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Orient et Occident processus d'acculturation

161 pages
L'identité de la France est un point clé du débat politique. Quelle peut-être l'attitude de l'Etat-nation face aux communautés issues de l'immigration et devant la mise en place d'une plateforme supranationale ? La question suscite des réponses diverses qui bien souvent en appellent au passé. La réflexion historique est indispensable pour comprendre la construction des idées nationales. Ce numéro en hommage à Ksara Vafadari se centre sur l'influence que certaines communautés orientales ont eu dans le développement des cultures et des droits européens.
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ROIT
etULTURES
Revue semestrielle d'anthropologie et d'histoire

Publiée par le Centre d'Histoire et D'Anthropologie du droit

de l'Université Paris X - Nanterre
et par l'Association Droit et Cultures

Avec le concours

du Centre National de la Recherche Scientifique et de L'École doctorale de sciences juridiques et politiques (EDSJP) de l'Université Paris X - Nanterre

L'Harmattan

REVUE DROIT ET CULTURES
Direction Jean-Pierre POLY, Directeur du Centre Droit et Cultures de l'Université Paris XNanterre et Charles de LESPINA Président de l'Association Française Droit et Y, Cultures

Rédaction

Rédacteur en chef: Chantal KOURILSKY-AUGEVEN (CNRS), Centre Droit et Cultures de l'Université Paris X-Nanterre (Bureau F-505 tél/fax: 01 40 97 76 44) Rédacteur adjoint: O. Sara LIWERANT (CDPC,ParisX-Nanterre)

Secrétariat de rédaction: Jacqueline LAHMANI (CNRS),Centre Droit et Cultures de l'Université Paris X-Nanterre (Bureau F-504, tél : 01 40977365, email: jlahmani@uparislO.fr) Comité de rédaction
Jean-Godefroy BIDIMA (Tulane University)
-

Christiane

BESNIER

(CHAD-Paris

X-Nanterre)

-

Jean-Claude
DECAUX Charles

BONNAN (Magistrat)- Gérard
(Paris II) - Marie-Claire FOBLETS
Vincennes-St-Denis)

COURTOIS (Université d'Artois) (Louvain) - Chantal

Emmanuel
(CNRS) (CNRS)
-

Hervé

GUILLOREL

Geneviève KOUBI (Paris 8 -

KOURILSKY-AUGEVEN
-

de LESPINA Y (Association Française Droit et Cultures)

O. Sara LIWERANT (CDPC,
-

Paris X-Nanterre) - Bernadette MENU (CNRS) - Robert PAGEARD (Magistrat honoraire) SALAS (ENM) Raymond VERDIER (Association Française Droit et Cultures)
-

Denis

Conseil Scientifique Yadh BEN ACHOUR (TunisII)
Réunion)
-

-

Bernard BOTIVEAU (CNRS) Bernard CHAMPION (La
-

Antoine

GARAPON
-

(IREJ)

-

Carol

J. GREENHOUSE (CEDH, Strasbourg) (CNRS)
-

(Princeton University) (Toulouse 1)

-

Andreas
(Magistrat) Norbert

HELMIS (Athènes)
-

Anatoli

KOVLER

Régis LAFARGUE
-

Jean-Pierre

ROULAND

TENCKHOFF

POL Y (Paris X-Nanterre) - Jacques (Aix-en-Provence) - Evelyne SERVERIN (Genève) - Alain TESTART (CNRS)

POUMAREDE
-

Isabelle SCHULTE-

Centre Droit et Cultures: 92001 Nanterre.

Université

Paris X-Nanterre,

200 avenue de la République,

Sommaire
1. Orient et Occident, processus d'acculturation

numéro spécial2008
9

Nathalie Kalnoky & Soazick Kerneis, Présentation.................................... Bahman Moradian, Les listes présentées dans le Yasna 65 paragraphes 7,8 et 12 ..................................................................................... Andréas Helmis, Justice d'outre-tombe: divinités perses dans des imprécations funéraires grecques .................................................... Marc Aoun, Christianisme perse et culture sassanide, Un modèle d'intégration réussie ................................................................... Georgios Katsenis, Francs et Grecs dans la Principauté d'Achaïe. Perspectives juridiques des classes dans la société moréote .......................... Nathalie Kalnoky, L'avancée des Mongols dans les steppes d'Asie centrale, chronique d'un cataclysme annoncé............................................................... Frédéric Constant, Droit des Ouïghours sous la domination sino-mandchoue (1759-1884).................................................................................................... Sophie Demare-Lafont, L'assyriologie est-elle une invention de l'Occident?

13

23

35

49

71

89

105
117

Meheran Askari, La découverte de l'exotisme persan, analyse du récit de trois voyageurs français en Perse..................................... René-Marie Rampelberg, Le droit romain a-t-il une place dans la Chine d'aujourd'hui ? ............................................................................................... Jean-Pierre Poly, Ariana & Cassandra Vafadari, La Maison de Kasra à Yazd ...........................................................................
2. Table of contents and abstracts ...............................................................

129

141 151

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05827-9 EAN : 9782296058279

Ont contribué à ce numéro
Marc Aoun est maître de conférences à l'Institut de droit canonique, Université Marc BlochStrasbourg U et chargé de cours à l'Université Paris X-Nanterre. Il est docteur en Histoire du droit et des institutions, diplômé en droit canonique, en droit comparé, en droits de l'homme, en littératures et civilisations étrangères. Il a récemment publié: « Aspects de la simonie en Égypte (VUe_XUe siècle) », Revue des sciences religieuses, 76, n02, 2002, p. 185-200;« 'Matrimonium contrahere' ou 'matrimoniale foedus celebrare'. Pérégrinations de la conception du mariage », Revue de droit canonique, 53/1, 2003, p. 213-226; «De quelques aspects de la traduction en arabe de textes juridiques dans l'Orient chrétien au Moyen Âge », in Les problématiques de la traduction arabe, hier et aujourd'hui, Publications de l'Université Marc Bloch-Strasbourg, 2004, p. 97-125;« Jésubokt, métropolitain et juriste de l'Église d'Orient (nestorienne), auteur au VIIIe siècle du premier traité systématique de droit séculier », Revue d'Histoire du droit / Tijdschrifi voor Rechtsgeschiedenis, 73, 2005, p. 81-92; «Aspects de la procédure dans les tribunaux de l'Eglise d'Orient, à la lumière des synodes nestoriens des Ve_VUe siècles », in Procéder. Pas d'action, pas de droit ou pas de droit, pas d'action? (Cahiers de l'Institut d'Anthropologie juridique, na 13), Presses nniversitaire de Limoges, 2006, p. 35-46 ; « 'Laïcs' et 'séculiers' dans la Didascalia apostolorum syriacae. Quelques aspects lexico-sémantiques », Revue des sciences religieuses, 81, na l, janvier 2007, p. 69-78 ; «Grandeurs et malheurs des chrétiens d'Irak », Elan, naSI, mars 2007, p. 14-18. Meheran Askari, après une maitrise de droit, a obtenu un DEA d'Histoire et d'Anthropologie juridique en 2004 (le thème de son mémoire était «L'administration sassanide »). Il travaille dé sonnais, sous la direction de Jean-Pierre Poly, à sa thèse dont le sujet est La France éternelle dans le discours des auteurs français sur la République et ses institutions (période: fin XIXdébut XX" siècle). Frédéric Constant, après un DEA d'Histoire et d'Anthropologie du droit (Université Paris XNanterre) a passé trois années à l'Université du peuple de Chine pour le bon avancement de ses travaux de thèse. Docteur en Histoire du droit à l'Université Paris X-Nanterre, sa thèse s'intitule Le droit mongol dans l'État impérial sino-mandchou (I644-I9II): entre autonomie et assimilation. Ses travaux portent principalement sur le droit des peuples des Marches (Mongols et Ouïghours) dans le système impérial chinois. Sophie Démare-Lafont est agrégée d'Histoire du droit et Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, section des Sciences historiques et philologiques, où elle enseigne le droit comparé dans les sociétés du Proche-Orient ancien. Elle travaille sur les textes juridiques cunéifonnes et bibliques. Elle a publié notamment une recherche sur le droit pénal féminin (Femme, droit et justice dans l'Antiquité orientale, 1999) et un essai sur la féodalité et le statut de la terre en Mésopotamie (Fief et féodalité dans le Proche-Orient ancien, 1998). Elle travaille actuellement à la création d'un site d'édition en ligne des formulaires juridiques des contrats mésopotamiens. Andréas l'histoire l'esclave Helmis est docteur en Droit de l'Université Paris X-Nanterre (1986). Il enseigne du droit à l'Université d'Athènes depuis 1992. Publications récentes: «La mort de P. N. Doukellis (éd.), et le droit dans l'Antiquité grecque », dans: V. 1. Anastasiadis
-

Esclavage antique et discriminations socio-culturelles. Actes du XXVIIIe Colloque International du Groupement International de Recherche sur l'Esclavage Antique, Berne 2005, p. 91-105 ; «Le «"degré zéro de l'écriture" du droit: à propos des décrets de fondation des cités coloniales », dans: P. Sineux (éd.), Le législateur et la loi dans l'Antiquité. Hommage à Françoise Ruzé, Caen 2005, p. 127-137; «Démocratie antique et projet de Constitution européenne », dans: D. Dlugosz (diL), Grecs, Juifs, Polonais. A la recherche des racines de la civilisation européenne, Varsovie-Paris 2006, p. 33-41; «La privation de sépulture dans

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

l'antiquité grecque », dans: E. Cantarella (dir.), Symposion hellenistischen Rechtsgeschichte, Vienne 2007, p. 259-268.

2005. Vortrage zur griechischen

und

Nathalie Kâlnoky est docteur en Histoire du droit et des institutions, membre du Centre d'histoire et d'anthropologie du droit de l'Université Paris X-Nanterre et du Centre d'histoire de l'Europe centrale de l'nniversité Paris IV-Sorbonne. Ses champs de recherche portent principalement sur l'histoire du droit et des institutions de Hongrie et de la principauté de Transylvanie (Moyen Age et Temps Modernes). Elle a publié notamment: Les Constitutions et Privilèges de la Noble Nation Sicule. Acculturation et maintien d'un système coutumier dans la Transylvanie médiévale, 2004, Budapest-Paris-Szeged ; in Studia Caroliensia na 3-4, Europe and Hungary in the Age of Ferenc II Rak6czi, «La commnnauté sicule au début du XVIIIe siècle », 2004, Budapest, p. 195-202; in Droit & Culture n052, Iran et Occident, hommage à Kasra Vafadari, «Des princes scythes aux capitaines lasses », 2006, Paris, p. 65-84; in Piroska Nagy (éd.), Identités hongroises, identités européennes du Moyen Âge à nos jours, «Identités nationales et identités juridiques: les Sicules et les Hongrois de Transylvanie à la fin du XVe siècle », 2006, Rouen, p. 71-86; comptes rendus d'ouvrages: in Archives de Sc. Sociales des Religions n° 128, 2004, Paris, p. 61-62, Nora Berend, At the Gate of Christendom, 200 l, Cambridge; p. l20-l21, Thomas A. Idinopulos (et al.) Reappraising Durkheim for the Study

and Teachingof Religion Today,Leiden Boston
-

-

K6ln, 2002; in Droit & Cultures, 2006/2,

Paris, p. 285-289, Jean-Pierre

Poly, Le chemin des amours barbares, Paris, 2003.

Georgios Katsenis, titulaire d'nn DEA d'Histoire et d'Anthropologie du droit (Université Paris X-Nanterre), est avocat à Athènes, doctorant à l'Université de Paris X-Nanterre et à l'Université d'Athènes et allocataire de recherche rattaché au laboratoire GEDEOM. La thèse qu'il prépare sous la co-direction des professeurs Jean-Pierre Poly et Andréas Helmis, et qui porte sur la justice en Orient latin, s'intitule Une justice entre Orient et Occident. Le juge et le droit dans les Assises de l'Orient. Il est aussi membre du comité de rédaction de la revue d'anthropologie du droit Enchiridion (publiée à Athènes). Son article sous le titre: «Le jugement divin, variations byzantines. Duel judiciaire et épreuve du fer rouge dans la pratique judiciaire à Byzance (XIIIe XIVe siècles) » a paru dans Droit & Cultures, 53, 2007/l, p. 163- 180. Ses champs de recherche sont principalement les Croisades, le droit des Etats latins en Orient et surtout leur justice, le droit byzantin et post-byzantin et les contacts juridiques entre l'Orient et l'Occident.
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Bahman Moradian, après des études en « Cultures et Langues de l'Iran Ancien» à l'Institut pour la Science et les Études Culturelles de Téhéran, a obtenu son DEA en philologie iranienne travaillant sur nn texte d'iranien moyen Le mémorial de Zarir. Il est actuellement doctorant en philologie iranienne à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes et prépare, sous la direction de Philip Huyse, nne thèse qui se concentre sur la traduction et l'analyse linguistique du texte avestique l'ab zohr «libation des eaux» (Yasna 63-69) et sa version Pehlevi. Ses travaux portent sur l'iranien ancien, la langue avestique et l'iranien moyen, Pehlevi. Il a publié plusieurs articles dont «Mary Boyce, 1920-2005 », Frawahar, na 418, Téhéran, 2007; Sédré Poushi (nne cérémonie zoroastrienne), édition Rahgosha, Shiraz, 2000; «Un regard sur la manière de l'harmonisation entre les associations zoroastriennes» et «La continuité culturelle », Revue Asha, Suède, 1999; nn compte rendu de «Ainsi vont les enfants de Zarathoushtra », Journal Amordad, na 98, Téhéran, 2004 ainsi que des traductions en persan: «The vitality of Zoroastrianism attested by some Yazdi traditions and actions », par Mary Boyce, Journal Amordad, na 109, Téhéran, 2005 ; «Ilya Gershevitch », par Gherardo Gnoli, Revue Nâme pârsi, Téhéran, 2003; «Yima and death », par Jean Kellens, Commémoration de Djamshid Soroushian, Téhéran, 2002 et « Zoroastrianism in China, research on Zoroastrianism in China 1923-2000 », par Rong Xinjiang, Revue Fravahar, Téhéran, 2002. Jean-Pierre Poly est professeur d'Histoire du droit à l'UFR de Sciences juridiques, administratives et politiques de l'Université Paris X-Nanterre et enseignant à l'Institut Hemi Motulsky de cette nniversité. Il a travaillé sur le premier Moyen Age, sur les sociétés méridionales post-romaines puis sur les sociétés gentilices germaniques, sur les structures

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

féodales et sur l'anthropologie de la parenté et de la sexualité. Il est responsable de l'équipe de recherche Esdem (Etude des systèmes de droit de l'Europe médiévale), section du centre de recherches GEDEOM (Genèse des Etats et Droits de l'Europe et de l'Orient Méditerranéen) et du Centre d'Histoire et d'Anthropologie du Droit (CHAD, coordonant les centres Gedeom et Droit et Cultures), ainsi que du Master 2 Droit de l'Université Paris-X, mention Histoire et anthropologie juridiques. On peut citer parmi ses publications: dir. (avec E. Bouruazel), Histoire générale des systèmes politiques. Les féodalités, Paris, PUF, 1998; Le chemin des amours barbares. Genèse médiévale de la sexualité européenne, Paris, Lib. Acad. Perrin, 2003 ; «La petite pierre d'Arguel: l'ordalie germanique en Gaule aux Ve- VUe siècles », in Retour aux sources, textes études et documents d 'histoire médiévale offerts à Michel Parisse, Paris, 2004 ; «L'amour et la cité de Dieu. Utopie et rapport entre les sexes au Moyen Age », in Utopies sexuelles, Clio Histoire, femmes et Sociétés, 22/2205 ; «Am Stram Gram, La chevauchée des chamans », in na spécial de L 'Histoire, janvier 2006, Dieu au Moyen Age, p. 60-63. René-Marie Rampelberg est professeur d'Histoire du droit à l'Université Paris V-Descartes. Il a d'abord étudié le droit public d'Ancien Régime (sa thèse s'intitule Aux origines du Ministère de l'Intérieur. Le Ministre de la Maison du Roi. (1783-1788) Baron de Breteuil, Economica, 1976) et s'est ensuite tourné vers le droit pénal romain puis essentiellement le droit privé romain, dans une perspective principalement historico-comparative. Il a notamment publié: «Brève perspective comparative sur les destinées de la règle alteri stipulari nemo potest », Les concepts contractuels français à l 'heure des principes du droit européen des contrats, Dalloz, Paris, 2003, «Le contrat et sa cause: aperçus historique et comparatif sur un couple controversé », Les concepts contractuels français à l'heure des principes du droit européen des contrats, Dalloz, Paris, 2003, «Le contrat romain, de la convention type à la libération progressive », Contrat ou Institution: un enjeu de société, dir. B. Basdevant, Paris, LGDJ, 2004, «La privation de liberté à Rome», in Essais de philosophie pénale et de criminologie, « Enfermement et droit pénal », Dalloz, 2007. Il a contribué aux ouvrages suivants: «Le droit pénal romain », Dictionnaire de Sciences criminelle, sous la direction de G. Lopez et S. Tzistzis, Dalloz, 2004, et au Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de J. Leclant, PUF, 2005, pour les entrées suivantes: «Capitole », «Comices », «Election des magistrats romains », «Faisceaux (droit romain) », «Pomerium », «Triomphe (droit romain) ». Il a publié un ouvrage précieux tant pour les historiens que pour les juristes positivistes de droit européen et de droit des contrats: Repères romains pour le droit européen des contrats: variations sur des thèmes antiques, EJA, Paris, 2005.

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

Orient et Occident} processus d'accu[turation

Nathalie Kâlnoky & Soazick Kerneis

Les rencontres Kasra Vafadari

n décembre 2006 sortait le numéro 52 de la revue Droit et Cultures, intitulé «Iran et Occident, Hommage à Kasra Vafadari ». C'était également le titre du colloque du 3 juin 2006, tenu à l'Université de Paris X-Nanterre dont la revue publiait les actes. Colloque que les collègues, étudiants et amis de Kasra voulaient être la première des « rencontres Kasra Vafadari ». La présentation qu'en faisait Jean-Pierre Poly contenait ces mots: « A l'Université, nous devons continuer la tâche que Kasra s'était proposée: comprendre et montrer aussi clairement que possible ce qu'est la diversité de l'humanité et son identité profonde. Un programme très ancien et pourtant toujours d'actualité ». Le 15 juin 2007, une nouvelle journée dédiée à Kasra a pris place à Nanterre. Aux historiens du droit s'est joint un linguiste, le regard occidental sur l'Iran s'est étendu à tout l'Orient, Moyen et Extrême, la question de la diversité de l'identité s'est intitulée Orient et Occident, processus d'acculturation. «Des études fondées rappelleront que d'autres rapports entre Orient et Occident ont existé et peuvent toujours être» disait aussi la présentation de décembre 2006. Ce numéro spécial de Droit et Cultures, publication des actes du colloque de juin 2007, espère répondre à cet appel pour des études scientifiques linguistiques, historiques et juridiques, normatives au sens large, civilisé et culturel du terme sur la question de l'identité, de la diversité et des influences croisées.
-

E

L'identité de la France comme d'ailleurs, et pas toujours pour les mêmes raisons, celle de bien d'autres pays d'Europe est un point-clé du débat politique.
-

Quelle peut être l'attitude de l'Etat-nation face aux communautés issues de l'immigration et devant la mise en place d'une forme supranationale? La question suscite des réponses diverses qui bien souvent en appellent au passé. La réflexion historique est en effet indispensable pour comprendre la constitution des identités nationales. Presque toujours cependant, des présupposés envahissent la matière et faussent le débat. En hommage à notre collègue Kasra Vafadari, nous avons voulu consacrer cette journée qui lui était dédiée à l'influence qu'ont pu avoir certaines communautés orientales dans le développement des cultures et des droits européens.

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

11

Nathalie Kalnoky & Soazick Kerneis

C'est en ces termes que le débat fut ouvert cette année et que les réflexions sur les relations Orient-Occident furent centrées. Convictions et curiosités partagées et thèmes de recherches variés font de ce deuxième volume dédié à la mémoire de Kasra un mélange au sens premier du terme. Ce recueil débute par l'analyse linguistique des plus anciens textes de I'Avesta, (B. Moradian) et se termine sur un bref compte rendu des travaux de création de la bibliothèque Kasra Vafadari à Yazd dont les filles poursuivent la progression. Scripta manent... Il se compose, d'une part, de quelques articles monographiques qui, à travers les siècles et les territoires, présentent les influences perses dans la Grèce ancienne (A. Helmis), le christianisme perse au début de notre ère (M. Aoun), la coexistence juridique dans les principautés latines issues des croisades (G. Katsenis) et enfin, en partance vers l'Asie centrale et extrême-orientale, la confrontation de l'empire mongol et des minorités du Caucase (N. Kalnoky) et l'acculturation des Ouïghours au sein de l'empire sino-mandchou à la fin des Temps Modernes (F. Constant). D'autre part, les trois derniers articles apportent leurs réflexions sur le regard occidental sur le Moyen-Orient antique (S. Demare-Lafont) et sur ce même regard tourné vers la Perse du temps des Lumières et le positivisme flamboyant du XIXe siècle (M. Askari), pour finalement s'interroger la boucle est bouclée sur le regard que la Chine contemporaine porte sur les principes initiaux du droit romain et son possible rôle dans l'histoire du monde toujours en train de s'écrire (R.-M. Rampelberg).
-

Kasra Vafadari était à la fois fidèle à une fort ancienne tradition culturelle iranienne, et en même temps, très ouvert aux cultures occidentales, tant anglaise que française, et plus largement à celles de toute l'humanité. C'est son exemple que nous tentons de prolonger. On prétend que les tumulus de l'Altaï s'accroissaient des pierres que les clans nomades apportaient en souvenir des défunts. Pour que la mémoire de Kasra grandisse et que son souvenir survive à l'adversité, la journée du 15 juin 2007 et ce numéro spécial de Droit et Cultures lui sont dédiés.

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Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

Bahman Moradian

Les listes présentées dans le Yasna 65 paragraphes 7, 8 et 12

A Kasra qui m 'a aidé pour venir en France et le premier endroit qu'il m 'a fait visiter fut l'Université de Paris xNanterre.

'analyse des listes présentées dans un texte demande une introduction, une présentation sur la nature du texte ainsi qu'une estimation de la période à laquelle le texte appartient. Bien sûr, la datation est toujours un exercice difficile pour les textes anciens. L 'Avesta, nom attribué aux textes iraniens anciens, n'échappe pas à cette règle. Prods Oktor Skjaervo en 1994 dans un article intitulé « Hymnic composion in the Avesta »1 et Jean Kellens en 1998 « Considérations sur l'histoire de l'Avesta »2, exposent toutes les hypothèses et les difficultés concernant l'Avesta. Je résumerais ici le débat avec une réflexion issue de faits actuels dans une communauté vivante. Théoriquement et d'un point de vue chronologique, la langue avestique appartient à la période des langues « iraniennes anciennes ». Cette période s'achève à la fin de l'empire achéménide au IVe siècle avant J.-C. Mais, qu'est ce texte de l'Avesta que nous avons aujourd'hui entre nos mains3 ? Comme nous le constatons dans le récit traditionnel des textes moyen iranien4, dans chaque étape historique (achéménide, arsacide, sassanide), l'Avesta est rassemblé et mis par écrit. C'est le hasard de l'histoire ou c'est l'histoire qui se répète car à la fin du XIXe début du XXe siècle, une grande entreprise s'est réunie pour faire une édition des textes avestiques. Les familles sacerdotales de la communauté des parsis de l'Inde ont hérité des manuscrits qui livrent «tout ou partie d'un ou de deux ensembles textuels à l'exclusion de l'autre »5. Ce sont eux qui ont d'abord accepté de donner
-

L

Skjaervo, Prods Oktor, « Hymnic composion in the Avesta », Die Sprache, vol. 36, 1994, p. 199-243.

2
3 4 5

Jean Kellens, 519.

« Considérations

sur l'histoire

de l'Avesta

», Journal Asiatique,

vol. 286,1998,

p. 451-

Pour répondre à cette question, je reprends très brièvement Jean Kellens, « Avesta », Encyclopaedia Iranica, p. 34-35.

l'histoire

de l'Avesta

depuis le XIX' siècle.

Jean Kellens, « Considérations sur l'histoire de l'Avesta », op. cit., p. 453. Je reprends la division de Kellens pour l'Avesta qui le définit comme « le récitatif de la liturgie longue (Yasna - Vispred Vldevdad)>> et « le recueil des liturgies brèves (Xorda Avesta - Yashts) ».

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

13

Bahman Moradian

pour un certain temps leur patrimoine religieux6 et « ouvrent une souscription pour financer la publication »7. De plus, des manuscrits venus d'Inde et d'Iran se trouvaient dans les bibliothèques européennes et étaient gardés à Londres, Copenhague, Oxford, Paris et Munich. Il a fallu une importante démarche administrative entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour le transport des manuscrits. L'Allemand Karl Friedrich Geldner, disposant d'environ 150 manuscrits, publie entre 1889 et 1896 en trois volumes le résultat d'un dépouillement et le classement de ces manuscrits. Dans une véritable édition critique avec un apparat critique pour signaler les différentes attestations, il produit «un Avesta de convention »8. L'œuvre est tellement considérable que l'édition de N. L. Westergaard9, parue en 1854, n'est plus l'édition de référence. Depuis l'édition de Geldner, seules «quelques améliorations de détail peuvent être raisonnablement entrevues »10. Voici le texte « standard» du XXe siècle qui est rassemblé et réorganisé grâce à la collaboration d'une communauté religieuse fermée et du système académique, et qui, heureusement, grâce à la technologie a été publié à plus d'un ou deux exemplaires! Aujourd'hui, non seulement dans tous les centres académiques, mais aussi dans presque toutes les bibliothèques des associations zoroastriennes d'Iran 11, on retrouve un exemplaire de 1'Avesta connu sous le nom de Geldner. Ce qui est important à signaler pour 1'Avesta de Geldner, c'est que même les plus anciens manuscrits utilisés «datent tous de ce millénaire »12 ou de «la période de la transmission écrite documentée ». Les périodes antérieures peuvent être nommées très simplement «la période de la transmission écrite non documentée» et «la période de transmission orale »13. Les deux dernières
6

Karl Friedrich Geldner, Avesta, the Sacred Books of the Parsis, Stuttgart, 1889-1896; dans la dernière partie de son prolegomena, p. liii-liv commence ses remerciements pour des prêtres qui ont ouvert les trésors de leurs manuscrits. Plus loin, en remerciant E. W. West, Geldner répète encore son estime pour ceux qui ont permis pour la première fois que leurs précieux manuscrits quittent leurs mains et soient envoyés à lui qu'ils ne connaissaient pas personnellement.

7 8
9

Jean Kellens, La quatrième naissance de Zarathushtra, Paris, 2006, p. 58.
Jean Kellens, « Considérations sur l'histoire de l'Avesta », op. cit., p. 453.

Même si Karl Friedrich Geldner, Avesta, the Sacred Books of the Parsis, op. cit., dans son prolegomena p. i à plusieurs reprises signale les valeurs de l'édition de N. L. Westergaard. Il définit son travail comme « an improved reprint of Westergaard. Only the critical apparatus has unfortunately greatly increased in extent and compass ». De plus, certains textes connus sous Ie titre « fragments» sont indiqués seulement dans l'édition de Westergaard. Jean Kellens, « Considérations sur l'histoire de l'Avesta », op. cit., p. 453, note 2. d'aujourd'hui viennent pour la

10 11 12 13

Les informations plupart d'Iran.

que je donne dans cet article sur l'histoire

sur les zoroastriens

Jean Kellens, « Considérations

de l'Avesta

», op. cit., p. 452.

J'ai repris les titres donnés ibid. p. 452, 466, 488.

14

Droit et Cultures, numéro spécial, 2008

Les listes présentées dans le Yasna 65 paragraphes 7, 8 et 12

provoquent beaucoup de polémiques. La question principale pour la période de la transmission écrite non documentée est de savoir en quelle écriture et sur quel matériau14 le texte est écrit? Et quand commence chaque période? Ces questions demandent encore des recherches à l'heure actuelle. Je reprends le cas de l'Avesta d'aujourd'hui pour montrer comment les manières écrite et orale fonctionnent. Dans le système traditionnel des familles de prêtres, chaque famille est spécialisée pour assurer une cérémonie et possède un manuscrit pour la cérémonie concernée. Katayun Mazdapurl5, dans sa traduction du texte pehlevi de Shiiyist nii shiiyist « ce qui convient, ce qui ne convient pas », donne comme exemple une famille de prêtres qui était nommée comme les prêtres de « récitants du Vïdëvdiit» et qui possédait aussi un manuscrit du Vïdëvdiit. Après mon enquête orale et dans une occasion informelle, le président du « conseil des prêtres de Téhéran »16 a expliqué ainsi le système traditionnel d'apprentissage: « on apprenait par coeur les récitations de mon père et on avait un manuscrit à consulter. Après un certain temps, on s'asseyait devant notre père et on récitait une partie par cœur. Il avait un bâtonnet à la main et si on récitait mal ou pas correctement, il nous arrêtait et nous disait la manière correcte ». Est-ce que la double manière de transmettre le texte oralement et par écrit est récente17 ? Peut-on complètement séparer ces deux manières après un niveau de système politique et religieux? Dans la pratique de cette communauté, aujourd'hui, « la mémorisation des textes »18 est toujours pratiquée et les «manuscrits et textes» sont courants également! Quelques «manuscrits et textes» prennent une nouvelle forme. Le Xorda Avesta « le petit Avesta ou les textes pour l'utilisation journalière par les gens et les cérémonies ordinaires par les prêtres19 » est publié en iranien moderne avec une traduction en persan. Les Giithii «les textes attribués à Zoroastre» prennent plus que jamais leur rôle de « livre sacré ». Cette partie, qui était dans le corpus du Yasna, en est extraite et est publiée comme un livre sous deux formes:
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Ibid. p. 484-5 pour la période sassanide (au temps d'ArdeshIr, 226-241), propose comme une possibilité « une écriture de type araméen». Il n'exclut pas l'alphabet grec « à titre de possibilité purement théorique..., du moins comme une pratique locale... ». Katayun Mazdapur, Shâyist Nâshâyist, transcription et traduction en persan, Téhéran, 1990, p. 172, note 41. Elle cite le nom de la famille de prêtre comme « Mubed Rostam Xodiibaxsh Atiibak» et leur titre comme « diistiroy-e Vendidôd xin » « les prêtres qui récitent le Vfdevdiid». Mubeb Mehrabiin Oshidari.

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D'après Prods Oktor Skjaervo, « Hymnic composion in the Avesta», op. cit., p. 205-206,240, cette fonction double est une caractéristique de l'Iran. Mais il le considère comme un phénomène très tardif, ou plutôt à la fin de l'époque sassanide et après l'invention de l'alphabet avestique (vers 500 C.E., p. 204). Je voudrais signaler ici la différence que j'applique entre « le système de transmission orale» et « la mémorisation». En Iran, la « mémorisation» des livres sacrés et même des poésies classiques (par exemple: Hafêz, Sa'adi, Rûmi, Khayam et Ferdowsi) est toujours très valorisée et courante. Les prêtres Gahanbiir. aussi utilisent le texte du Xorda A vesta dans les cérémonies concernant les morts ou

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Bahman Moradian

soit seulement sa traduction en persan, soit le texte avestique et sa traduction en persan. Par contre, le Vïdëvdiid « loi contre l'abjuration des démons» et les Yasht « les textes sacrificiels aux dieux autres qu'Ahura Mazdii »20 perdent fatalement leurs statuts fixés et canonisés. Le premier est qualifié par la communauté comme « les lois et les rites anciens qui ne sont pas utilisables pour la vie moderne ». Et en ce qui concerne les Yasht, les autres divinités quittent de plus en plus l'esprit des gens au bénéfice d'Ahura Mazdii. Un phénomène qui n'est pourtant pas récent. En revanche, le texte du Yasna « sacrifice» a gardé ses particularités. Le texte est toujours sous la forme d'un manuscrit en écriture avestique et il accompagne la cérémonie la plus importante, nommée également « la cérémonie du Yasna ». La cérémonie célèbre les divinités et particulièrement Ahura Mazdii21 avec des parties rituelles pour le feu, les eaux ainsi qu'une préparation du liquide à partir des branches d'une plante nommé Haoma22. Pour cet article, je développerais la partie qui est consacrée à l'eau, c'est-à-dire l'iib zohr «libation des eaux» et plus particulièrement la partie où se trouvent les strophes 7, 8 et 12 du Yasna 65.

Situation du Yasna 65
Le Yasna 63 à 69 est consacré aux prières accompagnées des rituels de l'eau. Chaque hiid « chapitre» contient un nombre différent de vers. Ces vers sont soit empruntés aux autres parties de l'Avesta, soit uniques dans le texte. Le Yasna 65 contient 19 vers dont la composition est la suivante (sans aborder ici la question de leur appartenance aux textes vieil avestique ou récent) :

Structure du Yasna 65
Les vers 1 à 5 sont repris des cinq premiers vers du Yasht 5, qui traite des sacrifices attribués à la déesse des eaux. Les vers 6 à 14 sont des parties uniques dans ce texte qu'on ne retrouve pas ailleurs dans 1'Avesta. Le vers 15 est repris des Giithii c'est-à-dire le Yasna 51. 7. Le vers 16 est tiré du Yasna 15.2. Les vers 17-18 du Yasna 56. 3-4, dont les textes sont attribués aux divinités de «l'obéissance et de l'écoute ».
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Jean Kellens, « Considérations sur I'histoire de l' Avesta », op. cit., p. 504.

Firoze M. Kolwal and James W. Boyd, A Persian Offering. The Yasna : A Zoroastrian High Liturgy, 1991, Paris, p. 3, 5 définissent « Theological meaning of the Yasna liturgy» comme « to pleaser the exalted Lord of Wisdom, Ahura Mazda, and all spirit beings of his good creation ». En Iran, traditionnellement, le but de la cérémonie du Y asna est la préparation du liquide du Haoma qui va être utilisé pour les autres cérémonies. La plante, qui est utilisée en Iran actuellement, appartient à la famille de l'Ephedra (Acesineae).

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