Mali : le procès permanent

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Aujourd'hui, après deux décennies de multipartisme et de démocratie, et alors que le Mali s'apprête à fêter en grande pompe le cinquantenaire de son indépendance, tout porte à croire que les Maliens sont las, voire déçus par la classe politique, et peu intéressés à la politique et à l'avenir même de la démocratie et du multipartisme. Voici un état des lieux de cette expérience démocratique, de ses hauts et de ses bas, ainsi que des causes du désintérêt et du désenchantement des Maliens.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296262751
Nombre de pages : 196
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MALI : LE PROCÈS PERMANENT

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François MangaAkoa

Dernières parutions

AlyGilbertIFFONO,Résistance et survie,Un peuple de
Guinée face auxcolonisations : lesKissia (Guinée,Libéria,
SierraLeone),2010.
Kiatezua LUBANZADIO LUYALUKA,LareligionKôngo,
Ses origineségyptienneset sa convergence avecle
Christianisme,2010.
KiatezuaLUBANZADIO LUYALUKA,L'inefficacité de
l'église face àlasorcellerie africaine,2010.
RichardEYASU,Démocratie enAfrique francophone :une
pure fiction,2010.
AmbroiseV.BUKASSA,Congo-Zaïre : éternel rebelleau
consensus politique,2010.
ArlèteTONYE,Pratiquejuridique desfinancements
structurésenAfrique,2010.
HuguesMOUCKAGA,LesBapunudu Gabon, communauté
culturelle d’Afrique centrale,2010.
MoïseLIDA KOUASSI,Témoignagesur la criseivoirienne,
Delaluttepour laDémocratie àl'épreuve delarébellion,
2010.
JeanDamienMALOBA MAKANGA,Les précipitationsau
Gabon: climatologie analytique enAfrique,2010.
Jean-AlexisMFOUTOU,Essai sur latraduction:Faitsdivers
et lexique français-munukutuba, 2010.
Pierre-MarieMETANGMO,Peut-on sauver leCameroun ?,
2010.
HyginDidaceAMBOULOU,LeDroitdescollectivités
localesau Congo, 2010.

TahirouBah

MALI:LE PROCÈS PERMANENT

© L’Harmattan,2010
5-7,rue del’Ecolepolytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-12508-7
EAN:9782296125087

ÀMakiko Morel,
Àtous les enfants qui ne pourront pas lire cet ouvrage du fait de l’absence d’un
père ou d’une mère pour leur assurer une éducation,
Àtoutes celles et ceux qui souffrent du fait de l’absence d’une mère, d’un mari,
d’un fils pour leur assurer protection et affection
Àma mère.

QUELQUES REPÈRES
Superficie :1 241 238 km2
Population:12 337 000 habitants
Densité depopulation:9,9 hab. /km²
Populationurbaine :32 %
Capitale :Bamako
Langues: français(langueofficielle),unetrentainedelanguesdont
le bambara, le bozo, le bomu, l’arabe hasanya, le fulfude, le
malinké,lesénoufo,ledogon,lesonghaï,etc.
Groupes ethniques :Groupemanding(Bambara, Malinké,
Dioula),Groupevoltaïque(Mossi,Bobo, Minianka, Sénoufo),
Groupesoudanien (Sarakolé, Songhaï,Dogon,Bozo),groupe
nomade(Peulh,Touareg, Maures).
Religion:musulmans(90 %),animistes(9%), chrétiens(1 %)
Nature de l'État :républiqueparlementaire.
Régime :présidentiel
Président depuis2002:Amadou Toumani Touré
Indicededéveloppement humain (IDH) : 0,380 (173esur177)
Espérancedevieàlanaissance:54,5ans
Probabilitédedécéder avant40ans:30,4%
Population demoinsde15ans:47,7%
Population de65ansetplus:3,6%
Indicede fécondité(2005/2010) :6,52enfantsparfemme
Taux d’alphabétisation des adultes (15 ans et +):24%
Taux netdescolarisation dans leprimaire:51%
PIBpar habitant:392$
Dépensespubliquespour l'éducation :4,3% duPIB
Dépensespubliquespour la santé:3,2% duPIB
Dépensesmilitaires:2,3% duPIB
Aidepubliqueaudéveloppementperçuepar habitant:51,1$
Aidepubliqueaudéveloppement: 13,0% duPIB
Servicedeladette: 1,7% duPIB
Population privée d’accès à un point eau aménagé:50%
Population vivant avec moinsde2$/jour(1990/2005) :72,1%
Population vivant sousleseuil depauvreté(1990/2005) :63,8%

Nombredemédecinspour100 000 habitants :8
Populationsouffrant demalnutrition (2002/2004):29%
Taux demortalitéinfantile: 120‰
Taux demortalitédesenfantsdemoinsde 5ans:218pourmille
Casdepaludismepour100 000 habitants(2003):11 925
Internautes(pour1000 habitants):4.
Sources :Rapport mondial sur le développement humain PNUD
2007/2008 et Étatdumonde, La découverte2009.
Résumé de l’histoire récente:Pays d’Afrique de l'Ouest,
indépendantdepuisle22Septembre1960, leMali a connu trois
régimes.Lapremièrerépublique étaitdirigéeparModiboKeïta.Il a
étérenverséle19 novembre1968par uncoupd'Étatmilitaireopéré
parleCMLN(Comitémilitairedelibération nationale)dirigéparle
LieutenantMoussa Traoré.LeCMLN aétédissouten 1978pour
laisserplace à l’UDPM (Union démocratique du peuple malien). En
1991, après 23ansaupouvoirMoussa Traoréaétérenverséparle
CTSP(Comitédetransition pourlesalutpublic)dirigéparle
LieutenantColonelAmadouToumani Touré(ATT).Enjuin 1992,
Alpha OumarKonaréaété éluPrésidentdelarépublique.Il aété
réélu en 1997. En 2002 ATT a remporté l’élection présidentielle
faceà24candidats.Il aétérééluen2002.

AVANT-PROPOS
POURQUOI«MALI : LE PROCÈS PERMANENT »?

Les questions traitées dans cetouvrage concernent l’analyse de la
situation politique et socialedu Mali,près dedeux décennies après
la chutedela dictature,et l'instaurationdela démocratie.
Lelecteurnon-malien, auraprobablement quelquesdifficultésà
comprendrecertainsélémentsdecetouvrage, cedontnousnous
excusons par avance. L’ouvrage voudrait en effet, s’adresser
d’abord aux maliens.
Eneffet, la démocratie etlemultipartismeintégral instaurésen
1991 n’auraient pu être possibles si lesmaliens n’étaient descendus
commeunseul hommedansles rues,parfoisauprix deleurvie
pouraffronterlarépression.Ilsontcruauxpromesses queles
acteursduMouvementdémocratiqueleuravaientfaitmiroiteravec
malice.LeMouvementdémocratiqueavaitlaissé entendrequela
chuteduDictateur suffiraitpour quele« bien-être» desmaliens
soitassuré.Touslesmaux dont souffraitleMali(corruption,
népotisme, clientélisme, gabegie, détournement du bien public…)
étaient mis au compte de la dictature. Aujourd’hui, le constatest
amer.Avec les soi-disantdémocrates, le« bien-être» dupeuple est
loin d’être un acquis. Les maux d’antan perdurent et
s’institutionnalisent.
Quantauxnon-maliens quipourront rester surleurfaim par rapport
à certainsdétailsmanquants,nouslesencourageonsàrassasierleur
curiosité en s’informant sur ces ditsdétails,souventcomplexes,
maispassionnants.Ils sontlespartiesinvisiblesdecelivre !
La complexitéducadrepolitiqueduMali,quinousamèneàparler
dudilemme malien,est trèsdifficileàsaisirdel'extérieur.Ilfautla
vivre de l’intérieur pour en discerner lesdifférents ressorts.Nous
nousefforceronsdelesexpliqueraumieux.

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Par ailleurs, la situation politiquedupays depuis lesévénements de
1991,échappesouvent à touteanalyse.Les hommespolitiques se
sonteneffet, ingéniés à brouiller lespistes,favorisant ainsi la
diversionet laconfusion.C’est pourquoi, les maliensne
parviennentplus à les suivre, demêmequeles Politiquesne
comprennentplus lepeuplemalien, detellesortequele fossé
devient deplus en plus grand entre l’homme politique et le citoyen.
Pourquoi?

Les deux camps se renvoient la responsabilité et s’accusent
mutuellementdetous lesmaux.Pour lapopulation, les hommes
politiques sont desmenteurs qui se soucient d’abord de leurs
propres intérêts au détriment deceuxdesmaliens.Quant aux
hommes politiques, ils voient la population comme ne s’intéressant
qu’aux futilités: c'est-à-direauxt-shirts, au thé, au sucre etaux
billetsde1.000FCFA…, distribués lors des campagnes.

Voterneseraitplusbasésurlesprogrammespolitiques,maisplutôt
surcequiestdonné enguisedecadeauparlesdifférentscandidats.
Celaserésumeraitdonc à la politiqueduventrepourlescitoyens
d’une part et de l’autre,pourleshommespolitiques, à la politique
delacharitébien ordonnée, cellequi commencepar soi-même !
Lacrisedeconfiance entrelesdeuxcampsestpatente,etle fossé
s’est particulièrementcreusé etagrandi depuis 2002,tantles
aspirationsnéesdesévénementsdemars1991étaientgrandes.
Ellesontfinipar setransformerendésillusion, désenchantement,
voire endésespoir.Lesentimentgénéral desmaliensestcelui
d’avoir été trahis par la classe politique.Lespromessesde1991
n’ontpasététenues.Cequiexpliquelescomportements,etles
ressentiments d’aujourd’hui, au point qu’enconsidérantla
dégradationdesconditions socialesetéconomiques, certainsen
viennentmêmeàregretterle Dictateur d’antan.
LePrésidentdelarépublique,ATTlui-même,areconnudevantles
Assisesnationalesdesjeunes,etlorsdesadernièresortietélévisée

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1
annuelle, intituléeBaro(causerie)que«rien ne serait plusfacile et
que lavie serait de plus en plus difficile ».
Nousnecherchonspas ici, à incriminer les hommespolitiques,ni à
blanchir lapopulation.Il s’agit pour nous, d’analyseret direles
chosestelles qu’elles sont, sansfard, laissant lejugement à tous,
filles,fils et sympathisants duMali.La situationactuelledupays
interpelletous,et la responsabilitécommune estengagée. Cesont
les Politiques qui détiennent lepouvoir, soit.Mais ilne faut jamais
oublier quelederniermot revient aupeuplesouverain.Et personne
ne lutteraàsa place.
Pendant queles dirigeants alternentet sesuccèdent, lepeuple
malienlui, reste et demeure.La confusionqui règnesur les
positionspolitiques, sociales,économiqueset culturelles dupays
mérite d’être combattue. Il y a nécessité d’une politique déterminée,
claire et assumée.

Lespartispolitiques doivent jouer leur rôledepartis, dont
l’objectifdoitêtrela conquête et l’exercice du pouvoir, afinde
traduiredans lesfaits leursprogrammes,etprojets desociété.
Quant aux organisations dela sociétécivile,elles sedoivent
d’assurer unréel contre-pouvoir indépendant despartis, l'éducation
populaire etalternativedescitoyens, afinqueceux-cisoient
capablesdecomprendrelesenjeux politiques,sociauxet
économiquesdupays.C’est cela même qui permettra lasauvegarde
dela démocratie,etobligera au respectetà la crédibilité.Aulieude
cela, cesorganisationsdelasociétécivile,sontde façoncroissante,
pluspolitiques quelespartis.Elles sontdans unelogiquede
montagedesprojets, delobbying, derecherchedesfinancements...
Elles sontégalementplus soucieusesdepréserverleurs rapports
d'amitiéavec lespartenaires techniquesetfinanciers,qu'avec les
populations qu’elles prétendent défendre. Elles se substituent à

1
Débat télévisé,réaliséune foisparan parlePrésidentdelarépublique.Il apour
objectifpourlePrésident, des'expliquer surlasituationgénéraledupays.Ilestfait
enlanguenationale, lebamanankan (bambara).
11

l'Étatenréalisantçàetlà, la construction d’écoles et de Centresde
santépourlespopulations.Ellesvontplusloinsouventen
construisant des ponts et barrages. Certaines s’adonnent au folklore
en pavant quelques ruellesà Bamako pour s'attirer,on nesait quelle
sympathie !Lapressedoitêtrelibre et impartiale,rapporterla vraie
informationaupeuple.Les syndicatsdoiventégalementdéfendre
les travailleurs,sans selaissercaporaliserpar lerégime et le
patronat.La justicedoitdemeurerindépendante, autonome,
impartiale etjuste.Tousleshommesdoiventêtre égauxdevantla
justice. L’État doit être unÉtatdedroit.La démocratie est unbien
commundel'humanité, chacundoityavoirnonseulement saplace
mais surtout,la possibilité de s’assumer en tant qu'individu, groupe
oucollectif, danslerespect strictdeson prochain.Pourcela ilsera
nécessairedeclarifierlesdifférentespositionspolitiques,fautede
quoi la confusionquienrésulteraitpourraitentraîner unecrisede
confiance,la peur de l’autre, lasuspicionetautresconséquences.
Après uneréflexion personnelle etcollectiveavectoutescelleset
ceuxquinousont accompagné dans l’écriture de ces pages,nous
avonsdécidéd’intitulerceprésentouvrage«le procèsMali :
permanent ».Pourquoi?
-D’abord parce qu’ilyaun procèspermanentdanslamarchede
l'histoire des hommes. Tant que l'humanité verra de l’injustice en
sonsein, leprocès,mêmesymbolique, aura droitdecitédansla
réflexioncollective.Ilestdoncpermanent.Ilreprésenteune
dynamiqueindissociabledumilitantismepolitiquetelquenousle
concevons.
S’il y a procès, même symboliqueàfaire, il doitcommencerpar
celui delagouvernancedenotrepays.Ilestnécessairepour tousles
maliens,quiontcruaux promesses qui accompagnaient
l’avènementdela démocratie etdontle résultat est aujourd’hui
désillusionetdésenchantement.Aussi,reconstruiresurdesbases
saineset redonnerespoirenlapolitiquepasseimpérativementpar
uneintrospectiondecesdeuxdécenniesdedémocratie.

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-Au-delà,nousentendonsparprocèspermanent, celui queselivre
tout hommequi serévoltecontrelesméfaits du systèmeactuel.Le
capitalisme, la course effrénéeauprofitont unécho
particulièrement cruel dansnotrepaysetenAfrique engénéral.
L’injusticedu capitalismenepeut que frapperviolemment, tant la
misère qu’il provoque est grande de ce côté-ci duglobe.Pourtant
mondialisationet capitalismeontfait leurentrée.Maisd’autres
aussi sontpasséspar cettemêmeporte !

Desmultinationalesnéocolonialisteset «des prédateurs des
richesses d'autrui», selonSékouDiarra de Helvétas Mali,pillent
les richessesnationales avecla complicitédenotre élitedirigeante,
compradore et corrompue.L’aide au développementest certes
apparue,maisilfautencomprendreles rouagespour serendre
compteà quelpointelle estperverse etnéfaste.La corruptiondes
élitesnationalesminelechemin vers unréeldéveloppement.En
outre, tant quecet argent sera conditionnéparlamainmise
économiquedesmultinationalesétrangères, commentpouvoir
changerles chosesen profondeur?Quellepeutêtredans ces
conditions notre marge de manœuvre ?

Lecommunisme, qui, jadisprétendait défendrelespeuplesenquête
deliberté, lesmasses laborieuses, les travailleurs, lesouvriers, les
paysans, n’a-t-il pas été utilisé comme moyen d’autoritarisme et de
dictature?Cequi a causésaperte.Demême, lecapitalisme, dont
l’échec est patent, ne justifie t-ilpas sa salebesognepar lesmêmes
procédés ?
Àlescroire,seul compte l’intérêt de l’humanité. Mais force est de
constater quelesmoyens,etleschemins qu'ils sedonnentou se
sont donnés jadis, sont loin d’être conformes à l’intérêt commun, et
aubien-être de l’humanité.Laréalité est quelespeuplesnevoient
guèreleursconditionsdeviechanger significativement.Au
contraire,elles sedégradentetl'environnement, avec.
Lemonde esten mouvementperpétuel, infinietpermanent.Après
lesgrandsempires(Romain, Perse, duMali,du Ghana…),les
grands royaumes(Bambara deSégou, Zouloud'AfriqueduSud,

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PREMIÈREPARTIE
LA GRANDEDÉSILLUSION

1991, LEVENTDE LA DÉMOCRATIE AUMALI
Àla fin de l’année 1990, le peuplemaliendécouvrait deuxgrandes
formationsassociatives :
-L’ADEMA-Association (Alliancepour ladémocratieau
Mali), crééepar les intellectuelsprogressistes, les
professeurs, lesenseignants, lesanciensmilitants du PMT
(Partimaliendu travail)et certainspetits cadresendisgrâce
sous ladictature;

- Le CNID-Association (Congrès national d’initiative
démocratique)créépar les jeunesavocats, les jeunes
magistrats, les jeunes intellectuels, lesétudiantset les
artistesprogressistes.
Ces deuxorganisations politiques, avec l’AMDH (Association
Malienne des Droits de l’Homme), la Centralesyndicale(Union
Nationale des Travailleurs du Mali), l’AEEM (Association des
ÉlèvesetÉtudiants du Mali)etplusieurspetitesassociations, se
sont regroupéesplustard au sein d’une alliance nommée
« Mouvement démocratique»(MD),pourfaire front communface
à ladictature.
LeMDrassemblait des hommes et femmes d’horizons politiques
divers :opposantspourchasséspar ladictature,mécontents duparti
unique,petitsfonctionnairesen manquedepromotion, socialistes
déchus de1968,étudiants réprimésen 1981,et syndicalistesen
rupturedebanc!

LeMD revendique et promet:«De libérer le Mali du joug
dictatorial, de faire naître cette démocratie tant enviée, tant rêvée
et tant attendue et fairerespecter lesdroitsde l’Homme jusqu’alors
méprisés. Maliens,unefois ladictaturetombée,vous aurez lepain,

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le sucre, le thé et le riz doux.Lavie sera belle, et meilleure. Vous
verrezle Mali, notre Mali connaîtral’essor, le développement.
Les femmes seront soignées, les enfants iront à l’école ventre plein.
On prendra soin devos maris dans les usines. Les salaires seront
augmentés. Le pays sera désenclavé,vous aurezde grandes routes,
des ponts et des barrages».
Àces appels politiques d’espoir et de changement après vingt-trois
années dedictature,et departi unique, beaucoupdemaliens
répondirentfavorablement,et avecengagemen«t :À bas la
dictature, la gabegie, le népotisme, le clientélisme ».Leréveil,et le
prix à payer par la suite, n’en furent que plus douloureux. C’est
dans cecontextequesedéroulèrent lesévénements demars1991
quifurentportéspar lepeuple galvanisé,encouragépar ces
formations d’apparence révolutionnaire.Nombredemorts :215,un
millierdeblessés,unlourdtributpourpermettreàuncertain
Amadou Toumani Touré (ATT), et ses compagnons d’armes de
fairetomberlerégimeduGénéral Moussa Traoré(GMT),etde
s’autoproclamer à la tête du pays.
Très rapidementlesacteursduMD commencentlepartagedubutin
de guerre,obtenuauprix delasueuretdu sangdupeuple.Les
élèvesetétudiants,ferdelancedela démocratie,exigentleurplace
auCTSP(ComitédeTransition pourleSalutPublic).LeCNID,
dirigépar unjeuneavocat brillant, s’autoproclame défenseur des
massesetdes pauvres,entenant undiscourspatriotique.
L’ADEMA, plus maligne, plus opportuniste fait profil bas, et attend
de voir l’orientation du vent nouveau avant de se positionner.

Quant aux maliens…
Satisfaitsdesimmenses sacrifices, ils réclamèrentimmédiatement
latenuedespromessesPatiente. «zmaliens !Cette période
s’appelle la transition, elle a pour tâche d’élaborer les textes
fondamentaux du nouveau Mali, d’organiser la Conférence
nationale et les élections générales. Elle durera quatorze mois.Une
courte périodeau regard des décennies de dictature ! ».C’est du
moins l’argument qu’utilisèrent les acteurs du MD,etde faire

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planer lamenaced’un retour du dictateur GMT, commeprétexteau
calme. Celapermettaiteneffet, de fairepasser lapilule !

GUERRE DE POSITIONNEMENT ET DE SUCCESSION
Après la chute de la dictature, les alliés d’hier initient alorsla
guerre de positions et de succession.Ils transforment leurs
associationsen partispolitiquesengardant lesmêmesnomspour
cultiver la confusion,et commencent la constitutiondu bétail
électoralpour lesfutures bataillespoliticiennes.

MeMountaga Tall, Président duCNID-Association,
devenuePartiCNID, commencealors à rêver,etpousselebouchon plus loinen
s’adjugeant le rôle de porte-paroledes aspirations,et desespoirs
nés dela lutteauprix du sang.Il lanceavec ses alliésétudiants ce
fameux sloganKokadjè(transparence) pourfairetablerasedu
passé,etfairela révolution.Despseudos révolutionnaires qui se
prennentpour desnouveauxChe et Sankara!
PourlesAdémistes,pas questiondelaisserpasser ces slogans des
jeunesgens agités.Eux quiontparticipé, voiremêmecogéréle
pouvoir avec le Dictateur à un moment donnédeleur vie !
L’ADEMA-PASJ(Alliancepour la démocratieau Mali-Parti
Africain pour la solidarité et la justice), dont tous les dirigeants
avaient des comptes à rendre, est restée silencieuse, et à l’écart des
débats ditsstérilesdesbrebis égarées.
Son objectif était deprendrelepouvoiret decombler levide, rien
deplus.Sonargument :«Il fautêtreresponsable, et nepas trop
révolutionner lesystèmesous peine de chaos ».
Auniveau des vraismeneurs(ATTet lesmilitaires)du coupd'État,
c’est lapaniqueà bord.Entourésdejeunesloups, devieux
révolutionnaires, desyndicalistesenrupturedebancetdequelques
modérés,toutporteà croirequelesmilitaires sontpressésde
remettrelepouvoirauxacteursduMouvementdémocratique,eux
quiontencouragé le peuple et l’ont incité à descendre danslarue
pourdéstabiliserle Dictateur,etfaciliterainsi lecoupd'État.

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Les militaires pouvaient-ilsfaireautrements’ils avaient un
minimumdesens deresponsabilité? Certainement non!Cecoup
d'Étatestenfaitleleur!En 1992, après quatorzemoisde
transition, l’ADEMA-PASJ remporte l’élection présidentielle. Les
responsablesarrivent,telleunetornade,enforce etencourant,
affamésetassoiffésdepouvoir.

LeCNID, irresponsable, acceptele faitaccompli, lecouteau sousla
gorge.Depuiscejour-là, deconcessionenconcession, Me
Mountaga Tallfinitparabandonner sonrêve,et seviderdeson
contenupourvivredanscettenouvelleréalité. L’AEEM
(AssociationdesélèvesetétudiantsduMali),mélancolique,part se
consoler dans l’alcool en devenant un rat de bar, et en se prostituant
auderniervenudelaviepolitique !

Lesmaliens, boucsémissairesdel'avènementdela démocratie,sont
alorsmeurtris, humiliés,trompés,manipulés.Ils secontententdela
«liberté d’expression», decettepseudo-démocratie faitedevotes
et d’élections truquées. On oublie vite le riz, le pain, le sucre, le lait,
etlethé !Onregardedetraversles rêves, lesespoirs, lesillusions.
Onsesouvientdetempsentempsdecesgrandsmoments quiont
2
faitvibrerl’existencedumalien.On prend beaucoupdethé, avec
delamenthesipossible.Lesplusfaibles,mélancoliqueset
désespérés,préfèrentl'alcool.Onfume,onboitetondiscute en
souvenirdesbeaux moments!

AOKET LA MAINMISE DE L’ADEMA-PASJ
Avec l’arrivée au pouvoir en juin 1992 d’Alpha Oumar Konaré
(AOK), ancienMinistredela jeunesseduDictateurdanslesannées
70, lanouvelle éliteneperdpasdetemps.Elle fouleaupied les
aspirationsdemars1991.

2
Ilyaplusdeux millionsdepartiesdethéàBamako parjour,selonSékou
Diarra. 95%decespartiesdethésontfaitespardesjeunes.
18

Les droits d'auteurdela démocratieauMaliselimitentà la
célébrationdupasséparde grandsdiscours quisonnentcreux, des
dépôtsde gerbes surlatombedu soldatinconnuetnondumartyr
inconnuà la Placedesmartyrs, devantl'ambassadedeFrance, le26
marsdechaqueannée.
Pour sa démocratie et sa bonne gouvernance, leMaliestfélicitépar
lespartenaires techniquesetfinanciers.Ilestcité enexempleparla
communautéinternationale. De l’intérieur, le constat est moins
idyllique.Touslescinqans, lesélections sontorganisées.On prend
àtémoinla communautéinternationale.Des touristesdéguisésen
observateursdébarquentà Bamako.Quelques toursde 4x4,
quelquespagesderapportsdressésdans les hôtelsclimatisés
suffisent.«Les élections ont été libres et transparentes »affirment
lesobservateurs.Lacurieusecommunauté internationale s’en
réjouit,féliciteet s’en félicite!

Chersbailleurs, cherspartenaires techniquesetfinanciers,«Il n’y a
plus rien qui nous reste.Avec sa mauvaise gestion, leDictateur
avait fermé la machine, mais rassurez-vous, chers bailleurs,le Mali
regorged’agneaux».Oninvitelesloups(bailleurs-partenaires)
pouradmirerlesagneaux (lesmaliens). C’est la coopération, le
développement, leCo-développement, lepartenariatbilatéralet
multilatéralentrebailleurs-loupsetmaliens-agneaux.Queledîner
soit servi!
Lesmaliens terrifiés, crientauprèsde nos meneurs à l’abattoir.
Non!…cesontdes«partenaires-investisseurs,ilsinvestissent
pour votre bien»!Nous rassurentnosvaillantsetbravesdirigeants.
«Ils vont vous faire des routes, des ponts, des puits.Ils vous
assurentle développement, vous construisent des écoles, un village,
une école. LesCentres de santé seront égalementmis en valeur à
traversle pays.».Votreprocèsne fait quecommencer,nevous
inquiétez pas!Car tropc’est trop,vousaurezun procèspermanent
certainementéquitable!L’histoirenous le dira.
«L'Afriquen’est pas prête pour la démocratie»disait-on avec
méprisdel’autre côté del’hexagone.N’estcepasMonsieurle

19

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