Plaidoirie pour l'Abbé Fulbert Youlou

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Il y a un demi-siècle, l'abbé Fulbert Youlou, premier Président du Congo Brazzaville, avait été poussé à la démission, puis forcé à s'exiler en Espagne où il mourut. En 1963, il avait été honni et stigmatisé par les "Révolutionnaires" devenus maîtres du pays. En 1990, grâce à la Conférence nationale Souveraine, l'attitude fut autre ; la liberté d'expression retrouvée délivra la conscience collective du carcan idéologique du passé. Rendant possible l'étude critique sur la présidence de Fulbert Youlou sans être censuré.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
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EAN13 : 9782296224520
Nombre de pages : 133
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PREFACE
Il y a un demi-siècle, l’abbé Fulbert YOULOU, premier Président de la République du Congo, avait été poussé à la démission, puis forcé à s’exiler en Espagne où il mourut. En 1963, l’abbé Fulbert YOULOU avait été honni et stigmatisé par les « Révolutionnaires » devenus maîtres du pays.
Dire son nom ou parler tout simplement de lui en public était un crime de lèse-majesté. Celui qui osait braver l’interdit devenait systématiquement « contre-révolutionnaire » et était réprimé. Les régimes successifs inhibèrent donc, sauf à l’étranger, toute réflexion ou toute étude politique ou sociale sur la période du mandat de l’abbé Fulbert YOULOU. Certains historiens improvisés allèrent jusqu’à occulter cette période dans les manuels d’histoire en prenant l’année 1968 comme date de la fondation de la République du Congo.
En 1990, grâce à la Conférence Nationale Souveraine, l’attitude fut autre ; la liberté d’expression retrouvée délia les langues et délivra la conscience collective du carcan idéologique du passé. Il était maintenant possible d’entreprendre, sans être censuré, toute étude critique sur la présidence de l’abbé Fulbert YOULOU.
Depuis, RudyMBEMBA-Dya-bô-BENAZO-MBANZULU, l’auteur du présent ouvrage, s’est inscrit dans la lignée des intellectuels congolais qui ne cessent d’apporter leur contribution significative et légitime à la compréhension de la société congolaise ; il nous associe à une réflexion audacieuse, affirmant en effet, sans détour, que le Président Fulbert YOULOU était « un espoir de développement
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national » et non le voleur de la nation, comme on a bien voulu le présenter.
L’auteur, Rudy MBEMBA-Dya-bô-BENAZO-MBANZULU, intellectuel et avocat, plaide avec force pour l’abbé Fulbert YOULOU en se fondant sur son expérience personnelle, en puisant dans les travaux sérieux d’observateurs de la société congolaise comme M. WAGRET (1963), R. BOUTET (1990), Abbé E. BIAYENDA (1968), M. SORET (1959) et en exploitant les propos mêmes de l’abbé Fulbert YOULOU consignés dans un livre,J’accuse la Chine,écrit en exil.
L’Homme et le Président sont évoqués ici sans circonlocution : nous sommes renseignés sur son parcours intellectuel et politique. Sont mis en lumière : son humanisme, son attachement aux valeurs Kongo et Bantoues dont il se nourrissait pour comprendre le monde ; intelligent, leader charismatique, il était l’apôtre de l’unité nationale ; patriote, politicien émérite et en avance sur son temps, il avait une ambition pour le Congo. Du point de vue de l’auteur, cette vision de l’abbé Fulbert YOULOU est partagée par de nombreux observateurs congolais. Une question demeure cependant : en renouvelant la confiance à l’abbé Fulbert YOULOU, celui-ci aurait-il pu amener le Congo au niveau où son homologue, le Président Houphouët BOIGNY avait hissé la Côte d’Ivoire ? Un regard rétrospectif sur les performances des régimes successifs – excepté celui allant de 1964 à 1968 –suffira au lecteur pour répondre à cette interrogation.
Quant à moi, préadolescent et contemporain de journées dites des « Trois Glorieuses » (13, 14 et 15 août 1963) j’ai été témoin, si l’on peut dire, de l’euphorie des « Révolutionnaires » et de la déception de l’autre partie du
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peuple qui venait manifestement de s’apercevoir, après coup, du gâchis perpétré. Les « Révolutionnaires » chantaient : « Youlou a tout volé, nous bâtirons de nouveau, suffit la liberté, Congo… ». Cette chanson, devenue leitmotive, passait inlassablement sur les ondes de la « Voix de la Révolution Congolaise » comme pour marquer la conscience collective. Mais le temps passant et les réalités sociohistoriques aidant, certains « Révolutionnaires » finirent, me semble-t-il, par relativiser et remettre en question « ce chef d’accusation » arbitraire.
Ici, Rudy MBEMBA-Dya-bô-BENAZO-MBANZULU s’emploie à relativiser lui aussi et à rétablir la vérité ; c’est un plaidoyer courageux et digne d’intérêt sur la pensée et l’action de l’abbé Fulbert YOULOU qui l’honore. Je lui suis gré particulièrement d’éclairer cette vérité d’une importance sociologique et psychologique non négligeable : que pour accomplir le bonheur d’un peuple, la liberté ne suffit pas, il faut l’aimer, réaliser son unité, lui donner l’ambition et les moyens de son émancipation sociale, politique et économique.
Justin-Daniel GANDOULOU Professeur-Enseignant Université des Sciences Humaines Rennes2 Mars, Avril 2009
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