Mémoires barbelées

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296305199
Nombre de pages : 228
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MÉMOIRES BARBELÉES. ET APRÈS...

Collection Mémoires du XXème siècle sous la direction d'Alain Forest

Bloit, Moi, Maurice, bottier à Belleville, 1993. - Maurice Schiff, Histoire d'un bambin juif sous l'occupation nazie. Préface d'Henri Bulawko, 1993. - David Diamant, La résistance juive. Entre gloire et tragédie, 1993. - Francisco Pons, Barbelés à Argelès et autour d'autres camps, 1993. - Joseph Berman, Un juif en Ukraine au temps de l'armée rouge, 1993. - Pierre Brandon, Coulisses de la résistance à Toulouse, Lyon, Marseille et Nice, 1994 - Charlotte Schapira, Il faudra que je me souvienne. La déportation des enfants de l'Union Générale des Israélites de France, 1994. - Georges Sadoul, Journal de guerre (2 sept. 1939 - 20juillet 1940), deuxième édition, 1994. - Pierre Leenhardt, Pascal Copeau (1908-1982). L'histoire préfère les vainqueurs, 1994. - France Hamelin, La Résistance vue d'en bas... au confluent du Lot et de la Garonne, 1994. - Marcel Ducos,Je voulais seulement changer l'Eglise, 1994. - Léon Arditti, Vouloir vivre. Deux frères à Auschwitz, 1995. - Georges Moreau-Bellenger, Pilote d'essais. Du cerf-volant à l'aéroplane, 1995. - Claude-Henri Mouchnino, Survivant par hasard, 1995.

- Michel

Nathan PROCHOWNlK

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MEMOIRES BARBELEES. ET APRÈS...

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005Paris

@L'Harmattan, 1995 Isbn: 2-7384-3403-7

PROLOGUE

Cette vie que nous avons à vivre, la vivons-nous vraiment ou ne faisons- nous que la subir? Cette question, voilà des lustres qu'elle me taraude. Et pourtant, au niveau de chacun de mes actes, j'ai toujours agi comme s'il n'y avait pas de fatalité, comme si j'étais à même de pouvoir déterminer ma conduite en toutes circonstances. Mais dans quelle mesure aussi sommes-nous déterminés, «programmés» ? Ai-je donc été programmé, façonné à devenir un petit enfant émigré de huit ans? Etait-il en quelque sorte inscrit que, à l'âge de vingt ans, le jeune homme que je fus aurait à connaître la déportation? Nous avons été beaucoup, nous avons été tellement trop à devoir suivre ce chemin. Nous avons tous connu le même malheur, rencontré les mêmes difficultés à survivre. Certains seulement ont échappé à cette programmation mortelle, à leur extermination prévue et politiquement organisée. Certains seulement ont survécu. Certains seulement etje suis de ceux-là. Etions-nous programmés pour survivre ou cela n' a-t-il été que le fruit du hasard et des circonstances? Avons-nous été les artisans de notre survie ou de simples grains de sable ayant échappé au broyage presque par inadvertance? La question demeure de savoir si c'est une création personnelle que de subir l'extrême sans être anéanti.

D'où m'est venu mon équilibre si grand durant toutes ces
péripéties? Où ai-je trouvé la force de tromper cette mort présente pour chacun de nous à chacun de nos pas? Après tant d'années qui ont passé, je sens toujours en moi la nécessité de découvrir comment il est possible que je sois encore vivant et de le dire, même si beaucoup déjà ont décrit ce même voyage dans l'absurde etla terreur. En racontant à mon tour, n'estce pas un exercice d'exorcisme un peu dérisoire que j'entreprends de pratiquer, rempli de peur, bien sûr, mais aussi de l'espoir de savoir que je vis?

Et si je réussis cet exorcisme, que vais-je apporter à l'autre? A cet autre qui me lira peut-être, je voudrais lui dire simplement de ne jamais désespérer de l'humain, de ne jamais désespérer de luimême. C'est à cet espoir en l'homme et à mes petits-enfants que ces Mémoires barbelées sont dédiées.

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Vite, on a repoussé les comptoirs de bois et les machines à coudre, écarté les mannequins de toile, disposé les chaises, branché le pick-up... Tiger rag a fait vibrer les vitres bleutées de l'atelier de confection. On s'est tout de suite mis à danser sur le parquet râpeux. Dans un coin, le vieux coupeur aux revers piquetés d'épingles nous observait de son regard triste. «Des juifs, ça» ? devait-il penser devant nos costumes bleu pétrole, nos coiffures «zazou», nos triples semelles et notre soif de plaisir. On sirotait entre deux danses les boissons qu'on avait apportées - un peu de tout, de la grenadine au Quinquina, ce qu'on pouvait se procurer en ce mois d'octobre 1941. Pour avoir plus de liberté dans leurs mouvements, des copains ont tombé la veste, leur veste avec une étoile jaune. ln the moon... les couples se sont rapprochés, joue contre joue. J'étais avec Julia, on se sentait bien, loin de tout. Brusquement, dans le couloir, il Ya eu du bruit, la porte d'entrée s'est ouverte et des pèlerines ont fait irruption. Qu'est-ce qui leur prenait, aux flics? Ils n'avaient donc que cela à faire? Si on ne peut même plus aller danser tranquille chez le père d'un copain, c'est la fin du monde... Sûr, un des voisins nous avaient dénoncés, à cause du tapage. Il y a toujours des mauvais coucheurs, Occupation ou pas.

- Les rassemblements sont interdits par la préfecture, nous a lancé l'un des deux flics. Vous ne le saviez pas ? On n'a pas répondu. Evidemment qu'on le savait, mais on avait décidé de ne pas en tenir compte. Par précaution, à chaque fois, on allait ailleurs, on «changeait de crémerie», de la rue Jean-Jaurès à
l'avenue Henri-Martin, avec disques et bouteilles sous le bras. Notre bande sillonnaitParis.

- Vous devriez être au courant de ça, surtout vous, a renchéri le policier. Il fixait d'un oeil accusateur les étoiles jaunes sur les vestes que certains avaient gardées. Comme si elles y avaient été cousues pour nous interdire de danser! Encore un donneur de leçons de morale, celui-là, avec ses petites moustaches et son teint plombé... - Allez, en route. En bas, un gros car bleu nous attendait. On s'est retrouvés très vite au commissariat de la rue Réaumur pour vérification d'identité. Pas d' agressi vité ches les pèlerines. Ils faisaient leur boulot de routine. On a montré nos cartes d'identité. Sur la mienne, il y avait le tampon JUIF, en lettres rouges. Un gradé m'a fait signe d'aller m'asseoir sur un long banc de bois près du mur. Je me suis placé à côté d'Albert et de Shlomo, mes deux copains d'enfance, qui étaient passés avant moi. On ne se disait rien. Je ne pensais à rien. l'étais simplement là, petit poisson pris dans la nasse. Ils ont gardé les garçons âgés de plus de dix-huit ans et trois mois, ceux qui étaient juifs. Je répondais au deux critères. On était cinq dans ce cas. Les autres ont été relâchés. Julia avait l'air triste, elle m'a fait un petit signe avant de passer la porte. Un bureaucrate en civil qui semblait être le chef nous a lancé depuis le comptoir: - Vos familles seront prévenues. La nuit s'est passée dans une grande cage au treillage de fer, qui sentait la crasse et la cigarette. Le matin, ils nous ont donné du café. Et puis on est sortis dans la rue pour monter dans un petit car qui stationnait. Il faisait gris, les passants étaient sans regard. Démarrage, rues, avenues. On apercevait quelques groupes d'Allemands isolés, qui passaient. Albert a dit: - On va à Drancy. Qu'est-ce qui le rendait si affirmatif? Notre destination pouvait tout aussi bien être Beaune-la-Rolande, Compiègne ou encore Pithiviers. A moins qu'il ait eu des renseignements. Quand on était petits, sa plus grande joie, à Albert, était de m'inonder l'oreille avec son pistolet à eau. Pourquoi est-ce que je pensais brusquement à cela? Ça n'avait pourtant aucun rapport... - Mon père est déjà là-bas, a-t-il ajouté, comme si c'était une explication.
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Un quart d'heure, une demi-heure... On est bien arrivés. C'était bien Drancy. Ça ne ressemblait pas du tout à l'idée qu'on pouvait se faire d'un camp. Il y avait quatre tours d'habitation d'une dizaine d'étages, dominant de grandes barres d'immeubles horizontales, autour d'un vaste espace rectangulaire, une sorte de mail, où donnaient des centaines de fenêtres. Un grand ensemble en quelque sorte, mais non terminé, une ébauche de grand ensemble. Encerclant les bâtiments, on voyait des grillages, des barbelés, des miradors en bois avec des silhouettes de gendarmes. Le car s'est arrêté dans la grande cour et nous sommes descendus. Après, ça a été la fouille et les formalités. On est passés devant des scribouill~ds, assis derrière leurs tables, qui nous réceptionnaient. «Pour des juifs, faut être con pour se faire piquer en dansant». Cette phrase m'est arrivée aux oreilles. D'où venaitelle? Qui l'avait prononcée? Autour de moi, les gendarmes s' affairaient sans nous regarder. Les bureaucrates gardaient le nez dans leurs papiers. Peut-être était-ce seulement dans ma tête qu'elle avait résonné? Un homme a mis une croix devant mon nom sur une liste: Nathan Prochownik. Puis ill' a recopié sur unregistre en s'arrêtant deux fois pour vérifier l'orthographe. Avec ces w et ces k, il s'y perdait. Je lui donnais bien du mal. Ensuite, on a suivi un type avec un brassard, un interné lui aussi, qui devait nous trouver un coin à nous. Mais c'était un peu la pagaille. On a erré un petit moment dans les couloirs, les escaliers. Le béton nu faisait un drôle d'écho à nos pas. Albert et Shiomo étaient toujours avec moi. Enfin, nous sommes arrivés dans une vaste pièce où il y avait de la place. Des paillasses étaient disposées sur le sol de ciment gris. Tous les trois, nous sommes parvenus à en dénicher qui n'étaient pas trop loin l'une de l'autre. Assez vite, il a fait nuit et froid. Les gens continuaient d'aller et venir, traversant d'un air affairé notre espèce de chambrée. Pour eux, la vie était déjà un peu organisée. Des liens s'étaient noués qui faisaient se côtoyer, se rendre de menus services, la dame à manteau de fourrure et l'ouvrier du Sentier. Moi, j'avais sommeil. On a récupéré des couvertures et je me suis endormi -l'habitude des dortoirs sans doute. Le lendemain, les beaux habits que nous avions mis pour aller danser étaient poussiéreux et froissés. Albert et Shlomo n'étaient Il

pas très beaux à voir. J'en ai déduit que je ne devais être guère plus présentable. Il a fallu descendre et nous nous sommes retrouvés, faisant la queue pour accéder aux lavabos collectifs. On nous a remis une serviette et un bout de savon. Comment procéder à autre chose qu'une toilette de chat devant ces maigres filets d'eau glacée qui coulaient d'un long tuyau percé? Je ne me sentais pas trop dépaysé, car là encore je retrouvais l'ambiance de mes années d'internat. Ensuite, il y a eu distribution de gamelles, puis nouvelle file d'attente pour la faire remplir d'une soupe c1airette accompagnée d'une portion de pain et d'un morceau de margarine. Bizarre petit déjeuner... Ensuite, c'était campo. Mises à part les heures de la toilette, des repas et du coucher, nulle contrainte. Nous pouvions faire ce que nous voulions, circuler, aller rendre visite à d'autres internés dans leur dortoir, tuer le temps comme nous le voulions... Un camp à la française, quoi! Tous les trois, nous avons pris le chemin de la grande cour et nous nous sommes promenés entre les groupes de gens qui discutaient. Brusquement, Albert a retrouvé son père. Nous lui avons raconté les péripéties de notre arrestation et il a secoué la tête tristement. Ça me plaisait de le trouver là, ce petit homme sympathique, cordonruer de son état. Je ne savais pas bien pourquoi... Peut-être que de retrouver un «parent» en ce lieu me donnait l'espoir que cette histoire allait bientÔt se terminer, qu'on allait rentrer chez nous et que tout serait oublié. Nous étions des gamins purus pour une bêtise qu'une grande personne allait aider à s'en sortir. Pas un Allemand à l'horizon, seulement des gendarmes français dont certains se baladaient au milieu de nous, en nous observant avec un visage de bois. -Et vous, Nathan, vous êtes d'où? m'a demandé le père d'Albert. Je l'ai regardé, sans comprendre. Il a insisté: - Prochowruk, c'est polonais, non? J'ai acquiescé de la tête. Oui, Prochowruk, c'était polonais.

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Je suis né dans une forteresse: Torun, une ville entourée de hautes murailles, à une centaine de kilomètres au nord de Lodz. Fondée par les Allemands - mes parents parlaient d'ailleurs à la

fois allemand, yiddish et polonais - ,cette cité au bord de la Vistule était un carrefour commercial important. Le fleuve, qui me paraissait énorme et furieux la plupart du temps, gelait en hiver. On pouvait alors le traverser à pied et même y faire du patin à glace, tant la couche des flots solidifiés était solide. Tout au long de l'année, je jouais sur les quais avec mes copains. C'était fantastique d'avoir ce grand meccano géant rien que pour nous, de pouvoir circuler à l'intérieur en regardant travailler les grandes grues qui fouillaient les gros bateaux ventrus accostés afin d'en extirper de précieuses cargaisons exotiques. Sur les quais, une ville insolite s'élevait et se transformait sans cesse, une ville dont les immeubles étaient ces amoncellements de caisses, de colis, d'énormes sacs de toutes sortes. Ah !les courses poursuites dans les travées étroites, entre les mastodontes, les batailles rangées, les ruses pour surprendre par derrière nos «ennemis» !Quelquefois nous poussions jusqu' aux entrepôts d'où partaient deswagons chargés de trésors odorants: bois, mélasse, sucre non raffiné qu'on mangeait en cachette par poignées, tas de charbon aspergés de chaux blanche pour repérer la trace des voleurs. Bien sûr, par sport, on s'amusait à en dérober des morceaux. Ensuite, il fallait assumer le retour à la maison, les cris, les reproches devant nos joues sales, les accrocs aux vêtements, les cheveux hirsutes, les mines exténuées. Ma maison à moi se trouvait au centre de la ville, 13 rue Copernic. Elle était construite toute en hauteur, jouxtant une bâtisse en briques dont la façade me paraissait bien étrange car ses fenêtres étroites, ses bandeaux en petites saillies, la faisaient ressembler à une église. Comme je n'en connaissais pas les habitants et qu'on n'y voyait jamais personne, je pensais qu'elle étai t abandonnée. Beaucoup plus tard, j'ai appris quec'étaitla maison de Copernic, le célèbre savant qui avait donné son nom à la rue. Notre immeuble me paraissait beaucoup plus beau, en tout cas il était plus propre. L'appartement que nous occupions se trouvait au premier étage. Des fenêtres donnant sur la cour, on pouvait apercevoir l'atelier où les ouvriers de mon père fabriquaient des tiges pour chaussures - c'est-à-dire la partie supérieure, en cuir souple. Notre quartier était bourgeois et mes parents étaient des bour13

geois. Outre cette petite fabrique, mon père possédait plusieurs magasins en ville. C'était un homme énergique, petit, presque chauve, et dans mes premiers souvenirs, il apparaît comme très élégant, aristocratique même, avec son monocle, son chapeau haut- de -forme et sa luxueuse pelisse. Chez nous, il y avait des merveilles, en particulier un vaisselier où étaient rangés des cristaux que je ne me lassais pas de contempler, le nez collé contre la vitre. Je me souviens aussi d'assiettes peintes, de coupes et de verres taillés qui semblaient produire eux-mêmes la lumière qui les faisait briBer si fort. Ma mère sortait beaucoup. Elle était grande, plus grande que mon père, imposante. Elle aussi était une aristocrate, cultivée, pa<;sionnéepar le théâtre. EBe s'occupait aussi de bonnes oeuvres, mais surtout de ses enfants dont elle voulait être fière.
Nous étions trois garçons; j'étais le second. L'aîné, Jules, avait deux ans de plus que moi. La plupart du temps, on s' entendai t bien, mais quand il se trouvait avec ses copains, il me traitait comme un petit. Ludwig, lui, appartenait au monde des bébés: il était né six ans après moi, ça faisait une sacrée différence! Notre famiBe était juive, mais je ne savais pas véritablement ce que cela signifiait. J'enfilais chaque matin une sorte de chasuble avec des franges aux quatre coins. Pour que celles-ci ne dépassent pas de mon veston, je les glissais dans ma culotte. J'étais persuadé que tous les enfants de mon âge en portaient aussi. Quant aux fêtes du judaïsme que nous célébrions, là encore, je m'imaginais que toute la viUe en faisait autant. D'ail1eurs, comme mes copains, je disais «sale juif» à l'occasion, par exemple au fils du boucher que je connaissais par ailleurs puisque c'est lui qui nous livrait notre viande casher. II faut dire que mes parents m'avaient mis à l'école larque. En classe personne ne me faisait de réflexions désobligeantes. Peut -être devais-je cette chance au fait qu'il Yavait très peu de juifs dans notre ville? Malgré la célébration des fêtes rituelles à la maison, je ne recevais pas de véritable instruction religieuse. .Tene parlais ni hébreu ni même yiddish. Mes parents n'utilisaient ces deux langues que lorsqu'ils voulaient que les enfants ne comprennent pas.

Mon monde était calme, heureux, serein, tout au moins c'est l'impression que mes souvenirs m'ont laissée. On y célébrait la connaissance et la beauté; tout semblait devoir s'écouler comme une rivière aux flots calmes. Mon éducation se faisait aussi bien par ce qu'on m'apprenait que par ce que je découvrais au fil de la vie. 14

Je pense en particulier à l'histoire de ce panier de myrtilles à peine une anecdote destinée à dispanu"tre de ma mémoire et dont j'ai pourtant conservé un souvenir profond. C'était un après-midi de novembre, sur la place du vieux marché de Torun. Je rentrais de l'école et mon regard s'est posé sur une petite fille de mon âge sept ans dont la beauté m'a surpris, ému, au point que j'ai eu un désir ardent de lier connaissance avec eUe et que j'étais en même temps paralysé par la timidité. Comment faire pour lui parler, à cette fille que je ne connaissais pas? Je n'en avais pas la moindre idée. Des mots roulaient dans mon esprit; aucun ne passait la frontière de mes lèvres. Je me mis à la suivre avec la peur qu'elle s'en aperçoive, ce qui par avance me faisait trembler de honte. Il fallait pourtant qu'elle se retourne, qu'eUe me découvre, me sourie, qu'on devienne des amis... Au bout de son bras un peu raide pendait un petit panier d'osier contenant des myrtilles. C'est alors qu'une idée qui m'a semblé géniale m'est venue: je donnerais un léger coup sur le panier, mine de rien, comme quelqu'un qui ne le fait pas exprès. EUe se retournerait et alors je lui parlerais. Je me suis rapproché et ma main est partie toute seule... mais j'ai frappé fort! Le panier a basculé et son contenu s'est renversé sur le trottoir, dans le ruisseau !J'étais figé de terreur, je voulais parler, m'excuser, lui expliquer... mais je ne pouvais que fixer stupidement les petites taches rouges. Et puis mon regard est remonté lentement vers le visage de la petite fiUe. Des larmes faisaient briller ses yeux. Alors, je me suis enfui comme un malfaiteur. A la maison,j'ai couru me perdre dans le sofa, m'enfoncer dans les coussins. Ma mère dressait la table. EUe n'a pas compris mon mutisme, cet enfermement soudain de son fils dans sa peine et sa rage. Je passais et repassais la scène dans ma tête, comme pour me punir... - Nathan, viens manger. Les bougies du sabbat étaient allumées. J'ai mangé sans faim la poule au pot. Sans cesse se présentaient les mêmes images, lancinantes, douloureuses même: ma main qui m'échappait et frappait fort... les myrtilles sur le sol... les yeux pleins de larmes de la petite fille... J'ignorais alors que ces images aUaient être les fidèles accompagnatrices de ma vie, qu'elles constitueraient à la fois une douleur et un enseignement. Par elles, j'allais apprendre la nécessité d'adopter une conduite bien pensée et contrôlée vis-à~ vis des êtres et des choses. Dominer son désir, ne pas céder à ses

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pulsions, mais réfléclùr, construire, s'en tenir à une ligne de vie. Le petit Nathan - «Naphtouse» pour sa maman - avait vécu sa première leçon de morale, bien évidemment sans le savoir. C'est vers le même âge que j'ai découvert la violence des adultes. Un soir un client acheteur en gros, lui-même fabricant de chaussures, débarqua chez nous pour prendre possession d'une commande. Il était tard et l'atelier était déjà fermé. Sans doute l'homme était-il irascible, car ma mère s'inquiéta: «Pourquoi vient-il si tard» ? Elle me dit: «Nathan, accompagne ton père». J'obéis. Dans l'atelier, mon père prit une valise où avait été placée la marchandise et revint vers son client. Soudain, ce type le bouscula, empoigna la valise et partit sans payer. Mon père ne dit rien; il resta là, anéanti, humilié, tandis que je le regardais, moi aussi honteux et malheureux. Mais ces incidents, s'ils contribuaient à mon éducation en me faisant souffrir, n'étaient que des coups de griffe dans mon ciel bleu. On était si heureux, à Torun... Et puis est venue la crise,la fameuse crise économique de 1929. Pendant cette période, je sentais bien à l'attitude de mes parents que des choses se passaient mal. Mon père avait changé de fabrication et s'était lancé dans celle des semelles crêpe, de marque Sumatra. Ce matériau était nou veau et même d'avant-garde pour l'époque. Hélas! en Pologne, en automne et en hiver, les chaussées sont très mouillées, souvent verglacées et les gens qui portaient ces fameuses semelles glissaient et s'étalaient. Après cet échec, mon père a cherché à fabriquer des talons en série. Il avait acheté à de gros fabricants leurs déchets de cuir dur et créé des presses à talons de différentes tailles et formes. L'idée de vendre cette production aux fabricants de chaussures, comme il l'avait fait pour les tiges et les semelles, était bonne en soi. Mais ça n'a pas marché. Rien ne marchait, sans doute. Alors il est parti tenter sa chance en France où vivait une de ses soeurs et son frère aîné. Nous, on attendait ses lettres de Paris, une viBe qui nous paraissait aussi lointaine que la planète Mars. II expliquait qu'il avait des problèmes, des histoires de papiers qu'il ne parvenait pas à obtenir pour nous faire venir à notre tour. Après quelques mois d'attente, ma mère nous a envoyés chez ses parents, à Alexandrov, à une dizaine de kilomètres de Torun, en nous disant qu'elle serait ainsi plus tranquille pour courir les administrations et obtenir des papiers. C'était peut-être vrai, à 16

moins qu'elle nous ait confiés à eux parce qu'elle était à court d'argent? C'est à la campagne, dans ce petit village, que j'ai appris que j'étais juif. Mes grands-parents, personnes très vieilles et calmes, qui vivaient dans une petite maison encombrée d'un énorme poêle de céramique, m'ont envoyé à l'école religieuse, le heider. Le rabbin avait l'air de parler pour lui tout seul, en secouant la tête toute la sainte journée. Pendant les cours, ce curieux bonhomme déplissait et lissait soigneusement des feuilles de papier qu'il avait pu récupérer, en particulier celles qui entouraient les oranges. Ensuite il les découpait en carrés plus petits destinés aux toilettes... Il était pauvre sans doute, comme mes parents l'étaient devenus... Cette gêne soudaine, cette obligation d'avoir à se préoccuperde l'argent, me semblait d'une grande injustice. ..Cela explique peut-être mon comportement d'alors en certaines circonstances qui me sont restées en mémoire avec une grande netteté. Un jour que je jouais à cache-cache avec des enfants de mon âge, dans la maison d'une famille jui ve voisine de celle de mes grands-parents, mais largement plus aisée, je me suis dissimulé sous le lit des parents. Une de mes mains s'est glissée entre le matelas et le sommier, sans doute pour me retenir, et a rencontré... une bourse de cuir. Je l'ai ouverte. Elle contenait des pièces de cinq zlotys. Cela ne représentait pas une somme très importante, mais pour moi c'était une sorte de trésor. J'ai été tenté de m'en emparer, mais le geste m'a paru dangereux, irraisonné et j'ai remis l'argent à sa place. Les jours suivants, pendant les parties de cache-cache, je n'ai pu résister à la tentation et j'ai puisé méthodiquement dans la bourse, une seule pièce à la fois. Ainsi, il me semblait que nul ne s'apercevrait de mon larcin. Cependant, il a bien dû être découvert, mais je n'ai nul souvenir d'en avoir eu connaissance. Par contre, je me rappelle bien l'embarras dans lequel je me suis trouvé ensuite pour utiliser cet argent. Comment expliquer cette soudaine fortune? Il s'agissait en quelque sorte de trouver un moyen de me l'approprier une seconde fois. J'ai mis au point une stratégie. Lorsque j'accompagnais ma grand-mère au marché, qui se trouvait à quelque distance de la maison, je me débarrassais discrètement d'une pièce en la jetant dans la neige, puis feignais de la découvrir. - Oh, grand-mère, regarde ce que j'ai trouvé! 17

Je ramassais la pièce et la lui montrais triomphalement. - Naphtouche, comme tu as de la chance! s'exclamait-elle en toute innocence. Dieu est avec toi! Dieu m'a accompagné à cinq reprises sur la route du marché, à cette époque. Bien sûr, j'avais le droit de garder ces pièces miraculeusement découvertes. Avec ce pécule ainsi officialisé, j'ai offert à mes grands-parents une lampe de poche, à pile. Eux qui ne s'éclairaient qu'à la bougie ont fort apprécié cette dernière invention du progrès, presque magique... Bien sûr, je me sentais vaguement coupable... mais je me disais que cela représentait très peu pour le légitime propriétaire des zlotys, une goutte d'eau... En fin de compte, je n'étais pas trop mécontent de moi: non seulement j'avais été habile, mais j'avais fait des heureux. Un beau jour, ma mère est venue nous chercher et nous avons tous embarqué dans un train. C'est pendant ce voyage qui m'a paru très long que j'ai mangé ma première banane. Ma mère avait procédé à un véritable déménagement, emportant des tas d'objets, dont le fameux buffet avec ses merveilles, qui nous suivait fidèlement, logé dans un wagon de marchandises du même train. C'était ainsi. Elle aimait tant les belles choses, ma mère, qu'elle ne pouvait s'en séparer. Nous sommes descendus à Paris, gare du Nord. Maman, toujours impériale, avec une bonbonnière de chocolats dans une main et son manteau de fourrure sur le bras, a hélé un porteur afin qu'il prenne en charge nos sacs et nos valises. Mon père nous attendait à la sortie avec un taxi. J'ai découvert Paris, une grande ville grise, affairée et bruyante. Quand nous sommes arrivés à l'entrée de l'impasse des Couronnes, le conducteur en blouse grise a freiné net sa CeItaquatre bordeaux et noir, sans s'y engager. II nous a dit d'un air dégoûté: - Si j'entre là-dedans, je n'en sortirai pas! Et c'est vrai que c'était tout petit, cette impasse, bordée d'immeubles qui n'avaient pas l'air bien riches. Finalement, Paris était moins beau que Torun, avec ses quais et son fleuve, surtout ici, dans ce quartier bizarre qui s'appelait Belleville. L'appartement non plus n'avait rien à voir avec celui de Pologne. Ma mère, sitôt entrée, a regardé autour d'elle en silence, puis a inspecté les trois petites pièces sans mot dire. Puis mon père lui a montré les W.C. sur le palier. C'est seulement à ce moment 18

qu'elle s'est écriée, en revenant dans la première pièce: - Je ne vivrai pas dans un taudis! Les enfants, on ne déballe pas, on rentre en Pologne! Est-ce que mon père lui avait vraiment avoué, dans ses lettres, qu'en France il vivait si pauvrement? Mais peut-être n'avait-elle pas voulu comprendre. En tout cas, tous deux se sont mis à se disputer fort, en yiddish. Ensuite, je me souviens que nous nous sommes couchés dans ce lieu inconnu. Je me sentais fatigué et lourd. Nous sommes restés impasse des Couronnes.

Drancy, j'étais à Drancy... Dans les pièces en ciment nu, on avait froid. Les gens occupaient le temps comme ils pouvaient, en se passant les livres et les journaux que certains portaient sur eux où avaient pensé à prendre au moment de leur arrestation, bavardant, en se racontant mutuellement leur vie, mais le plus souvent, en ne faisant rien, en restant silencieux, plongés dans l'attente. Parfois, la question «Qu'est -ce qu'on va devenir» ? fusait, mais il y avait trop - ou pas - de réponses. On évoquait les camps de travail en Allemagne, où enfin on pourrait être tranquilles et payés. Ce serait la sécurité en quelque sorte. Çame faisait une drôle d'impression de les observer tous. Je me sentais comme à l'extérieur de ce qui m'arrivait, et même étranger à tous ces gens. Ils étaient très divers, la condition sociale se repérant comme partout aux vêtements ou à une certaine façon de se comporter, de parler, même si le mauvais sort que nous partagions atténuait les différences. Oui, cette fois, les ennuis concernaient tout le monde... les riches, les pauvres, les Français, les étrangers. Longtemps, nous avions voulu croire que nous serions épargnés, que nous n'étions pas concernés par ces bruits inquiétants... qu'ils ne pouvaient atteindre que les autres. Cela avait commencé très tôt, dès la fin des années trente. Les traîne-savate étaient arrivés en France: c'étaient les juifs non-allemands vivant en Allemagne, polonais d'origine la plupart du temps et pas encore naturalisés. Ce que nous retenions de leurs récits, c'est que dans le nouveau Reich, on n'arrêtait pas les juifs qui avaient la nationalité allemande. Alors nous disions: «C'est 19

normal qu'Hitler ne veuille pas d'eux. Les nazis sont nationalistes». Pourtant, quelques mois après seulement, sont venus des juifs qui avaient un passeport conforme. Ceux-là étaient même nés en Allemagne, mais ils n'avaient pas fait la guerre de 14-18, ils ne faisaient pas partie d'une association d'anciens combattants. Là, on a pensé qu'ils étaient sans doute communistes, ou socialistes, ou encore qu'ils s'étaient fait remarquer, bref nous n'étions pas loin de penser qu'ils étaient responsables de leurs ennuis. Et nous ne voulions pas entendre quand ils nous disaient qu'il se passait des choses graves. Nous pensions qu'ils exagéraient. En 39, avant la déclaration de guerre, ce sont les juifs les plus «purs», les «parfaitement assimilés» dans le Reich, même les anciens combattants de 14-18, qui ont quitté l'Allemagne. Ils voulaient aller le plus loin possible, en Amérique de préférence, pour fuir le cauchemar qui approchait. Cependant, lorsque leur pécule ne leur permettait pas d'aller si loin, ils restaient en France. Pour survivre, ils devenaient colporteurs, achetant en gros des draps, des serviettes ou des torchons qu'ils allaient vendre dans les immeubles pauvres pour gagner leur pitance. Ceux-là nous parlaient des camps d'internement pour les juifs... On a commencé à les écouter, mais malgré tout on se disait que l'Allemagne, c'était loin. Et puis la France a été occupée. Les premières mesures antisémites ont été prises... mais nous avons continué à tenir le même raisonnement aveugle et obstiné: oui, on s'attaquai taux jui fs, mais aux juifs étrangers, pas aux juifs français... Les jours passaient et nous étions toujours là. Le camp ne se vidait jamais. S'il y avait des partants, des nouveaux arrivaient sans cesse pour les remplacer, en plus grand nombre, semblait-il, ce qui obligeait les gendarmes à ouvrir de nouveaux blocs. Les relations sociales s'instauraient, se précisaient et c'était bizarre de constater comme ces gens, apparemment unis dans le malheur, étaient divisés par affinité, par culture, par amitié, par quartier. Un petit univers se constituait en somme, mais un univers qui tournait à vide, sans fonction. Moi, je continuais à me promener avec Albert et Shlomo, à vivre aujour le jour, sans être outre mesure préoccupé par l'avenir, car je ne doutais pas d'être relâché. Cependant le temps me semblait long et l' inacti vité me pesai t. Rélléchir, évoquer le passé, c'était pour moi continuer de fonctionner, malgré tout. 20

La vie s'est organisée, impasse des Couronnes, avec ses petits ennuis et ses petit~ malheurs. Les Prochownick se sont intégrés au quartier. Les voisins étaient plutôt sympathiques et faisaient partie de ce qu'on appelait le petit peuple de Paris. Je me souviens en particulier d'une famille où ils étaient marchands de quatre saisons de père en fils, les Chrétien. Chez nous, mon petit frère Henri était né, puis ma soeur Jeannette. Ça faisait deux bouches de plus à nourrir. Les finances n'étaient pas très brillantes et mon père cherchait désespérément des moyens d'améliorer la situation. Lui, le petit patron florissant, avait changé de statut et cela devait lui être pénible de travailler pour les autres. Cependant, il le faisait avec courage. Jour et nuit nous le voyions piquer à la machine. Un temps, il resta dans son métier et fabriqua des chaussures, puis les abandonna pour la confection de blousons ou de pantalons. Bref, il acceptait ce qu'on voulait bien lui proposer. Les temps étaient durs. Un matin, alors qu'il était au chômage, je l'ai vu partir au Père Lachaise pour déblayer la neige qui cachait les tombes. J'en ai ressenti comme une gêne, une humiliation et une conviction s'est faite en moi: jamais je ne me trouverais dans la position de mes parents, jamais je ne serais dépendant des autres, soumis à leur volonté... Plus qu'une promesse, c'était une certitude. Mon père ne portait plus son monocle. Cet accessoire avait disparu en même temps que son changement de position sociale. Pour lui,le choc avait été trop brutal et il était comme brisé. Quand on a été un bourgeois, une sorte d'élite dans son pays, se retrouver ainsi ouvrier impasse des Couronnes était le pire des destins. C'était un homme pris dans la tourmente, une sorte de personne déplacée. Seul le devoir de subvenir aux besoins de sa famille le fixait sans doute. Il s'y consacrait entièrement, confectionnant même nos chaussures et nos vêtements, réalisant ainsi d'ailleurs de sérieuses économies. Malgré tout, par certains côtés, il demeurait un «monsieur» aux habitudes aristocratiques, avec des restes d'élégance qui le distinguaient des autres, comme en témoignait la chevalière avec une pierre noire qu'il portait au petit doigt et le fume-cigarette où il avait pris l'habitude de ne placer qu'une demicigarette, sans doute toujours par souci d'économie. Jamais on ne l'aurait vu avec une casquette, ce couvre-chef spécifique de l'ouvrier. Le vendredi, quand il avait livré sa production et reçu son 21

maigre paiement, invariablement, il s'achetait un gâteau et rentrait le manger chez nous en buvant son thé, posément, sans rien dire, comme dans un rituel. Peut-être rêvait-il alors à sa grandeur passée? Quand mes copains venaient à la maison, il ne leur adressait pas la parole. Ce n'était pas du mépris, simplement il se retranchait en lui-même. En règle générale, d'ailleurs, il n'était pas très loquace. C'était un homme qui assumait, ne se plaignait jamais mais ne s'exprimait pas. A son arrivée à Paris, il s'était fait photographier avec son chapeau claque et son manteau à col de fourrure noire. Suri' envers de la photo, mon onele avait écrit, en guise de légende: «le baron de l'impasse». Quand j'ai découvert ces mots, ça m'a fait mal. C'était à la fois une moquerie et une terrible condamnation. Ma mère, elle, glanait dans les marchés, je veux dire que quand les commerçants repliaient leurs étals, elle ramassait des légumes ou des fruits pas trop abîmés qu'on avait jetés. Ene non plus ne se plaignait jamais. Le soir, elle fréquentait les cours spéciaux de la rue Ramponneau pour apprendre le français. Il y avait aussi le reste de la famille. La soeur de mon père était mariée à un homme qui travaillait dans un gros magasin de confection «La Nouvelle France», comme «pompier» c'est-à-dire retoucheur. Ils avaient cinq enfants. Mon autre oncle, le frère de mon père, y occupait le poste imp0l1ant de chef de fabrication. Lui aussi était marié mais n'avait pas d'enfant. Moi, j'étais un vrai gosse de Belleville et mon terrain de jeu préféré était la rue, avec mes copains Albert, ShIomo et les autres. Nous allions à l'école communale de la rue Julien Lacroix. Mon frère Jules et moi, on mangeait à la cantine le midi et on rentrait le soir. Forcément, nous n'étions pas bons élèves: ce changement brutal de langue, de culture, nous avait obligés à tout reprendre à zéro. De ce fait, nos copains avaient plusieurs années d'avance sur nous. En primaire, puis au cours élémentaire, je ne comprenais rien àcequedisaitI'instituteur. Ettandisquej' avais du mal à apprendre le français, je perdais mon polonais. Je me souviens que la tante aux cinq enfants nous avait acheté à Jules et à moi deux pulls marins identiques, bleu foncé avec des raies rouges et blanches. Ça faisait bleu-blanc-rouge. Le jour où on les a arborés, on avait gymnastique et le prof, après nous avoir toisés, mal nourris, gringalets, nous a faits sortir du rang et a lancé 22

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