Mortenol

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Combien sont-ils à s'obstiner à glorifier Mortenol en voulant imposer un mythe. Mortenol pour eux, sert d'oriflamme aux cavalcades meurtrières des conquêtes européennes en Afrique, à Madagascar et en Indochine. Ils veulent mettre un nom, "Commandant Mortenol", sur l'impasse de la colonisation et masquer ainsi les crimes perpétrés... L'historien guadeloupéen expose les conclusions de ses investigations : l'origine du patronyme, la famille, l'enfance en Guadeloupe, la carrière dans la marine et, pendant la Grande Guerre, ses fonctions à la Défense Contre-Aéronefs du Camp Retranché de Paris.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296932319
Nombre de pages : 133
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PRÉFACE

Un quarteron d’individus, morts ou vivants, confortablement installés dans les ors d’une république coloniale, s’accroche désespérément, depuis des lustres, à l’idée de faire de MORTENOL un modèle. Un modèle républicain, qu’ils disent, mais au vrai, un modèle de réussite d’un Nègre colonisé sous le chapiteau de l’assimilation. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer comment Victor SCHŒLCHER s’était métamorphosé, de son vivant, en un personnage emblématique utilisant l’émancipation générale des esclaves pour devenir immortel1. Certains de ses amis,
Cf. Oruno D. LARA, De l’Oubli à l’Histoire. Espace et identités caraïbes. Guadeloupe, Guyane, Haïti, Martinique, Paris, Editions Maisonneuve et Larose, 1998.
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comme Ernest LEGOUVÉ, Gaston GERVILLE-RÉACHE, ont collaboré à cette métamorphose et sont devenus des officiants. Les officiants sont des admirateurs particuliers, qui participent activement à la gestation et à l’émergence du mythe. Après le décès de leur illustre figure de proue, les apôtres s’empressent de lui ériger des statues, de lui tresser des couronnes, de le parer d’une auréole. Bref, les officiantsapôtres, par des cérémonies dans les cimetières de préférence, des articles de presse, des publications et des manifestations publiques, s’échinent à maintenir un halo mythique autour du personnage historique. Dans la décennie 1930-1939, des officiants d’origine insulaire vivant en France se rendent au Père-Lachaise sur la tombe de SCHŒLCHER. Ce sont les mêmes qui se mettent, à partir de 1931, à fréquenter, à Paris, le cimetière de Vaugirard où repose MORTENOL, décédé le 22 décembre 1930. Isaac BÉTON, son exécuteur testamentaire, a créé en 1938 une Société des Amis de MORTENOL au sein de laquelle figurent Gaston MONNERVILLE, Léon HANNA-CHARLEY, Raoul CÉNAC-THALY, Victor BASQUEL, Elie BLONCOURT. Après la guerre, les apôtres réussissent à mettre SCHŒLCHER au Panthéon, ainsi que Félix ÉBOUÉ. Le cercle des officiants, autour de Gaston MONNERVILLE, se compose alors d’amis de MORTENOL tels qu’Octave CHANLOT et Gabriel LISETTE. CHANLOT est l’auteur d’une pétition, à Paris le 12 août 1945, adressée au ministre des Colonies, demandant l’accroissement de la représentation

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parlementaire pour les colonies de Guadeloupe et de Martinique. Il réclame quatre représentants au lieu de deux retenus par le projet de loi d’assimilation. Dans mon ouvrage MORTENOL ou les infortunes de la servitude2, dont les informations et les documents reproduits ont plusieurs fois été repris et empruntés sans mention de référence, je cite quelques auteurs comme Henri STEHLÉ, Elisabeth ANTÉBI qui imaginent, inventent un MORTENOL : « Capitaine de vaisseau, l’un des plus brillants de la marine française », « il fut avec le Maréchal GALLIÉNI, le sauveur de Paris ». Un certain J.C. DEGRAS va encore bien plus loin. Dans le magazine France Iles3, il n’hésite pas à avancer : « Admis… au concours d’entrée de l’Ecole Polytechnique, il est reçu également 3e à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, mais décide de préparer le concours d’entrée à l’Ecole Navale d’où il sortira major de sa promotion ». Admirons la précision dans l’imaginaire de cet histrion ! MORTENOL ne s’est jamais présenté au concours de l’Ecole Navale. Nimbé de cette gloire militaire posthume, acquise sur mer et sur terre grâce au travail acharné de ses admirateurs, MORTENOL semble désigné pour tenir, lui aussi, un rôle de figure emblématique. Or, depuis 1985, les recherches historiques que j’ai entreprises établissent, avec le témoignage accablant des
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Paris, Editions L’Harmattan, 2001. N°32, décembre 1996.

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