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Pharmacopoles et apothicaires

De
195 pages
L'histoire des maladies et de la médecine dans les temps anciens s'est centrée sur la pensée et les pratiques des thérapeutes, occultant les préparateurs et vendeurs de remèdes. Ils forment pourtant un riche champ d'investigations, tant par leurs savoirs et techniques que par la place ambiguë qu'ils occupent entre marchands de drogues, de fards et d'épices et auxiliaires savants du corps médical. Convient-il de s'en méfier ou de requérir leur aide ? Comment reconnaître leurs compétences ?
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PHARMACOPOLES ET APOTHICAIRES
Les « pharmaciens» de l'Antiquité au Grand Siècle

www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01061-X EAN: 9782296010611

FRANCK COLLARD et ÉVELYNE SAMAMA (dir.)

PHARMACOPOLES ET APOTHICAIRES
Les « pharmaciens»
de l'Antiquité au Grand Siècle

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie ]

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Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

Rencontres d'histoire de la médecine, des pratiques et des représentations médicales dans les sociétés anciennes
avec le concours de l'équipe d'accueil 2616 « Histoires culturelles, représentations et modes de contacs » de l'U.F .R. des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Reims Champagne-Ardenne

Publications précédentes: Air, miasmes et contagion
Les épidémies dans l'Antiquité et au Moyen-Âge Danielle Quéruel, Sylvie Bazin et Évelyne Samama (dir.), Langres: D. Guéniot, 2001

Le corps à l'épreuve
Poisons, remèdes et c/lirurgie : aspects des pratiques médicales dans l'Antiquité et au Moyen-Âge Franck Collard et Évelyne Samama (dir.), Langres: D. Guéniot, 2002

Mires, physiciens, barbiers et charlatans
Les marges de la médecine de l'Antiquité au xvr
Franck Collard et Évelyne Salllallla (dir.), Langres:

siècle
D. Guéniot, 2004

Édition, mise en page et maquette: Franck COLLARD et Évelyne SAMAMA
avec le concours ponctuel de Marie-Hélène Morell et de Xavier Rosette

Avant-propos

Paru en 2003 aux éditions Pharmathèmes sous la direction d'Olivier Lafont, le Dictionnaire d'histoire de la pharmacie des origines à lafin du XIX siècle vient rappeler l'intérêt que présente un retour sur le passé de la profession apothécariale. Sa longue histoire peut servir à éclairer de nos jours encore quelques grandes questions de santé publique, notamment les rapports entre pharmaciens et médecins ou la question de la substitution de médicaments à d'autres. Le présent volume s'inscrit dans une série de rencontres scientifiques organisées à Reims et Troyes autour de l'histoire des structures sanitaires, des pratiques et de la pensée médicales depuis l'Antiquité jusqu'à l'Ancien Régime. Il propose plusieurs éclairages, dans diverses aires de civilisation, sur une activité et des praticiens dont les contours ne se dégagent que lentement, et à partir de documents de provenance le plus souvent extérieure à ce milieu. Dotés de dénominations fluctuantes recouvrant des tâches multiples, parfois dissociées, parfois associées, de collecte de matières premières, de préparation, de commerce voire de prescription de remèdes, les ancêtres des pharmaciens se profilent en s'opposant, souvent à leur désavantage, aux deux grandes catégories qui les dominent intellectuellement ou économiquement: les médecins d'une part, les marchands de l'autre. Largement à l'origine de la mauvaise image des apothicaires, travailleurs des mains qui exécutent des ordres/ordonnances, les médecins finissent au mieux par admettre les pharmacopoles et leurs successeurs romains ou médiévaux au rang d'auxiliaires de santé munis d'un savoir-faire authentique qui débouche parfois sur un savoir théorique, la connaissance de la Nature. Mais cette émancipation, peut-être un peu plus marquée dans la civilisation musulmane, voire dans certaines villes italiennes, demeure timide et sporadique. Et gare à l'apothicaire présomptueux: le destin funeste des malades est mis sur son compte à la commode décharge des médecins qui crient à l'ignorance, voire au crime. Par rapport aux marchands, le monde de l'apothicairerie entame un lent processus de distinction interne, afin de se démarquer des marchands de drogues ou d'épices. Mais la pluri-activité demeure longtemps, qui mêle à la confection et la vente des remèdes le commerce de produits liés à leur préparation comme le sucre ou la cire. Si leur statut sanitaire s'en trouve longtemps brouillé, la surface socioéconomique des futurs pharmaciens y gagne car c'est bien par la mar~handise, parfois aux. vastes horizons, que la notabilité et l'aisance viennent aux apothicaires, utiles de surcroît au bien commun. En même temps, la reconnaissance et l'identité professionnelles prennent le chemin corporatif et à l'issue de la période étudiée, l'apothicairerie a gagné ses lettres de noblesse même si demeurent encore des traces de sa mauvaise réputation de lucre et de nuisance. L'application des réglements passe progressivement d'un contrôle externe à une sorte d'autorégulation annonçant la naissance d'un ordre des pharmaciens.

1haumawpowipharmakopô~i La singulière image des préparateurs et vendeurs de remèdes dans les textes grecs
Evelyne SAMAMA Université de Reims

Partons sans plus attendre en direction d'Athènes pour retrouver Eschine, adversaire bien connu de Démosthène. Nous sommes en 330 avant J.-C., lors du long et compliqué procès sur la Couronne qui oppose les deux orateurs dans une affaire politique d'enjeu international (l'intervention des Macédoniens dans les affaires grecques, comme chacun sait) ; tous les coups semblent permis. Eschine, dans sa volonté de discréditer l'action politique de son rival, s'efforce, par tous les moyens possibles, de ternir la réputation de Démosthène. Il s'adonne à l'exercice périlleux de la calomnie, de la diffamation insidieuse. Ecoutons-le: «D'après les paroles des marins de la paralienne (une trière sacrée) et des ambassadeurs envoyés auprès d'Alexandre. .. il existe un certain Aristion de Platées, fils d'Aristobule le "vendeur de remèdes" que sans doute plus d'un parmi vous connaît »1.Nous y voilà. Le mot pharmakopôlès est lâché et dans un contexte délicat... Suivent en effet de méchantes insinuations: «Ce jeune homme, qui se distingue des autres par sa beauté, résida longtemps dans la maison de Démosthène. Qu'y subissait-il ou qu'y faisait-il? Le cas est douteux et je n'en saurais parler sans inconvenance. » J'arrête là l'histoire du fils du « pharmacopole », ce jeune Aristion, pour me pencher brièvement sur la technique rhétorique de ce passage. D'abord le début, vous le notez, est du grand art: l'orateur se retranche derrière des personnes dont la parole ne peut être mise en doute. Leur fonction et leur statut en font des témoins de qualité. Leur nombre, au service d'une trière sacrée pour les uns et leur rang d'ambassadeurs pour les autres, est rappelé pour inspirer confiance malgré leur anonymat. Dans
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l'esprit des auditeurs, peut-être déjà moins vigilants après environ trois heures de discours, de tels indices se trouvent ici renforcés par la mention de la profession du père du jeune homme. Je ne crois pas que cette précision soit innocente. Si Aristion avait été considéré comme « de bonne famille », l'orateur se serait abstenu de la mentionner. Elle vient ici à l'appui d'une idée non explicitement développée mais que nous pourrions simplifier ainsi: Démosthène est un individu de peu de foi, voyez qui il fréquente... Mais pour notre propos, Eschine affmne aussi la célébrité de ce vendeur de remèdes que tous doivent connaître. En effet, à partir de matières d'origine végétale, animale ou minérale, les ancêtres des apothicaires confectionnent des produits qui soignent ou empoisonnent, font rêver par leurs qualités supposées, leur luxe - et leur prix - et participent de la vie quotidienne2. Leur présence est à ce point familière3 dans l'environnement des Anciens qu'un petit guide (tardif) de conversation latine, à l'usage des touristes grecs, ancêtre de la méthode Assimil, inclut une scène chez le vendeur de drogues et parfums4. Malheureusement pour l'historien des professions médicales, il apparaît, par les lignes d'Eschine, que l'image de marque du pharmakopôlès n'est pas des plus resplendissantes. Si j'ai choisi cet exemple, c'est pourtant qu'il m'a semblé un point de départ intéressant. Par-delà l'anecdote de la «petite» histoire qui interfèrerait dans la « grande» (à savoir le rôle du fils d'un «vendeur de remèdes» dans la politique internationale), la mention même de ce terme chez Eschine suscite les questions suivantes: qui sont donc ces marchands de pharmaka que nul n'ignore? Dans quelles circonstances interviennent-ils? Quel est leur rôle, leur statut, leur image dans la société des cités classiques et hellénistiques et plus précisément au milieu des soignants ? Nous tenterons de répondre en rappelant d'abord les nombreux noms et les diverses fonctions des préparateurs de drogues et vendeurs de remèdes. Puis nous étudierons l'activité commerciale des ancêtres des apothicaires dans le monde grec, avant de chercher à préciser leur compétence et leurs liens avec les médecins, eux-mêmes souvent préparateurs et vendeurs de leurs prescriptions. Les pharmakopôlai et leurs collègues, aux noms aussi divers que les produits qu'ils vendent, se rencontrent dans des textes de nature variée qui relatent la réalité concrète des petits marchands: les comédies attiques, les plaidoyers des orateurs ou les anecdotes médicales des historiens. On s'attend, bien sûr, à les croiser dans les traités médicaux. Pour tenter un
2 Nous laisserons ici délibérément de côté l'utilisation religieuse, fréquente, ainsi que les aspects relevant des pratiques magiques ou superstitieuses. 3 Il n'est donc pas nécessaire d'attendre l'époque romaine pour rencontrer une pluralité de désignations. Jukka Korpela en fournit la liste dans l'étude qu'il consacre aux « droguistes» de la ville de Rome, principalement au lIe siècle de notre ère: «Aromatarii, pharmacopolae, thurarii et ceteri. Zur Sozialgeschichte Roms », in Ancient Medicine in its Socio-Cultural Context, ed. PhJ. Van der Eijk, H.FJ. Horstmanshoff: P.H. Schrijvers, Amsterdam-Atlanta: Rodopi [The Wellcome Institute Series in the History of Medicine], 1995, p. 101-118. 4 Cf. Alfred Schmidt, Realencyclopiidie der klassischen Altertumswissenschaft [RE], Supple 5 (1931), S.V.Drogen, col. 172-182, part. col. 179: Da mihi tus et unguentum ... 8

classement, nous nous appuierons sur les noms eux-mêmes, c'est-à-dire sur des critères lexicologiques. La plupart de ces termes sont des noms composés dont la formation est claire, de sorte que nous examinerons d'abord les cueilleurs ou ramasseurs de plantes et de racines ainsi que les préparateurs de drogues diverses puis nous en viendrons aux vendeurs. Ce classement permet également de respecter une certaine forme de chronologie dans le déroulement des opérations, puisqu'il faut se procurer la matière première quelle qu'elle soit avant de vouloir la transformer puis la vendre. Le premier intervenant de cette série est le rhizotome, le « coupeur de racines »5. Cette pratique est dévolue, dans les sociétés anciennes, aux vieilles femmes qui ramassent les simples6 puis, peu à peu, elle passe aux mains des soignants, médecins7; ses adeptes forment néanmoins, peut-être dès le Ve siècle, une corporation à part, mentionnée par Théophraste (env. 370-287) puis Dioscoride (1ersiècle p.C.) et que les latins - Pline8nomment herbarii.

D'où « ramasseur de plantes, herboriste », comme le précise le lexique de Photius: ~o'tavt1CoLMacrobe (Saturnales 5, 19, 9, ed. Henri Descamps et alii, tome 2, Paris: Panckoucke, 1846, p. 160-161) signale une pièce de Sophocle portant ce titre, au féminin, car elle décrit Médée coupant des herbes «malfaisantes» (maleficas herbas), Fragmenta, ed. Stefan Radt, Gottingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1977, n0534-536. Une seule mention chez Nicandre (190-130), Theriaca (vers 494) avec le sens de « moment de couper les racines» ed. Jean-Marie Jacques, Paris: CUF, 2002, et chez Dioscoride, De materia medica 1, 1, ed. Max Wellmann, Hildesheim: Weidmann, 1907 (repr. 1997) avant quelques-unes dans les écrits de Galien, ed. C. G. Kühn, Galeni Opera, Leipzig, 1821-1833, en 22 vols. (repr. Hildesheim: DIms, 1965), abrégé, selon l'habitude, K suivi du volume et de la page de cette édition, De compositione medicamentorum secundum locos [K 12, 558 et 580 ; 13, 204], De compositione medicamentorum per genera [K 13, 571 et 935] et In Hippocratis librum VI epidemiarum commentarii [K 17b, 229 et 231]. 6 Ct: Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel im Altertum, Leipzig, 1924, p. 70-73. Sur les plantes, ct: Hellmut Baumann, Die griechische Pflanzenwelt in Mythos, Kunst und Literatu?, München: Hirmer, 1986. Sur la littérature pharmacologique, Christian Schulze, Die pharmazeutische Fachliteratur in der Antike. Eine Einführung, Gôttingen: Duehrkohp & Radicke, 2003. 7 Ainsi Dioclès de Carystos (très célèbre à Athènes vers 350 a.C.), auteur d'un traité sur les plantes mortelles (TIep\ eavamflcov cpapl-uxKcov) d'un Rhizotomikon. Sur Théophraste, John et Scarborough, « Theophrastus on Herbals and Herbal Remedies », Journal of the History of Biology, Il (1978), p. 353-385. Sur Dioscoride, John M. Riddle, Dioscorides on Pharmacy and Medicine, Austin (Texas), 1985. Sur les pharmaka chez Dioscoride, ct: Pascal Luccioni, in Le corps à l'épreuve. Poisons, remèdes et chirurgie: aspects des pratiques médicales dans l'Antiquité et au Moyen Âge, ed. Franck Collard et Evelyne Samama, Langres: Guéniot, 2002, p. 29-44. Plus généralement, cf. Dietlinde Goltz, Studien zur altorientalischen und griechischen Heilkunde. Therapie -ArzneizubereitungRezeptstruktur, Wiesbaden, 1974. Ainsi une « droguerie» contenant des traces d'une trentaine de remèdes a-t-elle été découverte dans une maison particulière, probablement celle d'un médecin, cf. W. Farber, «Drogerien in Babylonien und Assyrien », Iraq 1977, p. 223-228. Je n'ai pas pu consulter l'article de Max Meyerhot: «Der Bazar der Drogen und Wohlgerüche in Kairo », Archiv für Wirtschaftsforschung im Orient, Heft 3/4 (1918). 8 Pline, Histoires Naturelles, 27, 67, ed. A. Emout, Paris: CUP, 1959. 9

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Thé0J'hraste et Dioscoride les montrent dans leur activité d'herboristes, méticuleux et respectueux de règles très précises pour conserver l'efficacité maximale des principes actifs des plantesIO. La trentaine de mentions des rhizotomoi montre qu'ils sont chargés de la seule cueillette, selon des habitudes qui relèvent très souvent de la superstition Il ou de la magie et cèdent les herbes au médecin ou pharmacopole, alors chargés de la composition des remèdes et de la vente. Leurs connaissances des végétaux et leur capacité à établir des dosages leur valent parfois l'admiration même des médecins et quelques noms, tels Crateuas12, Thrasyasl3, Antonios ou Phamakès, ont été transmis par les textesl4.

9 Théophraste, Histoire des plantes, 9, 1, 7 (où ils sont accompagnés de ceux qui recueillent la sève des plantes) et 9, 8, 1, ed. Arthur Hort, LCL, 1916 (repr. 1980), vol. 1 pour les livres 1-5 et vol. 2 pour les livres 6-9 ainsi que le traité Sur les odeurs. L'édition de Susanne Amigues, CUF, 1993, ne comprend pas le livre 9. En 9, 8, 5, ils sont aux côtés des pharmakopôlai. Dans une énumération, Galien les fait suivre des murepsoi et des mageiroi, les boucherssacrificateurs (K 17b, 229). Un peu plus loin, il les assimile aux botanikoi (K 17b, 231). Les textes connaissent aussi l'art de couper les racines, 'ri çnço'toJ.tiaainsi que le verbe çnÇo'tof.1Eîv (une douzaine d'occurrences de chaque).
10

Sur les plantes auxquelles recouraient les Anciens, cf., pour une introduction, Günther

Stille, Der Weg der Arznei, Karlsruhe, 1994, p.28-29. Sur les connaissances pharmacologiques de la Collection hippocratique, Johann Heinrich Dierbach, Die Arzneimittel des Hippokrates, Heidelberg, 1824 (repr. Hildesheim: Olms, 1969) ou Rudolf von Grot, «Über die in der hippokratischen Schriftensammlung enthaltene pharmakologischen Kenntnisse », p. 58-133 in Rudolf Kobert, Historische Studien aus dem pharmakologischen Institut Dorpat, Halle: von Tausch u. Grosse, 1889. Plus récemment, en 1987, John M. Riddle fournit une liste des 257 noms de plantes mentionnés dans les traités hippocratiques, « Folk Tradition and Folk Medicine. Recognition of Drugs in Classical Antiquity» repris dans Quid pro quo: Studies in the History of Drugs, Variorum reprints, 1992, chap. xiv, p. 47-61. Cf aussi Carmélia Opsomer, Index de la pharmacopée du fr au xe siècle (2 vols.), Hildesheim-New York: Olms-Weidmann, 1989 et pour l'Orient, Irene & Walter Jacob, The Healing Past. Pharmaceuticals in the Biblical and Rabbinic World, Leiden-New York: Brill, 1993. Sur la toxicologie, Alain Touwaide, Aufttieg und Niedergang der romischen Welt, II 37-2 (1995), p. 1889-1985 et 37-4 (à paraître). Il Théophraste, Hist. plant., 9, 8, 4 à 8 (en particulier 5), condamne certaines pratiques qui lui semblent exagérées et relèvent à ses yeux de la charlatanerie. 12 L'une des Lettres du corpus hippocratique (Epist. 16) fournit le plus ancien nom: celui de Crateuas qualifié de ({meilleur des rhizotomes », çnço'toJ.lcovptm:oç (cf. infra note 93). Un à autre Crateuas (100-70 a.C.), rhizotome contemporain de Zopyre, soigna Mithridate VI Eupator (120-63 a.C.) et donna à plusieurs plantes le nom ou le surnom du roi du Pont. Il lui a même dédié un ouvrage sur les plantes, cf. Max Wellmann, ({Krateuas », Abh. Konigl. Ges. d Wiss. Gottingen, Ph.-hist. KI. n.f. 2.1, Berlin, 1897, p.3-32 qui rassemble les fragments transmis par Dioscoride, Pline, Galien, Théocrite et Nicandre. Ct: aussi Max Wellmann, «Das alteste Krauterbuch der Griechen », Festschrift für Franz Susemihl. Zur Geschichte griechischer Wissenschaft u. Dichtung, Leipzig, 1898, p. 1-31 et Charles Singer, « The Herbal in Antiquity », Journal of Hellenic Studies 47 (1927), p. 1-50 en part. p. 5-18 ainsi que Jerry Stannard, « The Herbal as a Medical Document », Bulletin of the History of Medicine 43 (1969), p. 212-220. 13 Thrasyas de Mantinée est loué par Théophraste, Hist. plant. 9, 16, 8 et 17, 1 et 2. 14Galien mentionne à trois reprises un certain Antonios [K 12, 558 & 580 et 13, 935] ainsi qu'un dénommé Phamakès [K 13, 204]. 10

Les ll1JpE'Voi15, parfumeurs, littéralement «ceux qui cuisent des parfums» fabriquent, eux, des pommades et onguents en ajoutant des corps gras aux huiles essentielles, comme le font les unguentarii16 latins. Leur présence dans les textes littéraires et épigraphiques est importante et ancienneI7. Elle est très fréquemment liée à celle des pharmakopôlai. Beaucoup ont vécu en Égypte18, pays privilégié dans la fabrication et le commerce des parfums et produits cosmétiques, ce que confirme le corpus épigraphi~ue en a40utant les étapes des circuits d'exportation comme AntiocheI , Césarée 0 ou Corycos en Cilicie21.

15 « Préparateur d'onguents, parfumeur» à partir de 'to J.l1JpOV, huile parfumée, onguent, cf. P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Histoire des mots (= DELG), Paris: Klincksieck, 1990, s.v. JlupOV: parmi les trente composés de Jlupov « huile parfumée, parfum, onguent », se trouve JlUpe'l'Oç« celui qui fait bouillir et fabrique les parfums », tiré probablement d'une racine signifiant « graisse» (Schmer alld.) compte tenu de l'importance de l'huile dans la parfumerie antique (cf. aussi Jlupcnva, « murène », poisson au corps gras ou lisse). Plusieurs occurrences chez Théophraste, Hist. plant., 4, 2, 6 ; Fragments (frag. 4, 8 et 58), De causis plantarum, 6, 14 et 19. Dioscoride rappelle qu'ils utilisent aussi des racines (De materia medica 1, 20, 1 et 109, 4; 3, 4, 3 et 4, 23, 2). Les références suivantes sont postérieures au 1er siècle p. C.: Galien, De simplicium medicamentorum temperamentis facultatibus [K Il, 537 et 845], De compo med. sec. loco [K 13, 37], In Hip. lib. epid. comm. [K 17b, 229]. La plupart des sources se réfèrent à leur utilisation de simples qu'ils mixent, mélangent à de l'huile et à leur capacité à produire de bonnes odeurs. 16 Unguen, -inis, n. «graisse, huile, onguent» a pour dérivé unguentarius, -a « parfumeur, parfumeuse », unguentaria (taberna) « boutique de parfumeur », unguentarium (aes) « argent pour acheter des parfums », cf. unguo «oindre, parfumer ». La racine restituée *engW- est rapprochée du breton amann «beurre» (A. Emout & A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Histoire des mots DELL), Paris: Klincksieck, 1985, s.v.). Les inscriptions en proposent plusieurs, cf. Corpus Inscriptionum Latinarum 1, 1210; 6, 9998 ; 13,2602 etc..., voir Jukka Korpela, op. cit. Le terme n'est attesté qu'à partir du premier siècle. 17Les textes littéraires les présentent plus de 50 fois, les papyri 7 et les inscriptions plus d'une dizaine, dont la plus ancienne (vers 400 a.C.) est l'épitaphe de Thraitta, Jlupe'l'Oç,trouvée et conservée au Pirée (IG 1111112, 11688). 18 Proskynème d'un parfumeur anonyme à Philae (R. Cagnat, Inscriptiones Graecae Res Romanae pertinentes, I (1906), 1304) et une dizaine de mentions dans les papyri. 19Cf. Denis Feissel, Travaux & Mémoires Byz. 9 (1985), n° 2 p. 456, épitaphe de Pantaleon et de Thomas, le parfumeur, datée des Ve ou VIe siècles p. C. Sur la même route, une épitaphe d'un certain Paulinos, parfumeur à Beth Shearim (date inconnue), in Jean-Baptiste Frey, Corpus Inscriptiones Judaicae II, Rome, 1952, n01161e. 20Un texte financier du VIe ou VIle siècle énumère les sommes versées mensuellement à ceux qui entretiennent les écuries impériales et l'hippodrome, dont des parfumeurs (JlUpe'l'ot),par le biais d'une taxe de 12,5 %. Le commerce des parfums rapportait de gros revenus au Trésor impérial, cf. B. Lifshitz, « Une inscription byzantine de Césarée en Israël» Revue des Etudes Grecques 70 (1957), p. 118-132 (BE 58, 514 ; SEG 39 (1989), 1620). 21 Plusieurs attestations de murepsoi in J. Keil & A. Wilhelm, Monumenta Asiae Minoris Antiquae (MAMA) vol. 3, Manchester Univ. Press, 1931 : n0289a (fac simile p. 145) couvercle de sarcophage (chrétien) t reropyiou Ka~tôaptoU KoycovoçJlup0'l'0Û t - n0344 (fac simile

p. 149) couvercle de sarcophage Guit): 0tl1Cf1EùO'aJl~anou

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1tpeO'~u'tÉpou JlUpe'l'OÛ(chandelier) - n0448 (fac simile p. 167) couvercle de sarcophage Guit) : LCOJla'to91l1Cf1 'IouÀtou Jlupe'l'0i) utOÛ'IouÀtou 1tpeO'~u'tÉpouchandelier) - n0699 (fac ( simile p. 197) sarcophage (chrétien) VIe siècle t 0tl1Cf1 Pylou LoUvtKaJlup0'l'0û t - n0712 u (fac simile p.203) chambre funéraire à couronnement ovoïde (tumulus chrétien)' Qvq>aÂ.oç
ôtacpÉpov LtÀoucxvoû Jlupe'l'â

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Il

Quant à l'appellation mU.lEV'tciptoçour mIlEv'tciptoç22, lle transcrit p e le latin pi(g)mentarius23 et désigne un préparateur, un fabricant de produits cosmétiques et de fards qui incluent des colorants. Le Glossaire de la langue latine du Cange en donne comme définition pi~menti confecto-?4 et, celui de la langue grecque, propose apothecarius2. Le «coloriste» se fait apothicaire... Notons que le mIlEv'tciplOç26, résent sur deux inscriptions p d'époque impériale27, reste inconnu des textes littéraires antérieurs au VIe siècle de notre ère, comme le 1t1lIlEv'taptoç28. Un texte de Démosthène, enfin, fait intervenir des pharmakotribai, littéralement des « pileurs de remèdes »29,ceux qui écrasent les plantes pour en recueillir le suc. Mais leur présence dans les textes demeure extrêmement
22

La forme en -11-, ranscription iotacisée d'un i long, n'est pas attestée dans le dictionnaire t

Liddell Scott Jones. L'une et l'autre transcrivent le latinpi(g)mentarius (cf. infra, note 23). 23 Dérivé du verbe pingo (pinxi, pictum) «broder, tatouer» et « peindre, colorer, embellir» d'après pigmentum, -i, n. «matière colorante, fard, couleur », sur un thème *peig-/peik« orner », cf. grec poikilos (DELL, s.v.). Le plus ancien pigmentarius apparaît chez Cicéron, Ad Familiares, 15, 17, 2, ed. L.-A. Coustans, CUF, 1978. Pour les mentions de ce mot, cf. Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel..., p.77-78 et Astrid Handel, «Der Handel mit Drogen und Spezereien im Rom der Prinzipatzeit in Auswertung der Inschriften (Salz und Honig, Gewürze, Medikamente, Duftstoffe, Toilettengegensttinde, Farben) », Münstersche Beitriige zur antiken Handelsgeschichte, 4, 1 (1985), p. 30-48 et particulièrement p. 41. 24 Glossarium mediae et infimae latinatis, vol. 6, 1883-1887, s.v. pigmentum 1, p. 317 (repr. Graz: Akademischer Druck- u. Verlagsanstalt, 1954). Il précise 01 ~01:avoÂoYOt donne pour et 25Glossarium ad scriptores mediae et infimae graecitatis, Lyon, 1688, s.v., p. 1167. 26 L'édition du Lexicon d'Hésychius par M. Schmidt (Hesychii Alexandrini Lexicon, vol. 3, Halle, 1861, repro Amsterdam: Hackett, 1965) place entre crochets les entrées 1tt~v1:a : q>apJlaKa mfJ£v1:clptoç cpapJlaKOç m JlUpe'l'Oç. u VIe siècle, le philosophe Olympiodoros, et : K A dans ses commentaires au Gorgias de Platon (ed. Leendert Gerritt Westerink, Olympiodori in Platonis Gorgiam commentaria, Leipzig: Teubner, 1970), les mentionne comme connaissant 27La première a été découverte à Aphrodisias, en Carie: Théodore Reinach, REG 19 (1906), p. 264 n0159 repris dans William Calder & John M. R. Cormack, Monumenta Asiae Minoris Antiquae (MAMA), Manchester Univ. Press, 1962, vol. 8, p. 137, n0574, pl. 22 : sarcophage de marbre orné de guirlandes, de Nikai et d'Eros ailés dont le centre porte un cartouche sur lequel est gravée l'épitaphe suivante: çcômv a'Ü1:'J1 aopoç Km 1:0 Ù1tOKa1:00 JlvllJla eaitv " MapKou AÙPl1ÂtOUrÂUKOOVOÇ àyaÀJla1:oyÂucpOUKm 'AÀëçavBpou mfJ£v1:aptou «Ils vivent. Ceci est le tombeau et le monument de M. Aur. Glycôn, sculpteur, et d'Alexandre, marchand de fards ». La seconde, environ deux cents ans plus tard, vient d'Argos, dans le Péloponnèse:
KotJll11:1lPtOV Btaq>Épov 'Aq>o~tcp 1:4) eauJlaaoyca1:cp mfJ£V1:aptcp Km 1:ilç 1:0U1:0U yaJlE1:1lç EÙcp'J1Jltaç 1:ilç KOaJltoyca1:'J1ç ... «Tombe réservée à Aphobios, le très admirable marchand de les plantes, mais ne sachant pas les utiliser (32, 3 : Ëxoum OÙKiaam BÈ XPllaeoo àÂ.Âà. BtaKOvoûm 1:oîç ia1:poîç). J.L£v~01:avaç Kat èJ:'AÂa~ol1&rlJla1:a,

éguivalent

grec àpooJla1:o1troÂl1Ç.

fards, et à sa femme Euphèmia, la très distinguée... », Anastasia Oikonomou, Argos à
l'époque paléochrétienne, Ive

-

VIf

siècle,

thèse Paris

I, 1993, reprise

dans Anastasia

Oikonomou-Laniado, Argos paléochrétienne, Contribution à l'étude du Péloponnèse brantin, Oxford, 2003, n°l. 2 Ephrem Syros, Sermones paraenetici ad monachos Aegypti (ed. K.G. Phrantzoles, Thessalonique: To Perivolitis Panagion, 1990) discours 2, ligne 54 où ils sont dits arracheurs de racines et connaisseurs des plantes; Scholia in Basilicorum libros i-xi, (ed. D. Holwerda & H.J. Scheltema, Basilicorum libri LX, Groningen : Wolters, 1955) livre 60, chap. 39, 3, 7 et 8
: 1tl1JlEV1:clptOt rlmv di1:1veç rlmv àcpooptaJ.Lfvot bit 1:4) 1:à.ç ~01:avaç O't>ÂÀÉ'yEtV ... «les

marchands de fards sont ceux qui se bornent à ramasser les plantes... ». 29Démosthène, Contre Olympiodore, 14-15 (ed. L. Gernet, CUF, 1957). 12

rare30, probablement parce que cette activité était dévolue à des esclaves. L'explication en est aussi que piler des remèdes n'est qu'une étape de la fabrication et que ce substantif ne désigne qu'une fonction temRoraire. Plus rapidement, en ce qui concerne les termes latins, on peut dire que les noms, tous des dérivés, font référence aux produits manipulés, qu'ils soient emRruntés au grec comme aromatarius32, le marchand de parfums et thuriarius 3 le vendeur d'encens, ou qu'ils soient formés sur des termes latins comme pigmentarius et unguentarius que nous avons déjà rencontrés. Vous aurez noté la présence systématique du suffixe -arius. De plus en plus courant en bas latin dans la formation des adjectifs, il est utilisé aussi pour fabriquer des noms masculins désignant des spécialistes de certaines techniques34. Les seplasiarii seraient ainsi nommés d'al?rès une me de Capoue (Via Seplasia) où se tenait le marché aux épices35 et produits de luxe. Ils proposaient donc des articles de toilette, savons, huiles parfumées, produits de maquillage et parfums36. Toutes ces activités comportent des savoir-faire dans des domaines proches, mais distincts, et qui s'expriment dans le lexique. Elles requièrent des connaissances spécifiques ainsi que de l'habileté manuelle. Pourtant il est délicat de limiter le champ d'action de ces professions à la seule confection de baumes, onguents, fards ou remèdes. Comme le rappelle la définition des seplasiarii dans le Glossaire latin du Cange37, tous sont aussi des negotiatores. Venons-en donc aux termes grecs qui désignent explicitement les vendeurs de drogues en tous genres. « ... Marchand d'airain, de fer, de légumes, de fromages, de purgatifs tirés des simples, d'étoupes, de laine, d'encens, de racines, de silphium, de tiges, d'outils, colporteurs de ragots, marchands de graines, de
30Les neuf occurrences fournies par le TLG ne sont en réalité que deux, celle de Démosthène (reprise par Pollux à trois reprises, avec les définitions de Photius, et de l'Etymologicum Magnum) et une mention chez Elien (cf. infra note 91). 31 Cf Jukka Korpela, op. cit., pour les références des 41 inscriptions latines concernant leur présence dans la ville de Rome. Il dénombre 15 thurarii, 14 unguentarii, 5 pigmentarii, 1 aromatarius. L'accroissement significatif de leur nombre au lIe siècle p. C., parallèlement à celui des médecins, est lié à la prospérité économique de ce temps. Pour le vocabulaire grec, on note que les trois-quarts des occurrences des rhizotomes sont antérieures à la fin du lIe siècle, tandis que celles des pharmacopoles se répartissent régulièrement. 32Pour les occurrences à Rome, cf. Astrid Handel, Münstersche Beitrage... , p. 43. 33 Tus (thus avec u long), turis, n. «encens ». Emprunt direct ou indirect latinisé au grec thuos, déjà dans Plaute. Dérivé proprement latin: turarius (DELL s.v.). 34Ces noms sont probablement formés d'après d'anciens adjectifs substantivés. 35Seplasiarius : qui seplasia vendet seu pigmenta. Cf RE, S.v. et Vivian Nutton, « The Drug Trade in Antiquity », From Democedes to Harvey, Variorum Reprints, Londres, 1988, chap. IX et Astrid Handel, Münstersche Beitrage..., p. 30-48. 36 Les producteurs et vendeurs de remèdes à base d'animaux (poisson par ex.) ne sont pas désignés par les termes que nous avons étudiés ici. Pour l'utilisation du poisson fumé dans la thérapeutique, cf Robert I. Curtis, Garum et Salsamenta. Production and Commerce in Materia Medica, Leiden-New York: Brill, 1991, p. 27-37. 37 Glossarium mediae et infimae latinatis, vol. 6, 1883-1887, s.v. seplasiarius, p.427 (repr. Graz: Akademischer Druck. u Verlagsanstalt, 1954). Il donne pour équivalent grec
1tav't01tIDÂT1Ç, et à seplasiarium celui de }lU P01troÀtOV .

13

marmites, de remèdes, (<< dits aussi pileurs de remèdes chez Démosthène» glose Pollux38), vendeurs d'épingles, ... d'oiseaux prêts à cuire, ... » ainsi les énumère Critias, qui, s'il a mal fini en se montrant l'un des plus cruels parmi les Trente, à Athènes en 404, est aussi l'auteur de ces quelaues lignes à la Prévert, utilement transmises par Pollux au ne siècle p. C.3 . Vendre des épices ou des produits cosmétiques est une activité répandue et lucrative, si l'on en croit l'abondance de termes pour désigner ces petits marchands, depuis le Ve siècle. Sur les nombreuses agorai du monde grec se pressent bien des débitants de pacotilles que le XVIIe siècle aurait nommés marchands d'orviétan. Leur nom, sur le plan lexicologique, est un composé signifiant: le premier terme indique la nature de la marchandise et le second (en -1troÀllç)souligne le caractère commercial40. Les Anciens en effet, nous le savons bien, fabriquent et vendent: le cordonnier est aussi marchand de sandales, comme le boulanger vend son pain et le potier ses céramiques. Un nom unique devrait suffire à désigner ces activités. Pourtant, à côté du rhizotomos, ce « coupeur de racines» que l'on imagine dans la campagne, l'œil rivé au sol à la recherche de la plante idoine, surgit un «vendeur de racines »41 rhizopôlès, qui s'installe sur l'agora, à côté du marchand de légumes... Tout porte à croire qu'il s'agit du même homme, revenu de la cueillette et qui tente d'écouler sa marchandise. Selon les circonstances et les moments de la journée, les appellations sont très facilement modifiables: l'herboriste devient droguiste, le fabricant d'onguents cède au détail et le marchand de parfums mélange ses jus dans l'arrière-boutique. Cette remarque doit inviter à une grande prudence dans notre volonté classificatoire... Il est possible aussi que les mêmes débitants soient nommés diversement selon leur stock du moment. Une autre liste du lIe siècle p.C., due à Claude Ptolémée, énumère, après le vendeur de racines, trois commerçants: le premier, àpOf.ux't01troÀllç42, propose donc des aromates ou
38

39 Critias, Fragmenta, ed. H. Diels & W. Kranz, Fragmente der Vorsokratiker4, 1922, fro 70 lignes 3-7, cité par Aelius Pollux, Onomasticon, ed. Erich Bethe, Leipzig, 1900, livre 7, 196(._) 't'UP01tcôÂoo (_) croPIlOOO1tcôÂoo, <nÔTlPOO1tcôÂoo, Âaxavo1tcôÂoo, (._) (nço1tcôÂoo, <nÂ<pt01tcôÂoo, KauÂ01tcôÂat, Ât~avrot01tcôÂa.t (_) <papllaKo1tCÔÂoo, ~_) Kat cr7tEPlla't01tcôÂat, Xu'tpo1tcôÂat, <papllaKo'tpi~oo 1tapà Allllo0"8éVêt, ~EÂOV01tCÔÂoo, (._) 1ttVaK01tcôÂoo (_) 'toû'touç ô' OPVt80Ka1t1lÂOUÇ K. KaÂEÎ TcrÂ. 197: XaAK01t&ÂOO, O"'tU1t'tEto1tcôÂat, Èpto1tcôÂat, crKEU01tCÔÂOO, cr7tEPlloÂoYOt,

Cf. supra, notes 29 et 30.

40 De 1troÂÉro, vendre avec profit », DELG, s. V. « 41 Les marchands de racines, ptço1tcôÂat, figurent dans l'énumération de Critias (cf. supra note 39). 42 DELG, s. v. apIDfla, «plante aromatique, épices », indique un composé tardif: àprolla'to1tIDÂllç. Claude Ptolémée, Apotelesmatica, 4, 4, 4, ligne 5, ed. F. Boll & E. Boer, Leipzig: Teubner, 1940, énumère des commerçants, otov IlUp01tIDÂaç, O"'tE<pav01tÂOKOUÇ, ÉKOOXÉaç, O\VEIl1tOPOUÇ, papllaKo1tIDÂaç, ucpciv'taç, àpIDfla't01tIDÂaç, çWYPWpouç, ~acpéaç, <

tlla'tto1tffiÂaç« comme les vendeurs de parfums, les tresseurs de couronnes, les hôteliers, les marchands de vin, les pharmacopoles, les tisserands, les marchands d'aromates, les peintres, les teinturiers, les marchands d'habits». 14

autres produits odoriférants et les parfums. Il demeure très rare dans les textes littéraires43 et n'intervient pas dans la fabrication de remèdes. Le deuxième, J.luP01tCÔÀllç44, du parfumeur J.lUPE'lfOÇ, des cousin vend huiles parfumées et des onguents. Ce nom composé, attesté dès le ye siècle a.C., est très fréquent chez les orateurs45. Hypéride (389-322), par exemple, donne la liste des produits disponibles dans sa boutique46 et, sept siècles plus tard, Libanios (314-393) le mentionne en relation avec les barbiers ou les médecins47. Quant à Galien, il semble considérer les myropôlai comme des grossistes, reconnaissant que quelques-uns connaissent les plantes et travaillent en parallèle avec les médecins48. Le troisième, le pom01tcOÀllÇ, «vendeur de pacotilles» 49, est pour Photius (IXe siècle) un myropole, ce qui montre que le vendeur de parfums en profite pour proposer au chaland des accessoires de plus ou moins grande valeur. Il est présent dans les textes dès le ye siècle a.C., mais seulement une vingtaine de fois en tout50. D'autres spécialisations comme celles du (JuPJ.lato1tcOÀllç51 vendeur de purgatifs, du (J1tEPJ.lat01tcôÀllç52,seminarius, vendeur de semences, et ou

43

Aucune attestation épigraphique et seulement quatre mentions textuelles, dont deux ne

comportent que ce mot: Theodor Kock, Comica Adespota, Fragmenta incertorum poetarum, vol. 3 [CAF 3], Leipzig: Teubner, 1888, frag. 951, repris au lIe siècle p.C. par Phrynicos, Praeparatio sophistica (Epitome), ed. J. de Bornes, Leipzig: Teubner, 1911, p. 42 ligne Il. De la même époque datent les deux autres mentions, celle de Claude Ptolémée (supra note 42) et celle d'Artemidoros Daldianos, Oneirocriticon, ed. R. A. Pack, Leipzig: Teubner, 44 « Marchand de parfums ». Le féminin muropôlis est attesté aussi, par ex. dans l'Anthologie wecque 5, 181, ed. Pierre Waltz, CUF, 1960, tome 1. 5 Ce terme apparaît à plus de 80 reprises dans les textes littéraires. Les inscriptions montrent que, en dehors de l'Attique (2 mentions épigraphiques: un inventaire et une série de dédicaces de phialai), les marchands de parfums se trouvent, ce qui n'étonne pas, en Égyptee (28 attestations: 2 inscriptions et 26 papyri). 46Hypéride, Contre Athénogène, ed. Gaston Colin, CUF, 1946, 6 : lluPOVKm Ma~acr'tpot Kat ~fupva« essence, flacons, myrrhe ». Libanios, ed. R. Foerster, Leipzig: Teubner, 12 vols. 1903-1924, Lettre 1161 [vol. Il], à propos d'un certain Eugenios, myropole; les boutiques des myropoles sont citées aux côtés des échoppes de barbiers in Discours (Oratio 51 : Adversus assidentes magistratibus, 10 [vol. 4], Declamatio 38: Divitis adulteri accusatio, 8 [vol. 7], Progymnasmata 10 (Comparationes), 5 (Comparaison entre la ville et la campagne), 10 [vol. 8]. Plusieurs références aussi chez Athénée, Deipnosophistae, ed. Georg Kaibel, Leipzig: Teubner, 18871890 (repr. Stuttgart, 1965-1966), 12, 77 ; 13, 94 et 95 ; 15, 34 et 40 ainsi qu'à deux reprises dans l'Epitome. Il faut aussi citer Plutarque, cf. infra note 103. 48Galien, De antidotis (K 14, 10 ; 14, 24 et 30 ; 14, 51 et 53). Pour des références chez Galien exclusivement, cf. Véronique Boudon, REG 116 (2003), p. 109-131.
49 1963, 2, 22 où ils figurent à côté des 1.1;UP01tcôÀ<n.

50 Seules deux attestations épigraphiques d'époque romaine les concernent: une épitaphe de Cos pour un certain Orbanos Epagathos (A. Maiuri, Nuova Sylloge epigraphica di Rodi e Cos, Florence, 1925, n0634) et une épitaphe de la région de Philippopolis (G. Mihailov, Inscriptiones Graecae in Bulgaria repertae, vol. 3, l, 1961, n0991). Galien les mentionne en 13, 571. 51« Marchand de purgatifs », de surmaia (DELG, s.v. mSpro« entraîner, charrier»), une plante purgative que certains identifient au radis noir ou au raifort, connue comme émétique et en usage chez les Égyptiensiens (Hérodote 2, 88 et 125, ed. Ph.-E. Legrand, CUF, 1930; 15

« Vendeurde babiolesou pacotilles,brocanteur», Photius,Lexicon,lettreRho, p. 494.

du Ât~avroto1troÂllç53, thurarius, vendeur d'encens enfin, se rencontrent ou plus rarement. Ces noms, qui nous sont connus par des fragments de comédies attiques, qualifient peut-être des personnages-types, destinés en premier lieu à faire rire le public. Le premier, que nous citait déjà Critias, est rapproché par Aristophane d'un vendeur de sucreries, ce qui le met en marge des marchands de remèdes proprement dits54. Le deuxième est aussi mentionné par Athénée55 dans un extrait de Nicophon, poète comique du Ve_ IVe siècle, toujours parmi d'autres petits métiers et le troisième, encore par Athénée, dans un passage de Cratinos le jeune, également un poète comique du IVe siècle56,aux côtés d'un mageiros sicilien. Loin d'être isolé sur l'agora, on le voit, le pharmacopole, marchand de remèdes, demeure pourtant le plus fréquemment mentionné dans les sources. Le Thesaurus Linguae Graecae d'Estienne57 donne à l'article
<papJlaK01tco£co : medicamenta vendo, sum pharmacopola. Avant de vendre

les produits, les pharmacopoles (du moins certains) sont aussi, on l'a vu pour les autres marchands, des préparateurs58. Théophraste les mentionne comme « sachants », par exemple dans leur recours au marrube (marrubium peregrinum, 1tpa01ov) aux propriétés expectorantes, désinfectantes et sédatives59. Mentionnant même par son nom l'un des rares pharmacopoles dont nous avons l'identité, il insiste en présentant cet Eudèmos comme un personnage compétent (aristos), à l'excellente réputation 60. Dans le vocabulaire latin, outre les mots déjà évoqués plus haut, on peut noter que deux termes sont transcrits directement du grec: myropola et
Aristophane, Paix 1254, ed. Victor Coulon & Hilaire Van Daele, CUP, 1924. Le composé est chez Critias, cf. supra note 39, et Pollux, Onomasticon, livre 7, 196. 52« Marchand de semences» (DELG, s.v. cmEîpro« semer»). Unique mention sur un papyrus ~P Ber!). 3 «Marchand d'encens» (DELG, s.v. Âî~avoç «encens»). Seules six attestations épigraphiques (quatre Ât~avrot01tooÂcn, trois en Attique et un à Ephèse ainsi que deux Ât~av01tooÂcn à Tralles et un à Cos). un 54 Sauf à considérer les beignets comme un «alicament»! Aristophane, Danaïdes, in Theodor Kock, Comicorum Atticorum Fragmenta, Leipzig: Teubner, vol. 1, 1880 [= CAF 1], frag. 265, le joint aux £"(1(ptOO1tooÂcn, marchands de gâteaux à l'huile et au miel (Pollux, Onomasticon, livre 7, 199). 55 Pour Critias, cf. supra note 39. Athénée, Deipnosophistae, 3, 100 ligne 53 et Theodor Kock, CAF 1, p. 779 sqq, frag. 19. Il est le dixième et dernier d'une série de marchands (1tooÂcnç) . 56 Athénée, Deipnosophistae, 14, 81 ligne 12 et Theodor Kock, Comicorum Atticorum Fragmenta, Leipzig: Teubner, 1884, vol. 2 [= CAF 2], p.289, frag. 1. Le titre de la pièce, I1:yav'tEÇ, conservé. est S? Paris: Firmin Didot, 1865. Pour cpapllaKo1troÂllÇ, propose: medicamentorum venditor, il item pigmentorum. 58Ainsi pour la composition d'un remède, Galien, De compo med. sec. loco [K 12, 587]. 59 Théophraste, Hist. plant., 6, 2, 5 : ci)Km oi cpapllaKo1tooÂat XPOOv'tcn 1tpOçËVta « c'est celui ~ue les pharmacopoles utilisent pour certains remèdes».
Théophraste, Hist. plant., 9, 17, 2 : EÜÔ1llloÇ yoûv 0 cpapllaK01troÂllÇEùBoKtIlOOvrcpoBpaKa'tà c

't1)v'tÉxvllv... (cf. infra note 82). Galien donne les noms de deux pharmacopoles, Antonios [K 13, 281] et Mantias [K 13, 751 et 18a, 770]. Sur Mantias, cf. Heinrich von Staden, Herophilus. The Art of Medicine in Early Alexandria, Cambridge: University Press, 1989, p. 515-518. Un Aurelios Neoptolemos Dioscoros est pharmacopole à Oxyrhynchos en 253 de notre ère (P Oxy, vol. 31, doc. 2567 ligne 7). 16

pharmacopola. Cet usage peut être l'indice de l'origine étrangère des commerçants61 ou de la provenance exotique des produits vendus. Après la présentation de ces différents personnages, il est temps d'évoquer l'image que les textes nous donnent de tous ces commerçants, lointains cousins des apothicaires. La diversité des produits proposés aux clients n'étonne pas l'historien de l'économie domestique. Des épiceries du Nouveau Monde aux marchands de couleurs ou de produits de régime du XXe siècle, les boutiques de 1tav1:o1tmÀat, celles où l'on trouve de tout, ont toujours cédé à une clientèle avide des articles attendus et inattendus. Voyons donc rapidement ce qu'offre le pharmacopole, dans sa boutique ou sur le marché. Les textes nous montrent des tenanciers d'épiceries achalandées et Aristophane fait, à deux reprises, mention des pharmakopôlai dans les comédies qui ont survécu. Au vers 766 des Nuées, Socrate échange quelques mots avec Strepsiade, sur le thème de «comment se débarrasser de ses créanciers ». Le second suggère l'achat d'une pierre « magique », le cristal, pour mettre le feu à la plainte déposée contre lui. Cette roche, dit-il, est disponible auprès des pharmakopôlal.62. Le pharmacopole est ainsi celui dont la boutique, de préférence bien fraîche63, ressemble à une caverne d'Ali Baba, renfermant les trésors nécessaires à des opérations parfois de nature douteuse. Il fournit, sous le manteau, les aphrodisiaca64 et procure parfois le poison65. Le myropole, de même, vend des produits très chers. On trouve dans sa boutique des articles aussi variés que des parfums coûteux, du savon, des épices d'Orient, du vinaigre, des sirops, des teintures, du soufre, des métaux, des plantes et des dérivés végétaux, des minéraux. Les prix pratiqués ont beau être élevés66, la clientèle se presse, depuis les dames de qualité en quête d'un flacon de parfum ou d'encens jusqu'au cuisinier pour ses épices, en passant par le barbier à la recherche d'un hémostatique ou le charlatan d'une poudre magique. Les boutiques se regroupent dans des quartiers ou dans des rues67. Au lIe siècle a.C., à Megalopolis dans le Péloponnèse, fut édifiée une sloa
61 Ainsi à Rome à l'époque de Martial (38/41-ca 104), les parfumeurs les plus célèbres se nomment Cosmus (1, 87, 2) et Nikerôs (10, 38 et 12,65), deux noms grecs. 62Socrate: 1toiav 'ttV<l«Laquelle donc? » Strepsiade: 1ÏÔ1l 1tapà 'toîm epapf..laK01t<ÔÀatç 'tTlv Ài60v 'tau1:T\v ÈôpaK<XÇ,tTlv KaÀ.1Îv, tTlV ôtaepav1Î,<lep'Jç 'to 1tÛP&1t'toum« La pierre que tu as déjà vue chez les pharmacopoles, la i belle, la transparente... celle grâce à laquelle ils allument le feu ». 63Théophraste, De odoribus (llEp\ ocrf..l&v) 41, ed. Arthur Hort, LCL, 1916. La conservation 9, des produits est conseillée dans des récipients de plomb ou d'albâtre. Pour les techniques de stockage des denrées, cf. Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel ..., p. 100 sq. 64Théophraste, Hist. plant., 9, 19, 2-3. 65 Sur les abortifs, cf. les articles de Marie-Hélène Congourdeau, «L'avortement chez les médecins grecs », Revue des études byzantines 55 (1997), p. 261-278 et « Les abortifs dans les sources byzantines» in Le corps à ['épreuve, op. cil., p. 57-70 et la bibliographie. 66Cf Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel ..., p. 85 et 103-107. 67À Capoue, ces commerçants semblent jouir d'une bonne considération et ont pignon sur la rue Seplasia, au point qu'elle leur donne son nom, cf. Hans Philipp, RE (1923), s.v. ; on 17

réservée au commerce des aromates et des onguents, appelée Myropôlis68. Quelques passants sont-ils envieux des clients qui s'y pressent? Leur en veulent-ils de ne pouvoir acquérir, faute de richesse, les produits qui font rêver? Toujours est-il que ces boutiques n'ont pas bonne réputation: la citation d'Eschine mentionnée en introduction n'est en effet pas la seule en ce sens. Hypéride défend de son mieux, toujours dans les années 330, un certain Epicrate, citoyen aisé, passionnément épris d'un jeune esclave. Ce jeune homme tient, sur l'agora, avec son père, un magasin de ... parfumerie6 pour leur maître, un certain Athénogène, qui a réussi à extorquer une fortune à l'amoureux transi. Les boutiques de parfums sont décidément des lieux bien dangereux pour les « honnêtes gens» un peu naïfs... Est-ce vouloir faire un faux procès aux myropolapo et autres pharmakopôlai que de voir leurs échoppes ou leurs lieux de vente toujours « mal fréquentés» ? Il semble que, de la part des orateurs, la réprobation repose plus sur une condamnation implicite de la notion de plaisir ou d'oisiveté coupable, de luxe inutile et de petits trafics7! que sur les compétences spécifiques de ces « droguistes ». Plutarque, dans la Vie de Timoléon, narre la déchéance de Denys de Syracuse, dans les termes suivants72 : «Un homme qui, peu auparavant était tyran de Sicile, passait désormais son temps à Corinthe à traîner sur le marché aux comestibles (1tEP!tO 0'l'01tcOÀtov);il allait s'asseoir dans les boutiques des parfumeurs (Èv 1.J:OP01tcoÀtqJ), buvait du vin frelaté dans les cabarets, se querellait en public avec des filles qui faisaient commerce de leur beauté... » bref, une vie de débauché. Pourtant, s'ils sont souvent cités dans les énumérations d'échoppes peu recommandables73, les pharmacopoles ou myropoles, ne sont pas plus vilipendés que l'ensemble des tenanciers de boutiques diverses74, si décriés.
rencontre de même un unguentarius vicus à Rome (Sc. Mariotti, RE Suppl. IX (1962), s.v. et un turarius vicus (Hans Riemann, RE (1948), s.v.). 68Pausanias, 8, 30, 7, ed. W.H.S. Jones, LCL, 1935 (repr. 1979). 69Hypéride, Contre Athénogène, ed. Gaston Colin, CUF, 1946, 6, 9, Il. 70 Démosthène, en 327/6, défend Chrysippe contre Phormion, qu'il accuse de détournement dans une affaire de prêt maritime. Chrysippe, à la recherche de son débiteur, le trouve là encore... près du marché aux parfums. ContrePhormion, 13, ed. Louis Gernet, CUF, 1954 :
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71 Cf. Lysias, Contre Pancléon, 3 et Pour l'invalide, 20 (ed. Louis Gernet & Marcel Bizos, CUF, 1926) où deux boutiques, celle du vendeur de parfums et celle du barbier, myropolion et koureion sont citées avant l'échoppe du cordonnier comme commerces proches de l'agora. À l'inverse, le sycophante, avide d'information «utile », ne fréquente pas ces lieux: Démosthène, Contre Aristogiton I, 52, ed. Georges Mathieu, CUF, 1947: OùôÈ npoocpot't~
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Ëv. «Il ne ftéquente dans la ville absolument aucune de ces boutiques de barbiers, ou de ~arfumeurs, ou aucun autre atelier. » 2 Plutarque, Vie de Timoléon, 14, 3, ed. Robert Flacelière & Emile Chambry, CUF, 1966. 73 Clément d'Alexandrie, Pédagogue, 3, Il, 74, 4 (ed. Claude Mondésert & Chantal Matray, Paris: ed. du Cerf: 1970, Sources Chrétiennes vol. 158), recommande d'éviter de flâner près des boutiques des myropoles, des joailliers et des marchands de laine: «Qu'il évite cette dissipation qui émane des boutiques de vendeurs de parfums (f.L1JponooÀl00v)fondeurs d'or de ou de commerçants en laine et celle qui vient de tous les autres ateliers, là où certains, parés comme des prostitués, passent la journée entière, comme les femmes qui attendent, assises 18

Néanmoins tous n'ont pas pignon sur rue et le grand nombre de camelots parmi eux attire d'autres critiques possibles. Passer de bourg en bourg, de cité en cité, d'une agora à une autre est le lot de nombreux marchands. Pourtant cette habitude commerciale attire souvent la méfiance des acheteurs et le re~roche majeur à l'égard des pharmakopôlai demeure celui de charlatanerie 5. De telles pratiques peuvent avoir eu lieu à la marge, elles n'en affectent pas moins l'ensemble de la profession, en ~ortant atteinte à une image de respectabilité très entachée dans les sources76. Débitant d'herbes ou de poudre de perlimpinpin, le pharmakopôlès se déplace donc77et transporte ses richesses dans des boîtes (kistai)78parfois fort nombreuses79. La plus ancienne mention conservée du mot pharmakopôlès chez Critias, au Ve siècle a.C., le peint au milieu de vendeurs de curiosités, marchands de légumes, oiseleurs ou vendeurs d'aiguilles. Certes, la diversité des marchandises présentées à l'étalage devait, à elle seule, faire rêver une partie du public80. Pourtant en quittant le chemin de l'exotisme de l'agora, le citoyen raisonnable, de retour dans sa demeure, se plaît à critiquer le vendeur d'illusions.
dans un mauvais lieu ». La suite du texte invite aussi à éviter les barbiers (3, Il, 75, 1). Selon Chrysippe, philosophe stoïque du Ille siècle a.C., Solon aurait, par des lois, empêché les hommes de vendre des parfums (ed. H. von Arnim, Stoicorum Veterum Fragmenta, Leipzig, 1903, traité 28, frag 12). Cette indication est reprise dans le Commentaire de l'Iliade d'Eustathe, évêque de Thessalonique au XIIe siècle (ed. Leipzig, 1825-1830, vol. 4 p. 708, ligne 16). 74Cf. Pour l'invalide, 19 : « Il déclare aussi que ma boutique est le rendez-vous d'une bande de fripons qui ont gaspillé leur fortune [...] Mais remarquez bien que ces accusations ne m'atteignent pas plus que les autres artisans (00'01 'tÉxvaç éxoumv) ». Sur des reproches semblables à l'égard des marchands de poisson fumé, cf. Robert I. Curtis, Garum et Salsamenta. Production and Commerce in Materia Medica, Leiden-New York: Brill, 1991, ~. 152-158. 5 Cf. F. Kudlien, « Heiltatige Scharlatane und Quacksalber in der Antike - eine Randgruppe der Gesellschaft? », Soziale Randgruppen und Auj3enseiter im Altertum, ed. Ingomar Weiler, Graz, 1988, p. 137-169, spécialement p. 148-150. 76Bien sûr, le collegium pharmacopolarum (CIL 5, 4489) de Brixia (Brescia) regroupait, lui, des professionnels « sérieux» ayant pignon sur rue, en une corporation officielle. Mais sa mention est unique. Un collegium de pigmentarii est présenté par Harry Langford Wilson, AJA 16 (1912) p.94-96. Cf. pour d'autres associations, Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel. .., p. 86. 77 Dans la littérature latine, cet aspect est souligné: Horace, Satires 1, 2, 1, ed. François Villeneuve, CUF, 1932, les cite aux côtés des musiciennes, mendiants, actrices de mimes et 8 Cf. le fragment d'une comédie de Théopompe, contemporain d'Aristophane, intitulée Althaia, Theodor Kock, CAF 1, p.733 n02, où il est fait mention d'une boîte (kistè)
appartenant î'Eyovuîav à un pharmacopole de Mégare: T1)v 01K1av yàp EUPOV E10'EÂ-effiv oÂ-llv K1O''t1lv

~arasites hâbleurs:

Ambubaiarum

collegia, pharmacopolae

I mendici,

mimae, balatrones

...

79 Dans les Amores du Pseudo-Lucien, 39, ed. M.D. MacLeod, LCL, 1967, le pharmacopole se trouve pourvu d'une multitude de petites boîtes en buis: Kaea1tEp Èv <papJlaK01tooÂ-oU
1tuçî~rov

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80 Les circuits d'importation des produits exotiques sont en effet connus pour l'époque romaine et la variété des produits diffusés par les marchands ambulants est impressionnante, cf. Alfred Schmidt, Drogen und Drogenhandel..., p. 93-96. 19

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