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Mirabeau, les amours qui finissent ne sont pas les nôtres

De
352 pages
1789 a figé l’image de Mirabeau en tribun de la Révolution. On oublie trop souvent la vie romanesque aux mille rebondissements qui fut la sienne avant son entrée en politique. Incarcéré au fort de Joux par lettre de cachet à la demande de son père en raison de son inconduite notoire, il parvient à séduire Sophie, la très jeune épouse du vieux président de la chambre des comptes de Dole. Il s’évade, l’enlève et ils s’enfuient tous deux jusqu’en Hollande où ils passent plusieurs mois dans des conditions assez précaires. Recherchés, poursuivis, ils sont arrêtés et reconduits en France. Mirabeau est prisonnier à Vincennes, Sophie dans un couvent. Grâce à quelques complicités, les deux amants parviennent à échanger une correspondance passionnée de 1777 à 1780. Cependant, malgré une captivité désespérante, Mirabeau reste un homme libre capable d’élargir son esprit aux dimensions du monde, tandis que Sophie ne fait que ressasser leur bonheur perdu. La rupture s’inscrit peu à peu entre les lignes.
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l a B i b l i o t hè q u e dL e v e r’ É v e ly n e
mirabeau «Les amours qui finissent ne sont pas les nôtres»
L e t t r e s à S o p h i e d e M o n n i e r 1777-17 80
LETTRES DE MIRABEAU À SOPHIE DE MONNIER
GABRIEL DE MIRABEAU
« Les amours qui finissent ne sont pas les nôtres »
LETTRES À SOPHIE DE MONNIER
17771780
ÉDITION ÉTABLIE ET ANNOTÉE PAR JEANPAUL DESPRAT
La bibliothèque d'Evelyne Lever Tallandier
© Éditions Tallandier, 2010 2, rue Rotrou75006 Paris www.tallandier.com
SOMMAIRE
Introduction,par JeanPaul Desprat
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Lettres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Index des noms de personnes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Faune et centaure
INTRODUCTION
I. MIRABEAU AVANTSOPHIE
« Que l'immoralité de ma jeunesse a fait de tort à la chose publique. »
Mirabeaul'« Hercule », selon Goethede la Révolution est entré dans la vie publique avec toute la force de sa conviction et de son audace, mais aussi avec toute son énergie sensuelle. Celui que l'on décrit comme un homme irrémédiablement laid fut l'un des plus grands séducteurs de son époque. Tout jeune, déjà, il effrayait quand on le voyait, mais il fascinait à peine avaitil commencé de parler ou de chanteril avait en effet une voix magnifique et ce sera d'ailleurs l'une de ses armes les plus constantes pour séduire les femmes. Un premier témoignage est donné par Mme de Sigrais, alors qu'il n'a pas quinze ans : « On le fuit à le voir, on s'arrête à l'écouter. » D'emblée, le jeune Mirabeau a compris que l'un des premiers ressorts de la séduction est la hardiesse. On peut toujours compter, pensetilidée charmante et terriblement française, sur l'infinie bonté des dames : « Les femmes sont si bonnes que les laids en ont au moins autant que les beaux. » Adolescent, il médite cette phrase de Du Guesclinautre grand laid, dont le principe en matière de conquête amoureuse ne différait guère de celui qu'il mettait en œ: « uvre pour investir les places fortes Puisque suis bien laid, être veux bien hardi. »
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LETTRES DE MIRABEAU À SOPHIE DE MONNIER
Gabriel Honoré Riquetti de Mirabeau est né en 1749, près de Montargis, avec un fil sur la langueun freinqui, selon l'accou cheur, risquait de l'empêcher de parler, mais aussi avec un pied tordu et une tête disproportionnée, qui lui firent encourir dès sa naissance la haine d'un père extravagant, le marquis Victor de Mirabeau, physiocrate, expérimentateur agricole, écrivain et par dessus tout gardien sourcilleux des traditions familiales. Pour lui, rien n'importait tant que le respect de l'adage s'appliquant à sa famille : « Les Mirabeau, tous corps de bronze et têtes ingouver nables. » À défaut de belle apparence, le jeune Mirabeau sera effec tivement ingouvernable ; en revanche, il fera mentir son accoucheur en remplissant de sa voix formidable les prétoires de la Révolution, cette voix dont, au lendemain de sa mort, dit Sieyès, « les députés orphelins cherchaient encore dans l'air les éclats ». Pour le pied tordu, c'est par les exercices physiques dans la pension de l'abbé Choquart, où l'on pratiquait l'éducation « à la prussienne »boxe et natation dans les eaux froides de la Seine, qu'il se guérira, acquérant ce corps d'athlète, ces cuisses musclées de centaure qui, avec sa haute taille, feront très vite pétiller l'œil des demoiselles. Restera la tête, énorme, disproportionnée, affreuse, sur laquelle, lorsqu'il porte ses cheveux au naturel, il se plaît à faire foisonner une énorme tignassecette « » dont Victor Hugo, leterrible hure peignant à la tribune de l'Assemblée dans ses derniers discours, dit : « Elle paraît à la brèche et pétrifie encore les assaillants. » Il la portera audessus de toutes les autres et ce sera celle d'un faune. La petite vérole y avait imprimé ses marques lorsqu'il avait trois ans et sa mère désireuse d'en effacer les cicatrices, croyant bien faire, lui avait appliqué le baume d'un charlatan qui eut pour seul effet de le laisser irrémédiablement « crotu », avec une peau levée et bour souflée, ressemblant au cuir d'un crocodile. Faune par le haut, centaure par le bas, avec, comme le dit SainteBeuve, « une physionomie qui, exprimant tout, triomphait de la laideur », tel sera Gabriel, celui que le peuplepour le distin guer de son frère devenu énorme, MirabeauTonneauappellera, à cause de sa figure constellée de cratères, « Mirabeau, le grêlé ». Voilà comme il sera armé pour traverser les quarantedeux années d'une vie pleine de passion et de fureur.
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