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Parlons gallo

De
134 pages
Au début du XXème siècle, le gallo était comme d'autres langues régionales, au centre des préoccupations de nombreux linguistes. Il était temps de décrire cette langue amenée à disparaître. Aujourd'hui encore, sa mort proche est annoncée. Mais elle est toujours là. Caractéristique de la Haute Bretagne, cet ouvrage présente et décrit le gallo, tout en essayant d'en transmettre la saveur et la richesse.
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Nathalie Tréhel-Tas

PARLONS GALLO
Langue et culture

L'Harmattan

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-03247-7 EAN : 9782296032477

« Ce qu'il y a de meilleur en nous, c'est ce que nous gardons de la saveur du pays natal» André Theuriet

à Eulalie

Introduction générale

Cet ouvrage a pour but de faire connaître au plus grand nombre la langue gallèse et sa culture. Qu'est-ce que le gallo, où parle-t-on gallo, qui parle gallo? A toutes ces questions, nous essayerons de répondre, sans prétention, et sans vouloir figer la langue car si le gallo est bien l'objet de cet ouvrage, c'est avant tout une langue parlée, outil de communication et de représentation, souvent nommée patois, et dont il ne faudrait dénaturer l'existence. Que de temps perdu à en ignorer la richesse: il est temps à présent de la faire découvrir à tous, gallèsants ou pas, patoisants ou pas, c'est en tout cas de la même chose que nous parlons et que vous allez découvrir ou redécouvrir. Interrogeons-nous tout d'abord sur cette notion de langue, qu'est-ce au juste qu'une langue, sur quoi nous basons-nous pour dire que telle pratique linguistique est une langue, et telle autre est un patois, un dialecte? Il faut distinguer deux aspects dans cet essai de définition de ce qu'est une langue: le premier, linguistique, permet de définir une langue comme telle parce qu'elle répond à un certain nombre de critères linguistiques, telle l'existence d'une graphie, d'une norme admise. En linguistique, on considère par principe que tous les idiomes sont égaux et comparables. Tout parler humain est une langue à part entière et aucun ne pourrait se prévaloir d'une supériorité naturelle sur l'autre. La conscience linguistique est fondée sur les pratiques sociales et historiques: nous parlons en France une langue utilisée par la majorité de nos concitoyens, ce qui nous permet de communiquer ensemble, de nous reconnaître comme appartenant à cette même communauté.

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Cette définition linguistique de la langue peut être perçue en terme d'opposition. On distinguera deux langues lorsqu'il n'y aura aucune compréhension entre deux locuteurs, sans pour autant créer une hiérarchie entre les deux. A cette définition linguistique écartant tout jugement de valeur, s'oppose une hiérarchisation socio-politique plus idéologique, non scientifique, qui réserve le statut de langue à certains idiomes. On ne peut réellement séparer le pouvoir politique et les langues: « Une langue n'est pas seulement le moyen proprement humain de communication, mais c'est aussi un instrument de pouvoir» 1. Politiquement et socialement, une langue est reconnue comme telle lorsqu'elle possède un certain nombre de locuteurs, une norme établie, une forme écrite, une littérature vivante, un enseignement obligatoire et les moyens d'être diffusée. Selon Pierre Bourdieu, «Parler de langue sans autre précision, c'est accepter tacitement la définition officielle de la langue d'une unité politique: cette langue est celle, qui dans les limités territoriales de cette unité, s'impose à tous les ressortissants comme la seule légitime »2. Sont alors reléguées au statut de patois toutes les autres pratiques linguistiques, avec le plus souvent une dévalorisation tant du point de vue des locuteurs eux-mêmes que de celui de l'extérieur. Les deux aspects de cette notion de langue, de ce qui est langue, nous intéressent car décrire la langue en tant qu'entité linguistique ne peut trouver sens que dans l'intégration que nous pouvons en faire dans la pratique quotidienne, dans notre société.
1

J. W. LAPIERRE,

Le pouvoir politique et les langues, politique

éclatée,

PUF,1988. 2 P.BOURDIEU, Ce que parler veut dire, l'écononlie des échanges linguistiques, Fayard, Paris, 1982, p 27.

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Se pose alors le problème du statut du gallo: à travers I'histoire, l'existence de pratiques régionales sur le territoire français est attestée. Mais depuis la proclamation du français comme langue de la République, les parlers de France n'ont pas subi le même sort. La particularité du gallo réside dans une double difficulté, non pas à exister car les diverses enquêtes témoignent de la présence d'une pratique linguistique particulière, mais à être légitimée et reconnue en tant que langue. Cette difficulté réside d'une part dans une grande proximité des systèmes gallo et français et d'autre part dans la nécessité de survie que le gallo partage avec le breton. Ces deux pratiques se partagent un territoire largement francophone et s'opposent dans le sens où chacune d'elles souhaite accéder à un processus de réappropriation des fonctions sociales qu'elle a perdues. De plus, le gallo souffre de représentations sociolinguistiques négatives qui sont véhiculées par les locuteurs eux-mêmes. La situation dans laquelle se trouve le gallo est complexe car les pratiques linguistiques en présence ne fonctionnent pas en situation de bilinguisme mais plutôt s'opposent et se concurrencent. Vous faire découvrir ce qu'est le gallo, c'est vous présenter les divers aspects qui fondent cette entité, cette réalité. Qu'est-ce que le gallo et quelles en sont les représentations de la part des locuteurs et des non-locuteurs, au sein d'une identité bretonne plus large? Telles seront les premières questions auxquelles nous tenterons de répondre. Dans la deuxième partie de l'ouvrage la langue sera décrite, du point de vue morphologique, syntaxique, sans prétendre donner l'exhaustivité des différentes formes rencontrées. La suite sera consacrée à une découverte lexicale, par le biais de conversations courantes et d'un lexique. Gallésants ou non, - 13-

chacun pourra trouver, là une expression originale, ici un mot entendu dans son enfance. Et puisque la langue continue de vivre, plusieurs textes contemporains de formes diverses et souvent inédits sont à découvrir en version bilingue dans la graphie de l'auteur.

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Première partie Présentation générale du gallo

Très souvent, lorsque l'on pense à la Bretagne, une des images qui nous parviennent est le fameux drapeau breton, blanc et noir, peu connaissent la symbolique dont il est chargé. Créé en 1929 sous le crayon de Morvan MarchaI, il symbolise par ses deux couleurs la dualité de la Bretagne: quatre bandes blanches pour les pays bretonnants, Léon, Trégor, Cornouaille, Vannetais et cinq bandes noires pour les pays gallos, Rennais, Nantais, Dolois, Malouins, Penthièvre. C'est au sens historique que nous utiliserons le nom Bretagne, comprenant ainsi cinq départements, dont quatre constituent la région administrative, Ille-et-Vilaine, Finistère, Morbihan, Côtes d'Armor, auxquels nous intégrons la LoireAtlantique, tout en admettant des pratiques linguistiques particulières, notamment au sud de ce département. On peut opérer en Bretagne une distinction linguistique entre la Basse-Bretagne, où l'on parle une langue celtique, le breton, et la Haute-Bretagne, où est utilisé le gallo, langue romane d'oïl. On distingue les Hauts-Bretons des Bas-Bretons par une ligne fictive qui va approximativement de l'ouest de Saint-Brieuc, à l'est de Vannes. Ces deux langues ont coexisté jusqu'à l'arrivée progressive de la langue française. Depuis la révolution française, cette dernière a été largement imposée, notamment par le biais de l'école, puis plus amplement relayée par les médias. Aujourd'hui, même s'il est difficile de dénombrer les locuteurs gallèsants, le gallo reste un moyen de communication, de reconnaissance identitaire important et est porteur de nombreuses représentations. Dans la suite de cet ouvrage nous essayerons d'expliquer les conditions d'existence de la langue et toutes les difficultés d'établir un recensement des locuteurs gallésants.

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