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M comme métis

De
159 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 septembre 1995
Lecture(s) : 70
EAN13 : 9782296435667
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Collection "Mémoires Africaines"l.1~attan
GUINEE CONAKRYà
ALA TA Jean-François L'Africain blanc, 208p ,.................................................
Calnp Boiro - Sinistre geôle de Sékou Touré (Coll. MémoiresBA Ardo Ousmane
Africaines), 276p.............................................................
BAH Mahmoud Construire la Guinée aprés Sékou Touré, 1991, 207p................
Collectif Guinée: pour un nouveau syndicalisme en Afrique, 1992, 158p....
Conll1zerceet colonisation en Guinée (Coll. Racines duGOERG Odile
Présent),430p................................................................
IFFONO Aly Lexique historique de la Guinée-Conakry. Préface de Claude
Wauthier. (Coll. Racines du Présent), 1993, 234p....................
TOURE Kindo Guinée - Unique survivant du "complot Kanzoll-Fodeba" (Coll.
MémoiresAfricaines), 192p................................................
Collection "Mémoires Africaines"
BAKARY Djibo, Silence, on décolonise!" Itinéraire politique et
syndical d'un militant, 292 p.
BASSOMB Nouk, Le Quartier Spécial - Détenu sans procès au
Cameroun, 192 p.
DUPAGNE Yannick, Coopérant de ['éducation en Afrique ou
l'expérience camerounaise d'un directeur de collège, 256 p.
NDEGEY A Véné rand , Répression au Burundi, Journal d'un
prisonnier vainqueur, 136 p.
N'GANGBET Kosnaye Michel, Tribulations d'un jeune tchadien
de l'école coloniale à la prison de l'indépendance, 182 p.
NYONDA Vincent de Paul, Autobiographie d'un Gabonais, du
villageois au ministre, 224 p.François PFISTER
M COMME MÉTIS
Des idéalistes en Guinée-Conakry
Editions l'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 ParisL'auteur
François Pfister est né en 1932 à Berne (Suisse). Après
une enfance dans le Jura bernois, il obtient son diplôme
d'architecte à l'École Polytechnique fédérale de Lausanne
en 1958, puis s'expatrie en 1961 avec quelques amis pour
offrir ses services à la jeune République de Guinée
nouvellement indépendante. Il y séjourne environ quatre
ans. C'est le début d'une longue carrière africaine qui le
mènera, entre autres, au Ghana (à l'université de Kumasi),
au Burkina Faso et au Bénin, où il prend la charge de
projets pour le compte du Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD). Il est aussi consultant
occasionnel dans plusieurs pays africains, jusqu'en 1989.
Depuis 1993, il dirige un groupe d'organisations non
gouvernementales suisses en mission humanitaire en
Somalie. Il vit actuellement au Kenya.
A déjà publié des articles, concernant l'habitat, dans des
revues spécialisées.
En couverture:
La campagne de presse du PDG-RDA pour le NON au référendum
gaulliste du 28 septembre 1958.
@ L'Harmattan, 1995
ISBN: 2-7384-2117-2
4Toute croyance est néfaste
Toute certitude est vaine
La pureté est nuisible
La justice n'existe pas
Ces textes sont dédiés à la mémoire de ceux qui furent
mes amis, en Guinée et ailleurs en Afrique, et parmi eux:
Amilcar Cabral
Kaman Diaby
Almamy Fo/ana
Karim
Henry Fos
et tant d'autres dont les visages me hantent
pauvres et riches
humbles et puissants
analphabètes et lettrés
disparus dans la tourmente
pour que vive l'Afrique qu'ils m'ont apprise
5AVANT-PROPOS
Il Y a une trentaine d'années, nous étions trois qui
partions pour l'Afrique, attirés par des horizons nous
paraissant plus propices à la mise en pratique d'idées que
nous croyions non seulement réalisables, mais nécessaires.
La Guinée, qui venait d1accéder à l'indépendance, offrait,
nous semblait-il, un champ favorable à l'exécution d'un
projet qui nous tenait à coeur.
Oh! l'entreprise était loin de réunir, autour de nous,
l'unanimité, dans une Suisse où, doit-on le rappeler, il
fallait porter cravate pour solliciter un emploi, ou seulement
pour être pris au sérieux. Les plus indulgents nous
qualifiaient de doux rêveurs en hochant la tête d'un air de
commisération amusée. D'autres voyaient en nous de
dangereux anarcho-communistes, potentiels poseurs de
bombes. La coopération avec ce qu'on n'appelait pas
encore le Tiers-Monde était encore dans les limbes. Nous
en étions des franc-tireurs avant la lettre, sans aucune
organisation pour nous soutenir, pour nous dicter un
message à transmettre, bref, de drôles d'hurluberlus...
Les courts récits qui suivent sont le fruit de souvenirs
qui surgissent de temps à autre, par bouffées, dans mes
rêveries. Ils sont restitués sur un ton que j'ai essayé de ne
pas rendre trop sérieux, avec mes mots maladroits et le
maximum d'exactitude que m'a permis ma mémoire parfois
défaillante. Ils relatent des anecdotes, des faits et des gestes
vécus. Ils gravitent autour d'un engagement et de ce qu'on
peut bien qualifier d'initiation, pour moi, à une vie africaine
de près de trente ans. La période couverte s'étend de 1961 à
la fin de 1965. Elle correspond à l'ascension et la
consolidation d'une dictature qui peu après sombrerait dans
la terreur et l'abjection.
7J'ai écrit d'abord pour moi-même, pour fixer et revivre
quelques-uns des instants dont j'ai été témoin, peut-être
aussi pour exorciser certains fantômes. Je n'ai pas
d'ambition autre que d'intéresser un peu, ou mieux
d'amuser peut-être quelques lecteurs indulgents à qui
l'Afrique n'est pas absolument indifférente. Et aussi pour
proclamer que nous tous, habitants de la même planète,
noirs ou blancs, riches ou pauvres, Turcs ou Teutons,
Peuls ou Zoulous, Juifs ou Berbères, Helvètes ou
Tamouls, sommes des métis.
Encore une chose:
Ces histoires sont vraies,
toutes, je le jure,
croix de bois, croix de fer!
8En guise de prologue...
PORTEURS DE VALISES
La première fois, nous avions quitté Lausanne assez tard
pour arriver à Pontarlier un peu avant minuit, avec
l'intention apparemment bien calculée de manquer de
justesse le train pour Paris. Il s'agissait de déposer à la
consigne de la gare une valise volumineuse bourrée de
copies d'El Moudjahid ; l'édition destinée à la fédération de
France du FLN algérien étant imprimée à Genève. Un autre
membre de la conspiration, voyageant par le train, devait la
retirer au passage pour l'acheminer en toute sécurité vers
ses destinataires parisiens.
C'était le temps des insoumis, jeunes Français menacés
de conscription, cherchant refuge en Suisse et ailleurs pour
ne pas être contraints de "casser du fellagha". Ils avaient
notre âge, nous les aidions à trouver un logement, un
emploi. C'était aussi l'époque de la dénonciation d'actes de
torture en Algérie, du Manifeste des 121 ; on ne pouvait
rester les bras croisés, nous nous sentions concernés, nous
devions faire quelque chose.
Je ne me souviens plus très bien comment l'affaire
s'était déclenchée, sinon qu'il y avait eu cette valise à faire
passer à la douane française et que la justification d'une
telle action n'avait soulevé aucun doute. Nous n'étions pas
organisés, nous n'avions mis en place aucune structure,
c'était simplement une chose à faire, absolument, sans
conteste ni état d'âme. Seulement, étant Suisses,
conduisant une voiture suisse, nous avions peu de chances
d'être suspectés au passage de la frontière. Nous avions
donc quitté Lausanne, nous deux Noyer, dit Noyus, dit
Noille, complices de toutes les bamboches, par une nuit
sans lune à peine parsemée de pâles lueurs qui la faisaient
9paraître encore plus épaisse. Passage de la frontière à
Vallorbe, sans histoire. Puis un écriteau s'inscrivant dans
les phares, "Château de Joux", juste le temps d'une pensée
pour Toussaint-Louverture, fondateur de Haïti, jeté là par
Bonaparte pour y languir d'une mort lente dans l'humidité
et la froidure. Emotion à l'approche de Pontarlier. Une
barrière et des uniformes surgissant soudain dans la lumière
des phares. "Papiers s'il vous plaît!" Lueurs de torches
électriques balayant la voiture, s'attardant à peine sur la
fameuse valise à l'arrière, puis: "Ils peuvent continuer, ce
sont des Suisses!" Et enfin Pontarlier, Pontarlier à minuit, à
peine éclairée, désertique, fantomatique dans une légère
brume naissante. Il fallait d'abord longer la grand'rue sur
quelques centaines de mètres, puis tourner à gauche. On
aboutissait sur une place pavée, le long de laquelle se
devinai t la gare.
Etait-ce la tension accumulée pendant ce trajet silencieux,
ou le choc de l'arrivée dans cet espace soudain plus
lumineux? Au moment où la raison élémentaire commandait
de nous garer sagement sur l'un des emplacements réservés
à cet effet, qui étaient d'ailleurs tous vides, la 2 CV, comme
prise de panique, se livrait à un ballet-hésitation, bruyante à
souhait et brinquebalant sur les pavés, comme si elle voulait
à tout prix attirer l'attention sur sa présence à une telle
heure, en un tel lieu... Moment de confusion, de panique
brève: "Mais arrête-toi, nom de Dieu"! "Où ça"?, "Mais
là"!, "Où ça, là"? Finalement, après trois tours cahotant
sous les réverbères, arrêt sur un emplacement prescrit et
précipitation devant le guichet, valise en main.
- A quelle heure le train pour Paris?
- Dépêchez-vous, vous avez de la chance, il part dans
cinq minutes...!
Nouvel instant de panique... Evidemment, notre plan si
bien élaboré ne pouvait prendre en compte la possibilité
d'un retard du train!
Je ne me souviens plus quelle raison douteuse, dont
l'employé se foutait d'ailleurs éperdument, nous avions
bredouillé pour expliquer que, tout en ayant l'air si pressé,
10nous ne pouvions pas prendre ce train-là et que nous
devions subséquemment laisser notre valise en consigne...
Enfin, après quelques minutes de bredouillement, après
avoir fait notre possible pour éveiller les suspicions par un
comportement des plus étranges, nous nous échappions
dans la nuit, avec en poche le précieux ticket de consigne.
Après quelques kilomètres, nous chantions à tue-tête:
- "La digue du cul, en revenant de Nantes,
De Nantes par Montaigu, la digue, la digue,
De par la digue du cuL.."
* * *
La deuxième fois, qui devait être la dernière, l'affaire
était mieux organisée, et surtout plus ambitieuse. Pas moins
de trois voitures devaient se retrouver à la lisière d'un bois,
une dizaine de kilomètres après Pontarlier sur la route de
Levier. Chacune transportai t quelques milliers
d'exemplaires d'El Moudjahid. Un quatrième véhicule,
ayant auparavant passé la frontière à vide, en convoierait la
totalité jusqu'à Paris.
Nous avions choisi un dimanche ensoleillé pour paraître
plus anonymes dans la cohue des touristes et pique-
niqueurs. Nous étions en famille, Michel encore bébé
couché sur la pile des journaux illicites. J'avais passé sans
encombre, retrouvant les deux autres à l'endroit convenu.
Après plus d'une heure d'attente, sans nouvelle du
quatrième comparse, nous nous étions séparés, l'un d'entre
nous continuant vers Paris avec la cargaison, les deux
autres s'en retournant ensemble. En passant devant le poste
de douane des Fourgs, nous y avions aperçu la 2 CV de
Mayerat garée dans la cour.
Du reste, la presse en a parlé, "l'affaire Mayerat" a
défrayé la chronique et alimenté les palabres des bistrots
lausannois pendant la fin de l'été et une bonne partie de
l'automne. A part Mayerat, seule véritable victime purgeant
une peine d'une année dans une prison de Besançon, nous
Ilnous retrouvions trois condamnés par contumace à la même
peine, d'où une brève ère de gloire qui avait provoqué
quelques envies et jalousies panni les plus flamboyants des
palabreurs. Nous avions nous-mêmes adopté un profil bas,
comme amortis par ce qui se résumait après tout par un
échec.
Depuis deux ans la Guinée indépendante, ayant rompu
avecl'anciennepuissancecoloniale,paraissait,à travers les
échos qui nous en parvenaient, luire comme un des phares
de la libération du Tiers-Monde. Pour nous autres,
idéalistes en mal de révolution, elle miroitait comme un pôle
d'attraction qui nous fascinait, où tout était à faire, un défi à
relever, une chance à saisir. L'Algérie, encore en guerre, ne
pouvait entrer en ligne de compte. Aussi, l'arrivée à
l'université d'étudiants guinéens, et parmi eux Almamy
Fofana, à un moment où la recherche d'un emploi à la fois
stable et attrayant semblait problématique en Suisse, devai t-
elle déclencher un processus qui, en juin 1961, nous
amenait à monter dans un avion de la KLM à destination de
Conakry. Nous avions en poche une lettre signée du
ministre Ismaël Touré, qui nous offrait un contrat de deux
ans en qualité d'architectes, au ministère des Travaux
Publics de la République de Guinée.
12LE DÉPART
De ce voyage, je me souviens d'une randonnée en 2 CV
à travers une Suisse ensoleillée, nous deux Noyus et nos
compagnes, et d'un repas copieux quelque part entre Berne
et Lucerne. Puis, l'arrivée à la nuit tombante dans une
aérogare encore en plein chantier que sillonnaient des
palissades provisoires aux couleurs criardes, délimitant
entre les espaces dévolus aux rites obligés des départs
d'improbables cheminements. Pendant l'attente, le vacarme
d'un Boeing 707, qui à l'époque impressionnait encore par
sa nouveauté et, enfin, le décollage, bien après minuit du
turbopropulseur Lokheed Electra de la KLM assurant alors
la liaison Amsterdam-Conakry par Zurich, Casablanca et
Las Palmas.
Puis des impressions fugaces. Une aube mauve
naissante sur les Pyrénées, un entassement de tôles
entremêlées sous l'indication "CASABLANCA", et un
atterrissage hasardeux sur la courte piste de Las Palmas,
dont l'aéroport, alors ignoré des charters, conservait encore
un aspect désuet, mi-colonial, mi-provincial, symbole
d'une époque finissante. C'est là que quelques mots à peine
intelligibles crachotés par un haut-parleur d'un autre âge
avaient fait remarquer à Noyus qu'il eût été étonnant que ce
ne fut pas "especial".
Est-ce parce que ce départ de Las Palmas avait semblé
encore plus hasardeux que l'atterrissage, avec une falaise
en bout de piste donnant l'impression de plonger dans une
mer d'un bleu invraisemblable miroitant des centaines de
mètres plus bas, que j'avais ressenti pour la première fois
cette impression d'enfoncement irrémédiable vers les
incertitudes d'un monde peu connu, sinon par quelques
lectures superficielles et les hasards de conversations de
bistrot? Ou était-ce la pénétration dans l'immensité
13aveuglante du Sahara vu d'en haut? Cette dernière étape
nous avait paru interminable, à peine animée, dès
l'approche de la cuvette soudanaise, par la vision des
premières cases rondes éparpillées dans des variantes grises
et ocres de peintures abstraites, qui devaient me devenir si
familières par la suite.
Puis tout avait rapidement basculé, sitôt traversé le front
inter-tropical. D'abord le passage brutal d'un monde
lumineux, à la fois transparent et minéral, à l'éblouissance
cotonneuse et moite d'une épaisseur insondable de nuages
de mousson qui semblait n'en plus finir. Et, très vite, la
descente cahotante vers ce rêve encore inconnu et qui allait
enfin, nous arrivions mal à y croire, se concrétiser.
De cette toute première vision de l'Afrique subsiste une
impression de vert glauque avec des nuances aux contours
imprécis, vert sale de la mer se mariant aux boursouflures
d'une étendue de palétuviers sur lesquels l'aéroport
semblait posé, vert profond des collines boisées se mirant
dans le brillant des flaques d'une averse toute récente. Et
l'eau, de l'eau partout, celle de la mer et celle de la terre
montant à la rencontre d'un ciel si proche qu'il semblait
vouloir tout engloutir. Et là, au bord de la piste, à peine
entrevus au passage, confondus avec le paysage, quelques
gamins aux pieds nus, ornés plus que vêtus de haillons
précaires, l'un d'eux coiffé d'une casquette de fourrure à
oreillettes qui n'aurait pas semblé incongrue dans la steppe
sibérienne. Puis, l'avion enfin immobilisé, les portières
ouvertes, la toute première de ces agressions d'air brûlant et
poisseux qui vous confirme, s'il en était besoin, que vous
êtes bien dans ce monde tropical humide que vos lectures
vous avaient laissé imaginer.
Pour parachever le tout, devant une sorte de hangar aux
tôles en partie rouillées et ruisselantes d'humidité,
s'avançant à notre rencontre sous l'inscription
"CONAKRY" à la peinture délavée, notre ami Pierre
Centlivres, accompagné de quelques inconnus. Poignées de
main et présentations: "Omar B.", représentant en Guinée
du gouvernement provisoire de la République algérienne, et
quelques-uns de ses collaborateurs.
14L'ÉTAPE ALGÉROISE
Comment en sommes-nous arrivés là? Cette question se
poserait à maintes reprises, à la suite, bien sûr, des
premières désillusions ( pas tellement inattendues), mais
aussi face à l'inanité ou l'inutilité apparente de certains
efforts, entachant de doutes et d'interrogations sérieuses le
bien-fondé des raisons et des motivations initiales.
Il y avait de toute évidence un goût d'aventure naturel à
notre âge, justifié par ce qui nous semblait une forme
d'engagement politique dégagé des partis. Et aussi un
enchaînement de rencontres et de circonstances, causes ou
prétextes d'un itinéraire tout autant subi que choisi. Une
situation de récession économique, au début des années 60,
rendait incertaines des perspectives qui auraient satisfait
notre idée du rôle que nous imaginions devoir jouer. Notre
société nous semblait, huit ans avant mai 68, déjà bien
malade. La guerre d'Algérie était toute proche, dont les
effets traversaient la frontière suisse avec les "insoumis",
refusant d'être enrôlés dans une entreprise qu'ils
désavouaien.t. Sans parler des Algériens eux-mêmes,
étudiants à demeure ou seulement de passage, membres du
FLN, dont la présence avait animé de si vives et
passionnantes soirées.
Ces échanges avaient constitué le catalyseur de notre
engagement. En outre, à la même époque, l'octroi de
l'indépendance aux colonies d'Afrique noire déclenchait
polémiques et passions. Enfin, en automne 1960, Almamy
Fofana, étudiant comme nous à l'école polytechnique
fédérale de Lausanne, nous procurait les contacts
nécessaires avec les autorités guinéennes. Fofana qui, vingt
ans plus tard, tomberait sous les balles des tueurs
commandés par celui-là même qui, pour nous et des
milliers d'autres, symbolisait en 1961 la libération du
continent noir.
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