le cadre ~e la politique touristique margcaine, l'agdoud d'Ail Ameur fut appelé moussem d 'Imilchil . Il se fit connaître par la légende qui lui était attribuée: tout musulman qui veut prendre femme peut se rendre au moussem, la troisième semaine de septembre et, au cours de la fête, se marier sur le champ avec une femme de la tribu; les femmes Ail Hadiddou sont réputées très libres. La facilité de ces unions est officiellement expliquée par une légende de la tribu: à quatre kilomètres au nord d'Imilclùl se trouvent deux lacs; le premier, plus grand, est appelé Isli (le fiancé), et le plus petit Tislit (la fiancée). Un jeune homme et une jeune fille qui voulaient se marier en furent empêchés par leurs parents parce qu'ils appartenaient à deux fractions distinctes de la tribu, les Ail Yazza et les Ail Brahim. Or tout mariage entre les deux groupes est proscrit. Désespérés, les jeunes gens décidèrent de mourir: ils se jetèrent dans chacun des lacs qui portent leur nom: le fiancé et la fiancée. En 1984, sur les lieux du moussem se tint une conférence de presse; un représentant du gouvernement marocain expliqua aux journalistes et touristes rassemblés que, depuis la noyade des deux jeunes gens, chez les Ail Hadiddou, les parents ont décidé de laisser toute liberté à leurs enfants quant au choix du conjoint; d'où la liberté accordée aux femmes. En 1978, je vins en touriste assister au moussem. Au-delà de la légende, cette apparente liberté des femmes me posait problème. Comment à l'intérieur d'un même Etat, régi par les mêmes lois, pouvait-il coexister deux statuts de la femme totalement opposés? En effet, dans tout pays arabo-musulman, le statut de la femme codifié par l'Islam légitime la subordination et la soumission de la femme à l'homme. On peut alors s'interroger sur
1 Agdoud: en tamazight, lieudedévotionetsouk. 2 Aït Ameurest le lieu d'implantation, 3 Imilchil, centre administratifducercle JO

l'apparente liberté des femmes Aït Hadiddou. On peut imaginer aussi que dans une tribu demeurée apparemment très traditionnelle, il ait pu subsister une trace de possible matriarcat. Mais, de la même manière que l'on s'interroge sur les rapports sociaux à l'intérieur du groupe et plus précisément sur le rapport homme/femme, on doit aussi s'interroger sur le rappon que la tribu entretient avec l'extérieur, c'est-à-dire le rapport de la tribu à l'Etat et à l'espace national. Car pour la tribu le rapport exteme!interne est interdépendant et indissociable. Dans un pays tel que le Maroc, en butte au changement, on peut penser que la tribu, bien que préselVée, doive nécessairement faire face à des transfonnations. Comment en négocie-telle certaines, comment en subit-elle d'autres? Et qu'en est-il alors de la tradition? Toutes ces contradictions que j'ai pu relever en même temps que les interrogations qu'elles ont pu susciter, sont à l'origine de ce travail. n m'a semblé intéressant d'étudier la dynamique de transfonnation d'un groupe apparemment fidèle à la tradition en privilégeant les femmes en tant qu'acteurs sociaux, indicateurs et agents du changement. Etudier la dynamique de transfonnation d'une société telle que la société Ail Hadiddou, c'est mettre en évidence les modifications qui intelViennent dans ses structures et le système d'inter-relations qui les définit et les modalise; car les éléments qui le composent ne sont pas isolément substituables mais interdépendants et, pour reprendre l'expression de G. Balandier, "défmis en valeur et hiérarchisés" . Cet ordre hiérarchique détennine l'équilibre interne de la société; équilibre précaire car toute société traditionnelle, si consetVatrice et égalitaire soit-elle, est virtuellement porteuse de conflits et de tensions dus à l'inégalité des sexes, des âges ou des lignages pour ne citer ici que les exemples les plus fondamentaux. Ces conflits et ces tensions, qui dynamisent le système social, le rendent vulnérable en même temps qu'ils ouvrent une brèche pennettant le changement.
1 BALANDIER (Georges),Anthropo-logiques,p. 230.

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Chacun des stades de transfonnation de la société est donc marqué par une réorganisation de l'ordre hiérarchique qui se traduit ici par l'émergence de nouvelles fonnes de pouvoir: pouvoir politico-religieux lors de l'islamisation à partir du VIle siècle avec l'invasion .arabe, politico-socio-économique au début du XXe siècle à l'instauration du Protectorat, lors de l'invasion française, puis politico-étatique à partir de l'Indépendance, étant bien entendu que ces pressions extérieures ont été un facteur décisif quant au changement, même si le contexte géographique, l'éloignement des grands axes de communication en ont retardé les effets. On ne peut occulter cependant les éléments de contradiction et de tension qui se sont manifestés à l'intérieur de la tribu; si les invasions arabe et française jouent un rôle détenninant, la période intennédiaire de treize siècles n'est pas stable pour autant. TO\ltefois, les luttes internes qui se déroulent alors entre tribus ou fractions n'altèrent pas le caractère relativement homogène de la société marocaine, exception faite des villes côtières et des plaines du littoral soumises aux influences étrangères du fait des liens commerciaux et socio-culturels que ces villes entretiennent avec les pays voisins, par la voie maritime. La zone rurale étant nettement plus étendue géographiquement et culturellement, la presque totalité du pays a le même mode de vie, soumis à l' agro-pastoralisme, et régi par une économie d'auto-subsistance. C'est "le temps de longue durée et au ralenti"llié au rythme cyclique et répétitif des saisons et du calendrier agro-pastoral, temps des sociétés patriarcales qui va se petpétuer jusqu'à l'instauration du Protectorat. Car si l'islamisation amène l'émergence du pouvoir politico-religieux, elle ne modifie pas l'ordre tribal agraire. Bien au contraire, en légitimant l'inégalité des sexes, l'un des fondements de la société patriarcale, elle accentue la prise de contrÔle des femmes par les hommes et renforce les structures mêmes de la société. Dans la vallée, à partir de 1933, lors de l'instauration du Protectorat, on assiste à l'émergence d'un pouvoir politico-so1 GURVITCH (Georges) ,La vocation actuelle de lasociologie, tome2,p.312.

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cio-économique et à la mise en place par les Français d'une hiérarchie administrative, première ingérence dans l' organisation sociale de la tribu à qui on impose des structures qui lui

sont totalement éttangères.

.

Un nouveau groupe social se constitue alors, formé de membres de la tribu choisis par l'administration coloniale. Les caïds, qui font office de médiateurs entre les Français et la tribu, ont également pour fonction d'appliquer et de faire respecter le nouvel ordre en vigueur. Devenus des interlocuteurs privilégiés, ils acquièrent, de ce fait, un pouvoir politique sous une fonne jusqu'alors inconnue. Dans le même temps l'écart se creuse entre les régions de plaines facilement accessibles et fertilisables où s'implante rapidement une économie de marché et les régions présahariennes ou de haute D10ntagne préservées par leur difficulté d'accès et qui ne présentent aucun intérêt économique pour les Français; là perdure une économie d'auto-subsistance qui fera place ensuite à une économie marchande. L'équilibre "morphologico-écologique"l du groupe va alors basculer sous les pressions exercées depuis l'intérieur du pays, notamment par l'entremise de l'Etat, mais dirigées de l' extérieur par les pays capitalistes. C'est à partir de cette période que la tribu se "traditionalisera" afin de faire face aux situations nouvelles qu'elle ne maîtrise plus. Et le groupe, pour conserver des repères, va chercher ses référents dans le passé, sécurisant car connu, la relation aux ancêtres entérinant symboliquement .les rapports existants; il marque ainsi son refus et/ou une modalité d'absorption qui se crée à son insu. Les transfonnations que subit la société vont encore s' accentuer et s'accélérer à partir de l'Indépendance en 1956, sous la pression de l'Etat. Le groupe va être progressivement dépossédé de tous ses pouvoirs par la mise en place d'un appareil d'Etat de plus en plus contraignant et sophistiqué, tant sur le plan administratif, socio-économique que religieux.

1

GURVITCH,op.cit.,p.314.

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ANALYSE DU CHANGEMENT: UNE TENTATIVE D'APPROCHER LE CONCRET
Analyser, à partir d'une monographie, le changement qui inteNient dans une société implique de centrer la recherche sur des données concrètes, l'espace, le temps, les corps sociaux. Aussi est-il nécessaire, pour aborder les transformations qui vont affecter le système social Aït Hadiddou, de faire l'étude des corps qu'il produit, étude située et datée puisqu'elle rend compte de la société dans des lieux et à un moment donnés. Le changement n'est pas seulement subi parce qu'il vient de l'extérieur, il est aussi négocié par les acteurs eux-mêmes; or ces négociations tournent toutes autour de la reproduction élargie, c'est-à-dire autour du travail de la socialisation, domaine essentiellement féminin. Les femmes comme indicateurs spécifiques et pertinents du changement Panni les acteurs sociaux, corps produits par la société Aït Haddidou, nous aVQns choisi de privilégier les femmes; démarche inhabituelle car bien qu'il soit toujours fait état de ségrégation sexuelle, et peut-être aussi pour cela, l'étude d'une société traditionnelle est généralement centrée sur le rÔle qu 'y remplissent les hommes, considérés comme seuls responsables de l'organisation sociale. Le rÔle des femmes n'intervient alors qu'en fonction du leur, opposé ou complémentaire, comme c'est le cas dans la répartition sexuelle des tâches. Bien que très réel dans la pratique, le rÔle des femmes est toujours socialement nié puisqu'elles n'apparaissent pas officiellement sur la scène politique. Négation toute apparente car les femmes sont les principales intennédiaires dans le passage de la société traditionnelle à la société capitaliste, quand le mode de socialisation se transfonne et que la sociabilité, forme des liens sociétaux propre au groupe tout entier, disparaît pour faire place à une socialisation qui produit des sujets, fonnes subjectives négociées, autorisées par la multiplicité des temps sociaux que définit le concret Si la société continue à vivre et à se transfonner avec pour

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modèle imposé la société capitaliste!, le travail de socialisation, confié jusqu'alors presque exclusivement aux femmes va se fractionner en autant de processus spécifiques et différencIés; certains, santé-éducation-travail, vont être confiés à des professionnels et traités comme autant d'entités, autonomes et spécialisées, et de ce fait tfdéconnectéestf de la globalité sociale. Toutefois, l'autonomisation de ces processus va donner lieu à des négociations où les femmes vont tenter d'adapter les anciennes fonnes sociales à l'élaboration des nouvelles formes subjectives, articulation vitale dans le passage d'un type sociétal à un autre. Bien que le rapport hommes/femmes tienne pour acquis l'inégalité sociale des sexes, dans la pratique ce rapport doit être équilibré afin que ne soit pas mise en danger la survie du groupe. Ainsi, dans la répartition sexuelle des tâches, la fonction des hommes et celle des femmes doivent être équilibrées et complémentaires: la femme a été chargée d'assurer l'essentiel de la production vivrière parce que l'homme a dû, prioritairement, assumer une fonction guerrière. De ce rapport équilibré découlent des effets de valorisation pour l'un et l' autre sexe, nécessaires au bon fonctionnement du système social. Lorsque cet équilibre est rompu, alors s'ouvre la brèche par laquelle s'introduit le changement: les femmes, généralement consetVatrices lorsqu'elles reproduisent des codes culturels traditionnels, peuvent par une action collective mais non concertée, telles les transfonnations du vêtement, décider soit d'une fonne de contestation, soit d'une fonne d'absorption de la nouveauté dans des cadres anciens. On ne peut parler ici d'action concertée parce qu'il n'y a pas de conscience collective des femmes. Toutefois, toutes les transfonnations consciemment opérées par elles font intelVenir des modes de fonctionnement qui supposent la connaissance et l'emploi d'un code commun; résultat d 'habitus2 acquis par le groupe féminin qui a, de ce fait, des

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Particulièrement lemodèle français pour leMaroc. Par habitus on entend des systèmes de disposition durables produits par des conditionnements propres à une classe ou à un groupe particuliers tout au long de l 'histoire, et qui structurent, dans la pratique, l'organisation du système social: l 'habitus produit une obéissance collective à des règles sans que les acteurs sociaux obéissent pour autant àunchef.

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aspirations et des attitudes identiques face au changement. Ainsi "en ne suivant que ses propres lois, écrit P. Bourdieu!, chacun s'accorde pourtant avec l'autre". La notion de temps Pour appréhender les différents stades de transfonnation de la société Aït Hadiddou, il faut nécessairement prendre en compte la notion de temps. Car élément de la structure sociale, le temps est perçu différemment dans une société pré-industrielle, au sens wébérien du tenne, et dans une société industrialisée. Dans une société traditionnelle où l'histoire repose essentiellement sur la tradition orale, le temps mythique efface le temps historique, chronologique et continu; car la mémoire collective réactualise et reconstruit continuellement 1'histoire dont elle est détentrice pour en faire une histoire micro-anecdotique. Comme le fait remarquer Halbwachs: "dans le développement continu de la mémoire collective, il n'y a pas de lignes de séparation nettement tracées comme dans 1'histoiIe, mais seulement des lignes irrégulières et incertaines" . La périodicité historique n'a alors de sens que dans le rapport que la tribu entretient avec le monde extérieur, dans la mesure où ce dernier interfère dans la reproduction et la sUIViedu groupe. Ainsi, pour les Aït Hadiddou, l'histoire de la tribu est-elle actuellement composée de deux périodes bien distinctes où le temps mythique efface le temps historique: la période ancienne et la période actuelle, soit avant et après le Protectorat, la première étant considérée comme faste et l'autre comme néfaste. Dans le premier cas, on ne conselVe en mémoire' que les éléments favorables, positifs et valorisants tels que richesse économique, guerriers réputés; dans le second prédomine l'incertitude. Ces deux périodes, qui semblent d'autant plus nettement séparées qu'elles sont situées dans des temps différents,
! 2 BOURDIEU(Pierre),LeSenspratique,p.99. HALBW ACHS(Mawice),LaMémoirecollective,p.

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peuvent cependant se juxtaposer: lorsque la tribu en se "traditionalisant" cherche refuge et identification dans son passé, ses membres passent simultanément d'un temps à un autre si bien que l'histoire du groupe est réinterprétée autour d'une division manichéenne du temps qui oppose l'ancien, le bon, au nouveau, le mauvais. Il s'agit donc d'une période représentée et actuelle propre à la tribu qui renvoie effectivement à des périodicités historiques sans leur correspondre forcément. Ceci explique la division de ce travail en deux parties: la première anté-coloniale, temps ancien, l'autre, coloniale et post-coloniale, temps présent. Rapport à l'espace L'espace rapproche les Aït Hadiddou en même temps qu'il les divise: sur l'ensemble du territoire occupé par le groupe, il s'est élaboré un jeu d'inter-relations qui pennet l'existence d'un certain nombre de rapports sociaux, tels les liens de parenté par le mariage. Toutefois, ce jeu connaft de nombreuses variantes dues au fonctionnement du groupe en sous-groupes, chacun d'entre eux ayant sa propre originalité: cette dernière se manifeste notamment par un rapport différent à l'espace extérieur et, par làmême, au changement. C~'est ainsi que les transfonnations qui affectent le système social de la tribu sont nettement plus repérables en aval de la vallée, près d'Imilchil, qu'en amont, à Agoudal. Ceci s'explique par le fait qu'Imilchil est plus proche d'axes et de voies qui desservent les régions à économie de marché. En outre, en tant que centre administratif du cercle, il est influencé par d'autres modes de vie que celui des Aït Hadiddou; en venant s'installer à Imilchil, les fonctionnaires et leurs familles, généralement venus de centres urbains arabophones, ont fait pénétrer dans la vallée une autre vision du monde. Et les Aït Yazza, fraction de la tribu jusqu'ici la plus pauvre (Imilchil est situé sur son territoire) est de ce fait plus ouverte à un changement qui ne peut que lui être favorable. A l'opposé de la .vallée, en amont, Agoudal, fief des Aït Brahim, est l'un des villages les plus conservateurs. Les Ail 17

Brahim, qui se veulent la branche noble de la tribu, sont beaucoup moins ouverts; ils tentent ainsi de maintenir leurs privilèges qui apparaissent essentiellement dans la symbolique sociale du groupe (fêtes, cérémonies, mariages, etc.). n ne faut pas imaginer pour autant que seul le capital symbolique soit ici concerné, mais le propre de l'économie pré-capitaliste est de mêler étroitement matériel et symbolique afin de ne pas reconnaître explicitement, comme l'écrit ~ Bourdieu, "les fin~ économiques par rapport auxquelles le système est orienté" . Les intérêts ne peuvent alors se satisfaire qu'en se dissimulant derrière des stratégies où prédominent toujours le sens de l 'honneur et la morale du groupe. Afin de mieux cerner les étapes du changement, différentes selon le lieu où l'on se trouve, j'ai choisi de faire porter ma recherche sur trois villages: Imilchil et Agoudal, dont je viens de justifier le choix, et Tabachtint, à mi-chemin des deux autres, situé en territoire Aït Yazza, et qui reçoit leur double influence. Qu'il s'agisse ,de l'espace interne, soit le rapport qu'entretiennent entre elles les fractions, ou de l'espace externe, soit le rapport que la tribu entretient avec l'extérieur, la relation des Aït Hadiddou à l'espace et au temps influence concrètement l'organisation sociale du groupe.

QUESTION DE METHODE

Une problématique Poser le problème du changement qui s'opère dans la société Aït Hadiddou, c'est définir, à partir du système social traditionnel, les modalités de passage d'un type de sociétés à un autre. Le changement est subi du fait de la domination/pénétration de la société marchande qui tente d'imposer un modèle économique et socio-culture!. Mais il est aussi négocié: sous la pression croissante de la
1 BOURDIEU,op.cit.,p.193. 18

société dominante, représentée par l'Etat, le groupe va être contraint de négocier une fonne "d'adaptation". L'enjeu de cette négociation, c'est, pour les acteurs sociaux, la possibilité de se défmir non pas par rapport au groupe mais en tant qu'individus spécifiques; les femmes vont être à l'articulation de ces négociations du fait de leur place dans la reproduction car l'essentiel des activités féminines est centré autour de la production sociale. On peut alors penser qu'elles vont avoir la possibilité de se défmir et d'élaborer un individualisme féminin. Le changement, c'est ce qui résulte de l'affrontement de deux logiques: - l'une sociétale, soit l'absorption du groupe par l'Etat, - l'autre interne au groupe, liée au mode de l'autoproduction qui garantit l'équilibre entre les parties, que ce soient les fractions ou les catégories de sexe. Equilibre fondé sur l'échange, c'est le don contre don, et sur la valorisation: dans le rapport hommes/femmes, la femme assure la fonction vivrière parce que l'homme assure en priorité et par nécessité la fonction guerrière; les deux parties, valorisées, se trouvent dans un rapport équilibré. Non dissociée de la socialisation, la symbolique sociale donne alors sens et être à la communauté. Quand la logique étatique tend ensuite à s'imposer par une autonomisation de la production sociale -consécutive à la monétarisation et au salariat- la symbolique sociale n'est plus que représentation partielle de la société. Elle ne donne pas alors sens et être, mais signe et apparence. Les cérémonies qui se perpétuent malgré tout, tels les mariages collectifs ou le mowsem, ne vont fonctionner que comme signes; elles ne sont plus qu'apparence et alibi, modèle proposé à l'Occident par l'entremise de l'Etat. Il n'y a plus perpétuation de la tradition, représentation symbolique du groupe tout entier, mais une représentation "folklorisée" recomposée de l'extérieur par la société dominante, soucieuse de pouvoir y adapter ses propres schémas. n ne faut pas confondre, écrit A. Laroui 1, "tradition en tant
1 LAROUI (Abdallah), Tradition et traditionalisation, Lamalif, n° 63, marsavril 1974,pp.44-47.

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que valeur et tradition en tant que fait social". Quand nous faisons référence à la société traditionnelle Aït Hadiddou, il ne s'agit pas d'une société passéiste, figée sur un décor, mais bien d'une société en mouvement. Lors du séminaire du 20 septembre 1984 "Femmes, temps, argent autour de la Méditerranée aujourd 'hurt, Christiane Souriau faisait remarquer qu'il est de mode actuellement de faire des oppositions couplées: - famille nucléaire/f?Fille élargie - tradition/modernité . TI n'y a pas antinomie; la tradition, sans cesse remodelée, intègre constamment des existants nouveaux. Elle n'est pas un modèle immuable et statique auquel demeure fidèle une société. Emergence d'un consensus collectif, elle est au contraire la représentation d'un ensemble de pratiques qu'une société doit sans cesse réajuster en fonction de l'évolution de son mode de vie; l'existant nouveau qui marque le changement à une période X sera traditionnellement intégré, si nécessaire, à une période Y, qui produira alors elle aussi un existant nouveau; ce qui signifie que la tradition et le changement participent d'une action identique; ils génèrent tous deux le même mouvement qui pennet de rendre compte de la société à un moment donné. L'analyse du changement obéit à la double logique externe/interne du groupe, soit la logique étatique et tribale, où se juxtaposent sans cesse des temps sociaux différents. Etudier la société Aït Hadiddou en la découpant "en tranches" relève d'un processus quelque peu arbitraire mais pourtant incontournable ici. Si la division en deux grands chapitres, avant et après la colonisation française, renvoie à la périodisation représentée de la tribu, les subdivisions à l'intérieur de ces chapitres obéissent surtout à des périodicités historiques. Complémentaires, le temps mythique et le temps historique, tous deux également pris en compte, peuvent alors interférer et se juxtaposer. Pour la vallée, la subdivision de la période post-coloniale
1 Ceséminaireeutlieuàl 'I.R.E.M.A.M., àAix-en-Provence.

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est due à la pénétration tardive du système marchand pui~ue l'émigration y a commencé en 1970, alors que G. Lazarev situe la pointe de l'exode rural au Maroc aux alentours de 1952. Ainsi l'année 1970 marque le début des transfonnations les plus apparentes.

Période pré-coloniale Colonisation arabe islamisation

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Anté-islamique

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Perlo de co Ionl al e et ' "
POst-coIOniale

Période coloniale colonisation française 1933-1956 1956-1970 ~APrès Période post-colonial~ l'Indépendance 1971-1985 Emprise étatique

~
rencontrés

. Obstacles

De tous les obstacles rencontrés, la langue fut sans conteste le premier. Car l'année écoulée entre les deux premiers séjours ne me pennit pas une étude approfondie du tamazight, parler berbère du Haut-Atlas central et seule langue employée et comprise par les femmes Ail Hadiddou de l' Assif Mellow. La présence d'un interprète s'avèra donc indispensable, ce
1 LAZAREV (Grigori), Changement social et développement dans les campagnes marocaines, inEtudes sociologiques sur le Maroc, Bulletinécc;nomique et social du Maroc, Rabat, 1978,pp.129à143.

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qui me valut cette remarque sentencieuse d'un vieil homme d'Agoudal qui définissait du même coup le rapport des Art Hadiddou à l'espace:

"aday ur illi sellum, i taddart mas italli jà"
"s'il n'y a pas d'escalier, on ne peut pas monter dans une maison". Ancien élève du Collège berbère d' Azrou 1, Ali Oudaani remplit cette fonction. Le neveu d'Ali, Moha, originaire d' Agoudal où demeure encore son père, m'accompagnait parfois, ce qui me donnait accès à deux classes d'âge différentes. Tous deux furent pour moi les plus sars garants: passée la politesse du premier verre de thé, ne pénètre pas qui veut dans la société Art Hadiddou. Grâce à leur nombreuse parentèle qui habitait dans la vallée, les contacts me furent facilités; la filiation joue un rôle important chez les Berbères d'origine nomade, "plus attachés au nom qu'à la terre", écrivait R. Montagne2. Même si du fait du processus de sédentarisation actuellement engagé la propriété de la terre a pris une plus grande importance, le prestige du nom demeure toujours intact. Pour les entretiens qui concernaient plus particulièrement les femmes, je dus faire appel à une interprète féminine: outre qu'elles s'adressent plus librement à quelqu'un du même sexe, les femmes Aït Hadiddou ne peuvent paraître devant des hommes étrangers à la famille. Aïcha est étudiante à Meknès; elle me fut recommandée par le proviseur du lycée de Rich qui se porta garant pour nous auprès des parents de la jeune fille. Originaire de Rich, pays, des
1 Ce collège, situé dans le Moyen-Atlas, créé sous le protectorat, était destiné à formerdes élites berbères: dans les montagnes, les Berbères étaient et sont encoretrèsmajoritairementanalphabètes; aucollègeonn' enseignait que le français et le berbère; la politique coloniale française, afin de mieux dominer le pays, opposait Arabes et Berbères, ces derniers étant les "enfants chéris de l'administration française",pour reprendre l'expression employéepar JacquesBerque dansLeM aghrebentre deux Guerres. L' administration coloniale pensait ainsi favoriser l' émergenced 'me classe dirigeante qui contrebalanceraitlepouvoirdecelleen place. MONT AGNE (Robert), LaviesocialeetlaviepolitiquedesBerbères, p. 61.

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Aït Izdeg, elle avait avec les Aït Hadiddou de la vallée des' relations communes car les deux tribus font partie de la même confédération: les Aït Yafelmane, ceci qle facilita grandement les contacts avec les femmes qui ne la considèraient pas comme l'étrangère, mais plutÔt comme une des leurs. Certains problèmes d'ordre éthique qui se posent encore à moi: peut-on prétendre faire l'analyse d'une société de culture totalement différente, dont on ne maîtrise qu'imparfaitement la langue, étant entendu qu'on peut en toute bonne foi trahir autant celui dont on parle que celui à qui l'on s'adresse? Question qui reste encore pour moi sans réponse. Car si, comme Pierre Bourdieu, je pense que dans l'étude d'une société étrangère la distance entre observateur et observé réside, en partie, dans la différence de leur rapport au monde, théorique pour l'un et pratique pour l'autre, je ne sous-estimerai pas pour autant le poids des traditions. Or, l'étude d'une société étrangère, si imparfaite soit-elle, peut nous aider à mieux la comprendre et à mieux nous comprendre aussi. Gennaine Tillon fait remarquer qu"'on ne s'ethnographie pas soi-même tout simplement parce qu'on ne se voit pas sans un miroir; et ce miroir, c'est essentiellement, nécessairement la conn~issance d'une société étrangère, d'une société différente" . Très peu de monographies ont été réalisées, au Maroc, par des femmes. Dans une société où la séparation des sexes est aussi nettement établie, l'étude d'une société faite par un homme sera nécessairement différente de celle réalisée par une femme, différence d'autant plus marquée que ce sont les femmes en tant qu'acteurs sociaux spécifiques qui sont ici les indicateurs privilégiés du changement. Outils d'enquête et d'analyse Tous les tableaux ont été élaborés à partir de sources personnelles car les données chiffrées ont été obtenues à la suite d'entretiens personnels, aucun des thèmes abordés n'ayant fait l'objet d'enquêtes officielles. Les chiffres des tableaux n'ont
1 TILLON (Germaine), Préface du livre de Mohamed BOUG HALl, La représentationde /' espace chez leMarocain illettré.

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pas de valeur statistique. lis sont donnés à titre indicatif. Dans chacun des villages choisis comme tetTain d'enquête, l'échantillon des femmes intetViewées devait être représentatif de l'ensemble de la 'population féminine, qu'il s'agisse des classes d'âges ou du statut familial. Le groupe d'origine, Aït Yazza ou Ail Brahim, a été également pris en compte.
Elaboration du questionnaire

n a été élaboré après quatre séjours préalables effectués sur le terrain et à la suite de nombreux entretiens informels. Les thèmes abordés sont centrés autour de la reproduction élargie (parenté, organisation familiale, activités féminines). Le questionnaire comporte 125 questions (voir en annexe). Certains thèmes comme le mariage, la sexualité, l'éducation des enfants ont été abordés différemment selon le statut familial de la personne interviewée (jeunes filles ou vieilles femmes, divorcées, etc.). Si le sujet relatif à la sexualité était très librement discuté, la magie faisait l'objet de beaucoup de réserve. Aussi la femme à laquelle nous nous adressions ne devait-elle jamais se sentir directement impliquée. Nous faisions alors le récit d'un acte magique (envo"Otement,maladie, guérison) qui nous avait été raconté et qui avait eu lieu dans un autre village. Nous posions nos questions sur le récit, et selon les réponses fonnulées, nous continuions ou non sur le sujet. En règle générale, les vieilles femmes surtout ne craignaient pas de faire état de la magie. Ces questionnaires ont donné lieu à des entretiens dirigés, car ils nécessitaient des réponses très précises. D'autres entretiens ont pris une fonne beaucoup moins contraignante. Entretiens lis ont donc été de deux ordres, directifs et semi-directifs, et

ont concerné cent femmes environ.

.

Quarante femmes ont été choisies en fonction des critères précités pour les entretiens directifs. Ces derniers ont constitué une partie importante du corpus central de la recherche. Les entretiens ont été élargis à des groupes de femmes, en milieu ouvert, sur les lieux de travail et de sociabilité féminine, tous deux confondus car indissociables, c'est-à-dire: 24

POPULATION INTERVIEWÉE

Fraction AIT BRAHIM : AIT YAZZA :

Village Agoudal : Tabachtint : Imilchil :

Nombre 19 9 12

SITUATION DE FAMILLE DE CETTE POPULATION PAR TRANCHES D'ÂGE (Ait Yazza : l, II, ...) (Ait Brahim : 1, 2, ...)

12/15 Jeune femme II Femme Divorcée Femme seule Veuve 2

16/20 I I III

21/25

26/30

31/35

36/45

> 45

2 II 5 il

1

II

2

II

1 I

1

II

3

II I 1

1

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- à l'extérieur de la maison: à l'oued (pour la lessive), à la source (pour l'eau potable), dans les champs (coupe d'herbe quotidienne pour la nourriture du bétail). - à l'intérieur de la maison, ces entretiens (quatre à six personnes) avaient lieu chez des femmes que je connaissais bien et chez qui parentes et amies venaient spontanément.
Entretiens de groupe, semi-directifs : lis duraient de deux à cinq heures avec un nombre fluctuant de participantes, selon leur disponibilité. L'interprète (femme) et moi décidions au préalable des thèmes à aborder avec ces groupes de femmes. Lorsque nous étions en leur présence, et selon les lieux car on n'aborde pas aussi aisément certains sujets en extérieur qu'en intérieur, nous lancions le thème choisi: mariage, travail, enfants, etc., nous contentant d'intervenir lorsqu'on nous posait des questions ou si le sujet déviait par trop. Entretiens directifs, individuels, avec questionnaire fermé : Aux questions posées devaient correspondre des réponses précises, comme le montrent les différents tableaux et le questionnaire mis en annexe. fi était donc nécessaire d'avoir recours à ce type d'entretien. Avec les quarante femmes que nous venions interviewer chez elles, individuellement ou en présence d'une amie, le même cérémonial se renouvela quarante fois: une démarche préalable fut chaque fois nécessaire, si bien que ces entretiens comportèrent deux phases distinctes. Une phase "masculine" : les interviews individuelles devaient, en première instance, être autorisées par les hommes. L'interprète masculin qui m'accompagnait prenait contact avec le mari ou le père de la femme, par le truchement d'une tierce personne, homme ou vieille femme, parente ou amie, en tous cas une personne considérée. Dans le cas présent l'intervention d'une tierce personne était nécessaire du fait des liens de parenté de mon interprète avec les gens du village. Elle laissait au mari ou au père la possibilité de refuser, puisque le refus n'était pas opposé directement à mon interprète. De la sorte les liens de sociabilité ne s'en trouvaient pas altérés. Si la demande était agréée, nous étions reçus dans la partie
.

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