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Louis II de Bavière et ses Psychiatres

De
144 pages
Ce livre raconte la rencontre et la mort commune du roi Louis II et de son psychiatre von Gudden. S'y trouve retracée l'histoire de la Bavière, puis la vie de ce roi excentrique, et sa fin tragique, et enfin l'oeuvre et la vie du psychiatre Bernhard von Gudden. Nous découvrons alors un documentaire charnière de l'histoire de la psychiatrie qui fait de la maladie de Louis II le prototype de ce que Kraepelin appellera démence précoce.
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Illustration de couverture par Annie MALLET

LOUIS II DE BAVIERE ET SES PSYCHIATRES
Les garde-fous du roi

Collection Histoire des Sciences Humaines
dirigée par Claude BLANCKAERT et Laurent MUCCHIELLI
Comité de lecture: Laurent LOTY, Françoise PAROT, Nathalie RICHARD, Marc RENNEVILLE, Marie-Claire ROBIC

Fortes désormais de plusieurs siècles d'histoire, les sciences humaines ont conquis une solide légitimité et s'imposent dans le monde intellectuel contemporain. Elles portent pourtant témoignage d'hétérogénéités profondes. Au plan institutionnel, la division toujours croissante du travail et la concurrence universitaire poussent à l'éclatement des paradigmes dans la plupart des disciplines. Au plan cognitif, les mutations intellectuelles des vingt dernières années ainsi que les transformations objecti ves des sociétés post-industrielles remettent parfois en cause des certitudes qui paraissent inébranlables. Du fait de ces évolutions qui les enrichissent et les épuisent en même temps, les sciences humaines ressentent et ressentiront de plus en plus un besoin de cohérence et de meilleure connaissance d'elles-mêmes. Et telle est la vertu de l'histoire que de permettre de mieux comprendre la logique de ces changements dans leurs composantes théoriques et pratiques. S'appuyant sur un domaine de recherche historiographique en pleine expansion en France et à l'étranger, cette collection doit favoriser le développement de ce champ de connaissances. Face à des mémoires disciplinaires trop souvent orientées par des héritages inquestionnés et par les contlits du présent, ses animateurs feront prévaloir la rigueur documentaire et la rétlexivité historique.

Dernières parutions
M.C. ROBIC, A.M. BRIEND, M. ROSSLER, Géographes face au monde, 1997. P. PETITIER, La géographie de Michelet. Territoires et modèles naturels dans les premières oeuvres de Michelet, 1997. Pascal RIVIALE, Un siècle d'archéologiefrançaise au Pérou, 1997. Olivier MARTIN, La mesure de l'esprit, 1997. Noël COYE, La préhistoire en parole et en acte (1830-1950), 1997. J. CARROY, N. RICHARD, La découverte et ses récits en sciences humaines, 1998.

(Ç) L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6602-8

Paul RAVenS

LOUIS II DE BAVIERE ET SES PSYCHIATRES
Les garde-fous du roi

Préface de Georges Lantéri-Laura

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Les textes dont les traducteurs ne sont indiqués ni dans le texte, ni dans la bibliographie sont traduits par l'auteur. Qu"il me soit permis de remercier à ce propos très chaleureusement ma soeur Liz pour son aide à la fois linguistique et logistique, ainsi qu'Estelle, mon épouse, et Elsa et Charlie, mes enfants, pour leur inaltérable patience.

Table
Préface.

des matières

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9

Introduction La Bavière des Wittelsbach LE REG NE DES WITTELS BACH
N ai s s an ce d' une na t ion.

.13 21 .23 25 27 33 33
ne r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .3 4 rbée. ...................................................................3 8 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 23

La Cons titution de 1818 Les aventures de Louis ler
Max i mil ie n

I I .......................................... ......................................... 2 9

LUDOVICUS REX L'e nfance d'un roi
L'a m i ti é a v e c Wag se x ual i té pertu U ne

Loin des "fadai ses" de l'Etat. Des châteaux espagnols en Bavière LE NA UFRA GE Un "verdict" prononcé à la va-vite
Fe yd eau. S hak po il
0

42 44 .49 49
1

..

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 52 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .57 me sq u i ne. ................................................................6

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Les documents EXPERTISE PSYCHIATRIQUE DE LOUIS Il DE BAYIERE L'AUTOPSIE DE LOUIS II DE BAVIERE INTERPRETATION DE L'AUTOPSIE PAR LES EXPERTS EXPERTISE PSYCHIATRIQUE D'OTHON DE BAVIERE Du côté des aliénistes BERNHARD VON GUDDEN : UNE CARRIERE AYORTEE Années d'apprentissage L'application du no-restraint
Nota b lee n B a v i è re.

65 67 79 83 87 89 91 9I .92 96

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9 4

La polémique de l'othématome
Le Un ne u roana maître tom

i s te. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 98 ] ref 0 ul é. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 02

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1 07

La querelle des romantiques et des somatistes
La "primare Verrücktheit" de Griesinger K. Kahlbaum: Ie "Fa/rei" allemand Vers la "originare Verrücktheit" La paranoïa aiguë de Westphal: un anachronisme L'oeuvre de Krafft-Ebing Dans l'entourage de von Gudden L'expertise de Louis II: une ébauche de la démence précoce
Index des noms propres cités

107 109 111 II5 II9 123 127 130

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . 133 .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . 137

Bibliographie.

.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ..

Préface
Georges Lantéri-Laura

Le centenaire de la mort du roi Louis II de Bavière a réitéré un certain nombre de publications assez analogues à celles qu'on avait connues cent ans plus tôt et qui s'étaient ainsi poursuivies durant tout le dernier tiers du XIXème siècle. A vrai dire, les livres et les articles de l'époque et ceux des années récentes, sauf quelques-uns, se laissent répartir en deux groupes que nous pouvons à peu près schématiser de la manière suivante. Les uns, sûrement les plus nombreux, prennent, pour ainsi dire, le parti du roi, contre l'arbitraire supposé de sa déposition et du mauvais prétexte de la folie imputée au monarque, abus des médecins ignares et corrompus au XIXème siècle et méfait attendu des psychiatres-flics au XXème siècle~ il ne nous paraît pas sans intérêt de remarquer à cette occasion qu'à cent ans d'intervalle l'argumentation demeure la même: Louis II, peut être un peu singulier, n'était pas atteint de maladie mentale, et d'ailleurs ces maladies mentales présumées n'existent que pour fournir une apparence médicale à ceux qui, du côté du pouvoir, c'est-à-dire de son abus, ne tolèrent ni la Iibel1é, ni l'originalité des conduites et des hommes. A partir de ce fonds commun, les dénonciations varient un peu. Pour les uns, l'on a voulu punir le roi des particularités de ses goûts esthétiques, le conduisant à faire payer par les bourgeois de Bavière la copieuse pension de Wagner ou à chercher des emprunts internationaux éventuels pour la construction de châteaux, dont le nombre se réduisait à trois, et qui n'étaient ni si extravagants, ni si dispendieux. Pour les autres, l'allure psychiatrique prise par cette affaire cachait une perfide manigance de Bismarck, car le Chancelier de fer ne pouvait pardonner à l'héritier des \Vittelsbach de détester les Hohenzollern de Prusse, à commencer par sa propre mère, et surtout d'avoir mis son pays du côté de l'Autriche, en 1866, d'avoir participé bien à regrets à la guerre de 1870 et d'avoir beaucoup rechigné à faire entrer son royaume dans ce Second Reich, dont la proclamation avait profané la Galerie des Glaces à Versailles, palais que cet infortuné Louis II admirait passionnément. Les autres s'éloignent de vues aussi enflammées et peu sérieuses, pour adopter une position qu'ils tiennent pour médicale et, ipso facto,

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scientifique. Ils cherchent, certes, à sauver quelque chose de l'honneur de B. von Gudden, à qui la neuro-anatomie doit la description du tracta tus mammilotegmental, mais davantage à rétablir le bien fondé de la position de la psychiatrie à l'égard du roi de Bavière. Or, cette argumentation revient toujours à articuler entre eux deux moments: d'abord, il paraît indubitable que Louis II souffrait depuis des années de troubles mentaux, de sorte que ce que les ignorants tenaient pour des singularités royales de son caractère, constituait en réalité des signes de sa maladie~ mais il faut alors accomplir un diagnostic différentiel, c'est-à-dire écarter les affections mentales dont il n'est pas atteint et affirmer le diagnostic qu'il convient de retenir. Ce dernier exercice a beaucoup séduit les psychiatres du dernier quart de notre siècle, et si les livres de J. Adès, en 1984, et le présent ouvrage de P. Rauchs évitent toujours de tomber dans le piège de l'anachronisme, par contre, la plupart des autres attribuent à Louis II une affirmation diagnostique empruntée à la psychiatrie du XXème siècle, alors que ce que l'on peut savoir de la sémiologie et de la nosographie du XIXème siècle doit être envisagé avec les plus grandes précautions. Nos prédécesseurs nous valaient sans aucun doute, mais ils tenaient pour cliniquement significatives d'autres données que celles auxquelles nous attachons du prix~ les occurrences diagnostiques dont ils se servaient ne sont plus guère les nôtres, mais comme nous ne saurions corriger leurs diagnostics qu'en nous servant de leurs observations, pareil travail demande une infinité de précautions. Le présent livre les respecte toujours. Il expose d'abord la situation de la Bavière dans le Saint-Empire, depuis le moment où Frédéric Barberousse, en 1181, enlève ce duché à Henri le Lion, vassal rebelle, pour le donner à son fidèle Othon de Wittelsbach, dont la descendance mâle le conservera jusqu'à ce que Napoléon 1er le transformât en royaume, puis que les suites de la défaite de 1918 conduisissent le dernier des Wittelsbach régnant à abdiquer. En peu de pages, le lecteur peut ainsi se remettre en mémoire un certain nombre d'informations qui précisent le contexte de la vie de Louis II, contexte dont la connaissance s'avérera indispensable pour apprécier le sens des événements de cette vie elle-même. Il retrace alors la décision du gouvernement bavarois de déposer le souverain en raison du caractère chronique et irrémédiable de sa pathologie mentale, et en application directe de la Constitution de 1818. Il raconte avec humour l'arrivée de la Commission chargée, non pas d'examiner directement le roi, puisque l'on avait décidé, non sans hésitation, de s'en tenir aux témoignages, oraux ou écrits, de ses familiers, mais bien de lui annoncer sa déchéance, puis de le conduire au château de Berg. Là, en très peu de temps, la tragédie va s'achever, et, malgré la pratique de l'open door à laquelle il tenait beaucoup, le malheureux Professeur de Munich ne pourra empêcher ni sa propre mort, ni celle du roi. P. Rauchs fournit alors à son lecteur la traduction française de quatre pièces dont la lecture reste indispensable à qui veut comprendre quelque chose à cette biographie à la fois tragique et pathologique. D'abord, les

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textes qui constituent l'expertise proprement dite et qui nous aident à suivre le raisqnnement de B. von Gudden : comment, à partir d'anecdotes de plus en plus étranges et de plus en plus éloignées des bizarreries encore compréhensibles, discerner des signes garantissant un diagnostic indiscutable; comment passer de conduites surprenantes à des éléments relevant de la pathologie mentale? Ensuite viennent l'autopsie du roi et son interprétation par les experts, sauf B. von Gudden évidemment. Ces pages montrent à la fois le goût scrupuleux des détails et la confirmation que, dans le domaine de la psychiatrie, les ouvertures cadavériques ne pouvaient rien montrer de bien spécifique - intéressant témoignage étant donné la date du texte: 1886. Enfin, l'expertise mentale d'Othon de Bavière, le frère cadet de Louis II, probablement bien plus fou que son frère aîné... Ces pages donnent au lecteur tous les éléments nécessaires à reprendre pour son propre compte l'essentiel des questions que pose l'histoire de Louis II, histoire dont la composante pathologique est essentielle, mais qui ne saurait s'étudier sérieusement sans prise en compte de tous les éléments contextuels. Mais P. Rauchs va plus loin car, dans une dernière partie" il explicite la biographie de B. von Gudden, et expose l'évolution de la notion de parano~ia dans la psychiatrie germanique, après Heinroth et avant Kraepelin. L'intérêt de la chronique de l'existence du prédécesseur de ce dernier vient de ce qu'elle corrige l'image qu'on s'en fait d'ordinaire. On se le représente comme intéressé uniquement par la neuro-anatomie et ne s'occupant de psychiatrie que par nécessité et non sans dégoût; or, il est l'un de ceux qui, en Allemagne, a le plus fait pou~ répandre la connaissance des techniques écossaises de l'open door et pour l'appliquer dans les établissements dont il avait la responsabilité, et c'est sans doute en raison de cette conviction pratique qu'il a voulu accompagner seul le roi, dans leur ultime promenade. Mais, pour situer dans la psychiatrie germanique de cette époque la signification exacte des termes de paranoia et de Verrücktheit, il faut reprendre toute la chronologie des connaissances et du vocabulaire employés dans la médecine mentale de cette époque, c'est-à-dire avant la domination de la terminologie de Kraepelin.

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INTRODUCTION