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MÉMOIRES MEURTRIES MÉMOIRE TRAHIE Le Chambon-sur-Lignon

Roger Debiève

,

MEMOIRES MEURTRIES , MEMOIRE TRAHIE
Le Chambon-sur-Lignon

Éditions L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

@L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3586-6

PRÉFACE
Pourquoi le livre de Roger Debiève : Le Chambon sur Lignon Mémoires meurtries, Mémoire trahie a-t-il été écrit, comment et dans quel but, pourquoi ce titre ? Du CHAMBON SUR LIGNON, il a été souvent question, depuis des années, dans des articles de journaux, dans des colloques, dans des romans et finalement dans un film « La colline aux mille enfants» dont on a parlé, avant et après la présentation, dans tous les médias, d'une manière souvent élogieuse. Ce film est l'achèvement de l'œuvre commencée par M. P. Ha1lié « Le sang des innocents» : un monument de mensonges, de contre-vérités, d'omissions et de sanctification d'un homme, le Pasteur TROCME, qui a écrit ses mémoires, déposées par sa femme et ses enfants, au Swarthmore collège Peace Collection, à la disposition des seuls historiens américains. Elles ne furent connues en France que clandestinement, en 1990, des résistants encore vivants, ayant vécu la période de 1940 à 1944, sur le Plateau Vivarais-Lignon. Ce fut mon cas, en tant que secrétaire du Collège Cevenol, et je fis partie de ceux qui furent révoltés d'abord, par le rôle parfaitement injustifié qu'il s'attribuait, mais surtout par des récits mensongers, allant jusqu'à déshonorer des hommes, dont le rôle dans la Résistance fut plus important que le sien. Roger Debiève est de ceux-là, mais son frère Raoul, fusillé par les nazis, étant sali de la même manière que lui, il ne put le supporter et décida de consacrer tout son temps à l'établissement de la vérité. Il a passé, à ce travail, trois années, sans jamais s' arrêter, pour retrouver tous les survivants de cette époque, résistants ou témoins. Il est allé aux sources, ne s' appuy.ant que sur des documents authentiques, il n'a rien épargné, quelle que soit sa peine ou sa fatigue, pour obtenir des témoignages écrits et s'approchant de la vérité. C'est presque une chance, bien que ce soit affreux d'arriver à dire une telle chose, qu'il ait autant souffert des propos d'André Trocmé, car il a ainsi acquis la force et le courage de consacrer trois années de sa vie à un travail aussi difficile et ce, d'une manière telle, en ce qui concerne ce Plateau où furent sauvés tant vu

de réfugiés que, maintenant, cette histoire de la Résistance est aussi proche que possible de la vérité. C'est ainsi que preuves à l'appui, après avoir détruit les insinuations déshonorantes prononcées par le Pasteur Trocmé, contre lui-même et son frère, il rappelle que le Pasteur Marc Boegner n'était nullement aux ordres de Vichy selon les dires d'A. Trocmé, puisqu'il apporte la preuve que Trocmé, Theis et Darcissac arrêtés le 13.02.1943 furent libérés le 15.03.1943 après intervention de Boegner. C'est à propos du maire du Chambon, M. C. Guillon, qu'A. Trocmé a déformé le plus la vérité, puisqu'il le montre allant jusqu'à refuser l'accès du village aux réfugiés juifs, alors que le rôle du Pasteur Guillon fut primordial pendant toute l'Occupation. Il fut d'ailleurs honoré comme« Juste parmi les Nations». Il a détruit l'histoire stupide concernant le Docteur R. Le Forestier, soi-disant «doux cinglé», responsable de sa propre mort. Il lui restait aussi à rappeler que si plusieurs milliers de Juifs et de réfractaires au S.T.O furent sauvés, c'est grâce à la solidarité existant sur le Plateau, entre tous ces descendants des Camisards qui, spontanément, ouvrirent leurs demeures aux réfugiés persécutés. Et ce fut enfin ce que André Trocmé, dans ses Mémoires a simplement oublié de mentionner: C'est grâce à un étudiant juif, de 18 ans, qui, arrivé au Chambon en 1942, que furent confectionnées 5000 fausses identités comportant assez de pièces « officielles» pour attester leur validité. Quand une visite allemande menaçait, tout le matériel était planqué, par les paysans, dans des ruches. Roger Debiève a donc atteint son but: faire apparaître peu à peu, à travers un tissu de mensonges et de mauvaise foi, ce que fut réellement l'histoire exceptionnelle de la Résistance protestante sur le Plateau Vivarais-Lignon. Il a réussi à nous faire connaître, grâce à ces «Mémoires meurtries» des hommes de grande valeur, que leur modestie aurait peut-être laissés dans l'ombre. Des mémoires d'A.T., se dégage l'image d'un homme de foi, qui a construit toute sa vie en fonction de cette foi et de sa confiance inébranlable en la non-violence. A la lecture de ses Mémoires, nous sommes persuadés qu'il fut l'âme de la résistance, que seule son influence morale a su éveiller la conscience de tous ceux qui au Chambon même, ou sur le Plateau, contribuèrent à sauver des milliers de réfugiés. Nous sommes en face d'un texte qui, d'une part, ne décrit que les actes d'héroïsme accomplis par le grand homme, au péril de sa vie. La résistance, c'est lui et

vm

personne d'autre, malgré les Il mois - août 1943, Juin 1944 - où il fut totalement inactif, dans son refuge douillet en Drôme. Pour atteindre son but A.T., ce mégalomane, fou d'orgueil, qui voulait être partout le premier, a donc écrit ses Mémoires pour ses enfants, sa famille. .. Et sans doute quelques autres. Pour atteindre ses fins, il a détruit tous ceux qui, autour de lui, portaient ombrage à son image telle qu'il la rêvait. Sa méthode était très simple, je dirais presque son «procédé ». De toutes ses victimes, il commence par dire du bien, mais termine chaque fois son exposé par une petite phrase venimeuse dont il serait bien difficile, sans preuves contradictoires à l'appui, de se relever. Ces mémoires, que sa veuve et ses enfants ont cherché à protéger par tous les moyens, pas toujours avouables, nous montrent l'histoire d'un homme qui, de son vivant, a écrit sa biographie telle qu'il la rêvait et qui, en définitive, l'a rédigée de telle sorte qu'il s'est détruit lui-même. En effet, son histoire est tragique en ce sens que, voulant léguer à la postérité l'image d'un homme exceptionnel, les moyens qu'il a employés, se retournent

contre lui, et de sa « Mémoire trahie» nul ne pourra le sauver.
L'histoire de la résistance à l'oppression nazie sur le Plateau est trop importante, en ce qui concerne le rôle humanitaire joué par ses habitants, de toutes confessions et opinions, pendant ces quatre années, pour que les historiens qui se pencheront sur cette période de notre histoire, ne soient pas reconnaissants à Roger Debiève de l'important travail qu'il accomplit, afin de leur permettre une connaissance proche de la vérité, pendant toute cette époque. Jacqueline DACHARY ex Jacqueline DECOURDEMANCHE - Médaille de la Résistance française, née le 9 juin 1909 - Résistante - Service des fausses identités. Secrétaire comptable du Collège Cévenol 1941 - 1945. Madame Jacqueline DECOURDEMANCHE était l'épouse de Daniel DECOURDEMANCHE, dit « Jacques DECOUR ». Jacques DECOUR - PARIS 1910 - 1942 - Écrivain françaisagrégé d'Allemand. Il crée en 1941 avec Claude MORGAN, la revue clandestine «LES LETTRES FRANÇAISES ». Il participe activement à la Résistance. Arrêté en 1942, il est fusillé au Mont Valérien le 1er mai 1942. Le Collège Saint Barbe, fondé en 1821, prit en 1830 le nom de Collège ROLLIN. Transformé en lycée, il devint en 1945, le lycée Jacques DECOUR, en souvenir de celui qui y avait enseigné. L'Université allemande de TUBINGEN (Bade Wurtemberg) porte le nom de Jacques DECOUR.

IX

A mon épouse,
à nos enfants et petits enfants

Mes remerciements vont à : - Jacqueline et Jean DACHARY, - Judith et Oscar ROSOWSKY. Je n'aurais pas mené à son terme et mis en forme cet ouvrage si je n'avais pas eu leur constant soutien.

- Danielle LE FORESTIER, très isolée avec ses deux jeunes enfants, au CHAMBON, en 1944.

- Alice PONS, Henri SABATIER, Edmond CHAZALET, Henri FORMAT qui ont su garder la mémoire du cœur, un demi-siècle après la fin tragique de Raoul.
-Alain ARNOUX, le pasteur du CHAMBON qui n'a pas cherché à éluder la vérité.

- Pierre BOLLE est l'historien qui, pour la première fois, en 1990, a fait sortir du mythe, le véritable visage du CHAMBON.

- Jacques POUJOL, le Cévenol pour qui « recister1 » hier est encore une manière de vivre aujourd'hui. - Jean LASSERRE, Jacques, Gustave, Hélène LAGNY, Jean GASTAMBIDE, Raymond et Geneviève LEENHARDT, Pierre de CHELLE, Roland LEENHARDT, Paul CHAPAL, VIENNEY, père et fils, Daniel CURTET, les DEBARD du Mazet Saint-Voy, Lucie PONT et Édouard THEIS du Collège Cévenol, Maurice ROHR furent de solides maillons du réseau pastoral pendant les années noires.
Ma pensée se tourne vers ceux que j'ai la joie de rencontrer encore quelques fois: Amicy BONNISSOL, Serge ZAPALSKY, Pierre BERNARD, Pierre PITON, Samuel CHARLES, Roger MAY, Dino BENAMMIAS et Georges GARNOT des Confins, Aravis, les
I. «Recister» a été gravé dans la pierre de la Tour de Constance par la prisonnière huguenote Marie Durand.

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anciens de Chaumargeais (Pins et Baraques) Édouard RUEL, Lucienne VERILHAC et son frère, Édouard RUEL, CHAUVINC, Zeppi LEININGER
et vers ceux qui ne sont plus :

Jean BONNISSOL, Roger RUEL, Roger LE FORESTIER, Pierre FA YOL, Paul MANDON, Jacques MARCHAND, Patrick VERLEY, Léon EYRAUD, Jacques VEILLITH, Olivier BRUNET, Jackie BOLLON, Jules VALDENER, les résistants et les martyrs de la Champ des Cayres, de Chieze Montbuzat et de la Maison des Roches.

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DROIT DE RÉPONSE. DEVOIR DE MÉMOIRE
Invité sans savoir par qui et sans en connaître la raison, j'ai assisté les 12,13,14 octobre 1990 au CHAMBON SUR LIGNON, en Haute-Loire à un colloque d'historiens et de témoins intitulé «Le Plateau Vivarais-Lignon, Accueil et Résistance- 1939-1944 ». Ce colloque, présidé par l'historien P. Bolle comprenait quatre séances de travail: 1° Situation du Plateau en 1940. Pierre Bolle, Maître de conférence d'histoire contemporaine - Grenoble. 2° Les réfugiés et l'accueil - J. Poujol - Historien résistant S.H.P.F
3° La Résistance SUR LIGNON spirituelle, A. Arnoux. Pasteur au CHAMBON

4° La Résistance armée et la Libération. Dominique Veillon, historienne, Institut du Temps Présent. C.N.R.S. Au long de certains exposés et débats, et dans l'ignorance encore des écrits d'A. Trocmé qui fut le pasteur du CHAMBON, avant et pendant la guerre, j'avais constaté la large audience que le colloque accordait à ses idées et activités d'alors. Peu après, en janvier et février 1991, j'ai reçu, par un envoi anonyme, les photocopies des pages 433 et 434 de l'autobiographie d'A.T. racontant comment, mon frère Raoul et moi, aurions parmi d'autres méfaits, au printemps 1944, «braqué» le curé de TENCE pour ensuite lui voler sa moto. Bouleversé par cette imputation calomnieuse, j'ai lu, avec une grande attention, le dossier des communications (C.e.C.). Je fus d'abord réconforté par les déclarations au colloque, du Docteur O. Rosowsky (p 26 de sa communication «les fausses identités », relatant incidemment dans quelles circonstances et pour quels motifs il avait « réquisitionné» cette moto au printemps 1944. Je fus atterré à l'idée que A.T. avait sciemment altéré la vérité. IL me fallait voir cela de plus près. xv

Loin de moi l'idée de faire œuvre d'historien, mais plutôt de tirer de ma mémoire le déroulement des événements que j'ai vécus. Travail difficile « cinquante ans après ». C'est pourtant avec rigueur et précision que je voulais rétablir la vérité sur certains faits et les porter à l'attention de ceux qui, eux, font œuvre d'historien. Tout d'abord, j'ai relu l'œuvre de l'écrivain américain P. Rallié «Le sang des innocents» (S.D.I.) «Le Chambon sur Lignon, village sauveur» dont il raconte l'histoire pendant les années 1940 à 1944, œuvre qui a été largement diffusée de par le monde. Cette relecture m'a convaincu que la relation donnée des événements chambonnais, sur la base des écrits d'A.T. et des déclarations des membres de sa famille, recelait encore bien d'autres falsifications très graves de la réalité historique. Ainsi, je n'y ai pas trouvé trace de l'épisode «de la moto », mais je fus scandalisé par le chapitre « Mort d'un excentrique ». (SDI p 317 333). P. Rallié y conte d'abord, d'une manière rocambolesque la vie, l'arrestation, et l'exécution par les Allemands du Docteur Roger Le Forestier, « La Providence des maquis », médecin chirurgien au CRAMBON. II tente surtout de dégager le Major Julius Schmahling Commandant allemand au Puy en Velay, de la part de responsabilité qui fut incontestablement la sienne dans ce drame. Deux intervenants au colloque ont rétabli les faits et jugé sévèrement les dires de P. Rallié. Ainsi le Docteur O. Rosowsky rendit hommage au Docteur R. Le Forestier (p. 21 C.C.c.) : «Un héros au cœur pur» avant de constater (p 23 C.C.C.) « Dans les relations d'événements par P. Rallié, il y a souvent une part de vérité. Malheureusement, tout aussi souvent déformée par des imprécisions ou des affabulations complètes» . Quant à l'historien Auguste Rivet, dans sa communication «Relations des autorités d'occupation avec la population », (C.C.C. p 3 à 5) il conclut: «P. Rallié est professeur de philosophie. Il n'est pas historien. Fasciné par les personnalités d'André et Magda Trocmé, il s'est laissé enfermer... dans leurs témoignages... II commet des erreurs et des confusions lorsqu'il est porté à recueillir sans discernement et sans critique, tout ce qui peut magnifier le Major Schmahling ». Or, en citant ces sources (C.D.I. p 399), P. Rallié précise: «Les deux sources les plus importantes sont les notes autobiographiques d'A.T. d'une part, et les paroles de Magda Trocmé d'autre part ». Ma conviction était faite. L'autobiographie était bien la source des contre-vérités ci-dessus évoquées; la responsabilité en XVI

incombait principalement à Magda Trocmé sa veuve, et ses enfants, dépositaires et diffuseurs des mémoires d'AT. Cette conviction me conduisit à réagir. J'ai pu, après de longues et pénibles investigations, recherche de preuves et de témoins, déposer, au printemps 1991, un premier mémoire, «Réalités 1941 1944» qui m'a permis de démontrer le caractère étrangement mensonger des faits rapportés par A.T. sur mon frère et sur moimême. Cette parution inattendue de « Réalités» en juin 1991, et celle en juillet 1992 des Actes du Colloque du Chambon (A.C.C.) ouvrage regroupant, officialisant les communications présentées (au besoin reprises après coup) ont suscité de nouveaux témoignages. Ce faisant, j'ai eu la surprise de constater que AT. ne m'avait pas accordé un «régime de faveur» et que d'autres que moi avaient, chacun à leur tour, aiguillonné sa verve souvent malveillante et parfois, insidieusement vengeresse, avec toujours l'évident souci de protéger sa propre image. L'autobiographie, a été l'objet, depuis la mort de AT. en 1971 de la part de ses héritiers de continuelles révélations subjectives, partielles, tronquées, fantaisistes sans aucune vérification et sans aucune mise en doute de leur authenticité. Aussi ai-je fait part du résultat de mes recherches ainsi que de mon indignation à Magda Trocmé et à ses enfants. Aucune rectification de caractère public ou privé n'a été faite de leur part, pour rétablir les faits dans leur exactitude. Dès lors j'ai décidé de poursuivre ma recherche. Celle-ci m'a conduit à découvrir, par la lecture du Tome III de l'autobiographie d'A.T. et d'un produit dérivé et «aseptisé» de ces écrits. «L'histoire des débuts du Collège Cévenol» d'autres altérations de l'Histoire donnant lieu à des diffamations. L'activité du «Plateau Vivarais Lignon» ne fut pas subordonnée à l'héroïsme de tel ou tel responsable, qu'il fut paysan, intellectuel, politique ou religieux. Dès fin 1942, aucune réticence ne subsiste quant à l'accueil des réfugiés ou réfractaires au S.T.O. Il n'y eut pour eux, ni juifs, ni catholiques, ni communistes, ni protestants, ni français, ni étrangers, mais simplement des persécutés à secourir. Il reste à craindre que la médiatisation déformante des événements, à ce jour réussie, à la gloire d'AT., ne se poursuive, Il ne resterait alors de l'histoire vécue par les habitants du Plateau, que « ses thèmes, variations» et affabulations. La gravité des dommages occasionnés par la méthode de divulgation de ses écrits ou de leurs dérivés est telle qu'elle gêne certains pour en parler. La seule réponse apportée aux affirmations mythomaniaques est dans le mutisme... pour ne pas déranger! xvn

Pour ma part, j'ai résolu d'apporter mon témoignage sur ces moments d'histoire que j'ai vécus. C'est pour moi un «devoir de mémoire» pour ceux qui ne sont plus et n'ont pu se défendre. Ne pas rétablir la réalité des faits, c'est prendre la responsabilité d'une seconde mort des personnes diffamées. En parler, c'est enfin rendre les historiens français attentifs à l'accès de cette étrange autobiographie jusqu'alors réservée aux seuls chercheurs américains. Ce devoir, je l'ai assumé en privilégiant plus particulièrement la mémoire de Marc Boegner, Charles Guillon, Roger Le Forestier, Daniel Trocmé, Raoul, mais pour autant, j'essaye de ne pas oublier tous les autres. Je souhaite aussi avoir contribué à rendre au Plateau VivaraisLignon une vision non moins passionnée, mais plus vraie de son passé, de son histoire.

-

XVIll

«Je ne crois que les histoires témoins se feraient égorger ».

dont les

Blaise Pascal

PRINCIPAUX SIGLES UTILISES
ORGANISMES

A.C.C. A.G. A.S. C.e. C.e.C. C.P. e.D.J.e.
C.F.D. e.F.L.N. e.H.RD. CIMADE e.O.E E.I.F. E.U.F. F.F.I. F.T.P.F. G.M.R I.S.
M.I.R M.O.I.

Actes du Colloque du Chambon sur Lignon Assemblée Générale Armée Secrète Colloque du Chambon sur Lignon Communications Colloque Chambon Colloque Paris Centre de Documentation Juive Contemporaine Chemin de fer départemental «La Galoche» Comité français de libération nationale Centre d'histoire de la résistance et de la déportation Comité inter-mouvement auprès des évacués Conseil œcuménique des églises Éclaireurs israélites de France Éclaireurs unionistes de France Forces françaises de l'intérieur Franc tireur partisan français Groupe mobile de réserve Intelligence service - Contre espionnage et renseignements britannique Mouvement international de la réconciliation Main d'œuvre immigrée 5

M.U.R. N.A.P. O.S.E. O.S.S. S.D. S.H.M. S.H.P.F. S.T.O. U.c.J.G. Y.M.C.A.

Mouvements unis de la résistance Noyautage des administrations publiques Organisation de secours aux enfants Office of strategic services - service de renseignements US Sicherheitdienst - service de sécurité des SS Société d'histoire de la montagne Société d'histoire du protestantisme français Service du travail obligatoire Union chrétienne de jeunes gens Young men' s christian association

OUVRAGES A.A.T. S.D.!. Autobiographie d'André Trocmé Sang des innocents

PATRONYMES A.T. Jacques T. Magda T. Nelly T. PhH. Raoul D. R.D. André Trocmé Jacques Trocmé Magda Trocmé Nelly Trocmé Philippe Hallié Raoul Debiève Roger Debiève

6

CHAPITRE I

Mémoires révélées Mémoires contestées

André TROCMÉ « Juste parmi les Nations» né le 7 Avril 1901 - Saint Quentin (Aisne) décédé le 5 Juin 1971 - Genève (Suisse) PASTEUR - OBJECTEUR DE CONSCIENCE

CURRICULUM VITAE (d'après communication G. Menut A.C.C. pages 378 et suivantes - et A.A.T. - pages 367 à 565 dacty.) 1901 : Fils de Paul Eugène Trocmé né à Saint Quentin Paula Franziska Schwerdtmann née à Stadthagen Schaumburg-Lippe (Allemagne)

Père industriel - famille bourgeoise - Il enfants (le père avait neuf enfants de sa première femme) «Nous étions parmi les riches - 18 pièces - 12 chambres - 3 gouvernantes ». 1914 : 1917-1918 : 1920 : 1921 : 1926 : Famille Trocmé habite Saint Quentin Réfugié en Belgique Etudes de Théologie à Paris - Adhère au mouvement de la Réconciliation - M.I.R. Pacifistes - non violents - objecteurs de conscience Service militaire (Maroc) Tuteur (de. Français) des enfants Rockefeller à New York 7

Rencontre Magda Grilli, tutrice chez Rockefeller Magda Grilli: nationalité italienne - grand mère russe - aïeul indonésien A.T. et Magda Grilli se marient 1927-1928: Pasteur à Maubeuge (Nord) 1929-1934: Pasteur à Sin-le-Noble (Nord) 1934 : Pasteur au Chambon sur Lignon (Haute Loire) 1939-1940 : Non mobilisable: 4 enfants 13 février 1943 : Arrêté - interné - Camp de Saint Paul d'Eyjeaux 16 mars 1943: Libéré (intervention M. Boegner) août 1943 - 15 juin 1944: A.T. absent du Chambon 1947-1948: Pasteur à mi-temps - secrétaire en France du M.I.R. 1950 : A.T.habite Versailles - siège M.I.R. France 1950-1960 : A.T. conférencier du M.I.R. Voyages: Europe - U.S.A. - A.F.N. (Algérie, Tunisie, Maroc) 1960-1966 : Pasteur à Saint Gervais - Genève (Suisse) 1966 : A.T. retraite à Genève Décès (Genève) 5 juin 1971 :

I

- AVANT-PROPOS

A ma connaissance,

en France, les Mémoires

du Pasteur A.T.

n'ont pas été publiées par Magda son épouse, par Jacques et Nelly, ses enfants qui en détiennent toujours le manuscrit original. Une copie de celui-ci et les autres écrits de l'auteur déposés aux U.S.A. y constituent le «Fonds Trocmé» qui a été l'objet de diverses publications. En particulier, il a largement inspiré le professeur Ph. Hallié pour la rédaction du livre (S.D.I.) consacré au Chambon sur Lignon. Ce livre a été l'objet de deux éditions: l'une (1979) en langue anglaise, l'autre (1980) en français. En France, diverses déclarations, démarches, publications et les tentatives d'édition de la famille ont révélé l'existence des « Mémoires» et en ont donné une connaissance partielle, diffusée d'ailleurs d'une manière plutôt fâcheuse par l'ouvrage de Ph. H. Ces informations sont devenues l'objet de débats sérieux, de critiques parfois sévères et de controverses personnelles depuis la tenue, en 1990 du Colloque de Chambon. 8

II. DIFFUSION DES MÉMOIRES A.T. À L'ÉTRANGER

Déclaration de Nelly Trocmé Hewet Lettre du Il Mai 1991 - copie à la S.H.M. « Il y a déjà 15 ans, tous les papiers de Papa (sermons, articles, contes, livres, projets en France et à l'étranger, essais philosophiques, etc...) ont été déposés dans la bibliothèque de Swarthmore Collège en Pennsylvanie 1. Les souvenirs dits «autobiographiques d'A. T ». n'en forment qu'une petite partie... ». « Ces papiers ont été officiellement triés et catalogués par une bibliothèque spéciale. C'est la «Peace Collection» où les chercheurs qui se concentrent sur des problèmes de non-violence et de paix peuvent venir étudier. Je doute fort qu'un chercheur intéressé à l'action du maquis pendant la guerre mondjale

s'adresse à une collection, dite « Peace Collection» aux Etats
Unis! Il trouvera en France toutes les sources qu'il lui faudra » 2 « Plutôt que de laisser ces papiers moisir dans un sous-sol, nous avons accepté l'offre de Swarthmore de les conserver. Apparemment personne n'était assez intéressé, en France, pour faire une offre semblable. Pas plus en France qu'ici, ne peut-on aller dans une bibliothèque pour en retirer un livre qui contient des erreurs ou avec lequel on n'est pas d'accord. Même nous, les Trocmé ne pouvons pas le faire ». « Vous m'écriviez: «Votre père adaptait visiblement les événements à ses désirs ». Vous avez raison et il l'a admis luimême candidement. Papa voyait les choses par un bout de la lunette totalement différent de celui de la résistance armée, et pour

cause ».
Fonds déposé à Swarthmore College Peace Collection Par lettre du 22 octobre 1991, j'ai questionné 3 Wendy E. Chmielewsky, curator, afin d'en savoir plus sur l'existence de ce fonds. Il m'a répondu le 5 décembre 19911 :
1. Swarthmore College Peace Collection, 500 College Avenue - SwarthmorePENNSYLVANIA 19081 U.S.A. (215) 328-85.57. Curator: Wendy E. CHMIELENSKI. Voir au Collège Cévenol« L'histoire des débuts p. 10 ». Annexes n° 3 - 3 bis.

2. 3.

9

«La famille Trocmé a exprimé le désir de publier l'autobiographie d'A.T. Magda Trocmé a fait don de la version la plus complète du journal au Swarthmore College Peace Collection, il y a quelques années. Nous avons l'intention de garder cette copie, sans censure, pour l'utilisation de chercheurs. Il y a certaines restrictions imposées sur ce document et la famille Trocmé a, seule, le droit de publier le journal dans son intégralité. Le Peace Collection n'a pas de projet pour autoriser notre copie à sortir de nos archives, nous n'avons pas non plus de projet pour le publier. Je vais placer votre lettre dans le dossier concernant le don Trocmé, pour que, dans le futur, le personnel de Peace Collection et les chercheurs puissent connaître vos préoccupations et les questions que vous soulevez ». L'auteur a la manière typiquement américaine pour ne pas être impliqué dans une éventuelle poursuite judiciaire. Il ne s'engage pas. Il va mettre cette lettre dans le dossier Trocmé. Il écrit que la Peace Collecion n'a pas l'intention de laisser les écrits Trocmé sortir des archives et qu'elle n'a pas le projet de publier ce journal. Mais il ne s'engage pas ultérieurement. Il n'est pas clair. Qui a imposé « certaines restrictions sur ce document », Peace Collection ou la famille Trocmé ? Cette délocalisation des archives Trocmé aux U.S.A. est affligeante. Les mémoires d'AT. ont déjà été livrées aux historiens et chercheurs américains, et, malheureusement, à Ph. Hallié qui s'en sert pour légitimer tous ses écrits. Auteur d'un ouvrage sur le Chambon, il est tenu pour responsable des nombreuses approximations et inexactitudes puisées à partir des textes d'AT. et des histoires que Magda lui a confiés. Dans «Réalités 1941-1944 », page 72, je me suis posé deux questions au sujet de ce Fonds: Pourquoi avoir déposé une copie de l'autobiographie à Sawrtmore College? Pourquoi avoir mis ce document à la disposition des chercheurs américains et en avoir frustré les historiens français? Par lettre du 29.06.1991, Pierre Bolle I m'a répondu: «Vous posez de bonnes questions: c'est bien grâce à ce dépôt aux U.S.A que Philip Hallié, puis Pierre Sauvage, ont pu trouver leur information, leur unique information, avec tout ce qu'elle comportait de « légendes» et d'erreurs; en y ajoutant, il est vrai, les témoignages de Magda Trocmé et de Nelly Trocmé. Il est indispensable de lire la page 399 de Le sang des innocents ou Hallié confirme ce que je viens de dire ».

1.

Annexe n° 4.

10

A côté de ce « Fonds» américain, sans doute le plus important, il existe des fonds secondaires, dans le monde et en France.
Fonds annexe de Ph. HALLIE

A - Personnalité et œuvre de Ph. Hallie Écrivain américain, professeur de philosophie et d'humanité à Wesleyan University de Middle Town dans Ie Connecticut (U.S.A.), il est l'auteur de: « Lest Innocent Blood be shed» HARPER TORCHBOOKS HARPER AND ROW PUBLISHERS. NEW YORK, PHILADELPHIA, SAN-FRANCISCO, LONDON, SYDNEY, SAO PAULO, SINGAPORE. 1979, traduit et imprimé en France sous le titre: Le sang des innocents, le Chambon sur Lignon, village sauveur, stock, 1980. B - Pièces détenues par Ph. Hallie Celui-ci (page 399 de son livre) précise la liste de ses sources les plus importantes sont, d'une part, les notes biographiques d'André Trocmé (que j'ai pu consulté), et, d'autre part, les paroles de Magda T. «...Les bandes magnétiques contenant le récit par Magda Trocmé de ce qui s'est passé au Chambon sont ma propriété et se trouvent entre les mains de Nelly Trocmé. Il en a été déposé une
copie à la
«

Peace Collection

». Nelly Trocmé m'a non seulement

fourni de nombreux renseignements, mais elle a aussi relu une partie du manuscrit pour en vérifier l'exactitude. Les enregistrements de mes conversations avec les habitants du Chambon sont en ma possession». Fonds de la famille Trocmé D'après Ph. Hallié (page 399 - S.D.I.) « Les notes biographiques appartiennent à Magda T. et sont entre les mains des deux enfants survivants Nelly et Jacques. Pour l'essentiel, l'autobiographie d'A.T. est composée de trois livres - Tomes I, II et III».

11

Manuscrit original et complet

L'ensemble de ce document comporte 565 pages portant sur la période de vie de l'auteur. De la tendre enfance à Juin 1971. Nelly T.R. lettre du Il Mai 1991 - «Sa collection de souvenirs (A.T.) commence par la tendre enfance et se termine dans les années 60. Tout lecteur, qui aurait l'occasion de lire le texte en entier, saisirait la teneur philosophique du texte, comprendrait le personnage d'A.T., découvrirait sa façon très individuelle de voir les choses et comprendrait la non-valeur historique de ses récits» . La rédaction des «Mémoires» a débuté en 1960, donc, au départ, avec un retard de 25 ans. Elles peuvent donc avoir toute la valeur d'exactitude qui peut, a priori, être attribuée à un « Journal ».
Manuscrit définitif après mise au point

La photocopie de ce texte (tome III) que je détiens est relatif à:
guerre 1939 - 1945 (p. 367 à 469) de la présente étude - L'après guerre (p. 470 à 565)

- La

AAT. p. 470« Locarno, le 5 septembre 1967 » « A 66 ans (et demi), je reprends la plume avec hésitation, car rien, dans ce qui va venir, n'aura le même caractère que les récits précédents. En 1944, je n'avais que 43 ans, et cependant, j'avais vécu les années essentielles de ma vie ». Cette partie de l'après guerre s'est arrêtée au 17 juillet 1968. Elle n'a donc pu être poursuivie jusqu'au 9 Juin 1971, jour du décès d'AT.

Ce document est sûrement une partie de la version définitive de l'autobiographie. En effet: - le nombre de pages est identique nombreuses corrections, dans l'ensemble, d'importance mineure, visant à améliorer la présentation initiale. Matérielle: par rectification des - fautes d'orthographe

- le texte

dactylographié

de la plupart des pages a été l'objet de

- mots omis

Intellectuelle: recherche d'une meilleure clarté par : 12

- changements de termes - notes complémentaires.
Seuls deux paragraphes rayés ont donc été supprimés: - page 382 B-1 0 lignes- Anecdote racontée par Magda, critiquant l'attitude des Juifs français du Chambon. - page 420 - 15 lignes relatives à l'internement et à la mort de Daniel Trocmé en Allemagne. Les différentes écritures de ces régularisations. montrent qu'elles ont été opérées par deux ou trois personnes. Magda est l'une d'elles: elle le reconnaît dans la note 2 de la page 538 A.A.T. Elles ont donc eu pour objet la mise au point du texte initial. L'exemplaire ainsi revu peut être considéré comme le manuscrit définitif de l'autobiographie. Remarque: A la page 433 de 1'A.A.T. figure en bas de la page et en marge la mention« à conserver ». I

Utilisation en France des « Mémoires» par Magda T. et ses enfants
Dès 1971, Magda, Nelly et Jacques n'ont eu qu'un but: sauver de l'oubli, la vie, les idées, l' œuvre et les écrits de leur époux et père. Avec le recul du temps, il apparaît qu'il ont poursuivi leur objectif avec opiniâtreté dans le cadre d'une double stratégie: Dans une première phase: - conserver secret, en France, le texte des mémoires, puis les expurger - faire connaître indirectement la vie d'AT. au Chambon par l'intermédiaire de la presse, de la littérature et du cinéma. Dans une deuxième phase: éviter les polémiques nées des indiscrétions consécutives à ces vulgarisations. - publier une version édulcorée, inoffensive, maintenant dénuée de toute valeur historique, de l'autobiographie, réduite à l'état rassurant d'une « Saga» familiale.

-

1.

Annexe n° 5

13

Phase d'actualisation des mémoires
De 1970 à 1990: le comportement de la famille T. découle d'une double motivation Volonté de ne pas publier l'autobiographie moins, avant de l'avoir« remaniée ». en France, tout au

A - En 1991 : Ce refus est formulé par Nelly T. dans sa lettre du Il mai 1991. Il ne s'explique pas car les historiens sociologues et tous les chercheurs doivent en disposer aussi librement que leurs homologues anglo-saxons. Tous ceux sur lesquels A.T. a porté des jugements péjoratifs y ont un droit d'accès pour eux mêmes s'ils sont vivants ou, pour leur famille dans le cas contraire. Légalement tous ont « droit de réponse », dès le moment où les allégations préjudiciables ont filtré, comme c'est le cas. B - En 1983 : Cette décision initiale est maintenue comme M. Bernard Galland, Président de la S.H.M. me l'avait confirmé par lettre du 22.10.1992. « Qui a offert à la famille Trocmé de publier les « souvenirs» d'A.T. ? C'est moi-même. En rendant visite à Madame Trocmé, à Paris en vue de recueillir les documents pour l'exposition que j'étais en train de commencer en 1983, elle m'avait parlé de l'autobiographie de son mari qui dormait dans un placard. J'avais fait la suggestion, au bureau de la S.H.M. de son éventuelle publication et la question était restée en suspens. Bien sûr, nous n'en connaissions pas le contenu. C - Dès 1987 : La famille est prête à publier les écrits d'A.T. dès qu'ils auront été revus! En 1987, Magda Trocmé, soucieuse de faire connaître, en France, les souvenirs « expurgés» de son mari, demandera à son fils Jacques de faire un découpage, des textes rédigés par son père. Ces textes « remaniés» devront être approuvés par Nelly Trocmé Hewett. Avec l'approbation de Magda Trocmé, ils seront enfin proposés, à la S.M.H. au Chambon. La lettre 1 du 29.12.1987 de Magda T. au Docteur O. Rosowsky le confirme:
1. Annexe n° 6. 14

« Nous avons décidé, ma fille, mon fils et moi-même, après

avoir relu attentivement l'autobiographie de mon mari, de ne remettre à la S.H.M. que la partie du texte susceptible d'intéresser les historiens, les chercheurs et les amis. Il s'agit de l'évolution du pacifisme de mon mari, pendant la première guerre de 14-18, l'entre deux guerres et la Seconde Guerre Mondiale. Seuls les passages pertinents seront transmis, à l'exclusion de tout ce qui concerne l'intimité de notre familles et des autres familles de la paroisse et d'ailleurs, qui nous sont chères en parcourant cette autobiographie, un grand nombre de passages sont confidentiels et ils n'ont rien à voir avec les événements qui nous intéressent aujourd'hui. Mon fils Jacques est très occupé et il lui faudra un certain temps pour faire un découpage du texte rédigé par mon mari, lefaire approuver par sa sœur et moi-même et le transmettre à la S.H.M ». D - Le 11.07.1988: la volonté de publier des mémoires remaniées est attestée, indirectement, par la lettre de Magda à O. Rosowsky. «Si vous voulez «expurger» la biographie d'André, vous pourrez le faire après Juillet 1991 quand elle sera mise à la disposition du public. Vous vous adresserez àla Quaker Library Pacific - Section Swarthmore (Pensa) U.S.A. Ils vous feront des photocopies de ce que vous choisirez» M.T. (annexe n° 24) Je ne connais pas la réponse d'O. Rosowsky mais celui-ci, dans sa lettre du 15.04.1991 (réalités 1941-1944 pp. 53-55) m'a précisé: « Début des années 1980, après avoir trouvé dans l'ouvrage de Ph. H. (S.D.I.) une représentation extrêmement déformante de ce que j'avais vécu, su et senti, lors de ma plongée de deux ans dans le tissu paysan et résistant du Chambon sur Lignon Après avoir reçu la visite de Philippe Boegner qui me fit connaître l'effroyable calomnie dont son père Marc Boegner avait été victime dans toutes les éditions anglaises du livre de Ph. H. pp. 139-144 I de « Lest innocent blood the sked » ed. Harper Torch et son impossibilité de détruire cette affabulation. Dans l'impossibilité pour moi de défendre correctement la mémoire de Le Forestier, celle en général de la Résistance et des nombreux acteurs que j'avais connus, ni, bien sûr, de contrôler mes hypothèses sur la félonie du Major Schmiihling. J'ai tout tenté auprès de Magda Trocmé et n'ai pu obtenir, ni réponses écrites à mes questions précises, ni réa1isation d'une

1.

Passage supprimé dans l'édition française Ed. Stock. 15

promesse qu'elle me fit une fois, de mettre les mémoires d'A.T. à la disposition des historiens français ». O.R. Observations Cette initiative est: a) - Insolite - Comment est-il possible à Magda T. de demander à un tiers d'expurger lui-même un texte qui lui tient à cœur, alors ce tiers pourrait-il sélectionner et demander photocopie des passages d'un texte qu'il ignore ? c) - Comment ne pas voir dans cette proposition autre chose qu'une fin de non recevoir camouflée.
b)

qu'elle a tout fait pour le tenir secret?

- Comment

.

Volonté de faire connaître au grand public le rôle de A. T. au Chambon pendant la guerre. Pour atteindre ce but, en profitant de l'intérêt constant attaché à l'histoire du «Chambon sur Lignon » symbole médiatique de la résistance spirituelle en France, Magda T. et ses enfants ont utilisé tous les moyens de communication.

A - La Presse a été chargée d'assurer une vulgarisationpartielle
des Mémoires. En 1971, la S.H.M. édite une brochure intitulée « Histoire des débuts du Collège Cévenol ». Après une brève introduction d'un quart de page, Mme Trocmé rappelle que c'est A.T. lui même, qui raconte l'histoire du Collège (suivent des extraits de son autobiographie). En 1971, année de la mort de son père, M. Jacques Trocmé, avait réalisé la brochure précitée à partir d'un montage, mot pour mot, d'une partie des souvenirs d'A.T. La S.H.M. a procédé périodiquement à de nouveaux tirages et la brochure est toujours disponible au Chambon, soit au siège de la S.H.M. soit à la Fondation A. Trocmé, au Collège Cévenol. 1 . Structure de la brochure Chaque édition comporte: une trentaine de pages - deux parties, la seconde étant citée ici pour mémoire.

-

* Cette deuxième partie (page 14 à la fin) regroupe un nombre variable d'articles relatant l'activité du Collège sur tous les plans depuis sa création en 1938 par A. Trocmé et E. Theis. Articles de celui-ci et de Melle Lucie Pont, suivis de divers autres écrits des professeurs qui, successivement, ont marqué la vie intellectuelle de la communauté. 16

* La première partie, toujours paginée de 1 à 13 débute par un avant propos de l'éditeur annonçant: «le texte qui suit n'est pas un article. Madame André Trocmé nous a simplement confié quelques uns de ses souvenirs ainsi que des extraits de l'autobiographie de son marit» tqui ont été sélectionnés par Jacques T. en 1971. André, Magda et Jacques sont donc, à des titres divers, coauteurs de ce texte. * Or, je possède un exemplaire de la brochure daté de 1972 et signé Magda Trocmé. En 1984, l'auteur désigné aux documents n° 5 de la S.H.M. est André Trocmé - Avenirs - ANNEMASSE 1971. En 1992, l'auteur désigné dans les actes du Colloque p. 672, est Jacques Trocmé (IMP. Avenirs - ANNEMASSE 1972). L'anomalie apparente résultant de ces trois signatures différentes n'existe donc pas. 2- Analyse de ce texte Comme l'a précisé Magda T. «c'est A,T.lui même qui raconte l'histoire du Collège ». TIdécrit donc les conditions dans lesquelles avec E. Theis, il fonda le Collège, rappelle leurs objectifs matériels et leurs impératifs spirituels et décrit ensuite l'activité du Collège principalement de 1940 à 1944 en soulignant son propre rôle. Cette description est illustrée par le récit de quelques épisodes qui servent moins le Collège que le chroniqueur: page 4 : Le salut au drapeau 1A,A.T. p. 379-380 page 5: La sonnerie des cloches A.A,T. p. 381 pages 7 et 8: La réception du ministre A.A,T. p. 389 pages 8 et 9: La« rafle» des juifs A,A.T. p. 393 page 10 : Les imprudences et les exactions des maquisards dont le vol de la moto 2 A,A.T. p. 434 * J'ai reçu et lu cette brochure pour la première fois le 9 septembre 1991. La lecture de la page 10 me stupéfia et raviva tous les sentiments de révolte que j'avais éprouvés en Janvier et Février 1991 lorsque j'avais pris connaissance successivement des pages .

433 et 434 de l'A,A.T.

A deux reprises, nous sommes, mon frère et moi, l'objet d'attaques diffamantes page 433 A,A.T. dernier paragraphe:

1. 2.

Annexe n° 7. Annexe n° 5.

17

.. .(Lors) de la visite que me fit un jour, une délégation de futurs théologiens... les plus ardents étaient les frères Debieve... qui me dirent « nous formerons un maquis chrétien» Voulez- vous nous prêter une coupe et un des plats de communion pour célébrer la Sainte Cène. .. page 434 A.AT. huitième paragraphe . .. (Le curé de Tence m'ayant fait part du vol de sa moto par.. . des étudiants en théologie...) «j'ordonnais aux frères Debieve de rendre la moto ce qu'ils firent». La page 10 de la brochure du Collège Cévenol reprend, mot pour mot, la narration de ces deux épisodes mais dans le premier notre nom n'est plus cité et dans le second il est remplacé par « les .

maquisards».

* En août 1992, j'ai reçu le Tome III - 1939-1971 de l'autobiographie (pages 367 à 565). J'ai alors eu la curiosité de rapprocher« page à page» (comme ci-dessus mentionné) les récits originaux de l'AAT. avec leur copie sur la brochure: Les grands collégiens, dits «Futhéos », continuent d'être diffamés. La conclusion lapidaire d'A.T. à la fin de cette fabulation, est censurée: «Mais n'est-ce pas les prédicateurs d'Évangile qui les avaient trompés? », c'est-à-dire tous les autres collègues «convertis (selon lui) à DE GAULLE, et à la Résistance» . Dans l'épisode du « drapeau» le nom du professeur: le Pasteur Henri Bremer est cité deux fois (A.A.T p. 379). Il est ensuite censuré puisqu'il devient M. Z... p. 4 de la brochure. 3 - Critique de ce texte * La parution en 1971 de cette brochure fut la première tentative publique de magnifier la vie et l'œuvre d'AT. Il n'est donc pas sérieux d'affirmer, comme: - Nelly Trocmé en mai 1991 : «que personne, en France, n'était intéressé par les papiers de mon père». - Ph. Hallié, dans « Le sang des innocents» p. 399 : « les notes autobiographiques d'AT. n'ont jamais été publiées ». * Le texte original des « mémoires» de Trocmé, tel qu'il a été déposé à Swarthmore College aux U.S.A., ainsi que les écrits qui en dérivent -l'histoire des débuts du Collège Cévenol, par exemple - circulent aujourd'hui dans le monde entier et produisent des textes dérivés en nombre indéterminé.. Les faits et les informations présentés dans ces documents n'ayant pas été contrôlés deviennent affirmations. Celles-ci deviennent crédibles à partir du moment où elles sont imprimées. C'est écrit et imprimé, donc c'est vrai! Tel 18

est le cas de la brochure imprimée et diffusée par la S.M.H. et le Collège Cévenol. * Cette brochure a largement contribué à propager les allégations mensongères portées par A.T. contre mon frère et moi, que je me suis fait un devoir de réfuter chapitre II suivant. dans l'avant-propos de cette brochure, Magda Trocmé écrit, page 1 : « Souvent on parle des débuts du Collège à tort et à travers, comme des choses que l'on ne connaît pas et que l'on méprise un peu, car il n'est pas facile de débrouiller la vérité de la légende! » Qui ne souscrirait pas à l'évidence de ces propos? * La connaissance de l'A.A.T., telle qu'elle est déposée aux U.S.A., permet de découvrir les noms des personnes diffamées. B - La littérature: AT. devient le principal auteur de l'œuvre romancée de Ph. H. : «Le sang des Innocents - Le Chambon Lignon village sauveur ». Cet ouvrage (déjà cité) consacré au Chambon sur Lignon repose, sur l'A.A.T. et les déclarations écrites ou enregistrées de Magda, de Nelly T. et des témoins survivants que Ph. H. a interrogés. Il raconte des faits et des événements extraits parfois mot pour mot des mémoires d'A.T. A défaut de publication de celles-ci, la tendance existe de les retenir comme référence à l'autobiographie. D'où son importance et l'attention dont ils ont été l'objet. Manquant de valeur historique, ce livre a été l'objet de critiques formulées dans les communications (C.C.C. présentées et débattues en 1990 au Colloque du Chambon, puis regroupées dans les Actes de celui-ci (AC.C.) publiées en juillet 1992. Mieux qu'un jugement subjectif personnel, les témoignages suivants confirment le peu de crédit qui peut être accordé aux écrits de Ph. H. et par ricochet à ceux de A.T. A.C.C. p. 18 «Introduction Pierre Bolle» « L'ouvrage cité plus haut n'est en définitive ni ouvrage de référence, ni travail d'historien ». AC.C. p. 273 «Population et autorités d'occupation» d'A. Rivet « Ph. Rallié a exalté en termes précis et émouvants le courage et l'action des protestants du Plateau et notamment du pasteur A. Trocmé et de sa femme Magda. Mais Ph. R. n'est pas historien. Il utilise beaucoup les témoignages écrits ou oraux, peu ou presque pas les documents d'archives ».

19

A.C.C. p. 372 Renvoi 59 - Citation des p. 33 à 69 - Chapitre « L'arrestation des Chefs du "Sang des Innocents" : « Texte
romancé plus qu'historique ». A.C.C. p. 378 « André Trocmé » par G. Menut « Le Sang des Innocents est plus un livre romantique de sociologie et de philosophie que d'Histoire ». Observations Disposant sans partage du Fonds Trocmé, Ph. Hallié y puise, sans vérification aucune, erreurs et affabulations: - Il est complice de la relation extravagante de Jacques Trocmé sur Marc Boegner «Vercingétorix» en la reproduisant dans l'édition anglaise du S.D.!. «Lest innocent blood be shed ». - Il imagine une réception offerte le 20 août 1944 au Commandant Schmiihling et son État Major par le Conseil Municipal du Puy en Velay. En réalité Schmiihling, à la tête d'une colonne allemande abandonne le Puy le 18 août, bat en retraite en direction de Lyon. - En 1987, il abandonne un projet de roman et de film sur Schmiihling« Le bon Allemand ». - Lettre de Magda T. au Docteur O. Rosowsky le 29/12/1987 « La réponse de M. Rallié dont vous avez certainement reçu
une copie doit être un soulagement pour nous tous: il renonce à la

publication de son « roman Schmiihling » et reconnaît que ses
sources sont M. Bonfils et des notes qu'il s'est dictées à lui même (auto-suggérées à lui même) 1 suite à une conversation qu'il a eue avec mon fils Jacques, M. et Mme Karl Forman, Mme Lucy Jervis et sa nièce et l'épouse de mon fils dans un restaurant parisien. Nous savons tous que M. Rallié, spécialiste

de l'éthique au sens philosophique du mot, cherche « la bonté»
même là où elle n'est pas ». Annexe n° 6 L'examen, dans les chapitres suivants des faits et événements qui ont motivé les jugements sévères ainsi portés contre Ph. Hallié, va montrer que le manque d'objectivité et d'exactitude, qui lui est reproché va devoir être formulé avec juste raison contre ses « informateurs» : André Trocmé dont il a utilisé les Mémoires, Magda T. et ses enfants qu'il a secondés dans leur volonté de bâtir un monument à la gloire de la famille.

C - Le cinéma: Les mémoires d'A.T. ont servi de canevas à deux films;
l'Esprit»
1.
Souligné par R.D.

- l'un

réalisé par P. Sauvage dans les années 80, «Les armes de

20

- l'autre, encore en projet depuis 1992 «Moi Sarah je m'appelle Marie» est devenu «L'arche de Noé» en 1993 puis « La Colline aux mille enfants» en mai-juin 1994.
1 . Les armes de l'esprit * Ce film a été présenté par son auteur lors de sa projection «hors Colloque» le samedi 13 octobre 1990 au cinéma du Chambon. Par souci d'objectivité, je crois préférable de rendre compte de la manière dont il a été accueilli et critiqué au Chambon en présentant les commentaires regroupés dans les Actes de celuiCI.

* Objet du film Introduction de P. Bolle A.C.C. page 17 : «Dans le film de P. Sauvage «Les armes de l'Esprit ».... comme dans l'ouvrage de Ph. Hallié« Le sang des innocents ».... il est surtout question de la figure emblématique du Pasteur Trocmé et non du reste du Plateau. Celui-ci est vraiment peu présent et les images qui lui sont consacrées sont très fugitives ».
Jean Lebrat page 442 «Les qualités d'A.T. ont été largement connues de tous: dans l'entourage de Ph. Hallié et dans lefilm de P. Sauvage, il en a été largementfait état ». Le plateau Vivarais Lignon - E. Ben GaI A.C.C. p. 660

« C'est au cinéma que nous devons le plus émouvant et authentique témoignage de la vie des juifs sur le Plateau, et de la population locale pendant la guerre. P. Sauvage né au Chambon d'une famille de rescapés juifs, a consacré plusieurs années de sa vie et toute son énergie à redécouvrir et à immortaliser cette étonnante aventure». I * Accueil réservé à ce film parle public et par le Colloque P. Sauvage p. 310 A.C.c. «Je suis le réalisateur d'un film dont les organisateurs du Colloque ne vous ont pas dit grand chose ». P. Sauvage p. 566 A.C.C. « Il est difficile de discuter avec les gens de la Résistance et de suggérer que, peut être, leurs adversaires n'étaient pas tout à fait aussi féroces qu'ils veulent le croire Les personnalités X Y z.....
I.

A.C.C.p. 570 - P. Sauvage: «J'ai été mis au monde par le Docteur Le
Forestier,je vous prometsquej'ai une certainedévotionà sa mémoire». 21

qui n'ont pas vu mon film ont signé une pétition qui visait l'interdiction de mon film à la conférence d'Oxford sur l'Holocauste, en disant que ce film «favorisait la diffusion de thèses révisionnistes ». * p. 368 - 369 AC.C. - Débat entre O. Rosowsky et P. Sauvage sur l'épisode (relaté par AT. dans son autobiographie et repris dans le film) relatif au rôle joué par le major Schmahluig dans l'arrestation du Docteur Le Forestier et de ses responsabilités). * Appréciation nuancée sur la polémique et sur le film E. Ben Gal p. 569 AC.C.
« Dans ce débat, je suis en principe du côté de O. Rosowsky... Cela étant dit, voilà que dans un film magnifique consacré au Chambon, Pierre Sauvage pose la question, sans d'ailleurs y répondre, d'une éventuelle « bonne volonté» du major allemand Schmiihling qui aurait épargné des représailles contre le Plateau: on peut regretter, et personnellement je regrette, qu'en l'absence de preuves irréfutables, on fasse un tel crédit à un officier de l'armée d'occupation sur lequel pèsent par ailleurs de lourds soupçons, à rassembler des kilos de matériel, à ameuter la presse internationale, à organiser des manifestations de boycott - et nous connaissons toutes les capacités d'organisation de M. Rosowsky auxquelles nous rendons hommage tous ces trésors d'activités contre le film de Pierre Sauvage, accusé même de « révisionnisme» c'est-à-dire de négation du génocide, à cause de ces 21 secondes, c'est véritablement hors de proportion ». E Gen Gal p. 660 AC.C. « Il faut seulement regretter que 20 secondes de ce film d'une heure et demie, permettent de laisser croire à une bonne volonté assez douteuse du Commandant allemand de la Région et aient attiré des critiques légitimes ».

-

* Accueil réservé à ce film hors colloque «Le mythe du commandant SS protecteur des juifs» monde juif» p. 69lettre de M. G. Bollon.

«le

1.

Cet épisode relaté par A.T. avec une certaine sympathie dans ces mémoires et repris ensuite complaisammentpar Ph. H. dans « Le sang des innocents» a été l'objet de nombreuses critiques dont celles d'O. Rosowsky. 22

Monsieur G. BOLLON Secrétaire de la Société d'Histoire de la Montagne Mairie de 43400 LE CHAMBON-SUR-LIGNON Le Chambon le 6/6/1988
à Madame NIlZA SPIRO The SPIRO INSTITUTE c/o Westfield College University of London Kidderpore A venue LONDON N W 3 7 S T

Paris, le 27 mai 1988

Madame, Nous avons appris que dans le cadre d'un symposium sur l'Holocauste tenu à Londres en juillet 1988, le film de M. Pierre SAUVAGE« The weapons of the spirit» est programmé. Pour les hommes du Plateau (région du Chambon-sur-Lignon) qui, sous l'occupation, ont caché, protégé des persécutés et des réfugiés, cette action était normale: ils ne faisaient que leur devoir. Le film de Pierre SAUVAGE qui retrace cette époque présente une séquence que les habitants du Plateau, et plus particulièrement les membres de la Société d'Histoire de la Montagne condamnent vivement. Cette séquence met en exergue le major allemand et le présente comme un protecteur du Plateau pendant la guerre. Nous ne pouvons accepter une telle falsification de l'histoire locale et souhaitons attirer votre attention sur ce fait. Notre démarche est essentiellement fondée sur la volonté de faire surgir la vérité historique au détriment de l'affabulation. Nous voulons croire que votre Comité prendra en considération notre demande avant la projection du documentaire « Les armes de l'Esprit ». Permettez-nous, au-delà de cette demande, de vous transmettre le message fraternel des communautés du Plateau et du Chambonsur-Lignon.

G. BOLLON

23

Pierre Vidal Naquet « Les juifs, la mémoire et le Présent II - La découverte» p. 179 « Je n'entrerai pas ici, à propos du Chambon sur Lignon dans la querelle autour du rôle du major Schmiihling, querelle à laquelle il m'est arrivé de participer ». Dossier intitulé « Le mythe du commandant SS protecteur des juifs» «Le monde juif» n° 131. Lettre de P. Fayol à G. Wellers.
« Miss maber, professeur au Collège Cévenol durant la guerre ».

vient de me confirmer que lefilm « Les armes de l'Esprit» avait le
plus grand succès en Angleterre

2 - Film« MoiSarah

Je m'appelle Marie»

Le choc reçu lors de mon premier contact avec les écrits d'A.T. fut violent. Quelques mois plus tard, j'imaginais qu'il était temps de tourner la page, et ce, malgré l'indignation que provoquait en moi, le comportement de la famille du pasteur. Je m'étais trompé! Les mémoires d'A.T. continuaient à alimenter l'arsenal médiatique mis au point par Madga et ses enfants autour de la personne du pasteur. La« légende dorée» de la saga Trocmé allait atteindre un autre sommet: un nouveau projet de film grand public! En octobre 1992, je prends connaissance du scénario proposé et de ses références qualifiées d'historiques. * Réalisateur, acteurs, comité de soutien, budget A titre indicatif: -le film serait réalisé par le fils de Stellio Lorenzi (Jean-Louis) - Marie José Nat et Robert Hossein seraient Magda et André Trocmé. - les membres d'honneur au Comité de Soutien du projet seraient: Simone Veil, Jacques Barrot, Jean-Louis Bianco, Alain Decaux, Roger Hanin, Jean Kahn, Ivan Levaï, l'Abbé Pierre, Patrick Poivre d'Arvor, Michel Rocard, Jacques Stewart, André Thobois. - association «Moi Sarah... » 21, quai André Citroën - 75015 PARIS téléphone: (16.1) 45.75.76.16 - bureau: (16.1) 47.53.70.09 - budget de la productionen 1992: « il s'élève à 20 millions»

Le dossier intitulé « L'histoire dont on fait un film *»,distribué
hors Colloque, à l'entrée de la Sorbonne comprend cinq parties:

* Dossier

du téléfilm

- observations

à propos

du scénario

* souligné par R.D.

24

- notes d'information: deux pages. L'essentiel de cette note a été rédigée en novembre 1991 - notes d'intention 1 : une page - résumé du scénario: quatre pages - participation au financement du film : deux pages - état d'avancement de ce projet de film au 1.09.1992: trois pages -le tournage de ce film est prévu en Janvier et Février 1993 Pour ma part, (dans ma lettre du 24.11.1992à M. M. Manoël, Président de la région Centre Alpes Rhône de l'E.R.F.) 2, je constate: Ce scénario se réclame d'une vision qui serait réellement historique. Malheureusement, il a ostensiblement été fondé sur l'interprétation inconsidérée des récits imaginaires d'A.T. tels qu'ils ont été repris par l'américain Ph. Hallié dans son livre «Le sang des innocents ». Par exemple: - page 2, résumé du scénario: le pasteur FONTAINE (pseudo d'A.T.) se serait affronté au Maire du Chambon qui voulait interdire d'accueil des réfugiés parce qu'il a peur des représailles sur la population (mise en cause de Charles Guillon 3 par A.T. dans ses souvenirs. chapitre III ci-après). - On invente un cafetier chef de la Résistance locale qui aurait été opposé lui aussi à l'aide des juifs. Ici, pour angéliser la figure du pasteur, on utilise une calomnie particulièrement odieuse: il y avait, en effet, un cafetier résistant au Chambon, du nom de Jean May Œ ci-après mémoires oubliées). Il figure dans les mémoires de l'historien juif Poliakov, intitulées « l'Auberge des Musiciens ». Ce café était un lieu de rassemblement pour les enfants juifs sauvés de déportation par l'O.S.E. avant leur redistribution dans les fermes environnantes par les soins de cette organisation. - Il y eut aussi un propriétaire de pension pour collégiens du nom de Léon Eyraud pseudo «Noël », responsable local de la Résistance, dont l'action se partageait, sans distinction aucune, entre l'aide quotidienne et la désidentification des réfugiés qui
1. 2. Annexe n° 8. Résumé page 2 du scénario: affrontement du « pasteur Fontaine au maire et à Gaston, le cafetier: «au village, les convictions non-violentes du pasteur Fontaine ne font pas l'unanimité. Il s'affronte au Maire qui veut interdire l'accueil des réfugiés, parce qu'il a peur des représailles sur la population, mais aussi à Gaston le cafetier, partisan farouche de la résistance armée» (Maire et Gaston et Gaston en gros caractères dans le texte). Annexes n° 9 et 10. 25

3.

s'infiltraient dans la région et l'organisation de la Résistance politique et armée. - Pour faire bonne mesure page 3, apparaissent de soi-disant avertissements de protection. du «bon» Major allemand Schmahling (pseudo Von Lindenberg) à ceux qui, en réalité, vont devenir ses victimes. Ce que je ne retrouve pas dans ce scénario: - L'absence d'A.T. du 1er août 1943 au 15 Juin 1944. La population du Chambon n'a pas apprécié cette longue inactivité du principal responsable de la communauté pendant la période la plus difficile de l'occupation nazie où, A.T. est réfugié au Château de Perdyer, dans la Drôme. - A titre d'exemple inverse, citons l'absence du Pasteur E. Theis du 1er août 1943 au 30 Juillet 1944. Ce non-violent est responsable à mi-temps de la paroisse. Passé en Haute Savoie, E. Theis est, pendant cette période, pasteur « passeur» de filières d'évasions entre La France et la Suisse. Il participe au sauvetage de plusieurs centaines de réfugiés juifs. Recherché par la Gestapo, il est emprisonné en Suisse. Position de M. Manoël en Octobre 1992 dans sa lettre ouverte à M. G. Roze parue dans «Réveil », mensuel protestant de la Région Centre Alpes Rhône de l'E.R.F. Objet: Lettre ouverte à propos du film «Moi Sarah... je m'appelle Marie» à Monsieur Geoges Roze, Association «Moi Sarah, 21 Quai André Citroën 75015 Paris

-

Monsieur le Président, J'ai reçu votre circulaire aux pasteurs à propos du projet de film de M. Lorenzi, inspiré par l'action de résistance et d'accueil de Juifs sur le Plateau du Vivarais-Lignon. Comme vous l'indiquez, il est tout à fait important que la mémoire de ce témoignage soit gardée et transmise, et il serait souhaitable que le protestantisme puisse ainsi faire mieux connaître le message évangélique dans notre société. Mais il est regrettable que le projet de scénario présenté, mélangeant l'histoire et fiction romanesque, ne tienne pas compte des remarques des témoins et du travail des historiens rassemblés lors du Colloque du Chambon-sur-Lignon d'octobre 1990. En particulier, il braque à nouveau les projecteurs sur le seul Chambon~sur-Lignon sur la seule personne du pasteur André Trocmé et sur l'engagement pacifiste de quelques-uns, alors que

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