//img.uscri.be/pth/b4c74ad22bac67181dbb13e7ddb8f44ff73f9f2e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,63 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Placement et adoption des orphelins au Royaume-Uni (1870-1926)

De
161 pages
Cet ouvrage met en évidence les images et valeurs associées à la figure de l'orphelin durant la période de 1870 à la fin des années 20 au Royaume-Uni. Ce terme est souvent alors employé pour désigner tous les enfants sans famille comme équivalent d'"enfant pauvre et méritant". A la fin de la période, l'avènement de l'adoption plénière crée une nouvelle catégorie d'enfants "adoptables" et ouvre la possibilité de créer une nouvelle filiation pour les orphelins. Voici une analyse soulignant les moments forts de ce changement de perception de l'enfant sans famille.
Voir plus Voir moins

Placement et adoption des orphelins au Royaume-Uni
1870-1926

Historiques
dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland

La collection "Historiques" a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend deux séries: la première s'intitulant "Travaux" est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l'accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la seconde, intitulée "Sources", a pour objectif d'éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d'ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l'historien.

Série Travaux Jean-Pierre HIRSCH, Vie de bistrot en Alsace. Lieux de loisirs et de sociabilité. 1844-1914, 2010. Michaël CULOMA, La religion civile de Rousseau à Robespierre,20l0. Robert CHAPUIS, Bourgogne/Franche-Comté: les relations ambi-guës entre deux régions sœurs et rivales, 2009. Pascale PELLERIN, Les philosophes des Lumières dans la France des années noires: Voltaire, Montesquieu, Rousseau et Diderot, 1940-1944,2009. Didier CHAUVET, Georg Elsner et l'attentat du 8 novembre 1939 contre Hitler, 2009.

Série Source Lydia OLCHITZKY-GAILLET, Spoliation et enfants cachés, 2010.

John Ward

Placement et adoption des orphelins au Royaume-Uni
1870-1926

L'orphelin et ses anges gardiens

LIH~mattan

<QL'Harmattan,

2010

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-11098-4 EAN : 9782296110984

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier les nombreux lecteurs des différentes versions de ce texte pour leurs remarques et corrections toujours pertinentes, tout particulièrement Françoise Hickel, Jean-Jacques Yvorel, Marie Françoise Lefebvre, Martine Guaquère, Jean François Pessis, Jean Pierre Turpin et Martine Clément, sans oublier Michel Prom pour ses encouragements et commentaires judicieux. Je dois beaucoup aux collègues et étudiants de mon institut de formation des travailleurs sociaux, la Fondation ITSRS, spécialement l'équipe de son site de Neuilly-sur-Marne qui accepte chaque année de participer à la gestion et l'analyse de la montagne de documents générée par mon cours d'histoire des exclus et des exclusions. Espérons que ce texte répondra à leur intérêt toujours vif pour ces thèmes. Je remercie aussi Keith Griffith, chercheur néozélandais qui m'a transmis la dernière version de son ouvrage monumental sur la question de l'adoption, ainsi que tous les chercheurs et archivistes qui m'ont aidé directement, ou indirectement, notamment via the world wide web. Enfin, un grand merci à Hélène et à Jeremy pour leurs relectures et corrections nombreuses et à ma famille tout entière pour son inépuisable soutien.

7

PRÉFACE
L'orphelin fascine. Il fascine parce qu'il renvoie à la quête des origines. L'orphelin dont parle John Ward, et qui inspire tant de romans et de pièces au XIXe siècle, ce n'est pas seulement l'enfant qui a perdu ses parents, c'est avant tout l'enfant sans famille, l'enfant illégitime abandonné, l'enfant trouvé (foundling). Enfant sans héritage, «voyageur sans bagages», pour reprendre le titre d'une pièce d'Anouilh, lieu de rupture de la filiation, lieu de mystère et d'angoisses. Il interroge la société, à tous les sens du terme. Il lui demande de résoudre l'énigme de son identité, mais aussi il la questionne, lui pose problème, ou, au contraire, permet à l'ordre familial de se poser, comme en miroir, par rapport à lui. John Ward cite cette belle phrase de l'historienne Laura Peters, pour qui ce n'est pas tant l'orphelin qui a besoin de la société, que la société qui a besoin de l'orphelin. Ainsi l'orphelin, ce pauvre méritant, permettait à la société victorienne d'exalter ses valeurs moralisatrices, comme elle permettait auparavant à la société élisabéthaine d'exalter son imagination (quand le foundling devenait changeling, non pas seulement enfant trouvé, mais enfant «changé», substitué dans son berceau par des fées facétieuses). Cette fascination qui se cristallisait autour de l'orphelin, on la retrouve encore aujourd'hui, y compris chez les « non-orphelins», qui fantasment, eux aussi, sur une mythique substitution à la naissance. Mais le propos de John Ward est d'étudier l'évolution de la société britannique par rapport à l'accueil de cet orphelin. Le cas britannique ne manquera pas d'intéresser le lectorat français, d'abord à titre de comparaison avec notre propre histoire, ensuite parce qu'il concentre en quelques décennies une évolution radicale. Le passage à la modernité, à un ordre nouveau, se fait très vite entre le dernier quart du XIXe siècle et le premier quart du XXe. Certes, la Grande Guerre y est pour quelque chose. Ce premier grand charnier du XXe siècle a laissé non moins de six 9

millions d'orphelins de père. L'enfant sans parents est donc devenu plus visible, et le sort de l'orphelin de guerre (en France le « pupille de la nation») a paru plus digne de compassion que celui des orphelins civils ou des « sans famille», fruits d'unions illégitimes. Mais ce conflit n'explique pas tout, et l'évolution de la société obéit à sa logique. Cette logique, nous dirons, en lisant l'analyse qu'en fait John Ward, qu'elle est celle d'une société qui passe d'une vision traditionnelle, holiste, voire organiciste, à l'individualisme libéral moderne. La société, autrefois perçue comme un tout (holisme) en dehors duquel nous ne sommes rien, ou comme un vaste corps vivant (organicisme) dont nous ne sommes que les cellules incomplètes, devient la simple somme d'individus plus réels et plus riches que l'abstraction qui les réunit (la société). John Ward explique très bien ce processus d'individualisation, ou de privatisation, qui se produit dans l'accueil de l'orphelin. Dans le modèle victorien, c'est toute la société qui recueille l'orphelin dans une institution collective - qu'il s'agisse de l'orphelinat ou du workhouse. Certes le philanthrope joue un rôle majeur, mais sa philanthropie est « générale», et il n'est de rapport privilégié qu'entre lui et sa conscience, ou entre lui et Dieu. En revanche, avec l'émergence de l'adoption, on a un rapport privilégié, individuel, privé, entre l'orphelin et le couple qui l'adopte. On est donc passé d'un modèle national, la famille britannique nourrissant tous ses enfants, même les plus démunis, à un modèle inter-individuel, où un couple en mal d'enfants cherche à combler un vide affectif. Le glissement est ainsi non seulement du public au privé, mais du moral (le philanthrope victorien) au psychologique (le désir d'enfant), ou encore, pour employer une autre terminologie, du transcendantal (le Dieu du philanthrope) à une vision utilitariste (la recherche du bonheur). Cette évolution doit bien sûr être comprise de façon tendancielle, et non mécanique, et la nation demeure longtemps une référence incontournable. John Ward évoque le rôle de l'Empire britannique, et les déportations d'orphelins au Canada ou en Australie, jusque dans les années 1950. C'est ce qu'on a appelé la «génération volée». Ces jeunes garçons et filles,

10

enlevés sommairement de leur pays, devaient permettre à la « sève britannique» de se diffuser outre-mer. Il y a, au-delà du patriotisme (la sève « britannique»), une dimension raciale à cette volonté d'exporter de jeunes enfants vers les colonies de peuplement. L'idée est bien de « blanchir» l'Australie et le Canada, de sorte que la souche blanche européenne l'emporte sur les « races» indiennes ou aborigènes. Au-delà de sa pauvreté et de son appartenance à une classe inférieure, l'orphelin reste avant tout un Blanc. Si l'orphelin est celui qui n'a pas d'héritage (ce serait même l'une des étymologies du mot), il est malgré tout l'héritier de sa « race» et il peut transmettre ce « noble» héritage au-delà des mers. Il peut servir l'Empire en le peuplant de ses semblables. Même au niveau individuel, et dans la mère patrie, la question de la « race» est toujours présente quand il est question d'adopter l'enfant trouvé, celui qui n'a pas de filiation. On sait que le mot« race» a d'abord signifié « lignée familiale», et pour l'Angleterre postdarwinienne, celle de Herbert Spencer et de Francis Galton (l'inventeur du mot « eugénisme»), on connaît l'importance attachée à l'hérédité et au biologique. L'angoisse des familles victoriennes ou édouardiennes qui accueillent en leur sein un enfant inconnu est «la crainte d'une hérédité dégénérative », comme l'écrit John Ward. La question de l'hérédité est «l'épouvantail» de l'adoption. D'où la recommandation d'adopter les enfants très jeunes, pour pouvoir lutter très tôt contre d'éventuelles tares héréditaires. L'éducation viendra au secours de la filiation, et l'enfant adopté pourra même ressembler de plus en plus à sa famille d'accueil, comme l'écrit une brochure de l'association nationale d'adoption, citée par John Ward. Enfin, John Ward suggère un lien entre l'avènement de l'adoption plénière et la libération progressive de la femme britannique, la démocratisation (relative) de l'unité familiale et des rapports du couple. On sait, là encore, le rôle déterminant qu'a joué la Première guerre mondiale dans l'émancipation féminine outre-Manche. La Guerre, a-t-on dit, a été « la grande libératrice de la femme». La femme avait montré, tout au long du conflit, et malgré l'opposition des syndicats ouvriers à ce 11

qu'ils appelaient la « dilution» de l'emploi, qu'elle était capable d'assumer les tâches professionnelles réservées jusque-là aux hommes, et elle avait perçu son propre salaire. Il n'était plus question pour elle de revenir au modèle familial victorien, d'une famille nombreuse obéissant à un pater familias, et qui ne lui laissait que le rôle d'« ange du foyer». Dans un schéma social transformé, où la femme, désormais électrice, adoptait un taux de fertilité proche du taux actuel, l'orphelin aussi devait voir son destin modifié. John Ward montre bien cette avancée que représente, pour la femme aussi, l'adoption plénière. Ainsi, l'étude de la façon dont la société gère la question des « sans famille» peut être prise aussi comme un prisme par lequel le lecteur peut observer le passage, finalement assez rapide, de la société victorienne à la modernité. L'orphelin apparaît comme emblématique des rapports entre famille et société, sphère privée et sphère publique, à une période charnière de l'histoire britannique. Michel Prum Professeur à l'Université Paris 7

12

Introduction
Au cours de l'histoire, l'existence des enfants sans famille, abandonnés, « trouvés» ou orphelins a toujours soulevé des questionnements d'ordre philosophique et moral. En outre, le fait de placer cet enfant auprès d'une famille de substitution crée une relation au temps différente des autres, à plus forte raison quand il s'agit d'une «adoption» et que la parenté naturelle est tenue secrète ou oubliée. L'histoire de l'enfant avant son placement reste inconnue et devient une source d'angoisses existentielles, pour l'enfant lui-même, mais aussi pour sa nouvelle famille et pour la société. Ce rapport particulier à l'existence et au temps peut créer un sentiment de différence chez l'enfant sans famille, malgré les efforts de sa famille d'accueil de le traiter comme l'un des leurs. Outre la précarité de son existence, la différence de l'enfant sans famille tient ainsi d'un rapport à la temporalité perçu comme mystérieux. Pour ceux qui n'ont pas d'expérience directe de ces réalités, la fiction se charge de mettre en scène cette existence marquée par une sorte d'altérité temporelle. En effet, une longue tradition littéraire a exploité abondamment les possibilités narratives offertes par l'absence de famille stable. Au 19ème siècle, «l'orphelin» est devenu un personnage indispensable aux romans des grands écrivains anglo-saxons dont le plus connu est Charles Dickens (David Copperfield, Oliver Twist). Par ailleurs, cet enfant est visible dans pratiquement toutes les formes littéraires populaires. Mélodrames, récits pour enfants, romans, poésies, opéras et films lui font vivre un parcours de vie souvent fait de retournements du sort et de rencontres inédites avec les grands événements du siècle. Au dix-neuvième siècle, ce destin est en général édifiant ou glorieux, les rencontres avec des princes charmants et les actes d'héroïsme abondent. Le sauveteur est attentionné, désintéressé et imbu de nobles sentiments. Aujourd'hui, les 13

récits se font moins optimistes, comme dans le film de Ken Loach Sweet Sixteen au cours duquel les retrouvailles d'un enfant placé avec sa famille d'origine sont loin d'être heureuses, ou chez l'écrivain anglophone contemporain Kazuo Ishiguro qui dépeint un parent adoptif trop occupé par des recherches épuisantes sur ses propres origines familiales pour s'occuper de sa fillel. La figure de l'enfant sans famille est omniprésente aussi dans la littérature pour enfants. Elle est devenue un personnage indispensable, comme dans l'exemple éclatant des aventures de Harry Potter. Quel que soit le mode: optimiste ou pessimiste; tourné vers l'avenir ou vers le passé, «l'orphelin» est toujours montré comme existant dans une temporalité différente des autres. Cette représentation remet en question ce que le cours de la vie humaine apporte au sentiment d'exister. En cela, « l'orphelin» semble poser la question philosophique de l'identité personnelle, sous l'angle de la recherche de l'origine, comme sous l'angle de la construction d'une histoire de vie, dans tout ce qu'elle comporte de conscience de soi, des autres et de relation au monde social. Dans la réalité des vies d'enfants sans famille, cette même question soulevée par le rapport d'un sujet à ses origines et à son avenir est posée parfois de manière brutale. Les enfants placés au Canada et en Australie par les sociétés philanthropiques en fournissent un exemple particulièrement saisissant. Leur sort a provoqué un phénomène de retour de conscience dans l'opinion publique quand nombre d'entre eux ont découvert l'existence de leur parenté naturelle, insoupçonnée jusqu'alors. Comme l'écrit le journal britannique The Guardian: Des milliers d'enfants britanniques placés ont été envoyés en Australie accompagnésde la ferme croyance qu'ils auraient une vie meilleure. Maintenant, beaucoup d'entre eux ont été retrouvés par des parents encore vivants. Mais quel effet cela fait-il de faire face à un passé dont vous ignoriez jusqu'à l'existence.2 Un parallèle peut être fait avec la situation de JeanJacques Barbey-Martial, né à la Réunion, qui a rendu publique son histoire personnelle d'enfant placé dans la Creuse en 2002 14

contre la volonté de sa mère3. Il fait partie des quelque mille deux cents enfants « issus de milieux défavorables à être ainsi envoyés en métropole »4. Quel troublant «retour du refoulé» quand des enfants aux parents encore vivants, placés à la campagne suivant une pratique d'antan, demandent réparation à l'autorité publique qui les a tenus dans l'ignorance de leurs origines, de l'existence même de leur famille naturelle en les séparant, selon leurs dires, « de force» de leur mères. Le cercle des amitiés créoles de la Creuse souligne un aspect positif de cette expérience «pénible pour la majorité d'entre nous» : elle a permis aux enfants d'acquérir une« double culture »6. Outre la question de l'identité et de la «place» de l'enfant sans famille qui sous-tend le propos de cet ouvrage, nous nous interrogerons aussi sur les fondements de l'institution familiale qui le prend en charge. «L'orphelin» interroge le système familial parce qu'il incarne une figure morale, représentation archétypale du « bon» pauvre. Sa détresse, son absence de gardien légitime, son identité sociale même, sont représentées comme un miroir à l'envers de la famille idéale. Il n'a rien reçu en héritage, contrairement aux enfants de la « bonne» famille économe qui fait des enfants justement pour assurer la transmission du nom et des biens. Quand il s'agit d'un enfant trouvé ou abandonné, son origine incertaine évoque l'immoralité ou la déchéance d'un père inconnu, contrairement au « bon» père bourgeois respectueux du contrat du mariage et prudent en matière de sexualité extraconjugale à défaut d'être fidèle. Aujourd'hui encore, le vocable «orphelin» reste suffisamment évocateur pour mobiliser de formidables élans de charité. Pour preuve, les millions de livres sterling et de dollars reçus en dons pour Ali Ismaël, orphelin estropié victime de la guerre d'Irak en mars 20037. Un autre exemple encore est donné par le succès des levées de fonds réguliers pour les « orphelins du sida» en Afrique. Le Global Alliance for Africa, par exemple, a trouvé une méthode originale pour sa collecte de fonds en faisant parrainer des alpinistes amateurs au profit de ces enfants8. Un tel mouvement rappelle les souscriptions menées par l'église au dix-neuvième siècle pour la construction 15

d'orphelinats ou pour les familles nécessiteuses à la suite de la Première Guerre mondiale. L'orphelin reste encore une figure emblématique du pauvre méritant, qui n'est en rien responsable de sa détresse, pour qui le don relève de l'obligation, par devoir religieux ou par solidarité laïque. Sauver et protéger un être faible constitue encore aujourd'hui un devoir élémentaire, dont la nécessité est rappelée chaque année depuis la création d'une défenseure de l'enfant qui attire régulièrement l'attention sur la croissance inexorable du nombre d'enfants dans la rue. Ainsi, « l'orphelin» a servi, et sert encore, d'aiguillon à la moralisation de l'espace familial. Parlant de la place de « l'orphelin» au dix-neuvième siècle, l'historienne littéraire, Laura Peters souligne qu' « il paraît normal de penser que les orphelins avaient besoin d'une famille, en réalité, c'est la famille qui a besoin des orphelins >/. L'orphelin est porteur des valeurs familiales justement parce qu'il en a été privé dès sa tendre enfance. Enfin, l'enfant sans famille interroge le système familial parce qu'il n'est pas inscrit au sein d'une parentèle, en raison de son absence de filiation connue. En réponse à sa détresse, les dons désintéressés sans attente de retour, forme pure d'altruisme, symbolisent la recherche de réparation des maux de la vie et de la guerre par une reconstruction des liens familiaux. La nation, l'Église, la collectivité entière sont invitées à recréer du lien «familial» pour sauver l'orphelin, idée récurrente à travers l'histoire. L'orphelin devient ainsi un enfant de « la famille de Dieu », « de la nation» ou encore dans un temps pas si lointain, enfant de « l'Empire, mère de toutes les nations ». En quoi consiste, justement, ce nouveau lien de parenté substitutive lorsque les collectivités prennent en charge les orphelins et en font des « enfants délaissés» ou des « enfants Barnardo's» (nom d'une des sociétés philanthropiques les plus importantes)? Quel raisonnement permet-il de justifier les différentes formes « d'adoption» qui ont précédé la législation actuelle et par quel chemin affectif et social sont-elles concrétisées? 16