Pondichéry et la francophonie

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Au sommaire de ce numéro : - Pondichéry d'hier et d'aujourd'hui : - Pondichéry : francophonie, patrimoine et témoignages ; - Francophonie et l'Ashram de Pondichéry ; - L'Ashram : Sri Aurobindo ; - L'Ashram : Satprem.
Publié le : vendredi 3 juin 2016
Lecture(s) : 7
EAN13 : 9782140012273
Nombre de pages : 168
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pondichÉr e l francophonie
l’ashram de sri aurobindo, aurville e l mÈre
Satprem
Kiran Vyas
Sri Aurobindo
© Sven – Porte de maison traditionnelle française (Pondichéry) Dr Kireet Joshi
Raphaël Malangin
Douglas Gressieux
Olivier Germain-Thomas
19 € Dr Nallam Venkataramayya
ISBN : 978-2-343-09499-1
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numéro 11
la nouvelle revue de l’inde
© Photo : Ireno Guerci
Numéro 011pondichÉr e l francophonie
l’ashram de sri aurobindo, aurville e l mÈre
toayat© Photo : internet2 3
ÉDITORIAL
Rappelez-vous lorsque vous ânonniez en classe d’histoire le nom des cinq comptoirs des C’est justement un Français, Jean Pouyet, reconnu comme l’un des pionniers de l’écologie
Indes françaises : Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, Yanaon... en Inde, qui a utilisé Auroville comme laboratoire d’expérimentation environnementale. Nous
donnons dans ce numéro une place prépondérante à ses concepts révolutionnaires, car une
des plus grandes réalisations d’Auroville, hors son caractère français, ce sont les trois millions Aujourd’hui, bien sûr, il ne reste vraiment de la présence française que Pondichéry, où nous
d’arbres qui ont été plantés et qui ont fait d’un plateau érodé par les moussons, un oasis de nous sommes attelés à préserver la francophonie : le Lycée français, l’Alliance française,
l’Instiverdure.tut français, le Consulat, très important, l’École française d’Extrême-Orient...
Cependant, Pondichéry est une petite enclave perdue au sein de l’immensité du Tamil Nadu, Alors, vive la francophonie et... bonne lecture !
où près de 60 millions d’Indiens parlent le Tamoul et ignorent, pour la plupart, tout de la
France. Et petit à petit, la francophonie se perd dans notre ancien comptoir.
Toute la francophonie ? Non, car elle perdure et se développe même, d’abord au sein de
Écrivain, journaliste et photographe,l’ashram de Sri Aurobindo, révolutionnaire indien, grand poète, philosophe, yogi, dont nous
François Gautier a été durant huit ans parlerons dans ce numéro. Sa compagne, qu’on appelait la Mère, était une Française tout à fait
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.extraordinaire, qui fonda l’école de l’ashram et insista pour que le français soit le premier
lanIl est l’auteur d’une douzaine de livres sur l’Inde, dont : gage des jeunes étudiants indiens, qui le parlent dès le jardin d’enfants.
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)Sept kilomètres plus loin, on découvre la cité internationale d’Auroville, également fondée
Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie (Éditions du Rocher, 2012)par la Mère, où vivent une majorité de Français, et où la francophonie est soigneusement
entreApprendre à soufer (Hachette-Marabout, 2016)tenue : le Pavillon français, des soirées de poésie française, des classes de français...
introduction
introduction© Photo : internet2 3
ÉDITORIAL
Rappelez-vous lorsque vous ânonniez en classe d’histoire le nom des cinq comptoirs des C’est justement un Français, Jean Pouyet, reconnu comme l’un des pionniers de l’écologie
Indes françaises : Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, Yanaon... en Inde, qui a utilisé Auroville comme laboratoire d’expérimentation environnementale. Nous
donnons dans ce numéro une place prépondérante à ses concepts révolutionnaires, car une
des plus grandes réalisations d’Auroville, hors son caractère français, ce sont les trois millions Aujourd’hui, bien sûr, il ne reste vraiment de la présence française que Pondichéry, où nous
d’arbres qui ont été plantés et qui ont fait d’un plateau érodé par les moussons, un oasis de nous sommes attelés à préserver la francophonie : le Lycée français, l’Alliance française,
l’Instiverdure.tut français, le Consulat, très important, l’École française d’Extrême-Orient...
Cependant, Pondichéry est une petite enclave perdue au sein de l’immensité du Tamil Nadu, Alors, vive la francophonie et... bonne lecture !
où près de 60 millions d’Indiens parlent le Tamoul et ignorent, pour la plupart, tout de la
France. Et petit à petit, la francophonie se perd dans notre ancien comptoir.
Toute la francophonie ? Non, car elle perdure et se développe même, d’abord au sein de
Écrivain, journaliste et photographe,l’ashram de Sri Aurobindo, révolutionnaire indien, grand poète, philosophe, yogi, dont nous
François Gautier a été durant huit ans parlerons dans ce numéro. Sa compagne, qu’on appelait la Mère, était une Française tout à fait
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.extraordinaire, qui fonda l’école de l’ashram et insista pour que le français soit le premier
lanIl est l’auteur d’une douzaine de livres sur l’Inde, dont : gage des jeunes étudiants indiens, qui le parlent dès le jardin d’enfants.
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)Sept kilomètres plus loin, on découvre la cité internationale d’Auroville, également fondée
Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie (Éditions du Rocher, 2012)par la Mère, où vivent une majorité de Français, et où la francophonie est soigneusement
entreApprendre à soufer (Hachette-Marabout, 2016)tenue : le Pavillon français, des soirées de poésie française, des classes de français...
introduction
introduction© Photo : internet
4 5
59 FRANCOPHONIE ET L’ASHRAM DE PONDICHÉRY PONDICHÉRY D’HIER ET D’AUJOURD’HUI : HISTOIRE 7
Histoire de Pondichéry : sERGE BRELIN 8 60 suN Na paNda : La création de l’ashram
La politique de Dupleix : RaphaËL Ma LaNGIN 12 62 suN Na paNda : Mirra Alfassa – la Mère
Pondichéry vu par C.F. Baron – gouverneur de Pondichéry : C.F. BaRON 16 64 La MÈRE : Éducation
Maurice Schumann, visite à Pondichéry : MauRICE s ChuMa NN 18 66 kIRaN vyas : J’ai été élève à l’ashram
Pondichéry et les Pondichériens après 1963 : dOuGLs GREssIEux 21 71 suN Na paNda : Mon expérience à l’école de l’ashram
Pondichéry aujourd’hui : RaphaËL Ma LaNGIN 23
Ayi Mantap : Ma RtINE QuENt RIC 24
73 L’ASHRAM : SRI AUROBINDO Brève chronologie des relations franco-indiennes 26
74 GÉRaRd Ma RÉChaL : Sri Aurobindo – introduction PONDICHÉRY : FRANCOPHONIE, PATRIMOINE, 76 GÉRaRd Ma RÉChaL : Biographie de Sri Aurobindo
TÉMOIGNAGES 27 78 Sri Aurobindo et les Établissements français – extrait
80 sRI a NIR N Et k.d. sE thNa : Sri Aurobindo et le mystère de la mort
Le consul général de France à Pondichéry – interview : FRaNçOIs G IER 28
83 sRI au ROBINdO : Savitri
La « diaspora » aujourd’hui en France : dOuGLs GREssIEux 32
Interview d’Olivier Litvine - directeur de l’Alliance française : vINNa v IENNE 36
Rencontre avec le Dr Nallam – un fervent francophile : vINNa v IENNE 40 87 L’ASHRAM : SATPREM
Interview de Raphaël Malangin : vINNa v IENNE 43
88 LNRI : Biographie et œuvres de Satprem Le lycée français de Pondichéry : suN Na paNda 48
90 s REM : Le grand sens L’appel de l’Inde : vINNa v IENNE 50
92 GÉRaRd Ma RÉChaL : Lettres de Satprem – un Français en Inde Interview de Jean-Pierre Gagnou : suN Na paNda 51
95 s REM : Sri Aurobindo et l’avenir de la terre – extrait Karine Pelade – un portrait : suN Na paNda 53
99 s REM : L’orpailleur – extrait Maya – nouvelle sur Pondichéry : MIREILLE d E saNtO 55
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sommaire
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59 FRANCOPHONIE ET L’ASHRAM DE PONDICHÉRY PONDICHÉRY D’HIER ET D’AUJOURD’HUI : HISTOIRE 7
Histoire de Pondichéry : sERGE BRELIN 8 60 suN Na paNda : La création de l’ashram
La politique de Dupleix : RaphaË L Ma LaNGIN 12 62 suN Na paNda : Mirra Alfassa – la Mère
Pondichéry vu par C.F. Baron – gouverneur de Pondichéry : C.F. BaRON 16 64 La MÈRE : Éducation
Maurice Schumann, visite à Pondichéry : MauRICE s Chu MaNN 18 66 kIRaN vyas : J’ai été élève à l’ashram
Pondichéry et les Pondichériens après 1963 : dOuGLs GREssIEux 21 71 suN Na paNda : Mon expérience à l’école de l’ashram
Pondichéry aujourd’hui : RaphaË L Ma LaNGIN 23
Ayi Mantap : Ma RtINE Qu ENtRIC 24
73 L’ASHRAM : SRI AUROBINDO Brève chronologie des relations franco-indiennes 26
74 GÉRaRd Ma RÉCha L : Sri Aurobindo – introduction PONDICHÉRY : FRANCOPHONIE, PATRIMOINE, 76 GÉRaRd Ma RÉCha L : Biographie de Sri Aurobindo
TÉMOIGNAGES 27 78 Sri Aurobindo et les Établissements français – extrait
80 sRI a NIR N Et k.d. sE th Na : Sri Aurobindo et le mystère de la mort
Le consul général de France à Pondichéry – interview : FRaNçOIs G IER 28
83 sRI au ROBINdO : Savitri
La « diaspora » aujourd’hui en France : dOuGLs GREssIEux 32
Interview d’Olivier Litvine - directeur de l’Alliance française : vINNa v IENNE 36
Rencontre avec le Dr Nallam – un fervent francophile : vINNa v IENNE 40 87 L’ASHRAM : SATPREM
Interview de Raphaël Malangin : vINNa v IENNE 43
88 LNRI : Biographie et œuvres de Satprem Le lycée français de Pondichéry : suN Na paNda 48
90 s REM : Le grand sens L’appel de l’Inde : vINNa v IENNE 50
92 GÉRaRd Ma RÉCha L : Lettres de Satprem – un Français en Inde Interview de Jean-Pierre Gagnou : suN Na paNda 51
95 s REM : Sri Aurobindo et l’avenir de la terre – extrait Karine Pelade – un portrait : suN Na paNda 53
99 REM : L’orpailleur – extrait Maya – nouvelle sur Pondichéry : MIREILLE d E sa NtO 55
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sommaire
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6 7
FRANCOPHONIE ET AUROVILLE : INTRODUCTION 101
Auroville – qu’est-ce que c’est ? : GÉRaRd Ma RÉChaL 102
Un rêve : La MÈRE 103
© Photo : internet
AUROVILLE : LA PREMIÈRE CARAVANE 105
La première caravane – entretien avec des participants : FRaNçOIs G IER 106
Départ de la première caravane : témoignage : BERNaRd d ELaMBRE 110
Un voyage dans la première caravane – témoignage : sÉB astIEN p ItOËFF 112
AUROVILLE : DÉBUTS ET DÉVELOPPEMENT 115
Pondichéry d’hier et Les débuts d’Auroville : BERNaRd d ELaMBRE 116
Made in Auroville – extrait : MONIQuE p EN E 120
La dimension intérieure d’Auroville : kIREEt j OshI 122 d’aujourd’hui :
Naissance du Pavillon de France à Auroville : CL E j OuEN 126
Anniversaire de la Mère : OLIvIER GERMaIN-thOMas 130 histoire
AUROVILLE : ÉCOLOGIE 133
La forêt protégée en sanctuaire - discussion avec Jean Pouyet : FRaNçOIs G IER 134
Histoire écologique du plateau d’Auroville : jEaN pOuy Et 137
Le sanctuaire sauvage de Kamataru : RIshI wa LkER 151
Le changement climatique positif des tropiques : COLLEEN pOuy Et 154
La forêt de Révélation : RICk ROLLEt 156
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sommaire
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FRANCOPHONIE ET AUROVILLE : INTRODUCTION 101
Auroville – qu’est-ce que c’est ? : GÉRaRd Ma RÉChaL 102
Un rêve : La MÈRE 103
© Photo : internet
AUROVILLE : LA PREMIÈRE CARAVANE 105
La première caravane – entretien avec des participants : FRaNçOIs G IER 106
Départ de la première caravane : témoignage : BERNaRd d ELaMBRE 110
Un voyage dans la première caravane – témoignage : sÉB astIEN p ItOËFF 112
AUROVILLE : DÉBUTS ET DÉVELOPPEMENT 115
Pondichéry d’hier et Les débuts d’Auroville : BERNaRd d ELaMBRE 116
Made in Auroville – extrait : MONIQuE p EN E 120
La dimension intérieure d’Auroville : kIREEt j OshI 122 d’aujourd’hui :
Naissance du Pavillon de France à Auroville : CL E j OuEN 126
Anniversaire de la Mère : OLIvIER GERMaIN-thOMas 130 histoire
AUROVILLE : ÉCOLOGIE 133
La forêt protégée en sanctuaire - discussion avec Jean Pouyet : FRaNçOIs G IER 134
Histoire écologique du plateau d’Auroville : jEaN pOuy Et 137
Le sanctuaire sauvage de Kamataru : RIshI wa LkER 151
Le changement climatique positif des tropiques : COLLEEN pOuy Et 154
La forêt de Révélation : RICk ROLLEt 156
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sommaire
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
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au
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aupar le commencement de la guerre de Trente grecs dans le port de Muziris (Cannanore)
ans en Europe. Il faudra attendre cinquante- dans le nord du Kerala.
trois ans pour que les Français retournent à
Pondichéry. Par ailleurs, la Tabula Peutingeriana dont on
epense qu’elle est la copie d’une carte du iv
siècle qui serait elle-même copiée d’après l’Orbis Un passé chargé d’histoire
pictus dessinée sous le règne d’Auguste,
indique un « templeum Augusti » près de Muziris. Quand les premiers Européens arrivèrent à Hist Pondichéry, ils ne firent mention d’aucune ville
Quant au Silappadikaram, poème épique à cet emplacement, mais seulement des ruines
en tamoul composé par le prince Ilango Adigal d’un temple. Pourtant, il semble que l’histoire PondicH e eentre le ii et iii siècle, il décrit le site de Pu-du site de Pondichéry remonte à la très haute
har (Kaveripatnam) ainsi : « À différents en-antiquité comme le prouve la présence d’urnes
droits de Puhar, le passant est attiré par la vue funéraires du néolithique. Le grand rishi
védipar Serge Brelin des habitations des Yavanas [Occidentaux], la que Agastya et sa femme Lopamudra auraient
prospérité qui n’était jamais dans le déclin. établi leur ashram à cet endroit lors de leur
Dans leurs maisons, on pouvait voir des ma-passage dans le sud de l’Inde. Selon
l’archéorins de tous les pays, mais d’après ce que l’on logue français Jouveau-Dubreuil, cet ashram 8 9
pouvait voir, ils vivaient en communauté. » se situerait exactement sur l’emplacement du
bâtiment principal actuel de l’ashram de Mère Notre ami Serge Brelin, qui nous a malheu- gouverneur de Pondichéry pour le roy de
BiLes textes tamouls nous apprennent éga-et de Sri Aurobindo. reusement quitté, fut un ardent Aurovillien, un jâpûr, après avoir en vain essayé d’attirer les
lement que les Yavanas étaient très demandés imprimeur de qualité, et un écrivain chevronné. Hollandais propose de nous donner un droit
comme gardes du corps mais aussi comme bâ-De nombreuses inscriptions datant du Nous lui rendons hommage ici. de séjour afin que nous reprenions sur place
e e tisseurs, artisans, menuisiers, constructeurs de xi au xiv siècle attestent d’ailleurs de l’exis-ces activités de commerce fructueuses pour les
machines de guerre, par les souverains locaux. tence d’un temple à Agastya. L’endroit se dé-uns et les autres. »
Ces derniers pratiquaient le libre-échange, ce veloppa rapidement pour devenir, comme
La prise de possession effective de Poudou qui permettait aux marchands occidentaux de n jour de novembre 1672, un catama- l’indique l’ancien nom de la ville, Vedapuri, le
eCheri, qui était alors une petite bourgade peu- créer des colonies et de jouir d’avantages fi-ran piloté par deux pêcheurs tamouls siège d’une université sanscrite au ix siècle.
plée de pêcheurs et de marchands, ne s’effec- nanciers importants.Uet transportant deux passagers, aborde La ville sera pendant longtemps une étape
tuera qu’un an plus tard. Bellanger prend logis Porto-Novo, un port établi par les Portugais sur pour les pélerins se rendant à la ville sainte de
dans la Maison des Danois et jusqu’en 1674, Enfin, des fouilles archéologiques à Ari-la côte du Coromandel dans le sud de l’Inde. Ramesh waram.
s’occupe seul d’acheter des vivres et des mu- kamedu ont révélé l’existence, au bord de la
nitions pour ravitailler les troupes françaises rivière d’Ariancoupam, de la ville de Virampat-L’un des passagers, Bellanger de Lespinay, Une carte dessinée d’après le Periplus Maris
toujours assiégées à San Tome. Le 16 janvier nam qui était un port et un emporium romain porte sur lui une lettre de change d’un mon- Erythraei [Périple de la mer Érithrée] rédigé en
er1674, un employé de la Compagnie de Indes, important. Ces fouilles ont exhumé de nom-tant de trente mille écus. Il est accompagné grec vers la moitié du i siècle après J.-C. par
François Martin, qui s’était réfugié à San Tome breux bacs de maçonnerie qui témoignent de d’un interprète d’origine portugaise, Antonio un marchand anonyme, indique l’existence de
quand La Haye s’en empara, vient s’établir l’importance des activités textiles sur la côte Cartel. Bellanger est un officier de la garde de trois grands ports de commerce sur la côte du
dans le comptoir français, qui a pris le nom du Coromandel. On a aussi trouvé les vestiges Jacob Blanquet de La Haye, commandant en Coromandel : Camara (Kaveripatnam),
Sopatde Pondichéry, pour aider Bellanger dans son d’un quartier où vivaient des verriers et des chef de l’« Escadre de Perse », composée de ma (Marakkanam), et entre les deux, Poduke,
entreprise. joailliers qui fabriquaient des objets de verre neuf vaisseaux de guerre, dont la mission était c’est-à-dire Pondichéry.
ou de silice, des quartzs et des cornalines… d’apporter un soutien logistique à la Compa- Ce n’était pourtant pas le premier
établisEn vérité, les échanges commerciaux entre Ont été également mis à jour des vases, des gnie royale des Indes. sement français à Pondichéry. En 1616, un
cerl’Inde et l’Occident remontent à bien avant amphores, des céramiques, des bijoux, des tain J. Pépin, employé de la Compagnie pour
Assiégé par les Hollandais, qui étaient alors l’arrivée des premiers marchands portugais. perles, des pierres précieuses et semi-précieu-les Grandes Indes, fait escale à Pondichéry à
een guerre contre la France, dans la ville de San Si à la fin du xiii siècle, Marco Polo débarqua ses, des monnaies romaines d’or et d’argent, bord du Saint-Louis et signe avec le nayak de
Tome (actuellement dans Chennai) dont il dans un petit port situé dans l’embouchure de des bustes en terre cuite, etc. Pondichéry le premier traité de commerce qui
avait entrepris la conquête, La Haye, à court de la rivière de Tamiraparuni, à une centaine de consacrait la naissance de la première loge
vivres et de munitions, accepte l’offre du sou- kilomètres au sud de Pondichéry, les Grecs et Des fouilles récentes ont indiqué qu’Ari-française en Inde.
verain de Bijâpûr qui lui proposait un terrain à les Romains avaient des relations commercia- kamedu était déjà habité longtemps avant
erPoudou Cheri, au sud de San Tome et au nord Le Saint-Louis revient à Saint-Malo en les avec l’Inde dès le i siècle de notre ère, si l’arrivée des Romains, à une date qui remonte
ede Porto-Novo. Dans ses mémoires Bellanger 1618 et réalise un confortable bénéfice. Mais l’on en croit l’auteur du Periplus qui raconte jusqu’au ii siècle avant J.-C. C’est précisément
raconte : « Cherkam Lodi [Sher Khân Lodi], ces débuts prometteurs seront interrompus avoir été frappé par la présence de navires parce que c’était déjà un port important avec
édyatddetydea
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trois ans pour que les Français retournent à
Pondichéry. Par ailleurs, la Tabula Peutingeriana dont on
epense qu’elle est la copie d’une carte du iv
siècle qui serait elle-même copiée d’après l’Orbis Un passé chargé d’histoire
pictus dessinée sous le règne d’Auguste,
indique un « templeum Augusti » près de Muziris. Quand les premiers Européens arrivèrent à Hist Pondichéry, ils ne firent mention d’aucune ville
Quant au Silappadikaram, poème épique à cet emplacement, mais seulement des ruines
en tamoul composé par le prince Ilango Adigal d’un temple. Pourtant, il semble que l’histoire Pondic H e eentre le ii et iii siècle, il décrit le site de Pu-du site de Pondichéry remonte à la très haute
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droits de Puhar, le passant est attiré par la vue funéraires du néolithique. Le grand rishi
védipar Serge Brelin des habitations des Yavanas [Occidentaux], la que Agastya et sa femme Lopamudra auraient
prospérité qui n’était jamais dans le déclin. établi leur ashram à cet endroit lors de leur
Dans leurs maisons, on pouvait voir des ma-passage dans le sud de l’Inde. Selon
l’archéorins de tous les pays, mais d’après ce que l’on logue français Jouveau-Dubreuil, cet ashram 8 9
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bâtiment principal actuel de l’ashram de Mère Notre ami Serge Brelin, qui nous a malheu- gouverneur de Pondichéry pour le roy de
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lement que les Yavanas étaient très demandés imprimeur de qualité, et un écrivain chevronné. Hollandais propose de nous donner un droit
comme gardes du corps mais aussi comme bâ-De nombreuses inscriptions datant du Nous lui rendons hommage ici. de séjour afin que nous reprenions sur place
e e tisseurs, artisans, menuisiers, constructeurs de xi au xiv siècle attestent d’ailleurs de l’exis-ces activités de commerce fructueuses pour les
machines de guerre, par les souverains locaux. tence d’un temple à Agastya. L’endroit se dé-uns et les autres. »
Ces derniers pratiquaient le libre-échange, ce veloppa rapidement pour devenir, comme
La prise de possession effective de Poudou qui permettait aux marchands occidentaux de n jour de novembre 1672, un catama- l’indique l’ancien nom de la ville, Vedapuri, le
eCheri, qui était alors une petite bourgade peu- créer des colonies et de jouir d’avantages fi-ran piloté par deux pêcheurs tamouls siège d’une université sanscrite au ix siècle.
plée de pêcheurs et de marchands, ne s’effec- nanciers importants.Uet transportant deux passagers, aborde La ville sera pendant longtemps une étape
tuera qu’un an plus tard. Bellanger prend logis Porto-Novo, un port établi par les Portugais sur pour les pélerins se rendant à la ville sainte de
dans la Maison des Danois et jusqu’en 1674, Enfin, des fouilles archéologiques à Ari-la côte du Coromandel dans le sud de l’Inde. Ramesh waram.
s’occupe seul d’acheter des vivres et des mu- kamedu ont révélé l’existence, au bord de la
nitions pour ravitailler les troupes françaises rivière d’Ariancoupam, de la ville de Virampat-L’un des passagers, Bellanger de Lespinay, Une carte dessinée d’après le Periplus Maris
toujours assiégées à San Tome. Le 16 janvier nam qui était un port et un emporium romain porte sur lui une lettre de change d’un mon- Erythraei [Périple de la mer Érithrée] rédigé en
er1674, un employé de la Compagnie de Indes, important. Ces fouilles ont exhumé de nom-tant de trente mille écus. Il est accompagné grec vers la moitié du i siècle après J.-C. par
François Martin, qui s’était réfugié à San Tome breux bacs de maçonnerie qui témoignent de d’un interprète d’origine portugaise, Antonio un marchand anonyme, indique l’existence de
quand La Haye s’en empara, vient s’établir l’importance des activités textiles sur la côte Cartel. Bellanger est un officier de la garde de trois grands ports de commerce sur la côte du
dans le comptoir français, qui a pris le nom du Coromandel. On a aussi trouvé les vestiges Jacob Blanquet de La Haye, commandant en Coromandel : Camara (Kaveripatnam),
Sopatde Pondichéry, pour aider Bellanger dans son d’un quartier où vivaient des verriers et des chef de l’« Escadre de Perse », composée de ma (Marakkanam), et entre les deux, Poduke,
entreprise. joailliers qui fabriquaient des objets de verre neuf vaisseaux de guerre, dont la mission était c’est-à-dire Pondichéry.
ou de silice, des quartzs et des cornalines… d’apporter un soutien logistique à la Compa- Ce n’était pourtant pas le premier
établisEn vérité, les échanges commerciaux entre Ont été également mis à jour des vases, des gnie royale des Indes. sement français à Pondichéry. En 1616, un
cerl’Inde et l’Occident remontent à bien avant amphores, des céramiques, des bijoux, des tain J. Pépin, employé de la Compagnie pour
Assiégé par les Hollandais, qui étaient alors l’arrivée des premiers marchands portugais. perles, des pierres précieuses et semi-précieu-les Grandes Indes, fait escale à Pondichéry à
een guerre contre la France, dans la ville de San Si à la fin du xiii siècle, Marco Polo débarqua ses, des monnaies romaines d’or et d’argent, bord du Saint-Louis et signe avec le nayak de
Tome (actuellement dans Chennai) dont il dans un petit port situé dans l’embouchure de des bustes en terre cuite, etc. Pondichéry le premier traité de commerce qui
avait entrepris la conquête, La Haye, à court de la rivière de Tamiraparuni, à une centaine de consacrait la naissance de la première loge
vivres et de munitions, accepte l’offre du sou- kilomètres au sud de Pondichéry, les Grecs et Des fouilles récentes ont indiqué qu’Ari-française en Inde.
verain de Bijâpûr qui lui proposait un terrain à les Romains avaient des relations commercia- kamedu était déjà habité longtemps avant
erPoudou Cheri, au sud de San Tome et au nord Le Saint-Louis revient à Saint-Malo en les avec l’Inde dès le i siècle de notre ère, si l’arrivée des Romains, à une date qui remonte
ede Porto-Novo. Dans ses mémoires Bellanger 1618 et réalise un confortable bénéfice. Mais l’on en croit l’auteur du Periplus qui raconte jusqu’au ii siècle avant J.-C. C’est précisément
raconte : « Cherkam Lodi [Sher Khân Lodi], ces débuts prometteurs seront interrompus avoir été frappé par la présence de navires parce que c’était déjà un port important avec
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une industrie de fabrication de perles très ac- suffisante pour résister aux attaques des Mau- années de chaos, jusqu’à l’arrivée en 1721 de à palanquin, emprunter pour rentrer chez lui
tive que les Romains y avaient établi une loge. res, mais pas au siège d’une armée européen- Pierre Lenoir, administrateur de talent, sous la les nouvelles voies percées. »
ne... À l’extérieur du fort, une première rue se direction duquel la ville s’organisera et
prospèL’existence d’un emporium implique la pré- dessine, elle prendra le nom de « rue des Fran- rera. Ainsi sur son initiative, les deux « villes » En 1735, date du retour de Lenoir en sence, sur des périodes de douze à dix-huit çais » : l’actuelle rue Dumas. seront entourées d’une enceinte fortifiée et France, le chevalier de la Farelle écrit : « Cette ans, de fonctionnaires romains, recevant di- deux grandes artères principales seront per- ville a beaucoup changé sous le gouvernement rectement leurs ordres de Rome et habitant La population européenne est alors d’en- cées, la rue de Madras et la rue de Valdaour de M. Lenoir ; elle est changée si avantageu-avec leur famille sur le site même de la loge. La viron deux cents habitants, le commerce est qui sont aujourd’hui les rues Gandhi et Nehru. sement en toutes choses qu’elle ne serait pas situation des loges romaines présente d’extra- prospère mais en 1693, mécontents que leur Une autorisation de construire est nécessaire reconnaissable à ceux qui ne l’auraient pas vue ordinaires similitudes avec le système qui sera monopole soit remis en cause, les Hollandais et des ordonnances commandent la destruc- depuis dix ans… Pondichéry avait les rues [...] établi plusieurs siècles plus tard par les diffé- assiègent la ville qui capitule après une lutte tion des maisons qui ne respectent pas les ali- plantées d’arbres des deux côtés, ce qui est rentes « Compagnies des Indes ». On peut donc inégale. Pondichéry sera occupée par les Hol- gnements. d’un aspect charmant. »dire que Virampatnam était l’un des premiers landais pendant six ans, période pendant
laLenoir est également un habile homme comptoirs européens en Inde. quelle ils reconstruiront la ville selon un plan
Benoist Dumas, le successeur de Lenoir, d’affaires. Les marchands indiens, mis en dont on pensa pendant longtemps qu’il avait
Virampatnam tomba dans le déclin vers le réussira là où tous ses prédécesseurs avaient confiance, font crédit à Pondichéry qui peut été l’œuvre des Français.
eiii siècle et, après une inondation, fut recons- échoué, c’est-à-dire à obtenir le droit de battre ainsi attendre l’envoi d’autres fonds de France.
truite plus au nord sur un emplacement plus monnaie, ce qui rapporte d’importants béné-Le 16 septembre 1699, trois jours après La prospérité et l’ordre règnent. Cent vingt
e10 11sûr, et fut jusqu’au xiv siècle une agglomé- fices à la Compagnie. Sous la direction de Du-avoir signé un traité avec les Hollandais, Fran- « pions » assurent la police et Lenoir lutte
ration active dont le Pondichéry actuel aurait mas, la domination ainsi que le prestige de la çois Martin reprend possession de Pondichéry contre les interdits de caste qui empêchent
été le faubourg portuaire. Pondichéry fit suc- France grandissent considérablement. qu’il a rachetée pour 87 028 livres. Il ordonne les intouchables d’utiliser certaines voies
pucessivement partie du royaume des Pallavas, la construction d’une nouvelle forteresse à la bliques : « Le roi ne veut faire aucune
distincdes Andhras, des Pandyas, des Cheras, et des Vauban – le fort Saint-Louis – qui sera achevée tion entre ses sujets quelles que soient leurs Quand Dumas quitte l’Inde le 19 octobre
Cholas, puis de l’empire de Vijayanagar, des en 1706. C’est à partir de ce fort que va se déve- croyances, leur race, leur richesse ou leur pau- 1741, la population de Pondichéry est estimée
Nayaks, des Marathes et enfin des Mogols. lopper, de part et d’autre de la rue des Français, vreté, par conséquent chacun peut, à cheval ou à 1 200 Européens et 120 000 Indiens.
le quartier fondateur de la « ville blanche » : le
quartier Saint-Laurent.De François Martin à Benoist Dumas
Les habitations deviennent plus nombreu-Avant le retour des Français, les Hollandais
ses et François Martin fait tracer deux autres puis les Danois se sont succédé à Pondichéry.
rues parallèlement à la rue des Français : la Le passage des Danois, aussi bref fût-il,
marrue des Capucins (rue Romain Rolland) et la que la naissance de la ville européenne avec la
rue du Pavillon (rue Suffren). Il fait également construction des premières maisons selon un
construire un palais pour le gouverneur, un ba-modèle occidental.
zar, des magasins et des boutiques. Le quartier
L’hostilité des Anglais et des Hollandais Saint-Laurent fait symétrie au quartier
Saintoblige Bellanger à quitter Pondichéry avec Joseph, quartier fondateur de la « ville noire »,
toute l’escadre : il laisse cependant derrière lui partie indienne de Pondichéry qui avait été
François Martin avec six Français et deux ca- construite pendant l’occupation hollandaise.
pucins chassés par les Anglais de Madras, ain- Constituée exclusivement de maisons
d’archisi qu’un chirurgien de marine évadé de Cey- tecture tamoule, chaque rue est habitée par des
lan... Il y a aussi les soixante matelots de La corporations différentes : tisserands, orfèvres,
Diligente qui avait dû relâcher pour réparer ses menuisiers, etc.
avaries. Cette poignée d’hommes constitue la
Le quartier abrite également deux temples première véritable communauté française de
ainsi que l’église des Jésuites et l’église des Mis-Pondichéry.
sions Étrangères. Dans la ville blanche, le
quarIl faut attendre dix ans pour que s’établis- plan de pondichéry par Nicolas de Fer en 1702tier Saint-Laurent sera suivi de la construction
se, avec le Saint-d’Assise, une ligne commer- du quartier Saint-Louis, tandis que dans la ville
ciale maritime entre Pondichéry et la France. noire sera construit le quartier de l’Hôpital.
En 1686, François Martin décide de fortifier
plus solidement la place en construisant une La mort de François Martin, le 31
décemenceinte de briques avec quatre tours rondes, bre 1706 à Pondichéry, sera suivie de quinze
deydadtyadte
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui© image : internet
une industrie de fabrication de perles très ac- suffisante pour résister aux attaques des Mau- années de chaos, jusqu’à l’arrivée en 1721 de à palanquin, emprunter pour rentrer chez lui
tive que les Romains y avaient établi une loge. res, mais pas au siège d’une armée européen- Pierre Lenoir, administrateur de talent, sous la les nouvelles voies percées. »
ne... À l’extérieur du fort, une première rue se direction duquel la ville s’organisera et
prospèL’existence d’un emporium implique la pré- dessine, elle prendra le nom de « rue des Fran- rera. Ainsi sur son initiative, les deux « villes » En 1735, date du retour de Lenoir en sence, sur des périodes de douze à dix-huit çais » : l’actuelle rue Dumas. seront entourées d’une enceinte fortifiée et France, le chevalier de la Farelle écrit : « Cette ans, de fonctionnaires romains, recevant di- deux grandes artères principales seront per- ville a beaucoup changé sous le gouvernement rectement leurs ordres de Rome et habitant La population européenne est alors d’en- cées, la rue de Madras et la rue de Valdaour de M. Lenoir ; elle est changée si avantageu-avec leur famille sur le site même de la loge. La viron deux cents habitants, le commerce est qui sont aujourd’hui les rues Gandhi et Nehru. sement en toutes choses qu’elle ne serait pas situation des loges romaines présente d’extra- prospère mais en 1693, mécontents que leur Une autorisation de construire est nécessaire reconnaissable à ceux qui ne l’auraient pas vue ordinaires similitudes avec le système qui sera monopole soit remis en cause, les Hollandais et des ordonnances commandent la destruc- depuis dix ans… Pondichéry avait les rues [...] établi plusieurs siècles plus tard par les diffé- assiègent la ville qui capitule après une lutte tion des maisons qui ne respectent pas les ali- plantées d’arbres des deux côtés, ce qui est rentes « Compagnies des Indes ». On peut donc inégale. Pondichéry sera occupée par les Hol- gnements. d’un aspect charmant. »dire que Virampatnam était l’un des premiers landais pendant six ans, période pendant
laLenoir est également un habile homme comptoirs européens en Inde. quelle ils reconstruiront la ville selon un plan
Benoist Dumas, le successeur de Lenoir, d’affaires. Les marchands indiens, mis en dont on pensa pendant longtemps qu’il avait
Virampatnam tomba dans le déclin vers le réussira là où tous ses prédécesseurs avaient confiance, font crédit à Pondichéry qui peut été l’œuvre des Français.
eiii siècle et, après une inondation, fut recons- échoué, c’est-à-dire à obtenir le droit de battre ainsi attendre l’envoi d’autres fonds de France.
truite plus au nord sur un emplacement plus monnaie, ce qui rapporte d’importants béné-Le 16 septembre 1699, trois jours après La prospérité et l’ordre règnent. Cent vingt
e10 11sûr, et fut jusqu’au xiv siècle une agglomé- fices à la Compagnie. Sous la direction de Du-avoir signé un traité avec les Hollandais, Fran- « pions » assurent la police et Lenoir lutte
ration active dont le Pondichéry actuel aurait mas, la domination ainsi que le prestige de la çois Martin reprend possession de Pondichéry contre les interdits de caste qui empêchent
été le faubourg portuaire. Pondichéry fit suc- France grandissent considérablement. qu’il a rachetée pour 87 028 livres. Il ordonne les intouchables d’utiliser certaines voies
pucessivement partie du royaume des Pallavas, la construction d’une nouvelle forteresse à la bliques : « Le roi ne veut faire aucune
distincdes Andhras, des Pandyas, des Cheras, et des Vauban – le fort Saint-Louis – qui sera achevée tion entre ses sujets quelles que soient leurs Quand Dumas quitte l’Inde le 19 octobre
Cholas, puis de l’empire de Vijayanagar, des en 1706. C’est à partir de ce fort que va se déve- croyances, leur race, leur richesse ou leur pau- 1741, la population de Pondichéry est estimée
Nayaks, des Marathes et enfin des Mogols. lopper, de part et d’autre de la rue des Français, vreté, par conséquent chacun peut, à cheval ou à 1 200 Européens et 120 000 Indiens.
le quartier fondateur de la « ville blanche » : le
quartier Saint-Laurent.De François Martin à Benoist Dumas
Les habitations deviennent plus nombreu-Avant le retour des Français, les Hollandais
ses et François Martin fait tracer deux autres puis les Danois se sont succédé à Pondichéry.
rues parallèlement à la rue des Français : la Le passage des Danois, aussi bref fût-il,
marrue des Capucins (rue Romain Rolland) et la que la naissance de la ville européenne avec la
rue du Pavillon (rue Suffren). Il fait également construction des premières maisons selon un
construire un palais pour le gouverneur, un ba-modèle occidental.
zar, des magasins et des boutiques. Le quartier
L’hostilité des Anglais et des Hollandais Saint-Laurent fait symétrie au quartier
Saintoblige Bellanger à quitter Pondichéry avec Joseph, quartier fondateur de la « ville noire »,
toute l’escadre : il laisse cependant derrière lui partie indienne de Pondichéry qui avait été
François Martin avec six Français et deux ca- construite pendant l’occupation hollandaise.
pucins chassés par les Anglais de Madras, ain- Constituée exclusivement de maisons
d’archisi qu’un chirurgien de marine évadé de Cey- tecture tamoule, chaque rue est habitée par des
lan... Il y a aussi les soixante matelots de La corporations différentes : tisserands, orfèvres,
Diligente qui avait dû relâcher pour réparer ses menuisiers, etc.
avaries. Cette poignée d’hommes constitue la
Le quartier abrite également deux temples première véritable communauté française de
ainsi que l’église des Jésuites et l’église des Mis-Pondichéry.
sions Étrangères. Dans la ville blanche, le
quarIl faut attendre dix ans pour que s’établis- plan de pondichéry par Nicolas de Fer en 1702tier Saint-Laurent sera suivi de la construction
se, avec le Saint-d’Assise, une ligne commer- du quartier Saint-Louis, tandis que dans la ville
ciale maritime entre Pondichéry et la France. noire sera construit le quartier de l’Hôpital.
En 1686, François Martin décide de fortifier
plus solidement la place en construisant une La mort de François Martin, le 31
décemenceinte de briques avec quatre tours rondes, bre 1706 à Pondichéry, sera suivie de quinze
deydadtyadte
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
pondichÉr ’hier ’ujourd’huide Pondichéry dont il arbora la bannière, à manifeste. En Europe aussi, la rivalité entre
côté de celles du roi et de la Compagnie. les deux États s’accusa brutalement lorsqu’en
1746 la guerre de Succession d’Autriche éclata.
En 1746, un témoin anonyme racontait : Plus qu’une guerre européenne, ce fut aussi
« Tous les jours quand il sort de chez lui, il est l’une des premières guerres mondiales.
précédé de deux drapeaux, d’une douzaine de
pions entre ses gardes à cheval qui l’accompa- Dupleix méconnaissait enfin une autre
gnent surtout quand il sort de la ville. Mais concurrence, celle qui, au sein du royaume, se
lorsqu’il marche en cérémonie, il est précédé dessinait peu à peu, opposant les intérêts des La PoL de plus de cent cavaliers, de trois éléphants, Indes occidentales à ceux des Indes orientales :
sur lesquels on porte des drapeaux et son car- eau cours du xviii siècle, le commerce du sucre
rosse est suivi d’une foule de cavaliers et de e duPLeix et du coton américain devint plus important
baladines. » en chiffre d’affaires que celui des textiles, des
épices et pierres précieuses venus d’Inde. La Ce « nababisme » fut un pas décisif, que
par Raphaël Malangin Louisiane à elle seule semblait, à la fin du siè-Dumas avait préparé mais que Dupleix a
cle, contribuer pour plus de la moitié au com-claire ment franchi, dans « l’indianisation » de
merce extérieur français.la présence française. C’était, en fait, la suite
logique des traités de création des Comptoirs 12 13
et la conséquence de l’éloignement des cen- Batailles tropicales
tres de décision qui provoquait leur complète et comptoirs assiégésRaphaël Malangin est professeur d’histoire la charge de premier conseiller au Conseil
suautonomie. et géographie au Lycée français de Pondichéry, périeur de Pondichéry.
Une telle situation réclamait des choix po-conseiller scientifique de l’INTACH-Pondicherry, La seule exigence de la Compagnie était le litiques clairs et Dupleix les fit : à l’annonce Joseph-François partit donc en 1722. Dans doctorant en histoire à l’université de Nantes, au profit qui dépendait surtout des grands du- de la guerre, il s’attaqua à Madras et la prit, le comptoir, ses passe-droits lui attirèrent im-CRHIA, historien et auteur du livre Pondicherry, bash, les courtiers d’affaires indiens. Le jour- profitant de la présence d’une escadre venue médiatement la méfiance du gouverneur Le that was Once French India, paru aux éditions nal d’Ananda Ranga Pillai, l’interprète officiel de l’île Bourbon commandée par Mahé de La Noir. Dupleix dut alors abandonner sa charge Roli Books à New Delhi en 2015, ainsi que de de Dupleix et son courtier, montre bien à quel Bourdonnais. Mais La Bourdonnais, dont la de conseiller et il lui fallut de solides protec-nombreux articles scientifiques sur Pondichéry et point les Indiens tenaient le commerce au flotte fut dispersée par un ouragan, signa un tions en France, particulièrement celle de son son patrimoine. nom des Français. Sa maison, située en face traité qui garantissait le retour de Madras aux frère aîné, pour y conserver un poste. À
Pondiedu Grand Bazar, rare témoignage du xviii Anglais à la fin des hostilités. À la fureur de chéry, il montra profil bas, s’initia aux affaires,
siècle à Pondichéry, reflète la puissance et la Dupleix, il répondit : « Vous avez voulu Ma-n qualifie souvent la première partie intrigua, et utilisa ses relations en coulisse.
richesse d’un homme dont le journal est resté e dras, je vous l’ai remise avec une capitulation, du xviii siècle de « glorieuse » pour
un document unique sur la période française.Celles-ci jouèrent en sa faveur en 1731 : il il est vrai. Si elle n’est pas bonne, vous pouvez Oles Français en Inde. À cette époque,
fut nommé directeur de Chandernagor. Cette bien la rompre. » on se demandait pourtant déjà, et on se de- Mais la faveur de Dupleix se fit dans un
charge lui réussit car le commerce connut là-mande encore aujourd’hui, si l’aventure de contexte marqué par le durcissement de la
Cette victoire, et l’excellente défense de bas une belle embellie. Lui-même devint, dit-Dupleix n’avait pas été un malentendu. Selon concurrence entre les Européens en Inde.
EnPondichéry en 1748, montra à quel point on, immensément riche grâce au commerce Ananda Ranga Pillai : « Comme un jardinier, tre 1730 et 1753, les Anglais et les Français
les Français avaient affirmé leur présence. d’Inde en Inde. Sa maison et ses jardins à M. Lenoir a amendé le sol, labouré, fumé et développaient symétriquement leurs
domaiMais elle décupla la compétition entre Fran-Goretty étaient célèbres jusqu’en France pour préparé la culture. Il l’a planté d’arbres qui nes commerciaux, au point qu’ils se trouvaient
çais et Anglais. Aussi, la guerre de Succession leurs beautés. En 1741, il épousa la veuve de fleurirent et portèrent des fruits dont il a joui menacés l’un par l’autre. Madras, premier
étad’Autriche terminée, Madras rendue aux An-son associé et ami. Jeanne Vincent, née De en son temps, M. Dumas dévora le produit. blissement anglais dans la région, situé à
seuglais contre Louisbourg, les hostilités ne ces-Castro, était une « topasine » qui joua un rôle Au temps de M. Dupleix, une tempête a dé- lement cent cinquante kilomètres de
Pondisèrent pas, mais se couvrirent du voile des d’une importance capitale dans la carrière de voré le jardin. » chéry, refusait tout accord avec la concession
affaires indiennes. Dupleix. Cette prospérité fut remarquée par française. « Il est de plus en plus évident que
Joseph-François Dupleix fut le cinquième la Compagnie et, en janvier 1742, au départ les Français ont pour but d’exclure les Anglais
gouverneur de Pondichéry. Né en 1697, il était Lors d’une querelle de succession entre ra-du gouverneur Dumas, on lui confia enfin d’abord du commerce du Coromandel, puis de
le fils d’un financier du roi, grand actionnaire jas (rois), Dupleix soutint les contestataires. La le poste de Pondichéry. Il y apporta, avec sa celui de l’Inde entière », écrivait l’un des
resde la Compagnie des Indes, qui collectionnait conspiration réussit en 1750 grâce à la prise de femme de culture indo-portugaise, une nou- ponsables de l’East Indian Company à Madras
les titres honorifiques par l’acquisition d’offi- Gingy, suivie d’une campagne victorieuse des velle vision des rapports de force en Inde. après 1750.
ces. Son père ne l’aimait guère et le trouvait Français. Dupleix obtint du nouveau soubab du
instable, il favorisa son exil afin de forger son S’engageant franchement dans le jeu poli- La brouille entre les Européens, habituel- Deccan, Mouzzafar, et du nazir d’Arcot,
Chancaractère. Usant de son influence, il lui acheta tique indien, il se fit décerner le titre de nawab lement cour tois entre eux, était désormais da Sahib, des privilèges extraordinaires : il fut
yddeaatedddty
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
itiquede Pondichéry dont il arbora la bannière, à manifeste. En Europe aussi, la rivalité entre
côté de celles du roi et de la Compagnie. les deux États s’accusa brutalement lorsqu’en
1746 la guerre de Succession d’Autriche éclata.
En 1746, un témoin anonyme racontait : Plus qu’une guerre européenne, ce fut aussi
« Tous les jours quand il sort de chez lui, il est l’une des premières guerres mondiales.
précédé de deux drapeaux, d’une douzaine de
pions entre ses gardes à cheval qui l’accompa- Dupleix méconnaissait enfin une autre
gnent surtout quand il sort de la ville. Mais concurrence, celle qui, au sein du royaume, se
lorsqu’il marche en cérémonie, il est précédé dessinait peu à peu, opposant les intérêts des La PoL de plus de cent cavaliers, de trois éléphants, Indes occidentales à ceux des Indes orientales :
sur lesquels on porte des drapeaux et son car- eau cours du xviii siècle, le commerce du sucre
rosse est suivi d’une foule de cavaliers et de e duPLeix et du coton américain devint plus important
baladines. » en chiffre d’affaires que celui des textiles, des
épices et pierres précieuses venus d’Inde. La Ce « nababisme » fut un pas décisif, que
par Raphaël Malangin Louisiane à elle seule semblait, à la fin du siè-Dumas avait préparé mais que Dupleix a
cle, contribuer pour plus de la moitié au com-clairem ent franchi, dans « l’indianisation » de
merce extérieur français.la présence française. C’était, en fait, la suite
logique des traités de création des Comptoirs 12 13
et la conséquence de l’éloignement des cen- Batailles tropicales
tres de décision qui provoquait leur complète et comptoirs assiégésRaphaël Malangin est professeur d’histoire la charge de premier conseiller au Conseil
suautonomie. et géographie au Lycée français de Pondichéry, périeur de Pondichéry.
Une telle situation réclamait des choix po-conseiller scientifique de l’INTACH-Pondicherry, La seule exigence de la Compagnie était le litiques clairs et Dupleix les fit : à l’annonce Joseph-François partit donc en 1722. Dans doctorant en histoire à l’université de Nantes, au profit qui dépendait surtout des grands du- de la guerre, il s’attaqua à Madras et la prit, le comptoir, ses passe-droits lui attirèrent im-CRHIA, historien et auteur du livre Pondicherry, bash, les courtiers d’affaires indiens. Le jour- profitant de la présence d’une escadre venue médiatement la méfiance du gouverneur Le that was Once French India, paru aux éditions nal d’Ananda Ranga Pillai, l’interprète officiel de l’île Bourbon commandée par Mahé de La Noir. Dupleix dut alors abandonner sa charge Roli Books à New Delhi en 2015, ainsi que de de Dupleix et son courtier, montre bien à quel Bourdonnais. Mais La Bourdonnais, dont la de conseiller et il lui fallut de solides protec-nombreux articles scientifiques sur Pondichéry et point les Indiens tenaient le commerce au flotte fut dispersée par un ouragan, signa un tions en France, particulièrement celle de son son patrimoine. nom des Français. Sa maison, située en face traité qui garantissait le retour de Madras aux frère aîné, pour y conserver un poste. À
Pondiedu Grand Bazar, rare témoignage du xviii Anglais à la fin des hostilités. À la fureur de chéry, il montra profil bas, s’initia aux affaires,
siècle à Pondichéry, reflète la puissance et la Dupleix, il répondit : « Vous avez voulu Ma-n qualifie souvent la première partie intrigua, et utilisa ses relations en coulisse.
richesse d’un homme dont le journal est resté e dras, je vous l’ai remise avec une capitulation, du xviii siècle de « glorieuse » pour
un document unique sur la période française.Celles-ci jouèrent en sa faveur en 1731 : il il est vrai. Si elle n’est pas bonne, vous pouvez Oles Français en Inde. À cette époque,
fut nommé directeur de Chandernagor. Cette bien la rompre. » on se demandait pourtant déjà, et on se de- Mais la faveur de Dupleix se fit dans un
charge lui réussit car le commerce connut là-mande encore aujourd’hui, si l’aventure de contexte marqué par le durcissement de la
Cette victoire, et l’excellente défense de bas une belle embellie. Lui-même devint, dit-Dupleix n’avait pas été un malentendu. Selon concurrence entre les Européens en Inde.
EnPondichéry en 1748, montra à quel point on, immensément riche grâce au commerce Ananda Ranga Pillai : « Comme un jardinier, tre 1730 et 1753, les Anglais et les Français
les Français avaient affirmé leur présence. d’Inde en Inde. Sa maison et ses jardins à M. Lenoir a amendé le sol, labouré, fumé et développaient symétriquement leurs
domaiMais elle décupla la compétition entre Fran-Goretty étaient célèbres jusqu’en France pour préparé la culture. Il l’a planté d’arbres qui nes commerciaux, au point qu’ils se trouvaient
çais et Anglais. Aussi, la guerre de Succession leurs beautés. En 1741, il épousa la veuve de fleurirent et portèrent des fruits dont il a joui menacés l’un par l’autre. Madras, premier
étad’Autriche terminée, Madras rendue aux An-son associé et ami. Jeanne Vincent, née De en son temps, M. Dumas dévora le produit. blissement anglais dans la région, situé à
seuglais contre Louisbourg, les hostilités ne ces-Castro, était une « topasine » qui joua un rôle Au temps de M. Dupleix, une tempête a dé- lement cent cinquante kilomètres de
Pondisèrent pas, mais se couvrirent du voile des d’une importance capitale dans la carrière de voré le jardin. » chéry, refusait tout accord avec la concession
affaires indiennes. Dupleix. Cette prospérité fut remarquée par française. « Il est de plus en plus évident que
Joseph-François Dupleix fut le cinquième la Compagnie et, en janvier 1742, au départ les Français ont pour but d’exclure les Anglais
gouverneur de Pondichéry. Né en 1697, il était Lors d’une querelle de succession entre ra-du gouverneur Dumas, on lui confia enfin d’abord du commerce du Coromandel, puis de
le fils d’un financier du roi, grand actionnaire jas (rois), Dupleix soutint les contestataires. La le poste de Pondichéry. Il y apporta, avec sa celui de l’Inde entière », écrivait l’un des
resde la Compagnie des Indes, qui collectionnait conspiration réussit en 1750 grâce à la prise de femme de culture indo-portugaise, une nou- ponsables de l’East Indian Company à Madras
les titres honorifiques par l’acquisition d’offi- Gingy, suivie d’une campagne victorieuse des velle vision des rapports de force en Inde. après 1750.
ces. Son père ne l’aimait guère et le trouvait Français. Dupleix obtint du nouveau soubab du
instable, il favorisa son exil afin de forger son S’engageant franchement dans le jeu poli- La brouille entre les Européens, habituel- Deccan, Mouzzafar, et du nazir d’Arcot,
Chancaractère. Usant de son influence, il lui acheta tique indien, il se fit décerner le titre de nawab lement cour tois entre eux, était désormais da Sahib, des privilèges extraordinaires : il fut
yddeaatedddty
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nommé commandant des forces du royaume sévèrement : « Tandis qu’il sacrifiait à son am- Lord Pigot, un protestant français émigré fait réduire en poussière toutes les églises et
d’Arcot et élargit le territoire contrôlé par Pon- bition effrénée les sujets du roi et qu’il épui- en Angleterre, ordonna alors de raser la ville toutes les maisons des différents particuliers,
dichéry au village de Villianur. sait leur sang pour remplir ses coffres d’or et blanche en représailles de la destruction de la maison du sieur Auber a subi le même sort. »
de diamants, jamais ne fut-il tenté de diriger fort Saint David. Lally Tollendal, prisonnier, Et d’ajouter : « Les Anglais en ont fait enlever
Grâce à son lieutenant Bussy, qui accom- lui-même ces expéditions téméraires ? » dé- fut jugé à son retour en France et condamné tous les bois de charpente, de menuiserie,
porpagna le nizam à Hyderabad, il contrôla poli- clarait Boisserolle, l’avocat commis par les of- à la peine capitale. Décapité en 1766, il fut tes, fenêtres, ferrures et généralement tout ce
tiquement l’ensemble du plateau du Deccan. ficiers que Dupleix accusait d’incompétence. ensuite réhabilité en 1778 grâce au fameux qui a pu être emporté, excepté le gravois. »
Dupleix était alors au sommet de sa puissance. plaidoyer de Voltaire.
Mais l’un des vassaux du nazir, le raja de Tan- La conséquence directe de cet échec fut l’ex- L’année 1761 fut bien un point d’orgue.
jore, mauvais payeur et peu enclin à la soumis- trême pusillanimité avec laquelle les gouver- En 1773 encore, la dame veuve Auber, de- Mais « l’aventure des Français » avait montré à
sion, tenta de faire chuter son suzerain avec le neurs traitèrent les affaires indiennes, ayant à vant notaire, peinait à faire reconnaître ses tous les États européens que, lorsqu’un
arrièconcours des Anglais qui soutenaient Mehemet cœur de respecter les consignes de la Compa- droits sur l’emplacement de la maison qu’elle re-pays est secoué par de nombreux troubles
Ali, un prétendant écarté par Chanda Sahib. gnie selon laquelle la guerre était fondamenta- occupait avant 1761 avec son mari, à l’angle de politiques, il est indispensable d’obtenir par
lement nuisible aux intérêts du commerce. l’actuelle rue Suffren et de la rue Lal Baha dur la force un contrôle plus ou moins lâche des
Les campagnes militaires furent courtes Shastri : « Après la prise de cette place, expli- zones de production. L’idée que l’Occident
démais violentes, elles tournèrent au désavan- Mais les temps n’en étaient déjà plus là et que-t-on, les Anglais en ont chassé les habi- tiendrait une supériorité militaire et
technitage des Français qui échouèrent à déloger la guerre éclata à nouveau, celle de Sept ans en tants sans aucune exception et se sont occupés que sur l’Orient avait déjà fait son chemin. Ce
de la destruction d’icelle, après avoir fait abat- sont autant de leçons appliquées d’abord par 14 15
tre toutes les fortifications et autres bâtiments l’East Indian Company en Inde, puis, au cours
eappartenant à la Compagnie des Indes. Ils ont du xix siècle, par tous les colonisateurs.
Mehemet Ali de sa forteresse de Trichyno- 1756. L’escadre envoyée, commandée par Lally
poly. Les assassinats firent rage et on égorgea Tollendal, un Irlandais catholique émigré en
beaucoup en Inde : le nizam d’Hyderabad fut France pour fuir les persécutions religieuses,
tué dès 1751, mais l’on réussit à placer provi- fut finalement mal armée par le roi. Les
Ansoirement son oncle au pouvoir. glais étaient déterminés à éliminer les
Français et avaient la possibilité de le faire sans se
Alors les Mahrattes s’en mêlèrent et Bussy soucier d’éventuelles représailles indiennes : ils
dut soutenir ce roi fantoche. Chanda Sahib, le prirent Chandernagor dès 1757.
nawab d’Arcot, fut pris et décapité à Srinagar
Lally Tollendal, s’obstinant à leur rendre en 1753. Les Français reculèrent face au jeune
la pareille, s’attaqua au fort Saint David qu’il Robert Clive. Pour finir, on négocia. À la fin
détruisit entièrement en 1758, puis envoya de l’année, la tentative de mise sous influence
toutes ses troupes sur Madras, suivre les pas du sud de l’Inde avait échoué. La colonie était plan de pondichéry en 1741, par Nicolas Bellin
de Dupleix. Le siège fut un fiasco et Lally fut ruinée par la guerre et par la rupture de ses
battu à Vandavashi en 1760. Dans son ob-alliances avec les rois indiens.
session, il laissa échapper Pondichéry qui fut
Dupleix fut rappelé en France. Le temps assiégée, affamée et finalement se rendit aux
des comptes était arrivé et l’homme fut jugé Anglais en 1761.
deydatdtdaye
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui
pondichÉr ’hier ’ujourd’hui© image : internet
nommé commandant des forces du royaume sévèrement : « Tandis qu’il sacrifiait à son am- Lord Pigot, un protestant français émigré fait réduire en poussière toutes les églises et
d’Arcot et élargit le territoire contrôlé par Pon- bition effrénée les sujets du roi et qu’il épui- en Angleterre, ordonna alors de raser la ville toutes les maisons des différents particuliers,
dichéry au village de Villianur. sait leur sang pour remplir ses coffres d’or et blanche en représailles de la destruction de la maison du sieur Auber a subi le même sort. »
de diamants, jamais ne fut-il tenté de diriger fort Saint David. Lally Tollendal, prisonnier, Et d’ajouter : « Les Anglais en ont fait enlever
Grâce à son lieutenant Bussy, qui accom- lui-même ces expéditions téméraires ? » dé- fut jugé à son retour en France et condamné tous les bois de charpente, de menuiserie,
porpagna le nizam à Hyderabad, il contrôla poli- clarait Boisserolle, l’avocat commis par les of- à la peine capitale. Décapité en 1766, il fut tes, fenêtres, ferrures et généralement tout ce
tiquement l’ensemble du plateau du Deccan. ficiers que Dupleix accusait d’incompétence. ensuite réhabilité en 1778 grâce au fameux qui a pu être emporté, excepté le gravois. »
Dupleix était alors au sommet de sa puissance. plaidoyer de Voltaire.
Mais l’un des vassaux du nazir, le raja de Tan- La conséquence directe de cet échec fut l’ex- L’année 1761 fut bien un point d’orgue.
jore, mauvais payeur et peu enclin à la soumis- trême pusillanimité avec laquelle les gouver- En 1773 encore, la dame veuve Auber, de- Mais « l’aventure des Français » avait montré à
sion, tenta de faire chuter son suzerain avec le neurs traitèrent les affaires indiennes, ayant à vant notaire, peinait à faire reconnaître ses tous les États européens que, lorsqu’un
arrièconcours des Anglais qui soutenaient Mehemet cœur de respecter les consignes de la Compa- droits sur l’emplacement de la maison qu’elle re-pays est secoué par de nombreux troubles
Ali, un prétendant écarté par Chanda Sahib. gnie selon laquelle la guerre était fondamenta- occupait avant 1761 avec son mari, à l’angle de politiques, il est indispensable d’obtenir par
lement nuisible aux intérêts du commerce. l’actuelle rue Suffren et de la rue Lal Baha dur la force un contrôle plus ou moins lâche des
Les campagnes militaires furent courtes Shastri : « Après la prise de cette place, expli- zones de production. L’idée que l’Occident
démais violentes, elles tournèrent au désavan- Mais les temps n’en étaient déjà plus là et que-t-on, les Anglais en ont chassé les habi- tiendrait une supériorité militaire et
technitage des Français qui échouèrent à déloger la guerre éclata à nouveau, celle de Sept ans en tants sans aucune exception et se sont occupés que sur l’Orient avait déjà fait son chemin. Ce
de la destruction d’icelle, après avoir fait abat- sont autant de leçons appliquées d’abord par 14 15
tre toutes les fortifications et autres bâtiments l’East Indian Company en Inde, puis, au cours
eappartenant à la Compagnie des Indes. Ils ont du xix siècle, par tous les colonisateurs.
Mehemet Ali de sa forteresse de Trichyno- 1756. L’escadre envoyée, commandée par Lally
poly. Les assassinats firent rage et on égorgea Tollendal, un Irlandais catholique émigré en
beaucoup en Inde : le nizam d’Hyderabad fut France pour fuir les persécutions religieuses,
tué dès 1751, mais l’on réussit à placer provi- fut finalement mal armée par le roi. Les
Ansoirement son oncle au pouvoir. glais étaient déterminés à éliminer les
Français et avaient la possibilité de le faire sans se
Alors les Mahrattes s’en mêlèrent et Bussy soucier d’éventuelles représailles indiennes : ils
dut soutenir ce roi fantoche. Chanda Sahib, le prirent Chandernagor dès 1757.
nawab d’Arcot, fut pris et décapité à Srinagar
Lally Tollendal, s’obstinant à leur rendre en 1753. Les Français reculèrent face au jeune
la pareille, s’attaqua au fort Saint David qu’il Robert Clive. Pour finir, on négocia. À la fin
détruisit entièrement en 1758, puis envoya de l’année, la tentative de mise sous influence
toutes ses troupes sur Madras, suivre les pas du sud de l’Inde avait échoué. La colonie était plan de pondichéry en 1741, par Nicolas Bellin
de Dupleix. Le siège fut un fiasco et Lally fut ruinée par la guerre et par la rupture de ses
battu à Vandavashi en 1760. Dans son ob-alliances avec les rois indiens.
session, il laissa échapper Pondichéry qui fut
Dupleix fut rappelé en France. Le temps assiégée, affamée et finalement se rendit aux
des comptes était arrivé et l’homme fut jugé Anglais en 1761.
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