Nettoyer Montréal

De
Corruption, collusion, morale douteuse, Montréal doit assainir ses moeurs politiques. Nous sommes dans la décennie 1940-1950, alors que des groupes de citoyens luttent, en vain, pour la tenue d'une enquête publique sur la tolérance policière des maisons de prostitution, de jeu et de pari. C'est alors qu'entre en scène un dénonciateur-vedette, l'avocat Pacifique « Pax » Plante, ancien directeur adjoint de la police, qui accuse les plus hautes autorités municipales de corruption et de complicité avec la pègre.
Mathieu Lapointe retrace la révélation graduelle du scandale au fil des reportages et des enquêtes, en resituant les événements dans leurs contextes tant locaux que nord-américains, à partir de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la première élection à la mairie de Jean Drapeau en 1954.
Mathieu Lapointe détient une maîtrise en histoire de l'Université de Montréal et un doctorat en histoire de l'Université York (Toronto). Chercheur invité à l'Institut d'études canadiennes de l'Université McGill, il a récemment été mandaté par la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (commission Charbonneau) pour réaliser une étude historique des commissions d'enquête québécoises sur la corruption.
Publié le : mardi 18 novembre 2014
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EAN13 : 9782896648818
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MATHIEU LAPOINTE
LES CAMPAGNES DE MORALITÉ PUBLIQUE
1940-1954NETTOYER
MONTRÉALMATHIEU LAPOINTE
NETTOYER
MONTRÉAL
LES CAMPAGNES DE MORALITÉ
PUBLIQUE, 1940-1954
SEP T EN T RIONPour efectuer une recherche libre par mot-clé à l’intérieur de cet ouvrage,
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Les éditions du Septentrion remercient le Conseil des Arts du Canada et la Société de
développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) pour le soutien accordé
à leur programme d’édition, ainsi que le gouvernement du Québec pour son Programme
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nationales du Québec, 2014 Ventes en Europe :
ISBN papier: 978-2-89448-796-9 Distribution du Nouveau Monde
ISBN PDF : 978-2-89664-880-1 30, rue Gay-Lussac
ISBN EPUB : 978-2-89664-881-8 75005 ParisRemerciements
a rédaction de ce livre, œuvre de longue haleine, n’aurait pu
être menée à terme sans le soutien d’un grand nombre de L personnes et d’institutions. Cet ouvrage est issu d’une thèse
de doctorat soutenue en 2010 à l’Université York. J’aimerai-s remer
cier en premier lieu mon directeur de recherche, Roberto Perin –
dont le regard décomplexé sur la société québécoise ne cesse de
m’inspirer –, pour ses conseils judicieux et son appui efcace tout
au long de la réalisation de ce projet, Marcel Martel, pour son
accueil chaleureux à Toronto, ses nombreux et sages conseils et le
partage de son expertise sur les campagnes de régulation morale,
Suzanne Langlois, Jacinthe Michaud, Martin Pâquet et Francis
Garon, ainsi que les évaluateurs anonymes, pour leur lectu-re atten
tive de la thèse ou du manuscrit et leurs commentaires constructifs,
qui m’ont aidé à améliorer ce travail et à en dépasser les limites.
Paul-André Linteau m’a patiemment accompagné et conseillé
dans la transformation de cette thèse en livre. Sa double expertise
d’historien et d’éditeur a grandement facilité ce travail. Mille mercis
aussi à Sophie Imbeault et aux éditions du Septentrion, qui ont
accepté de croire en ce projet malgré la rareté actuelle des fonds
dédiés à l’édition savante.
Plusieurs spécialistes m’ont communiqué des renseignements
utiles ou m’ont encouragé dans la poursuite de mon tr: Vivav iaailnn e
Namaste, Anne Rubenstein, Denyse Baillargeon, Suzanne Morton,
Pierre Trépanier, Marie-Andrée Beaudet, Yvan Lamonde et Gaston
Bernier. Un merci tout particulier à David Rajotte, qui a mis à ma
disposition son expertise et ses notes de recherche sur les Jeunes
Laurentiens. Plus récemment, j’ai eu le bonheur de travailler avec
l’équipe du Centre d’histoire de Montréal à la réalisation de 8 NE T TOYER MONTRÉ AL
l’exposition Scandale ! Vice, crime et moralité à Montréal, 1940-1960.
L’impressionnante recherche d’images réalisée alors par Maryse
Bédard et Catherine Charlebois a permis d’enrichir
substantielleement l’iconographie de cet ouvrage. Je remercie au Jsesain M-Pierre
Pilon, titulaire des droits d’auteur et fduciaire de Robert Lapalme,
de m’autoriser à reproduire le travail de ce caricaturiste de génie.
Ce long travail a été facilité par les archivistes et les bibliothé -
caires du Centre de recherche Lionel-Groulx, des Archives des
Jésuites au Canada, des Archives de la Ville de Montréal, de
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Montréal) et des
Archives du Congrès juif du Canada ainsi que Pierre Louis Lapointe,
de BAnQ. La Grande Bibliothèque, la Bibliothèque
RobertBourassa, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l - ’Uni
versité McGill m’ont fourni des environnements de travail de qualité
qui ont facilité la rédaction de cet ouvrage. Cette recherche a
bénéfcié du soutien fnancier du Conseil de recherches en sciences
humaines du Canada (CRSH), du Fonds québécois de recherche
sur la société et la culture (FQRSC), de la Women’s Canadian
Historical Society of Toronto et du Ramsay Cook Fellowship. Je
remercie aussi Will Straw, directeur de l’Institut d’études
canadiennes de McGill, pour son appui constant au cours de mes
recherches postdoctorales.
Les conseils et le soutien de Jean Gould m’ont été précieux
depuis le début de cette longue recherche. Mille mercis aussi à
Mania et Laurie Bedikian pour leur amitié et leur aide dans les
moments cruciaux ainsi qu’à Maurice Demers et Eric Strikwerda,
compagnons de route dont l’humour et la sagesse m’ont aidé à
garder le cap au long de ce parcours. Je dois une fère chandelle à
tous les amis qui m’ont encouragé et aidé à décrocher par moments
au cours de ce long travail, en particulier Péïré Brunnemer, Anna
McDonald, Ceri Morgan, Alex Guindon, Patrick Dionne, la
regrettée Marie-Emmanuelle Reytier, Valérie Gatelier, Piotr
Wawrzak, Tierry Daude, Jean-François Beaupré et Catherine
Bernier ; et à mes amis de York, qui ont égayé mes années à Tor : onto
Liza Piper, Sujatha Varghese, Cindy Wu, Matthew Hayes et Colin
Lund, ami précieux dont le départ laisse un grand vide.Remerciements 9
Cet ouvrage doit beaucoup à la famille qui m’a formé et appuyé
tout au long de mes études : à J acques Lapointe, mon père, scien -
tifque passionné, professeur enthousiaste et humaniste généreux
qui a toujours refusé de réduire la complexité de l’humain et du
social à des lois naturelles; à Yolande Ricar d, qui m’a donné le goût
de la psychologie, de l’étude et de la conversation sur l; à’humain
Louis, Geneviève, Pierre, Florence, Julia et Raphaël, et à Marie
Lapointe et Isabelle Lafontaine, ainsi qu’à Anne Lapointe, qui
m’ont entouré de leur sollicitude et soutenu sans relâche lors du
décès de Louise. Merci aussi au reste de ma famille et aux amis et
amies de Louise (en particulier Louise Ménard) pour leur appui
dans ces épreuves.
Je dédie cet ouvrage, avec tout mon amour, à la mémoire de
ma mère Louise Lafontaine (1945-2009), qui m’a jadis transmis
le goût de l’histoire. Elle m’a toujours soutenu dans tout ce que
j’entreprenais (y compris cette aventure un peu folle) et j’espère
qu’elle serait fère du résultat. Je le dédie aussi à Martine
MaltaisTrottier qui, en acceptant de partager mon existence, m’apporte
chaque jour le bonheur et le courage de continuer.Liste des sigles
ACJC Association catholique de la jeunesse canadienne
ALN Action libérale nationale
CAMS Cartel d’action morale et sociale
CMP Comité de moralité publique
COC Comité des œuvres catholiques
DCEC Document complet sur l’enquête Caron
ESP École sociale populaire
JAC Jeunesse agricole catholique
JEC Jeunesse étudiante catholique
JIC Jeunesse indépendante catholique
JL Jeunes Laurentiens
JOC Jeunesse ouvrière catholique
LAC Ligue d’Action civique
LDC Ligue pour la défense du Canada
LSC Ligues du Sacré-Cœur
LVS Ligue de vigilance sociale
OJC Ordre de Jacques-Cartier
SSJB Société Saint-Jean-Baptiste
SSJBM Saptiste de MontréalIntroduction
a campagne de moralité publique dont nous proposons ici
une étude approfondie appartient à la légende de Montréal L et au grand récit de sa modernisation, voire à celui de la
province. Elle a abouti à la première élection du maire Jean Drapeau
(1916-1999), qui allait se maintenir au pouvoir pendant près de
trois décennies (1954-1957, 1960-1986) et marquer profondément
le visage de Montréal. Celui qui allait donner à la métropole
québécoise son visage « moderne » a été por té au pouvoir dans un
raz-de-marée électoral en octobre 1954, sur la promesse de nettoyer
de la corruption et de l’immoralité cette ville qu’on disait «ouverte»
à la prostitution, aux jeux et aux paris illégaux, donc à l’infuence
du « crime organisé ». Cette corr uption avait été exposée avec force,
quelques années plus tôt, par un autre avocat, Pacifque («Pax »)
Plante, ancien directeur adjoint de la police qui avait été cav- aliè
rement renvoyé après avoir tenté de « netto yer» la ville en mettant
fn à la tolérance du « vice commer cialisé » par l ’escouade des mœurs.
Grâce à la persistance de ce personnage et à l’appui du Devoir et
du Comité de moralité publique des citoyens de Montréal (CMP)
créé pour l’occasion, on avait obtenu la tenue d’une enquête
publique, présidée par le juge François Caron. Celle-ci avait permis
de prouver les allégations de Plante et d’exposer l’étendue de la
corruption qui avait été tolérée à Montréal pendant la décennie
précédente. L’ampleur des scandales révélés dans cette ar -ène juri
dique grâce au travail de Plante et de Drapeau, tous deux procureurs
de la poursuite, avait permis de catapulter à la mairie de Montréal
le jeune avocat de 38 ans, dont les ambitions politiques avaient
jusque-là toujours été frustrées.12 NE T TOYER MONTRÉ AL
Cette histoire fascine les Montréalais et les Québécois depuis
longtemps. Dans l’imaginaire québécois, c’est une sorte de roman
policier montréalais, une histoire de policiers et de criminels, de
demi-monde scandalisant les petits-bourgeois conservateurs de
l’après-guerre, mais aussi de « lutte juste » contr e l’infuence de la
pègre en politique. Véritable lieu de mémoire ou, en tout cas,
passage obligé de l’histoire de Montréal, ces événements ont été
contés par de nombreux chroniqueurs, historiens et écrivains, selon
des perspectives diverses et souvent partielles. Pas moins de deux
téléromans ont été consacrés à ces événements dans les années
1990 : Montréal, ville ouverte de Lise Payette (1992), et Montréal,
P.Q. (1993-1996), de Victor-Lévy Beaulieu. Certains ont inscrit
1cette histoire dans celle de la lutte contre le crime ; organiséd’autres
2y ont plutôt vu un chapitre de la répression de la prostitution.
Certains ont décelé une lutte moraliste catholique ou nationaliste
contre les dangers de la modernité urbaine ; d’autr es ont préféré
n’y voir qu’une histoire d’ambition politique hypocrite, celle d’une
manœuvre en vue de la prise de l’hôtel de ville. La plupart des
narrateurs – et c’est bon signe – ont intégré plusieurs de ces dimen -
sions au récit de ces événements complexes.
Pourtant cette campagne de moralité publique n’a pas encore
3vraiment été étudiée soigneusement et dans le détail . Pourquoi ce
peu d’intérêt pour ces moralistes ? D’entr ée de jeu, il faut admettre
que l’histoire avait été si souvent racontée qu’on a pu croire que
tout avait déjà été dit, qu’il n’y avait rien à ajouter. Cependant les
sensibilités générationnelles et l’évolution de l’historiographie y
sont probablement aussi pour quelque chose.
1. Pierre de Champlain, Le crime organisé à Montréal, 1940-1980, Hull, Québec,
Éditions Asticou, 1986, 288 ; Jp. ean-Pierre Charbonneau, La flière canadienne, Montréal,
Trait d’union, 2002, 464 p. C’est aussi la perspective d’un des principaux témoins et
intéressés de l’afaire, Pax Plante lui-même : Alain S tanké, Jean-Louis Morgan et Pacifque
Roy Plante, Pax : lutte à fnir avec la pègre ; un portrait-robot du célèbre incorruptible
Pacifque Plante, Montréal, La Presse et Messageries internationales du livre, 1972, 254 p.
2. Danielle Lacasse, La prostitution féminine à Montréal, 1945-1970, Montréal,
Boréal, 1994, 230 p.
3. Déjà il y a vingt ans, l’archiviste François David s’étonnait que le CMP ait été
si peu étudié: « Le Comité de moralité publique de Montr », éalCultur es du Canada
français, 8 (automne 1991), p. 84-85.Intr oduc tion 13
La génération née pendant la Deuxième Guerre ou dans
l’aprèsguerre a vécu la longue période où Jean Drapeau régnait sans partage
à l’hôtel de ville. Pour elle, celui-ci était devenu l’incarnation d’un
pouvoir paternaliste et inébranlable, vaguement mégalomane, insen -
sible aux questions sociales ainsi qu’aux efets pervers d’un dév- elop
pement urbain moderniste axé sur l’automobile et les « grands pr ojets »
(Expo 67, Jeux olympiques, etc.). Dictatorial aux yeux de plusieurs,
il avait montré son visage conservateur en 1970 en jouant sur les
craintes soulevées par la crise d’Octobre pour écraser électoralement
le Front d’action politique (FRAP), un mouvement d’opposition de
gauche qui s’était organisé pour lui disputer le pouvoir. Cette nouvelle
génération, plus libérale sur le plan moral, plus sociale-démocrate
et souvent plus sensible aux enjeux environnementaux, n’était pas
surprise que ce héros de la génération de leurs parents ait à l’origine
été porté au pouvoir par une campagne moraliste. Et la persistance
du crime organisé dans les années 1970, abondamment illustrée par
les travaux de la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO)
mise sur pied en 1972, démontrait bien, à ses yeux, que les « réfor -
mateurs» des années 1950 n’avaient été que d’hypocrites oppor - tu
nistes ou bien qu’ils s’étaient vendus – ce qui revenait au même – ou
encore que ces phénomènes (« vice commer cialisé », crime organisé)
étaient inévitables, du moins dans une société capitaliste comme la
nôtre. Ces idées transpirent dans le célèbre flm de Denys Arcand,
Réjeanne Padovani (1973), dont un personnage évoque clairement
le maire Drapeau. Moralisme rimait donc avec hypocrisie, et toute
campagne de moralité publique ou politique était frappée de suspi -
4cion. C’était donc là un objet d’étude peu attirant, à moins d’être
en mesure de démontrer ces thèses. En somme, le long règne de
Drapeau et l’évolution des sensibilités avaient discrédité le mouv- e
ment qui l’avait porté au pouvoir.
L’absence de travaux fouillés sur le CMP refète aussi l’évolution
des priorités des historiens au cours des dernières décennies-, nommé
ment l’essor de l’histoire sociale et le recul concomitant de l’histoire
4. Sur la CECO, voir De Champlain, op. cit., p. 218-222. Le travail pionnier de
Jean-Paul Brodeur sur les commissions d’enquête québécoises, qui constitue à peu près
la seule étude approfondie de l’enquête Caron, participe de cette sensibilité : Jean-Paul
BrodeurLa délinquance de l, ’ordre, La Salle, Hurtubise HMH, 1984, 368 p.14 NE T TOYER MONTRÉ AL
politique à l’université. Au Québec comme ailleurs, la priorité des
historiens universitaires devenait de combler les grandes lacunes
que les récits historiques traditionnels, à dominante politique et
élitaire, avaient laissées dans l’histoire des sociétés. La nouvelle
histoire se donnait notamment pour mission de faire l’histoire des
opprimés et des catégories sociales négligées par l - e tradi
tionnelle. C’est pourquoi les moralistes – qui appartenaient souvent
à des groupes détenteurs d’un certain pouvoir ou prestige social
– ont en général été moins bien étudiés que les gens que leurs
campagnes afectaient – en particulier les groupes sociaux dominés,
comme la classe ouvrière, les prostituées, les délinquants ou les
criminels. Ainsi les archives que nous exploitons dans cet ouvrage
ont jusqu’ici surtout été lues « contr e le grain », c ’est-à-dire en vue
de faire l’histoire des phénomènes « déviants » visés par le mouv -e
ment, plutôt que pour écrire l’histoire de ce dernier. Exploitant la
richesse des archives du Comité de moralité publique et de l’enquête
Caron, des chercheuses ont produit de solides études qui balisent
bien l’histoire de la prostitution et du Red Light montréalais à cette
5 6époque, ou encore celle du jeu ( gambling) et de sa répression .
C’était justice que les groupes dominés passent les premiers,
mais cela laisse une lacune à corriger dans l’historiographie. Plusieurs
historiens se sont bornés à parler de réformisme moral de classe
moyenne, sans trop expliquer ou même décrire les motivations qui
animaient les moralistes, comme si ce raccourci disait tout. Dans
5. Susanne Commend, De la femme déchue à la femme infectieuse : per ception sociale
et répression de la prostitution montréalaise pendant la Seconde Guerre mondiale, Mémoire
de M.A. (histoire), Université de Montréal, 1996, x, 169  ; Danielle Lacasse, f. La
prostitution féminine à Montréal, 1945-1970, Montréal, Boréal, 1994, 230  ; Jp.ulie P odmore,
St. Lawrence Blvd. as « third city » : place, gender and diference along Montreal’s Main, Tèse
de Ph.D. (géographie), McGill, 1999, xii, 315 f. Pour la période antérieure, voir les travaux
pionniers d’Andrée Lévesque, « Éteindr e le Red Light : les r éformateurs et la prostitution
à Montréal entre 1865 et 1925 », Urban History Review / Revue d’histoire urbaine, 17, 3
(février 1989), p. 191-201 ; La nor me et les déviantes : des femmes au Québec pendant
l’entredeux-guerres, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, 232  ; Rpésistance et tr. ansgression :
études en histoire des femmes au Québec, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1995,
157 p. ; ainsi que ceux de Tamara Myers, Mary-Anne Poutanen et Marcela Aranguiz.
6. Suzanne MortonA, t odds : gambling and Canadians, 1919-1969, Toronto,
University of Toronto Press, 2003, xi, 272  ; Mpagaly B. rodeurV, ice et corruption à
Montréal, 1892-1970, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011, 129 p.Intr oduc tion 15
les dernières années, de plus en plus de travaux commencent à
rectifer le tir : des historiens du social s ’intéressent de plus près à
l’étude des classes moyennes, et des mouvements de réforme morale
comme la Women’s Christian Temperance Union font l’objet
7d’études plus empathiques . Le renouveau de l’histoire religieuse
semble prometteur à cet égard. Cependant, au Québec, les dév - e
loppements récents en ce domaine ont souvent porté sur l’Action
catholique spécialisée, qui, on le verra, était moins engagée dans
8le mouvement moraliste qui nous intér.esse
Même s’il s’avérait que les campagnes de moralité publique
montréalaises des années 1940 et 1950 furent efectivement menées
par des membres de la classe moyenne canadienne-française, il
faudrait encore se demander de quelle « classe mo yenne » franco -
phone il s’agissait. Qui étaient les membres et les directeurs de la
Ligue de vigilance sociale et du Comité de moralité publique ?
Qu’est-ce qui les motivait ou, du moins, par quels discours
justifaient -ils leur action ? A utrement dit : quels étaient les
idéologies, les contextes politiques et socioculturels, voire les mentalités
qui ont nourri ou, au contraire, freiné cette cr ? Commentoisade
ces mouvements étaient-ils organisés et structurés, et comment
ont-ils évolué ? E t quelles furent leurs appuis et leurs adversaires
et, plus largement, les réactions au sein de la population ? Sur toutes
ces questions, l’historiographie demeure muette ou n’apporte que
9des réponses trop rapides ou incomplètes . En outre, des aspects
7. Par exemple, R. J. Morris, Men, women, and property in England, 1780-1870 :
A social and economic history of family strategies amongst the Leeds middle classe,s Cambridge,
Cambridge University Press, 2005, xiii, 445  ; pS.har on Anne Cook, « Trough sunshine
and shadow » : the Woman’s Christian Temperance Union, evangelicalism, and reform in
Ontario, 1874-1930, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1995, 304 p.
8. Il y a plusieurs exceptions à cette tendance, par exemple les travaux de Lucia
Ferretti ou ceux de Brigitte Caulier: « Confr ères, consœurs et paroissiens: la vie associative
paroissiale », La paroisse, sous la direction de Serge Courville et Normand Séguin,
Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval, coll.  Atlas historique du Q« uébec», 2001,
p. 139-154. Pour notre part, dans cet ouvrage, nous mettrons davantage à contribution
l’histoire des idéologies québécoises et l’histoire politique de Montréal et du Québec.
9. Pour une analyse plus approfondie de l’historiographie de la question, voir
Mathieu Lapointe, Le Comité de moralité publique, l’enquête Caron et les campagnes de
moralité publique à Montréal, 1940-1954, thèse de Ph.D. (histoire), York University,
2010, p. 7-21.16 NE T TOYER MONTRÉ AL
importants de cette histoire, comme l’épisode de la Ligue de vigi -
lance sociale, demeurent très mal connus. Cette étude vise donc à
combler ces lacunes, tout en tentant de reconstituer, dans leur
complexité historique, la genèse et l’évolution de ce mouvement,
dans le contexte particulier de la société québécoise.
Les campagnes de « moralité publique »
Au Québec comme ailleurs en Occident, les années 1940-1960
sont caractérisées par la foraison et la puissance des discourssur
10la moralité. Cette masse impressionnante des discours (et des
campagnes) moralistes nous pousse à concentrer notre regard sur
les questions de moralité publique. Or ce concept est ambigu, fou
et polysémique. On peut lui reconnaître deux pôles évidents de
sens, entre lesquels les discours moralistes opéreront, on le verra,
de nombreux liens et glissements.
La moralité publique, c’est d’abor mord laalité en public, que
violent par exemple la prostitution, le jeu et le pari commercialisés,
les spectacles « indécents » ou autr es mœurs « dissolues » dans les
espaces publics. L’immoralité publique impliquerait à la fois viola -
tion de l’espace public et danger pour les mœurs. Les moralistes
que nous étudions font campagne contre la prostitution ou le vice
« commercialisés », ce qui dénote qu ’ils acceptent l’existence d’une
prostitution ou d’un vice privés, qu’on ne pourra jamais éliminer
complètement, mais dont il faut combattre la commercialisation.
Par ailleurs, moralité publique peut désigner la moralité de l’État,
c’est-à-dire la préservation de la chose publique contre la corruption
de l’administration, de la police, du processus politique ou électoral.
Entre ces deux signifcations, on peut déceler un troisième sens, celui
de la moralité du public, dans la mesure où les lois permettent d’agir
sur elle, dans le respect d’une liberté raisonnable des individus.
Ce fou peut déboucher sur une conception très large de la
moralité publique. Par exemple, dans les années 1930, l’avocat
10. Ceux-ci seront de plus en plus discrédités en particulier à partir des années
1960 avec l’essor du libéralisme moral, des modes de pensée sociologiques et du socialisme
comme explications des inégalités sociales et des comportements.Intr oduc tion 17
catholique Léo Pelland, incluait, dans un exposé sur « l’État et la
morale publique », des questions aussi div erses que le blasphème,
les jours fériés, le respect du dimanche, les rapports école-État, la
trahison, la corruption, les associations illégales, le parjure et le
faux serment, la corruption électorale, les « crimes contr e les mœurs »
(crimes «contr e natur », inceste, actions et assauts indécents,e
séduction et viol, etc.), incluant les spectacles indécents, - la porno
graphie, la littérature obscène ou immorale, la prostitution, mais
aussi les questions de l’adultère, du divorce, du cinéma, de la
tempérance, des narcotiques. Infuencé par le contexte de la Crise,
Pelland ajoutait encore le libelle, le vol, la fraude, les complots
pour restreindre le commerce, les fraudes mobilières, les compagnies
et les faillites frauduleuses. Même si l’énumération a clairement
quelque chose d’excessif, elle nous rappelle que le domaine est
beaucoup trop vaste, et l’historiographie encore trop fragmentaire
sur plusieurs de ces questions, pour prétendre tenter ici une synthèse
11des discours sur la « moralité publique » à cette époque .
Cette étude se limitera donc surtout à la campagne contr la e
tolérance policière (et politique) du « vice commercialisé » (prostitution,
jeu et pari illégaux) à Montréal. Cette campagne peut être étudiée
en soi, car elle a une certaine autonomie par rapport à d’autres
enjeux de moralité publique, comme celui de la tempérance. Cette
distinction n’est d’ailleurs pas complètement artifcielle, car les
campagnes de la Ligue de vigilance sociale et du CMP, les
dénonciations de Plante et l’enquête Caron en traiteront moins que de
la prostitution et du gambling. Cela s’explique en partie par une
question de juridiction, l’application de la Loi des liqueurs étant
l’afaire des autorités provinciales et non montréalaises.
Bornes chronologiques : 1940-1954
C’est avec la Deuxième Guerre mondiale que commence la vague
d’agitation qui mènera à la formation du Comité de moralité
publique et à la commission d’enquête présidée par le juge François
11. Léo Pelland, « L’É tat et la morale publique », École sociale populair e, 213 (octobre
1931), p. 1-32.18 NE T TOYER MONTRÉ AL
Caron au tournant des années 1950. Bien sûr, de telles croisades
ne sont pas une nouveauté à Montréal et, pour l’historien Robert
Rumilly, elles reviennent de façon cyclique dans l’histoire de cette
12ville. Mais justement, le dernier grand cycle d’agitation au sujet
du Red Light et du gambling remontait au milieu des années 1920
avec l’enquête Coderre (1924-1925).
Les années 1930 sont en efet plus calmes au point de vue des
croisades moralistes relatives au «vice commer cialisé » et à la corr
uption municipale qui en permettrait la tolérance : malgr é quelques
afaires scandaleuses, on ne repère pas de grande enquête publique
sur ces phénomènes, à la diférence des années 1920, 1940 et 1950.
Cela s’explique de diverses façons. D’une part, la longue et profonde
crise économique qui secoue le Canada et l’Occident à cette époque
signife que les gens ont moins d’argent disponible pour nourrir
ces vices dispendieux. D’autre part, le personnel moraliste, comme
les Jésuites ou encore la police, est occupé par des dangers plus
pressants en cette décennie agitée : chômage, agitation sociale,
socialisme et communisme. Au-delà de la répression, on s’active à
prôner le corporatisme et la réforme du capitalisme. Enfn, des
modifcations à la loi régissant les enquêtes publiques sur la corr - up
tion municipale, en réponse à l’enquête Coderre, ont rendu leur
13obtention beaucoup plus difcile .
Par contraste, les bouleversements de la Deuxième Guerre
mondiale et la prospérité qu’elle ramène constitueront un terreau
fertile pour l’angoisse et l’agitation moraliste. Alors débute la chaîne
d’événements et de mobilisations qui mènera à la formation du
Comité de moralité publique (CMP) en 1950. Plusieurs acteurs
principaux des croisades des années 1950 font d’ailleurs leurs
premières armes idéologiques et politiques pendant la guerre. On
pense évidemment à Jean Drapeau, « candidat des conscrits » dans
la forteresse libérale d’Outremont, mais aussi à ses futurs collègues
au CMP, Paul-Émile Robert et J.-Z.-Léon Patenaude (1926-1989),
qu’il a probablement rencontrés au Bloc populair ; ces dernierse
12. Robert RumillyM, aurice Duplessis et son temps, t. 2 1944-1959, Montréal,
Fides, 1973, p. 224.
13. Stanké et autres, Pax, lutte à fnir avec la pègre…, p. 82.Intr oduc tion 19
seront très actifs au sein des Jeunes Laurentiens, groupe qui milita
en faveur de la moralité publique pendant la guerre et l’après-guerre,
et dont Drapeau fut l’avocat ofcieux selon l’historien David
14Rajotte. D’autres, plus âgés, comme François-Albert Angers
(19092003), lui aussi futur membre du CMP, participent aux polémiques
de cette époque. C’est aussi en 1939 que Pax Plante devient avocat
de la Cité auprès de la Cour du recorder, poste qui le rendra témoin
de tout un système de tolérance dvuic e« commerciali s»é qu’il
dénoncera plus tard. Comme l’a souligné Jean-Paul Brodeur, c’est
d’ailleurs à la guerre que remonteront la majorité des accusations
de tolérance policière qui seront examinées lors de l’enquête Caron
15au début des années 1950 .
La Deuxième Guerre met aussi en branle ou accélère des
dynamiques qui constitueront la toile de fond de l’agitation moraliste des
deux décennies que nous étudions : prospérité et cr oissance écono -
mique, intensifcation de la migration vers Montréal et sa région,
croissance démographique et questions de logement et de milieu de
vie, essor de la société de consommation, débats moraux et mutation
des valeurs dans la culture populaire sous l’infuence des médias de
masse nord-américains. Sur le plan de la politique municipale, c’est
en 1940 que Montréal se voit imposer une nouvelle charte, dite des
99 conseillers, qui limite notamment les pouvoirs du maire et le poids
électoral des locataires, et que Joseph-Omer Asselin (1890-1961),
future bête noire des moralistes, commence son long règne
(19401954) à la tête du comité exécutif de la ville de Montréal, siège du
véritable pouvoir selon la nouvelle constitution municipale.
La date de la fn de notre étude est plus arbitraire. Aboutissement
de la mobilisation du CMP et de la LAC (Ligue d’action civique),
l’élection de Jean Drapeau à la mairie de Montréal en octobre 1954
ne marque pas la fn complète de cette campagne de moralité
publique, mais un point tournant où elle sera transformée par
l’obtention et l’exercice du pouvoir. D’un pouvoir relatif, s’entend,
14. M. Rajotte est l’auteur de la principale étude sur ce : g Lreso J ueupenes Laurentiens.
Jeunesse, militantisme et nationalisme dans le Canada français des années 1940, Mémoire
de M.A. (histoire), Université de Montréal, 2006, xxvi-215 p.
15. Pacifque Roy Plante, Montréal sous le règne de la pègre, Montréal, Éditions de
l’Action nationale, 1950, p; B. 8 rodeurLa délinquance…, , p. 153-155.20 NE T TOYER MONTRÉ AL
car les réformistes n’obtiennent pas la majorité au conseil de ville,
même s’ils s’installent à la mairie et au comité exécutif. De plus, le
gouvernement provincial, qui domine Montréal à plusieurs égards,
ne leur est pas sympathique et leur mettra bientôt des bâtons dans
16les roues, au point de contribuer à leur défaite électorale en 1957 .
Néanmoins la nature du combat moraliste change sensiblement en
1954 parce qu’il est maintenant mené par les autorités municipales
elles-mêmes, et le mandat du CMP se transforme en conséquence,
deux évolutions qui justifent de clore l’étude à cette date.
Sources et méthodologie
Cette étude des campagnes pour le nettoyage moral et politique de
Montréal comprend en gros trois types d’analyses. Premièrement,
nous avons tâché de reconstituer la trame des événements et des
mobilisations qui ont jalonné l’émergence et l’évolution du mouv - e
ment (chapitres 3, 4 et 5), en mettant l’accent sur certains épisodes
clés comme la fermeture Rdu ed Light de Montréal ou les enquêtes
Surveyer (1943), Cannon (1944) et, bien sûr, Caron (1950-1953,
chapitre 7). En second lieu, nous avons étudié deux associations
moralistes qui ont mené successivement le combat pour la fn de la
tolérance et le dévoilement des autorités coupables : la Ligue de
vigilance sociale (chapitre 4) et le CMP (chapitre 5), même si les
sources étaient beaucoup plus abondantes dans le second cas, en
tentant une exploration biographique ou prosopographique de leurs
directeurs lorsque c’était possible. Enfn, une bonne partie de l’ouvrage
est consacrée à l’analyse qualitative des discours moralistes, de leurs
divers contextes symboliques, sociaux et politiques, ainsi que des
contre-discours qui leur étaient opposés (chapitres 2 et 6 surtout).
Cette recherche se fonde sur trois bases documentair : les es
études ou récits publiés, les archives et les sources publiées. Nous
avons d’abord tenté de faire la synthèse des informations sur les
campagnes de moralité publique contenues dans les nombreux
16. Il faudra attendre 1960 pour que Drapeau reprenne la mairie en leur nom,
non sans avoir purgé leurs rangs en formant son propre Parti civique, plus docile à sa
volonté que la LA: J.-Z. Léon PC atenaude, Le vrai visage de Jean Drapeau, Montréal,
Éditions du Jour, 1962, 126 p.Table des matières
Remerciements 7
Liste des sigles10
Introduction11
Les campagnes de « moralité publique » 16
Bornes chronologiques : 1940-1954 17
Sources et méthodologie 20
Comprendre les campagnes de moralité publique 21
CHAPITRE 1
« Le Paris de l’Amérique » : Montréal, 1940-1954 24
Un Red Light devenu une anomalie 24
Une culture plus tolérante 29
L’émergence de l’industrie touristique 30
Expansion démographique, migrations et essor des
Canadiens français 31
Un défcit démocratique : le nouv eau système politique
montréalais 34
L’essor des banlieues35
Un contexte international propice 36
Première partie
Les origines de la campagne 39
CHAPITRE 2
La guerre et l’enjeu de la moralité 41
Efervescence et bouleversements sociaux de la guerre 42Contre le sex and drink : une critique de la
« moralité de guerre » 49
L’alcool 50
L’idéal du soldat chrétien, la critique de la « moralité
de guerre » et la lutte contre la syphilis 54
La lutte contre les maladies vénériennes58
Des nouveautés culturelles inquiétantes : pin-up, magazines,
sex flms, burlesque et immoralité 63
Le cinéma et l’inquiétude des sex flms 69
Le burlesque 71
La honte et la ferté nationales 74
Traumatisme de la défaite française et Révolution
nationale de Vichy74
Le tricentenaire de Montréal, les origines et la réputation
de la métropole79
Préserver la famille, prévenir le crime :
le travail féminin et la crainte de la délinquance 83
Le travail féminin et la famille menacée 83
L’angoisse de la délinquance juvénile88
CHAPITRE 3
Agitations de la jeunesse et premières interventions politiques 99
Des remous dans la rue 99
Un groupe de jeunesse nationaliste : les J eunes Laurentiens104
1943 : Amorces d’un « nettoyage » 108
L’enquête Surveyer (28 juin-14 juillet 1943) 108
L’avertissement de l’armée et la fermeture des red lights
de Québec et de Montréal 114
L’immoralité de Montréal comme enjeu politique provincial:
Le Moraliste et l’enquête Cannon123
CHAPITRE 4
La Ligue de vigilance sociale, 1944-1946 136
Organisation de la Ligue 140
Le discours de Penverne et de la Ligue de vigilance sociale 144
La première requête 148
La campagne catholique de moralité 156Détonations 161
La seconde requête 167
«Dura lex, sed lex » : le r ejet de la seconde requête 170
Du bingo aux attaques directes 174
Le désistement et la fn de la Ligue 180
Les squatters récupèrent l’enjeu 182
Pax Plante entre en scène188
Qui était Pax Plante?189
Le parcours de Plante avant l’enquête Caron 190
Coda: des synchr onismes et des contextes nord-américains 207
La grande peur du crime organisé 207
L’important rôle de la presse209
Deuxième partie
Une enquête publique pour exposer
l’immoralité et la corruption 211
CHAPITRE 5
Le retour de Plante et le Comité de moralité publique 213
« Montréal sous le règne de la pègr » e 214
Mobilisation publique 217
Le Comité de moralité publique 220
La direction du comité 225
L’exécutif du CMP227
Une créature de la «Patente»?241
Des appuis initialement assez restreints 243
Hostilité et méfance ; réticences et désirs de neutralité 246
L’attitude de l’Église 251
Une vaste campagne d’opinion et de souscription 253
Élargissement graduel de la campagne et évolution
institutionnelle258
Élargissement du mandat258
Une campagne provinciale 260
L’ouverture sur l’international262
Le conseil d’orientation263
Le comité féminin264
Évolution de la campagne de fnancement 269CHAPITRE 6
Contre le règne du « vice commercialisé » : discours et
débats à l’époque de l’enquête Caron, 1949-1954 273
L’évolution des sensibilités et l’afrontement entr e des
cultures de genre diférentes 274
La protection de la jeunesse et l’inquiétude liée à ses loisirs 278
Les loisirs de la jeunesse 281
Les grills283
Le « vice commercialisé»285
La prostitution286
Le jeu et le pari commercialisés297
Un mouvement civique réformiste contre la corruption
de Montréal par la pègre 302
Un imaginaire et une iconographie progressistes 305
« Chicago ou Ville-Marie ? » : l’expression d’un réformisme
catholique 308
La réputation de Montr: «éal Q ui sont les scandaleux ? » 314
« Quel tourisme?»316
Nationalisme? Xénophobie ? 321
CHAPITRE 7
L’enquête Caron (1950-1953) et les élections municipales
d’octobre 1954 330
Une campagne politique ? 334
Dans l’arène judiciair : l e’enquête Car on 337
Devant l’opinion 339
Un grand spectacle public 342
La distinction des sphères et la suprématie du juridique 345
De multiples embûches 346
Mobilisation et légitimation de l’enquête 349
Résistances et discrédit des autorités 349
Le jugement Caron: une demi-victoir e juridique 354
Les élections de 1954 360
Conclusion 363
Note sur les sources370
Index373
Bibliographie382cet ouvrage est composé en adobe garamond pro corps 12
selon une maquette de pierre-louis cauchon
et achevé d’imprimer en septembre 2014
sur les presses de l’imprimerie marquis
à montmagny
pour le compte de gilles herman
éditeur à l’enseigne du septentrion

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