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Montevideo1888-1889

De
394 pages
A la fin du XIXème siècle, l'époque des explorateurs est révolue, mais les Européens avaient encore beaucoup de choses à apprendre sur le Nouveau Monde. Ce fut le cas de Stéphane FLeury, qui, pendant un séjour d'à peine plus d'un an, a noté scrupuleusement tout ce qu'il apprenait sur le bassin du Rio de La Plata, principalement sur l'Uruguay, où il était secrétaire d'ambassade. Il s'est attaché à évoquer les traditions locales, civiles ou religieuses, à faire les portraits des hommes politiques et des personnalités qu'il a fréquentés.
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MONTEVIDEO
1888-1889 Stéphane Fleury Un diplomate face au Pampero

Jean HUBERT-BRIERRE

MONTEVIDEO
1888-1889 Stéphane Fleury Un diplomate face au Pampero

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

cg L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4246-7

REMERCIEMENTS Toute ma gratitude va d'abord à Yvonne Masson, née Fleury, pour m'avoir fait partager le culte de notre grand-oncle Stéphane, qui n'avait pas hésité à s'expatrier au lieu de suivre les traditions professionnelles de la famille, et m'avoir confié les carnets de notes du diplomate, qu'elle avait soigneusement conservés. Elle va ensuite à Raymond Césaire, ambassadeur de France, qui a servi en Amérique Latine, connaît Montevideo et m'a encouragé à publier, de même qu'à mes enfants et petits-enfants, plus compétents que moi en informatique et en photographie. Elle va aussi à monsieur Juan Alvarez Marquez de l'ambassade de l'Uruguay à Paris, qui m'a aidé de ses conseils, aux archivistes du quai d'Orsay, des Archives Nationales, aux techniciens du Muséum d'Histoire Naturelle et à Météo-France, qui m'ont donné accès aux documents, qu'ils possèdent sur l'Amérique du Sud.
Jean HUBERT-BRIERRE

INTRODUCTION Stéphane Fleury avait tenu des carnets pour son propre usage et l'information de ses deux frères. Il n'envisageait pas de publication et se contenta d'indiquer les dates des évènements. Devant l'intérêt des observations et des réflexions, qu'il a consignées pendant cette période, son petit-neveu, Jean HubertBrierre a ouvert des chapitres, apporté des compléments d'information et introduit diverses illustrations. Il a ajouté une seconde partie, qui décrit la personnalité de Stéphane Fleury et éclaire le lecteur sur les particularités de la vie en Amérique du Sud, à la fin
du XIXèmesiècle.

Le document se termine par une courte conclusion.

PREMIÈRE PARTIE

CARNETS DE NOTES , DESTEPHANEFLEURY

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Portrait de Stéphane

Fleury

CHAPITRE I
BAGAGES DE STÉPHANE CAISSES: 4 caisses enregistrées: 1 caisse gabare 1 caisse bois appareil 1 caisse bois plaques 1 caisse longue pour pied de l'appareil 1 caisse sapin carrée MALLES ET VALISES 1 malle cabine 1 valise cuir et toile 1 sac cuir DIVERS 1 étui à parapluie 1 paquet couvertures 1 carton à chapeaux 1 chaise pliante FLEURY

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De Bordeaux à Montevidéo

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CHAPITRE II
VOYAGE DE BORDEAUX À MONTEVIDEO SUR LE NIGER, VAPEUR À VOILES

20 mars 1888 : mardi Parti vers 5 heures du soir de Pauillac; au dîner placé à la table du commandant. Aussitôt le départ, cela va bien dans la rivière. Couché à 10 heures. Réveillé par le roulis. On danse. Malgré cela, je dors. 21 mars: mercredi, 2djour

A 6 heures, je me lève, mais je me recouche de suite. A 8 heures et à 9 heures, nausées. Je reste couché toute la journée, sauf un instant, où je vais sur le pont, mais je reviens de suite. Pris du bouillon, du thé et des gâteaux. La nuit roulis, paquets de mer; la vaisselle, les malles, tout danse. Je me cramponne à mon lit, pour ne pas tomber. Je ne me sens plus malade, mais j'ai la tête vide. Point du 21 mars à midi: Latitude: N 440 34' ; Longitude ouest de Paris: 70 56' ; Distance parcourue: 237 milles; A parcourir pour arriver à Vigo: 230 milles.

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De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles

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Escale à Vigo
22 mars, jeudi, 3ème jour

Arrivé dans la baie de Vigo vers 6 heures et stoppé en vue de la ville vers 7 heures. Beaucoup de mouettes. La brume cache les montagnes environnantes. Il y a trois passes formées par deux îles. Nous entrons par celle du nord. Départ sur une barque pour Vigo, vers sept heures, aussitôt la Santé venue. Il y a un aviso français, le Gabès dans la rade. Navires de commerce allemands, anglais, espagnols et français. Des marchands, montés sur de petites barques, viennent vendre des oranges, fruits divers aux passagers, qui sont restés à bord. En un petit quart d'heure, nous arrivons à Vigo, où nous trouvons des émigrants espagnols, que nous emporterons tantôt. Départ de Vigo à midi. La baie magnifiquement éclairée est entourée de collines dénudées, brûlées par le soleil; elle se dirige de l'est vers l'ouest. Dans le bas, des sapins donnent une note de verdure. La passe suffisamment large est protégée à l'entrée par deux îles montueuses. Plage de sable. Au fond de la baie sur le côté sud, la ville s'élève en amphithéâtre sur une colline de granit. Elle est dominée par un fort, d'où on a une vue superbe sur la rade et les environs: maisons blanches avec miradors. Le mirador est un balcon vitré; c'est notre jardin d'hiver en France, mais les pauvres en ont. Il commence au premier étage et monte jusqu'au toit. Il couvre toute la façade de certaines maisons. La ville n'a rien de remarquable par elle-même. Au marché : des oranges, des légumes et des poulets, ceux-ci ouverts en deux avec une graisse jaune peu appétissante. Les femmes sont pieds nus, assez sales, en jupons, foulard sur la tête, quelques jolis types. La cathédrale est laide et cela y sent mauvais. C'est un composé d'odeur de vieux cierges, d'encens de mauvaise qualité et d'effluves de mendiants espagnols. Quelques vieilles maisons de granit, avec d'anciennes armoiries sculptées au-dessus des portes, époque du moyen-âge. Colonne, surmontée d'un enfant tenant un drapeau de fer blanc aux couleurs espagnoles, élevée en mémoire d'une victoire remportée sur les Français en 1809.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero Un grand café, très beau, sur la rue principale, près de la nous offre un abri pour écrire nos lettres avant le départ de ville. Un sirop de fraisas, assez bon, paie l'hospitalité que avons reçue. Monsieur Rabourdin, passager, joue du piano la perfection.

mer, cette nous dans

Revenu sur le bateau à 10 heures ~, le déjeuner est presque terminé. Nous devons nous contenter de saucisses au riz et d'un beefsteak aux pommes, bien dur. M. Very, français né à La Havane, m'offre un petit verre de cognac. Photos: l'objectif. Pris une vue de Vigo, mais j'ai le soleil dans

Vers midi, nous sommes conviés pour le lunch (bouillon bien plat et bien clair, saucisson et pain). Nous sortons de la baie, à midi 50, par la passe sud. On longe la côte espagnole; à 2 heures, on en est encore très près. Cette côte ressemble beaucoup à la côte orientale de la Corse, avec ses montagnes nues, ses petits villages blancs, au bord de la mer. A 3 heures, rencontré un vapeur à 2 mâts faisant route vers le nord. Les côtes s'abaissent pour disparaître à 3 heures 45. Je me livre aux douceurs de l'étude de l'espagnol, sur le pont, étendu sur mon fauteuil, enveloppé dans mon waterproof du Club Alpin. Ensuite: promenade sur le pont et dîner à 5 heures. Il commence à faire chaud à table et le soleil est presque désagréable. La mer roule beaucoup, mais les tables sont garnies et, malgré le violon (planche à roulis), on dîne généralement avec assez d'appétit. La planche à roulis est composée d'un assemblage: nombre de planchettes percées de trous, au travers desquelles passent des cordes. Les planchettes sont perpendiculaires au grand côté de la table et les cordes parallèles. Il y a huit cordes, quatre par convive; deux, qui servent à retenir verre, carafe et bouteille, sont plus hautes. Les deux autres, presque au ras de la table et plus espacées, servent à tenir les assiettes. Je ne désire pas rester enfermé dans la salle à manger, où l'on ne respire pas. Je monte donc sur le pont pour y passer un instant, mais il fait bientôt frais. Joint à cela la fatigue de la nuit et de la journée précédente, je me décide à aller me coucher à 9 heures 45.

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles

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Escale à Lisbonne
23 mars, 4ème jour Lever 4 h 1h du matin pour assister à l'entrée dans le fleuve. Rien de visible encore, si ce n'est la clarté des phares, qui indiquent la côte. A 5 h 14, on entre dans le Tage; sur la rive droite une forteresse, de style mauresque, surmontée d'un phare. Sur la rive gauche, un fort de forme ronde comme en Italie. Il est armé d'un canon. Un phare éclipse, construit à l'extrémité d'un banc de sable, à droite, indique l'entrée du fleuve. Sur la rive droite, une ancienne grande manufacture. forteresse servant de

L'aspect de la rive droite est enchanteur: colline verdoyante couronnée de frais bosquets, villages avec des maisons disséminées. La rive gauche, nous l'avons vu, n'est qu'un banc de sable terminé par le phare et que la mer basse doit laisser sans doute à découvert. En arrière plan, sur la rive droite, de hautes montagnes forment le fond du décor. A 5 h 45, nouveau phare, forteresse à tour ronde. Dans. de bien vieilles murailles grisâtres, une sorte d'obélisque rouge et blanc, une maison de campagne en briques et pierres, puis un aqueduc de pierres à voûtes pleines. La côte s'abaisse et laisse apercevoir un grand pays tout blanc. A micôte, beaucoup de moulins. A 6 h, la rive gauche s'élève à son tour; on aperçoit (rive droite) une immense construction blanche sur la hauteur. Cela ressemble à une grande caserne. C'est plus que simple comme décoration. C'est le palais du roi. On voit les tours et coupoles de Lisbonne. Le soleil se lève au milieu du fleuve et dore la ville de ses éclatants rayons. Une plage avec des cabines de bains, puis une haute tour carrée: Belém. Dans le fond de la rade beaucoup de grands navires. Rive gauche: c'est le lazaret. de hautes murailles jaunâtres en terrasses,

Rive droite: champ de courses avec ses tribunes. A 6 h 14,visite de la Santé, dans un vapeur très beau et très propre: le Born successo.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

Une longue galerie, effondrée par le milieu lors d'un tremblement de terre, et une église: c'est l'abbaye de Belém. A 6 h 40, on est en face de la ville. On suit la rive gauche, on rencontre l'escadre cuirassée anglaise avec l'Iron Duck, le Monarch, le Demcomb, etc. Puis le Tage s'élargit et devient une mer. C'est la mer de Paille. La ville est construite sur plusieurs collines. Vers le centre, des quais; au bord du fleuve est construit un immense bâtiment, avec une porte monumentale au milieu. A 7 h, le bateau s'arrête. Débarquement à 7 h ~; pris un petit bateau, discussion avec les bateliers, les uns veulent 5 francs, les autres 2 francs. Nous prenons un de ces derniers. Un de ceux, qui voulaient 5 francs, nous laisse tomber son amarre sur la tête; 3 chapeaux défoncés, le mien est tout sali. Les quais sont ruinés. C'est en triste état! Grandes constructions blanches et jaunes, hôpital de la marine, couvent de Santa Clara avec l'église S. Vincent, où sont enterrés les rois. A 8 h, débarquons place du Commerce: statue de Joseph 1er,en bronze. Il y a des arcades comme dans la rue de Rivoli. Un grand arc de triomphe, élevé aux Vertus. Le marché couvert, très proprement tenu, la viande bien découpée, légumes, fruits, fleurs. Les rues sont assez larges, traversées traînés par des mulets. La place Don Pedro IV avec une colonne. Beau boulevard, avec la colonne, élevée en commémoration de l'indépendance du Portugal en 1640, date de la séparation avec l'Espagne. Sur la colonne inscription: Villa Vicoza 1665. Sur ce boulevard, avenue de la Liberté, créé tout nouvellement, sont plantés d'arbres de Judée, de yuccas. Puis se dressent des fontaines, jets d'eau. Pris le funiculaire (ascensor), chemin de fer comme à Budapest. On arrive par ce moyen sur une plate-forme, terrasse, d'où on a une belle vue sur les versants de cette sorte de vallée avec des couvents immenses. Petits jardins publics avec bustes de marbre. par des tramways

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles Place du Prince Royal: beau jardin avec de gros dattiers.

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Quantités de vacheries où l'on trouve du lait frais; dans les rues, chevriers conduisant les chèvres comme à Paris, vachers conduisant les vaches et vendant le lait à domicile. Sur la place du Prince Royal, on se rend beaucoup mieux compte de la physionomie de la ville qui s'élève sur plusieurs collines. Monument de Camoefis, belle statue de bronze, sur une place pavée en mosaïques. De là nous redescendons nous déjeunons. pour aller à l'hôtel central, où

De bonnes oranges au menu. Nous prenons ensuite une voiture pour nous faire conduire à Belém. Notre carrosse, dans lequel nous étions sept, se brise en route: nous sommes obligés d'emprunter un tramway pour revenir au port prendre le petit bateau, qui nous ramène à bord. Déjeuner à 1 h 1/2. Cet accident est la raison que nous n'avons pas visité Lisbonne dans les autres parties. Le brouillard, qui s'était levé ce matin avec le soleil, tombe en pluie fine. Cela gâte tout le paysage et m'empêche de prendre des vues photographiques. Les bateaux de pêche ont la forme des trirèmes antiques. La proue se termine en bec. Ils ont deux mâts. Les voiles sont de couleur jaune, presque orange. Les mâts sont peints en vert. La proue est bleue, blanche et rouge, même les cordages, qui sont bleus et blancs. Départ à 3 h : pluie fine. Beaucoup de vent et de roulis. On ne peut pas jouir de la vue de la rade à cause du brouillard. L'Angleterre a su imposer son style (palais du roi, comme la monnaie, les uniformes), On voit encore le casque allemand pour l'infanterie. Le costume des femmes du port est original: un chapeau de feutre noir à larges bords recouvre un gros fichu, qui enveloppe la tête; les jupes sont relevées par un cordon sur les hanches, au-dessus de la taille. Les pieds sont nus. Les hommes ont un grand bonnet de laine noire. 24 mars: samedi, 5ème jour Journée vide d'incidents. On ne voit plus de terre, on n'aperçoit que la mer et elle se fait surtout sentir: Le navire roule

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

beaucoup: quelques malades. Heureusement, je ne suis pas de ceux-là. Vers 4 heures, nous contemplons un curieux spectacle donné par les marsouins, qui viennent jouer autour du bateau. Point du 24 mars à midi: Latitude nord: 340 41' ; Longitude ouest de Paris: 13046'; Distance parcourue: 267 milles; Distance à parcourir pour arriver à Dakar: 1278 milles. Nota: on parcourt en général 320 milles en 24 heures 25 mars: dimanche, 6ème jour

La nuit a été assez mauvaise. Je suis habitué au roulis et cela me laisse indifférent, mais les passagers de Lisbonne payent leur acclimatation et sont assez malades. Je me couche à Il heures moins le JA. A onze heures, c'est le règlement, on éteint les feux. Lorsque le jour arrive, il faut absolument se lever, car l'odeur de l'intérieur du bateau est absolument insupportable. Rien de nouveau à bord. On aperçoit une sorte de mouette et c'est tout; pas un seul bateau en vue. Vers midi, nous sommes à la hauteur d'Agadir (Maroc), Il commence à faire chaud. La mer est belle et l'on roule un peu. Grande conversation avec M. et Mme Régis d'Oliveira. R. d'Oliveira va au Paraguay comme ministre résident du Brésil. Mme d'Oliveira est brésilienne, mais elle est venue à 6 ans à Paris et a été élevée au Sacré-Cœur. Ses parents habitaient à Paris, rue de Monceau. Ils ont été à Berlin et connaissent de Courcel, d'Aubigné, Labouret, Defrance. Ils ont plusieurs enfants, Raoul, Oscar et Amélie, une charmante petite fille. Ils vont passer à Rio un mois et, de là, rejoindre leur poste par Montevideo.

Passage devant

les îles Canaries
la terre. Ce sont les Canaries, îles dé-

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~ on aperçoit

pouillées, volcaniques, environ 8 îles. La plus grande est Fuerteventura. Elles sont très éloignées. On passe au milieu d'elles. On doit apercevoir à l'ouest Ténériffe et le pic, mais il faut du beau temps et il y a un peu de brume.

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles Point du 25 mars à midi: Latitude nord: 29°56' ; Longitude ouest de Paris: 16°07'; Distance parcourue: 308 milles; Distance à parcourir pour arriver à Dakar: 970 milles; A 3 h lh, 20° 5 centigrades à l'air et à l'ombre.

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h ~, à la fin du dîner, au coucher du soleil, on aperçoit

à 100 milles à l'ouest le pic de Ténériffe (3.300 mètres de hauteur, comme l'Etna), sorte de pyramide tronquée, toujours enveloppée de nuages, qui empêchent de voir la neige dont elle est encore couverte à cette époque. Plus au sud, mais plus près de nous, la grande Canarie, Santa Cruz. Un vapeur nous croise: c'est le premier depuis longtemps. Nous avons été favorisés pour voir le pic. L'agent des postes, qui est passé devant 30 fois, ne l'a vu que 4 fois. 26 mars, lundi, 7èmejour La mer est calme, la nuit a été bonne; pas de coup de roulis appréciable pour le passager de 7 jours: le matin, je prends un bain d'eau de mer tiède; les cabines de bains sont très bien installées, très claires, larges, aérées, baignoires de marbre, appareil à douches. Point du 26 mars 1888 à midi Latitude nord: 25°11'; Longitude ouest de Paris: 18°25'; Distance parcourue: 311 milles; Distance à parcourir pour arriver à Dakar: 659 milles; Vers 6 h, rencontré un vapeur à 2 mâts vers l'est. Lorsque le soleil se couche sous les tropiques, on voit un rayon, le dernier au-dessus de la mer, qui est vert. La mer devient de plus en plus tranquille. Le bateau remue un peu pour ne pas nous faire perdre cette bonne habitude. Ce calme nous avait été annoncé. C'est la preuve que nous approchons de Dakar. Entre Dakar et Pernambouco, on appellera l'océan la mer d'huile, tout au moins à cette époque de l'année.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

Le soir, il y a de l'orage, des éclairs très beaux à l'horizon, mais le calme dure toujours. L'agent des postes, M. Doinet, nous entreprend, La Tour et moi, pour organiser une fête artistique à bord, mais nous tournons la chose en plaisanterie, malgré M. et Mme Delpech qui tiennent absolument à leur soirée. 27 mars, mardi, 8ème jour Ce matin, la mer est tout à fait calme, devient un bassin. Le lac du bois de Boulogne est certainement plus agité à certains moments qu'ici. C'est à peine si le navire marque son sillage. La température augmente: à 8 h ~ du matin à l'air et à l'ombre, le thermomètre marque 20°. Vers Il h, on voit quelques baleines. On aperçoit d'abord la vapeur, qu'elles lancent par les évents, puis le cétacé sort de l'eau et replonge, en se montrant tout entier. On a vu aussi des poissons volants, mais je n'étais pas là à ce moment. Point du 27 mars 1888 à midi: Latitude nord: 19°57'; Longitude ouest de Paris: 20° 01'; Distance parcourue: 381 milles; Distance à parcourir pour arriver à Dakar: 328 milles. Température: 23°. Quelle différence, presque sans transition appréciable. Nous gelions, il y a huit jours en France. Aujourd'hui, nous avons 23°. La nuit est superbe. La lune et les étoiles ont un éclat, que la vue peut difficilement supporter; à 1 h du matin, on peut lire son journal, mais ce n'est pas celui du jour!

Escale à Dakar
28 mars, mercredi, 9ème jour

A 10 h 1/2, la côte d'Afrique se présente tout à coup. Elle est très basse, quoique ce soit la plus haute sur cette partie de l'Mrique : 115 m. au point le plus élevé. Il y a 3 pointes, chacune avec un phare: lesAlmadies au nord, les Mamelles au centre et le Cap Vert proprement dit au sud. Entre les deux dernières pointes, se trouvent les îles Madeleine. La côte est basaltique, brûlée par le

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles

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soleil. Quelques bouquets sans feuille. Ce sont les baobabs, me diton. Sur la hauteur, quelques maisons disséminées, couvertes en tuiles, d'autres en zinc: ce sont les habitations pour nos infortunés soldats. Elles comprennent poste, baraques, hôpital, lazaret. A Il h ~,on aperçoit Gorée, qui ferme la pointe sud de la baie de Dakar. Dakar est au nord. L'île de Gorée est sur une falaise. Arrivée vers midi à Dakar: nègres, dans des pirogues avec pagaies, qui n'ont pas de cheveux. Beaucoup de milans. Les nègres passent sous le navire, à la nage, pour 10 sous. Le navire stationnaire, frégate-amiral, l'Aréthuse, fait l'exercice à feu à un autre petit navire de guerre à aubes, le Goéland, alors en rade, en compagnie de 5 à 6 bricks. Nous ne pouvons descendre car le commandant met en avant la quarantaine. C'est ce qu'on dit aux passagers, mais il paraît que c'est une mesure de précaution pour empêcher d'aller dans le village, où l'on pourrait attraper des insolations. Photographie: de Gorée. Acheté l'Aréthuse, vue de Dakar avec baobab et vue calebasse, jeté de l'argent. Michel

une petite

m'envoie des baisers. Il priera pour moi « Toi bon blanc, le seul bon
du bateau! ». Deux nègres, Albert et Alphonse, qui restent plus longtemps que les autres, finissent par avoir un costume complet pour deux, des manchettes, un faux-col et une cravate blanche, des gants. Ils sont heureux, mais il y en a un qui n'a pas de pantalon. Il finit par en avoir un beau. Il trépigne d'aise quand on le lui donne. Ils veulent tous avoir des pantalons, quoique et peut-être parce que personne n'en porte. Départ: 5 h lh. Le soir, coucher du soleil superbe et original. Le soleil commence par ressembler: -à un abat-jour en porcelaine, -puis à un casque de lancier, -puis à une timbale bouton ou à un bonnet de juge, -enfin à un chapeau haut-de-forme.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

La nuit arrive et nous finissons par entrer dans cette fameuse mer d'huile. Nous roulons beaucoup, mais nous n'y faisons plus attention. J'ai 32 ans aujourd'hui. 29 mars, jeudi, 1Oème jour

Le matin, je prends un bain. Après la journée d'hier, jour de chaleur, il est nécessaire de se nettoyer. La poussière de charbon a envahi tout le navire. Vu des poissons volants de la grosseur d'un fort maquereau, le dos bleu noir, le ventre blanc, les ailerons paraissant noirs. Cela vole très bien et se dirige. On dirait une hirondelle rasant la surface de l'eau. Quand ils plongent, on croirait voir un projectile qui tombe dans l'eau. Quand ils volent par bandes, cela ressemble à un coup de fusil, chargé à chevrotines, qui tape dans l'eau. Il y a des bancs de plus de 100 individus. A midi, 25° à l'air et à l'ombre, au soleil 35°. Point du 29 mars 1888 à midi: Latitude nord: 11°27'; Longitude ouest de Paris: 22°15'; Distance parcourue: 242 milles; Distance à parcourir pour arriver à Pernambouco : 1467 milles. Nuit assez mauvaise: le bateau roule beaucoup et la chaleur est très forte. A 4 heures du matin, n'y tenant plus, je vais dormir sur le pont, où on est beaucoup mieux que dans sa cabine.

30 mars, vendredi saint,

llèmejour

La table du commandant fait maigre. Point du 30 mars à midi: Latitude nord: 6°59' ; Longitude ouest de Paris: 25°25' ; Distance parcourue: 324 milles. A parcourir : 1143 milles; Thermomètre: 29° à l'ombre à 2 h de l'après-midi; Baromètre. 765 mm. La chaleur est très forte. Le roulis augmente pendant la nuit; beaucoup de malades.

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles

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Nous sommes dans le pot au noir. A 2 h du matin, je vais sur le pont y terminer ma nuit et je rencontre M. Delpech et sa femme, qui y ont passé toute la nuit. C'est ce que je ferai demain, car la chaleur et la mauvaise odeur sont atroces dans la cabine. 31 mars, samedi, 12èmejour 28° de chaleur 766mm au baromètre Le temps est orageux. Il fait lourd. Pas d'air. Nous parions un bœuf qui sera jeté à la mer pour les requins. On a la fièvre. Point du 31 mars: Latitude nord: 2°49'; Longitude ouest de Paris: 28°35'; Distance parcourue: 320 milles; Distance à parcourir Jusqu'à Pernambouco : 823 milles. On danse beaucoup sur le Niger et la chaleur suffocante, l'odeur nauséabonde des cabines, me décident à passer la nuit sur le pont. Il y fait un peu humide, mais avec de bonnes couvertures, on ne s'en aperçoit pas. On a plutôt trop chaud.

Fête à bord
1eravril, Pâques, 13èmejour Nous passons la ligne vers une heure du matin. On profite de la fête de Pâques pour organiser à bord une fête de charité: soirée musicale et artistique, suivie d'une tombola. La fête aura lieu mardi au départ de Pernambouco. Je suis nommé commissaire pour la France. Cette fête se donne à tous les voyages des Messageries au profit de la société de sauvetage des naufragés. Point du 1eravril 1888 : Latitude sud: 1°34'; Longitude ouest de Paris: 31°54'; Distance parcourue: 320 milles, à parcourir: 501 milles.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

Beaucoup de passagers ont le mal de mer. Si cela continue, ce ne sera pas très amusant la fête! On a préparé quelques poissons d'avril. J'ai reçu une missive couverte de cachets du père de la ligne, l'agent des postes. On a envoyé quelques lettres plaisantes aux dames. Quoique ce soit un jour de grande fête, le menu du repas n'a pas varié. La compagnie ne s'est pas fendue. Il y aurait beaucoup de choses à améliorer à bord du Niger: d'abord changer le cuisinier, qui est détestable et ensuite installer une glacière, ce qui devrait être obligatoire. Nous souffrons beaucoup de la chaleur; pas de glace, pour rafraîchir les boissons. Aussi ne buvons-nous pas. La compagnie y gagne sur le vin, mais on ne prend pas d'extra et l'eau que l'on boit est de l'eau de mer distillée. On devrait aussi laisser le salon ouvert pendant la nuit; beaucoup de passagers préfèreraient y passer la nuit, plutôt que de coucher dans leur cabine, où l'on souffre beaucoup de la chaleur. Le soir, je passe mon temps à faire des calembours pour les Brésiliens, qui aiment beaucoup cela:
« Je commande 24 lettres et si j'étais pris, Paris serait pris R, A: Priaoni, Cayabani, Vernass, Topena. Ex: pie à haut nid,

caille à bas nid, ver n'a os, taupe en a. etc. »
Je passe la nuit dans ma cabine où il fait très humide et le vent souffle avec une certaine violence. Vu la croix du sud

sorte de cerf-volant 2 avril, lundi, 14èmejour La mer d'huile, tant de fois annoncée, n'est pas encore arrivée. Nous dansons beaucoup, au contraire ce matin, puis un grain nous rafraîchit un instant, mais bien peu, car la chaleur redouble. C'est un curieux spectacle que de voir approcher la pluie, quand le

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles

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soleil donne. On croirait que c'est de la grêle, tellement la pluie paraît blanche sur l'eau de la mer, qui est toute bleue en ce moment. Autour de la masse d'eau, qui tombe, il y a un arc-en-ciel entier à 7 h 112 matin. Cet arc-en-ciel est produit par l'embrun du qui, transporté par le vent à la surface de l'eau, transforme le demi-cercle en un cercle complet.

Arrivée à Pernambouco
A midi, grand vapeur: 3 mâts, 2 cheminées noires et blanches, en vue à l'ouest. Puis une bande d'oiseaux, qui nous annoncent la terre. Point: 2 avril: Latitude sud: 5°41'; Longitude ouest de Paris: 35°17'; Distance parcourue: 318 milles; Distance à parcourir: 183 milles. Il faut prendre des billets pour la tombola et acheter des lots. C'est ce que je fais. A acheter: Les cours princières d'Europe, le tout Berlin, la cour de l'empereur Guillaume Librairie illustrée, 7, rue du Croissant Jusqu'ici, on avait été à peu près tranquille, mais à 1 h du matin, je suis réveillé par des cris perçants. Une passagère a senti le bateau stopper et a cru qu'on avait touché. Elle s'est précipitée dans le couloir en chemise, croyant qu'elle allait périr. C'était le navire, qui entrait en rade de Pernambouco. Un coup de canon est tiré du bord, ça ne fait pas plus de bruit qu'un coup de genou dans une baignoire en métal, du moins c'est l'effet que ça me produit dans ma cabine. Je m'habille et je monte sur le pont. On aperçoit la côte d'Amérique: montagnes peu élevées, les lumières des phares et de la ville. Je vais me recoucher.

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3 avril, mardi, 15ème jour A 6 heures, je suis sur le pont; la ville paraît jolie, quelques églises, plusieurs tours, surtout une végétation, qui à distance et malgré cette distance paraît être splendide. On ne peut guère distinguer que des palmiers très élevés et d'un vert luxuriant. En effet, nous sommes éloignés du port; nous sommes en rade. Le Niger cale 22 pieds, mais le port n'a que 20 pieds de profondeur. Après les formalités sanitaires, nous profitons du canot du capitaine, mis gracieusement à notre disposition, sur la demande de M. d'Oliveira et en qualité de fonctionnaire français. La mer est calme pour le pays, mais en réalité on danse beaucoup. La descente dans le canot a été assez difficile, même périlleuse: il faut attendre que la lame soit à la hauteur de l'escalier et on est tantôt à 2 mètres au-dessous, tantôt à 2 mètres plus haut. Il faut une ~ heure pour arriver au port. Descente à la douane: le fonctionnaire se montre très aimable pour M. d'Oliveira. Nous en profitons. A 8 heures, arrivée à terre. Nous prenons le tramway, attelé à 2 petites mules. Elles vont au galop tout le temps. Les mules ressemblent bien plus à l'âne qu'au cheval. Les rues sont étroites, comme dans les pays chauds. Les maisons sont hautes et peintes de différentes couleurs (de nuances tendres: verte, rose, bleue, etc.), revêtues de carreaux vernissés, bleus et blancs. Églises très ordinaires (style des Jésuites), sauf l'église des Capucins, la plus belle de l'Amérique du Sud, avec coupole, colonnes de marbre jaune. Il y a des chaises priedieu. Les appartements sont meublés simplement. Les murailles sont peintes en blanc et pas tapissées. Les meubles sont cannés à cause de la chaleur. Nous allons faire une visite au cousin du petit d'Albuquerque, Fernand, qui est avec nous et M. d'Oliveira. Nous voyons le portrait de son père qui est à bord. La gravure est très ressemblante. Elle date de l'époque où M. d'Albuquerque était gouverneur de la province de Pernambouco en 1870. Quelques jardins publics, où pousse surtout un arbre, le flamboyant, ressemblant un peu au prunier, mais plus vert avec des fleurs rouges à 4 grands pétales. Pernambouco est surnommée la Venise de l'Amérique. Il y a deux magnifiques rivières, (l'une s'appelle le Bébéribe), qui tra-

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versent la ville (leur cours est sinueux), les rives sont bordées de belles maisons et de jardins superbes. Les ponts surtout sont remarquables ; ce sont des tubulaires, peints en bleu et en blanc, couverts de fils téléphoniques: 25 francs par mois d'abonnement. Ces rivières se jettent dans le port et un immense banc de rochers, long de 2 milles, qui suit parallèlement le rivage, sert de port; on a construit une digue en briques au-dessus, près de la passe. L'entrée du port est difficile; un rocher, la tortue, l'obstrue. Beaucoup de navires à vapeur, de 3 mâts. Exportation de coton, de sucre de canne (mélasse), de café du Nord. Importation de viandes salées (tasajo), provenant de La Plata et du Rio Grande du sud du Brésil, et poissons salés. Les jangadas sont les bateaux les plus curieux que j'ai vus jusqu'ici. C'est une sorte de radeau; Voici les jeux de mots de l'agent des postes, M. Doinet : AI Vent = Achille = extinction lanterne Troie Vent = lion = extinction

lanterne Ilion
vesse = l lanterne i vesse i = lanterne BI Autre jeu de mots a=b a2= b2 = ab a2-b2 = a2-ab a-b a-b a+b=a etc. Il y a des nègres et des négresses en assez grand nombre, très noirs, type africain. Il y en a qui ont les cheveux blancs, ce qui prouve qu'ils ont au moins 90 ans, car ils ne blanchissent pas avant cet âge. Quelques vieilles négresses me rappellent Juliette, la guenon de chez Bidel ; elles fument la pipe (en racine de bruyère commune), accroupies sur le trottoir, le long des maisons; elles sont revendeuses pour la plupart. Il y a aussi les mulâtres et les mulâtresses. Ces dernières sont des femmes superbes. Quelques

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négresses ont un costume spécial, composé d'un turban, chemise brodée à jours, une sorte de jupon et une écharpe. Il y a des hommes, marchands ambulants, qui portent sur la tête une grosse caisse vitrée, remplie de marchandises (mercerie, etc.). C'est très lourd. Quand ils la posent à terre, cela ressemble à une véritable petite boutique. Des nègres mettent 3 chapeaux au moins (de paille ou de feutre), l'un sur l'autre. Rencontré de longues caravanes, composées de petits chevaux du pays, tout petits, laids (valeur de 60 francs), mais qui marchent par tous les chemins, pendant des mois (10 lieux par jour), souvent dans la boue jusqu'au poitrail, portant 150 kilos de marchandises; ils ont 2 gros ballots, un de chaque côté, de coton ou de sucre (mélasse), dans des sacs, qui coulent à travers la toile. Les conducteurs, à pied, ont un chapeau de cuir et une sorte de petit tablier sur la poitrine, couvert de dessins et arabesques. Ce qu'il y a de plus beau à Pernambouco, c'est sans contredit la végétation tropicale. Nous faisons en tramway la route de la Magdalena; elle est bordée de villages, quelques cases grandes et belles, genre italien, entourées de jardins magnifiques: fleurs des tropiques, roses, etc. Arbres et arbustes de tout genre, palmiers hauts de 15 mètres, au tronc lisse, comme une colonne de marbre, surmonté d'un panache de belles feuilles. Un palmier en forme d'éventail, très curieux, l'arbre du voyageur, l'arbre à pain, très gros, avec d'énormes fruits accrochés le long des branches et de la partie supérieure du tronc, ressemblant à des calebasses, l'oranger, le citronnier, monstera lennex (C. Koch) ou philodendrum pertusum, goyavier, manguier, ananas, l'immense cactus, (cereus hexagonus), avec de très belles fleurs et une foule d'arbres, dont on me dit les noms, mais que j'ai oubliés. En route, il arrive un accident au tramway, qui nous a précédés. On fait une tranchée pour le gaz sous la voie et un des mulets est tombé dans le trou: 2 mètres de profondeur. Il faut rem-

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plir le trou au-dessous du mulet pour le retirer, Cela nous fait perdre beaucoup de temps. Au retour, visite au Marché, grande halle couverte; produits du pays: vases en terre cuite, l'alcarazas d'un usage universel au Brésil, des ustensiles en bois de coco, etc. Mais ce sont les fruits, qui font le principal commerce et le plus curieux pour moi. Je retrouve là des quantités de fruits que j'ai vus place de la Madeleine (Paris), mais ici ils sont frais. Les aras, oiseaux de toute beauté, des peaux de crocodiles (40 francs), des peaux de tigre, léopard, chat sauvage. Le perroquet parleur se rencontre à chaque pas. A l'étranger on le lui fait à 50 francs, à l'habitant 5 francs. Déjeuner à l'hôtel de l'Europe, français. Cela change un peu de la cuisine du bord: vins de France, Chablis, St Estèphe à 4 500 reis la bouteille. Retour par le même moyen qu'en venant. Nous arrivons pour le départ du bateau, mais deux de nos compagnons, M. Ramos, docteur brésilien établi à Paris, et M. Magalhem, qui s'étaient fort occupés de la fête de bienfaisance, manquent le bateau. On les voyait venir et 10 minutes d'attente leur suffisaient pour atteindre le Niger, mais on est parti sans eux. Le règlement, que la compagnie viole quotidiennement pour elle-même, s'opposait à cette amabilité. Un canard de bord, qui s'est sauvé et a volé dans la mer, a été avalé par un requin, au moment où, tout heureux de sa liberté, il battait des ailes et poussait des coin-coin triomphants. Les requins tournent autour du bateau, mais ils fuient aussitôt la mise en marche, car ils craignent le bruit. Pris une vue de Pernambouco. Concert Partis à midi 1/4 de Pernambouco. Préparation des billets de tombola, tirage de la tombola. Je gagne un mouchoir de poche de 0,15 francs. Le soir, concert et bal. Le pont a été débarrassé et orné de drapeaux et de lanternes. Le piano a été descendu. A 8 h ~ : concert.

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Mme Earnot pianiste (russe allemande, jouant très bien).

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Mme Delmarie, ancienne artiste de l'Opéra comique, Mme d'Oliveira chantant très bien et sans prétention, Gaston de Poli, l'homme aux bijoux; abusant un peu, il encombre le programme 4 fois, Mme Delpech. Le mal de mer lui fait quitter le tabouret de piano. Son beau-fils, Adrien (20 ans) chante la romance (ferait mieux de se taire) et récite un monologue de lui, le Pifferaro en vers, qui est vraiment charmant. De La Tour joue la symphonie en la majeur de Billot ( ?) avec beaucoup de verve et de succès. M. Rabourdin, Français de Buenos Aires, tient le piano à la perfection. Il a l'air d'avoir mené une vie de bâtons de chaise et de ne penser qu'à faire la fête.

Après le concert, bal. A tribord, il est impossible de danser et on se résigne à danser à bâbord, mais au début on n'a pas le pied marin et on fait quelques chutes. Mme d'Oliveira valse délicieusement. Il fait une chaleur très forte. On se croirait dans un petit salon de Paris et on trempe sa chemise. Après le bal, danses espagnoles avec accompagnement piano et de chant. cabine. 4 avril, mercredi, 16ème jour de

A minuit et ~, on descend tout fumant, écumant dans sa

On n'a pas quitté de vue la côte du Brésil, mais on est assez loin. Vers 8 h ~ du matin on se rapproche, la côte est sablonneuse: sable tellement blanc qu'on dirait du sel, même de la neige, nombreuses plantations de cocotiers; à distance on dirait des peupliers. Point du 4 avril 1888 : Latitude sud: 12°44' Longitude ouest 40° 23' Distance 336 milles,. à parcourir pour Bahia: 44 milles.

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Passage à Bahia
A 1 h 1hvue du phare: Torre d'Avila. La côte s'élève, quand nous nous rapprochons. On voit une splendide végétation (cocotiers), une agglomération d'habitations, puis un grand pays avec belles maisons. A 2 h 1h, le phare s'élève au-dessus d'une sorte de fortification, système Vauban, puis c'est l'immense baie de Bahia. Après le phare, dans un renfoncement une splendide villa avec loggia et arbustes rouges, puis sur une colline, une église et enfin la ville construite sur les hauteurs. A 3 h on stoppe. Appris le nouveau ministère: Ministère du 3 avril 1888 : Floquet, président du conseil, intérieur Goblet, affaires étrangères Peytral, finances, Lockroy, instruction publique Freycinet, guerre Krantz, marine et colonies Legrand, commerce, Viette, agriculture, Picard, justice, Loubet, travaux publics. On attend très longtemps la Santé et la Police de la douane; comme le Niger s'est placé au fond de la baie, nous ne pouvons débarquer par les petites barques qu'à 4 heures. Nous voyons le marché d'animaux vivants. Il y a des perroquets, des serpents, singes, etc. Il y a des fruits. Mme Delpech achète 4 ouistitis pour 15 francs, avec la cage. Ils sont gros comme des bouchons de champagne. Nous allons à l'ascenseur qui réunit la ville basse et la ville haute. C'est un ascenseur comme dans les hôtels à Paris, mais beaucoup plus grand. On a construit, s'adossant au flanc de la colline, une haute tour carrée pour servir de cage à l'ascenseur. On peut estimer que la plate-forme de la tour est à 66-68 mètres. De là, on jouit d'une vue féerique sur la baie et l'île d'Itaparica. La partie la plus jolie est située au nord-ouest, il y a un endroit, qui

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rappelle tout à fait Beaulieu, avec une végétation plus belle encore. Les églises sont fermées. Certaines sont belles, nous dit-on. Bahia est le siège de l'archevêché du Brésil; à Rio, il n'y a pas d'évêque. À Bahia, beaucoup de nègres et de mulâtres, produits du mélange du nègre africain avec l'indien. La population blanche doit être la moins nombreuse à en juger par le nombre de moricauds assis sur le pas des portes. Les rues sont étroites et sales. Cela y sent mauvais. On ne doit pas y marcher beaucoup, car l'herbe pousse entre les pavés. Il est vrai que les nègres marchent, nu-pieds. Vu une église assez curieuse, très ancienne avec une coupole et une sorte de clocher, rappelant par sa forme celle d'un éteignoir tronqué; couverte de carreaux vernissés de toutes couleurs; la façade est revêtue de pierres blanches et noires formant mosaïque. Le jardin botanique est avant la forteresse, mais nous n'avons pas le temps de le voir. La forteresse, brunie par le temps, a été bâtie par les Hollandais. Elle est charmante avec ses poivrières couvertes d'herbes grimpantes. Dans les fossés, plus loin, une forêt de palmiers, de cactus, etc. Sur la place du Campo Grande couverte d'herbe, de magnifiques manguiers (la mangue), remplis d'orchidées. De grosses cigales chantent au soleil. La promenade, que nous parcourons en tramway, s'appelle la Graça, grâce avec le sens de gracieux. Elle longe le bord de la crête et donne sur des villas; celles du côté droit, en venant de la ville, ont une vue sur la baie. Très belles maisons de campagne, avec arbres et fleurs splendides, le néflier du Japon (fleurs roses et oranges), le jasmin blanc (stephanotis), les bégonias, véritables arbustes, hauts de 2 mètres, fleurs de toute espèce, surtout des collections d'orchidées en plein air. Dans une maison, devant laquelle nous nous sommes arrêtés pour voir les fleurs, nous sommes invités à entrer et recevons des bouquets de ces fleurs splendides. Vu un oiseau-mouche. Nous redescendons dîner à l'hôtel de Paris, où nous mangeons assez bien, où nous buvons frais (glace) des vins de France à 3 000 reis la bouteille. Téléphone à 37,50 francs par mois à Bahia.

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A pied jusqu'au port: rues fort mal pavées. C'est tellement raide et glissant qu'on manque de tomber à chaque pas. Je préfère Pernambouco à Bahia. La première est plus animée plus propre, plus coquette, de belles promenades, des rivières. Bahia est privée d'eau: sur la hauteur on a même érigé un buste à sir Paterson, qui a fait construire une fontaine à cet endroit très élevé. Le bateau doit partir à 8 h ~. Nous entendons le canon de la forteresse, qui annonce 8 heures. Il est temps de partir, le bateau siffle. Nous ne voulons pas le manquer comme les messieurs d'hier. La nuit est noire. Où est le Niger? Deux fois, on a cru le rencontrer. S'est-il déplacé? Aux coups de sifflet d'appel, nous répondons par des cris, des chansons: En revenant de la revue a beaucoup de succès. Nous sommes avec les Delpech, La Tour, etc. ; les passagers sont sur le pont! A 8 h 20 nous étions à bord et nous ne partons qu'à 9 heures. Beaucoup de bruit pour rien. Le temps change: une averse tombe, mais ne rafraîchit pas la température. La mer reste calme et la traversée est excellente, malgré le roulis, mais on y est habitué à bord du Niger. 5 avril, jeudi, 17ème jour

A 7 h du matin, on ne voit plus la côte du Brésil. Point du 5 avril: Latitude sud: 16° 24'; Longitude ouest de Paris: 40° 46 ; Distance parcourue: 204 milles; A parcourir pour Rio: 530. Nous dépassons un bateau à vapeur de la compagnie hambourgeoise, le Rosario, que nous avions vu hier dans le port de Bahia et qui est parti 5 h avant nous. Plus tard, nous croisons celui qui va à Bahia et appartient à la même compagnie. 6 h 10 du soir. Vu le phare des îles Abrolhos, à prononcer abroglios, comme le gl italien. Nous ne suivons pas la côte du Brésil, qui est dangereuse en ces parages. Il y a un grand nombre d'îles et de récifs. Nous nous éloignons beaucoup vers la pleine mer.

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero 18èmejour de la

6 avril, vendredi,

Grain assez fort, pluie torrentielle de refroidissement température. A 7 h lh, nous apercevons la côte à l'ouest et un vapeur.

Dans les pays tropicaux, il y a 3 sortes de bananes. A cause de leur taille et de leur ressemblance, elles sont appelées par les femmes: les petites: Dieu m'en garde, les moyennes: passe encore, les grosses: plût au Ciel. A 9 heures, léger accident de marche. On stoppe et on sonde: 186 mètres. On est en vue des côtes. A 9 h lh, on repart. Point du 6 avril 1888 : Latitude sud: 210 34'; Longitude ouest. 420 31'; Distance parcourue: 330 A parcourir pour arriver à Rio: 200. A 1 heure, le vent se lève, la mer moutonne, gare la secousse ! Nous remuons, pendant le dîner, comme dans le golfe de Gascogne.

Escale à Rio
Programme d'excursion à Rio, donné par Régis d'Oliveira: Débarquer, puis prendre la rue de Ouvidor ; au coin de la rue de Gonçalves Dias prendre le tramway vert et demander s'il va au jardin botanique. En allant, faire attention à la Praia de Botafogo, rade de Botafogo. Au jardin botanique, admirer l'allée des palmiers. Revenir par les mêmes tramways. Si vous avez le temps, faites-vous arrêter au Largo de Machado (place où on change les mulets), pour aller à Larangeivas et y prendre le funiculaire pour monter au Corcovado. Retour de Larangeivas directement en ville, par le même tramway. En arrivant rue de Ouvidor, prendre à gauche jusqu'au Largo de San Francisco, pour le tramway de Tijuca. Demander au conducteur.

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A la Tijuca : une fois arrivés, au pied de la montagne, vous pourrez prendre les voitures, qui vous amèneront au bout de la montagne ou rester à l'hôtel (hôtel Jourdan), qui est au point terminal de la ligne, à la villa Moreau. Trajet tram: 1 h ; montée voiture: 1 h. A la Tijuca, il faut voir les Cascatinhas. Ce soir à la table du commandant, M. d'Oliveira nous offre du Marsala et M. Diogo Velho d'Albuquerque le champagne. Ces messieurs nous quittent demain à Rio. Vers 10 h nous côtoyons une grande île avec un phare au sud.

La lune a la forme ci-contre: croissant semblable à la coque d'un bateau sur l'eau. Vers 2 h 1h du matin, je monte sur le pont. On ne voit rien encore. A 4 h, nous sommes déjà entrés dans la rade et nous stoppons. Je me précipite de nouveau sur le pont pour voir la rade illuminée. Au signal arboré, la terre (la forteresse), allume un feu de magnésium. Cela s'appelle un moine. Le matin, belle vue de la rade.

7 avril, samedi, 19èmejour Les habitants de Rio sont appelés Fluminenses. La société se nomme la société fluminense. Le motif de ce surnom vient de ce que, lors de la découverte de la baie, on crut que l'on se trouvait à l'embouchure d'un fleuve. On le nomma fleuve de Janvier ou Rio de Janeiro. Tous les Brésiliens sont sur le pont en grande toilette chapeau haut-de-forme, sauf les d'Oliveira et Albuquerque. C'est trop cocasse!

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Montevideo 1888-1889 - Un diplomate face au Pampero

Remarqué l'accolade portugaise: on se prend sous les bras, le bras droit sous le gauche du partenaire et le gauche sur l'épaule droite; on se frappe dans le dos et l'on se cause dans l'oreille. C'est curieux, mais non grotesque. Les formalités sanitaires sont longues. Je quitte La Tour qui se rend à Pétropolis, où se trouve en ce moment le personnel de la légation, à cause de la fièvre jaune. J'irai coucher dans la montagne à Tijuca. A 8 h, je quitte le Niger dans une petite barque. C'est dans la rue de Prahina que je débarque après une 1h h de trajet, en compagnie de M. Benoiste, ingénieur, qui va à Buenos Aires. À 9 h 1h départ en tramway pour le jardin botanique. En général les maisons sont à un étage, construites en briques, revêtues d'un enduit peint, imitant le marbre jaune. C'est toc! les rues sont plantées d'une sorte de palmiers à crinolines. Arrivée au jardin à 10 h 1h. Curiosités: jacquiers, dont les racines sortent de terre et sont reliées aux branches par des tiges, camphriers, poivriers, canneliers et girofliers qui embaument, roses trémières, véritables arbustes, arbre à pain, manguier au splendide feuillage, papillons bleu-azur (morphidés). L'oiseau-mouche rappelle par son voIle sphinx, en faisant entendre une espèce de bourdonnement, lorsqu'il voltige sur place devant le calice d'une fleur et, en même temps, ouvre et ferme alternativement la queue comme un véritable éventail. Déjeuner au restaurant Campestre. Départ 1 h 10. Rencontré la voiture d'une noce avec larbins habillés de gris à aiguillettes d'or. Arrivée à 1 h 40 : Largo do Machado. Départ 1 h 50. Arrivée au chemin de fer: 2h. Heure de départ: Dias Uteis. Station Cosme Velho: 2 h ; subida, montée Sylvestre: 2 h 13. Das Paineras : 2 h 40. Chegada au Corcovado : 3 heures. Hauteur du Corcovado : 690 à 710 mètres. La ligne a 3 km 700 de longueur. Retour: départ Descida : 3 h 30, descente.

De Bordeaux à Montevideo sur le Niger, vapeur à voiles Arrivée Cosme Vielho : 5 h 05.

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Vue inoubliable du haut du Corcovado. La baie est splendide avec toutes ses îles vertes et les chaînes de montagnes, qui l'entourent. A la station Das Paineras, 465 mètres d'altitude, le train s'arrête 45 minutes pour permettre à la compagnie des chemins de fer de gagner quelque argent sur les voyageurs: 1 200 reis la bouteille de bière. Belle vue sur la mer. Petites maisons appuyées contre la montagne, toutes petites, comme celles, qui sont sous le viaduc de Nogent sur Marne; belles fleurs, fraises et framboises. A 6 h 10, départ du tramway, largo S. Francisco de Paula pour la Tijuca. Longé un beau jardin qu'il faudra voir demain car il fait trop chaud, puis un canal qui empoisonne près de l'usine à gaz. On voit sur les toits des maisons des bandes de petits vautours, appelés urubus. On ne les tue jamais, car ils sont comme les chiens de Constantinople, chargés de tenir la ville en état de propreté. Ils m'ont paru être les seuls chargés de ce soin. Puis le jour baisse tout à fait, comme dans toutes les régions tropicales. Nous arrivons à 7 h :thau bas de la Tijuca. Il fait noir et frais. Nous montons avec mon compagnon, Benoiste, l'ingénieur français, à la Villa Moreau, au moyen d'un chemin de fer hydraulique. Nos autres compagnons, que nous avions rencontrés au moment de monter au Corcovado, M. da Silva, de St Paul, le docteur du bord, de la Châtaigneraie, et 2 dames: la tante de Monplaisir et sa nièce, Élisabeth Vaugelin, prennent une voiture pour aller au fond de la gorge de Tijuca, à l'hôtel Jourdan. Nous retrouvons à l'hôtel Moreau, maison française, M. Lenoir, sa femme, 2 enfants, M. Very, M... et 2 Français ou Suédois. Bon dîner, bonne chambre, lit un peu dur. Bu du café, récolté dans la propriété. 8 avril, dimanche, 20ème jour

Départ de la villa Moreau vers 8 h :thà pied pour la Tijuca, gorges. Arrivés au col à 9 h 25, pris à droite après la 1èremaison, à 9 h 35 arrivés à la Cascatinha. Belle chute d'eau, qu'on voit très bien du pont, sous lequel elle passe, puis tombe sur le rocher un