Luttes syndicales et politiques en Guadeloupe

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Dans ce livre-récit, l'auteur retrace son parcours de militant syndical et politique, engagé dans la réalité socio-économique d'exploitation, qu'il n'eut cesse de dénoncer dans son pays. La création de nombreuses sections syndicales débouchera sur une lutte acharnée avec le patronat, dont la grève du bâtiment, transformée en "événements" majeurs. Conséquence : la répression de mai 1967. L'auteur réclamé "mort ou vif" par les forces de la répression fut emprisonné sur place pendant onze mois.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782336267784
Nombre de pages : 280
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LUTTES SYNDICALES ET POLITIQUES EN GUADELOUPE
Tome2 Mai 67
La répression

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-076ll-2 EAN: 9782296076112

Paul TOMICHE

LUTTES SYNDICALES ET POLITIQUES EN GUADELOUPE Tome2
Mai 67
La répression

L'Harmattan

Après ma longue lettre au Parti, la lecture de tous ces documents peut susciter une certaine lassitude. Cependant, il m'a paru indispensable de vous introduire, sans fard, au cœur des débats, avec la volonté de faire ressortir, à votre profit, la vérité. Ce qui permettra de suivre le cheminement vers la répression et ses implications.
Le 20 novembre 1966 se tient le Comité central. Présents: Gêne, Daninthe, Songeons, Ibéné, Alexis, Boisel, Cotellon, Bangou, Géniès, Thôle, Kerhel, Néraulius, Pierre-Justin Serge et Georgette, Archimède, Losio, Edwige, Mérault et Tomiche. Président, Daninthe Secrétaire, Néraulius Rapporteur, Ibéné

Un long plan recto-verso est remis à chaque membre par le secrétariat. Ibéné reprendra, sans la détailler, une partie qui va constituer l'ordre du jour suivant: La remise des cartes 1967, entre janvier et février, dans la perspective d'un renforcement du Parti. Suit une énumération des points qu'il aborde. -Assurer le succès de nos candidats aux législatives. -Politique dominée par la complexité de la politique gaulliste. Efforts d'unité du parti communiste français. -Traits essentiels: Politique de domination des trusts. -Le Parti a suspendu ses relations avec le Front. -Refus d'appliquer les décisions du Parti ou les appliquer en les sabotant par certains dirigeants. -Revient sur les décisions du comité central au sujet des présidentielles. -Signature de pétitions contre les candidats aux législatives par des dirigeants. -Boise l, Monrose et Tomiche écriraient des articles sur la politique du Parti. ( Ndlr : Ce conditionnel, Pourquoi? ) -Le Bureau politique demande au comité central de décharger ces trois camarades de leurs responsabilités au comité central. - Rôle historique du PCG à ce stade crucial de la vie du peuple guadeloupéen. - Nécessité pour le prolétariat, d'un PC fort en effectif, éduqué et uni. - La division au sein de la direction du PCG risquant d'entraîner une division à la base. - Des dirigeants contestent ouvertement toutes les décisions du Parti: -À propos des présidentielles, du front, de la désignation des candidats aux législatives, ont une attitude équivoque à l'égard de la ligne définie au 3e congrès et les voies et moyens; ainsi que sur les problèmes financiers.

:'Comme comble du mépris à l'égard de la direction du Parti et de ses décisions, des dirigeants se refusent à exécuter celles prises par le comité central (15 mai 1966). En conclusion, « le Bureau politique invite le comité central, à redresser la situation, à arrêter l'entreprise de démolition du Parti en prenant les décisions qui s'imposent. » Sur le plan politique en Guadeloupe, il reconnaît que «la lutte pour l'autonomie n'a pas beaucoup avancé. Les causes? Désaccord fondamental entre le PCG d'une part et d'autres forces autonomistes tant sur la ligne que sur les voies et moyens. Le front créé dans la confusion, n'eut pas de lendemain en raison de ces désaccords. » Mais le clou de cette panoplie, c'est cet aveu tendancieux et filandreux: Pas de changement de nature dans la politique colonialiste du gouvernement. Mais tactique nouvelle du sourire et du charme. Nécessité de s'adapter à cette tactique et d'essayer d'en tirer profit. Les interventions. Boisel, surpris et choqué. Emet des réserves sur la qualité et le contenu du rapport. Décide de ne pas en dire davantage. Bangou: D'accord avec le rapport. Il y a 6 ans qu'ont commencé nos déboires mis en évidence dans le rapport du secrétaire général qui avait été traité de farceur. S. Pierre-Justin: Rapport de courage et de sincérité. Illusion à l'intérieur du PC pour croire au Front. Erreur pour ceux qui ont pris les initiatives de la constitution du front. Nous n'avons pas perdu grand chose dans la disparition du front. Nécessité de la création d'une commission de jeunes. Trop longtemps, le Parti n'a pas osé frapper. Demande la promotion de jeunes disciplinés pour que la direction du Parti ne s'effiloche pendant qu'on est en train d'élaguer. S'agit-il d'exclusion ou de suspension de la direction des camarades? Tomiche: Lecture, par moi-même, de ma lettre au comité central, avec une argumentation sérieuse. Edwige: C'est approuver la politique du gouvernement« en nous adaptant à la tactique du sourire et du charme du gouvernement ». Ne pas par tactique s'acoquiner à l'administration, pire ennemie de la classe ouvrière guadeloupéenne. Nécessité d'avoir de plus amples informations au sujet des camarades mis en cause. Demande des précisions et des preuves au sujet de

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certaines informations à l'encontre de ces camarades. La direction du Parti n'est pas infaillible. Il faut discuter autour des documents de Boisel et de Tomiche. Mérault : Les masses sont à 90 % en dehors du malaise de la direction du Parti. Des camarades font preuve d'indiscipline notoire depuis un an. Il faut écarter ces camarades jusqu'au prochain congrès. Monrose : Un tribunal a été mis en place avec Daninthe et Ibéné dans la composition du bureau. Prendre des sanctions contre Daninthe pour indiscipline notoire à La Havane. S'il faut écrire tout en étant sanctionné? Cotellon : Approuve totalement le rapport du Bureau politique concernant une sanction contre les camarades. Le comité central n'aurait pas sa raison d'être si la sanction n'était pas prise. G. Archimède: Regrette que les camarades concernés soient venus à de telles extrémités. Souhaite que ces camarades comprennent et reviennent sur d'autres positions. Approuve le rapport. Thôle: Approuve le rapport. Exige le fonctionnement de la commission financière. Les sanctions feront réfléchir les camarades de la section de Pointeà-Pitre qui sont du même groupe dissident. G. Pierre-Justin: Sanction trop sévère, surtout que le comité central a beaucoup d'imperfections. Déçu des problèmes soulevés et réitérés. La base ne soupçonne pas qu'il y ait la désunion au comité central. L'exclusion peut être motivée par la trahison et il n'y a pas eu trahison. Retenir les qualités, les valeurs du militant. Kerhel : Approuve en partie le rapport. Est-ce que la direction a pris ses responsabilités vis-à-vis des masses? Avez-vous les pieds sur terre? La direction n'a pas de base de masse. Il va y avoir une déconfiture après l'exclusion de ces camarades et d'autres. Vous ne faites pas un travail pour éclairer les masses, pour renforcer, pour harmoniser les camarades du Parti. Daninthe: Les faits remontent juste avant le 3e congrès. Il y avait des ambitions pour prendre la direction du PCG. Tomiche est un menteur qui renchérit sur les articles de Nicolas et de Lionel Soto. Tomiche a fait passer une pétition demandant à combattre la candidature d'Ibéné. Losio : Il faut s'incliner devant les décisions. Sanction contre les camarades. Approuve le rapport. Alexis: Approuve entièrement le rapport.

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Géniès: Tendance à critiquer de certains camarades pour faire valoir l'ouvriérisme. C'est dangereux car c'est lancé dans la masse par des camarades. Ceux-là mènent une action anti-Parti. Il ne doit pas y avoir de démagogie, ni de faiblesse. Passe en revue la position gauchiste de Tomiche, Monrose et Boisel. Ils ont de meilleures relations avec les éléments du GONG et du CPNJG. La sanction renforcera le Parti. Songeons: Pas de division en face de l'ennemi de classe. La sanction amènera les camarades sur les vrais rails. Ibéné: Tomiche a demandé aux camarades de Petit-Canal de signer une pétition contre ma candidature et pour celle de Girard. Le Parti détient des lettres de membres du comité central demandant la suppression du Parti et à des membres de quitter la direction du PCG. Pour le dialogue avec le Préfet, nécessité de s'adapter avec la tactique du sourire.
Gêne: La tactique mise en place par ceux-là qui sont mis en cause est habile. Je demande à exclure ces trois indésirables de votre sein! Rapport adopté par 16 voix, y compris celle de Charles Edwige, contre 3 (Boise l, Monrose, Tomiche). Abstention: Kerhel.

Les véritables problèmes ont été escamotés pour laisser place aux mensonges, à la malhonnêteté intellectuelle, à l'hypocrisie, comme si les maux introduits au Parti par les pontifes, cautionnés bêtement par des sous-verges, allaient suffire à enrayer la gangrène qui s'étendait. Daninthe, le génie, sans peur et sans reproches, ne présente aucune preuve, tout comme son complice Ibéné, quand il n'hésite pas à affirmer odieusement que je faisais « circuler une pétition contre la candidature d'Ibéné ». Que, de plus, le Parti détenait des lettres de membres du comité central dont l'objectif posait à terme la suppression du Parti de la vie politique de la Guadeloupe. Le pernicieux le dispute à une invraisemblable cruauté. Pourquoi n'avoir pas produit ces lettres, cette pétition, bref, cette pièce à conviction qui consacrerait notre trahison? Pourquoi n'avoir jamais soumis aux censeurs la lettre de Plumasseau au comité central? Pourquoi n'avoir pas cherché à aborder clairement la vérité sur « la lettre (de charme et du sourire) au général-ministre Billotte écrite par un soi-disant gaulliste de gauche, d'une profession libérale à Basse-Terre », laquelle lettre avait délibérément, et pour cause, court-circuité le comité de rédaction? La vérité est que, les présidentielles, le Bicentenaire, puis la Tricontinentale, (dont le compte rendu sans cesse repoussé pendant 6 mois), le ton mielleux des discours du maire de Pointe-à-Pitre aux ministres Jacquinot et Billotte avaient

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laissé de profondes cicatrices, une fragilité piteuse, dans la période historique, quoique leurs auteurs aient pu écrire. En érigeant le patriarche en victime potentielle des futures élections législatives, c'était tout le Parti qui allait se sentir lésé, affaibli, mais surtout responsable. Il fallait donc chatouiller la sensibilité des militants, monter une cabale en affirmant que je voulais prendre la direction du Parti. La clique Ibéné-Daninthe-Serge Pierre-Justin-Bangou (et le fanfaron Gêne considéré par les mêmes, comme la Se roue de la charrette), s'est surpassée dans la perversion, inspirée de la « tactique nouvelle du charme et du sourire» envers la préfecture et le gouvernement qui adresseront leurs vifs remerciements. Et comment? Et quand? En mai 1967. C'est dire qu'un bienfait au colonialisme n'est jamais perdu! La philosophie du lynchage des 26 et 27 mai se dessinait et allait se caractériser par la mise en place d'une manipulation destinée à broyer des anticolonialistes et d'honnêtes citoyens, des travailleurs et des étudiants. Les forces de répression n'avaient qu'à exécuter et se mettre à l'œuvre sous la couverture du judiciaire. Le communiqué du comité central ne s'attarde pas et pour cause, sur la nature de notre trahison. D'abord, parlant du pourrissement de la situation politique qui se décline de la manière suivante: Pas de changement de nature dans la politique colonialiste du gouvernement. Mais tactique nouvelle du sourire et du charme. D'où nécessité pour notre Parti d'être encore plus ferme sur les principes tout en étant très souple dans leur application. Alors que les facteurs objectift pour la poussée en avant nous semblent favorables, il est permis d'enregistrer un certain ralentissement du mouvement autonomiste. La question est ensuite posée: Comment expliquer ce ralentissement paradoxal? La réponse, en caractère gras, est celle-ci : Il tire sa source du désaccord fondamental entre notre Parti d'une part et d'autres forces anticolonialistes tant sur le rôle moteur que le PCG devait jouer au sein du front que sur la ligne générale du front et les voies et moyens pour accéder à l'autonomie de la Guadeloupe dans une union avec la France. S'ensuit la honteuse conclusion: Le front créé dans la confusion était condamné à dégénérer et à disparaître. Le communiqué de poursuivre, Mais il y a encore plus grave! Il yale comble! En sa session du 15 mai 1966, après 12 heures de discussion, le comité central a fixé sa position sur un certain nombre de problèmes controversés à l'intérieur du Parti. Il a décidé que les camarades Monrose, Boisel, Tomiche écriraient sur ces problèmes des articles à l'Etincelle faisant valoir en la forme qui leur plairait leur accord ainsi qu'ils le déclaraient expressément au comité

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central, avec la politique du Parti... C 'était une façon de les aider et d'aider le Parti. Le 7 juin 1966 le secrétariat rappelait aux camarades concernés cette décision et les invitait à l'exécuter. C'est par le mépris le plus grand que ces camarades ont répondu à cette invite. Le rapport invite le comité central à redresser la situation, à arrêter l'entreprise de démolition du Parti en prenant les décisions qui s'imposent. Entre celles-ci: d'unir ses membres au point de vue idéologique et politique, de développer une activité intense dans les masses et d'aider la classe ouvrière à prendre conscience d'elle-même en tant que classe. À quelles fins?: Les militants devront être en possession de leur carte avant les prochaines législatives. Au chapitre résolution et décisions: Le comité central a adopté sans réserves le rapport du Bureau politique. Il demande à chaque communiste guadeloupéen de faire un effort constant pour consolider le Parti et créer les conditions nécessaires à la constitution d'un front anticolonialiste véritable. La question est de savoir quels obstacles se sont opposés depuis à la « constitution de ce front véritable» ? Sur l'exclusion de 3 membres du comité central.- Il démet (Jules) Boisel, (Paul) Tomiche et (Arsène) Moorose de leur fonction de membre du CC en raison de leur comportement indigne à l'égard de la direction du Parti, espérant toutefois que cette décision sera suffisante pour opérer le redressement nécessaire; qu'elle déterminera ces camarades à exécuter la décision du comité central qui n'aura pas à exiger contre eux des sanctions plus graves. À propos de ses opposants, dont les scheidemaniens, Lénine disait: Ils sont des marxistes en parole, des Louis Blanc en fait. Ils dissertent sur la « majorité» croyant que l'égalité des bulletins de vote signifie l'égalité de l'exploité et de l'exploiteur, de l'ouvrier et du capitaliste, du pauvre et du riche, de l'affamé et du rassasié. Trois indésirables [de] votre sein, au comportement indigne? Certes, si ça atteint, pour autant ça ne détruit pas quand on mesure le niveau ... d'où ça vient. Notre force était-elle ainsi surfaite pour penser qu'à trois, il s'avérait possible que nous menions une entreprise de démolition du Parti. Gêne qui avait tout fait à Moule et auprès de certaines sections pour discréditer Rosan Girard, se réjouissait du travail accompli par !béné, Daninthe, Serge Pierre-Justin et Bangou, car, mu par un cerveau à la conformation primitive, il ne pouvait pas ne pas se mettre en harmonie avec les penseurs-intellos en jabotant : Tomiche a tronqué mes écrits, chassez-moi ces trois indésirables de votre sein.

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Tout compte fait, n'eût été le prétexte du front, le Bureau politique se serait décarcassé pour éliminer ceux qui n'étaient pas en adoration devant l'intouchable acteur, porteur d'espoir de la ville de Pointe-à-Pitre et de la Guadeloupe tout entière.. .Après avoir éliminé ces indésirables, le Parti allait selon eux, se renforcer, en s'étant épuré. Ces hommes ont oublié qu'ils avaient une famille, des parents, des enfants et que salir des militants sérieux risquaient de se retourner, un jour ou l'autre, contre eux. L'animosité engendrée par les sanctions et le rejet des indésirables étaient voulus pour contrecarrer la montée en puissance du front. Dire que L'Etincelle du 10 juillet 1965 écrivait en titre: Le Front guadeloupéen pour l'autonomie avance. Il enchaînait: Au cours de la dernière quinzaine, le front guadeloupéen a tenu 3 meetings qui ont tous, connu un très grand succès. À Pointe-à-Pitre, lors de la conférence inaugurale, les organisateurs ont eu à enregistrer la présence de quelques békés, avocats et négociants, ordinairement si réticents aux problèmes de l'autonomie. Signe des temps sans doute, si l'on tient compte qu'à Basse-Terre il yen eut également qui n 'hésitèrent pas à applaudir les orateurs du FGA. C'est du reste dans la capitale que le record d'affluence a été battu avec 3.000 personnes environ. Enfin à la mairie de Capesterre malgré une coupure inhabituelle du courant électrique la conférence du samedi 3 a été l'objet de manifestations d'enthousiasme. À chacune de ces trois réunions lajeunesse s'est mobilisée, prouvant qu'elle ne reste pas indifférente aux nécessités posées par la révolution prolétarienne à la Guadeloupe. Chaque fois, les orateurs ont exprimé leur solidarité à la cause des démocrates victimes de l'arbitraire du régime gaulliste et leur aversion pour le régime et ses laquais. Chaque fois, il a été question de mise en garde et de vigilance pour empêcher à la réaction de renouveler le cas Bébel, pour éviter le démantèlement du FGA. Aujourd'hui du fait de son évolution au sein des diverses catégories sociales à la Guadeloupe, et sans pour autant sous-estimer les difficultés à venir, une brise d'optimisme raisonnable semble pénétrer le Front guadeloupéen pour l'autonomie et les travailleurs attachés à son devenir.

Mais, comme approchaient les élections présidentielles et de peur que le candidat Mitterrand n'octroie une « petite décentralisation» à l'équipe du FGA, les «frontistes» du Parti, inspirés par de vieux démons, décidaient de tout basculer pour espérer prendre place, toute leur place sur... un strapontin. L'état d'esprit du «dialogue », inhérent à la politique du charme et du sourire, tant vanté lors du passage de Jacquinot, puis Billotte chargés de transmettre au général de Gaulle un salut respectueux et flatteur, devenait la

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philosophie de gens qui croyaient au père Noël et incitaient d'autres à y croire malgré eux. Sans oublier le Préfet Bolotte à qui le Bicentenaire avait rendu un vibrant et inoubliable hommage. Le 25 novembre 1966, devant le déferlement des propos, mensonger et injurieux étalés dans le public, nous adressons un état des lieux à Rosan Girard. Cher camarade Rosan, L'infamie l'emporte. La destruction du Parti se poursuit implacablement, et l'inexorable couperet de la malhonnêteté vient de décapiter, à travers nos camarades Boisel, Moorose et Tomiche l'infime capital de probité qui provisoirement endiguait les impulsions machiavéliques des ambitieux, des félons, des traîtres et des usurpateurs que, pour son malheur, le comité central du parti communiste guadeloupéen, compte en son sein. « Indésirables », Boisel, Moorose, Tomiche sont devenus, parce que tout simplement, ils n'ont pas obéi à une direction corrompue qui leur intimait l'ordre d'écrire des articles dans L'Etincelle, pour exprimer leur accord avec l'orientation politique, que cette funeste direction imposait au Parti. Victimes, sont ces camarades, de la perfidie de Daninthe, de la fourberie de Bangou, de l'opportunisme éhonté de Pierre-Justin (Serge), de la débilité caractérielle d'Ibéné, de l'antigirardisme de Gêne, de la veulerie d'Archimède (Gerty), de la malice d'Alexis Bernard et du suivisme stérile et dangereux des Géniès, Cote lion, Thôle Lucien, Mérault, Losio, Néraulius, Songeons etc. Mais, malgré leurs menaces, malgré leur hargne, ces démons de l'obscurantisme n'ont pas pu détruire les derniers germes d'intégrité dont quelques membres sont encore porteurs; et il est réconfortant de constater qu'une courageuse intervention du syndicaliste Kerhel a jeté le trouble dans l'esprit des fossoyeurs de notre Parti. Vois-tu Rosan, les trois camarades exclus du comité central considèrent la sanction qui les frappe comme le gage de la justesse de leurs positions et un encouragement à poursuivre la lutte contre le réformisme et l'opportunisme. Après eux, d'autres camarades seront frappés, tu as été nommément mis en cause à la séance du 20 novembre 1966 du comité central. L'accusation prépare ton dossier et nul doute que dans les jours qui viennent, tu fasses partie en compagnie de Leborgne, de ton frère Florent et peut-être Ludger de la prochaine charrette. L'heure est grave, camarade Rosan, et en toute franchise nous te disons que ton silence nous pèse. Or, les contacts que Moorose et Plumasseau ont eus avec toi dans le courant du mois de septembre laissaient augurer de ta part, une clarification salutaire de la situation. Avais-tu fait à Moorose des promesses uniquement pour gagner du temps et retarder l'inéluctable et fatale échéance? Penses-tu vraiment qu'il est possible de refaire l'unité du Parti avec les éléments qui tiennent actuellement les leviers de commande? Est-ce par masochisme que tu laisses couler le navire pour revendiquer par la suite l'honneur de l'avoir renfloué?

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Camarade Rosan, La fuite est une solution facile mais lâche, ton passé politique milite éloquemment en ta faveur, et c'est pourquoi nous nous gardons bien de te juger, d'interpréter ton silence et ton éloignement par trop prolongé de la scène politique guadeloupéenne. Le peuple de la Guadeloupe continue de te réclamer, ses préoccupations électoralistes demeurent vivaces, mais quant à nous, soucieux pour l'instant essentiellement de redonner à notre peuple les moyens indispensables à sa lutte de libération, nous nous plaçons au-dessus des considérations pourtant chères à nos populations et nous t'adjurons de nous aider, par une intervention directe dans la vie politique guadeloupéenne en général, et dans les affaires du parti communiste en particulier, à refaire l'unité de l'avant-garde du mouvement révolutionnaire. Camarade Rosan, beaucoup de camarades ont reçu des coups et continuent d'en recevoir. Placés entre le réformisme et l'esprit de collaboration de la direction du PCG d'une part et la cruauté de l'administration colonialiste d'autre part, leur situation commence à devenir intenable. D'ici peu ne s'offrira à eux qu'une alternative: ou bien, ils suivront ton exemple et viendront s'installer en France pour mener la lutte à distance à l'abri des sanctions et de l'impopularité; ou bien alors, ils prendront une retraite politique anticipée et laisseront le peuple se débattre seul avec ses exploiteurs de tous bords. Camarade, nous voulons ne pas désespérer de toi, nous voulons ne pas désespérer de la Guadeloupe. Ont signé :12 Camarades, dont les trois sanctionnés et 4 anticolonialistes, dont Jean Barfleur, non-membres du PCG. Pointe-à-Pitre, le 28 novembre 1966 Cher camarade Leborgne, La situation du Parti a atteint un tel degré de pourrissement que toute hésitation, toute temporisation de notre part seraient criminelles. C'est compte tenu de cette appréciation que nous t'écrivons. Tu connais les faits. La direction s'est écartée et s'écarte de la ligne définie par le 3e congrès avec une persévérance qui n'égale que l'obstination qu'elle met à prétendre le contraire. Si le mot autonomie figure parfois dans les écrits de nos dirigeants, c'est comme élément de clausule en fin de paragraphe. L'électoralisme est tellement devenu la seconde nature de ces camarades que même en période non électorale, c'est à l'électoralisme qu'ils vouent leurs pensées, leur âme, leur activité. L'Etincelle est un bulletin municipal, la politique du Bureau politique un programme pour administrateur d'Hôtel de ville. Et puis, il y a les procédés de nos leaders: La papelardise, la séduction, la mauvaise foi, la conspiration, bref tous les moyens que les gens ambitieux, soucieux de leurs propres intérêts, ont coutume d'employer pour conserver leur place, asseoir leurs positions, mériter des promotions.

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Usant à merveille des qualités, signalées plus haut, ils viennent d'exclure du comité central Boisel, Monrose, Tomiche. Tu te doutes bien, que le tort de ces camarades est d'avoir infatigablement mis en garde contre la dégradation de la situation, d'avoir souligné les erreurs, protesté contre les déviations, montré la voie hors de laquelle toute entreprise trahit la manœuvre dilatoire ou la volonté de ne pas réussir. Et voici où nous en sommes: la jeunesse déçue, les intellectuels gangrenés par le scepticisme, la classe ouvrière décontenancée, le front effiloché, le mouvement autonomiste marquant misérablement le pas. La lettre est déjà longue. Il nous faut terminer. Nous savons ce que tu penses et que tu penses comme nous. Tu sais et nous savons le crédit que tu as au sein des m;isses guadeloupéennes. Une prise de position venant de toi, nette, claire, constituera, nous en sommes sûrs, un apport considérable à la lutte implacable que nous avons décidé d'entreprendre - ou de poursuivre - pour mettre un terme à une politique qui déshonore notre Parti et fait honte à notre peuple. Salut fraternel. Ont signé, entre autres: Stéphane Archimède, Max Ganot, Victor Cécile, Gilbert Missoudan, Eugène Plumasseau, Athon Zamia, Jules Boisel, Arsène Monrose, Paul Tomiche etc.... Naissance d'une nouvelle rubrique intitulée: La vie du Parti. Il s'agit d'un véritable cri d'alarme. Le 2 décembre 1966, Serge Pierre-Justin s'en va à Sainte-Anne informer la section des décisions prises par le comité central... Après un exposé détaillé et précis ... les dirigeants de la section, unanimes, ont approuvé la décision d'exclure du comité central les trois camarades Monrose, Tomiche et surtout Boise!. Les dirigeants de la section de Sainte-Anne ont mis l'accent sur les dangers que fait courir au Parti dans son ensemble, l'indiscipline de quelquesuns. D'où la nécessité urgente qu'il y avait de mettre de l'ordre dans nos affaires pour que le PCG accomplisse les tâches qui lui sont posées par la vie et la lutte du peuple guadeloupéen. Aux Abymes, sous la présidence du responsable de la section Rigobert Losio, Géniès par un exposé clair et détaillé souligne notamment l'attitude du groupe anti-Parti, Boisel, Tomiche, Monrose qui s'organise à l'encontre de la discipline du Parti... C'est à l'unanimité des présents que la section a approuvé la décision du comité central excluant en son sein, pour attitude indigne, les camarades Tomiche, Boisel, Monrose. À Pointe-à-Pitre avec Ibéné, à Morne-à-l'Eau avec Songeons, à Port-Louis avec Gêne, les sections, après avoir chaque fois unanimement approuvé la décision d'exclusion du comité central, sont invitées à se renforcer, à accroître

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leur effort et appeler à la vigilance, pour ne pas avoir à regretter à l'avenir, que les déviationnistes soient dénoncés bien plus tôt.

Le 16 décembre 1966 une motion commune, du personnel des syndicats affiliés à la CGTG des hôtels Fort Royal, la Caravelle, l'Auberge de la Vieille Tour, du Grand Hôtel, de la Société d'Elevage de la Grande-Terre (Laiterie de Beauport) et du SPECOG, fait observer que «des bruits tendancieux circulent non seulement dans des milieux patronaux, mais aussi parmi des dirigeants syndicaux en quête de popularité. Ces bruits ont pour but de discréditer, saper l'influence, les possibilités et l'autorité de notre camarade dirigeant auprès des militants syndicaux mal informés et non avertis. Que devant cet état de choses et considérant que le camarade Tomiche n'a jamais failli à son devoir et, au contraire, il s'est toujours acquitté de sa très difficile tâche dans ce régime colonial, avec dévouement et désintéressement. .. Le 24 décembre 1966: Les masses doivent être informées du complot en voie d'exécution contre le PCG. Un titre: Le groupe antiparti se démasque.
Dans cet article fourre-tout, les candidats réactionnaires, la police coloniale, les arrivistes, les malhonnêtes, les incapables, les comploteurs seront fustigés. Le peuple de la Guadeloupe jugera sur pièces en toute connaissance de cause. Les renégats en seront pour leurs frais.

Mais en face pas question de rester figés, les bras croisés. Alors, nous sommes contraints de publier une déclaration intitulée Nous prenons position. Avec un sous-titre, La vérité seule est révolutionnaire. Telle est notre réaction sous la bordée d'injures, de mensonges, d'agressions dont le but est de nous discréditer aux yeux des militants et du public. Pour les grands chefs, le Parti avait toujours raison quoi qu'il fit. Dans leur volonté d'épuration, il devait nous rester, avec notre trahison que la honte silencieuse ou le suicide collectiF Les propriétaires du Parti, dans leur hérésie ne s'attendaient, certes pas, à la possiblité d'un tir de barrage. Pour eux, l'exclusion du comité central, voulait dire exclusion tout court du Parti et de la vie sociale. Rien de moins. Le semblant d'habillage ne servait que pour les non-initiés ou pour l'extérieur? Les exclus ne se sont arrêtés ni à la grossièreté de ceux qui les accusaient de trahison, ni à l'amitié de ceux qui prêchaient la compassion en des jours aussi difficiles. Nous n'allions pas pleurer, ni offrir la joue gauche. Avec des camarades déterminés, relever le défit ne fut pas simple. Mais aux grands maux, les grands remèdes. Il nous fallait informer. D'où la fulgurante et imprévisible réplique: Nous prenons position.

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Nous formons une entreprise qui paraîtra répréhensible. Nous violons le secret. Nous étalons des controverses internes. Des communistes sans prétention qui, ne se croient pas irifaillibles mais qui savent que la vérité seule est révolutionnaire, se sentent obligés de dire publiquement les raisons de leur désaccord avec d'autres communistes. Ce faisant, ils auront l'air d'enfreindre les statuts. Mais notre Parti n'est pas une société secrète. La loi du milieu, le mutisme des conspirateurs, le silence qu'impose la complicité, illustrent des principes de dignité et des règles d 'honneur contre lesquels s'insurge la conception qui est la nôtre, de l 'honneur et de la dignité. En outre, nous nous prétendons le parti du peuple. Nous croyons constituer l'avant-garde des classes laborieuses et aussi celle des intellectuels résolus à « lâcher» l'intelligence et à affranchir la pensée. Nous faillirions à notre tâche si nous hésitions plus longtemps à porter devant les ouvriers, les paysans, les intellectuels les termes d'un débat qui concernent leurs intérêts, touchent à leurs préoccupations, mettent en jeu ce à quoi ils aspirent. Enfin, nous ne l'oublions pas, le silence a trop desservi la cause du communisme en favorisant une longue suite d 'horreurs dont il ne s'agit pas seulement d'avoir honte. ... CHINOIS?... Vous êtes des Chinois dira-t-on. Nous ne sommes ni Chinois ni pro-Chinois. C'est l'Union soviétique et la Chine populaire qui, les premières, brisant la fatalité de l'oppression et du malheur ont fait perdre aux peuples le goût du désespoir. Nous nous bornons à déplorer que les descendants de Titans de la Révolution d'octobre et les fils des Héros de la Longue Marche n'aient pas continué de collaborer fraternellement à l'édification de demain. Nous gardons l'espoir qu'interviendra un règlement du différend.

Il n y a donc aucune raison de nous croire enrôlé sous la bannière des gardes rouges. Mao a conduit son peuple à la victoire. Profitons de son enseignement. Mais n'imitons personne. La politique n'a rien à voir avec la décalcomanie. Si Mao, Lénine et Castro ont réussi, c'est qu'ils se sont montrés à la hauteur de la situation qui s'offrait à eux. Ils ont compris les masses, ils se sont éduqués à leur contact et ayant tous, travaillé, lutté, souffert, ils sont tous, ensemble, entrés dans la voie royale de la libération. Analyser, comprendre, expliquer, faire corps avec les masses tels sont les enseignements de Mao et de Lénine et de Castro qui n'ont jamais dit qu'il s'agissait de bavarder, de substituer une situation à une autre, de maugréer dans le désert des mots d'ordre forcenés, de discréditer ses plus proches alliés, de cacher à peine son mépris pour un peuple mou, frivole, qui refuse d'avaler les alouettes toutes cuites qu'on lui met dans la bouche.
AMBITIEUX? ...

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Ambitieux peut-être? Oui, nous avons l'ambition communiste. Nous voulons travailler, façonner nous-mêmes notre destin, nous élever avec notre peuple le plus haut possible. Mais nous n'envions pas les postes de direction. Nous en avons, nous en avons eu. Il nous est arrivé d'en refuser. Nous exigeons simplement le droit de dénoncer les incapables où qu'ils se trouvent. Certaines candidatures aux élections ne nous plaisent pas. Ce n'est pas que nous pensions que les nôtres, eurent pu avoir la valeur irrésistible d'un plébiscite. C'est que ces candidatures ne traduisent pas la volonté de la base communiste et que partant, elles sont impopulaires. ...LA LIGNE ACTUELLE EST LA NOTRE... S'agit-il donc, d'une remise en cause de la ligne politique définie par le 3e congrès. Nous revendiquons cette ligne. Nous avons contribué à l'élaborer. Le mot d'ordre d'autonomie dans le cadre d'une union avec la France colle avec les aspirations des peuples antillais. Nous nous y tenons ftrmement. ...LA POLITIQUE DU CHARME...

Mais alors dira-t-on, de quoi vous plaignez-vous? C'est qu'il y a les principes et les faits, la théorie et son application. Or, au sein de notre Parti les faits contredisent les principes, la pratique dénature la théorie. Depuis quelques années, nos dirigeants ont admis, comportement qui constitue déjà une violation des principes, que l'élu communiste, est un communiste à part. Devant le pouvoir, il faut qu'il soit tout sourire. Tout mignon. Plus il sera gentil avec le Préfet, le Ministre, le Président, plus on lui accordera de crédits, plus le peuple sera satisfait, plus le Parti se renforcera. Le malheur c'est que le peuple n'avoue pas sa satisfaction et que le Parti traverse une crise qui peut être mortelle. Le Bureau politique qui compte une majorité de conseillers municipaux et un excellent maire, n'en a cure. Ainsi, la technique du compromis qui lui semble salutaire sur le plan administratif va s'étendre à toute l'activité du Parti. Que cette tactique du compromis ressemble dangereusement à la compromission, que le charme en vint à dégager un parfum de prostitution, nos dirigeants n'en ont cure.
...DES EXEMPLES... De Gaulle revient de Djibouti. Le sang et le cri des Somaliens hantent les nuits de notre homme. Il passe par Pointe-à-Pitre. La direction du Parti va-t-

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elle prendre l'initiative d'une quelconque manifestation? Rien n'est fait en ce sens. Mais le lendemain, à 10 heures, à l'aérodrome du Raizet des membres du Bureau politique et du comité central, bouleversés d'émotion, et sourire aux lèvres, saluent le grand décolonisateur et lui expriment leurs vœux de prospérité et d 'heureux retour. Ces dirigeants du Parti étaient-ils des élus? Peut-être. Mais le séjour de de Gaulle à Pointe-à-Pitre ne s'expliquait que par des raisons techniques. Le chef de l'État français ne faisait que passer. Il fallait le laisser passer. L'absence n'est qu'une forme anodine de protestation. Du moins, laisse-t-elle intacte la dignité. La population de Sainte- Thérèse, à la Martinique, se soulève et tient la rue pendant deux jours. Exaspérée de façon permanente, par la misère et le chômage, ulcérée de voir le traitement infligé par la gendarmerie à un homme, fut-il un repris de justice, elle éclate en une flambée de colère folle. Des blessés. Des dizaines de prisonniers, parmi lesquels des camarades du Parti frère. La direction du Parti va-t-elle saisir cette occasion de dénoncer le colonialisme? Non. Elle garde un calme olympien. Si elle manifeste sa mauvaise humeur c'est sous la forme d'un article signé de notre secrétaire général qui s'en prend au Progrès social accusé de défendre l'assassin Marny. On n'a rien compris, rien analysé, rien fait. Le pouvoir sera content. ...SOURIRE POUR LES UNS, POUR LES AUTRES, MINE RENFROGNEE...

Cette même direction si inefficace devant le pouvoir sait à l'occasion manifester son énervement. Des camarades de la section de Pointe-à-Pitre la gênent. On le leur fèra sentir en venant leur lire des rapports longs, indigestes, menaçants. Pourquoi, dans telle circonstance, ne se sont-ils pas mis à la disposition de la municipalité? Pourquoi n'entouraient-ils pas le secrétaire général le jour où celui-ci, dans le cadre des présidentielles avait daigné s'adresser à la population qui d'ailleurs, ne s'était pas dérangée. Cette malheureuse section organise-t-elle un meeting pour protester contre l'entreprise anthropophagique des Américains au Vietnam et à Sf-Domingue et dénoncer les méfaits du colonialisme français, L'Etincelle n'en souffle mot. Cette malheureuse section organise-t-elle une soirée pour rappeler que, le 28 mai 1802, 300 Guadeloupéens aimèrent mieux mourir que vivre à genoux, cette commémoration du sacrifice de Delgrès et de ses compagnons a droit, dans notre journal, à moins de place que l'anniversaire de la naissance de notre glorieux secrétaire général qui, à cette date, poursuit à Moscou ses études de révolutionnaire guadeloupéen. Dans le même temps, L'Etincelle regorge de comptes rendus à propos des fites du Bicentenaire, du festival d'art contemporain, manifestations patronnées par la municipalité, éclairées par la présence du préfet, du Président du

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Conseil général, de l'attaché culturel et autres étoiles de moyenne grandeur. Nos dirigeants se multiplient, décuplent leurs activités, aiguisent leur plume. Ils sont inspirés. L'esprit souffle en eux. Ils ont presque du talent. Nous ne sommes pas contre. Mais, on admettra qu'il y a quelque chose de cassé dans le fonctionnement de cette justice distributive. ...L'ETINCELLE... D'ailleurs, L'Etincelle est devenue la propriété du Bureau politique, donc, un bulletin municipal. Le comité de rédaction régulièrement élu n'a rien à dire. Les membres de ce comité sont, très étonnés de lire des articles qui n'ont pas été soumis à leur approbation. Les leur sont, à leur insu, tronqués, émasculés, vidés de leur substance, parfois subtilisés. Le secrétariat du Parti est le censeur suprême. Il donne ou refuse l'imprimatur en fonction d'impératifs aussi catégoriques que méprisants. ... LE TEMPS DU MEPRIS... C'est enfait, le temps du mépris. À la conférence de La Havane un dirigeant délégué par notre Parti démontre son incompétence et son manque de conviction en se laissant berner par des gens qu'il dit ne rien représenter. Il viole avec une inconscience effarante notre mot d'ordre d'autonomie. Il signe une résolution en faveur de l'indépendance. À son retour, fait-il un compte rendu devant le peuple? Convoque-t-on, dans toutes les sections, l'assemblée générale des communistes pour que le dirigeant en question dresse à l'intention de ses camarades le bilan remarquable de sa prestigieuse activité? C'est encore au même homme qu'on réserve l'honneur d'aller porter au congrès du parti communiste de l'Union soviétique le salut fraternel de son Parti et de son peuple. Il revient de Moscou. Il n'a même pas la condescendance de venir raconter à son Parti et à son peuple les belles choses qu'il a vues là-bas. ...DEUX POIDS, DEUX MESURES...

Contre cette politique d'abandon des principes, de capitulation devant le pouvoir, de mépris à l'égard de la base et des masses travailleuses, des militants qui gardent intacts leur bon sens et leur dignité de communistes protestent. On les accuse « aussi sec» d'être des aventuristes, des liquidateurs, des agents de Pékin. La direction transforme systématiquement la moindre critique en opposition. L'opposition devient activité fractionnelle. L'activité fractionnelle se transmue en conspiration qui, en un tour de main, revêt le visage hideux de la trahison. On fusillerait si on pouvait. On se contente d'exclure ces indésirables, pour comportement indigne, en employant à

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dessein, cette expression vague qui laisse la porte ouverte aux sous-entendus infamants et aux interprétations calomnieuses. Ainsi pour les uns, la hache de la discipline tombe inexorable, pour les autres, elle n'est qu'un hochet dérisoire. ... CONSEQUENCES... Les résultats sont évidemment piteux. Un comité central incapable de réaliser l'unanimité. Des décisions arrachées avec peine à une majorité mal informée, fatiguée par la procédure, épuisée par les manœuvres, décontenancée par les subtilités d'une dialectique déloyale, intimidée par les menaces. Les militants de base écœurés par des directives qui méprisent leurs doléances, foulent aux pieds leurs points de vue, les fait apparaître aux yeux des masses qu'ils côtoient et représentent comme des polichinelles désarticulés. Et c'est la farce des élections présidentielles. Le non-sens des candidatures aux législatives. Girard proposé par toutes les cellules, refusé par la direction. Tarer ignorée de toutes les cellules, investie par la direction. Notre pauvre Parti tiraillé, misérablement déchiré. Le Front pour l'autonomie brisé. Nos alliés: l'équipe du Progrès social, le CPNJG. promus à la dignité d'ennemis irréductibles. Cependant que depuis quelque temps, un Jabbour nous tresse des couronnes et nous accable sous le poids de son étrange affection. Les masses désorientées. La jeunesse dégoûtée. Et gangrenés par le scepticisme, les métropolitains qui suivent avec sympathie notre lutte, s'interrogent. L'ennemi, lui, est aux anges, sourit. Et devant ce beau travail, nos dirigeants, inaltérable ment satisfaits, se congratulent. ... POUR UN QUATRIEME CONGRES...

Voilà des raisons et il en est d'autres pour lesquelles nous avons enfreint la règle du silence. Nous, communistes, ne pouvons nous complaire dans ce pourrissement. Notre amertume est grande. Mais il n y a pas place dans nos cœurs pour le découragement. Tout peut être sauvé. Qu'on redonne la parole, à tous les communistes. À ceux qui ne se contentent pas de dire qu'il faut que cela change. À ceux qui se refusent à jongler avec la misère de notre peuple. En avant, camarades, pour un 4e congrès extraordinaire qui assainira notre part, investira, de sa confiance des militants courageux et honnêtes, consolidera le front de l'unité redonnera confiance aux masses de notre pays et nous fera gagner, tous ensemble la bataille de l'autonomie dans le cadre d'une union avec la France.

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Ont signé: Aiguadel-Jalème Edmond, Alfred-Joseph Bénédict, Andy Murat, Archimède Stéphane, Bergame Robert, Boisel Jules, Bomba Auguste, Borès Berthier, Boudhou Rigobert, Cécile Victor, Cipolin Alex, Coicou Gérard, Davilé Hubert, Destival Théodule, Dupuits Eric, Eugénie Gérard dit Télef, (4 fois emprisonné pour la cause du Parti), Faure Jérome, Ganot Max, Dr Ganot Raymond, Girard Florent, Girard Marcellus, Hourlier Camille, Hubert Gérard, Jean-Elie Robert, Kherel Hubert, de Lacroix Alexius, Lecourt Gabriel, Missoudan Gilbert, Monrose Arsène, Plumasseau Eugène, Quidal Pierre, René Siméon, René Ninon, Taillasson Nicolas (emprisonné pour cause du Parti), Tomiche Paul, Ludger Nicolas, Francisque Félix, Zamia Athon. N.B. Faute de place, nous n'avons pu publier la liste complète des signataires. Nous nous en excusons auprès des autres. Oh! Sacrilège. Tout un pan du Parti qui désavoue publiquement les monstruosités des intouchables! Ce Parti, qu'ils considéraient comme leur propriété et dont les membres du Bureau politique croyaient pouvoir disposer pour satisfaire des ambitions personnelles, a conservé un certain sens de l'honneur et de l'intégrité de sa sphère sociologique. La frange communiste la plus saine, la plus désintéressée de l'intérieur, comme à l'extérieur du Parti a compris que nous ne pouvions à trois procéder à la démolition de ce précieux symbole de la vie et de l'espoir.
Les réactions, dès lors, vont se succéder. La résolution des communistes de Pointe-à-Pitre réunis en séance plénière le dimanche 8 janvier 1967 qui dit: Après avoir entendu les explications du Bureau politique sur l'entreprise de démolition du Parti et par les militants de base; Condamnent avec la dernière rigueur l'initiative des promoteurs du tract Nous prenons position. Flétrissent l'attitude déloyale de ceux qui, rompant avec la discipline et les principes communistes, se sont, à l'intérieur du Parti, organisés en groupe antiParti pour tendre la main aux ennemis de l'extérieur et lancer une agression inqualifiable contre le Parti; Apportent leur soutien total au comité central et au Bureau politique devant l'agression subie par le Parti; Approuvent chaleureusement la déclaration du Bureau politique. En date du 26 décembre 1966 ; Demandent à tous les militants du Parti d'accepter, dans la période que nous traversons, la discipline la plus rigoureuse et un accroissement du travail et de la vigilance révolutionnaire dans l'intérêt et pour la sauvegarde du Parti. (contrôle des cellules et des militants, suppressions des cellules de jeunes ne

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répondant pas aux critères prévus par les statuts, défense et protection des dirigeants du Parti... etc.) S'engagent à tout mettre en œuvre pour restaurer l'unité de la section de Pointe-à-Pitre par des grandioses remises de cartes 1967 et la tenue d'une conférence de section efficace et régénératrice les 21 et 22 janvier 1967. Appellent les sympathisants et tous les honnêtes gens de Pointe-à-Pitre à accroître leur travail démocratique et leur soutien actif à la politique du parti communiste guadeloupéen. Exhortent le peuple de Pointe-à-Pitre à se mobiliser pour défendre les intérêts majeurs de notre peuple, pour mener avec combativité la lutte contre le colonialisme français, pour le triomphe de notre revendication d'autonomie dans le cadre d'une union avec la France et pour le succès aux élections du 5 mars 1967 dans la le circonscription de la candidature du camarade Hégésippe lbéné régulièrement désigné par le comité central. Adopté à l'unanimité, moins 3 abstentions, par une salle comble. Même avec 3 abstentions, la salle comble a dû frémir et les dirigeants menacés d'agression ne plus sentir que du coton à la place de leurs jambes! Qui sont les ennemis de l'extérieur auxquels le groupe anti-Parti [a tendu] la main pour lancer [cette] agression inqualifiable? Les impérialistes chinois? Ou alors, les socialistes locaux? L'UNR-UDT et ses valets nationaux et locaux, sauf Rosnel, sauf Galleron, sauf Lazare, sauf son éminence Valeau et ses grands électeurs sénatoriaux vingt mois plus tard? Ou alors le Général Président, de Gaulle toujours respectueusement salué, jusques et y compris par le truchement de ses ministres de passage?

S'il existe encore des survivants du Parti qui ont pris part à la rédaction de ce texte et qui se sont bravement et courageusement opposés à l'inqualifiable agression qu'ils indiquent à la postérité quels étaient ces ennemis de l'extérieur qui avaient su, si intelligemment, manipuler ce groupe antiparti. Où sont tous ces facteurs moraux, culturels et intellectuels qui déterminent la notion de pudeur, de dignité, de crédibilité dans tous les actes de la vie? Si, dans le cas qui nous concerne, une volonté commune s'est forgée, alimentée et assumée, c'est que le groupe dirigeant avait hélas fondamentalement gangrené toutes les structures du Parti et pour s'exonérer de la déroute annoncée de l'organisation, envisageait un aspect réducteur de tous les maux: la conquête du siège de député par Ibéné ; ce qui, supposait-il, conforterait ses options contre les partisans de la candidature de Rosan Girard. Et quand le grand sachem, habile initiateur l'année suivante de l'attelage Valeau-Gargar, prend sa plume, le 21 janvier 1967, pour s'adresser à ses ouailles, il entonne dans L'Etincelle une prodigieuse rengaine sous le vocable de «Faux problèmes et Faux Communistes ».

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Après avoir appliqué son immanquable stéthoscope sur des problèmes complexes posés par la réalité [d'où] peuvent surgir les controverses légitimes et dont les aspérités de la vie quotidienne qui, dans une certaine mesure, renforcent la vitalité d'un parti communiste, il y a toujours eu aussi de faux problèmes posés par de faux communistes qui masquent la volonté de leur objectif de destruction sous l'apparence trompeuse de fausse loyauté et de fausses difficultés à résoudre. Combien de militants, combien de sympathisants devraient en effet, s'interroger dans les évènements, en vérité, mineurs, qui agitent aujourd'hui l'opinion, sur leur responsabilité et leur lenteur à porter à la connaissance du Parti tous les faits, toutes les informations eussent rendu plus prompte et plus autorisée son action de sauvegarde. Cela dit, la mauvaise foi de notre « Quarteron d'anti- Parti» était évidente autant, que l'est leur objectif visant à ralentir la marche en avant des forces progressistes du pays. Notre Parti est en train de prouver de façon éclatante son aptitude à se maîtriser et à maîtriser les évènements dans l'application d'une ligne politique réaliste qui n'est ni le suivisme ni ['aventurisme. Par le choix de ses candidats et par le résultat de son action municipale tant dans les mairies communistes que dans celles où son soutien a installé des listes d'union, il démontre d'une manière exemplaire qu'il n'entend conduire le peuple ni à contre-courant de l 'histoire, ni dans une hâte révolutionnaire néfaste à la cause du prolétariat. Cela étant clair pour les militants, les sympathisants, les classes moyennes, l'immense majorité du peuple guadeloupéen, celle-ci est décidée à accentuer sa pression sur les pouvoirs publics pour que disparaisse la fraude électorale. Et c'est à ce moment-là, que ce vaste mouvement en profondeur pour des consultations loyales aux législatives, est brisé, paralysé par une opération spectaculaire de faux communistes, montant en épingle de faux problèmes.

Notre homme ayant rangé le stéthoscope après auscultation de l'organe en pleine décélération... selon lui, tire avec emphase et satisfaction des enseignements de son Bicentenaire et de son influence sur les futures élections législatives. Il s'étend: Le Parti dans sa marche en avant, dans sa volonté de convaincre les larges masses de la justesse de sa politique et de son aptitude à l'appliquer avec maîtrise et sagesse, avait marqué trop de points. Une population unie pour imposer le respect du suffrage universelle 5 mars et le triomphe subséquent de nos candidats aux législatives en face d'adversaires dont tout le monde se demande en vain qui ils sont. C'en était trop, il fallait briser cet élan et démobiliser l'opinion, la détourner de cet objectif clair et mobilisateur du respect du suffrage universel, et l'inviter à discuter du sexe des anges. Pas un problème agité par ces hommes de paille ou de main, qui ne soit un faux problème, y compris celui du Bicentenaire dont le bénéfice ne devait en

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aucun cas revenir au Parti, à son prestige, à son aptitude à mobiliser des courants divers de la population pour la réalisation d'entreprises d'exaltation de la personnalité guadeloupéenne. ... Ce qui leur importe ou du moins, ce à quoi ils semblent prêter attention, c'est tantôt la présence du représentant de l'autorité de tutelle, tantôt contradictoirement, celle du président d'une assemblée locale qui par le fait même, qu'elle est locale, ne devrait pas être sur le plan des principes rabaissés par eux. De quoi s'agissait-il en définitive? Du Bicentenaire, c'est-à-dire de deux siècles de I 'histoire d'une ville, manifestation dépassant le cadre de notre Parti qui n'a que 22 ans d'existence et qui, malgré son influence déterminante sur notre histoire contemporaine, ne saurait intégrer tout ce qui a été fait de positif pendant deux cents ans par toutes les couches de la population. Organisée par une municipalité progressiste comportant des communistes et des non-communistes, elle a été présidée par les trois plus hautes personnalités officielles du moment: universitaire (Monsieur le Recteur Babin), préfectorale et locale. Et en admettant même, qu'un faux pas fut fait, il suffirait de considérer le retentissement de cette manifestation, son écho dans la Guadeloupe entière, son rejaillissement bénéfique sur la municipalité de Pointe-à-Pitre dont elle consolidait du même coup l'audience, pour penser qu'il y avait mieux à faire que la distribution de tracts diffamatoires. Le Bicentenaire, dans la mesure où il consolidait la confiance de la population dans la municipalité, où il était un point, à l'actif d'une édilité dynamique et progressive où le Parti a sa part, où il était un succès dans l'entreprise d'élévation de la conscience et de l'éducation culturelle des classes laborieuses, où il s'ajoutait à toutes les initiatives destinées à permettre leur rapide promotion, devait être combattue et servir de cheval de bataille pour démolir ceux qui en avaient eu le mérite. À voir les choses de près, l'entreprise consciente de ce « quarteron d'antiParti» vise non seulement à démolir le Parti, mais aussi à laisser les masses dans l'abrutissement pour mieux en abuser démagogiquement. Comment celles-ci pourraient-elles ne pas leur en vouloir furieusement, elles qui savent tous les sacrifices que chaque pas en avant leur a coûté. Signé: Docteur Henri Bangou, membre du Bureau politique

Tant que réponse ne sera pas donnée un jour, l'empreinte des fossoyeurs se fera toujours pressante sur la vie de ce Parti. C'est, en effet, « au nom de la sauvegarde de la pureté idéologique », du mythe de l'orthodoxie des rapports de force internes au niveau des directions des partis, les purges, les excommunications, les procès excluaient toutes possibilités de débats nécessaires à la clarification et aux mutations qu'imposait l'évolution de la société. La vie, en tant que telle, était suspendue aux intérêts et

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au bon vouloir de poignées de bureaucrates pontifiants, détenteurs selon eux de la vérité absolue. Mais, finalement, les erreurs politiques ne peuvent indéfmiment contourner le cours de l'histoire. Elles se paient. Toujours et malheureusement, les travailleurs sont les premiers à en faire les frais. Et, contrairement à ce qu'affirmait le Che, certes à une période historique, cela ne se surmonte pas, « cette étape de l'histoire ne se tait pas » et a du mal à «disparaître». La chute brutale du bloc socialiste en a été le témoignage historique le plus accablant. Les dirigeants du Parti dès ce moment, prenaient, avant leurs compères soitdisant communistes, idéologues, mais ignobles bureaucrates des pays de l'Est, convertis en de fieffés voyous, l'initiative d'écrabouiller l'organisation, au nom d'intérêts plus que partisans et méprisants. Sous la rubrique «La vie du Parti», les visites dans les sections qui n'avaient jamais connu un tel engouement se multiplient. Quinze jours après Serge Pierre-Justin, Henri Bangou participe, à la section de Basse-Terre, à une séance d'explication, le jeudi 29 décembre 1966. De l'avis des responsables de la section, la signature du docteur Raymond Ganot sur le tract Nous prenons position revêtait une importance capitale pour les détenteurs de l'orthodoxie qui n'en revenaient pas. Le communiqué annonçait «qu'à l'issue de la séance une motion avait été votée condamnant l'attitude fractionnelle des renégats Tomiche, Boisel et Monrose et approuvant leur exclusion du comité central, motion qui avait été publiée à l'Etincelle. » Après l'offensive à tout va, le Bureau politique s'acharne sur les auteurs du texte Nous prenons position. L'Etincelle du 31 décembre 1966 procède à un laborieux inventaire sur l'entreprise de démolition du Parti. L'examen des signatures permet de classer les signataires dans les catégories suivantes: - D'honnêtes camarades dont Tomiche et Plumasseau ont abusé de la confiance. René Siméon qui a menacé de voter pour Albrand s'il n'était pas soutenu dans l'édification de la route de Guiampo - Boisel Jules, infiniment perméable à l'idéologie sociale démocrate qu'il se chargeait de répandre au sein du Parti. A écrit les autocritiques les plus humiliantes...À abandonné sans motif valable la conférence des représentants des partis communistes et ouvriers de Moscou en 1960. -KERHEL Hubert, esprit crédule subissant l'influence délétère de Tomiche et de Ludger. -LUDGER Nicolas. a toujours donné de profondes inquiétudes au Parti. Voudrait se placer au-dessus des instances du Parti. Ambitieux et infatué de sa personne...À émis des votes équivoques tant au Conseil général, qu'à la Fédération syndicale mondiale. Ses votes « diplomatiques» et ses voyages en

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Chine ne sont pas étrangers à sa volonté manifeste de saper l'autorité de la direction du Parti. -GIRARD Florent, à l'origine de toutes les difficultés à la municipalité du Moule... -MONROSE Arsène membre fondateur du Gong et du CPNJG. TOMICHE Paul. Du même acabit que Monrose. Joue le double jeu. A été de collusion avec Dessout. Se signale pour son goût de l'aventure. Diffuse les pires calomnies contre les dirigeants du PCG, du PCF et du PCUS. S'est fait refouler de l'Union soviétique.

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Enfin la résolution qui « constate et décide» : -l'exclusion immédiate du comité central pour cause de trahison de Ludger Girard (Florent) - Kherel- René Siméon, -La dissolution de la section communiste du Moule et de la cellule Karl Marx à Pointe-à-Pitre. -Le développement par tous les moyens d'une campagne de vérité répondant point par point à tous les arguments mensongers et calomnieux avancés par les rédacteurs du manifeste. Enfin le Bureau politique appelle tous les dirigeants, tous les militants et sympathisants... à se mobiliser pour écraser dans le meilleur délai et définitivement ce complot qui vise à miner l'unité et la cohésion du prolétariat guadeloupéen et de son parti communiste. De manière à élire dès le 5 mars et triomphalement les 3 députés porte-drapeau de l'autonomie de la Guadeloupe dans une union avec la France. Pointe-à-Pitre le 26 décembre 1966.

En ce début de 1967, témoignages et flagorneries de vacanciers titrés en « métropole» s'adressent au « courageux camarade Gêne ». D'Ulysse Laurent ancien conseiller général communiste, ancien membre du comité central qui «forme le vœu qu'il (Gêne) trouve dans le noble combat qu'il mène pour la libération économique et politique du peuple guadeloupéen des raisons d'espérer, sachant que tous les vrais communistes approuvent son action et celle des camarades du comité central sans la moindre réserve. Profite de la circonstance pour lui transmettre un chèque de 250 F comme contribution à la réparation de la maison du Parti... » Un Laurent qui, à lui seul, disposait de suffisamment de ressources pour faire réparer intégralement la maison du Parti, s'estimait satisfait et de la caution morale qu'il apportait et de sa «contribution» (250 F) alors que d'autres camarades s'étaient inlassablement échinés, avant et après le cyclone Inès, à donner une âme à ce lieu. De René Georges, membre du Bureau politique: «Aux camarades du BP, j'exprime ma solidarité avec eux dans l'action de combat d'aspect aggravé dans la conjoncture actuelle... En attendant que je puisse leur apporter ma modeste

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