Luttes syndicales et politiques en Guadeloupe

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Dans ce livre-récit, l'auteur retrace son parcours de militant syndical et politique, engagé dans la réalité socio-économique d'exploitation, qu'il n'eut cesse de dénoncer dans son pays. La création de nombreuses sections syndicales débouchera sur une lutte acharnée avec le patronat, dont la grève du bâtiment, transformée en "événements" majeurs. Conséquence : la répression de mai 1967. L'auteur réclamé "mort ou vif" par les forces de la répression fut emprisonné sur place pendant onze mois.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782336267661
Nombre de pages : 284
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LUTTES SYNDICALES ET POLITIQUES EN GUADELOUPE
Tome1 Les erycux

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-07610-5 EAN: 9782296076105

Paul TOMICHE

LUTTES SYNDICALES ET POLITIQUES EN GUADELOUPE
Tome1
Les ef!Jeux

L'Harmattan

À Pato À Athon et Jules, mes deux compagnons de lutte et d'infortune « On peut détruire HEMINGWAY. un homme sans jamais le vaincre.» Ernest

Avant -propos

Pour éviter que ne surgissent des doutes quant à l'authenticité des récits, des actes et des témoignages, de quelque provenance qu'ils furent, une infinité de précautions a été prise pour que le lecteur garde l'entière liberté de se fonder une opmlOn. À l'intention des dits lecteurs qui, dans les années 1960, avaient entre 10 et 20 ans d'âge, il m'a paru important de rapporter, ici, fidèlement, dans leur intégralité certains textes et documents dont l'objectif est qu'ils soient historiquement soumis à l'appréciation souveraine de notre peuple et des générations futures. En cette période, une phrase mal conçue suffisait à jeter le discrédit sur son auteur et le rendait suspect d'une volonté délibérée de falsification. La vision manichéenne partagée par des lettrés, des élites responsables à diverses strates de la société a développé successivement, incompréhension, irritation, incompatibilité farouchement entretenues, discrédit et finalement haine implacable. Ces éléments, ont ouvert la voie à ce qui fut une trame infinie de mensonges, de calomnies, de non-dits compromettant pour longtemps les chances et les moyens de parvenir à l'objectif que l'on s'était assigné et auquel avait adhéré le peuple, en tant que moteur de son histoire. Mon récit ne se fera pas sous forme d'un déroulement chronologique. Le vaet-vient entre le passé et l'avenir dans la relation des faits et des textes devra conduire le lecteur à se faire une idée exacte du militantisme bénévole dans un monde où la politique et le syndicalisme n'étaient pas dénués d'un profond caractère pernicieux et mercantile.
À cet effet, un certain nombre d'évènements méritaient d'être évoqués: Arrivée de de Gaulle au pouvoir. Sa visite, plus tard, en Guadeloupe, Première Conférence de la Jeunesse guadeloupéenne Application de l'Ordonnance du 15 octobre 1960. Manifestation des soldats démobilisés en quête d'emploi. Création du SPECOG Fin de la guerre d'Algérie après celle du Vietnam. Développement du syndicalisme lutte de classes Première Conférence tricontinenta1e à la Havane Dérive de la direction du PCG. . . Exclusion du comité central du PCG et de la CGTG de plusieurs camarades. Création du Groupe et du journal La Vérité Grève des ouvriers du bâtiment et répression sanglante. Création du syndicat MASU. Querelles d'intérêts et division

En 1959 ma conscience mûrit. Elle s'était confusément éveillée à l'écoute de discussions très serrées et néanmoins pertinentes entre des amis bien plus âgés que moi, qui, malgré leurs points de vue politiques opposés, m'incitaient à la réflexion sur les problèmes généraux tant intérieurs qu'extérieurs à la Guadeloupe. La guerre d'Algérie tout comme la Révolution cubaine constituaient pour moi un immense champ d'expériences auxquelles je prêtais une attention soutenue. Certes, sans pouvoir m'étendre sur le sujet, des échos m'étaient parvenus de la conférence de Bandoeng où avaient été posés, sans doute sous un angle nationaliste bourgeois, les problèmes de la décolonisation, dont la nationalisation de certaines ressources et productions, avec notamment l'Indien Jawaharlal Nehru, le Ghanéen Kwamé N'Krumah, l'Egyptien Gamal Abdel Nasser, l'Indonésien Achmed Soekarno. Par rapport à ce qu'il est dit et abordé de manière assez superficielle à mon sens, mais sûrement limitée à l'époque, l'invasion en 1956 de la Hongrie par les troupes soviétiques m'était apparue comme une péripétie à la fois imprévisible et dommageable mais sans grave conséquence dans un pays de l'Est après la mort de Staline. Mon grand regret, en revanche, se situait en la désagrégation de l'équipe nationale de football de Hongrie. Elle venait d'être battue au Wankdorf de Berne, en coupe du monde de 1954 par la République fédérale allemande, en partie à cause de la blessure à la cheville de son meneur de jeu Ferenc Puskas surnommé le «major galopant ». Pourtant au cours des éliminatoires, quinze jours auparavant, toujours à Berne, les Magyars avaient infligé un sévère 8 à 3 à la même équipe ouest-allemande. L'opinion du journaliste sportif hongrois, M. Faleki a été la suivante: «Ce fut la répétition de la finale de 1950. À Rio, l'Uruguay avait triomphé du Brésil dont l'équipe était nettement supérieure. Aujourd'hui aussi, le sort a voulu que l'Allemagne triomphât d'une équipe meilleure que la sienne, celle de la Hongrie. » Certes, l'organisation du cinquième championnat du monde fut aussi considérée par des observateurs comme une faillite. L'anticommunisme l'avait minée pour venir à bout de l'équipe de Hongrie qui n'avait pas perdu un match depuis 1950. Ce qu'un ancien joueur de l'équipe de Roubaix-Tourcoing le Hongrois Kalmar, exprima avec amertume: « La victoire finale de l'Allemagne que nous avions battue au premier jour, est la conséquence d'un règlement qui a permis à M. Herberger (entraîneur de la RFA) d'obtenir la qualification de son pays en alignant une équipe de réservistes. C'est ainsi que l'Allemagne est arrivée en finale sans encombre pendant que nos joueurs avaient à livrer deux batailles sans merci dont chacune a pu être considérée comme une véritable finale avant la lettre. » Avant que ne fut pansée cette plaie de leur prestige presque tous les meilleurs joueurs durent fuir à l'étranger après l'invasion. Puskas, Czibor, Kocsis (la tête d'or), Hidegkuti, un militaire de haut rang, Boszik qui était député, Lantos, Lorant, Budzanski, Zakarias, Toth, Palotas,

Budaï et le gardien Grosits etc. n'avaient pas accepté l'occupation de leur pays par l'armée russe. Ces joueurs, sujets de mon admiration, avaient appartenu pour la plupart au Honved, au Voros Lobogo et à Ferencvaros des équipes qui relevaient d'organismes d'Etat. Boszik et Hidegkuti retournèrent par la suite en Hongrie, tandis que d'autres, expatriés à tout jamais, en firent leur deuil. Ma consolation, peut-être une petite revanche intérieure, après ces évènements politiques, humain et sportif, vint quatre ans plus tard lors de la victoire de l'équipe de football du Brésil sur l'équipe de Suède et à Stockholm même. Ma fierté était d'autant plus grande et compréhensible qu'un journaliste français, Gabriel Hanot de L'Equipe, avait écrit, dans son jugement du jeu et des joueurs, «Un ailier droit comme Garrincha n'existe pas et n'est pas concevable en Europe.» Dès lors, mon identité latino-américaine se découvrait.. .Grâce à Garrincha ce sang mêlé précisément, grâce à Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Vava, Zagalo et surtout l'incomparable Pelé dont la touche de balle, la vista et l'efficacité dans le collectif auront marqué le football, à tout jamais, à travers la planète entière. En dépit de toutes les péripéties vécues par les équipes du Brésil au cours du temps, y compris quand les dirigeants alignèrent leur système de jeu sur celui de la vieille Europe, il m'aurait fallu encore beaucoup plus pour me départir de la sympathie que m'inspiraient ces merveilleux joueurs. Mon identité se découvrait, disais-je, avec les joueurs du Brésil. Mais elle s'est raffermie avec une autre victoire qui aura à tout jamais marqué le monde en général et les jeunes surtout, en particulier, celle qui a inauguré une ère nouvelle dans tout l'hémisphère américain: la Révolution cubaine. J'admis, quand bien plus tard je fus en mesure d'analyser, avec le recul et l'expérience nécessaire la situation politique, que les joueurs hongrois avaient eu parfaitement raison en tant que militaires, fonctionnaires, bref en tant que citoyens hongrois avant tout, de ne pas cautionner cet affront fait à leur pays souverain. Les gens d'âge mûr avec lesquels j'entretenais de fréquentes discussions, très souvent, ne se prononçaient pas fondamentalement contre « le petit père des peuples» dont ils opposaient la politique à marche forcée de développement économique, scientifique et « socialiste» sur le dos du peuple russe à celle agressive des pays occidentaux dont les Etats-Unis en premier lieu. La notion «d'équilibre », entre le «camp socialiste» et le camp occidental, n'était pas encore entrée dans le langage consacré. La théorie de la guerre froide pouvait, selon certains, justifier des mesures très dures et restrictives à l'intérieur même des pays socialistes, la liberté et la démocratie étant vouées à s'épanouir avec le temps.

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Entre autres sujets de conversation qui consolidèrent mes choix, il y eut en mars 1960 la visite en France de Nikita Khrouchtchev qui faisait suite à l'explosion au Sahara en février 1960 de la première bombe atomique française, en pleine guerre d'Algérie comme pour mieux souligner l'arrogance coloniale et l'ironie du dominant sur le sol algérien. En juin de la même année, l'arrivée au pouvoir de Patrice Lumumba comme chef du gouvernement congolais; lequel sera assassiné le 13 février de l'année suivante, victime d'un complot impérialiste mené par le roi Baudoin de Belgique et coordonné par le secrétaire général de l'ONU Dag Hammarskjkôld. Indignée par la livraison qu'en avait fait la grande presse, notre poétesse Florette Morand s'adressa en ces termes à Daniel Mayer, Président de la Ligue des droits de l'homme: « Je n'ai jamais compté ni sur la grande presse, ni à la radio, ni sur des slogans, ni sur des personnalités éminentes pour me faire une opinion, ayant appris de bonne heure, en découvrant Jaurès, à ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Elle ajoutait: «À mon sens, un homme d'État, privé de sa liberté par la raison du plus fort devrait bénéficier d'une certaine courtoisie même condescendante qui ferait de lui un prisonnier politique, non une bête curieuse livrée à l'indiscrétion des photographes, aux insultes de la populace et à l'inconscience d'un camion de brutes. »
Ne restant pas figée dans la littérature, Florette Morand convoqua le 3 février 1961 (un samedi à 19 heures) chez elle à Bosredon, une vingtaine de personnalités de tous bords afin de dénoncer les menaces qui pesaient sur Lumumba. Dag Hammarskjkold lui, périra dans un accident d'avion lors d'une mission toujours en 1961. À la proclamation de l'indépendance de son pays, et après avoir souligné le poids de 80 ans de colonialisme, Lumumba déclara avec une immense foi: Tout cela mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi nous, que le vote de vos représentants élus a agréé pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffirt dans notre corps et dans notre cœur de l'esprit colonialiste, nous vous le disons tout cela est désormais jini...Ensemble, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.

Autre moment inimaginable et historique qui avait pris l'air d'une détonation foudroyante dans I'hémisphère américain: la nationalisation à Cuba par le pouvoir révolutionnaire de toutes les entreprises américaines le 7 août 1960. Aux questionnements et appréciations des gens ou observateurs relativement bien informés et avertis dont plusieurs « rationalistes» il m'incombait de tirer mes propres enseignements de ces retentissants évènements.

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Au plan personnel, je suis parti du constat que l'exploitation et l'injustice sociale, cause et effet d'un système, ne pouvaient me laisser indifférent. Fils et petit-fils de gens de la terre comme beaucoup d'autres de mon âge, au terme de mon cursus scolaire que la maladie avait arrêté, la quête d'un avenir meilleur constituait un objectif tout à fait nécessaire. La voie de la sécurité et la garantie de l'emploi se trouvaient dans la fonction publique laquelle ne m'attirait pas particulièrement. Elle était celle conseillée par les parents et choisie par certains, de peur de connaître ce qu'avaient vécu les aînés dans les champs, sous le soleil et sous la pluie, à l'usine et dans les ports et docks. Pour avoir travaillé chez Bata, sous l'appellation de «jeune cadre », aux côtés de deux citoyens bourrus et frustes qui gardaient en eux les stigmates de cette Alsace ballottée et façonnée par diverses fortunes historiques, Albert Klein et Claude Niedergang, directeur et assistant-manager, puis dans la production et la distribution de boissons gazeuses (Pepsi-Cola) avec les frères Clément de la Martinique, je ne pouvais ainsi mieux faire connaissance avec l'exploitation capitaliste. Les résultats, en terme d'objectifs, auxquels j'avais été lié, donnèrent: pour Bata SA le transfert, l'agrandissement et l'aménagement du magasin à sa place actuelle à l'angle des rues du cours Nolivos et Schœlcher à Basse-Terre. Pour Pepsi-Cola qui avait fait appel à mes services, alors que j'étais chez Bata, il s'agissait de sortir d'un dépôt vétuste en bois, quai Lefèbvre, pour se lancer dans l'implantation en Guadeloupe d'une usine si je parvenais à un quota annuel de vente de 15 à 20.000 bouteilles; L'approvisionnement ayant été régulièrement assuré par barge depuis la Martinique. Quota atteint et même dépassé. Au Morne Vergain cette usine s'ouvrait en mon absence. Paradoxalement, à mon retour du service militaire, lors de mon passage à l'usine de Fort-de-France l'un des fils Clément me fit délibérément comprendre que «les us de la maison ne cadraient pas avec [mon] option pour l'autonomie de la Guadeloupe. »Donc rupture de contrat par des gens métissés qui s'étaient toujours trouvés des travers de santé ou d'anatomie pour ne pas servir leur mère patrie adorée en temps de paix mais farouchement répudiée en temps de guerre ... d'Algérie. Mon remplacement n'avait pas tardé. Un jeune, produit de marin du « Jeanne d'Arc» et de blanche « gouyave », aussi zélé que pervers, au comportement de larbin, s'attacha à utiliser la brosse à cirer pour assurer son maintien, allant jusqu'à peindre le dimanche et les jours fériés, des petits kiosques en tôle, que le distributeur avait fait installer sur les trottoirs de la ville. Le camarade Hégésippe !béné se chargea de porter l'affaire qu'il gagna devant les prud'hommes. C'est en prenant la défense, même ponctuelle, de ceux qui étaient moins bien lotis que moi dans ces entreprises et dans d'autres que ma conscience de classe s'est forgée face aux abus et à l'intransigeance du patronat. Chez Bata qui sortait des mains et de la gestion de Srnsky (celui qu'on retrouvera en mars

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1967 à Basse-Terre) et donc transfuge de la Tchécoslovaquie peu avant, ou chez les fils Clément, mulâtres martiniquais, donc un tant soi peu basanés, complexés par rapport aux békés, détenteurs ou non de patronyme à particule, mais imbus de leur surface économique et sociale, j'ai compris au bout du compte que le capitalisme n'avait qu'une seule et même couleur, le profit. Et puis, en dehors de l'injustice sociale constatée autour de moi, des petits faits m'avaient marqué dans ma chair et avaient donc éveillé en moi un sentiment de révolte d'abord contenue. Premier fait: à l'instruction religieuse. Je venais à peine de faire ma première communion, donc entre sept et huit ans. Pour avoir donné au curé, le père Blanc, homme rondouillard et vicieux, une mauvaise réponse à la question posée, il me fit joindre les cinq doigts de la main droite et m'y asséna un violent coup de demi-barreau de chaise. Rentré à la maison à onze heures j'eus peur d'en parler à ma mère pour ne pas ramasser à nouveau une bonne fessée d'elle ou de mon père. Dans la journée même, ils furent informés par des voisins dont les enfants avaient assisté à la scène. Mais en plus, je n'arrivais plus à tenir ma fourchette, ni mon porte-plume; le bout des cinq doigts était devenu bleu. Contrairement à mes craintes mon père était remonté contre le curé et c'est mon grand-père, homme pourtant intransigeant, face à l'injustice qui le dissuada d'infliger une riposte cinglante et pourtant méritée. L'homme d'église avait gravement égratigné ma foi naissante même si dans la vie des relations de camaraderie ou de fTatemisation, se sont installées, avec une autre foi certes, entre des membres du clergé et moi. Ce fut le cas avec l'abbé martiniquais Permal qui, un beau jour, déposa sa robe, fonda une famille, après avoir entendu, surtout pour le taquiner, moult propos paillards lors de notre service militaire. À contrario, j'avoue avoir eu une immense satisfaction à m'entretenir avec monseigneur Ouali, à l'occasion de la grande grève de trente cinq jours du personnel des Ets Reynoird en 1977. Pour donner suite à ma démarche, il m'avait assuré ne voir aucun inconvénient à faire passer, à travers son diocèse, un message de solidarité et de soutien à la lutte de cette masse de grévistes essentiellement catholiques. Il en est de même de monseigneur Cabo, lequel avant de devenir évêque de la Guadeloupe manifesta, en diverses circonstances, la solidarité des siens en mettant gracieusement à notre disposition la salle paroissiale de l'église du Sacré Cœur à l'Assainissement et en y ajoutant à l'adresse des travailleurs un mot de réconfort face aux difficultés à surmonter. Deuxième fait: un mardi-gras, j'avais à peine dix ans, mon père avait mis sa voiture à la disposition du chef d'orchestre et saxophoniste Prosper Miolard de Trois-Rivières dont faisaient partie, entre autres musiciens, le trompettiste Guy Beauregard, un Dominiquais joueur de banjo Clayton, Pierre Jabès à la batterie et IIdephonse Desbranches, etc. Le groupe avait décidé de jouer de la musique 15

en circulant entre sa commune et Capesterre. L'ambiance était entraînante; en voyant passer la voiture au ralenti, je sautai sur le marchepied gauche du côté de mon père qui conduisait. Un kilomètre plus loin environ il me fit gentiment descendre pour me renvoyer à la maison. Ma mère et moi nous attendions le retour pour entendre encore quelques notes, fut-ce brièvement. Rien. À la nuit tombée quelqu'un vint nous signaler que mon père avait eu un accident au pied du morne Salée, à la sortie du hameau de Bananier (au même endroit que dix ans auparavant) . IIdephonse Desbranches, debout sur le marchepied droit fut coincé contre l'aile du ponceau dans les mêmes conditions que la victime du précédent accident. Comme celle-ci, il avait succombé le soir même à ses blessures. Répétition de la malédiction. Injustice du sort. Tard dans la nuit mon père rentra. Le lendemain matin il se rendait à la gendarmerie. Pour prendre sa déposition sur les lieux de l'accident, il dut faire à pieds la route de TroisRivières à Bananier aller et retour, les deux poignets menottés et tenu en laisse entre deux chevaux montés par les gendarmes commandés par l'adjudant noir Latulipe, réputé pour sa brutalité légendaire. En passant devant la maison, il n'accorda pas le moindre répit à mon père qui voulait boire un verre d'eau et souhaitait dire, au moins un mot, à sa femme. Le même jour cet homme était jeté en prison à Basse-Terre, puis condamné à six ou huit mois. Pendant toute mon adolescence j'avais juré de rencontrer un jour ce Latulipe qui comme le prêtre Blanc s'était retrouvé au gré de leur affectation très loin de ma haine et de mes lieux de vie. Ma répulsion de l'uniforme en général et des gendarmes en particulier était née. Troisième fait: Un entraînement à bicyclette. J'avais dix neuf, vingt ans. Un lundi matin je quittais le domicile des parents situé entre Trois Rivières et Bananier. Il était environ cinq heures trente, je roulais en direction de Pointe-àPitre sur mon vélo de course de marque Garin, dont j'étais fier, avec doubleplateaux et cinq vitesses (à la manière de celui du puissant coureur hollandais Wim Van Est et de ses coéquipiers entre autres), il me permettait d'entretenir ma forme en faisant y compris des parcours rapides le matin entre Pointe-à-Pitre et le Moule ou Pointe-à-Pitre et Sainte-Anne et le dimanche un petit « central» de la Grande- Terre avec la difficulté que constituait, en temps de pluie, l'état de la route entre Sainte-Anne et Le Moule par Saint-François. Ce lundi matin donc, juste à la sortie de Saint-Sauveur, une voiture s'arrêta à une certaine distance au milieu de la route en face de moi, tous phares allumés. Aveuglé par l'intensité de la lumière je ralentis mon rythme, en me serrant le plus à droite possible. Soudain, une main se posa brutalement sur mon bras gauche m'entraînant lourdement sur l'asphalte. Le temps de réaliser ce qui m'arrivait une semelle épaisse retenait mon bras au sol. C'était l'œuvre d'un gendarme dont la jeep m'avait volontairement aveuglé pour m'immobiliser. Etais-je le voleur qu'il recherchait ai-je demandé? Pourquoi cela? L'autre sorti de derrière son volant m'indiqua que l'infraction venait du fait de rouler à vélo 16

sans lumière et que je risquais de m'enfuir. Vérification d'identité effectuée, ces pandores me demandèrent, sans autre forme de procès, de continuer mon chemin. Il n'y eut ni excuses ni procès-verbal. Le délit de circuler sans feu n'était plus retenu. D'ailleurs, combien n'ai-je rencontré de cyclistes sur la route, y compris les champions de l'époque, lesquels partaient s'entraîner bien avant le lever du jour et donc sans lumière sur leur vélo pour se rendre ensuite à leur lieu de travail en temps et en heure. Une haine sourde, profonde et durable de l'uniforme allait participer désormais au renforcement de ma conscience. Des conseils en tout genre me vinrent de connaissances, d'amis qui pensaient qu'il valait mieux pour ma tranquillité envisager une situation qui me permettrait de me glisser dans la société, comme tous les petits-bourgeois qui se faisaient une certaine idée d'eux-mêmes et de leurs relations, soit avec la bourgeoisie de couleur ou blanc-pays, soit avec des filous de la politique, lesquels avaient la faculté de pistonner un jeune en quête d'un avenir « sans histoire ». Fréquemment d'ailleurs, j'ai été sollicité par des amis plus âgés ou de ma même tranche d'âge d'obédience franc-maçonnique. C'était aussi, selon eux, le meilleur biais pour se frayer un chemin dans la vie ou alors aller vers « un frère », magistrat ou élu selon, qui appuierait une démarche en vue de l'obtention d'un emploi, notamment dans l'administration ou dans un organisme bien huppé. Ce n'est pas un hasard si du temps du député-maire de Morne-à-l'Eau Pierre Monnerville, cette commune a été la plus grande pourvoyeuse en Guadeloupe de fonctionnaires de la police nationale. C'est aussi dans une certaine mesure le cas de Gourbeyre où, en guise de reconnaissance envers le «parrain» Amédée Valeau, maire et sénateur, nombre de familles ont pieusement attribué le prénom de « Amédée» à leur progéniture. Le secteur privé tenu essentiellement par les blancs-créoles se redéfinissait face à la reconversion des békés du secteur canne-sucre au tertiaire. La Siapap (Darboussier, Blanchet) la Saub (Beauport), les Sucreries coloniales (Marquisat), Roujol, Comté de Lohéac, Courcelles, Ste-Marthe, Bonne-Mère maintenaient une activité d'attente, mais néanmoins florissante, par rapport à la production et la transformation de la betterave en sucre à un coût moindre en Europe. On parlait également du coût du transport maritime entre la Guadeloupe et la France. Mais pas à l'inverse du coût qui allait générer d'inestimables profits. Avec les békés et leur nouvelle organisation du travail, il y eut des créations d'emplois mais aussi des rapports sociaux de plus en plus rigides qui se différenciaient du paternalisme d'antan. Pendant deux décennies encore au moins, cohabiteront les structures mentales et commerciales d'un patronat d'époque et celles marquées par l'expansion tous azimuts et les mutations

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sociologiques. Toutes les activités économiques allaient dorénavant changer de mains et bien entendu d'orientation. La vie syndicale très forte dans l'industrie sucrière et les docks était confrontée à une crise qui correspondait aux mutations économiques en cours. La convention collective du commerce rédigée à l'origine, d'une part par le syndicat des importateurs grossistes de produits alimentaires de la Guadeloupe, le syndicat des importateurs de voitures automobiles, l'association professionnelle des vendeurs de parfums de grandes marques, le syndicat des libraires, le syndicat des importateurs de bois, le syndicat des importateurs d'articles vestimentaires, le syndicat des quincailliers et d'autre part le syndicat des employés de commerce de la Guadeloupe et dépendances, tendance Force ouvrière, signée le 17 juillet 1962 par les parties venait d'être dénoncée par le patronat; laissant les travailleurs de ce secteur en rade sans la moindre défense à court terme et sans la moindre perspective à moyen et à long terme. Avec des anciens de l'Union départementale FO et de l'Union départementale CGT, considérés pour la plupart comme cadres ou agents de maîtrise du fait de leur ancienneté dans leur entreprise et une bonne frange de jeunes employés motivés par un syndicalisme militant, la décision fut alors prise de constituer un nouveau syndicat. Le 10 août 1963, c'était chose faite, et à l'issue d'une assemblée générale était lancé définitivement le syndicat professionnel des employés de commerce de la Guadeloupe (SPECOG). Une dynamique nouvelle prenait corps suscitant un incontestable engouement. Elle allait bénéficier de l'expérience d'inoubliables anciens. Entre autres, mesdames Gisèle Gavarin, Félix Bistoquet dite Tata, Valentine Marne, messieurs Maurice Andréa, Charlot Porrier, Guy Alexis, Maurice Zimban etc. cités, pêle-mêle avec tout le respect dû à la mémoire de celles et ceux qui ont disparu. Des gens qui, déjà à l'époque, avaient l'immense mérite et la capacité d'allier conscience professionnelle et conscience sociale. Le syndicat professionnel des employés de commerce de la Guadeloupe (SPECOG) mis en marche de manière embryonnaire en 1961, simultanément à la transformation de l'Union départementale CGT en syndicat indépendant, provoquait enfin, à l'Union départementale Force ouvrière ce sursaut d'élaboration de la Convention collective mort-née du 17 juillet 1962. Devenu effectivement opérationnel en 1963 le fonctionnement du SPECOG allait tout naturellement s'insérer à celui de la CGT. Lors de ma longue absence, Ferdinand Néraulius et Nicolas Ludger se sont efforcés de maintenir au mieux l'existence de la jeune organisation. À mon retour, furent enregistrées sur des entreprises éparses, par exemple 72 adhésions en un mois dans la ville de Pointe-à-Pitre. Un laborieux dosage de détermination, de confiance en l'avenir et de discipline dans la pratique syndicale avait vu le jour, singulièrement chez de jeunes travailleurs du commerce dont l'aspiration n'était point de profiter d'un «parapluie pour se

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protéger» égoïstement et individuellement des abus patronaux, mais de défendre collectivement leurs intérêts légitimes par des moyens préalablement débattus et pris en charge en commun. Par voie de convocations distribuées, l'avant-veille ou la veille d'une assemblée générale à tenir en semaine ou le dimanche, la participation s'avérait effective, nombreuse et tonique; il s'agissait de salle comble avec 200 à 300 personnes. Les alibis comme l'abêtissant feuilleton Dallas et le faux prétexte des bœufs à faire boire::n'étaient pas encore rentrés dans les mœurs ni l'engouement de l'attente, des heures durant, sous le soleil pour voir passer, l'espace de quelques petites minutes, une course cycliste. De nombreuses entreprises où il y avait l'effectif requis furent obligées de procéder, à la demande de l'organisation syndicale, aux élections des délégués du personnel ce qui était quasiment inexistant à cette époque. Ce n'est pas de gaieté de cœur que le patronat local, surtout l'ancien, acceptait de se conformer à la législation du travail tout en se gargarisant des vertus et du respect des lois de la République française. Mieux, les fils de ce patronat, soit dit en passant, usèrent de toutes sortes de subterfuges et bénéficièrent de toutes sortes de protection pour ne pas servir leur «mère patrie» en temps de paix à plus forte raison en temps de guerre, dont la guerre d'Algérie. L'intimidation, les pressions, le chantage, tout était bon pour faire échec à la volonté des travailleurs. D'autant plus que, quelques mois auparavant, la convention collective du commerce avait été unilatéralement dénoncée par le patronat et ceci avec la bénédiction de Force Ouvrière dont l'un des responsables, Maurice Beaubois au statut déguisé d'employé, était en fait le fondé de pouvoir d'une grande boîte multicarte « sur le quai» appartenant à la famille Damoiseau. Cette dénonciation n'était pas fortuite quand on sait que ce fondé de pouvoir, à défaut (peut-être) d'y être inscrit, à l'instar des frères Guy et André Lacascade, appartenait avec les mulâtres de Pointe-à-Pitre, au courant SFIO. De Lucien Bernier, Henri Rinaldo, René Toribio, Félix Beauchamps, «Bobosse» Pentier, Georges Touchaud, Raoul Sorèze, Omer Ninine, Paul Valentino (?), Childéric Trinqueur dit Caplao, même si à l'apparence épidermique ces trois derniers ne s'assimilaient pas naturellement à la « mulâtraille ». C'est ainsi que furent dévoilés les vices de certains patrons de la rue Frébault, lesquels par chèque et sur les livres comptables, payaient apparemment dans l'intégralité les salaires -au niveau du SMIG- (salaire minimum interprofessionnel garanti) mais récupéraient, de manière permanente, et en violation de toutes les règles, et de toute humanité, la moitié en espèce des mains de leur employé(e) revenant de la banque. Les chèques payables à

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l'époque au porteur et non barrés couvraient une illégalité pratiquement indécelable. Maintes fois, à la demande du SPECOG, les contrôleurs du travail se sont heurtés à l'effronterie de ce patronat. Délaissant petit à petit leur peur, les travailleurs s'appliqueront à dénoncer timidement ces agissements pour réclamer leurs droits à de meilleures conditions de travail et à de justes rémunérations. Au cours d'une une longue période, la priorité sera donnée aux revalorisations salariales et au respect des principes édictés par la législation du travail. Nombre de fois avons-nous dû mener des actions de rapport de forces ou avoir recours aux tribunaux, voire les deux simultanément, pour aboutir à l'élection de délégués du personnel. À tous les coups, pratiquement, les travailleurs ont obtenu gain de cause en dépit des procédés d'intimidation utilisés postérieurement. Pour autant, des problèmes de portée plus générale ne seront pas négligés ni escamotés. L'affiliation du SPECOG à l'Union internationale des syndicats des travailleurs du commerce faisait obligation de s'associer à toutes les actions menées à l'échelon international. L'UISTC était basée à Prague. Elle éditait un bulletin d'information en plusieurs langues et sa direction était composée de latino-américains, de soviétiques, de français, d'anglais, d'allemands (de l'est et de l'ouest), de chypriotes etc. Partie intégrante de la Fédération syndicale mondiale, l'UISTC ne donnait que plus de poids au SPECOG dans son engagement et dans ses luttes quotidiennes. L'article l, ~ 1 des statuts, l'UIS, dans ses « Buts et tâches », a pour but essentiel et fondamental la défense des intérêts individuels et généraux des travailleurs des catégories représentées et de réaliser la coopération active, la solidarité et l'unité de tous les syndicats des travailleurs du commerce dans la lutte commune pour la satisfaction de leurs revendications économiques, sociales, culturelles et politiques établies par les assises régulières, contre l'exploitation capitaliste, contre les monopoles, pour la pleine émancipation des travailleurs. Elle apporte son soutien aux travailleurs et peuples qui luttent contre l'impérialisme et les monopoles, contre le colonialisme et le néo-colonialisme, pour la libération nationale et contre les forces de la réaction. Elle œuvre pour unir les travailleurs et leurs syndicats dans la lutte commune pour garantir le programme social, la démocratie, l'indépendance nationale et la paix mondiale. Plus loin, le même article 1 ~ i des statuts ajoutait Le développement de l'activité culturelle et éducative des syndicats destinée à développer la conscience des masses, à élever constamment le niveau de la culture générale, 20

technique et économique sportive des salariés.

des travailleurs,

à organiser l'activité

récréative

et

Enfin, au ~ k, elle annonçait L'appui à la lutte des peuples, sous les formes diverses choisies par eux-mêmes dans leur propre pays, contre l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme, pour l'indépendance nationale et le développement économique libre et sans aucune limitation de l'extérieur.

Au « stade suprême du capitalisme» qualifié par Lénine d'impérialisme et reconnu comme tel, il convenait pour s'engager dans une lutte avec des chances de succès que l'on fasse appel à la solidarité internationale et plus précisément à l'internationalisme prolétarien. Ce concept, petit à petit, perdait son caractère historique ainsi que celui de dictature du prolétariat pour être finalement dévalorisé et abandonné par les partis communistes des pays industrialisés d'abord et ceux «des pays en voie de développement» ensuite. La mondialisation, nouvel euphémisme au stade actuel, suscite de nos jours de louables actions ponctuelles de contestation, tandis que certaines organisations ou personnalités prêchent, avec d'infinies précautions, des formules qui vont dans le sens d'un accommodement à défaut d'une insertion infantile ou ridicule au système envahissant en cours. Contre l'exploitation aggravée par la mondialisation de l'économie capitaliste, il est urgent, me semble-t-il, que soient créées les conditions de l'internationalisation de la lutte des travailleurs des pays riches et des travailleurs des pays dits pudiquement, en voie de développement, frappés surtout par le néo-colonialisme. En octobre 1960, dans le prolongement des contacts noués comme sympathisant pendant quelques bons mois et à la lecture d'un article de Rosan Girard (L'Etincelle n° 620 du 1er octobre 1960), paru sous le titre de : Il y a 40 ans Achille René-Boisneuf d'illustre mémoire réclamait pour la Guadeloupe et pour toutes les colonies françaises une autonomie..., je décide d'adhérer à la cellule Karl Marx, de la section pointoise du parti communiste guadeloupéen, soit deux ans, après le passage de la fédération, en un Parti indépendant, du parti communiste français. La cellule se réunissait dans une pièce attenante à l'atelier de réparation de deux roues (motos, vélos) de Jules Boisel, rue Vatable à Pointe-à-Pitre. Athon Zamia et Jules Boisel ont parrainé cette adhésion. J'ai tout de suite rencontré la sympathie de camarades comme Raphaël Cipolin, Eugène Plumasseau, Nicolas Ludger, Mme Dorothée (qui aimait Joseph Staline et auquel, par ailleurs, elle m'identifiait en raison de ma généreuse moustache), Prosper Labelle, Raphaël Népotel, Sosthène Lomba, Gervais Pierre-Jean, Auguste Bomba, Gérard Coicou, Ernest Coudoux etc. qui, informés auparavant de mes activités syndicales, ne manquèrent pas de me prodiguer leurs encouragements. Pris par son immense travail syndical, Nicolas Ludger ne pouvait pas participer régulièrement aux réunions de notre cellule.

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En tant que conseiller général et élu municipal des Abymes, secrétaire général de l'UD-CGTG, conseiller prud'homal, il apportait toujours une touche technique, idéologique, sérieuse et hautement appréciable aux discussions quand il était présent. J'ai été ébloui par sa capacité de travail, à traiter et préparer ses dossiers, les négociations salariales ou autres des différents secteurs d'activité à un moment où il ne disposait ni de machine à écrire ni de calculette. Son atout: avoir une longueur d'avance sur ceux qui l'entouraient et donc s'en offusquaient. L'Ordonnance scélérate 60-1101 du 15 octobre 1960 comme un couperet, tombait avec son cortège d'injustices, condamnant la cellule tout entière à se plonger, avec la cellule Louis Delgrès du Lycée Carnot, dans une profonde période de crise et de réflexion quant au sort de nos camarades fonctionnaires. En effet, Yvon Leborgne, Aurélien Matou, étaient sanctionnés tout comme Jacques Beaumatin ce Français, prof d'anglais qui militait à la section de Pointe-à-Pitre et était maire adjoint. De même qu'Antoine Combé, Dumez prof de pédagogie, Directeur de l'école normale, MmeBourguignon prof d'Education physique et Guy Toly prof de philo. En Martinique, Alain Plénel, haut fonctionnaire français de l'Education nationale faisait dans un premier temps, lui aussi, les frais de la répression coloniale et mis dans l'obligation de déguerpir. Dans son article 1eT, cette Ordonnance stipulait: Les fonctionnaires de l'État et des établissements publics de l'État, en service dans les départements d'outre-mer dont le comportement est de nature à troubler l'ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d'office en métropole par le ministre dont ils dépendent, pour recevoir une nouvelle affectation. Signée Charles de Gaulle, Président de la République, le Premier ministre Michel Debré, le ministre délégué auprès du Premier ministre Pierre Guillaumat, le ministre d'État Robert Lecourt, le ministre de l'Intérieur Pierre Chatenet. Conseiller général du deuxième canton et conseiller municipal de Pointe-àPitre, Jules Boisel, dirigeant d'une rare qualité, n'arrêtait pas d'exposer, tant sur le terrain par des prises de parole, dans les conférences, lors de la vente du journal L'Etincelle qu'en cellule, la politique du Parti en des termes éminemment scientifiques, par exemple sur le matérialisme dialectique et historique, sur le centralisme démocratique, ce qui, m'en suis-je rendu compte par la suite, n'était pas donné à tous les dirigeants dits « intellectuels» du Parti. Ses arguments, je l'avoue, ont eu une très grande influence sur l'affermissement de ma prise de conscience politique. Il a toujours défendu l'idée selon laquelle «l'intellectuel» n'était pas celui qui était détenteur de 22

diplômes, mais bien l'homme, travailleur manuel ou autre, le militant qui n'arrêtait pas de s'instruire et s'éduquer, de s'informer de toutes les situations auxquelles il fallait tenter de trouver des solutions en harmonie avec l'amélioration collective de l'existence sociale et humaine. 1960, c'est aussi la première Conférence de la jeunesse guadeloupéenne qui aura un impact certain sur mon engagement anticolonialiste. Elle a lieu au moment où des luttes de libération nationale se multiplient en divers endroits de la planète. La Révolution cubaine, à travers la Conférence de la jeunesse, s'avère sans doute porteuse d'un message capital. À la marge des organisateurs de cette conférence qui sont essentiellement des étudiants, les Algériens, rencontrés par-ci, par-là, à travers la France, parfois membres du FLN ou partisans de l'indépendance de l'Algérie dont les contacts avaient permis de faire germer des liens de solidarité anticolonialiste au cours de la lutte menée par le peuple algérien. Cette Conférence de la jeunesse n'est pas sans dévoiler une attitude contorsionniste et beaucoup d'aigreurs chez les départementalistes, dont Henri Rinaldo Président du Conseil général, en détient la quintessence. Une lettre ouverte, à lui adressée, disait: Monsieur le Président du Conseil général, «Ce n'est pas à vous que nous aurions adressé cette mise au point si le mardi 6 septembre à 10 h 30 au restaurant de MmeToto à Grand-Bourg, votre « lieutenant» Joséphine ne nous avait bien expliqué votre rôle dans le scandaleux comportement du commando que vous l'aviez chargé de mener contre les orateurs venus informer la jeunesse de Marie-Galante, de l'esprit des objectifs, des résultats et des perspectives du 1er congrès de la jeunesse guadeloupéenne. Comme nous avons pour principe de prendre toujours contact avec les véritables responsables, nous nous permettons de vous toucher directement pardelà les clameurs des exécuteurs de vos basses œuvres. M. le Président, nous savions très bien votre hargneuse hostilité au projet de congrès dont les dirigeants de l'AGEG vous ont fait part, à vous aussi, à Paris dès janvier 1960. Vous avez pourtant cru habile de promettre 10 places gratuites par avion aux étudiants qui devaient participer au congrès. Vous avez même pris l'engagement d'intéresser tout le Conseil général à une initiative que vous reconnaissiez urgente et salutaire. Peu avant la conférence, en Guadeloupe même, vous avez reçu deux organisateurs. Vous vous êtes lamenté, de n'avoir pu obtenir la subvention que vous aviez promise et pour bien prouver que vous étiez de tout cœur avec la jeunesse vous avez souscrit la somme de dix mille F (votre ami et collègue Me Ninine contaminé par votre générosité y alla aussi de ses 5 000 F, tout en précisant que son soutien moral, était égal au vôtre, malgré 23

l'infériorité de sa mise.) Vous avez aussi préféré venir vous-même prendre la parole à la séance d'ouverture et cautionner par votre présence la légitimité de ce large rassemblement de la jeunesse. Vous avez tenu parole et votre discours a été enregistré par nos soins pour l'édification de tous les jeunes de ce pays. Mais depuis, M. le Président, vous avez ouvert le feu en plein Conseil général contre les étudiants en particulier. La colère dans la voix, la vengeance dans l'arrière-pensée, vous accusâtes d'ingratitude ceux-là mêmes que vous bénissiez naguère. M. le Préfet n'a pas manqué de vous témoigner l'extrême satisfaction que lui procurait votre fraîche indignation. Et le Nouvelliste de votre ami Ninine, Clartés de Mme Adeline, Match de notre sénateur Bernier dans un parfait ensemble ont, numéros après numéros, accablé les jeunes d'injures et les étudiants de mépris. Les bruits les plus alarmants - hélas, il y a tant de mauvaises langues nous informaient que d'accord avec certains de vos camarades de parti, d'accord avec certains de vos collègues du Conseil général, d'accord avec la Préfecture, vous mettiez au point des châtiments exemplaires pour les insolents qui n'avaient pas consenti à servir la démagogie de la loi programme et autre assimilation adaptée. Votre acharnement jusque-là, était celui de tous les « aînés» que l'indépendance de pensée et d'action des jeunes, la lucidité de leurs analyses menaçaient dans leurs calculs électoraux. Mais, quand le jeudi 1er septembre, vous avez su qu'à Grand-Bourg, la jeunesse souhaitait entendre un compte rendu des travaux de la conférence; quand vous avez remarqué qu'un comité de parrainage se constituait (vos hommes y étaient invités) à l'image de celui qui avait apporté la caution matérielle nécessaire à l'organisation et au succès du congrès, vous vous êtes senti personnellement menacé et dans le fief que vous entendiez, vous réserver, vous êtes revenu précipitamment en Guadeloupe. Le samedi 3 septembre vous preniez comme nous le « Delgrès » avec 24 gendarmes armés, un inspecteur des renseignements généraux. Nous apprenions à notre arrivée que vos hommes nous attendaient et qu'ils avaient reçu l'ordre d'empêcher notre compte rendu, comme par hasard la sous-préfecture rappelait au maire qu'il ne devait pas disposer d'une école sans l'autorisation de la Préfecture et du vice-rectorat. Nous avons demandé alors au maire de la ville, jusqu'à nouvel ordre seul responsable de la population et de la jeunesse l'autorisation de tenir notre réunion à la mairie, la maison publique qui, même sous la Cinquième, doit être à la disposition de tous. Ce faisant, nous restions fidèles à l'esprit de la conférence dont nous venions rendre compte. Nous entendions montrer que la jeunesse devait se dégager des calculs mesquins et de toutes les haines et apprendre d'abord à se reconnaître comme force agissante, unie et unificatrice dans un pays déchiré par l'ambition sordide des uns et l'orgueil criminel des

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autres. La mairie de Saint-François, celles de Morne-à-l'Eau, de Port-Louis, du Lamentin ont été sollicitées pour les mêmes circonstances et pour les mêmes raisons. C'était un égal devoir de courtoisie que d'offiir la présidence d'honneur de cette réunion - à laquelle vous étiez invité - au maire qui avait tenu à y assister. Les jeunes de Grand-Bourg qui l'ont bien compris, sont restés là, calmes, dignes et surtout, ils n'ont pas manqué de méditer sur l'étonnant spectacle qu'offiait la salle. Une douzaine de fiers-à-bras, aucun n'avait moins de trente cinq ans, crachant l'injure et la menace, profanant la Marseillaise, décidés à user des revolvers qui déformaient leurs poches, se laissaient impressionner par notre calme; nous étions descendus parmi eux sans armes et sans peur, expliquer que le Président du Conseil général de la Guadeloupe se déshonorait en leur dictant une attitude fasciste après s'être taillé une popularité en dénonçant les violences et les mensonges de ses adversaires. La bataille rangée qui eût servi de prétexte à ces élections dont vous rêvez n'a pas eu lieu M. le Président. Parce que la vérité s'impose toujours, parce que vos hommes ont vite senti que vous leur aviez menti. Certains ont avoué au moment même, qu'ils ne reconnaissaient point en nous ces dangereux communistes, ces complices du maire que vous leur aviez décrits, la veille au soir, à Latreille. Nous avons quitté la mairie en leur compagnie, en discutant sans émotion et nous avons demandé à votre « lieutenant» Joséphine un entretien pour dissiper ce que nous avions la candeur « tactique» d'appeler un « malentendu. » Mais la jeunesse M. le Président, s'était déjà unie pour prendre en main, ellemême, l'organisation et assurer le succès de notre compte rendu. Vous étiez tapi chez Joséphine attendant sans doute, qu'on vienne vous annoncer des troubles mortels, vous auriez pris alors le chemin de Paris pour précipiter la révocation du Conseil municipal. Notre présence vous rendait deux inestimables services: Prouver l'efficacité de votre zèle anticommuniste. Motiver une ordonnance qui vous ouvrait, parmi quelques cadavres, le chemin du fauteuil municipal. Le lendemain lundi 5 septembre à 19 h, la jeunesse de Grand-Bourg entendait malgré vous, le rapport complet des travaux du rassemblement historique auquel elle n'avait pu participer. Elle prenait acte de notre indépendance à l'égard de tous les partis et de tous les hommes politiques. Elle recevait avec enthousiasme, nos propositions pour des échanges et des rencontres fréquents, entre les jeunes Marie-Galantais et leurs frères de la Guadeloupe. Ils voulaient s'unir, s'organiser, participer aux manifestations sportives de la Guadeloupe. Des associations, de part et d'autre, correspondront

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et ces jumelages assureront la présence précieuse des jeunes Marie-Galantais dans la vie de la jeunesse de notre pays. Le soir une joyeuse sauterie retenait bon nombre d'entre eux malgré les rondes de vos sbires aux environs des lieux où l'on avait ensemble jeté les bases solides et saines de l'avenir de Marie-Galante. M. le Président, le mercredi matin nous rencontrions votre lieutenant Joséphine. Il reconnaissait qu'il avait agi fanatiquement, pour vos seuls intérêts, sur vos ordres; Que personne ne lui avait rapporté que nos propos avaient pris la veille l'allure d'un procès, à vous intenter. Il avouait avoir honte de son comportement antidémocratique et une fois convaincu que seuls les problèmes de la jeunesse, objectivement posés, nous intéressaient, il nous a lui-même indiqué les noms des associations de jeunes, l'adresse de leurs dirigeants. Il a lui-même brossé un tableau des difficultés de la jeunesse. Il s'est engagé à ne plus intervenir contre nous et il a terminé en affirmant son attachement inconditionnel, aveugle à vos intérêts politiques. Nous imaginons que c'est à cette dernière préoccupation que répond l'infect écrit qui persiste à nous présenter comme « un quarteron de jeunes communistes venant prêcher la sécession d'avec la France. » Nous avons reconnu là, M. le Président, la manière de toute une équipe de politiciens: cette basse duplicité qui ne cache pas leur désespoir de se sentir impuissants à conduire désormais une jeunesse qui n'entend pas servir de tremplin à leurs intérêts. Serez-vous, jamais maire à Grand-Bourg? Nous ne le savons pas. Nous nous sommes laissé dire, que vous savez déjà que vous ne serez pas conseiller général à Pointe-à-Pitre. L'avenir vous apprendra ce qu'il coûte de ne pas choisir d'être honnête vis-à-vis de la jeunesse et du peuple guadeloupéen - et d'oublier que vous resterez père de famille quand vous ne serez plus ni Président du Conseil général ni même peut-être - (on ne sait jamais) pourvu du droit ou de la possibilité d'être simple candidat à une charge élective. Croyez M. le Président, que nous sommes navrés d'avoir à vous écrire sur ce ton. Mais que voulez-vous, vous nous avez refusé une si belle occasion de vous exprimer publiquement notre estime. » Signé: Comité préparatoire du 1er congrès de la jeunesse guadeloupéenne. Le 24 septembre 1960, L'Etincelle, sous le titre: Quand le Président perpétuel du Conseil général prend ses désirs pour la réalité. « Me Rinaldo, Président du Conseil général dans les circonstances que l'on sait, est, avec son acolyte Joséphine à l'origine d'un tract presque anonyme qui relate de façon très particulière le compte rendu à Grand-Bourg des travaux de la Conférence de la jeunesse guadeloupéenne. » ( Pointe-à-Pitre du 10 au 13.8.60.)

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Le pseudo-comité crie victoire. Il titre: « Échec total pour Furcie Tirolien ! Fiasco complet de la Conférence de la jeunesse communiste à Grand-Bourg ». Retenons d'abord que la « Jeunesse communiste» ne sert que d'alibi, jamais et nulle part, dans le tract, il n'y est fait allusion indépendamment de la personne de Furcie Tirolien. On voit l'astuce: Me Rinaldo sait qu'un miracle ne se renouvelle pas. Élu conseiller général de Pointe-à-Pitre en 1953 par le désistement de Me Laurent (pourtant mieux placé que lui) pour battre à tout prix le candidat de Satineau. (nda) : Ulysse Laurent avait surtout subi l'influence des socialistes ses vénérables frères francs-maçons. Me Rinaldo s'est rendu odieux à ses électeurs par une constante politique de trahisons et de reniements. Donc, plus d'espoir à Pointe-à-Pitre. Il se rappelle brusquement ses origines mariegalantaises, qu'en d'autres temps il s'efforce d'oublier! Mais (car il y a un mais) il lui faut compter avec ce vieux renard de Tirolien, son compère des années passées (voir tous les votes du Conseil général) Il se souvient brusquement de la fraude électorale à Grand-Bourg, et « oublie» celle qui sévit à Morne-à-l'Eau (Prix d'Excellence), à l'Anse-Bertrand, à Sainte- Anne, à PetitCanal, à Deshaies et dans les deux autres communes de Marie-Galante. Nous l'avons dit et répété: nous sommes contre tous les fraudeurs. Mais nous trouvons un peu fort, tout de même, que le grotesque de son argumentation échappe à l'avocat qu'est Me Rinaldo, même si la rareté des causes à plaider a passablement embué sa dialectique... Nous trouvons aussi étrange, ce sursaut de civisme que provoque (en paroles) l'approche des élections cantonales chez des gens dont la vocation à demeurer président dépasse les normes communes de l'ambition. Ceci, pour le fond. Quant à la forme du tract: indigence totale. 1°) Mensonge: le comité fantôme « oublie» de signaler que le lendemain, lundi 5 septembre 1960, le compte rendu a réuni une foule plus dense que la veille. 2°) Parasitisme: l'auteur du tract pille sans vergogne jusqu'aux formules de tel journaliste hermaphrodite, hélas trop connu. (Qui se ressemble, s'assemble) 3°) Appel à la répression; selon l'auteur (camouflé) du tract, les pouvoirs publics ne sévissent pas assez vite. Histoire de faire oublier aux Marie-Galantais que Me Rinaldo n'a rien fait pour résoudre la crise du centre agro-industriel du Robert, laquelle rebondira dans quelques mois, avec une acuité accrue. Voilà les faits. Un anticommunisme systématique et négatif, pas plus que la division des travailleurs et les appels à la répression n'arriveront à détourner le peuple guadeloupéen (y compris celui de Marie-Galante) de l'objectif essentiel pour lequel il lutte : Union et Action pour arracher un nouveau statut politique, source de progrès matériels, spirituels et moraux. Et dans cette lutte, n'en déplaise aux fossiles, déficients et autres hommes du passé, la jeunesse guadeloupéenne a un rôle capital à jouer! »

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Le colloque du 10 avril 1961, tenu à Basse-Terre sur initiative du Progrès social, représenté par Henri Rodes et Rémy Bébel, avait rassemblé des personnalités et anticolonialistes de la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe, dont Georges Gratiant du Bureau politique et Camille Sylvestre secrétaire général du parti communiste martiniquais, Roland Suvélor pour le parti socialiste unifié, fédération de la Martinique, Justin Catayée pour le parti socialiste guyanais, Dr Henri Henriot et Hugues Sirder pour l'Union du peuple guyanais, Rosan Girard et Serge Pierre-Justin pour le PCG, Gerty Archimède et Paule Borifax pour l'Union des femmes guadeloupéennes, Nicolas Ludger et Bernard Alexis pour l'Union départementale des syndicats CGTG, Me Joseph Lative et Gaston Bourgeois pour la Revue guadeloupéenne, Marcel Esdras et Guy Toly pour le parti progressiste; représentant d'une organisation ou à titre individuel, Félix Cherdieu. Dans sa résolution, il indiquait: Notre devoir, notre dignité exigent que nous fassions l'effort nécessaire pour tenir avec honneur le drapeau de la lutte anticolonialiste condition de notre libération économique, politique et sociale. Il n'en fallait pas davantage pour qu'autour du préfet Bonhomme, frappé par une subite insomnie paniquarde se regroupa une horde morveuse prête à agir plutôt derrière les CRS qu'avec eux. Le 8 août 1961, le préfet Albert Bonhomme, dans la droite ligne de l'Ordonnance du 15 octobre 1960, prenait un «Arrêté N° 61-1-769 portant interdiction de manifestations et réunions publiques ». Lequel proclamait: Considérant que les manifèstations et réunions publiques prévues notamment pour le 10 août 1961 dans les communes de Pointe-à-Pitre et de Baie-Mahault, sous la dénomination de colloque, meeting, congrès, etc. à l'occasion du 1erAnniversaire de la conférence de la jeunesse guadeloupéenne, sont de nature à porter atteinte à l'intégrité du territoire national et tendent par une voie détournée à la reprise de l'activité et à la reconstitution du front Antillo-Guyanais dissous Considérant que les réunions publiques et les manifestations susvisées sont de nature à troubler gravement l'ordre public dans un certain nombre de communes du département. ARRETE: Article 1er_ Toutes les manifestations et réunions publiques organisées par le Comité de Coordination et d'Action de la jeunesse guadeloupéenne ou par tout autre groupement, sous quelque dénomination que ce soit et ayant le même objet, sont et demeurent interdites sur l'ensemble du territoire du département. Dans un communiqué commun, l'Association générale des étudiants guadeloupéens et son homologue martiniquais, s'indignaient et dénonçaient ces atteintes aux libertés en ces termes: ... «Notre lutte est juste, notre victoire certaine; le colonialisme n'a jamais réussi à agenouiller tout un peuple. Il est inutile de rappeler aux autorités

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