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Petit dictionnaire européen

De
199 pages
Un petit dictionnaire européen en 58 entrées/articles pour présenter l'histoire déjà riche de la construction européenne. Une histoire qui commence en 1950 avec Robert Schuman et Jean Monnet, qui prend son envol en 1957 avec le fameux marché commun des six, pour être à vingt-sept en 2007.
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PETIT DICTIONNAIRE , EUROPEEN

Paul Legall

PETIT DICTIONNAIRE , EUROPEEN

L'Harmattan

Du MEME AUTEUR

Konrad Adenauer et l'idée d'unification Janvier 1948-mai 1950 Berne, Peter Lang, 1989

européenne.

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. La cordiale entente Préface de Joseph Rovan Paris, L'Harmattan, 2004

Konrad Adenauer (1876-1967) Chancelier allemand et promoteur de l'Europe Postface d'Anneliese Poppinga Paris, L'Harmattan, 2007

@ L'Harmattan,

2009 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07998-4 EAN : 9782296079984

Pour Rose et Cassandre

Avaut-propos
Alors que des dictionnaires amoureux sont parus sur un grand nombre de thèmes comme la science par Claude Allègre, le Judaïsme par Jacques Attali, les Etats-Unis par Pierre Berger, Marseille par Paul Lombard, Venise par Philippe Sollers, la France par Denis Tillinac, cette France qu'il « aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé », et, dans un autre registre, les chats par Frédéric Vitoux!, etc., il ne semble pas que l'Europe, tantôt bien-aimée, tantôt mal-aimée ait été ainsi distinguée. Le présent dictionnaire - ne serait-ce que par son nombre de pages limité et son parti pris informatif et pédagogique - ne prétend pas, bien entendu, combler ce qu'on pourrait appeler une lacune, même si l'auteur laisse transparaître ici ou là, à son corps défendant ou volontairement, un indéniable attrait pour la construction d'une Europe unie. Sans que cela lui pèse, sans qu'il veuille s'en glorifier, l'aveu est fait d'entrée et n'aurait, de toute façon, pas échappé aux lecteurs avertis ou non. A noter toutefois que trois titres retenus ci-dessus concernent des sites européens. On pourrait, de ce fait, extrapoler et imaginer un dictionnaire amoureux de l'Europe, de ses prestigieux lieux historiques, de sa géographie changeante, de ses artistes et hommes de lettres, de ses généraux et hommes politiques - ceux qui se sont forgé un idéal démocratique qu'ils ont conservé et défendu. Cela paraît sensé, mais l'historique de l'unification, l'évolution d'un marché commun du donnant-donnant, les « marathons» ou interminables négociations nocturnes, qui ne manquent certes pas de piment, les commentaires de statistiques, voilà qui ne peut a priori se glisser dans le moule d'un dictionnaire amoureux - il est bien dit: a priori. Pour tout dictionnaire, en particulier pour le thème retenu, on s'expose habituellement aux critiques de ceux qui contestent le
I

Tous ces titres, ainsi qu'une vingtaine d'autres, sont parus aux éditions Plon. 7

choix de tel ou tel article. Pourquoi x et non pas y ? Et z, ce coup de cœur de l'auteur hautement critiquable! Après cet éclairage sur la forme, il est temps maintenant de présenter brièvement le « produit ». En une soixantaine d'articles, on trouvera un résumé « éclaté », et, vu le nombre des entrées, forcément fragmentaire, de I'histoire de la construction européenne depuis 1945, avec quelques incursions dans l'histoire antérieure à la Seconde Guerre mondiale. L'ordre alphabétique commande! Oui, mais pour le choix des articles, l'auteur est heureusement seul maître à bord. La chronologie figurant à la fill de l'ouvrage, un précieux fil d'Ariane, permet de situer les sujets traités dans le temps et dans un cadre historique!, ce qui est fort utile au lecteur de ces pages que tout incite à zapper, pour ne pas dire, car ce serait inapproprié, papillonner ou sauter du coq à l'âne. P. L.

1 L'astérisque* après un mot signifie qu'un article a été consacré à ce terme et la mention « v. abc» indique que le point évoqué a été traité dans l'article abc. 8

A) Acte unique, 1986 (L')
L'intégration économique et la coopération politique réunies dans un seul et même traité. C'est donc un « acte unique» Avant même que Jacques Delors! ne devienne président de la Commission de Bruxelles en 1985, pour tenter avec ses collègues de redynamiser l'Europe, des voix s'étaient élevées pour demander qu'un nouveau traité concrétise l'achèvement du Marché commun (CEE*). Les milieux industriels se plaignaient des restrictions mises, on suppose en toute légalité, par les Etats membres pour contingenter les importations; ne convenait-il pas de légiférer au plan de la Communauté, sortir du maquis procédurier et se doter d'un espace économique comparable à celui des USA, d'autant que l'Occident semblait retrouver le chemin de la croissance? Un Conseil européen (rencontre régulière des chefs d'Etat ou de gouvernement) se tient les 28-29 juin 1985 à Milan où, sous l'impulsion du président du Conseil italien Bettino Craxe est décidée la convocation d'une Conférence intergouvernementale (CIG, v. Définitions) chargée de la mise en place du marché intérieur; elle se réunit à Luxembourg dès septembre et parvient rapidement, grâce aux efforts du gouvernement grand-ducal et de la Commission de Bruxelles, à des résultats tangibles. A noter qu'un vice-président de cette institution, Lord Cockfield, avait pointé dans un très intéressant « Livre blanc» les obstacles qui empêchaient encore, 26 ans après l'entrée en vigueur du traité de Rome de 1957, la libre circulation des hommes, des marchandises, des capitaux et des services. Il s'agissait d'y remédier d'urgence. Tous les responsables européens, Helmut Kohl* et François Mitterrand* en tête, réunis à Luxembourg les 2 et 3 décembre 1985, en conviennent aisément. Même l'irréductible Margaret Thatcher (v. Grande-Bretagne) se montre accommodante lorsqu'il apparaît clairement que le projet de traité comporte un volet économique non négligeable - la naissance d'un grand marché. Avec les Danois, eux aussi récalcitrants, elle doit accepter la partie
1 J. D., né en 1925, conseiller pour les affaires sociales, parlementaire européen, ministre de l'Economie et des Finances de 1981 à 1985, président de la Commission de 1985 à 1995. 2 B. C. (1934-2000), secrétaire général du Parti socialiste italien (1976-1992), président du Conseil de 1983 à 1987.

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institutionnelle (extension des pouvoirs du Parlement, vote majoritaire au Conseil, etc.), jugée indispensable par tous, vu l'ampleur de l'avancée économique. L'Acte unique européen! est signé le 17 février 1986 par les ministres des Affaires étrangères qui se retrouvent une nouvelle fois à Luxembourg. Pour certains pays, la signature sera apposée onze jours plus tard: l'Italie veut marquer ainsi sa différence, car les pouvoirs limités du Parlement européen ne correspondent pas à la vision fédéraliste des parlementaires romains2 ; des référendums sont prévus au Danemark et en Irlande. janvier 1993, dans le respect de la libre circulation des personnes et des biens, des services et des capitaux. Il étend le vote à la majorité qualifiée au Conseil des ministres de l'Union et accroît le rôle du Parlement en lui accordant un« pouvoir d'avis favorable» pour les élargissements à venir, sans satisfaire pour autant toutes ses attentes et requêtes. Il met en place de nouvelles politiques concernant la recherche, les régions, l'environnement; pour ce qui est de la politique étrangère et de sécurité commune, l'Acte unique précise que les Etats membres, tout en restant souverains, veilleront à harmoniser leurs positions. « C'est un traité court », écrit Jacques Delors, « qui dit bien ce qu'il veut dire et se prête peu à des controverses sur sa portée ou son interprétation. Avec ce texte, la Commission avait l'outil politique dont elle avait besoin pour mettre en place le marché intérieur, mais aussi pour appliquer des politiques qui donneraient à la Communauté le visage d'un modèle européen de société, un équilibre entre marché et régulation, une dialectique subtile entre compétition, coopération et solidaritë. »

Le traité stipule que le marché intérieur devra être réalisé au 1er

I Texte du traité dans Nicolas Roussellier L'Europe des traités De Schuman à Delors, Paris, CNRS Editions, 2007, p. 333 à 367. 2 Ils auraient voulu que l'Acte unique s'inspirât du projet de leur compatriote Altiero Spinelli (1907-1986; v. Italie), proeuropéen de longue date, qui fit approuver par le Parlement européen, le 14 fév. 1984, un projet visant à doter la Communauté d'une véritable constitution. Une idée pour le moins intempestive, de l'avis des chefs d'Etat ou de gouvernement. 3 J. D. Avec Jean-Louis Arnaud Mémoires, Paris, Plon, 2004, pp. 227-228. 10

A) Adenauer, Konrad, (1876-1967)
Fédération ou corifédération, peu importe, l'essentiel est d'entreprendre et d'agir Après avoir occupé les fonctions de maire de Cologne pendant 16 ans, de 1917 à 1933, et subi ensuite les rigueurs nazies jusqu'en 1945, Adenauer parvient au faîte du pouvoir en 1949. A 73 ans, le voilà à Bonn chancelier de la jeune République fédérale d'Allemagne. Comme le déclin de l'Europe le préoccupe - il en situe le début en 1913 -, comme l'unification du Vieux Continent lui semble une nécessité depuis 1925, il se sent rapidement en phase avec les premières initiatives de Robert Schuman* et de Jean Monnet* en particulier (Communauté* européenne du charbon et de l'acier ou plan Schuman de 1950-1951). S'agissant de promouvoir la coopération économique entre les six pays fondateurs (l'Allemagne fédérale, l'Italie, le Benelux et la France), il répond toujours présent. Coopération économique en un premier temps, car les industries de ces pays, notamment celles liées à la sidérurgie, sont complémentaires à ses yeux. Si au début des années cinquante, ses réussites sur le plan européen sont indéniables, il convient également de mentionner, d'abord les premiers résultats probants du fameux miracle économique allemand - ses compatriotes ne rechignent pas à la tâche -, ensuite le recouvrement de la souveraineté nationale perdue en 1945, enfin le règlement partiel du très sensible contentieux germano-israélien sans oublier le rapprochement avec la France. Mises sous éteignoir par les nazis, les institutions démocratiques fonctionnent normalement à Bonn. Le chancelier, souvent d'une main de fer, gouverne avec le soutien quasi permanent de ses partisans, les démocrates-chrétiens de la CDU et de la CSU, la branche bavaroise; l'opposition des sociauxdémocrates (SPD), avec Kurt Schumacher à leur tête, joue pleinement son rôle. Les Alliés, encore présents, mais de moins en moins interventionnistes, constatent sans déplaisir que l'arbre qu'ils ont planté avec les Allemands de l'Ouest sur les ruines du nazisme peut se passer bientôt de tuteur. Sur le plan strictement européen, Adenauer, sollicité en ce sens par les USA, préconise la création d'une armée composée de contingents nationaux dont un serait fourni par l'Allemagne 11

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fédérale. L'annonce suscite à Bonn et dans le pays les plus vives réactions de rejet, car les Allemands, comme les Européens en général, gardent en mémoire les crimes perpétrés par les nazis. Adenauer, chef de gouvernement, maintient l'option prise: réarmer son pays pour pouvoir faire face, dans le cadre de l'Alliance atlantique, le cas échéant, à une attaque soviétique. Cette crainte du danger communiste est une constante chez le chancelier et explique grandement son alignement sur les Etats-Unis, son ardeur à promouvoir la création d'institutions européennes, son désir de coopérer le plus étroitement possible avec la France de Schuman d'abord, du général de Gaulle ensuite. Mais l'armée européenne restera en fin de compte dans les cartons du fait d'un vote négatif de l'Assemblée nationale française (échec de la CED* en 1954). Aux élections législatives de 1957, il remporte la majorité absolue au Bundestag, le Parlement fédéral; la signature du traité de Rome instituant la Communauté économique européenne (la CEE*) intervenue quelques mois auparavant n'est sans doute pas étrangère aux résultats de ce scrutin. 1958, c'est le retour du général de Gaulle aux affaires. A Paris, mais aussi dans les cinq autres capitales des Six, on est dans l'expectative. La presse ouest-allemande ne ménage pas le Français taxé ici ou là de nationaliste invétéré. Adenauer comprend rapidement, au plus tard pendant sa visite à Colombey-Ies- DeuxEglises, les 14-15 septembre 1958, que son interlocuteur ne veut pas saborder l'entreprise « Europe» et qu'il serait prêt à engager les deux pays, les ennemis héréditaires, sur la voie d'une franche coopération. Malgré des divergences d'appréciation (perception différente des USA et de l'URSS, de la Grande-Bretagne aussi, rôle de l'OTAN, Europe fédérale ou Europe des Etats...), les deux hommes marquent profondément la politique européenne entre 1958 et 1963 en signant notamment le traité d'Amitié francoallemand du 22 janvier 1963. Poussé vers la sortie, le vieux chancelier de 87 ans quitte le pouvoir en octobre 1963, cédant à contrecœur la place à Ludwig Erhard, l'homme du miracle économique allemand, très populaire dans le pays. Las des critiques fusant bientôt de toute part, notamment de son prédécesseur et de ses amis démocrates-chrétiens, le nouveau chancelier jette l'éponge à la fin de 1966. Kurt-Georg Kiesinger, 12

francophile et proeuropéen, lui succède et permet ainsi à Adenauer d'enregistrer avant de mourir une dernière victoire!.

A) Afrique (L')
Pour un partenariat erifin équitable Percevant le vent de l'Histoire, les pays européens colonisateurs de l'Afrique libérèrent, certains à leur corps défendant, les territoires qu'ils étaient censés avoir civilisés. D'innombrables hommes et femmes explorateurs, militaires, religieux, administrateurs - avaient cru à la mission qu'ils s'étaient assignée ou qu'on leur avait confiée, sans penser d'abord à servir les intérêts de la métropole, pis, à confondre ces derniers avec les leurs propres. Sur des terres quasi vierges, souvent sans droit ni lois, des abus de tous ordres semblaient, vus de Paris ou Londres, de Bruxelles ou Lisbonne, inévitables. La démocratie balbutiante fit ses premiers pas, l'élite put fréquenter l'université, mais la masse des autochtones ne reçut ni éducation digne de ce nom ni une juste rémunération pour le travail qu'elle devait fournir. Alors que la vague de décolonisation était espérée, en 1945, surtout par ceux qui avaient aidé les métropoles européennes à chasser l'envahisseur nazi, ces dernières firent la sourde oreille et la plupart des pays d'Afrique durent attendre les années soixante pour la France, la Ve République -, pour recouvrer l'indépendance. L'Afrique, en tant que telle, trouve une curieuse mention dans l'une des premières manifestations d'un nouvel esprit européen: il s'agit, dans la déclaration de Robert Schuman* du 9 mai 1950, de l'ajout «proposé par René Mayer3» plus sûrement pro européen que partisan zélé de la coopération avec le continent noir. Le député du Constantinois pensait, sans doute, prioritairement à sa circonscription électorale et à l'Algérie lorsqu'il a suggéré l'idée, peut-être même la formulation:
1 Deux biographies récentes (2007) pennettent « d'entrer» dans le personnage:

Sylvie GuillaumeKonrad Adenauer, Paris, Ellipses, 2007 et Paul Legoll Konrad
Adenauer (1876-1967) Chancelier allemand et promoteur de l'Europe, Paris, L'Harmattan,2007. 3 R. M. (1895-1972), ministre des Transports et des Travaux publics du général de Gaulle (1944), député radical de Constantine en Algérie (1946-1955), président, après Jean Monnet, de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). 13

«L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles: le développement du continent africainl. » Les Six font figurer dans le traité de Rome (la CEE*, 1957) des articles définissant les modalités de l'association des territoires d'outre-mer (Afrique, Caraïbes et Pacifique, les ACP) à la Communauté2; et au début des années soixante-dix, ils réfléchissent à la politique d'aide aux pays africains, libérés pour la plupart des liens coloniaux (certains sont entravés par d'autres qui brident leur autonomie). Cette aide au développement Nord-Sud, diligentée par Bruxelles, reçoit un cadre institutionnel au Cameroun avec la convention de Yaoundé, signée le 2 juillet 1963. Convient-il de coopérer prioritairement avec les anciennes colonies françaises, italiennes et belges ou bien faut-il aider, c'est l'avis des Anglais, des Allemands et des Néerlandais, tous les pays en voie de développement du monde? Les premiers l'emportent, mais personne ne crie victoire. Entre 1975 et 1990, quatre conventions Europe-Afrique sont signées à Lomé au Togo - la première, en févier 1975, rassemble, d'un côté, 46 Etats ACP; elle met en avant l'idée d'égalité des partenaires dans le contexte peu rassurant des crises pétrolières et, plus généralement, de celles des matières premières. On essaie de lier l'octroi d'aides à l'adoption d'un fonctionnement démocratique des institutions nationales, mais, ce faisant, on se heurte, ici ou là, à de vives réticences. Au regard des résultats peu probants en fin de compte de l'approche «préférences commerciales» menée pendant une quarantaine d'années, la Communauté européenne (l'Union viendra plus tard) s'entend avec ses partenaires ACP pour leur accorder plus de responsabilités, introduire une dimension politique et faire intervenir davantage les acteurs non étatiques, ceux issus de la société civile ou des ONG. C'est l'objet des accords signés à Cotonou au Bénin le 23 juin 2000. En dehors de ces réunions-bilan entre représentants de l'Union européenne et des ACP, on programme également deux rencontres plus ouvertes entre chefs d'Etat ou de gouvernement, l'une au Caire en 2000, l'autre à Lisbonne en 2007. En Egypte, où Tony
1

2

Nicolas Rousssellier, L'Europe des traités, op. cit. p. 54.
Articles 131 à 136. Ibid. pp. 280-284.

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Blair, le Premier ministre anglais, ne juge pas utile de se rendre, c'est Jacques Chirac qu'on applaudit lorsqu'il confirme la volonté française de réduire, voire d'annuler la dette des pays les plus pauvres ou lorsqu'en conservateur éclairé, il ferraille, par souci humaniste, contre les partisans du tout-libéral. Du côté européen on s'inquiète des conséquences d'une mauvaise gouvemance en Afrique et Romano Prodi (v. Italie), le président de la Commission de Bruxelles, suggère aux responsables de la cinquantaine d'Etats africains (une dispersion) de constituer de grands ensembles régionaux. Du Nil au Tage, l'atmosphère change. A Lisbonne! les 8-9 septembre 2007, les Africains contestent les résultats obtenus dans le cadre des accords de type YaoundélLomé/Cotonou. Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, les a déjà sévèrement critiqués avant la conférence: «L'objectif était d'augmenter les exportations de l'Afrique vers l'Europe, et l'on a abouti au résultat exactement inverse2 ». Le vieux sage africain enfonce le clou en précisant que lesdites exportations ont augmenté de 6,5% du nord vers le sud et qu'elles «se sont très sensiblement détériorées» dans le sens Inverse. L'Union européenne a conscience, en ce début de XXIe siècle, des changements majeurs intervenant en Afrique, d'abord la montée en puissance de l'Union africaine3 qui fournit un cadre institutionnel à tout un continent, ensuite la présence sur le terrain des Américains et des Chinois. Bruxelles compte maintenant: responsabiliser davantage ses partenaires et abandonner des attitudes paternalistes, globaliser l'aide et renoncer à la simple aide au développement, investir pour favoriser la croissance économique.
1 Une nouvelle fois, un Premier ministre anglais (Gordon Brown depuis 2007) brille par son absence. La justification est dans ce cas plus que recevable, puisque le représentant de Londres ne souhaite pas avoir à saluer Robert Mugabe, le président contesté du Zimbabwe, interdit de séjour dans l'Union européenne. 2 Cf. de A.W. l'article «Europe-Afrique: la coopération en panne» dans Le
Monde du 16 novo 2007

3 «L'Afrique entend aujourd'hui élaborer elle-même son agenda» fait savoir Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l'UA, qui ne mâche pas ses mots. Cf. l'article de Philippe Bernard «A Lisbonne, l'offensive des pays africains contre l'UE » dans Le Monde du Il déco2007. 15

p. 22.

On parle de partenariat stratégique, mais on n'ignore pas que pour éradiquer la pauvreté, il convient d'assurer en premier lieu une bonne gouvernance et le respect des droits de l'homme, ce qui ne va pas de soi partout en Afrique. L'Organisation mondiale du commerce (OMe), dans un souci d'équité, souhaite mettre fin au régime de faveur que l'Union européenne réserve à quelque 78 pays de par le monde. Les autres pays en voie de développement et d'industrialisation font entendre leur voix; Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce, qui partage en partie leurs craintes, cherche à libéraliser les échanges en incitant les responsables africains à signer des accords de partenariat économique (APE) devant leur permettre de se situer dans la mondialisation, sans appréhension excessive. Plus que les autres ex-puissances colonisatrices, la France maintient, sans contrainte apparente de part et d'autre, d'étroits rapports avec ses anciens « obligés»; non codifié, si l'on exclut les accords militaires généralement secrets, privilégiant souvent les relations d'homme à homme, un tel fonctionnement ne peut perdurer à l'heure où les USA et la Chine s'intéressent au continent noir, où des augures voient, dans un avenir prévisible, l'Afrique décoller comme l'Inde au début du XXIe siècle. La Françafrique, à en croire Jean-Marie Bockel, en 2007 éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, vit ses derniers jours et devrait donner naissance, par la suite, à «un partenariat assaini, décomplexé, d'égal à égal!. » Et ce nouveau partenariat se situerait dans le cadre de l'Union européenne.

A) Allemagne fédérale (L'). Europe fédérale?
Les gouvernements allemands changent depuis 1949, la politique européenne demeure pour l'essentiel constante Européen à sa façon, Hitler veut instaurer, par une armée conçue et entraînée à cet effet, l'ordre nazi sur une partie - de Biarritz à Moscou - du Vieux Continent. Il échoue dans son entreprise insensée, en raison de la conjugaison des forces de l'Est et de l'Ouest, un temps réunies face au danger. Mais, pour les démocraties occidentales, proches géographiquement du Reich, le couperet est passé tout près.
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J.-M. B. dans Le Monde du 16 janv. 2008 (propos recueillis par Ph. Bernard).

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Avant lui, dans les années vingt, des Allemands de bonne volonté, en petit nombre, avaient tenté des expériences de coopération internationale. On pense, en particulier, à Gustav Stresemann, de 1923 à 1929 ministre des Affaires étrangères sous la République de Weimar, qui, bien que d'esprit national et populiste, n,hésite pas, sans brûler pour autant ses vaisseaux, à jouer la carte européenne. Sollicité par son homologue français, Aristide Briand *, il approuve, non sans quelques arrière-pensées, l'idée d'instaurer entre la plupart des nations européennes au sein de la Société des Nations (la SDN de Genève) une « sorte de lien fédéral ». Sa mort prématurée annihile les bonnes intentions franco-allemandes. Battue sans être anéantie en 1918, l'Allemagne se sent alors humiliée par certaines dispositions du traité de Versailles de 1919 et se tourne rapidement vers les forces sans scrupules qui lui promettent de laver l'affront. Personne ne songe en 1945 à recréer les mêmes conditions, à imposer à l'Allemagne écrasée, après l'enfer nazi un nouveau purgatoire. Il convient de respecter les délais de décence vis-à-vis des millions de victimes puis laisser entendre qu'on ne s'opposera pas à son intégration dans le processus européen envisagé ou déjà engagé dès 1947. C'est le Parti démocrate-chrétien, la CDU, nouvellement créé (fin 1945) qui manifeste le premier de l'intérêt pour l'ouverture sur l'Europe, servi en cela par le passé proeuropéen de son vieux président (Konrad Adenauer*) qui prend le train en marche sans difficulté et par la présence de partis frères influents aux affaires à Rome et à Paris. Au grand congrès européen organisé à La Haye* du 8 au 10 mai 1948, l'importante délégation démocrate-chrétienne issue des zones d'occupation occidentales reçoit un accueil franc, sans réticences. Contrairement à la CDU, le Parti social-démocrate (le SPD), peut se targuer - il ne s'en prive pas - d'une ancienneté de quelques décennies au service des institutions allemandes. Kurt Schumacher! le dirige d'une main de fer, rarement dans un gant de velours, en lui imposant le maintien dans le programme de thèses
K. Sch. (1895-1952), député au Reichstag en 1930, détenu, notamment à Dachau, de 1934 à 1943 ; réorganise le SPD après 1945, député au Bundestag en 1949; en tant que leader de l'opposition, adversaire implacable du chancelier Adenauer.
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quasi marxistes, notamment en matière de nationalisations ainsi que, par ailleurs, la priorité absolue accordée à l'idée de réunification. Aigri par les années de détention pendant la période nazi, cet opposant sans partage ne réussira pas à se couler dans le moule d'une petite Allemagne fédéralel obnubilée par l'Ouest européen et, de surcroît, atlantique. Sollicité ou prenant l'initiative lui-même, le chancelier Adenauer, porté par une majorité permanente et forte d'Allemands (de l'Ouest, pour être précis), approuve toutes les avancées européennes jusqu'à sa démission en 1963. A gauche, la nouvelle génération sociale-démocrate autour de Willy Brandr, chancelier de 1969 à 1974, et de Helmut Schmide (1974-1982) opte pour le même engagement, avec des préoccupations sociales qui concordent avec les vues des majorités libérales-conservatrices au pouvoir en France. Si les chefs prônent l'unification européenne en République fédérale, le mandat leur vient bien entendu de leurs troupes, des électeurs; ils peuvent compter également sur un soutien presque permanent de la grande centrale syndicale. Les opposants les plus virulents se situent aux extrêmes, gauche socialiste ou révolutionnaire et droite ultraconservatrice. En se prononçant donc pour l'intégration européenne en 19491950 et en maintenant sans faille cette orientation, les Allemands de l'Ouest ont voulu majoritairement : 1) tourner la page de la dictature récente et de ses conséquences, dans un cadre où morale et politique cohabiteraient; 2) faire alliance avec les USA qui sollicitent les Etats européens de coopérer entre eux et qui leur proposent la sécurité de leur bouclier atomique;
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La Guerre froide faisant son œuvre en rendant impossibleen 1949la fusion des

quatre zones d'occupation, la partie soviétique forma la République démocratique allemande (RDA) et les zones américaine, britannique et française constituèrent la République fédérale, celle de Bonn. 2 W. Br.(1913-1992), bourgmestre de Berlin-Ouest 1957-1966, vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères 1966-1969, chancelier fédéral 1969-1974, théoricien et praticien de l'Ostpolitik, politique d'ouverture vers l'Est (URSS, Pologne... ). 3 H.S., né en 1918, ministre des Finances puis de la Défense avant de devenir chancelier. Européiste et atIantiste, proche de Giscard d'Estaing, il fut âprement critiqué par l'aile gauche de son parti. 18

3) marquer leur opposition à la puissance soviétique, menaçante à Berlin ou ailleurs, et, sur un plan plus politique, renoncer à une vieille lune weimarienne: le souhait de voir une Allemagne forcément neutre (la hantise d'Adenauer) jouer le rôle de plaque tournante entre l'Est et l'Ouest; 4) asseoir les conditions de la forte reprise économique (démarrage, notamment, grâce au plan Marshall de 1947-1950) dans les années cinquantel. Présentée souvent comme l'élève modèle de la classe européenne, l'Allemagne, associée fréquemment à la France depuis le début des années soixante, joue un rôle de premier plan qualifié souvent de moteur; a priori, on ne voit pas ce qui, dans les années à venir, pourrait gripper le mécanisme made in Germany, en particulier l'esprit d'ouverture sur l'Europe. A) Amsterdam (Traité d'), 2 octobre 1997 Un nouveau traité, certes, mais des avancées somme toute limitées Conclu le 17 juin 1997, après plus d'une année d'échanges entre experts et de négociations dans le cadre d'une conférence intergouvernementale (CIG, v. Définitions), ce traité complète ou modifie des dispositions arrêtées en 1992 par les douze signataires de celui de Maastricht*. Douze alors et maintenant, avec l'adhésion en 1995 de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède, quinze, cela peut justifier une adaptation des textes. C'est effectivement le cas. Tout en laissant un certain nombre d'observateurs sur leur faim, on s'accorde facilement avec Bino Olivi2, un ancien porte-parole de la Commission, qui relève « une série de changements positifs» introduits par le traité: - la Cour de justice et le Conseil européen * se voient attribuer de nouvelles compétences en matière de droits de 1'homme (en cas de violation par un Etat membre) ;

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Sans doute convient-il de ne pas donner à cet argument une importance non

justifiée, car les Allemands pratiquaient naturellement, sans incitation européenne, le « travailler et exporter plus pour gagner plus ». 2 B. O. et Alessandro Giacone L'Europe difficile La construction européenne, Paris, Gallimard folio histoire, 2007, p. 350-352. 19