//img.uscri.be/pth/65deba3a458eca9ded5bf9bde9ddd206e89268b4
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Politiques de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré

De
506 pages
Du 7 novembre 1982 au 31 octobre 2014, de jeunes officiers ont instauré un régime de terreur au Burkina Faso. C'était le même esprit du mal qui animait les responsables : les "quatre chefs historiques", ensuite Thomas Sankara et après, Blaise Compaoré. Ces responsables étaient influencés par l'idéologie marxiste-léniniste sous la conduite du Parti Africain de l'Indépendance (PAI). Au cours de ces trente-deux ans, ils ont violé les droits humains, commis des crimes économiques, menti au peuple... Cet ouvrage est l'expression, pour l'auteur, d'un devoir de vérité et de mémoire, c'est aussi un acte de foi et un engagement dans la nouvelle évangélisation.
Voir plus Voir moins

Du 7 novembre 1982 au 31 octobre 2014, pendant 32 ans, de jeunes PoLITIque S
De THoMAS SANk ARA officiers ont instauré un régime de terreur dans leur pays, d’abord appelé
eT De BLAISe Co MPAoRé Haute-Volta et ensuite Burkina Faso. Pendant toute cette période, le
régime de terreur n’a fait que changer de nom : Le Conseil national du André Roch et enseignements peuple (CSP), le Conseil national de la Révolution (CNR), le Front populaire Politiques de t homas s ankara
de l’église catholique (FP), la IVe République. C’était le même esprit du mal qui animait les C
responsables : les « quatre chefs historiques », ensuite Thomas Sankara et de Blaise Com Paoréet après Blaise Compaoré. Ces responsables étaient influencés par
l’idéologie marxiste-léniniste sous la conduite d’un parti clandestin, le
Parti africain de l’indépendance (PAI).
Au cours des 32 ans, ils ont violé les droits humains (plus de 300 et enseignements de l’église catholique
crimes de sang extrajudiciaires impunis, plus de 5 000 fonctionnaires
mis à la retraite d’office…), commis des crimes économiques, menti au
peuple, commis des injustices à travers les Tribunaux populaires de la
révolution (TPR) en condamnant plus de 700 innocents… « Le premier
assassinat politique de notre histoire » est survenu en novembre 1982,
avec le meurtre du lieutenant-colonel Badembié Nézien, en présence de
Thomas et de Blaise. L’assassinat des « 7 conjurés » du 11 juin 1984 a été
organisé par Thomas Sankara.
L’auteur du présent ouvrage a été témoin de certaines exactions citées
plus haut. Il en a été une victime. La publication de ce livre est pour lui
la réalisation d’un rêve : l’expression d’un devoir de vérité et de mémoire.
C’est aussi un acte de foi et un engagement dans la nouvelle évangélisation. Burkina faso
Il affirme que Thomas Sankara était impliqué dans certains crimes de
sang et économiques. Il a brisé la carrière de milliers de fonctionnaires.
L’auteur conclut que ce qu’on dit de Thomas Sankara n’est qu’un mythe :
Sankara est un homme intègre, un croyant, un héros… Dire que Thomas
est un héros est une imposture ! Après avoir refusé de s’engager dans
le marxisme-léninisme et dans les sectes, l’auteur respecte le choix des
Burkinabè qui se sont fourvoyés dans ces voies. Mais il dénonce la double
appartenance surtout des chrétiens.

André Roch C est né le 18 mai 1940 à Dédougou (Burkina Faso). Il a été
èmesuccessivement adjoint au Chef du 3 Bureau de l’État-Major Général des Armées
(1969-1970) et Chef du même Bureau (1970-1972), Commandant du Groupement
d’Artillerie (1975-1976), Offcier à l’État-Major des Armées (1980). Ministre du
Développement rural sous le Comité militaire de redressement pour le progrès
national (CMRPN) de 1980 à 1982, il fut ensuite Coordonnateur du Programme
Sahel Burkinabè (PSB) de 1986 à 1991 et Consultant individuel de 1991 à nos jours. Détenteur d’un
Master of Science (MSc) en photogrammétrie, M. André Roch Compaoré a été décoré Commandeur
de l’Ordre national en 2012.
Politique
ISBN : Politique et dynamiques religieuseset dynamiques religieuses 978-2-343-06840-4
en Afrique en Afrique9 782343 06840444 €
poéamrampémoopooéarro
Politiques de t homas s ankara et de Blaise Com Paoré
André Roch C
et enseignements de l’église catholique






Politiques de Thomas SANKARA
et de Blaise COMPAORÉ

Et enseignements de l’Église catholique






























André Roch COMPAORE






















Politiques de Thomas SANKARA
et de Blaise COMPAORÉ

Et enseignements de l’Église catholique

















L’Harmattan






























© L'Harmattan, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06840-4
EAN : 9782343068404





Dédicace


Je dédie ce livre à mes parents qui m’ont transmis la foi chrétienne, à
mon épouse Cécile, à nos quatre fils auxquels mon épouse et moi
avons transmis la foi chrétienne reçue de nos parents respectifs, et qui
ont tous été la risée de tant de concitoyens lors de mon procès inique
en 1984 et de mes détentions au camp militaire et à la maison d’arrêt
et de correction de Ouagadougou (MACO).

Je dédie ce livre à mes frères et sœurs et aux familles alliées qui
nous ont soutenus lors de nos épreuves.

Je dédie aussi ce livre à toutes les familles burkinabé qui ont perdu
un fils ou une fille ou dont les membres ont été injustement détenus
dans les centres de tortures, jugés, condamnés, emprisonnés, ou
déportés à Pô et à Dori au cours des trente-deux (32) dernières années
(du 7 novembre 1982 au 31 octobre 2014) de l’histoire de notre pays.

Je dédie ce livre aux centaines de veuves, orphelins et orphelines
que la Nation et les hommes politiques continuent d’oublier, de
mépriser et dont les droits fondamentaux sont violés, notamment ceux
concernant la vérité sur les circonstances de décès de leurs époux et
pères alors même qu’on s’entête à protéger les assassins de ces
derniers.

Je dédie ce livre enfin aux milliers de fonctionnaires (civils et
militaires) qui ont vu leurs carrières illégalement brisées et dont les
enfants n’ont pas pu poursuivre leurs études par manque de soutien
financier.

















« Tu nous as donné ton Esprit, Seigneur Dieu, afin
qu’il agisse en nous : fais qu’il nous porte au
combat pour la justice et la vérité » (Prière du
Temps Présent, Cerf/Desclée, p. 257).

« Dieu qui montres aux égarés la lumière de ta
vérité pour qu’ils puissent reprendre le bon chemin,
donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de
rejeter ce qui est indigne de ce nom et de rechercher
ce qui lui fait honneur » (oraison du 15e dimanche
du Temps ordinaire in Prière du Temps Présent,
Cerf/Desclée, p. 564).






































Préface


L’Église catholique nous enseigne que « la puissance de Satan n’est
pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur
esprit, mais reste toujours une créature : il ne peut empêcher
l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde
par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et que son
action cause de graves dommages – de nature spirituelle et
indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour
la société, cette action est permise par la divine providence qui, avec
force et douceur, dirige l’histoire de l’homme et du monde. La
permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais
‘‘nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui
l’aiment’’ » (Rm 8, 28) (Le Catéchisme de l’Église catholique,
Éditions MARME/PLON, 1992, § 395, p. 89).

Combien de chrétiens ou d’hommes de bonne volonté prennent au
sérieux cette interpellation ? Combien de Burkinabé pensent que Satan
est impliqué dans les événements douloureux qu’ils ont vécus depuis
plus de trois décennies ? Il est conseillé de ne pas voir Satan partout,
mais il est aussi dangereux de ne le voir nulle part.
On parle plus souvent de l’emprise du démon sur les hommes
(tentation, infestation, séduction, liens, obsession ou oppression,
possession) et sur les lieux. Le degré de l’emprise démoniaque est
défini par un théologien ou un exorciste nommé par un évêque.
Les graves dommages de l’action de Satan sur la société sont
moins évoqués. Dans les enseignements pontificaux sur la
Francmaçonnerie, les autres sectes, les sociétés secrètes (communisme et
Franc-maçonnerie) sont souvent qualifiées de perfides, ainsi que leurs
actions perverses qui causent de graves dommages dans les sociétés.
Le diable y est considéré comme le principal instigateur de ces actions
néfastes contre l’Église et la société civile.
« Vaincre en eux (les membres des sociétés secrètes) le démon,
leur maître »


Parlant des membres des sociétés secrètes, Pie IX recommande de
vaincre en eux leur maître, le démon : « Mais comme c’est une preuve
incontestable de grande piété que de signaler les ténébreux repères des
impies et de vaincre en eux le démon, leur maître, nous vous en
conjurons, employez toutes les ressources de votre zèle et de vos
travaux à découvrir aux yeux du peuple fidèle toutes les embûches,
toutes les tromperies, toutes les erreurs, toutes les fraudes et toutes les
manœuvres des impies.. ». (Lettre encyclique, Qui pluribus, de S.S.
Pie IX du 9 novembre 1846 à tous les patriarches, primats,
archevêques et évêques).

« Notre âme est saisie d’horreur et notre cœur succombe de
douleur, écrit le pape Pie IX, lorsque nous nous rappelons seulement à
la pensée toutes ces monstruosités d’erreurs, toute la variété de ces
innombrables moyens de procurer le mal ; toutes ces embûches et ces
machinations par lesquelles ces esprits ennemis de la lumière se
montrent artistes si habiles à étouffer dans toutes les âmes le saint
amour de la piété, de la justice et de l’honnêteté ; comment ils
parviennent si promptement à corrompre les mœurs, à confondre ou à
effacer les droits divins et humains, à saper les bases de la société
civile, à les ébranler et, s’ils pouvaient arriver jusque-là, à les détruire
de fond en comble » (Lettre encyclique, Qui pluribus, de S.S. Pie IX
du 9 novembre 1846 à tous les patriarches, primats, archevêques et
évêques).

« Dans ce combat de plus de deux siècles et demi entre l’Église et
ses plus redoutables ennemis », le pape Léon XII écrit : « Il ne faut
plus songer à être chrétiens si nous en sommes venus au point de
trembler devant les menaces ou les embûches de nos ennemis » (Lettre
apostolique de S.S. Léon XII du 13 mars 1826).

Le vœu le plus cher de l’auteur du présent ouvrage est de mettre en
exécution les recommandations des Saints-Pères : inviter les
Burkinabé à s’engager dans le combat de l’Église contre ses ennemis
et ceux de la société civile, aider à découvrir aux yeux du peuple
fidèle, notamment à ceux des fidèles du Burkina Faso, les embûches,
toutes les tromperies, toutes les erreurs, toutes les fraudes et toutes les
manœuvres des impies (communistes burkinabé et sectes implantées
au Burkina Faso) ; détourner avec grand soin ce même peuple de la

10

lecture de tant de livres empoisonnés (monographies…), et enfin
exhorter assidûment le peuple fidèle à fuir, comme à l’aspect du
serpent, les réunions et les sociétés impies, afin qu’il parvienne ainsi à
se préserver très soigneusement du contact de tout ce qui est contraire
à la foi, à la religion et aux bonnes mœurs.

11






Sommaire


Dédicace ............................................................................................... 5

Préface .................................................................................................. 9

Somm aire ............................................................................................ 13

Introduction ........................................................................................ 15

Chapitre 1
Les détracteurs du CMRPN ................................................................ 19

Chapitre 2
Le Conseil du Salut du Peuple (CSP) et l’instauration du désordre ... 59

Chapitre 3
Le Conseil National de la Révolution (CNR) .................................... 75

Chapitre 4
La Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO) ..... 123

Chapitre 5
Le Conseil National de la Révolution (C.N.R.) et la morale ............ 163

Chapitre 6
Le Front Populaire (15.10.1987-11.6.1991) ..................................... 209

Chapitre 7
La IVe République ou le totalitarisme sournois (1991-2014) .......... 229

Chapitre 8
Conclusion partielle sur les quatre régimes ...................................... 311



Chapitre 9
La prolifération accélérée des sectes au Burkina Faso et ses
conséquences .................................................................................... 323

Chapitre 10
Une réconciliation nationale est-elle possible après la chute de
Blaise ? ............................................................................................. 415

Chapitre 11
Une paix durable est-elle encore possible au Burkina Faso ? .......... 459

Conclusion ........................................................................................ 465

Annexes
Liste des sigles et abréviations ......................................................... 471

Bibliographie .................................................................................... 479

Table des matières ............................................................................ 495


14




Introduction


Depuis le coup d’État du 7 novembre 1982 qui a renversé le régime du
Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN),
des bouleversements plus destructeurs que constructeurs ont marqué la
vie politique, économique, sociale et culturelle de la Nation. Selon
Jonas Hien, personne bien informée, une « organisation du type
cellules communistes », Regroupement des officiers communistes
(ROC), créée en 1975, s’était préparée dans le secret, sept ans plus tôt,
pour la conquête du pouvoir. Le groupe était encadré par le Parti
africain de l’indépendance (PAI), parti communiste clandestin à
l’époque.
Ces officiers allaient gérer le pouvoir d’État sous trois régimes
d’exception ; le Conseil du salut du peuple (1982-1983), le Conseil
national de la révolution (1983-1987), le Front populaire (1987-1991)
et sous la IVe République (1991…). Les deux premiers ont été
présidés respectivement par le médecin-commandant Jean-Baptiste
Ouédraogo et le capitaine Thomas Sankara, les deux derniers par le
capitaine Blaise Compaoré.
Des faits douloureux ont été vécus par la population, puis relatés
par les mass media (presse écrite, radiodiffusion, télévision et
cinéma), par des rapports de commissions mises en place par le
président de la IVe République après l’adoption et la promulgation de
la constitution en 1991, et par des ouvrages d’auteurs d’origines
diverses.

Ce livre essaie de mettre en relief une constante d’une politique
que l’auteur a qualifiée de perfide, un fil conducteur échelonné par des
incohérences entre les discours et les actes criminels des autorités des
quatre régimes : « des simulacres, des mensonges habillés en vérité,
de fausses vertus, des loups habillés en peaux de brebis ». Quelles
armes redoutables ! Mais confronté à une telle troupe, que faire ? Les
jeunes de notre pays, désarmés face à la désinformation, ont été les
premiers à être abusés par cette politique. Les personnes vivant en


dehors du Burkina Faso qui n’avaient pas toujours les moyens de
vérifier certaines informations ont constitué le second groupe induit en
erreur.
Les Burkinabé et la communauté internationale ont droit à la vérité
et à une information vraie, une voie, parmi tant d’autres qui pourront
conduire à la réconciliation nationale et à une paix durable dans notre
pays.
C’est en toute connaissance de cause que l’auteur a donc décidé
aujourd’hui de faire une analyse objective de la méthode utilisée par
les acteurs de la révolution pour accéder au pouvoir, et de tenter de
comprendre et d’expliquer pourquoi tant d’actes criminels, injustes et
inhumains ont été posés.

Il a été une victime ciblée, à cause de son choix de ne pas
s’impliquer dans les activités d’une idéologie qui est en contradiction
avec sa foi, parmi les milliers de personnes assassinées, humiliées ou
dont l’honneur a été bafoué par ces militaires et leurs complices. S’il a
décidé, en outre, de décrire, sans passion, sans rancune, les injustices
qu’il a subies pendant si longtemps, ce n’est pas par esprit de
vengeance et de dénigrement ou dans le but d’écrire une
autobiographie. Il désire simplement illustrer par des faits les
souffrances inutiles infligées à des compatriotes au nom d’une
idéologie importée dont les adeptes ne maîtrisaient pas les contours
parce que le principal acteur a été et est encore l’esprit du mal. Il
souhaite aussi poser le grave problème de la double appartenance des
chrétiens à l’Église et au communisme, à l’Église et aux sectes,
principalement à la Franc-maçonnerie, ou à la Rose-Croix. Il se
propose enfin d’aborder les aspects délicats de l’engagement et du
comportement des catholiques burkinabé dans la vie politique.
Il continue de respecter les souffrances physiques et morales des
personnes qui ont été torturées et des nombreuses familles ayant perdu
un fils ou une fille dans cette tourmente. Il ne veut pas remuer le
couteau dans les plaies. Ces plaies peuvent-elles se cicatriser sans la
manifestation de la vérité, sans la justice, sans le repentir et le
changement de comportement des tortionnaires, le pardon des
victimes, la réconciliation nationale et la paix des cœurs dans la
Nation ? Nous voulons comprendre pour quelles raisons la
Commission pour la réconciliation nationale a échoué dans
l’accomplissement de sa mission.

16

« Peut-on accepter passivement ou appuyer activement des
groupes qui, par la force ou la manipulation de l’opinion, s’emparent
de l’appareil d’État et imposent abusivement à la communauté une
idéologie importée, opposée aux vraies valeurs de la population ? »
Les chapitres qui suivent présentent les méthodes utilisées par des
militaires « progressistes » pour conquérir le pouvoir et imposer
l’idéologie communiste. Ensuite, nous allons décrire la manière dont
les quatre (4) régimes ont géré le pouvoir et les hommes avec la même
politique perfide. Enfin, nous verrons comment ces jeunes militaires
s’engageront dans des sociétés secrètes, en vue de se maintenir au
pouvoir. Ils faciliteront l’adhésion de leurs compatriotes à ces sociétés
secrètes et bénéficieront de leur complicité pour diffuser des erreurs
théologiques.

À la suite de notre analyse, nous étions arrivé à la conclusion que :
« Tous les hommes sont créés égaux. Ils sont doués par le Créateur de
droits inaliénables... Les gouvernants sont établis parmi les hommes
pour garantir ces droits... Toutes les fois qu’une forme de
gouvernement devient destructrice de ce but, le peuple a le droit de la
changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement ». De
façon providentielle, les Burkinabé ont agi dans ce cens par la
désobéissance civile autorisée par la Loi fondamentale du pays, en
mettant fin au régime sanguinaire de Blaise Compaoré le 31 octobre
2014.
La réconciliation nationale est-elle encore possible, malgré tout ?
L’instauration d’une paix durable est-elle possible au pays des
« hommes intègres » ?

17






Chapitre 1

Les détracteurs du CMRPN


Deux partis politiques communistes méritent une attention particulière :
le Parti africain de l’indépendance (P.A.I.), créé le 15 août 1963 par
« une poignée d’intellectuels et de syndicalistes » selon Ludo Martens,
ainsi que le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV), dont
le promoteur est un magistrat reconverti par la suite au métier d’avocat,
Halidou Ouédraogo. Le premier a décidé, cinq à six ans après sa
création, de corrompre de jeunes élèves dans un établissement
secondaire militaire et de politiser un syndicat, la Confédération des
syndicats voltaïques (CSV), dont le Secrétaire général était Soumane
Touré. Le second, après sa création le 1er octobre 1978, a sélectionné
des points stratégiques pour son combat : les Mouvements de défense
des droits humains, le syndicat, les médias et la justice.
Le Comité militaire de redressement pour le progrès national
(CMRPN), par le coup d’État du 25 novembre 1980, a renversé la IIIe
République. Dès la formation du premier gouvernement du CMRPN, de
nombreux détracteurs du régime ont entrepris des activités de
déstabilisation. Le PAI et le Regroupement des officiers communistes
(ROC) occupent une place privilégiée parmi ces dénigreurs.
L’histoire du Burkina Faso, à partir de 1975, serait inintelligible
(incompréhensible) si on ne tient pas compte du choix du
marxismeléninisme par de jeunes militaires, entrés dans la clandestinité et
constitués en un cercle de réflexion appelé ROC, et de l’implantation
progressive sur le territoire national des sectes, notamment la
Rosecroix et la Franc-maçonnerie.

Le pape Pie IX et le pasteur Richard Wurmbrand seront d’un grand
secours pour nous aider à décrypter « l’embrouillamini diabolique » mis
en place : la manipulation de l’opinion nationale et internationale par
des tracts en vue de rendre le régime du CMRPN impopulaire, les
parodies de procès, les violations du droit de Dieu et de l’homme, le


mépris de la vérité, l’irrespect de l’autorité établie, la corruption de la
jeunesse en étapes successives et des mœurs, les marchés de dupes, etc.


1.1. La préparation pour la prise du pouvoir

Ludo Martens, Jonas Hien, Adama Touré, Soumane Touré et Chris
Valéa nous donnent assez d’informations sur les activités clandestines
de cercles de réflexion et de discussion de jeunes officiers voltaïques,
ainsi que sur leur préparation pour ravir le pouvoir d’État.
C’est en 1989 que Ludo Martens a appris au peuple du Burkina
Faso, dans son livre Sankara, Compaoré et la révolution burkinabé que
ces jeunes officiers étaient plus organisés qu’on ne le pensait. Ils se
concertaient au sein du Regroupement des officiers communistes
(R.O.C.).
Dans L’Observateur Paalga n° 6688 du mardi 25 juillet 2006, Jonas
Hien, complète l’information : « Le ROC, organisation du type cellules
communistes avec le cloisonnement que cela suppose et les conditions
d’intégration qui étaient le parrainage, le stage et parfois le pré-stage,
prit une véritable forme à partir de 1975. De nombreux jeunes officiers,
rentrés de leur formation, intègrent le mouvement. Leurs réunions
étaient clandestines. Tous les membres de l’organisation devaient avoir
une solide formation politique avant la prise du pouvoir. Le chef
incontesté était Thomas Sankara. Ce dernier était à la base de la création
de ce mouvement et l’animait activement… Ainsi, les jeunes officiers
commencent leur formation politique. Ils choisissent le socialisme
scientifique (ou marxisme) comme fondement théorique de leur
mouvement. Pendant leur formation militaire au Maroc, en 1978,
Thomas et Blaise se lient d’amitié. De retour au pays, Thomas Sankara
propose l’intégration de Blaise Compaoré au ROC. À l’exception de
Blaise Compaoré, la majeure partie des membres du ROC étaient issus
du Prytanée militaire de Kadiogo (PMK). La formation politique et
idéologique était assurée par la Ligue patriotique pour le
développement (LIPAD) ». Cette dernière information avait été
officialisée par Adama Touré et confirmée par Soumane Touré.
Adama Touré, ministre de l’Information du régime militaire du
Conseil national de la révolution (C.N.R.) en 1983, de retour d’une
mission effectuée en Albanie, déclara à la presse, à l’aéroport de

20

Ouagadougou, que ce sont eux, entendez par là les membres du Parti
africain de l’indépendance (PAI), qui ont formé au plan politique et
idéologique Thomas Sankara, président du Conseil national de la
révolution, chef de l’État et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Je
ne suis pas sûr que cette déclaration ait plu à l’intéressé. En effet,
l’affectation de Adama Touré en 1968 au Prytanée militaire de Kadiogo
(PMK) comme professeur d’histoire-géographie d’abord, ensuite, sa
nomination à la direction des études, enfin étant membre du Pari
africain de l’indépendance (PAI) lui ont permis d’endoctriner de
nombreux adolescents de l’établissement, encore crédules, « d’infecter
et de déformer pitoyablement par toutes sortes d’erreurs et par le vice
leur âme tendre et malléable » (Lettre encyclique Quanta cura de Sa
Sainteté le pape Pie IX du 8 décembre 1864). C’était la première étape
de la corruption des jeunes élèves militaires de notre pays par les
communistes, en vue de préparer la révolution. « Le chef incontesté
était Thomas Sankara ! » Un aveugle peut-il guider d’autres aveugles ?
(Luc 6,39)
En choisissant le socialisme scientifique (ou marxisme ou
communisme) comme fondement théorique de leur mouvement, ces
jeunes militaires, chrétiens ou non, avaient-ils fait le bon choix ? La
réponse est donnée à travers les condamnations de l’Église catholique et
les éclaircissements du pasteur Richard Wurmbrand.


1.2. Les condamnations du socialisme scientifique
dans le monde

De nombreux documents de Rome, quatorze (14) Encycliques, et
une (1) Allocution spéciale condamnent le communisme et le
socialisme.
Le pape Pie IX condamne le communisme dans cinq (5)
encycliques :

- L’encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846,
« Cette doctrine néfaste qu’on nomme communiste,
radicalement contraire au droit naturel lui-même ; pareille
doctrine, une fois admise, serait la ruine complète de tous les
droits, des institutions, des propriétés et de la société

21

humaine elle-même » (cité par Pie XI, Divini redemptoris,
p. 1).
- L’encyclique Quibus quantisque du 20 avril 1849 ;
- e Notis et Nobliscum du 8 décembre 1849,
(Socialisme et communisme) ;
- L’Allocution Singulari quadam du 9 décembre 1854 ;
- L’encyclique Quanto conficiamur moervre du 10 août 1863.

Le pape Léon XIII dans l’encyclique Quod Apostolici muneris du
28 décembre 1878, définissait le communisme comme : « Une peste
mortelle qui s’attaque à la moelle de la société humaine et qui
l’anéantirait ».

Le pape Pie XI met l’accent sur la déchristianisation de la société
humaine dans ses interventions et condamne le communisme
bolchevique et athée dans les documents suivants :

- L’encyclique Divini redemptoris du 19 mars 1937 (le
communisme bolchevique et athée) ;
- L’encyclique Mit brennender sorge du 14 mars 1937.

Ces deux textes célèbres de Pie XI condamnent in radice les
idéologies et les systèmes marxistes-léninistes, fascistes et nazis
(totalitaires) : « L’homme, en tant que personne, possède des droits
qu’il tient de Dieu et qui doivent demeurer vis-à-vis de la collectivité
hors de toute atteinte qui tendrait à les abolir, à les nier ou à les
négliger ». (L’Église et les déclarations des droits de l’homme de
1789 et 1948, par le professeur Gilbert Apolis, de la Faculté de Droit
de l’université de Montpellier), Droits de Dieu et droits de l’homme,
Éditions Tequi, p. 54).
Autres condamnations de Pie XI, dans :

- Allocution spéciale du 18 décembre 1924 ;
- Encyclique Miserentissimus Redemptor du 8 mai 1928 ; Quadragesimo anno du 15 mai 1931 ;

22

- Encyclique Caritate Christi du 3 mai 1932 ; Acerba animi du 29 septembre 1932 ;
- Encyclique Dilectissima Nobis du 3 juin 1933 ; Divini redemptoris du 19 mars 1937.

« Dans ces documents, nous avons fait entendre une solennelle
protestation contre les persécutions déchaînées en Russie, au Mexique
et en Espagne » (Divini Redemptoris p. 2).

À la parution de la première édition du Manifeste, l’Église
catholique avait déjà condamné les sociétés secrètes dont le
Communisme.
1Dans la préface de l’édition allemande de 1872 , Karl Marx et
Friedrich Engels écrivent : « La Ligue des communistes, association
ouvrière internationale qui, dans les circonstances de l’époque ne
pouvait évidemment être que secrète, a chargé les soussignés, au
congrès de Londres en novembre 1847, de rédiger un programme
théorique et pratique détaillé du parti destiné à être publié » en 1848.
La préface de l’édition anglaise de 1888, dont le seul signataire est
Friedrich Engels, mentionne que : « Le Manifeste a été publié comme
plate-forme de la ‘‘Ligue des communistes’’, association de travailleurs
d’abord exclusivement allemande, puis internationale, et
inévitablement, dans les conditions politiques qui régnaient sur le
continent avant 1848, société secrète ».
Les premières lignes du Manifeste du parti communiste décrivent
très bien l’ambiance de 1848 : « Un spectre hante l’Europe – le spectre
du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe ont conclu
une alliance sacrée pour traquer ce spectre : le pape et le tsar,
Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers
d’Allemagne ». Pourquoi tant de condamnations ? Pour quelles raisons
le communisme avait été si décrié et comparé à un spectre, à un
événement menaçant ?


1 Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, présentation et traduction par
Émile Bottigell, Édition revue et augmentée par Gérard Roulet.

23

Les condamnations de l’Église catholique mentionnées par les
communistes eux-mêmes

Rappelons que la 1re Internationale s’est tenue en 1864. Marx,
l’un des dirigeants les plus importants de la rencontre, lui donne un
but à atteindre : l’abolition du capitalisme.
La condamnation du pape Pie IX dès la première année de son
pontificat, se situe entre la tenue de la première Internationale et la
publication du Manifeste. Elle est citée la première. L’Encyclique Qui
pluribus du 9 novembre 1846 se réfère à la conjoncture si difficile des
circonstances de l’époque, dénonce ensuite les maux qui minent la
société civile et religieuse par l’influence des communistes dont les
armes de prédilection sont : mensonge, artifices, tromperies, semences
funestes, erreurs, corruption, embûches du loup sous la peau de la
brebis, blasphèmes...

Le Saint-Père condamne, à la suite de ses prédécesseurs, les
sociétés secrètes en général et le communisme en particulier :

« Mais vous connaissez encore aussi bien, Vénérables frères, les
autres monstruosités de fraudes et d’erreurs par lesquelles les
enfants de ce siècle s’efforcent chaque jour de combattre avec
acharnement la religion catholique et la divine autorité de
l’Église, ses lois non moins vénérables ; comment ils voudraient
fouler également aux pieds les droits de la puissance sacrée et
de l’autorité civile. C’est à ce but que tendent ces criminels
complots, contre cette Église romaine, siège du bienheureux
Pierre, et dans laquelle Jésus-Christ a placé l’indestructible
fondement de toute son Église. Là tendent toutes ces sociétés
secrètes sorties du fond des ténèbres pour ne faire régner
partout, dans l’ordre sacré et profane, les ravages et la mort ;
sociétés clandestines si souvent foudroyées par l’anathème des
Pontifes romains nos prédécesseurs dans leurs Lettres
apostoliques, lesquelles nous voulons en ce moment même
confirmer et très exactement recommander à l’observation par
la plénitude de notre puissance apostolique » (L’encyclique Qui
pluribus du 9 novembre 1846 de Pie IX).

La Lettre Encyclique Quanta cura de Sa Sainteté le pape Pie IX du
8 décembre 1864 rappelle, dix-huit (18) ans après la publication de
l’encyclique Qui pluribus, les précédentes condamnations des sociétés

24

secrètes (Communisme, Franc-maçonnerie et Rose-Croix), et les
confirme de nouveau :

« C’est pour remplir les devoirs de notre ministère apostolique
et suivre les traces glorieuses de nos prédécesseurs que nous
avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées,
dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres
Lettres apostoliques, nous avons condamné les principales
erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute
vigilance épiscopale, averti et encouragé tous nos très chers
fils de l’Église catholique à fuir et redouter la contagion d’une
peste si violente. Et en particulier, par notre première
Encyclique du 9 novembre 1846, à vous adressée, et les deux
allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le
9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités
extraordinaires que sont les opinions qui, surtout de nos jours,
dominent pour le plus grand dommage des âmes et au
détriment de la société civile elle-même. Ces opinions
s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église
catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables,
mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans les
cœurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les
autres erreurs firent leur origine ».

Renouvellement de la condamnation du communisme et du
socialisme

Cette Encyclique renouvelle, en particulier, la condamnation du
communisme et du socialisme :

« Et non content de mettre la religion à l’écart de la société, ils
veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet,
enseignant et professant la si funeste erreur du communisme et
du socialisme, ils affirment : ‘‘La société domestique ou la
famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et
qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et
dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et
d’abord le droit d’instruction et d’éducation’’. Par ces
opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge
veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de
l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement
éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que
l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée
pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le

25

vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser
l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la
société et à anéantir tous droits divins et humains, ont toujours
fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs œuvres
principalement à tromper et dépraver la jeunesse qui ne s’y
attend pas, comme nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont
mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse »
(Lettre Encyclique Quanta cura de Sa Sainteté le pape Pie IX
du 8 décembre 1864).

L’infestation et la déformation pitoyables de l’âme tendre et
malléable des jeunes Burkinabé se feront en trois étapes.
La première étape de l’infestation et de la déformation pitoyables
de l’âme tendre et malléable des jeunes Burkinabé par toutes sortes
d’erreurs perverses et par le vice a été réalisée au Prytanée militaire de
Kadiogo (PMK) par le Parti africain de l’indépendance (P.A.I.) dont
les membres ont été formés à l’école de la Fédération des étudiants
d’Afrique noire en France (FEANF) et de l’Union générale des
étudiants voltaïques (UGEV). Nous verrons plus loin que deux autres
étapes seront mises en œuvre respectivement sous les régimes du
CSP-CNR-FP, et sous la IVe République.
L’Église catholique ne s’est pas contentée de condamner le
communisme et le socialisme ; elle a condamné dans les mêmes
textes, d’une façon générale, la Franc-maçonnerie et les autres sectes,
factions séditieuses, sociétés secrètes, assemblées, réunions,
agrégations, conventicules para-maçonniques. Nous avons réservé le
chapitre 9 à ce sujet important.
En dehors des condamnations de l’Église catholique, d’autres voix se
sont élevées contre le communisme.

La condamnation du pasteur Richard Wurmbrand

Le pasteur Richard Wurmbrand, écrit dans un de ses ouvrages :
« Il ne faut pas oublier que Marx a été d’abord un chrétien
convaincu… Il était devenu ensuite profondément et passionnément
antireligieux… Marx rêvait de détruire complètement le monde créé
par Dieu. ‘‘Je veux me venger de Celui qui règne au-dessus de nous,
écrit-il, dans un poème’’ » (Ibid., p. 10).
Qu’est-ce qui a pu faire naître en Marx cette violente haine contre
Dieu ? Après s’être posé la question, le pasteur pense que ses motifs

26

personnels lui échappent. Il se pose une seconde question : dans les
déclarations ci-dessus, Marx est-il le porte-parole de quelqu’un
d’autre ?

Une influence certaine du démon sur la vie de Marx et sur sa
doctrine

« En ce qui me concerne personnellement, poursuit le pasteur, je
ne prétends pas apporter la preuve irréfutable de l’appartenance de
Marx à une secte d’adorateurs de Satan, mais je crois qu’il y a
suffisamment d’indices pour le laisser supposer. Ou, du moins pour
déceler une influence certaine du démon sur sa vie et sa doctrine, tout
en admettant bien qu’il manque encore des anneaux à la chaîne
d’éléments qui permettraient de vérifier l’hypothèse » (Richard
Wurmbrand, Karl Marx, Éditions Médiaspaul, 8, rue Madame, 75006
Paris, 1988, page 136).
Le pasteur arrive à la première conclusion que les preuves se sont
accumulées sur les liens possibles entre le marxisme et l’église de
Satan. Dans la seconde, il affirme que les auteurs et les propagateurs
de ce mouvement étaient, en réalité, des adorateurs de Satan à huis
clos. Ils exploitaient sciemment les pouvoirs sataniques.

La messe noire

Le pasteur décrit en détail l’un des rites de l’église de Satan, rite
méconnu de la plupart des Burkinabé :

« Il existe une église de Satan. L’un de ses rites est la messe
noire, célébrée à minuit par un prêtre du Malin. Les cierges
sont placés sur les chandeliers la tête en bas. Le prêtre est
revêtu d’ornements, doublures à l’extérieur. Il dit tout ce qui
est prescrit dans le livre de prières, mais à rebours, en
commençant par la fin. Les saints noms de Dieu, de Jésus et de
Marie sont lus à l’envers. Un crucifix est fixé, la tête en bas, ou
il est foulé aux pieds. Le corps d’une femme nue sert d’autel.
Une hostie consacrée volée dans une église reçoit l’inscription
– Satan – et sert à une parodie de communion. Au cours de
cette messe noire, une Bible est brûlée. Tous les assistants
jurent de commettre les sept (7) péchés capitaux énumérés
dans le catéchisme catholique et de ne jamais rien faire de

27

bien. La cérémonie se termine par une orgie » (Ibid. pp.
13/14).

Une troisième conclusion révèle que dans les grandes
concentrations d’activités du mal du communisme, le démon en
personne est l’agent secret qui assure la coordination :

« De temps immémorial les hommes ont cru à l’existence du
diable. Le péché et la méchanceté sont le cachet de son
royaume ; la désintégration et la destruction, ses conséquences
inévitables. Les grandes concentrations des activités du mal,
aussi bien dans le passé que dans nos temps modernes, dans le
communisme…, auraient été impossibles sans une force
constructrice, le démon en personne. Il a été l’esprit supérieur,
l’agent secret, fournissant l’énergie unificatrice dans son vaste
dessein de dominer l’humanité » (Ibid., p. 14).

Une quatrième conclusion affirme qu’on peut faire le jeu de Satan
sans savoir que son culte existe : « De nombreux marxistes,
aujourd’hui, ne sont pas animés du même esprit qui contrôlait Hess,
Marx et Engels. Ils aiment vraiment l’humanité et croient s’être
enrôlés dans une armée qui combat pour le bien de cette dernière…
(Ibid., p. 142).
« On peut fort bien faire le jeu de Satan sans savoir que son culte
existe. Il en va ainsi de celui qui hait l’idée de Dieu et le nom du
Christ, qui vit comme s’il n’était que matière, en faisant fi de tout
principe religieux et moral. Ceux qui trempent dans les sciences
occultes sont du même bord » (Ibid., p. 143). Nous avons réservé le
chapitre 9 à ceux qui trempent dans les sciences occultes.
Dans la cinquième conclusion, le pasteur écrit : « Aucun
compromis possible, par conséquent, entre le christianisme et le
marxisme, de même qu’entre Dieu et le diable… Certains prétendent
être des chrétiens marxistes. Ils font erreur ou bien ils veulent tromper
les autres exprès. On ne peut pas davantage être un chrétien marxiste
qu’un chrétien adorateur du diable » (Ibid., pp. 145/146).

Dans son analyse, Richard Wurmbrand met en exergue l’idéal de
Marx, d’une part : « descendre en personne aux abîmes de l’enfer et
d’y entraîner l’humanité entière » et, d’autre part, son mythe ou plutôt
sa démythification : « Mais ce que j’ai écrit suffit à démontrer, me

28

semble-t-il, que ce que les marxistes disent de Marx n’est qu’un
mythe. Il n’était pas frappé de la pauvreté du prolétariat pour lequel la
révolution serait la seule solution. Il n’aimait pas les prolétaires… »
« Il n’aimait pas non plus ses camarades de combat pour le
communisme. Et enfin il n’aimait pas davantage l’humanité... Son
ambition personnelle avait fait disparaître en lui jusqu’au dernier
vestige de bien… Selon Mazzini, son cœur débordait plus de haine
que d’amour pour les hommes… Aucun témoignage de la part de ses
contemporains ne contredit ce qui précède. ‘‘Marx, l’homme plein
d’amour pour l’humanité’’, n’est qu’un mythe élaboré seulement
après sa mort » (Ibid., pp. 130/131).
Enfin, le pasteur fait une recommandation aux marxistes : ces
derniers « sont concernés par les problèmes sociaux et politiques. Il
leur faut chercher des solutions en dehors des principes marxistes.
Tout au long de son document, il reprend les énoncés de certains
principes démoniaques utilisés par les marxistes pour gérer le pouvoir
d’État. Citons le principe sur la mission de destruction et sur l’éveil
des passions les plus viles ; la critique de tout ce qui existe à
l’exception du leadership communiste ; le rôle de la presse ; la
manière de traiter ses amis, ses collaborateurs et ses ennemis ;
l’utilisation de la haine comme une arme de combat ; la manière de
détruire toute structure sociale existante et de la société vieillissante ;
la division de l’humanité en deux parties inégales ; la déification des
leaders communistes, etc. ».
En cherchant les solutions aux problèmes sociaux et politiques
avec de tels principes, les marxistes burkinabé ne pouvaient conduire
la société qu’à la dérive et à la ruine sous la IVe République.


1.3. Les conséquences sur la société de l’application
du socialisme scientifique

Tromper et corrompre une imprévoyante jeunesse, détruire le droit
naturel

En mettant en exergue le communisme parmi les sociétés secrètes
dans son Encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846, Pie IX attire
parallèlement l’attention sur les effets pervers que cette idéologie

29

peut avoir sur la société : tromper et corrompre une imprévoyante
jeunesse, détruire le droit naturel inscrit dans le cœur de l’homme,
faire disparaître les droits divins et humains, les intérêts, les
propriétés, voire la société humaine…

La destruction du droit naturel

Si nous voulons comprendre les conséquences dramatiques de la
destruction du droit naturel inscrit dans le cœur de l’homme,
rapportons-nous à trois (3) documents qui se réfèrent à ce droit : la
Bible, la Revue catholique Stella Maris et Le Concile œcuménique
Vatican II.
Dans la Bible, saint Paul écrit :

« En effet, quiconque aura péché sans la Loi, périra aussi
sans la Loi, et quiconque aura péché sous la Loi, par la Loi
sera jugé ; ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont
justes devant Dieu, mais les observateurs de la Loi qui seront
justifiés.
« En effet, quand des païens privés de la Loi accomplissent
naturellement les prescriptions de la Loi, ces hommes, sans
posséder de Loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; ils
montrent la réalité de cette Loi inscrite en leur cœur, à
preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les
jugements intérieurs de blâme ou d’éloge qu’ils portent les
uns sur les autres… au jour où Dieu jugera les pensées
secrètes des hommes, selon mon Évangile, par le Christ
Jésus » (Rm 2, 12-16).

La conscience, liberté de conscience et la formation de la
conscience : inséparables

La Revue catholique Stella Maris n° 247 du mois de mars 1990,
repend la déclaration de 1988 de monseigneur Kurt Krenn, évêque
auxiliaire de Vienne (Autriche), sur « La conscience et la formation
de la conscience » et la commente :

« Conscience et liberté de conscience et formation de la
conscience sont des termes inséparables liés à la dignité
de l’homme. Personne n’a le droit de contraindre qui

30

que ce soit à œuvrer contre l’ordre de sa conscience.
Personne ne peut prétendre décider et agir selon les
normes de la morale s’il ne se comporte pas avec
conscience. C’est le propre de l’être humain et
l’honneur même de l’homme de fonder ses actes et ses
choix sur les jugements de sa conscience. Sans cette
dernière, l’individu ne parvient pas à se réaliser
vraiment ».

L’habitude du péché rend la conscience peu à peu presque
aveugle

Le Concile Vatican II s’exprime de façon éminente sur la dignité
dans l’obéissance de la conscience morale :

« Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence
d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle,
il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser
d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment
opportun résonne dans l’intimité de son cœur : ‘‘Fais ceci,
évite cela’’. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de
l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le
jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme,
le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait
entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à
la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu
et du prochain. Par la fidélité à la conscience, les chrétiens,
unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité
et la solution juste de tant de problèmes moraux que
soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la
conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes
s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer
aux normes objectives de la moralité. Toutefois, il arrive
souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance
invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Ce que l’on ne
peut dire lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai
et le bien et lorsque l’habitude du péché rend la conscience
peu à peu presque aveugle » (Gaudium et Spes, 16 227).

Ces trois citations se complètent. Tandis que saint Paul nous
enseigne que la loi naturelle est inscrite dans le cœur de tout homme,
croyant et non croyant, la revue catholique Stella Maris insiste sur le
lien qui unit conscience, liberté de conscience, formation de la

31

conscience et dignité de l’homme. Elle s’appesantit sur le fait que
chaque homme doit décider et agir selon les normes de la morale,
afin d’être en conformité avec sa conscience. Vatican II revient sur
le fait que cette Loi est inscrite dans le cœur de l’homme par Dieu.
La dignité de l’homme est de lui obéir. Par la fidélité à leurs
consciences, il conseille aux chrétiens de s’unir aux autres hommes,
afin de chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de
problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie
sociale.
Les effets néfastes de destruction du non-respect de cette loi
naturelle sur la société sont incalculables : l’homme vit sans repères
aux plans religieux et moral. Il se nourrit de haine contre Dieu et le
prochain. Il ne tarit pas de mensonges, l’injustice est son lot
quotidien. L’homme finit par perdre sa dignité…

Le mauvais choix de l’idéologie communiste par les militaires et
le PAI

Les premières leçons peuvent être tirées. En choisissant le
socialisme scientifique (ou marxisme ou communisme) comme
fondement théorique de leur mouvement, ces jeunes militaires
burkinabé ainsi que le PAI, chrétiens ou non, avaient fait un mauvais
choix pour plusieurs raisons. Ils avaient opté pour une idéologie
condamnée par tous surtout par l’Église catholique. Avec ce choix,
ils ne vont plus fonder leurs actes sur les jugements de leurs
consciences, ils vont se soucier peu de rechercher le vrai et le bien,
ils vont refuser de chercher ensemble avec les autres Burkinabé la
solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien
la vie privée que la vie sociale... Ils vont « vivre comme s’ils
n’étaient que matière, et faire fi de tout principe religieux et moral ».

Les dignitaires des régimes du CSP à la IVe République, ainsi
que leurs complices, ont choisi le même idéal que leur Maître.
Pourtant, ils prétendent être des croyants, se reposer sur la Loi, se
glorifier de Dieu, connaitre sa volonté et ainsi se flatteront d’être les
guides des aveugles, la lumière de qui marche dans les ténèbres, les
éducateurs des ignorants, les Maîtres des simples, parce qu’ils
possèdent dans la Loi l’expression même de la science et de la
vérité… Eh bien ! Les révolutionnaires qui enseigneront autrui, vous

32

ne vous enseignerez pas vous-mêmes ! Vous prêcherez de ne pas
dérober et vous déroberez ! Vous interdirez l’adultère et vous
commettrez l’adultère ! Vous abhorrerez les idoles et vous pillerez
leurs temples ! Vous qui vous glorifierez dans la Loi, en
transgressant cette Loi, c’est Dieu que vous déshonorerez, car le nom
de Dieu, à cause de vous, sera blasphémé parmi les nations, dit
l’Écriture (Rom 2, 17-22). L’habitude du péché rendra peu à peu vos
consciences aveugles. Vous êtes-vous rendu compte que vous vous
êtes engagés dans un combat dans lequel vous avez pris parti pour
votre Maître, Marx et Satan, et que vous menez le mauvais combat ?
Soumane Touré, candidat à la présidentielle du 13 novembre
2005, déclara le 2 novembre 2005, à Fada N’Gourma, aux militants
du PAI : « Il (Blaise Compaoré) était à l’école primaire quand
naissait notre parti et a suivi des cours de formation politique chez
moi… Mais le président Compaoré a mal appliqué les cours que je
lui ai dispensés et a échoué dans la gestion du pouvoir ». Les
informations données par Jonas et Soumane sur la formation
politique des membres du ROC concordent parfaitement. Blaise a
échoué dans la gestion d’un État de droit parce qu’il a mis en
application les principes communistes que Soumane et son parti, le
parti africain de l’indépendance (PAI), lui ont enseignés. Mais il sera
très efficace dans la mise en application de ces principes
communistes à partir du 7 novembre 1982, d’abord en collaboration
avec Jean-Baptiste Ouédraogo sous le CSP (ch. 2), ensuite avec son
ami Thomas Sankara sous le CNR (ch. 3) et, enfin, tout seul sous le
Front populaire (ch. 6) et la IVe République (ch. 7).
Chris Valéa fit des révélations au peuple burkinabé sur les
activités clandestines puis semi-clandestines de cercles de réflexion
et de discussion de jeunes militaires voltaïques, dans son
article intitulé « 7 novembre 1982, révolution voltaïque : La double
méprise » publié dans l’hebdomadaire international d’information,
Regard n° 005, du 9 au 15 novembre 1992 :
« Les jeunes militaires, écrit-il, à l’avènement du Comité
militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) au
pouvoir la nuit du 26 novembre 1980, avaient formalisé leurs cercles
de réflexion et de discussion. Ils se cachaient de moins en moins et
vendaient leurs idées dans les casernes et même en dehors. Mais qui
sont ces jeunes prétoriens ? Jean-Claude Kamboulé, Henri Zongo,
Blaise Compaoré, Thomas Sankara… » Notons en passant que ces

33

derniers ont tous été baptisés dans l’Église. Quel témoignage de vie
chrétienne vont-ils donner ?
D’après Chris Valéa, « certains des leurs ont rejoint plus tard le
pouvoir en place (Le CMRPN) : Georges Moussa Boni, Gaston
Gnoumou Kani… L’organisation militaire se penche sur le pouvoir
du CMRPN et enregistre la première scission du groupe. Il y avait
ceux qui pensaient qu’il fallait travailler avec le CMRPN pour
essayer de le changer de l’intérieur et ceux qui avaient opté pour ne
pas se mouiller avec le régime et pour continuer la réflexion et la
discussion sur les questions politiques en dehors de toute
participation au gouvernement. Dans le premier groupe, se
retrouvaient, outre Gaston Gnoumou Kani, Georges Moussa Boni,
qui avaient reçu des Maroquins ministériels, des officiers comme
Jean Simporé, Paul Yaméogo, Kassoum Ouédraogo, Kwamé
Lougué… »
« Combien étaient-ils ? » Chris Valéa pose la question et répond :
« Une vingtaine seulement, mais la vingtaine agissante qui allait
changer le cours de l’histoire voltaïque ». Il oublie ou saute
intentionnellement, à pieds joints, la question la plus fondamentale.
Est-ce que le changement du cours de l’histoire voltaïque s’est fait
dans la bonne ou la mauvaise direction ? Il aurait pu y répondre,
puisque son article datait du mois de novembre 1992. Les graves
crises sociopolitiques vont se succéder jusqu’au premier semestre de
2011.
Ces articles cités plus haut nous éclairent sur le comportement de
ces jeunes militaires, habitués déjà à la conspiration, aux intrigues et
à la clandestinité depuis la IIIe République. De telles prédispositions
conduiront certains d’entre eux à s’affilier aux sociétés secrètes ou
discrètes telles que la Rose-croix et la Franc-maçonnerie ou à faire
recours aux sciences occultes.
Contrairement aux déclarations de Soumane Touré, Thomas
Sankara et Blaise Compaoré ont mieux assimilé que leurs Maîtres du
P.A.I. les enseignements reçus. Ils ont fait une bonne application des
principes marxistes pour résoudre les problèmes sociaux et
politiques du Burkina Faso, « en faisant fi de tout principe religieux
et moral ». Nous allons découvrir progressivement que Thomas et
Blaise ont compris que là où les droits de Dieu sont bafoués, il n’y a
pas de raison de respecter les droits humains. Ainsi, à partir du 7
novembre 1982, pendant plus de vingt-cinq (25) ans, « l’ère de

34

Thomas et de Blaise », le Burkina Faso va connaître de nombreux
crimes de sang, des crimes économiques, des mensonges, des
calomnies, des diffamations, des parodies de justice, la corruption,
l’impunité, la manipulation de l’opinion, etc. Ces actes ne sont
certainement pas inspirés par l’Esprit Saint !

L’esprit du mal et Marx

Le pasteur Richard Wurmbrand souligne dans son livre Karl Marx
(Éditions Médiaspaul, 8 rue Madame, 75006 Paris) : « L’esprit du mal
a guidé Marx pendant si longtemps ». Thomas Sankara et Blaise
n’ont-ils pas été plus réceptifs aux inspirations du même esprit ?


1.4. Le début de la manipulation de l’opinion : le
programme d’une politique perfide

Le décret n° 80/11/PRES/CMRPN du 7 décembre 1980 mit en
place le premier gouvernement du Comité militaire de redressement
pour le progrès national (CMRPN), après le coup d’État du 25
novembre 1980 contre la IIIe République, à la suite d’une crise
politique et sociale. Les 17 membres du gouvernement étaient
essentiellement constitués par les commandants d’unités ayant pris
part au coup d’État : citons entre autres le capitaine Gaston Kani
Gnoumou ministre des Travaux publics, des Transports et de
l’Urbanisme, le lieutenant Georges Moussa Boni, ministre de la
Jeunesse et des Sports. J’étais le seul officier qui n’avait pas pris part
au coup d’État et retenu comme membre du gouvernement. J’en suis
encore fier aujourd’hui. J’étais dans une équipe soudée qui avait un
idéal : le respect de la vie humaine, du bien public, du bien supérieur
de la Nation, des valeurs et normes morales, le goût du travail bien fait
et de la transparence.
Je suis rentré au gouvernement en tant que ministre du
Développement rural sur proposition du médecin-commandant Zana
Richard Zongo. J’avais le grade de chef d’escadron. À ma demande,
Dominique Batia Ido avait été nommé secrétaire d’État au ministère
du Développent rural. La confiance que je lui accordais faisait de lui
mon alter ego. Pourtant, un homme d’une grande expérience, le

35

lieutenant-colonel Antoine Dakouré, ancien ministre de l’Agriculture
et de l’Élevage en avril 1967, ministre de l’Agriculture, de l’élevage
des Eaux et forêts et du Tourisme de 1971 à 1974, ministre du Plan,
du Développement rural et Environnement-Tourisme en février 1974,
auprès duquel j’avais pris conseil, m’avait vivement déconseillé de
prendre une telle décision. Je n’ai pas tenu compte des informations
très défavorables à l’intéressé qu’il m’avait données. La seule raison
qui m’a amené à ne pas tenir compte de son avis, c’est que je croyais
qu’il exagérait et qu’un être humain ne pouvait pas être aussi pervers
qu’il l’a décrit. Je pensais qu’il avait une dent contre lui. Mais j’allais
apprendre, par la suite, à mes dépens, que le lieutenant-colonel
Dakouré avait raison.

Les détracteurs du CMRPN étaient nombreux : la critique de tout ce
qui existe

Vincent Ouattara, un de nos détracteurs, dans le premier chapitre
de son livre, L’ère Compaoré, Crimes, politique et gestion du pouvoir,
d’une manière lapidaire, présente le CMRPN comme un régime
impopulaire : « Le 25 novembre 1980, le colonel Saye Zerbo, à la tête
d’un groupe d’officiers, liquida la troisième République pour instituer
un Comité militaire de redressement pour le progrès national. Les
dignitaires de la République sont arrêtés et enfermés, sans être jugés.
Le droit de grève est supprimé, la Confédération syndicale voltaïque
(CSV) est dissoute et son secrétaire général, Touré Soumane, est
arrêté. Un mécontentement général gagnait le peuple. L’armée se
disloquait en différentes tendances qui convoitaient le pouvoir. C’est
en ce moment que Thomas Sankara, Blaise Compaoré et Henri Zongo
vont jouer un rôle important sur la scène politique nationale. Ils
démissionnent des instances du CMRPN. Par décret n°
82187/CMRPN/PRES du 14 mai 1982, ils sont mis aux arrêts. Le
CMRN devenait impopulaire ». Ce volet ne peut pas se refermer aussi
facilement que le pense Vincent à travers la falsification de l’histoire
ci-dessus.
Affirmer que les quatre « chefs historiques de la révolution »
allaient jouer un rôle important sur la scène politique nationale
n’estce pas manquer de discernement ? Ce ne sont pas eux qui mèneront le
pays à la ruine ?

36

Il est nécessaire, après de telles allégations, d’apporter des
précisions pour éclairer les hommes de bonne volonté. Est-ce que le
CMRPN était devenu vraiment si impopulaire ? Est-ce que le
mécontentement général gagnait le peuple ? Ne faut-il pas relativiser
le rôle important joué par Thomas Sankara, Blaise Compaoré et Henri
Zongo sur la scène politique voltaïque ? Dans quelle situation
politique, économique, sociale, culturelle ont-ils laissé la Nation ?
Quel est le vrai rôle joué par Soumane Touré ? Était-ce un rôle
politique ou syndical ? Quel est le groupe qui, en réalité, a disloqué
l’armée ? Dans quelles circonstances les trois jeunes officiers ont-ils
démissionné des instances du CMRPN ?
« C’est en ce moment que Thomas Sankara, Blaise Compaoré et
Henri Zongo vont jouer un rôle important sur la scène politique
nationale ». Ce rôle important est bien décrit par le titre de l’ouvrage
L’ère Compaoré, crimes politiques et gestion du pouvoir. Le
document aurait été plus complet si l’auteur avait poussé ses
recherches sur l’ère Jean-Baptiste Ouédraogo et l’ère Sankara. Il aurait
découvert que ce sont les mêmes régimes que celui de Blaise. Le titre
du livre serait alors : L’ère Ouédraogo, Sankara et Compaoré,
Crimes, politique, et gestion du pouvoir.
L’auteur aurait pu écrire aussi un second livre sur : L’ère Sankara,
Crimes, politique, et gestion du pouvoir pour expliquer « le rôle
important » que Thomas a joué du 7 novembre 1982 au 14 octobre
1987. Nous y reviendrons au chapitre 3.
En réalité, le CMRPN n’était pas devenu si impopulaire que
certaines personnes mal intentionnées veulent l’insinuer. Le pays ne
traversait pas de grave crise politique et sociale. Il fallait inventer des
situations en apparence conflictuelles. Pour ce faire, Soumane Touré
associait ses activités politiques et syndicales pour créer une crise
sociale factice. Il a bien réussi son action. Jonas Hien et Chris Valéa
ont décrit comment de jeunes militaires menaient des activités
clandestines, afin de rendre le CMRPN impopulaire. Leurs tentatives
finiront par diviser l’armée et la Nation.
Ces militaires ont mis en application un premier principe marxiste,
cité par le pasteur Richard Wurmbrand, dans Karl Marx, Éditions
Médiaspaul, 8, rue Madame – 75 006 Paris. p. 17) : « C’est le premier
devoir de la presse de miner les fondements du système politique
existant ». (Marx-Engels, Werke, I, p. 380, XVII, p. 190 ; VI, p. 234).
Ils commencent par la « presse souterraine » en faisant circuler de

37

nombreux tracts injurieux et calomnieux après le coup d’État du 25
novembre 1980. Leur intention était de discréditer les membres du
nouveau gouvernement et de les destituer. L’objectif final était de
mettre en place une révolution et d’instaurer un régime communiste et
de terreur dont les promoteurs s’activaient, depuis 1975, en vue de la
conquête du pouvoir, avant même l’instauration du CMRPN. Deux de
ces tracts intitulés « Serment de fidélité au peuple du soldat
voltaïque » et « Réponse de Noaga à Tanga », que j’appellerai
désormais respectivement le tract du soldat assermenté et le tract
blasphématoire, peuvent être considérés aujourd’hui, après une
analyse minutieuse, comme un programme unique d’une politique
perfide des quatre (4) régimes qui allaient se succéder du Conseil du
salut du peuple (CSP) à la IVe République.
Ensuite, les lettres de démission du capitaine Thomas Sankara du
gouvernement et du Comité directeur, du capitaine Blaise Compaoré
du Comité directeur, du capitaine Henri Zongo du Comité directeur,
du capitaine Jean Simporé du Comité directeur allaient marquer le
début de la réalisation de cette politique. Ces lettres étaient écrites en
termes injurieux et ironiques.
À la lecture de ces tracts et de ces correspondances, on se situe
assez rapidement sur l’intention malveillante et la mauvaise moralité
des rédacteurs à travers leurs critiques, injures, blasphème, irrespect
pour l’autorité établie et irresponsabilité. L’apôtre Matthieu ne nous
invite-t-il pas à la vigilance et au discernement face aux auteurs de
mensonges dont les objectifs finaux sont leurs intérêts égoïstes ? Il
nous donne un critère sûr pour les identifier. Ils se reconnaissent à
leurs fruits :

« Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous,
déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces.
C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des
raisins sur des épines ? Ou des figues sur des chardons ? Ainsi
tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté
produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de
mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits… Ainsi
donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7,
1518.20).

C’est à leurs fruits que ces loups déguisés par des écrits anonymes
en brebis allaient se faire reconnaître. Inconsciemment, ils allaient, par

38

leurs actes, produire de mauvais fruits : briser l’unité et la cohésion de
l’armée, détruire méthodiquement sa hiérarchie et sa discipline, fouler
aux pieds les valeurs morales et préparer ce qu’un homme politique
burkinabé a appelé « l’agonie de la morale au Burkina Faso »... Ils
sciaient par étape et régulièrement la branche sur laquelle ils étaient
confortablement assis. « L’arbre gâté ne peut porter de bons fruits ! »
Les épineux que nous venons d’identifier continueront de produire de
mauvais fruits pendant la gestion du pouvoir par les quatre régimes.
« Cette doctrine néfaste qu’on nomme communiste, radicalement
contraire au droit naturel lui-même, une fois mise en œuvre au
Burkina Faso, allait conduire progressivement à la ruine complète de
tous les droits (les graves violations des droits de Dieu et des droits
humains, violation du droit à la vérité et à la vie, du droit au travail, à
la réputation, au respect, à l’éducation…), des institutions (Pouvoirs
exécutif, législatif, judiciaires, services, armés…), des propriétés (les
scandales des lotissements) et de la société burkinabé elle-même (les
crimes économiques, la corruption généralisée, l’impunité,
l’insécurité…) » (cf. citation par Pie XI, Divini redemptoris, p. 1).
Il serait intéressant de se référer aux différents rapports du Réseau
national de lutte anticorruption (REN-LAC) sur l’État de la corruption
au Burkina Faso (Services classés selon le degré de corruption)...


1.5. Les premières graves violations du droit de Dieu
et du droit à la vérité

Des écrits anonymes et mensongers de « la presse souterraine »
étaient largement diffusés par les proches des dignitaires de la IIIe
République et des officiers adeptes du ROC ou des cercles de
réflexion, dès la mise en place du premier gouvernement du Comité
militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).
Parcourons ensemble le contenu de deux de ces nombreux tracts du
ROC.
Le tract du soldat assermenté débutait par une promesse
solennelle :

« Je jure de te servir honnêtement et avec loyauté, O peuple
voltaïque, dans l’objectivité, sans passion, sans esprit
partisan ; dans le respect strict de toutes les opinions des

39

citoyens qui te composent ; et cela dans ton intérêt supérieur,
car je dois en tant que soldat de tout le peuple, te servir et non
t’asservir par tes armes ».

Et le tract de poursuivre :

« Or depuis le 25-11-1980, un petit groupe d’officiers a trahi le
peuple au nom de toute l’armée… Pire que népotisme et
injustice sociale, les détournements continuent ainsi que les
pots de vin : Bambara ministre P& T – 20 millions en trois
mois. André Roch Compaoré : Développement rural, hypocrite
et régionaliste + son triste directeur - policier de Cabinet =
100 millions en 6 mois ».

D’autres membres du gouvernement sont pris à parti, le colonel
Saye Zerbo, chef du gouvernement, le colonel NEZIEN, Faustin Sib
Sié et son épouse ainsi que d’autres personnalités politiques telles que
le professeur Joseph KI-Zerbo, Ernest LINGANI, Emmanuel ZOMA,
Walté PALE.
Le tract se termine ainsi : « 25-11-80 = catastrophe économique =
mort lente et certaine de la Haute-Volta. 25-11-80 = exécution du
programme MLN vomi par le peuple = aventure politique et sociale =
marche lente, mais sûre vers la guerre civile. Car le colonel MLN
Zerbo a enlevé à la quasi-totalité du peuple ses raisons de vivre.
2511-80 = arrestation arbitraire, terreur dans tous les milieux = mort
définitive de toutes libertés démocratiques = règlements de comptes
personnels = mensonge éhonté à l’armée, à la majorité des gendarmes
et autres patriotes = chasse à l’homme = tirer à vue = dictature fasciste
organisée par le MLN. Le colonel MLN a promis à son parti le
pouvoir total grâce aux armes du peuple et à l’armée du peuple qu’il a
entraînée dans cette aventure ».
En lisant cet écrit de trois quarts de page, on peut en tirer plusieurs
enseignements :

- Premièrement, ces officiers ont utilisé un déguisement pour
s’exprimer : l’anonymat. Cela signifie qu’ils avaient peur de
montrer leurs vrais visages, d’assumer la responsabilité de
leurs actes et de leurs écrits. Eux qui ont l’art de dissimuler
leurs véritables personnalités et d’affecter des sentiments, des
opinions et des vertus qu’ils n’ont jamais eus, notamment

40

celle de l’intégrité. Savaient-ils ce que c’est que
l’hypocrisie ?
- Deuxièmement, après avoir juré au peuple de le servir
honnêtement et avec loyauté, quelques lignes plus bas, ils
commencent par se parjurer en lui racontant des mensonges :
les détournements dénoncés sans preuve notamment ceux des
20 et 100 millions. À partir de ce tract, ils ne vont plus cesser
de cacher la vérité au peuple et à la communauté
internationale pendant plus de deux décennies, jusqu’à la IVe
République en utilisant des techniques variées telles que la
désinformation, l’intoxication, les Tribunaux populaires de la
révolution (TPR), les Comités de défense de la révolution
(CDR), etc. Les conséquences seront catastrophiques pour la
Nation. Nous découvrirons plus loin qu’ils vont piller sans
retenue les biens du peuple et assassiner ses enfants avec les
armes du peuple.
- Troisièmement, après avoir écrit que le régime militaire du
CMRPN est égal aux arrestations arbitraires, à la terreur dans
tous les milieux et à la mort définitive de toutes libertés
démocratiques, les régimes successifs qui gouverneront notre
pays, le Conseil du salut du peuple (CSP) de 1982 à 1983, le
Conseil national de la révolution (CNR) de 1983 à 1987, le
Front populaire (FP) de 1987 à 1991 et la IVe République
allaient instaurer un terrorisme d’État.

Le Burkina Faso n’est-il pas devenu le pays des flibustiers depuis
novembre 1982 ?

- Quatrièmement, apparemment, dans le texte, ils laissaient
croire qu’ils étaient fiers d’être Voltaïques et d’appartenir au
peuple. Mais en identifiant le CMRPN comme le régime qui
conduisait la Haute-Volta à une mort lente et certaine, le
peuple voltaïque et l’armée ne savaient pas encore que ces
soldats prendraient la décision de changer le nom et les
emblèmes du pays quelques années plus tard sans les
consulter. Ce sera la mort programmée de la Haute-Volta,
pays des hommes intègres. Elle sera remplacée par le Burkina

41

Faso, le pays des flibustiers. Désormais c’est par ironie qu’on
fera référence « au pays des hommes intègres ».
- Cinquièmement, « Or depuis le 25-11-1980, un petit groupe
d’officiers a trahi le peuple au nom de toute l’armée » affirme
le Groupement des officiers communistes (ROC). Leur
adhésion à un parti politique clandestin malgré l’interdiction
des textes de l’armée ainsi que leurs mensonges sont déjà les
premières étapes de leurs nombreuses futures trahisons.
- Sixièmement, en jurant au peuple voltaïque « de le servir
dans l’objectivité, sans passion, sans esprit partisan ; dans le
respect strict de toutes les opinions des citoyens qui le
composent ; et cela dans son intérêt supérieur, car ils doivent
en tant que soldats de tout le peuple, le servir et non l’asservir
par ses armes », ils ne feront pas honneur à leur engagement
et le peuple découvrira leur manque d’objectivité, leur
passion maladive, leur intolérance, leur mépris de tous ceux
qui pensent et agissent autrement qu’eux, et leur décision de
fouler aux pieds les libertés religieuses et d’imposer à tous
leur idéologie : le marxisme.

Aujourd’hui, peut-on identifier avec certitude ceux qui ont
réellement trahi l’armée et le peuple pendant plus d’un quart de
siècle ?

En refermant le commentaire sur ce texte plein d’enseignements, il
ne serait pas inutile d’ajouter qu’à la première lecture on est choqué
par ses incohérences et contradictions.
Le tract blasphématoire, le second tract, qui n’a rien à envier au
premier du point de vue intempérance du langage, parle en tout
premier lieu de la colère du peuple et du régime fasciste : « La colère
du peuple contre ces “officiers” – caporaux, mercenaires du CMRPN -
MLN - (Mouvement de liquidation nationale) = déchets de notre
prétendue “armée nationale” : qui ont choisi le 25-11-80 d’installer un
régime fasciste = socialisme hybride de malheur = digne des cadres
pourris du MLN de Kid – Zerbo frère du colonel Zerbo à qui
Lamizana a passé le pouvoir ».


42

Que penser d’un tel document et de ses auteurs ? Ne remet-il pas en
cause la suprématie de Dieu ?

- Premièrement, les auteurs n’hésitent pas à insulter la divinité et la
plus haute autorité de l’Église catholique du pays : « Le pillage et le
vol organisés de la Haute-Volta par ces mercenaires continuent, car
ces rapaces affamés ayant pris le pouvoir pour s’enrichir sont bénis et
soutenus par le Dieu des chrétiens = cardinal Paul Zoungrana le vrai
chef d’État-major depuis le 25-11-80 ».
« En effet, le carnaval Paul Zoungrana a nommé son petit frère
direct, Zoungrana Alexandre = sinistre anti-travailleurs de la Fonction
publique et du Travail – son 3e petit frère Zoungrana Jules Bernard,
directeur de l’ONERA avec la bénédiction du triste caporal Roch
Compaoré André sinistre voleur du développement rural, qui a
détourné 200 millions de francs CFA pour 16 mois vient de couvrir
IDO Batian Dominique (secrétaire d’État, homme de main du bâtard
Roch) qui a volé 33 millions de francs CFA avec la complicité du
sournois et voleur André Roch : quel scandale ! Les membres de la
commission d’enquête sont écœurés par les vols inqualifiables de ces
bandits d’où les démissions.

- Jésus Paul Zoungrana vient de nommer encore son neveu
Zoungrana André Koudougou, commandant de la gendarmerie pour la
misère nationale du tribalisme et du népotisme nauséabonds –
Amen ! » Quel blasphème !

- Deuxièmement, la plupart de ces officiers ont reçu leur initiation
chrétienne dans l’Église catholique (baptême, première communion,
confirmation, profession de foi). C’est le cas de Thomas, Blaise,
Henri, Jean-Claude… En choisissant une idéologie qui conteste la
suprématie de Dieu, pouvaient-ils faire autrement que d’insulter la
divinité dans ce tract et de violer ainsi les droits de Dieu et refuser de
Lui rendre leur devoir sacré ? Saint Thomas nous éclaire sur
l’équivoque du concept du « droit de Dieu » : « Parce que la justice
implique l’égalité et que nous ne pouvons rendre à Dieu l’équivalent
de ce que nous avons reçu, il s’ensuit que le juste, au sens parfait du
mot, ne peut être atteint par nous dans nos rapports avec Dieu. Voilà
pourquoi la loi divine ne peut strictement s’appeler droit, mais devoir
sacré, parce qu’il suffit à Dieu que nous remplissions à son égard ce

43

que nous pouvons » (Droit de Dieu et droits de l’homme, Ed. TEQUI,
p. 198).
« Il convient de souligner ici avec force que Marx et ses disciples,
même s’ils étaient anti-Dieu, n’étaient pas pour autant des athées
comme l’avancent pourtant les communistes d’aujourd’hui. En
d’autres termes, ils prouvaient leur haine pour un Dieu en qui ils
croyaient en le dénonçant ouvertement et en l’insultant. Ce n’était pas
son existence qu’ils remettaient en cause, mais sa suprématie »
(pasteur Richard Wurmbrand, Ibid. p. 32).
Les disciples burkinabé de Marx donnent une preuve éclatante
dans ce tract de leur haine pour Dieu et le cardinal Paul Zoungrana.
Cette haine pour Dieu est liée au choix de leur idéologie. Mais
pourquoi une haine pour le cardinal ? Parce qu’il a déclaré que ce
coup d’État est une grâce de Dieu et que Dieu aime la Haute-Volta ?
Pourtant il avait raison ! Les faits vont prouver que ces
« révolutionnaires » ne seront que des imposteurs, quand ils auront
conquis le pouvoir en 1982.

- Troisièmement, le Carrefour Africain, bimensuel national
d’information de la République de Haute-Volta, n° 707-708 du 15
novembre au 31 décembre 1980 (pages 5 et 11) situe la visite du
cardinal Paul Zoungrana au président du Comité : « Le chef de
l’Église voltaïque qu’accompagnent les abbés Yaogo Georges
secrétaire général de la Conférence épiscopale Haute-Volta-Niger et
Jean-Baptiste Kiendrébéogo, Vicaire général de l’archidiocèse de
Ouagadougou, a été reçu au palais de la présidence par le président du
Comité militaire de redressement pour le progrès national, le colonel
Saye Zerbo, en présence des lieutenants-colonels Félix Tientarboum,
Barthélémy Combasseré, Nézien Badembié et Koné Ibrahim ».
« L’entretien entre les deux hommes a duré une trentaine de
minutes, à l’issue duquel le cardinal a bien voulu répondre aux
questions de la Presse ».
Et après, le journaliste pose une question au cardinal : « Éminence,
vous venez d’être reçu en audience par le président du CMRPN,
pourriez-vous nous dire les grandes lignes qui ont marqué cet
entretien ? »
Voici la réponse du cardinal Paul Zoungrana : « Je puis vous dire
très brièvement que cet entretien avait pour but simplement de
m’associer à la joie populaire. J’étais absent, puisque vous le savez, il

44

y a eu le synode des évêques à Rome autour de Sa Sainteté le pape
Jean-Paul II, puis j’ai dû accompagner le Saint-Père en Allemagne et
je me suis arrêté à Abidjan pour préparer la grande réunion du Conseil
permanent des évêques de l’Afrique de l’Ouest ».
« Alors il était normal, vu ce que la Haute-Volta avait vécu durant
mon absence que je puisse faire une visite au président du CMRPN.
Ce coup d’État, nous estimons tous et j’ai pu m’en apercevoir à la
liesse de toute la population, est une grâce de Dieu ».
« Et comment ? Ce n’est pas le moment de s’en expliquer. Nous
vivons tous des heures d’intense émotion, et c’est dans ce contexte
que je suis venu féliciter le président et tous les autres membres du
Comité, d’avoir été les agents d’une providence d’un Dieu qui aime la
Haute-Volta. J’espère que la Haute-Volta continuera de mériter la
confiance de Dieu… » Ce n’est que sous la IVe République, lorsque
Blaise Compaoré aura gouverné notre beau pays pendant 28 ans, que
les Burkinabé comprendront le sens profond de cette déclaration.
Cette déclaration a mis en colère les innombrables détracteurs du
régime notamment les officiers assermentés qui n’ont pas manqué de
réagir violemment.

- Quatrièmement, les rédacteurs du tract traitent Alexandre
Zoungrana, ministre de la Fonction publique et du Travail de sinistre
anti-travailleurs. De novembre 1982 à 1991, plusieurs milliers de
fonctionnaires civils comme militaires seront arbitrairement licenciés,
dégagés, mis à la retraite d’office par ces mêmes officiers devenus les
fossoyeurs de la Fonction publique. Où sont passés les syndicalistes,
notamment Soumane Touré ?

- Cinquièmement, « les membres de la commission d’enquête sont
écœurés par les vols inqualifiables de ces bandits d’où des
démissions ». Le décret n° 81-82 PRES.CMRPN du 11 février 1981 a
créé une Commission chargée de l’investigation et du diagnostic des
sociétés d’État. Les travaux de la Commission portaient sur la gestion
de la IIIe République et non sur celle du CMRPN. Quelle confusion !

- Sixièmement, les conspirateurs annoncent à la Nation que Nézien
Badembié, ministre de l’Intérieur et de l’Insécurité a sacrifié un bébé
d’un an sur ses fétiches. Ils étaient loin de s’imaginer que sous la IVe
République, le président Blaise et son frère cadet, François, seraient

45

accusés d’avoir sacrifié un albinos de 16 ans (cf. L’Indépendant
n° 703 du mardi 27 février 2007).

- Septièmement, « La colère du peuple contre ces “officiers” –
caporaux, mercenaires du CMRPN-MLN - (Mouvement de liquidation
nationale) = déchets de notre prétendue “armée nationale” : qui ont
choisi le 25-11-80 d’installer un régime fasciste = socialisme hybride
de malheur = digne des cadres pourris du MLN de Ki – Zerbo frère du
colonel Zerbo à qui Lamizana a passé le pouvoir ». En réalité, il
s’agissait de la colère d’officiers subalternes en majorité qui
estimaient qu’ils étaient brimés dans l’avancement de leur carrière
selon Bruno Jaffré (Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la
mort. Page 88). Après le 7 novembre 1982, tous les officiers de
l’armée (les « officiers-caporaux ») dont le grade était supérieur à
celui du commandant Lingani seront mis à la retraite et la nomination
des généraux sera suspendue pendant de longues années en attendant
que la jeune génération des officiers remplisse les conditions requises
pour y accéder. L’année 2011 a vu le plus grand nombre des généraux
nommés au cours d’une année : trois généraux de division et quatre
généraux de Brigade (L’Observateur Paalga n° 7780 du vendredi 17
au dimanche 19 décembre 2010, p. 2). Ce volet sera traité plus loin.

En dernier lieu, le tract se termine par des menaces : « Qu’ils
sachent qu’ils rendront compte très bientôt au peuple de leurs tristes
rôles » et par le slogan qui allait devenir « célèbre » : « Malheur à
ceux qui bâillonnent leur peuple avec les armes du peuple ». N’ayant
pas su écrire bâillonnent, les officiers assermentés ont-ils compris sa
signification profonde ? Ils n’avaient certainement pas pris conscience
de sa portée morale et de ses conséquences ! Certains rédacteurs du
tract allaient, les uns après les autres, subir les préjudices de leur
formule de ralliement lorsqu’ils prendront le pouvoir en novembre
1982. Leur politique consistera à museler la presse (le siège du journal
L’Observateur sera incendié), ceux qui comparaîtront devant les
Tribunaux populaires n’auront pas droit à un avocat… Combien de
Burkinabé, de partis sankaristes et de membres de l’Association
internationale Thomas Sankara (AITS) [56 bis, rue du Louvre, 75002
Paris, France. Tél : (40 26 65 79)] établissent aujourd’hui des liens
entre les malheurs vécus par ce dernier, ses complices et leurs
actes perfides ? La Fontaine ne nous enseigne-t-il pas que : « la ruse la

46

mieux ourdie peut nuire à son auteur et, souvent, la perfidie retourne à
son auteur » ? La perfidie de Thomas lui sera retournée le 15 octobre
1987 !
En 1982, Thomas Sankara avait treize (13) ans de service. Nommé
capitaine le 1er janvier 1980, ses activités politiques clandestines et
d’intrigues s’étalaient sur sept (7) ans. Blaise Compaoré totalisait onze
(11) ans de service. Nommé lieutenant le 1er octobre 1977, depuis
cinq (5) ans seulement, il avait quatre (4) ans d’activités politiques
clandestines, d’après les informations données ci-dessus. Après avoir
passé près de la moitié de leur carrière dans des machinations secrètes,
ont-ils eu le temps de s’imprégner des textes qui régissent l’armée
nationale et de parfaire leur formation continue de militaire ?
Le décret n° 70-194 du 29 août 1970 portant règlement de
discipline générale dans les armées avait été préparé par une
commission de vingt-deux (22) officiers et de huit (8) sous-officiers,
présidée par le lieutenant-colonel Ouindpanga Samandoulgou, chef de
Corps du 2e Bataillon de la Haute-Volta à Bobo-Dioulasso.
2L’Article 56 du Règlement de discipline générale dans les armées
stipule : « L’introduction sous quelque forme que ce soit dans les
enceintes et établissements militaires d’écrits et de publications
quelconques antipatriotiques ou antimilitaires pour nuire à la
discipline est interdite ».
« Pour les journaux et écrits périodiques, l’interdiction est
prononcée par le ministre de la Défense nationale. Sous réserve d’en
rendre compte, les chefs de corps sont habilités à proscrire la diffusion
inopinée de tout document de nature à nuire au moral et à la
discipline ».
« Il est également interdit : d’organiser des manifestations sur des
sujets politiques ou d’y prendre part, d’apposer des affiches ou de
distribuer des tracts, de procéder à des collectes ou souscriptions, de
se livrer à des jeux d’argent, d’introduire sans autorisation des
stupéfiants, toxiques, spiritueux, matières inflammables ou
explosives ».
Ces multiples tracts, sans aucun doute, visaient à nuire à la
discipline et au moral de l’armée en portant atteinte à l’honneur d’une
partie de la hiérarchie par des mensonges. Il était aussi formellement

2 Décret n° 70-194 du 29 août 1970.

47

interdit d’organiser des manifestations politiques ou d’y prendre part.
Ces jeunes officiers n’en avaient cure.
Les faits montreront encore que leurs tracts, ainsi que leur
adhésion à un parti politique communiste clandestin étaient non
seulement antimilitaires, mais aussi antipatriotiques, contrairement à
ce qu’ils ont voulu faire croire à l’opinion nationale et internationale.
Aucun militaire qui aime l’armée, qui aime sa patrie, n’accepterait de
prendre part à des activités dont les objectifs sont de briser la cohésion
de l’armée et de violer les droits de l’homme notamment le droit à la
vérité et à une information vraie.
Pendant que les tracts étaient distribués sous le manteau,
l’affrontement souterrain qui opposait les groupes dissidents des
militaires assermentés est décrit par Chris Valéa en ces termes : « Une
large fraction du groupe de réflexion va composer avec le CMRPN,
mais un noyau dur va bien se tenir à carreau : Henri Zongo, Thomas
Sankara et Blaise Compaoré… Ce noyau dur avait une influence sur
beaucoup d’officiers qui n’avaient pas choisi leur parti… clanique. Le
noyau dur courait désormais un grand danger. Les ex-collègues qui
sont allés vers le CMRPN connaissaient bien l’esprit et les méthodes
de travail du groupe. Une lutte sourde s’est, dès lors, engagée entre les
deux fractions du groupe en dedans et en dehors du CMRPN. C’est
dans cette lutte qu’il faut comprendre les raisons qui ont amené
Thomas Sankara à “accepter” un poste de secrétariat d’État à la
présidence chargé de l’information ». Les auteurs des articles
présentés plus haut savaient-ils qu’ils donnaient des éléments pour la
condamnation de leurs idoles par le jugement de l’histoire pour avoir
trahi l’armée, voire la Nation ? En effet, ces militaires, en se mettant
en marge des prescriptions du règlement de discipline générale dans
les armées et en divisant l’armée en clans, ne doivent-ils pas être
considérés hier comme aujourd’hui, comme des militaires
indisciplinés, de véritables dangers pour la Nation ?
Malheureusement, il n’y avait pas que les ex-collègues des
militaires assermentés qui connaissaient bien l’esprit et les méthodes
du groupe. Le samedi 3 décembre 1977, j’avais été contacté par un
membre du PAI. Sollicité par ce dernier pour adhérer au parti, il a
soutenu, que la situation avait évolué et peut-être aussi pour
m’encourager, qu’un chrétien pouvait être en même temps
communiste. La condition pour connaître les noms des officiers qui
collaboraient dans la clandestinité avec ce parti politique marxiste

48

était mon adhésion. Ma réponse a été simple et sincère : « Je ne suis
pas un bon pratiquant, mais je crois en Christ. Le christianisme et le
communisme sont inconciliables ». Même s’ils étaient conciliables,
j’avais pensé que s’affilier à un parti politique alors que la
réglementation militaire l’interdit formellement serait trahir la Nation
tout entière et l’armée en particulier. J’avais donc décidé de me
démarquer, pour emprunter leur expression, de ce groupe. Tous mes
malheurs proviendront-ils de mon attitude ? Ces officiers qui
refusaient de se plier au règlement de l’armée, laquelle qui interdisait
aux militaires de s’affilier aux partis politiques, n’avaient-ils pas trahi
l’armée et la Nation ? Ils avaient posé des actes de désobéissance et
d’indiscipline caractérisée. Il ne m’a pas été difficile d’identifier les
leaders de ces militaires. J’ai fini par connaître aussi l’esprit et les
méthodes du groupe. Et il devait le savoir. Je n’en avais jamais parlé,
même pas à mes amis ou à mes parents. De mon point de vue, il fallait
les laisser faire leur expérience.
Nos instructeurs à l’École spéciale militaire ne cessaient de nous
répéter que « pour savoir commander, il fallait savoir obéir ». Par
leurs actes de désobéissance que les membres du ROC, notamment
ceux du noyau dur, avaient cultivés très tôt dans leur vie
professionnelle, à partir du 7 novembre 1982 ils n’avaient plus de
repères pour gérer le pouvoir ou pour commander. Car commander et
gérer le pouvoir c’est se soumettre à des règles préétablies notamment
la loi civile et morale ainsi qu’à une hiérarchie. Ils avaient désobéi
tout au long de leur vie professionnelle. Comment pouvaient-ils gérer
le pouvoir d’État qui requiert le respect des lois et de l’autorité ?
Le noyau dur, en influençant de nombreux officiers « qui n’avaient
pas choisi leur parti… clanique », avait pris la lourde responsabilité
d’introduire dans l’armée la politique, l’esprit de division, de clan et
de désordre. Les intérêts de ces clans s’éloigneront de plus en plus des
intérêts du peuple et de la Nation pour atteindre son paroxysme sous la
IVe République.
Les méfaits de ces tracts ne se limitent pas à la division et au
désordre. Ils s’étendent à la destruction de la réputation de tant de
militaires et de civils et ont conduit de nombreuses personnes à porter
de faux jugements à leur égard. Leur droit à l’honneur de leurs noms,
à la bonne réputation et au respect a été violé.



49