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Marc Lescarbot : pionnier de la Nouvelle-France

De
222 pages
Marc Lescarbot est à ce jour considéré comme le premier historien du Canada avec son Histoire de la Nouvelle-France, paru en 1609. Humaniste, avocat au Parlement de Paris, il part en Acadie en 1606, y découvre un nouveau peuple et de nouvelles moeurs qu'il compare à celles des Anciens. Ce voyage est pour lui le temps de l'apprentissage de l'Autre, de la rencontre avec le Sauvage et de la remise en question de ce concept.
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    Marc Lescarbot :
pionnier de la Nouvelle-France               
Historiques Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland
  La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend trois séries : la première sintitulant « travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (laccent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif déditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements dampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de lhistorien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique sans pour autant relever dune démarche académique.  Série Travaux  Georges ASSIMA, La France et la Suisse. Une histoire en partage, deux patries en héritage , 2012. François CHEVALDONNE, Rosa Bordas, rouge du Midi, mémoires, oublis, Histoire , 2012. Jean-Paul AUTANT, De la mobilisation à la victoire. 1939-1946. Un singulier parcours sous luniforme durant le second conflit mondial , 2012. Christian FEUCHER, Ali Bey, un voyageur espagnol en terre dislam , 2012. Mélanie GABE, Accoucher en France. De la libération aux années 1960 , 2012. Jean-Marc SERME, Andrew Jackson, lhomme privé. Émotions et sentiments dun homme de lOuest , 1767-1845, 2012. Gilles GÉRARD, Famiy Maron ou la famille esclave à Bourbon (île de la Réunion) , 2012.    
 Thomas PFEIFFER     Marc Lescarbot : pionnier de la Nouvelle-France            
  
Du même auteur  Sur les traces des brûleurs de loups , Paris, LHarmattan, 2009.  Alsace le retour du loup , La Nuée Bleue, 2011.              © LHARMATTAN, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99473-7 EAN : 9782296994737  
                 A mon fils Loup et à létincelle de mon cur Christelle                          
 
                                            
Introduction  
      1492 a marqué le temps de la rencontre entre deux mondes différents. La découverte de l'Amérique, par Christophe Colomb, sur l'île d'Hispaniola, parmi les Indiens arawaks, a bouleversé les connaissances de l" Européen ". La Bulle Papale In Caetera de 1493 fixe le partage des terres nouvelles, comme le confirme le traité de Tortésillas en 1494, entre les Couronnes d'Espagne et du Portugal sur une ligne verticale placée à 300 kilomètres à l'ouest des îles du Cap-Vert. La soif de l'or et des épices anime l'appétit des Conquistadores au détriment de vingt millions d'Indiens massacrés sans retenue. Le Royaume de France est empêtré dans son conflit avec L'Espagne de Charles Quint puis dans les guerres de religion qui ravagent le pays jusquen 1598. Il ne peut donc participer à l'aventure coloniale que par intermittence, lors des moments de répit. Seuls François Ier, Henri II et Charles IX soutiennent brièvement les expéditions outre-Atlantique. En 1598, une clause secrète du traité de Vervins fixait une Ligne des Amitiés, située au nord des Canaries, au-delà de laquelle les Français pouvaient faire des établissements si aucun prince chrétien ne l'avait fait avant eux. Cette clause ne faisait, bien sûr, aucun cas des droits des Indiens sur les terres qu'ils occupaient. Les Voyages Français commencent avec le Florentin Giovanni Verrazano, en 1524 et 1526, avec son frère Girolamo, le long des côtes Est de l'Amérique. Il permet ainsi de reconnaître la continuité du littoral de Terre-Neuve à la Floride. Le malouin, Jacques Cartier, inaugure l'implantation française au Canada, en découvrant son seul axe de pénétration naturel, la Grande Rivière " , le Saint-Laurent, en 1534 et 1535-1536 lors " de son hivernement parmi les Stadaconiens (Indiens iroquoïens du Québec). Les premiers rapports de troc sont enregistrés avec les Indiens micmacs dans la baie de Gaspé. La France a également essayé de s'implanter au Brésil, en 7  
1503, par Paulmier de Gonneville, puis par Nicolas Durand de Villegagnon, en 1555, dans la baie de Ganabara (Rio de Janeiro), mais sans succès, par faute de moyens avant tout, et de discipline interne pour cause religieuse entre huguenots et catholiques. Les querelles religieuses virulentes en France, et qui empoisonnent la bonne marche du Royaume, obligent l'amiral de Coligny à promouvoir l'idée d'une colonie-refuge pour les huguenots persécutés dans la métropole. La tentative de 1562, sur la Rivière de Mai en Floride, par Jean Ribaut, se situe dans ce cadre. Mais la présence des Espagnols sonnera le glas de la colonie, en 1565, sous les coups de l'intrépide Menendez de Avilès. Près de quatre cent huguenots seront massacrés et l'expédition du capitaine De Gourgues, en 1567, pour l'honneur, ne changera rien. Le manque de préparation et de réflexion quant à la manière de concevoir la colonisation fait cruellement défaut, tout comme d'ailleurs les subsides d'une France ruinée. La fin du siècle voit un net regain d'intérêt pour la colonisation nord-américaine. Dès 1570-1580, la navigation marchande, des terre-neuviers à la recherche de bancs de morues et des baleiniers basques, fréquentent à nouveau les « Sauvages » lors des brèves saisons de pêche. Le système du monopole de la traite, accordé par le roi, par lettre patente, à Troilus de La Roche de Mesgouez, lui est retiré en 1598, après son échec lors de la colonisation de lIle Sable, au profit de Pierre Chauvin de Tonnetuit, qui installe un lieu de traite de fourrures à Tadoussac, à l'embouchure du Saint-Laurent. Enfin, en 1603, le monopole échoit à Pierre Du Gua de Monts (1558-1628), pour une durée de dix ans, qui devient, par la même occasion, lieutenant général des terres de l'Acadie et du Canada. Accompagné du géographe Samuel de Champlain et du pilote François Gravé-Dupont, De Monts recherche le lieu idéal pour la colonisation. Le choix se fixe en 1604, sur Sainte-Croix, dans la baie française (aujourd'hui de Fundy). Les rigueurs de l'hiver et le scorbut décident les colons à rechercher un lieu plus propice. Port-Royal (aujourd'hui Annapolis), toujours dans la même baie, est choisi et le chevalier Jean de Biencourt de Poutrincourt (1557-1615), baron de Saint-Just en Champagne, allié de la Ligue puis rallié en 1584 au roi Henri IV, en devient 8  
le seigneur à part entière. C'est dans ce cadre qu'intervient Marc Lescarbot, lors de son séjour acadien, en 1606-1607. Ami de longue date de Poutrincourt, pour lequel il avait déjà plaidé dès 1604, il répond à l'invitation de ce dernier après le délai de réflexion d'une journée. La déception d'une affaire au barreau et la volonté de " recognaitre la terre oculairement " motivent son choix, tout comme un réel goût pour l'aventure. Lescarbot se propose donc de participer aux linéaments de la présence française en Acadie, pour édifier une Nouvelle-France qui s'étendrait de Terre-Neuve au nord à la Floride et même certaines îles des Antilles, jusqu'au Tropique du Cancer. L'Angleterre est présente sur le continent depuis 1607, à Jamestown en Virginie, grâce au gouverneur John Smith (celui-là même qui fut sauvé de la mort par l'Indienne Pocahontas des Powhatan). L'Espagne est, quant à elle, bien installée en Floride autour des Forts San Angustin et Caroline, ainsi que dans le sud-ouest, dans les villages Pueblos précisément.  L'homme : origine et milieu social  Marc Lescarbot est né vers 1570-1575 à Vervins, en Thiérache (dans le département de l'Aisne). Seigneur de Saint-Audebert, Lescarbot n'est donc pas parisien, même s'il vécut à Paris plusieurs années durant. Le nom même de Lescarbot échappe à notre auteur qui n'en connaît lui-même pas l'origine. Son existence est encore mal connue et de nombreux aspects restent dans l'ombre. Lescarbot, après une première tentative de mariage avec son idylle, la demoiselle de Mourg, en 1609, et dont le contrat ne fut jamais signé, se marie en 1619 avec Françoise de Valpergue, veuve de famille noble. Il passa, avec sa verve d'avocat, les dernières années de sa vie à tenter de récupérer les domaines perdus de sa femme. Il mourut en 1642 à Presles.  Sa formation    Lescarbot, boursier, a effectué ses études au collège de 9  
Laon, puis avec le soutien de Monseigneur Duglas, évêque, il continua à étudier à Paris. Son éducation porte la marque de l" humanisme " renaissant. Il apprit lhébreu, le grec et le latin, la science, la géographie, la musique, la calligraphie et même la cartographie. Il lut les Anciens et, fidèle à la tradition, il semble apprécier davantage les Romains qu'il cite plus souvent que les Grecs lors de sa narration (Virgile, Pline l'Ancien, Tacite ou encore Tite-Live). De surcroît, son utilisation fréquente de la Bible, souvent à partir du texte hébreu, atteste de son attachement à la foi et aux sources chrétiennes. Lescarbot reste fidèle au message de la Bible, ce qui a fait dire à certains qu'il pouvait être protestant. Mais, même si Lescarbot est ouvert aux protestants, comme avec De Monts, ami du roi Henri IV, il n'en est pas moins un catholique, fervent défenseur de ses principes. Dès 1598, Marc Lescarbot est licencié en droit et fait partie du parlement de Paris dès 1599. Il est autant versé dans le droit civil que dans le droit canonique. Juriste de formation, Lescarbot est avant tout un homme de droit, loyal et fidèle à une parole donnée.  Sa sensibilité    Le style de Lescarbot se veut avant tout clair, accessible à tous. La logique de cet homme, empreint d'humanisme, reste la sincérité, la vérité. Ses références multiples, les citations latines et l'usage des versets bibliques font preuve d'une grande érudition et cherchent ainsi à persuader le lecteur de sa maîtrise du sujet. Le souci du détail, le goût de la précision illustrent la " rationalité " de l'auteur. Ainsi, Lescarbot, esprit multiforme, curieux de tout, emprunte, cite, transforme et créé une pensée propre, et la renouvelle par ses lectures et sa propre expérience. L'attachement de l'homme à des valeurs se ressent dans toute son uvre, fidèle à son roi, à sa patrie. La France est célébrée dans son Adieu à la France de mai 1606, à la Rochelle. Proche du président Jeannin, surintendant général des finances, Lescarbot écrit pour le roi Henri IV un sonnet qui a été lu lors de la messe des funérailles du roi, pour Louis XIII, à qui il dédit l'édition de 1611 de l Histoire de Nouvelle-France . Lescarbot a 10