Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Omaha Beach

De
200 pages
Au matin du 6 juin 1944, devant la longue plage au nom de code d’Omaha Beach, une première vague d’assaut de 1 450 soldats américains débarque sur l’un des cinq objectifs désignés pour le Jour J. Désemparés, les GI ’s se lancent alors dans une lutte enragée — ou désespérée — contre une défense allemande intacte. Il est 6 h 30, la bataille infernale d’Omaha a commencé.
Tous les acteurs, y compris le général Eisenhower, ont perçu les difficultés de mener une opération d’une telle ampleur sur ce terrain peu propice à un assaut amphibie, ressemblant à une gigantesque nasse. Les conditions météorologiques défavorables, l’imprécision des bombardements préliminaires et la quasi-absence de chars contribuèrent à faire d’« Omaha la sanglante » l’épisode le plus meurtrier du débarquement en Normandie.
Dans un récit captivant, Christophe Prime retrace minute par minute cet événement militaire majeur qui coûta la vie à près de 3 000 soldats alliés et 1 200 soldats allemands. Témoignages à l’appui, l’auteur analyse cette bataille incertaine mais ô combien décisive, qui marque la première étape de la Libération de la France.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Jean le Bon

de fayard

14 - 18 T04

de delcourt432

Lignes de Front T04

de delcourt432

CHRISTOPHEPRIME
OMAHA
6 juin 1944
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2013 pour la présente édition numériue
wwwIcentrenationaldulivreIfr
Réalisation numériue :www.igs-cp.fr
EAN : 979-1-02100-190-9 epub2.ade-ibooks.fr_extract_v0.1
Les forces allemandes31
La plage d’Omaha75
La sortie E-1 (Vierville)104
La pointe du Hoc118
Le secteur Fox146
Omaha le 6 juin au soir176
TABLE DES CARTES
En mémoire de Jean-Bernard Moreau
INTRODUCTION
Wer alles de fendieren will, de fendieret gar nichts ! Qui veut tout défendre ne défend rien du tout !
FRÉDÉRIC LE GRAND
Aujourd’hui, il est impossible d’évoquer le débarquement en Normandie sans qu’il soit fait mention de la plage d’Omaha, théâtre d’une bataille sanglante et décisive pour les Alliés. Cette dernière occupe une place centrale dans la mémoire collective européenne et américaine, au grand dam des autres nations qui ont participé à ce tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale et qui se retrouvent souvent reléguées au second plan. Il est bon de rappeler que le 6 juin 1944, la Basse-Normandie ne comptait pas moins de sept champs de bataille : les cinq plages et les zones tenues par les divisions aéroportées américaines et britanniques. La plage d’Omaha est devenue un haut lieu du tourisme de mémoire, sans aucun doute le lieu incontournable pour qui veut découvrir ce pan d’histoire. Les monuments et les stèles côtoient le cimetière militaire de Colleville, sonVisitor Centerpas moins de trois et musées privés. Inauguré le 18 juillet 1956 sur le plateau dominant la plage, le cimetière américain est devenu, au fil des décennies, l’un des premiers lieux de recueillement. Installée au centre d’un demi-cercle formé par la colonnade du mémorial, une statue en bronze de 7 mètres de hauteur fait face aux carrés des sépultures contenant les dépouilles de 9 387 soldats. Elle symbolise « L’Esprit de la jeunesse américaine s’élevant des flots ». Depuis 67 ans, le temps semble sans prise sur ce lieu, comme s’il avait été sanctuarisé, comme l’a été la pointe du Hoc. Cet autre site n’est pas en reste, loin s’en faut. Avec ses entonnoirs et ses blockhaus éventrés, la pointe du Hoc possède une e force d’évocation peu commune. Lors du 40 anniversaire du débarquement, Ronald nd Reagan rend un vibrant hommage aux quatre-vingt-dix vétérans du 2 Rangers Battalion ayant survécu aux combats du 6 juin 1944, et inaugure à leur intention un monument en forme de lame de poignard dressé vers le ciel. La charge émotionnelle de ces lieux est indéniable, mais l’intense travail de mémoire réalisé par les gouvernements et les populations de France et d’Amérique a énormément contribué à renforcer leur « attrait » historique, tout comme les filmsLe Jour le plus long (1962), de Darryl F. Zanuck, etIl faut sauver le soldat Ryan(1997), de Steven Spielberg. Ces parcelles de terre, cédées au peuple américain pour honorer ses morts, sont également devenues un lieu incontournable pour les États, qui profitent des commémorations officielles pour réaffirmer la défense des valeurs pour lesquelles les GI’s ont donné leur vie le 6 juin 1944. David Dwight Eisenhower, ancien commandant suprême des forces alliées devenu président des États-Unis d’Amérique en 1952, est revenu en pèlerinage à Omaha en 1964, quatre ans après avoir quitté la Maison-Blanche. John Fitzgerald Kennedy, vétéran de la guerre du Pacifique, ne se déplacera pas en Normandie. Son gouvernement doit tour à tour gérer la crise berlinoise, l’affaire des missiles de Cuba, avant de s’enliser dans le conflit vietnamien. En dehors des frontières, l’idéal libertaire de la démocratie américaine vacille. Le contexte de la guerre froide a donné à ces commémorations une réelle dimension politique, mais seulement à partir de la fin des années 1970. Le 5 janvier 1978, Jimmy Carter rencontre Valéry Giscard d’Estaing au cimetière de Colleville. Le président démocrate s’agenouille pieusement devant une tombe et y dépose une gerbe de fleurs. Ce geste va émouvoir toute l’Amérique. Depuis, les présidents américains continuent à faire d’Omaha un marqueur fort de leur histoire nationale, mais également une tribune politique servant à justifier leur politique étrangère lorsque cela est nécessaire : Ronald Reagan en 1984, Bill Clinton en 1994, George Bush
ère en 1995 et Bush fils en mai 2002 et 2004, et enfin Barack Obama en 2009. La bataille livrée par le V US Corps sur Omaha Beach n’a pas dépassé en intensité ou en férocité les batailles livrées par les Alliés dans le Pacifique ou bien en Italie, mais elle est devenue un événement militaire majeur. Si l’attaque japonaise sur Pearl Harbor a poussé le peuple américain à se lever comme un seul homme pour venger ce jour d’infamie, le sang et les larmes versés sur le sable de cette plage normande ont prouvé au monde que l’Amérique était prête à sacrifier sesboyspour libérer l’Europe du joug nazi et à faire valoir très habilement ses idéaux de défense de la liberté et de la démocratie. Au même titre que l’épopée du major général Gilbert du Motier de La Fayette, la bataille d’Omaha est devenue le symbole de ce lien indéfectible unissant les États-Unis à la France. De nombreux historiens se sont penchés sur l’histoire de cette bataille. Des raccourcis malheureux et de nombreux « clichés » ont longtemps contribué à fausser la lecture de l’événement. Le film de Zanuck y est d’ailleurs pour beaucoup. Il suffit, pour s’en rappeler, de citer le témoignage du major d’artillerie Werner Pluskat, qui était, soi-disant, à son poste le 6 juin au matin. Ce dernier était en réalité parti la veille au soir en permission à Paris. Les archives américaines, britanniques et allemandes ont été méticuleusement exploitées. Les comptes rendus téléphoniques allemands, les interrogatoires des soldats capturés, les rapports militaires restés largement inexploités ou mal exploités ont permis d’approfondir notre connaissance de l’événement et de battre en brèche certaines interprétations erronées. Si la bataille est particulièrement bien documentée du côté américain, il n’en est pas de même du côté des Allemands. Néanmoins, la matière est suffisante pour permettre de raconter leur bataille. Aucun vétéran allemand n’a témoigné pendant près de quarante ans. Il faut dire que peu de soldats présents sur Omaha, le 6 juin, sont sortis vivants de la bataille de Normandie. Les survivants ont enfoui leurs souvenirs au plus profond d’eux, par pudeur et par honte sans doute. Heinrich Severloh a été le premier à raconter sa bataille à des journalistes de la chaîne ABC en 1984, avant de rencontrer David Silva, un des miraculés qui avait échappé aux balles de sa mitrailleuse face au WN 62. Les journalistes et les historiens ont effectué un long et fastidieux travail de recherche dans les archives militaires, auprès des associations de vétérans et des familles pour retrouver les acteurs de cette journée. Certains d’entre eux ont d’ailleurs écrit leurs mémoires, sans doute pour exorciser leurs vieux démons. Aujourd’hui, le résultat dépasse les espérances. Des centaines d’histoires personnelles ont été collectées et retranscrites par des historiens. Les vétérans ont conservé de cette journée un souvenir d’une remarquable précision. L’utilisation de ces témoignages est sans doute le meilleur outil pour pénétrer au cœur de cette bataille, ou plutôt de ces batailles. Lecolonell’a très bien résumé : Branham « Chacun d’entre nous avait son propre champ de bataille. Il mesurait de 40 à 50 mètres de côté. Des hommes distants de quelques mètres ont pu avoir des visions totalement différentes de cette journée. » Et si l’enfer était sur terre ce 6 juin 1944, il était sans nul doute sur la plage d’Omaha.
Une inspection surprise
CHAPITRE PREMIER
LA PLAGE DES SABLES-D’OR
29 janvier 1944. Une colonne de véhicules militaires quitte la route nationale 13 reliant Caen à Cherbourg, pour s’engager sur une petite route sinueuse en direction du nord. Les voitures de commandement, munies de fanions d’aile, traversent le village de Colleville-sur-Mer et s’arrêtent à proximité du littoral. Un groupe d’officiers vêtus de gants de peau et de manteaux longs d’hiver se dirige vers le point d’appui WN 62 en compagnie de leurs ordonnances. En tête du cortège, un officier écoute attentivement les propos des militaires qui l’accompagnent, tout en scrutant méticuleusement les alentours. De temps à autre, il s’arrête pour désigner un secteur particulier avec la pointe d’une élégante canne à pommeau et donne des directives. Tout autour d’eux, des équipes d’ouvriers et de soldats s’affairent autour de bétonnières et de coffrages massifs. Son regard s’attarde sur la plage et les obstacles épars qui émergent de temps à autre de l’eau. Cette visite impromptue a surpris la petite garnison vaquant à ses occupations quotidiennes. Les ordres fusent un peu partout. Les hommes s’emparent de leurs armes et de leurs équipements et courent vers leurs positions de combat. Au cou de l’officier pend la croix de chevalier de la Croix de fer avec feuilles de chêne, glaives et brillants, décernée à 27 militaires pour faits de guerre exceptionnels. Les bâtons dorés entrecroisés sur ses épaulettes rouges brodées d’or et d’argent trahissent le grade de l’officier en question. Il s’agit du célèbreGeneralfeldmarshallErwin Rommel. Le visage de celui que l’on surnomme le « renard du désert » depuis ses exploits en Afrique du Nord est connu de tous. Cet élève de Guderian a démontré, lors de la campagne de France de 1940 et un peu plus tard en Libye, qu’il était capable d’attaquer avec succès dans les pires conditions. Et la défaite du Deutsches Afrikakorps n’a guère entamé son prestige auprès de ses compatriotes et de ses adversaires. Depuis le 5 novembre 1943, c’est à une tout autre tâche que l’énergique Rommel s’est attelé. En effet, Hitler l’a nommé inspecteur général des côtes de la mer du Nord et de l’Atlantique et compte sur lui pour faire échouer les projets alliés.
LaFestung Europa: mythe ou réalités
L’entrée en guerre des États-Unis aux côtés de la Grande-Bretagne et de l’URSS, au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, a amené Adolf Hitler à s’inquiéter de o l’état des défenses des côtes occidentales de l’Europe. La directive n 40 du 23 mars 1942 ordonnait la construction d’unlimes de béton et d’acier courant du cap Nord au golfe de Gascogne, afin de rendre impossible toute tentative de débarquement allié. C’est un travail de titan nécessitant la construction de 15 000 ouvrages défensifs bétonnés (Verteidigungswerken)l’installation de 3 000 pièces d’artillerie. D’importants moyens et sont mis à la disposition de l’Organisation Todt, chargée d’édifier l’Atlantikwall. Cette dernière utilise les troupes spécialisées en fortifications(Festungspioniere), mais aussi des ouvriers réquisitionnés dans le cadre du STO, des prisonniers de guerre, des entreprises de génie civil et des unités du service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst ou RAD). En mai 1943, elle emploie sur ses chantiers 260 000 ouvriers. Les entreprises des pays occupés sont également mises à contribution pour construire les fortifications devant s’étirer sur plus de 6 000 kilomètres. Cet « État dans l’État » gère ses chantiers comme bon lui semble, au grand dam de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW). Dans un premier temps, les travaux se sont concentrés sur les côtes du pas de Calais,
en raison de leur proximité avec la Grande-Bretagne. Des bases sous-marines sont construites dans les ports ouverts sur l’Atlantique. Ces abris gigantesques entièrement autonomes, semblables à ceux d’Heligoland, protègent les bases de Brest, Saint-Nazaire, Lorient, La Pallice et Bordeaux. Les bombes les plus puissantes égratignent à peine ces édifices recouverts de toits en béton de plus de 7 mètres d’épaisseur et dotés d’uneFlak impressionnante. Les grands ports et les îles Anglo-Normandes sont transformés en Festungen(forteresses). Toutefois, une grande partie du littoral français est encore mal protégée et la multiplication des raids de commandos britanniques sur le littoral français inquiète particulièrement Hitler. Si les services de la propagande allemande n’ont de cesse de s’enorgueillir de la puissance de laFestung EuropaEurope), en montrant les (forteresse impressionnantes casemates des batteries Todt, Lindemann, Grosser Kürfurst ou Friedrich August, la réalité est tout autre. Entre les grands ports, la densité des défenses est inégale, voire inexistante. Il n’existe encore aucune fortification lourde. Les canons sont installés dans des encuvements à ciel ouvert, l’aménagement des points d’appui se résume le plus souvent en une succession d’abris sommairement aménagés. Le détournement d’une partie de la main-d’œuvre vers des programmes prioritaires comme la construction des bases de V1, l’intensification des bombardements et la situation militaire sur les autres fronts font prendre un retard considérable. Or, le temps presse car tout laisse à penser que les Alliés ont décidé de frapper dans le courant de l’année 1944. Rommel s’est vu également confier le commandement tactique du Heeresgruppe B. Depuis plusieurs semaines, il multiplie les inspections de l’embouchure de la Loire à celle de l’Escaut et constatede visunombreuses les insuffisances du système défensif, à l’exception du secteur du pas de Calais. Sur le reste du littoral, les points d’appui et les positions d’artillerie sont trop peu nombreux et insuffisamment fortifiés. Le premier rapport qu’il envoie au Führer le 31 décembre est accablant mais réaliste. L’Atlantikwallencore bien loin de pouvoir repousser une est invasion, contrairement à ce que laissent penser les services de propagande de Goebbels.
Des moyens insuffisants
Bien qu’encore inachevé, le mur de l’Atlantique constitue, en ce début d’année 1944, un obstacle de taille pour les Alliés. Tout va dépendre du lieu et de l’ampleur des moyens qu’ils mettront en œuvre. L’OKW pense que l’ennemi arrivera par le détroit du pas de Calais, le plus court chemin entre la France et les côtes britanniques. Mais d’autres pensent à la Normandie. Le Führer n’écarte pas cette hypothèse, tout en restant persuadé que le débarquement principal aura lieu dans le pas de Calais. La tâche de Rommel s’avère compliquée. Depuis le 22 juin 1941, date du début de la guerre contre l’Union soviétique, la Wehrmacht a payé un lourd tribut. Mois après mois, les effectifs ont fondu comme neige au soleil, obligeant le haut commandement à puiser dans les divisions stationnées à l’Ouest. La guerre en Italie n’arrange rien, puisque quatorze divisions y sont engagées. La plupart des divisions ont une faible valeur combative. Elles sont théoriquement composées de trois régiments à trois bataillons, mais en réalité, la majorité d’entre elles ont perdu un régiment. La qualité des combattants est très aléatoire, les unités comptent dans leurs rangs nombre de convalescents, d’hommes très jeunes ou trop âgés. Les unités étrillées revenant de Russie ou d’Italie sont envoyées en France pour y être complétées et réorganisées. Comme de nombreux officiers, le supérieur de Rommel, leGeneralfeldmarshall von Rundstedt, reste sceptique quant à l’efficacité réelle de ces défenses statiques qu’il considère d’ailleurs comme un « monumental bluff ». Ce partisan de la guerre de mouvement entend s’appuyer sur les divisions blindées, mais il désire les maintenir loin du littoral pour être en mesure de lancer une contre-attaque massive à l’intérieur des terres.
Rommel partage son point du vue sur l’efficacité réelle des fortifications, mais sa stratégie sur l’emploi des chars est différente. Dans sa pensée, la plage est le front principal et l’ennemi doit y être anéanti dans les premières 24 heures. Seul un engagement rapide des divisions blindées et motorisées peut repousser l’ennemi. Par conséquent, celles-ci doivent être postées à proximité immédiate des côtes. Cependant, von Rundstedt refuse catégoriquement de se départir de sa réserve stratégique. Lui et le commandant du Panzergruppe West, von Schweppenburg, entendent constituer une importante réserve blindée en retrait du littoral, pour être en mesure de lancer une contre-attaque massive là où les Alliés auront choisi de débarquer. C’est Hitler qui va trancher : trois divisions seront stationnées près des côtes, le reste prendra position en arrière. Pour Rommel, il est impératif d’arrêter l’ennemi sur la plage et de l’empêcher de s’établir sur le continent. Faute de pouvoir utiliser les unités blindées comme il le souhaiterait et de disposer des divisions d’infanterie nécessaires, Rommel veut renforcer les points d’appui et les défenses de plages en installant une multitude d’obstacles et de mines de tous types. Il sait qu’en cas de débarquement, les Alliés bombarderaient à outrance les positions allemandes. Il est donc vital de construire des abris bétonnés pour la troupe et d’augmenter le nombre de pièces battant la plage. L’issue de la guerre en dépend. Les défenses allemandes, si elles restent en l’état, seront balayées en quelques heures. Une des principales faiblesses de la défense allemande à l’Ouest repose sur l’absence de tout commandement unifié. On assiste à un chevauchement de compétences qui provoque de graves dysfonctionnements. Von Rundstedt n’a aucune prise sur les troupes d’occupation dépendant de l’OKW, encore moins sur celles de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe qui constituent des entités propres, comme la Waffen SS Rommel et Blaskowitz, commandant du Heeresgruppe G, n’ont pas autorité sur l’ensemble des forces présentes dans leurs secteurs. Ces trois chaînes de commandement agissent indépendamment les unes des autres et restent entièrement soumises aux décisions de Hitler, qui use de ses e prérogatives de commandant des forces armées du III Reich. La Kriegsmarine n’est plus en mesure de tenir les premiers rôles depuis la faillite desU-Booteprintemps 1943. L’ du Admiral Theodor Krancke, commandant en chef du Marinegruppe West, a sous sa coupe environ 100 000 hommes regroupant tous les bâtiments de surface et les troupes de la Kriegsmarine opérant à terre dans les arsenaux, les stations radars, l’artillerie côtière et les systèmes de communication. Le secteur occidental du littoral normand courant du mont Saint-Michel à l’embouchure de l’Orne est placé sous l’autorité de l’AdmiralHennecke (Cherbourg), tandis que la partie Walter orientale, entre l’Orne et la Somme, dépend duKonteradmiralH. von Tresckow (Le Havre). Ces deux commandements sont eux-mêmes placés sous l’autorité de l’Admiral Friedrich Rieve (Rouen), commandant en chef des côtes de la Manche. Krancke dispose de 5 Torpedoboote (torpilleurs), 34Schnelleboote (vedettes lance-torpilles), 163Raumboote (dragueurs de mines), 42Artillerie-Träger (barges d’artillerie) et 57Vorpostenboote (patrouilleurs) pour protéger les eaux côtières de la Manche. En cas de débarquement en baie de Seine, les 4. et 5. Schnellbootsflottille, et la 15. Vorpostenflotille seront en mesure d’intervenir dès les premières heures. La 6. Artillerieträger-Flottille, mouillant à Port-en-Bessin, ne pourra pas être d’une grande aide. Reste une énigme, la Luftwaffe. Depuis 1943, le front de l’Est et celui d’Italie monopolisent un nombre croissant d’avions. De plus, elle doit maintenir un grand nombre d’escadrilles de chasse en Allemagne pour s’opposer aux incursions quotidiennes des bombardiers alliés. Une grande partie des groupes de chasse et de bombardement stationnés en Europe de l’Ouest ont dû être rapatriés. À la fin du mois de mai 1944, la 3. Luftflotte, chargée de couvrir l’ouest de la France, ne peut aligner que 820 appareils, dont à peine 110 chasseurs. Les forces sur lesquelles peut compter leFeldmarshall Hugo Speerle, en cas d’attaque à l’ouest, sont disséminées sur l’ensemble du territoire français, belge et néerlandais. Le ciel de France appartient désormais aux Alliés.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin