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Messali avant Messali

De
240 pages
Messali Hadj fut le secrétaire général de l'Etoile Nord-Africaine, organisation créée au sein du Parti communiste sur décision de la IIIe Internationale. L'Etoile luttait pour l'indépendance de l'Algérie, l'unité des trois peuples d'Afrique du Nord. A partir du parcours et de l'itinéraire du chef national Messali Hadj, de Tlemcen à Paris, ce livre est une étude sur les origines, la nature du nationalisme algérien et l'histoire longue de son immigration, composante positive de l'identité française.
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MESSALI AVANT MESSALI
L'invention de la Nation algérienne

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-04904-8 EAN : 9782296049048

Jacques SIMON

MESSALI AVANT MESSALI
L'invention de la Nation algérienne

Publié avec le soutien de l'Acsé

L'Harmattan

Centre de Recherches et d'Études sur l'Algérie Contemporaine Le CREAC entend: - Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins. Déjà parus (avec le concours du Fasild) : La Fédération de France de l'USTA (en 4 volumes par Jacques SIMON, - Le premier Congrès juin 1957).- Le deuxième Congrès (novembre 1959).- FLN contre USTA. -Son journal: La Voix du Travailleur Algérien. (2002) - Messali Hadj (1898-1974), Chronologie commentée. -L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon) - Les couples mixtes chez les enfants de l'immigration algérienne. B. Lafort. - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua. - L'Étoile Nord-Africaine (1926-1937), Jacques Simon,. - Le MTLD (Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954) (Algérie), Jacques Simon - La réglementation de l'immigration algérienne en France. Sylvestre
T chibindat.

Combat laïque en milieu colonial. (Fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955). Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J. Simon -Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912) Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. J. R. Genty . - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautés juives de l'Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal. - Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J. Simon - Crédit et discrédit de la banque d'Algérie (seconde moitié du XIXe siècle) M.L.Gharbi -Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche -Le massacre de Melouza. Algérie juin 1957. Jacques Simon - Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal - Paroles d'immigrants: Les Maghrébins au Québec. Dounia Benehaâlal. - «Libre Algérie» Textes choisis et présentés par Jacques Simon. - ALGÉRIE.Le passé, l'Algérie française, la révolution (1954-1958). J.Simon

- Un

INTRODUCTION

Messali Hadj fut le secrétaire général de l'Étoile NordAfricaine, une organisation créée au sein du Parti communiste sur décision de la Ille Internationale. Son prestige fut immense et des millions d'Algériens l'ont admiré, vénéré et participé avec un dévouement total à son combat pour édifier une nation moderne, à l'issue d'un processus constituant. L'Étoile luttait pour l'indépendance de l'Algérie, l'unité des trois peuples d'Afrique du Nord et la transformation de 'l'Empire en un Commonwealth franco-africain. Pour atteindre cet objectif, Messali proposait à la classe ouvrière et au peuple français ami de mener ensemble un combat contre le capitalisme et le colonialisme. Un tel programme a été refusé par tous les partis et gouvernements de la France, car l'Algérie, totalement intégrée dans son économie, son marché du travail, sa diplomatie et son outil militaire, constituait la clé de voûte de son empire africain qui lui assurait une place de grande puissance sur l'échiquier européen. Messali connaîtra la prison, le bagne, l'exil, les résidences surveillées et tous ses militants furent emprisonnés, torturés, persécutés. Pendant la guerre d'indépendance, le MNA qui succède au Parti du peuple algérien (PPA) et au Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) devra affronter les forces de l'ordre ainsi que le FLN, soutenu par une coalition de toutes les forces attachées à l'ordre social et politique existant: les pays et partis communistes, l'impérialisme américain, Franco, Nasser, la Ligue arabe et les pétromonarchies, les pays islamiques et le bloc afro-asiatique. Près d'un demi siècle après l'expulsion massive des Piedsnoirs, le massacre des harkis et des messalisjes, le FLN a fondé un État structuré sur l'armée avec l'islam comme religion, dont le bilan est catastrophique, malgré la manne des hydrocarbures. Aveuglement total, le général de Gaulle comme François Mitterrand ont soutenu un régime qui avait déchiré les Accords d'Évian et Jacques Chirac s'est entièrement mobilisé pour signer un traité d'amitié avec l'Algérie. Cette volonté de soutenir un 5

régime totalitaire et mafieux, s'est accompagnée d'un projet officiel pour l'écriture partisane de l'Algérie française et de la guerre d'Algérie. Le refus de Nicolas Sarkozy de signer le traité de repentance/allégeance de la France exigé par Bouteflika, met un point final à la guerre d'Algérie comme à l'abandon de la souveraineté de la France sur la population issue de l'immigration. L'indépendance de la France autorise maintenant une nouvelle écriture scientifique de l'Algérie française jusqu'à 1962, avec un retour sur l'Étoile Nord-Africaine, créée au sein du mouvement ouvrier et sur son fondateur, Messali Hadj. Pour comprendre l'itinéraire du chef national, il convient de poser une série de questions: Comment ce fils de Koulougli, fier de ses origines turques et de surcroît affilié à la confrérie des Derkaoua, a vécu l'intrusion coloniale à Tlemcen, la dislocation de la société traditionnelle, la désintégration de l'empire ottoman, l'exode de Tlemcen provoqué par le refus de la conscription (El Askariya) et la Grande Guerre? Pourquoi et comment, le jeune Hadji, d'origine modeste, faiblement scolarisé et qui n'a quitté sa ville natale, Tlemcen que pour l'armée en 1918, s'est passionné pour la politique mondiale en dégageant des enseignements et une réflexion qui le conduiront à rejoindre le PCF ? Pour répondre à ces questions, nous avons plongé dans I'histoire de Tlemcen, cette ancienne capitale du Maghreb central, inscrite dans une aire géoculturelle incluant la Sahara et l'Afrique noire, le Maroc, l'Espagne et ouverte sur la Méditerranée occidentale. Il fallait aussi vérifier, en nous appuyant sur un guide précieux, les Mémoires de Messali, et la très riche documentation existante, que Tlemcen était restée, malgré les transformations intervenues, l'ancienne capitale zénète, imprégnée de culture andalouse et de turcophilie, rattachée encore à son passé ottoman et méditerranéen. Il sera alors possible de comprendre la place occupée par l'Islam dans la vie quotidienne des Tlemcéniens, la vitalité et la fonction des confréries et en particulier celle des Derkaoua. Par la suite, comment Messali a-t-il vécu son passage à l'armée, dans la garnison de Bordeaux, où il est affecté jusqu'en 6

1921 ? Quelles expériences, quel regard sur la guerre, sur la France, les grandes grèves, le congrès de Tours et les premiers pas du Parti communiste et de la CGTU, la révolution russe et la marche victorieuse de Mustapha Kémal ? Revenu à Tlemcen, pourquoi Messali refuse-t-il d'occuper un emploi dans la fonction publique, de fonder une famille, d'adhérer au mouvement des Jeunes Algériens de l'Émir Khaled, aux parti communiste ou socialiste et au syndicat naissant? De retour à Paris en 1924, Messali trouve un emploi, rencontre Emilie Busquant qui deviendra son épouse et il s'immerge aussitôt dans la vie politique. Comment expliquer sa fascination pour le communisme qui ne l'avait pas séduit en Algérie, puis son engagement total dans ce mouvement jusqu'à devenir à vingt huit ans, permanent du PCF et secrétaire général de l'Étoile? Pour comprendre cette mutation d'un musulman en un communiste, il nous faut suivre de très près le cheminement de Messali et en particulier l'influence de Hadj Ali Abdelkader, bien connaître le mouvement syndical et communiste en France ainsi que l'histoire de la Ille Internationale, la position de Lénine sur l'Orient, formulée au Congrès de Bakou et celle de Léon Trotsky, le chef de l'armée rouge et le responsable du travail français au sein de l'Internationale. Il faut aussi s'intéresser à l'histoire des républiques musulmanes soviétiques et à celle des dirigeants du parti communiste musulman, membres de l'Exécutif de l'IC, le Komintern. C'est en replaçant les trois années parisiennes de Messali dans ce contexte que l'on peut comprendre son discours fondateur du nationalisme algérien de Bruxelles, les causes de sa rupture avec le PCF et le Komintern et la difficile construction de l'Étoile, portée par lui à bout de bras et dans un environnement hostile. Ce questionnement a rendu difficile la construction de ce livre, dont le plan a été plusieurs fois remanié. Au final, je me suis résigné, parce que la thèse sur les origines et les fondements du nationalisme était à démontrer, à traiter notre sujet en deux moments: la jeunesse de Messali à Tlemcen, avec son prolongement à Bordeaux et la séquence parisienne qui s'est déroulée dans un autre contexte, avec un zoom sur l'année 1927-1928, que nous n'avons pas voulu prolonger jusqu'en 1933, où Messali a inventé le nationalisme algérien. 7

Pour appuyer notre démonstration, nous avons jugé utile de compléter notre travail avec une chronologie, une bibliographie et plusieurs documents placés en annexe.

8

CHAPITRE I TLEMCEN, UNE HISTOIRE LONGUE
Depuis les temps les plus lointains, la position de la ville sur une haute plaine de piémont, à 800 mètres d'altitude, au carrefour des grandes routes reliant l'ouest algérien au Maroc et au Sahara, l'a prédisposée à servir de lieu d'échanges entre des économies complémentaires: citadine et rurale, agricole et pastorale.
1. Le passé berbère

Les origines de Tlemcen remontent à la plus haute antiquité. Le berceau de Tlemcen se trouve à Agadir, édifiée elle-même sur les ruines de l'antique Pomaria, ainsi nommée par les Romains au lIe siècle, pour ses magnifiques bois d'oliviers, ses arbres fruitiers de toute espèce, ses sources et ses jardins qui faisaient de cette localité un vaste verger. Après 631, des rois berbères romanisés et christianisés se maintinrent dans la région, jusqu'à l'invasion arabe d'Oqba, au VIle siècle. Le nom actuel, dérivé du berbère Tilimsân (les sources, les poches d'eau), met à son tour en évidence le fait que la ville, est pourvue d'une eau abondantel.
Ville almoravide La fondation d'Agadir (lieu élevé, fortin, grenier collectif), au IXe siècle est attribuée au roi Idriss. Entourée d'un mur de briques, elle est prise et détruite en 1005 par les Fatimides. Au XIe siècle, l'Almoravide Youssef Ibn Tachfin fonde une cité, Tagrart qui sera par la suite rattachée à Tlemcen.2 « Conquérants de l'ancien domaine des Omeiyades, maîtres des deux rives du détroit, ils furent les agents de liaison entre l'Espagne et le monde berbère. Dès lors, les échanges se multiplient entre les deux parties de leur empire, entre l'Afrique, riche de force combattante, et l'Espagne, riche de traditions et de culture. Si l'Espagne est une dépendance politique du Maghreb, le Maghreb est une province intellectuelle de l'Espagne. Le Maghreb fournira sans relâche des contingents pour la guerre sainte; l'Espagne enverra ses ouvriers et ses formules d'art [. ..] L'art andalou va s'imposer grâce aux conquérants sahariens à tout l'ouest de la Berbérie 3. » 9

Cette influence s'exprimera dans l'architecture civile, religieuse et militaire4, la structure des villes et, d'une manière plus large dans l'organisation sociale, administrative et juridique des grands centres urbains, le mode de vie des différentes populations. Une étude comparée entre Fès5 et Tlemcen6 met en évidence les traits d'appartenance de ces cités à une même civilisation: - L'organisation de la ville, entourée de remparts et de citadelles. - Le Mechouar, demeure des gouverneurs et ses annexes. - le quartier de la Qaïçaria, réservé au commerce chrétien, groupant fondouks, boutiques, magasins, entrepôts, fours, bains, couvent des frères prêcheurs et églises. - L'organisation des corps de métiers en corporation. - Les quartiers juifs réservés. - L'importance des mosquées, la diversité et la vitalité des ordres religieux et des confréries, la densité de la vie religieuse, de la piété et du mysticisme, l'architecture, la rigueur des institutions sociales et familiales, un mode de vie voisin avec référence à des valeurs, une musique, un art culinaire, un patrimoine scientifique, artistique et culturel commun. Les Almoravides utilisèrent les compétences de tous leurs sujets: les Juifs (savants, médecins, poètes, musiciens) et les chrétiens (architectes, maçons, sculpteurs, héritiers des constructeurs de basiliques), pour faire de Tlemcen, la capitale du Maghreb
central, siège et « boulevard de l'empire zénatien
7.

»

La cité, forte d'environ 90 000 habitants établit des relations commerciales avec l'Andalousie, l'Ouest algérien (Oran, l'Ouarsenis, les Hauts Plateaux,) et les villes marocaines d'Oujda, Fès, Mekhnès et Marrakech, ouverte sur le Sahara, le Tafilalet, et le royaume noir de Ghana. La période suivante (XIe-XIIIe) est marquée par la reconquête chrétienne en Espagne et les divisions internes qui entraînent la décadence des Almoravides au profit des Almohades. Ville almohade Sédentaires montagnards du Haut Atlas marocain, ils dominent le Maghreb, du golfe de Gabès à l'Atlantique et redonnent une unité à la Berbérie. Entourée d'une forte muraille, Tlemcen poursuit ses échanges commerciaux avec l'Espagne et les villes 10

méditerranéennes de Pise, Gênes, Marseille et Venise8 et, malgré un certain recul: « Les Almohades ont créé une véritable civilisation et ne se sont pas contentés, comme leurs prédécesseurs, de se faire les agents de diffusion de la civilisation andalouse. Civilisation austère et énergique où les forteresses et les mosquées l'emportent sur les palais et les jardins, la philosophie sur la poésie, mais dont l'originalité et la grandeur ne sont pas contestables9. »

Défaites en Espagne et révolutions de palais ébranlent, à leur tour, l'empire almohade. L'Afrique du Nord, affranchie de l'autorité des Almohades, se partage maintenant entre les royaumes Hafçide de Tunis, Abdalwadide de Tlemcen, Beni Merin de Fès, Beni Wattas du Rif. Ville abdalwadide En 1235, l'Emir de Tlemcen, Yaghmorasan se rend indépendant des Almohades et crée le royaume zénata des Beni Abd el-Wad, qui s'étendait de la Moulouya jusqu'au sud de la Grande Kabylie. La richesse de la ville est liée à l'organisation de ses échanges avec le Soudan 10.Par les routes de Sijilmassa et Oualata, elle reçoit du Niger et du Soudan, ivoire, poudre d'or et esclaves, cuirs et dattes du Tafilalet et sel de Mauritanie. Par les ports de Honaïn et Mers el-Kébirll, elle exporte vers Gêne, Pise, Yenise, Florence, Barcelone et Marseille ses laines, tapis, huiles pour savonneries, armes, cuirs, métaux travaillés, cires et blés et elle importe des objets manufacturés: draps, soieries, argent monnayé ou en lingots, mercerie, quincaillerie, épices et parfums d'Orient, substances tinctoriales et médicinales. Le commerce est très actif. On y compte 3 000 boutiques et environ 2 000 marchands chrétiens: Pisans, Yénitiens, Génois, Catalans, Espagnols. Négociants et banquiers juifs participent à cet important trafic 12. Persécutés depuis le XIIe siècle, ils rentrent à Tlemcen fin du Xye, grâce au rabbin Ephraïm Enkaoua. Pour rester maître de ce trafic, les Abdalwadides font appel aux tribus sahariennes pour s'opposer aux Hafsides et aux Mérinides de Fès. Selon les chroniqueurs arabes, Tlemcen, peuplée de 125 000 habitants environ était entourée d'une triple enceinte fortifiée crénelée de 4 500 mètres de périmètre, munie de tours et coupée de cinq portes monumentales. Pilier de leur domination, le Mechouar Il

devient une citadelle imprenable, regroupant un palais adossé à la Grande Mosquée et une centaine de bâtiments et habitations. Ville religieuse, Tlemcen attire de fervents pèlerins par ses mosquées comme celle d'EI-Eubbad et le tombeau de Sidi BouMédiène. Centre d'études musulmanes, la ville compte cinq collèges et médersas, écoles pour fonctionnaires, juristes, théologiens, sociologues et historiens. Ville d'industrie, elle emploie des milliers de menuisiers, charpentiers, ébénistes, maçons, coffreurs de pisés, briquetiers, plâtriers. Elle est aussi réputée pour I'habileté de ses artisans: tisserands, tanneurs, cordonniers, bijoutiers, armuriers et fer-

ronniers13.
Foyer d'une brillante civilisation et centre de consommation pour une aristocratie raffinée mais qui n'a pas transformé le royaume en une république marchande, à l'instar des cités italiennes, Tlemcen, enclavée dans un monde nomade et rural archaïque, ne pouvait que décliner. Au début du XVIe siècle, la décadence de Tlemcen est liée à deux événements: la chute du royaume de Grenade et l'installation des Espagnols à Oran (1509). Elle entraîne la fin du trafic commercial antérieur, des révoltes de palais, la ruine du Trésor et l'effondrement de l'ÉtatI4. Ville turque Tlemcen sera prise par les Espagnols installés à Oran, puis par les Turcs. En 1553, le pacha d'Alger, Salah Rais Pacha s'empare de la ville et la ruine du royaume est largement consommée. Annexée aux Etats de l'Odjak, Tlemcen devient le siège d'un aghalik1S,avec un gouverneur turc et une garnison, renforcée par les Koulouglis, métis de Turcs et de Maures, qui formaient «une infanterie
permanentel6. >>"

Pour se soustraire aux exactions de la milice turque, marchands chrétiens, population industrieuse et une partie des notables se réfugient dans la zone du littoral, tenue par les Espagnols.17 De son côté, Ben Chérif, un cheikh derkaoua énergique, souleva les tribus raïas très imposées contre les Turcs et les tribus makhzenl8. La lutte commencée en 1800, véritable « révolution sociale» (Emerit) sera très dure et la pacification de l'Ouest, toute relative, n'interviendra qu'en 1813. 12

2. Tlemcen, ville française
La capitulation d'Alger, en 1830, provoque un soulèvement général des Hadars et des tribus raÏas contre les Turcs et les tribus maghzen. À Mascara, la garnison est massacrée. À Tlemcen, Turcs et koulougli s'enferment dans la citadelle du Méchouar et résistent aux Hadars, qui se placent sous l'autorité du Sultan du Maroc19puis sous celle de l'Emir Abdelkader. En décembre 1835, épuisés et acculés, les Turcs font appel au commandant d'Oran. Saisissant l'occasion, le général Clauzel, après l'expédition de Mascara, entre à Tlemcen, en janvier 1836. Il frappe un impôt sur les habitants, nomme le gouverneur turc, bey de Tlemcen et laisse dans le Mechouar le capitaine Cavaignac, avec un bataillon. Cette situation prend fin après le traité de la Tafna (30 mai 1837), par lequel la France abandonne tout l'intérieur des beylicats d'Oran et du Titteri, y compris Tlemcen. Soutenu par le Maroc sur le plan spirituel (jatwa du collège des Oulémas de Fès en sa faveur) et matériel (armes et munitions venant de Gibraltar, centralisées à Fès puis acheminées par Taza et Oujda vers Tlemcen), Abdel Kader fait de cette ville, la capitale du Tell. Courtisés et replacés dans le jeu politique, la plupart des Turcs et Koulougli vont assurer le peuplement et la défense des villes fortifiées, établies entre le Tell et le Haut Atlas à Saïda, Boghar et surtout à Tagdempt. En 1839, la guerre reprend, lente avec Vallée, plus destructrice, avec Bugeaud. Le 30 janvier 1842, Tlemcen est définitivement occupée par les Français.20La ville, en partie ruinée et ne comptant plus que 7 800 habitants (3 500 Hadars, 2 500 Koulougli et 1 800 Juifs) sera administrée par« un conseil municipal composé du chef du Bureau arabe, d'un employé des Domaines, du Caïd, du chef des Koulouglis et du chef des Hadars.» En 1846, les Tlemcéniens, revenus de leur exil au Maroc ont retrouvé leurs biens. Les jardins de banlieue, presque tous possédés par les Koulouglis, sont remis en culture; les ateliers de tissage sont réinstallés et le commerce reprend. Sous le Second Empire, le commerce régional prend de l'importance, la population s'accroît, la ville se modernise au Nord Ouest et au Centre avec des rues empierrées, des conduites d'eau et des égouts installés, plusieurs 13

bâtiments publics, places, grandes artères. En même temps que le commerce, l'industrie se développe. « En 1850: 100 tisserands -corporation la plus importante et la plus riche-, 20 fabricants d'étoffe de laine, 6 d'huile, 7 de savon, 30 tanneurs, 5 potiers, 12 brodeurs, 15 moutures indigènes, nombreux cordonniers. Les Européens ont installé: moulins à huile et à farine, brasserie. Tlemcen connaît un renouveau de prospérité, dès 1870, grâce aux capitaux français qui permettent d'équiper la ville21.»

D'abord lente, la colonisation connaît un essor plus rapide après 1870 avec le renforcement de l'occupation française dans le Sud de l'Algérie, les lois foncières favorisant l'appropriation des terres collectives des tribus et l'emploi du crédit et des banques. Par ailleurs, Paris qui manifeste de l'intérêt pour les confins algéromarocains22 favorise le développement d'un réseau routier et ferroviaire, qui intègre plus étroitement Tlemcen dans l'Atlas Tellien de l'Ouest. À la fin du siècle, l'essor de l'Oranie est favorisé par l'existence d'un parti colonial au Parlement, le nouveau contexte social et politique en Algérie et le renforcement de la population européenne (naturalisation des Juifs, après le décret Crémieux, de 1871 et des étrangers, surtout espagnols, après 1889). La création de plusieurs villages de la colonisation officielle ou privée donne une impulsion à la culture des céréales et des légumes secs, des vergers, des orangeraies sur la basse Tafna et d'olivettes à Hennaya, au Nord de Tlemcen. Mais c'est la création de vignobles de qualité et la vente des vins en France par le port d'Oran23 qui impulsera la croissance de la région en multipliant les emplois dans le travail agricole, l'artisanat et le commerce, l'hôtellerie et la restaurati on. De son côté, l'économie des Musulmans s'est transformée, avec la diminution de l'élevage, les progrès de la culture du blé et la création de nouveaux vergers et d'olivettes dans la banlieue de Tlemcen. Une différenciation sociale intervient qui distend le tissu des solidarités familiales traditionnelles et se retrouve aussi dans le mode de vie et l'habitat. La ville à lafin du siècle: le cadre transformé. Située sur un plateau au pied des rochers presque à pic de Lalla Setti qui la dominent au Sud, Tlemcen se trouve à 830 mètres 14

d'altitude et domine la plaine d'Hennaya. Grâce aux sources et aux rivières abondantes dans la région, la campagne conserve tout l'été une végétation verdoyante entretenue par les irrigations, établissant un contraste avec les terres nues, desséchées et brûlées des régions VOISInes. Chef lieu d'une sous-préfecture de 28 204 habitants, dont 3 601 Français et 3 430 Israélites, Tlemcen est enserrée dans ses remparts de 1852, qui permettent la circulation des troupes sur les boulevards extérieurs, de la caserne des Chasseurs à la porte de Sidi Boumedine. Comparé au plan dressé par le capitaine Chaubert en 184324,la ville, établie sur l'ancienne Tagrart, a peu changé dans sa structure originelle et les cinq quartiers possèdent des traits particuliers: Au Nord Ouest, le quartier européen. Construit sur les ruines du quartier de Tafrata, détruit en 1842 et à partir des axes Nord-Sud (Boulevard National - Rue de Paris) il groupe la préfecture, le Tribunal civil, la prison, la gendarmerie, l'église, la Banque d'Algérie, le collège et les écoles. Un large boulevard national, mène de la Porte d'Oran à la Place Bugeaud puis, par la rue de France à la Mairie. Les rues, à angles droits, débouchent sur des places aérées et fleuries, bordées de boutiques françaises, avec des noms évoquant la présence européenne et l'implant colonial dans la vieille cité (Cavaignac, Bugeaud, Paris, France, Eugène Etienne, Lamoricière ). Au centre, le quartier juif ou mellah, avec son dédale de ruelles et d'impasses, ses maisons basses, obscures, humides et surpeuplées, ses boutiques de tailleurs et d'artisans, autour de la Grande Synagogue. Au Sud, le Méchouar, quartier militaire entouré d'une enceinte fortifiée, groupant l'hôpital militaire, les casernes et entrepôts, forme avec la caserne turque restaurée de Gourmella au Nord et la caserne des Chasseurs à l'Ouest, une chaîne donnant à Tlemcen son caractère de ville de garnison. L'ancien quartier koulougli a été amputé de sa partie orientale (École arabe française, medersa, caserne des Chasseurs) mais la préservation d'édifices religieux (Mosquée de Sidi Bel Hassen, transformée en Musée, Mosquée et Qoubba de Sidi Brahim (XIVe siècle), Mosquée des Ouled el Imam (XIVe siècle), tombeau de 15

Sidi Maâmar ben Alia...), de rues et d'impasses, avec ateliers d'artisans et boutiques, ont évité sa disparition. À l'Est de la Grande Mosquée et du Boulevard Halaoui et jusqu'à la Porte du Sud, l'ancien quartier Hadar est traversé de rues nouvelles facilitant la circulation, des places aux Portes (rues de Mascara, de Lamoricière, de Sidi Bel Abbès) mais il conserve son aspect traditionnel, avec ses boutiques de petits marchands et d'artisans, ses fondouks et ses terrains vagues. De la Qaïçaria chrétienne, entre la Grande Mosquée et Ksar el Bali, l'ancien Palais des rois de Tlemcen, il ne reste que quelques vestiges -sur les ruines du Palais et d'une petite mosquée, la Municipalité a construit, en 1904, un Marché couvert - et des rues de boutiquiers et d'artisans. Le développement de l'activité économique et commerciale a permis, en favorisant la promotion des commerçants, fonctionnaires juifs et celle de notables musulmans, la création de zones de contact avec ses rues, ses places et ses immeubles mixtes, sans bouleverser cependant l'ordre traditionnel. Ainsi, malgré les transformations intervenues, Tlemcen n'a pas été mutilée, une grande partie de ses habitants n'a pas été parquée, comme à Mascara, dans un quartier nègre (Baba Ali) et dans son ensemble, Tlemcen conserve à la fin du siècle, le cadre et bien des aspects de l'ancienne capitale du Maghreb central25. Elle deviendra aussi l'un des pôles de sa renaissance. Des sociétés juxtaposées. Malgré l'existence de lieux de sociabilité: écoles, services publics, marchés, places, cafés et commerces, à Tlemcen, vivaient des populations différenciées par les revenus, la fonction sociale, les pratiques religieuses, les rapports avec l'administration et la représentation au sein des organismes du pouvoir.26 a) les Européens Assurés du caractère irréversible de leur installation, de leur supériorité culturelle et matérielle ainsi que de leur appartenance à une province de la France, ils occupent une place dominante dans l'agriculture (légumes secs, fruits et céréales), l'élevage, le négoce des cuirs, les transports, la petite industrie. Ils sont aussi nombreux dans l'enseignement, l'administration, la banque et le comptoir 16

d'escompte, la poste, la gendarmerie et la caserne. Toutefois cette activité reste limitée, et en l'absence d'implantation industrielle, le salariat est modeste. Les Européens constituent un bloc séparé des Musulmans mais ils ne forment pas une société homogène. Les Français de souche qui se sont installés sur les terres du beylick (province) et font partie des cercles du pouvoir se démarquent par la fortune, le métier exercé, la langue parlée et le niveau culturel, les pratiques religieuses et le mode de vie des Espagnols, méditerranéens catholiques naturalisés, turbulents et braillards qui introduisent dans l'Oranie les traditions de la Reconquista. Le rattachement à la communauté d'origine détermine, plus que l'appartenance à un métier ou à une classe sociale, les regroupements par rues, les fréquentations, l'adhésion à des groupes politiques et à des clientèles qui s'affrontent dans les campagnes électorales, législatives ou municipales. Cette société compartimentée retrouve toutefois son unité pour tenir les Juifs, devenus français après le décret Crémieux de 1870, à l'écart de l'administration, car dans un pays colonial, c'est la filière de la promotion sociale. L'opposition entre espagnols et Juifs présente un vif intérêt pour la connaissance de la vie politique de I'Oranie27. Les Espagnols forment l'essentiel des Français naturalisés (2 488) et des étrangers (706) sur une population européenne de 12 325 habitants (la population de Tlemcen ayant peu évolué: 35 382 en 1901,39 757 en 1906,39 874 en 1911, nous utiliserons les chiffres de ce dernier recensement, plus précis). Mais ils sont majoritaires en Oranie (93 412 naturalisés + 93.360 étrangers, soit 186 772 environ sur un total de 322.651. Le chiffre est plus important si on le rapporte aux seuls Français d'origine: 97 079 et aux Juifs d'Oranie : 30 095 (Dechaud). Majorité démographique28, les Espagnols occupent de fortes positions dans les secteurs liés au vignoble, l'agriculture, l' artisanat, la pêche, le bâtiment et les travaux publics, les chemins de fer29. Leur poids social et politique s'est accru avec les positions occupées dans les municipalités et les syndicats comme avec les liaisons maintenues avec le Rif et l'Espagne. C'est toute une histoire longue qui ressurgit: celle de la dernière phase de la Reconquista, marquée par l'expulsion des Juifs et des Maures et l'installation de présides à Tanger et à Oran30. 17

b) Les Juifs.

Depuis la conquête, leur condition a bien évolué. L'Alliance Israélite Universelle a accordé un intérêt particulier à Tlemcen, où la communauté, très structurée et bien dirigée par des rabbins et des laïcs, appartenant à l'aristocratie religieuse du Mellah (quartier juif), avait conservé de son passé andalou un fonds culturel qui lui permettait de vivre en symbiose avec la communauté musulmane31. La fréquentation des écoles de l'Alliance puis des écoles françaises par des enfants juifs de toute condition, leur a permis d'accéder à la langue et à la culture des colonisateurs. Lettrés en français, les enfants qui l'étaient aussi très souvent en arabe, en hébreu et en espagnol32, formèrent une élite de caractère nouveau au sein de la communauté. Groupe social et culturel entre deux sociétés qui coexistaient sans violence mais de façon séparée, « l'émancipation» deviendra complète, quand le décret Crémieux de 1871 accorde, en bloc, la nationalité française aux Juifs. Si les couches populaires continuent à vivre dans le mellah et à exercer les métiers traditionnels dans le commerce et l'artisanat (ferblantiers, forgerons, cordonniers33), les plus riches et les diplômés s'installent dans les quartiers neufs. Ils ouvrent des commerces de vêtements, de tissus et de chaussures, des épiceries et des bijouteries. Ils occupent de fortes positions dans les professions libérales (médecins, dentistes, pharmaciens, avocats) et ils investissent la fonction publique (instituteurs, agents de bureaux, greffiers, postiers, interprètes). La rapide promotion sociale et culturelle des Juifs entraîne de vives tensions avec les Espagnols, en particulier pendant la période des élections municipales, législatives et aux Délégations Financières. Le poids de l'électorat juif (50 % environ des inscrits) est sans doute, le facteur le plus lourd de l'antisémitisme en Oranie : émeutes antijuives en 1881, 1885, 1896-1897, création des différentes ligues antijuives. Par réaction les Juifs adhèrent aux loges maçonniques, aux syndicats et au parti socialiste. L'antisémitisme, virulent pendant les périodes électorales, recouvre une autre crainte: la perception du danger de « l'émancipation» des Musulmans, à partir de l'exemple des Juifs. Tlemcen représente un laboratoire idéal pour établir cette double relation, parce que les Juifs, mieux qu'à Oran, à Alger ou à Constantine offrent le modèle le plus réussi de l'émancipation 18

sociale et politique d'une composante de la société algérienne, dans la préservation de son identité culturelle et religieuse, des racines profondes qui la rattachaient au monde sépharade34. Ce modèle alimentera la réflexion des Jeunes Algériens, tentés par l'assimilation et l'abandon de leur statut personnel. D'un autre côté, beaucoup d'Algériens comme Messali Hadj ou Ben Bella, qui connaissaient les origines berbères des Juifs et leur apport à la culture andalouse, manifesteront une répulsion pour le fascisme et l'antisémitisme, en 1934 et ils regretteront que les Juifs, composante millénaire de la population du Maghreb, ne participent pas avec eux à la lutte contre le colonialisme. c) Les Musulmans L'évolution est aussi nette, même si le code de l'indigénat a écarté toute loi de naturalisation collective. Les profits de l'agriculture, de l'élevage et du commerce ainsi que la formation de domaines privés sur les anciennes terres tribales ont renforcé le poids social de la bourgeoisie commerçante et des petits industriels. D'autant que les lettrés et les diplômés qui sortent de l'école franco-arabe et de la medersa35, les instituteurs passés par l'École normale de la Bouzareah36, les fonctionnaires et les membres des professions libérales, porteurs d'une notabilité nouvelle, en sont issus ou se trouvent, par suite des stratégies matrimoniales, associées. Les recensements comparés de la population avant la guerre soulignent deux tendances: - une progression dans les communes agricoles, surtout mixtes, de l'arrondissement: Sebdou, Nedroma, Remchi) 37 - une faible progression de la population (intra-muros et de la commune). C'est cette stabilité qui permet encore de distinguer, en fonction des héritages du passé (et selon des critères moins ethniques qu'historiques, fonctionnels et sociaux), les différentes composantes de la population. Dans les recensements, les Algériens sont classés dans la rubrique « Indigènes» et une distinction est faite entre les Arabes, les Berbères, les Marocains, les Tunisiens et les autres. Mais dans la première étude générale faite sur « la population musulmane de 19

Tlemcen », Alfred Bel conteste cette classification et préfère parler de « trois groupes ethniques» principaux: 1. Les Nègres. Anciens esclaves, venus du Touat et du Soudan (les guenaouiya : guinéens), ayant gardé leurs dialectes et leurs rites magiques, peu nombreux et souvent au service des riches familles. 2. Les Hadar (au sing.masc, hadri) « citadins» ou « maures» qui sont: « le produit des croisements successifs de l'élément berbère autochtone avec les divers conquérants qui se sont succédés dans l'Affique septentrionale. L'influence berbère domine; on la retrouve non seulement dans le type ethnique des individus, mais encore dans le dialecte arabe qu'ils parlent, ainsi que dans les croyances et les mœurs populaires38. »

Sur ce fonds, s'est surajoutée une composante andalouse, avec l'arrivée des Maures, chassés d'Espagne. Soulignons deux points: l'épaisseur du socle berbère et l'islam comme ciment des différentes composantes d'une population, attachée comme les cités grecques ou les républiques italiennes, à leur cité-patrie39. 3. Les Koulouglis. Issus du croisement des Turcs avec les femmes indigènes, «Ils sont généralement blancs de peau, leur teint est coloré, leur figure ronde et pleine; ils ont souventleurs yeux bleus ou clairs et les
cheveux châtains ou blonds40. »

Leur appartenance à l'aristocratie militaire et la fonction exercée au sein du Beylik les ont séparés des Hadar. Au moment de la conquête, ils se sont aussitôt alliés avec les Français. Après 1842, I'hostilité est moins vive, mais une inimitié latente persiste. Ils habitent dans des quartiers séparés de l'ouest et du Sud-Est de la ville, avec mosquées et tombeaux distincts et s'unissent rarement par le mariage41. Le cadre colonial, en déclassant les uns et les autres, a atténué les oppositions et les cloisonnements, établi de nouveaux espaces de rencontres dans les écoles, les services publics, les cercles, les cafés ainsi que de nouvelles solidarités et des thèmes unifiants (la défense de la Turquie, le refus du Code de l'indigénat et de la conscription, du contrôle des mosquées par le pouvoir, etc.)

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Quand Messali fait ses premiers pas à Tlemcen, la ville a été marquée par la colonisation. Mais elle est restée une ville arabe, diversifiée socialement mais encore modelée par le passé d'une capitale ouverte sur le monde méditerranéen, tolérante envers les Juifs et les Chrétiens.

Notes 1. Bargès (Abbé), savant hébraïsant et arabisaant. « Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nom », Paris, 1859; Et-Tenessi Imam Cidi Abou-Ab' Allah Mohamed. « Histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen », traduit par Bargès, P.Duprat, 1852, 170p.; Piesse (Louis). « Algérie et Tunisie », Col. des Guides-Joanne, Hachette, 1891.(Introduction. Aperçu géographique et historique, XXXVILXXXXII) ; Janier (Emile), successeur de Philippe Marçais à la direction de la Médersa de Tlemcen en 1945 : « Bibliographie des publications qui ont été faites sur Tlemcen et sa région », Revue Africaine, 1949, pp.314334. 2. Grands chameliers venant du Sahara occidental (l'Adrar de Mauritanie), les Almoravides (1056-1147) ont construit un empire qui s'étendait de l'Andalousie au royaume noir de Ghana. Ibn Tachfin mettra le siège devant Alger (1082), mais ne s'attaquera pas à la Berbérie orientale et au bloc kabyle des Hammadites. Julien (Charles-André). « Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830 », Payot, 1994, pp. 420-424 ; Marçais (Georges». « La Berbérie musulmane et l'Orient au Moyen Age », Aubier, 1946, III, Ch.!. Les Almoravides. L'ascension du Maghreb. 3. Marçais (Georges). « Manuel d'art musulman », 2 vol. Paris, 1926-1927, Ip.301. 4. Marçais donne en exemple les mosquées de trois villes: Séville, Rabat et Marrakech, dont les trois tours sœurs: la Giralda, la Tour de Hassan et le minaret de la Koutoubya attestent l'unité de style. 5. Le Toumeau (Roger). « La vie quotidienne à Fès en 1900 ». Paris, Hachette, 1965, 304p. (Fès et les villes musulmanes). Importance de l'étude du couple Fès-Tlemcen: histoire et civilisation commune, influence de Fès sur l'histoire de Tlemcen, depuis Algésiras, souligne le rôle différent joué par les élites dans les deux nationalismes, éclaire les relations Istiqlal-ALN pendant la guerre. 6. Barges (Tlemcen)- Brosselard (op.cit)- Marçais G et W (op.cit)- Piesse (op.cit)

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7. Ibn Khaldoun. « Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes », trade De Slane, Alger, Imprimerie du gouvernement, 1855 à 1858 , T.II, p.70. 8. Julien, op.cit, pp.448-481 ; Marçais. La Berbérie, op.cit, Ch.III, « Les Almohades. L'apogée du Maghreb ». 9. Julien, op.cit, p.482. 10. « L'Afrique du Nord est une place stratégique essentielle dans le monde musulman. Elle est à la fois riche d'horizons et de contacts de civilisations. Elle sert de relais entre l'Orient d'une part, et l'Espagne, la Sicile, l'Occident barbare, le Soudan, de l'autre, entre les pays civilisés et les mondes neufs.» Lombard (Maurice).« L'islam dans sa première grandeur », Flammarion (Champs), 1980, p.75 et cartes. Il. Tinthoin (Robert). « Mers-el-Kébir, le grand port », Oran, Heintz, 1956. 12. Brosselard (Ch). « Les inscriptions de Tlemcen », Revue Africaine, 1861 ; Chouraqui (André).« Histoire des Juifs d'Afrique du Nord », Hachette, 1985, (Ch.VIII. La vie économique). 13. Bel (Alfred). «Histoire des Beni Abd-el- Wad, rois de Tlemcen, par Abou Zakariya Yahia Ibn Khaldoun »,2 vol, Alger, Fontana, 1913 ; Bargès (abbé). «Histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen », Duprat, 1853; Julien, op.cit, pp.511-522; Lacoste (Yves), Nouschi (André), Prenant (André). « L'Algérie, passé et présent », Ed. Sociales, 1960, (Le royaume Tlemcen, pp.127 -130); Piesse (Louis).« Algérie et Tunisie », op.cit.; Tinthoin (R). «Tlemcen, géographie et histoire urbaines». Actes du 86è Congrès national des Sociétés savantes, Montpellier, 1961, Imprimerie nationale, 1963, pp.423-452. 14. Sur le fonctionnement du royaume: Marçais (G). « Le makhzen des Beni Abd el Wad, rois de Tlemcen» (Bulletin de la Société de géographie et d'archéologie de la Province d'Oran, 1940). 15. La Régence était divisée en trois provinces ou beyliks dirigées par des beys: le beylik de l'ouest, autour de Mascara; le beylik du Titteri, autour de Médéa; le beylik de l'Est, autour de Constantine. Le beylik de l'Ouest était découpée en trois commandements: le Khalifa dans la plaine du Chélif et deux aghaliks. 16. Emerit (Marcel).« L'Algérie à l'époque d'Abd-el-Kader », Larose, 1951. 17. Tinthoin (Tlemcen, op.cit, p.442). 18. Pour assujettir étroitement la population, les tribus sont intégrées dans une hiérarchie fiscale et militaire. Il existe un maghzen supérieur, un maghzen inférieur et des tribus raïas (soumises). Les tribus maghzen alliées aux Turcs, n'étaient astreintes qu'au seul paiement de la dîme coranique. 19. Cour (A). «L'occupation marocaine de Tlemcen (Sept. 1830Janvierl836) » Revue Africaine, 1908, pp. 29-61. 22

20. Lecoq (A).« Tlemcen, ville française (1842-1871), 2 vol. Editions internationales, Tanger, 1940. 21. Tinthoin (R). op.cit, p.442 ; « Colonisation et évolution des genres de vie dans la région Ouest d'Oran, de 1830 à 1885. Etude de géographie et d'histoire coloniale. » Oran, Fouque, 1947. 22. Bernard (Augustin). « Les confins algéro-marocains », Larose, 1911. 23. Lespes (R. « Oran », 1938; Bernard (A). « Oran, port du Maroc et du Sahara ». Fouque, 1928. 24. Le plan est reproduit dans le livre de Tinthoin 25. Piesse (Guide p.171-184), Bel (Alfred). «Tlemcen et ses environs », Toulouse, Thiriat, 1923, pp.4-5. 26. Dechaud (Ed). « La population de l'Oranie, d'après le dénombrement de 1911 », Oran, Fouque, 1913. 27. «En 1881 à Tlemcen, les premières ligues antijuives sont créées ». Jordi (Jean-Jacques).« Espagnols en Oranie. Histoire d'une migration, 1830-1914 », Gandini, 1996.Voir aussi «les Espagnols et la crise antijuive », pp.164-176. 28. « En 1896, les Espagnols naturalisés forment le quart des électeurs d'Oranie, le tiers en 1901, les 2/5 en 1906 », Jordi, op.cit.p.161. 29. Jordi, op.cit, (III-Le Rôle économique des Espagnols en Oranie). 30. Braudel (Fernand).« Les Espagnols en Algérie, in «Histoire et Historiens de l'Algérie », Revue historique, 1931, pp.231-266. 31. Chouraqui, op.cit, p.160 ; Shatzmiller (M). « Les Juifs de Tlemcen au XIV è siècle». Revue des Etudes Juives, 1978, pp.171-177; Meyer (A). « Etude sur la communauté israélite de Tlemcen, Alger, 1902, 151p. 32. «Le Second Israël, la question sépharade »- N° spécial des Temps
Modernes, Mai 1979 (articles de Nahon, Zafrani, Ayoun)

- Memmi

Albert

(Juifs et Arabes). Paris, Gallimard, 1974, 219p. - Miege (Jean Louis). « Les relations entre Juifs et Musulmans en Afrique du Nord, XIXè-XXè siècles. Paris, CNRS, 1980, 228p. 33. Durieu (L).« Le prolétariat juif en Algérie », Paris, 1899; Nahon (M). «La communauté de Tlemcen », BEAI, n08, 1903, pp.41-42. En 1900, la communauté de Tlemcen comprend 6 000 âmes, 4 700 naturalisés et 1 300 étrangers, exerçant les métiers suivants: ouvriers et petits commerçants (465), commerçants et employés de commerce (208), fonctionnaires et employés (20) in Martin (Claude).« Les israélites algériens de 1830 à 1902 », Thèse pour le doctorat ès lettres, Hérakles, 1936, p.369. 34. «Le second Israël », Les Temps modernes, 1979, 487p ; Chouraqui, op.cit. ; Benbassa (Esther)-Rodrigue (Aron). « Histoire des Juifs sépharades », Le Seuil, Points/Histoire, 2002, (importante bibliographie).

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35. Médersa (plur : Medares) : Ecole supérieure, université. Ageron (ChR). « Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919), 2 vol. PUF, 1968, T.I Ch XXII. La politique scolaire). 36. Colonna (Fanny). « Instituteurs algériens, 1883-1939 », PNSP, 1975 ; Dupuis (A).« Bouzaréah, histoire illustrée des Ecoles Normales d'instituteurs d'Alger-Bouzaréah », Alger, Fontana, 1938. 37. Recensement 1891, 1901, 1906, 1911, in Demontès (Victor).« L'Algérie économique». T.II-Les populations algériennes, Imprimerie algérienne, 1923. Dechaud, op.cit, p.26. 38. Bel (Alfred). «La population musulmane de Tlemcen », Guethner, 1908, p.2. 39. « Le Tlemcénien est très fier de sa ville natale, il l'aime et ne la quitte pas volontiers; s'il s'en éloigne ce n'est jamais sans esprit de retour. Loin de Tlemcen, il conserve ses habitudes et son parler local. », Bel (A), op.cit, p.56. 40. Bel, op.cit, pp.2-3. 41. Ibidem, p.3.

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