Mes années 1950 et 1960 ou l'éveil d'une sensibilité

De
Publié par

L'auteur de cet ouvrage, bien plus que de revenir sur sa jeunesse, interroge les conditions d'émergence d'une sensibilité culturelle et d'une approche critique. Il retrouve les traits caractéristiques d'une génération (le goût du jazz, de la musique noire américaine, le tiers-mondisme, l'éveil aux sciences humaine et sociales) et évoque les moments saillants d'une époque : la guerre d'Algérie, les décolonisations, la Guerre froide, mai 68...
Publié le : vendredi 1 juillet 2016
Lecture(s) : 15
Tags :
EAN13 : 9782140013928
Nombre de pages : 114
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Roland GUILLON
Mes années 1950 et 1960
ou l’éveil d’une sensibilité
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Série Documents
Mes années 1950 et 1960
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Louis DURRIVE,Compétence et activité de travail, 2016. Laurent AUCHER,Le Tribunal des ouvriers, Enquête aux prud'hommes de Vierzon, 2016.Michel BOURDINOT,Vers de nouvelles fonctions pour le permanent UD CFDT ?,2016. Isabelle PAPIEAU,Il y avait des fois,La Belle et la Bête. Réalités et magie à l’italienne, 2016. Yvon CORAIN,L’expérience dans tous ses états, Une approche méthodologique, 2016. Cécile NOESSER,La résistible ascension du cinéma d’animation.Socio-genèse d’un cinéma-bis en France (1950-2010),2016.Aurélien CINTRACT,La mort inégale. Du recul de la mort à l’analyse socio-historique de la mortalité différentielle, 2016 Éric LE BRETON,Mobilité et société dispersée, Une approche sociologique, 2016 Lenita PERRIER,Couleur de peau et reconnaissance sociale, L’expérience vécue des afro-brésiliens émigrés à Paris, 2016 Michel BONNET,Mobilités l’ombre d’un père, 2016 Dieudonné KOBANDA NGBENZA,Enfants isolés étrangers, Une vie et un parcours faits d’obstacles, 2016. Marie Zoé MFOUMOU,La professionnalisation des métiers féminins. L’exemple du secrétariat au Gabon, 2016.
Roland GUILLON
Mes années 1950 et 1960
ou l’éveil d’une sensibilité
Illustration de couverture de Léon Zack, peinture, 1974. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09645-2 EAN : 9782343096452
AVANT-PROPOS Ces souvenirs de jeunesse ne me sont inspirés ni par de la nostalgie, ni par les critiques que me suggère la période que nous traversons actuellement. Ils expriment davantage mon souci de tester une trajectoire, la mienne en l’occurrence, en fonction de plusieurs tensions qu’opposent généralement ceux qui analysent le sens d’une vie sociale. Les uns mettent l’accent sur les singularités de la formation d’une personnalité et de sa sensibilité, alors que d’autres en privilégient les collectifs et leurs références. D’autres encore s’intéressent aux capacités d’autonomie ou d’émancipation que chacun est en mesure de mobiliser. Ils s’opposent à ceux qui soulignent, au contraire, le caractère déterminant de l’origine sociale, ou encore les contraintes, voire même une forme de soumission qu’imposent les institutions. Mon retour sur mon milieu familial, ma scolarité lycéenne et mes études universitaires, le souvenir de mes camaraderies et de mes amitiés, ainsi que l’évocation des premières années de ma vie active, montrent à la fois bien des continuités et des inflexions. De même que ma réactivité aux événements qui les ont accompagnés et mon engagement dans la société ont été progressifs. J’espère que leur rappel permettra au lecteur de dépasser le caractère strictement biographique de mes souvenirs, pour retrouver quelques jalons de l’histoire de ces deux décennies. Histoire dont je me suis efforcé de restituer la trame, ainsi qu’une certaine unité. J’évoquerai, à ce propos, quelques moments de l’émergence d’une nouvelle société, ainsi que les prémices d’un
5
renouvellement de la morale sociale, perceptibles dès ma scolarité et plus encore aux débuts de ma vie active, dont une partie coïncida avec Mai 1968. Soit autant d’indices dont les registres sont extrêmement divers : depuis l’écoute d’une chanson ou la lecture d’un ouvrage jusqu’à un vécu plus intime, en passant par toutes sortes de relations, d’apprentissages, d’activités ou d’événements impliquant une mobilisation. Les uns étaient inscrits dans le cadre d’une institution et d’autres pas. J’insisterai particulièrement sur le rôle des informations diffusées par la radio qui me permirent très tôt de suivre quotidiennement l’actualité. Je reviendrai, plus longuement, sur la Guerre d’Algérie, les décolonisations et l’irruption d’un tiers monde qui a sans doute modifié la scène politique internationale. Je fus directement concerné – en tant que sursitaire – par l’indépendance de l’Algérie, tout en l’étant aussi pour des raisons de culture personnelle par celle des pays africains subsahariens. Tous ces événements furent le théâtre d’une alternance entre des moments d’espoir ou d’humanité, mais aussi, pour plusieurs régions du monde, une suite de tragédies. Et, en regard des espérances que portait l’Après-guerre, je rappellerai certains moments de la Guerre froide, dont on peut percevoir quelques effets aujourd’hui encore. Quant à mes études universitaires et à leur prolongement par mes débuts dans la vie active, j’essaierai de suggérer comment je fus conduit à m’intéresser à de nouvelles disciplines dont j’ignorais l’existence, puis comment j’en vins à choisir mes objets d’études ou de recherches, ainsi qu’à pénétrer dans un univers particulier d’institutions. Enfin, j’ai tenté à travers ces souvenirs de montrer la place qu’ont tenue et tiennent encore dans ma sensibilité deux de mes passions dont les registres sont bien différents : la musique et le politique. Leur permanence ou leur récurrence, aussi bien sur le plan des affects que sur celui de la raison, m’ont ouvert à d’autres registres culturels ou de la vie en société.
6
Je suis redevable aux goûts musicaux de mes parents. L’assise et l’ouverture de la culture musicale de mon père, ainsi que les moments d’écoute partagés avec ma mère, sont des souvenirs encore bien vivants. Ils me préparèrent à mieux recevoir nombre de créations musicales inouïes, et plus particulièrement celles qui venaient d’une Amérique noire. C’est sans doute cette réceptivité qui m’éveillera au registre symbolique que révèle toute création artistique. Pour ce qui est du versant politique, je revois plus nettement les thèmes de discussion avec mes camarades de classe ou ceux d’université. Sans négliger une inclination pour l’histoire, dès mon enfance, éveillée par la bibliothèque paternelle et confortée au lycée. Ma classe de philosophie et mes études universitaires de sociologie, en me sensibilisant aux « sciences humaines », me semblent avoir été une sorte de transition, propice à l’éveil d’un regard critique. Elles m’ont aussi permis de le projeter sur d’autres sociétés que la mienne. Je m’épanouirai davantage dans le milieu des études et des recherches parce qu’il m’introduira au champ de la critique sociale. C’est en effet dans ce cadre que je chercherai d’abord à construire empiriquement mes objets de recherche pour nourrir mon approche sociale. Celle-ci retiendra prioritairement des thèmes comme l’emploi et le syndicalisme. Elle débouchera à terme sur plusieurs formes d’engagement syndical et politique que j’évoquerai dans un autre ouvrage à propos d’une autre partie de ma vie. Ce sont elles qui me conduiront à dépasser les limites de ma pratique professionnelle d’analyste, et me permettront d’avancer sur le terrain d’une critique sociale à la fois plus ouverte et plus globale.
7
EN GUISE D’INTRODUCTION Mon père, né en 1905, était issu d’une bonne bourgeoisie nantaise. Il avait suivi des études secondaires comme pensionnaire dans un collège catholique de Redon, sans obtenir le baccalauréat. Après avoir passé sa jeunesse, dans une certaine insouciance, pendant laquelle la pratique en amateur du violoncelle, ne le cédait en rien à l’équitation, il avait gagné Paris, à la fin des années 1930, pour trouver un emploi. Avec l’espoir aussi de s’y faire un nom. Il fréquenta les marchands de tableaux, les milieux de l’édition et de la mode. Il fit des piges dans plusieurs journaux, notamment de mode, ainsi que la connaissance de ma mère qu’il épousa. Ma mère, née en 1912, était issue d’un milieu ouvrier agnostique. Elle s’était convertie au catholicisme pour épouser mon père. Elle devait en suivre davantage les préceptes que mon père, dont la pratique religieuse correspondait d’abord à sa conception des convenances sociales. Ma grand-mère maternelle travaillait en usine pour élever deux enfants : un fils aîné et une fille cadette. Son fils après un apprentissage était entré dans la construction électrique parisienne où il achèverait sa vie active comme chef de plateforme. Ma mère avait obtenu le certificat d’études primaires. Elle était couturière dans une maison de haute couture de Paris. Après la mobilisation de mon père en 1939, puis sa démobilisation en 1940, mes parents avaient rejoint Nantes où je naquis le 27 janvier 1942. Fuyant les bombardements sur la ville de plus en plus fréquents, ils gagnèrent la Vendée, avant de
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.