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PONTS ET FRONTIÈRES ENTRE ESPAGNE ET MAGHREB

De
257 pages
L'Espagne est généralement présentée comme un État ayant vocation à servir de " pont " entre l'Europe et le Maghreb et le monde arabe. La normalisation des relations hispano-maghrébines, entreprise au sortir du franquisme semble aujourd'hui acquise, mais les principaux contentieux - notamment territoriaux- ne sont pas réglés et l'immigration nord-africaine devient l'un des principaux thèmes du dialogue hispano-marocain. Se pose maintenant en Espagne la question de l'intégration d'une communauté nord-africaine encore peu nombreuse mais en constante augmentation.
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PONTS ET FRONTIÈRES

ENTRE ESPAGNE ET MAGHREB

Collection Histoire et perspectives méditerranéennes dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Rachid Tridi, L'Algérie en quelques maux, autopsie d'une anomie. Samya Elmechat, Tunisie, les chemins vers l'indépendance (1945-1956). Abderrahim Larnchichi, L'islamisme en Algérie. Jacques Canteau, Le feu et la pluie de l'Atlas, vie quotidienne d'une famille de colons français. Roland Mattera, Retour en Tunisie après trente ans d'absence. Marc Baroli, L'Algérie terre d'espérances, colons et immigrants (18301914). Andrée Ghillet, Dieu aime celui qui aime les dattes, dialogue judéoislamo-chrétien. Jean-François Martin, Histoire de la Tunisie contemporaine, de Ferry à Bourguiba (1881-1956). Serge Paulthé, Lettres aux parents, correspondance d'un appelé en Algérie. Nicolas Beranger, Introduction et notes de Paul Sebag, La régence de Tunis à lafin du XVIIe siècle. Joseph Katz, L'honneur d'un général, Oran 1962. Monique Gadant, Parcours d'une intellectuelle en Algérie. Paul Sebag, Tunis au XVIIe s. : une cité barbaresque au temps de la course. Antigone Mouchtouris, La culture populaire en Grèce pendant les années 40-45. Abderrahim Lamchichi, Islam et contestation au Maghreb. Yvelise Bernard, L'Orient au XVIe siècle. Salem Chaker, Berbères aujourd'hui. Dahbia Abrous, L'honneur face au travail des femmes en Algérie. Daniel Jernma-Gouzon, Villages de l'Aurès - archives de pierres. Vincent Lagardère, Le vendredi de Zallâga, 23 octobre 1086. Fouad Benseddik, Syndicalisme et politique au Maroc. Abellah Ben Mlih, Structures politiques du Maroc colonial. Yvette Katan, Oujda, une ville frontière du Maroc. Musulmans, Juifs et Chrétiens en milieu colonial. Alain Quelle Villeger, La politique méditerranéenne de la France, un témoin Pierre Loti, 1870-1923. Mokhtar Lakehal, Récits d'exil d'un écrivant. Maurice Faivre, Un village de harkis.

Gilles DELMOTE

PONTS ET FRONTIÈRES ENTRE ESP AGNE ET MAGHREB

Préface Béatrice GIBLIN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN:

2-7475-0287-2

PREFACE
par Béatrice GIBLIN]

Ponts et Frontières entre Espagne et Maghreb, avec ce titre Gilles Delmote pose d'entrée de jeu la complexité, voire l'ambiguïté, des relations entre l'Espagne et le Maghreb. En effet, nombre de discours tenus par les responsables politiques de ces deux ensembles géopolitiques clament les bienfaits de la coopération entre les pays riverains de la Méditerranée et surtout entre l'Espagne et le Maroc, si proches géographiquement compte tenu de l'étroitesse du détroit de Gibraltar. Il est vrai que cette proximité a marqué et marque encore les relations hispano-maghrébines, mais ces relations ont été beaucoup plus souvent conflictuelles qu'amicales et le sont encore dans certains domaines. Il suffit d'évoquer la question des présides de Ceuta et Melilla points d'ancrage espagnols sur le territoire marocain ou les tensions xénophobes qui se développent en Andalousie du fait d'une immigration maghrébine, et surtout marocaine, en pleine croissance. Aussi, bien que les données géographiques restent toujours au cœur des relations hispano-maghrébines, leur caractère conflictuel invalide la représentation qui fait reposer sur la géographie la soi-disante vocation de l'Espagne à mener le dialogue avec les Etats maghrébins.

Professeur des universités, directrice du Centre de Recherches et d'Analyses Géopolitiques de l'université Paris 8

1

C'est pourquoi dans cet ouvrage Gilles Delmote s'attache à montrer qu'à la représentation communément admise d'une "vocation" de l'Espagne a être la tête de pont entre les deux rives de la Méditerranée s'opposent d'autres représentations bien ancrées dans la mémoire collective espagnole liées au souvenir des guerres marocaines ou à la guerre civile si l'on se souvient que des soldats marocains ont accompagné la marche conquérante de Franco. De même l'arrivée massive d'immigrés clandestins maghrébins qui traversent le détroit de Gibraltar dans des conditions le plus souvent dramatiques réactive fortement non seulement l'image du pont devenue "porte" mais aussi celle de la frontière, qu'il faut contrôler. Ainsi l'approche choisie par Gilles Delmote permet de mieux comprendre les atouts et les faiblesses actuels non seulement de l'Etat espagnol dans ses relations avec le Maghreb, mais aussi celles de la société civile. Il n'était assurément pas facile pour les gouvernements socialistes de se démarquer de la politique franquiste de la «traditionnelle amitié hispanoarabe» tout en cherchant à mettre en œuvre une coopération exemplaire et équilibrée avec l'ensemble des Etats du Maghreb mais sans grands moyens économiques et politiques, situation d'autant plus délicate au vu des contentieux territoriaux marocains sur les présides, sur le Sahara occidental et sur la souveraineté marocaine sur ses eaux territoriales. La question des frontières reste donc bien centrale dans les relations hispano-marocaines, même si cette question est en partie du ressort de l'Union Européenne depuis l'intégration de l'Espagne en 1986. Retraçant 1'histoire récente des relations hispanomaghrébines, Gilles Delmote montre comment le souci d'éviter les tensions avec le Maroc, a conduit tous les gouvernements espagnols depuis la transition démocratique à instaurer de bonnes relations avec les trois principaux Etats du Maghreb par le biais d'une coopération économique. Mais 6

selon Gilles Delmote au vu de la faiblesse des échanges et des investissements espagnols il est peu probable que le projet euro-méditerranéen de développement puisse réellement conduire à la stabilité régionale, le développement économique des Etats maghrébins étant loin de suffire pour mettre un terme à l'immigration clandestine. Et c'est bien là que se trouve le problème géopolitique majeur de l'Espagne problème de géopolitique à la fois externe relations entre l'Espagne et les Etats maghrébins - et interne relations entre populations locales et populations immigrées-. La violence des réactions xénophobes dans la petite ville d'El Ejido en Andalousie ce printemps a montré que la société espagnole dans son ensemble était loin de partager les visions généreuses et naïves des responsables des ONG espagnoles qui s'accrochent à l'expérience historique devenue mythe selon Gilles Delmote, d'Al Andalus. En effet, une partie de la société espagnole semble beaucoup plus atteinte par le «syndrome de l'invasion» que par les bienfaits du dialogue transméditerranéen. Ainsi, le rejet de l'immigration par une partie de plus en plus importante de la population espagnole est le signe selon Gilles Delmote des limites du discours multiculturaliste tenu dans certaines régions autonomes, comme la Catalogne et même l'Andalousie. Dans ce pays longtemps marqué par l'émigration des siens comment sera menée l'intégration de ceux longtemps craints et méprisés si ce n'est au temps lointain d'al Andalus ? Autant de questions délicates que Gilles Delmote aborde avec sérieux et distance grâce à l'efficacité de la méthode géopolitique qui prend en compte les différents points de vue sans les déformer grâce à la prise en compte des représentations plus ou moins contradictoires que chaque acteur se fait de la situation.

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INTRODUCTION

La Méditerranée est perçue depuis Fernand Braudel comme un lieu d'échanges permanents et de confrontations entre l'Occident chrétien, l'Orient musulman et le monde orthodoxe1. La Seconde Guerre mondiale terminée, la suprématie des deux superpuissances a étouffé toute tentative de penser une "Méditerranée sans les Grands,,2. Néanmoins, la fin de la guerre froide et la chute du bloc communiste ont entraîné les Etats d'Europe occidentale à redéfinir leur stratégie politique vis-à-vis de l'ex-Europe de l'Est, mais aussi vis-à-vis de leur" Sud". Parallèlement, outre-Atlantique, certains ont envisagé la Méditerranée comme l'un des futurs théâtres d'inévitables affrontements "civilisationnels" succédant aux confrontations idéologiques désormais dépassées. Après la guerre du Golfe, cette vision simpliste d'une lutte entre "l'Occident" et "l'Islam" a été défendue en 1993 par Samuel Huntington dans un article sur "Ie clash des civilisations,,3. Elle fut aussi perçue comme telle par une partie de l'opinion publique arabo-méditerranéenne notamment au Maghreb - qui dénonça le caractère dominateur de l'Occident4. La tenue à Madrid les 30 et 31 octobre 1991 d'une Conférence sur la paix au Proche-Orient parrainée par les Etats-Unis devait, entre autres, remédier à cette
Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, Armand Colin, Paris, 1949. 2 Charles Zorgbibe, La Méditerranée sans les Grands, Quadrige, 1997. 3 Samuel Huntington, The clash of civilisations, Foreign Affairs, vol 72 n° 3, 1993, pp. 22-49. 4 Michel Camau, "Les opinions publiques arabes et la crise du Golfe", L'Etat du Monde 1992, Eds. la Découverte, 1991, pp. 494-495. 1

diabolisation de l'Occident en débloquant le contentieux israélo-palestinien et en réaffirmant la volonté de l'administration Bush d'instaurer un "nouvel ordre mondial" équitable pour tous, une nouvelle ère de liberté et de paix pour tous les peuples. Tant pour les prophètes de la confrontation que pour les penseurs d'une autre Méditerranée, la question du rapport à la civilisation arabo-musulmane s'est posée aux Occidentaux et I'histoire a été mise à profit pour appuyer des thèses contradictoires. En Europe, cette guerre a accéléré la redéfinition des relations avec les "Pays Tiers Méditerranéens" (P.T.M.) et a suscité une nouvelle réflexion et une nouvelle approche politique visant à "réinventer" ou à "reconstruire" la Méditerranée. Les Etats européens ont ainsi engagé depuis 1991 l'Union européenne dans une Politique Méditerranéenne Rénovée (P.M.R.) destinée à renforcer les relations commerciales et financières avec les pays du bassin méditerranéen tout en encourageant leur intégration régionale. Lors de la Conférence euroméditerranéenne de Barcelone des 28 et 29 novembre 1995, principalement sous l'impulsion de la France et de l'Espagne, cette politique européenne a été redynamisée par l'établissement un "partenariat" avec les Pays de l'Est et du Sud de la Méditerranée (P.S.E.M.) qui le souhaitaient. Ce nouveau type de relation, qui implique - en théorie - un dialogue d'égal à égal, devait toucher aussi bien les questions politiques et de sécurité que celles économiques, financières et culturelles. Parmi les Etats européens activement engagés dans une politique méditerranéenne, l'Espagne occupe depuis une quinzaine d'années une place particulière à plus d'un titre et ce n'est pas un hasard si elle fut l'hôte de la Conférence sur la paix au Proche-Orient d'octobre 1991 et de la Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone de novembre 1995. Par ces deux événements, l'un de portée internationale, l'autre de 10

portée européenne, les gouvernements socialistes de Felipe Gonzalez sont parvenus, durant les années quatre-vingt dix, à mettre en avant la spécificité des liens historiques et politiques que l'Espagne prétendait maintenir avec le monde arabe. Ils ont parallèlement consacré le retour de l'Espagne démocratique sur les scènes diplomatiques internationale et européenne en tant que puissance régionale méditerranéenne. La présente étude des relations bilatérales hispanomaghrébines retrace ce processus ayant conduit à l'affirmation d'une "vocation" de l'Espagne démocratique à servir de "pont" entre les deux rives de la Méditerranée. Mais la métaphore du "pont" , que l'on retrouve déj à dans la rhétorique franquiste d'après guerre et qui fut largement inspirée par le discours des "africanistes" espagnols du début du siècle, s'appuie sur un argumentaire géographique - la proximité - et historique - al Andalus et la "traditionnelle amitié" avec le monde arabe - que l'on pourrait qualifier de déterministe. Plus que d'une "vocation" méditerranéenne de l'Espagne, il s'agit en fait, depuis les indépendances marocaine et algérienne, d'une volonté politique constante de ses dirigeants de surpasser les multiples contentieux hérités de la période du protectorat et de celle, plus lointaine, de la pénétration de l'Espagne des "Rois Catholiques" en Afrique du Nord. Ce n'est cependant qu'au cours des années quatrevingts, que les gouvernements successifs sont parvenus à définir une politique régionale cohérente et efficace vis-à-vis du Maghreb et ce, malgré la permanence - et l'émergence - de questions non résolues et potentiellement conflictuelles. Les limites territoriales actuelles de l'Espagne soulèvent en effet divers problèmes de frontières qui, pour I'heure, sont volontairement minimisés de part et d'autre du détroit de Gibraltar. Ces frontières ne se réduisent pas à la seule "enveloppe" externe de l'Etat au sens juridico-politique du terme. Elles résultent aussi de "représentations" plus ou moins 11

subjectives, telles les frontières naturelles, historiques ou culturelles. Certaines de ces représentations sont anciennes, d'autres ont été générées par des événements plus actuels comme par exemple le phénomène de l'immigration nordafricaine. Ne traiter ici que des relations hispano-maghrébines ne doit pas occulter le fait que la politique extérieure espagnole est aujourd'hui en partie déterminée par son appartenance à des entités politiques plus vastes que sont l'O.T.A.N. et l'Union européenne. Ces deux organisations dans lesquelles l'Espagne fait entendre sa voix, prétendent chacune développer une approche globale (et complémentaire) de leurs relations avec les Etats du bassin méditerranéen sensés représenter un ensemble régional cohérent. Néanmoins, la problématique méditerranéenne actuelle de l'Etat espagnol se pose essentiellement en terme de relations bilatérales avec les Etats du Maghreb et non pas, comme feignait de le croire le régime franquiste, à travers une "politique arabe" ou, comme la Conférence de Barcelone l'a récemment fait espérer, à travers une politique "euro-méditerranéenne". La coopération globale entre les deux rives définie lors de cette conférence se trouve en effet réduite aujourd'hui à une série d'accords économiques et financiers dont les conséquences bénéfiques à moyen terme ne sont pas garanties pour les Etats ayant signé un partenariat avec l'U.E.. Surtout, les questions de souveraineté territoriale engageant ou ayant engagé l'Espagne, ne concernent que le Maghreb et tout particulièrement le Maroc. Enfin, et sans vouloir dramatiser le phénomène, l'immigration nord-africaine en Espagne s'impose comme une donnée essentielle de la politique méditerranéenne de l'Espagne et comme un nouveau thème de politique intérieure nationale générant au sein de la société de nouvelles représentations contradictoires sur le Maghreb.

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Les nouvelles perspectives de politique extérieure qui apparaissent après la mort de Franco justifient la seule prise en compte dans cette étude des relations de l'Espagne démocratique avec ses partenaires du Maghreb. Néanmoins, le franquisme - qui s'achève avec l'abandon du Sahara espagnol , les guerres du Maroc du début du siècle, les débats menés après 18981 sur la place de l'Espagne dans une Europe tentée par l'aventure coloniale et, encore plus loin dans le temps, la volonté des royaumes chrétiens d'Espagne de contrôler les îles puis les côtes méditerranéennes durant et après la "Reconquête", sont autant d'étapes qu'il conviendrait d'aborder afin de mieux appréhender le processus de normalisation des relations hispano-maghrébines engagé au cours des années quatre-vingts. Il est donc nécessaire de s'attarder brièvement sur le contexte géohistorique au cours duquel se sont confrontées les notions antagonistes de "frontière" et de "pont" entre l'Espagne et l'Afrique du Nord. Avant que l'Espagne ne devienne une formidable puissance impériale tournée vers le continent américain, la péninsule ibérique fut elle-même conquise et intégrée au monde arabomusulman au début du VIlle siècle. L'Espagne musulmane, al Andalus, par sa puissance et son rayonnement culturel, allait écrire certaines des plus belles pages de 1'histoire de ce monde. Cette expérience historique, unique pour un Etat européen occidental, est aujourd'hui exploitée par les dirigeants espagnols - et par certains dirigeants arabes euxmêmes - pour formuler de manière originale la nature de la relation hispano-arabe à travers le "legs andalou". Mais les promoteurs de la politique méditerranéenne de l'Espagne ont traditionnellement ajouté à cet argument historique une "vocation" géographique du pays à faire office
1 Le "Désastre de 98" correspond à la perte des dernières colonies américaines de l'Espagne et confirme alors son déc.Iin sur la scène internationale. 13

de "pont" entre les deux rives de la Méditerranée. Le ministre des Affaires extérieures espagnol du premier gouvernement de José Maria Aznar, Abel Matutes, résumait ainsi en 1996 les raisons de l'engagement méditerranéen de l'Espagne: "De par notre géographie et notre histoire, notre pays a une indéniable là, vocation méditerranéenne" 1. Le ministre reprenait pratiquement mot pour mot, ce qu'avait écrit dès 1988 le professeur d'économie internationale, Alejandro V. Lorca Corrons, à propos du retour de l'Espagne en Méditerranée: "L'Espagne, par sa géographie et par son histoire, est en position privilégiée pour contribuer à une politique méditerranéenne active,,2. Selon l'auteur de cet article, proche du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (P.S.O.E.), cette position privilégiée devait permettre au gouvernement de Felipe Gonzalez de faire de l'Espagne un "pont entre la CEE, le monde méditerranéen et le monde arabe"3. Si depuis, l'Espagne a effectivement réussi son retour en Méditerranée, l'argumentaire géographique censé expliquer ce retour apparaît pour le moins discutable. La conquête musulmane de la péninsule ibérique a en effet entraîné par réaction un mouvement qualifié de "Reconquête" qui s'est achevé en 1492 par la prise de Grenade, dernier royaume d'al Andalus. Cette avancée chrétienne a abouti à l'expulsion d'Espagne des musulmans et des juifs puis, avec l'Inquisition, à celle des juifs convertis, les "conversos". Parallèlement à ce que l'on appellerait aujourd'hui une "épuration ethnique", les Espagnols complétèrent cette reconquête religieuse - mais surtout territoriale de la péninsule ibérique par l'établissement de places fortes sur le littoral nord-africain
1 Abel Matutes "Objectivos de la politica exterior espanola", discours prononcé le 16 octobre 1996 à la Fondation CIDOB et rapporté dans la revue Afers Internacionals, n034-35, 1996. 2 Alejandro V. Lorca Corrons "El retorno de Espana al Mediterraneo", ICE, décembre 1988, p. 9.
3 Ibid., p. 21.

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devant leur garantir la maîtrise de l'économie et de l'espace méditerranéen occidental. Cinq d'entre elles, dont les anciens "presidios" de Ceuta et Melilla, sont aujourd'hui encore sous souveraineté espagnole.
LES PRESIDES ET L'ILE D'ALBORAN ,

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Par le maintien de ces enclaves, l'Espagne, une fois de plus, se distingue de ses partenaires, étant la seule puissance de l'Union européenne à posséder des frontières terrestres avec un Etat arabe. Mais plus qu'un facteur de rapprochement, cette spécificité géographique espagnole a régulièrement généré des tensions avec le Maroc qui conteste l' "hispanité" des anciens Présides. De même, la politique coloniale espagnole en Afrique du Nord, si limitée fut-elle, a entretenu cette ambivalence entre le discours historique s'appuyant sur un héritage culturel et humain commun et les multiples contentieux et confrontations armées que cette politique engendra au Maroc mais aussi en Espagne. La "question du Maroc", avant et durant le protectorat espagnol du Maroc (de 1912 à 1956), fut en effet lourde de conséquences sur le plan intérieur et n'est pas étrangère à l'établissement de la dictature de Primo de Rivera

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Territoires africains et sous souveraineté

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Villes à statut d1autonomie
Période de souveraineté ou de tutelle espagnole

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de 1923 à 1930 et à la montée en puissance des forces antirépublicaines qui portèrent finalement Franco au pouvoir. En dépit des opérations militaires impopulaires menées au Maroc de la guerre de 1859-1860 à la "pacification" du Rif en mai 1927, et malgré les exactions des soldats marocains aux ordres de Franco, marquant profondément l'opinion publique espagnole durant la guerre civile, le régime franquiste a paradoxalement réussi à élaborer après guerre un discours sur la "traditionnelle amitié" avec les peuples arabes émancipés de la tutelle occidentale. Ce discours adressé aux responsables de la Ligue des Etats arabes siégeant au Caire, visait à briser l'isolement diplomatique international dans lequel se trouvait alors l'Espagne coupable d'avoir opter pour une "neutralité bienveillante" à l'égard de l'Allemagne nazie. Il avait aussi pour obj ectif de préserver les territoires africains sous souveraineté espagnole en fustigeant notamment la politique coloniale française en Afrique du Nord. Et malgré les rétrocessions successives du protectorat et des territoires espagnols en Afrique (voir carte ci-contre), ce type de discours fut entretenu par le pouvoir y compris après les indépendances marocaine et algérienne. La relation triangulaire qui en résulta fut de plus en plus tributaire du processus devenu inévitable de décolonisation du Sahara espagnol (riche en phosphate, aux eaux territoriales très poissonneuses et faisant face aux Canaries). La mort du Caudillo le 20 novembre 1975 succéda de peu à l'abandon de ce territoire prévu par l'accord hispano-mauritano-marocain signé à Madrid le 14 novembre. Par ce traité, les promarocains du gouvernement espagnol imposèrent leur point de vue face aux partisans - dont Franco - d'un Sahara occidental indépendant mais garantissant les intérêts économiques de l'Espagne (une assemblée théoriquement représentative des Sahraouis mais en fait pro-espagnole, la Djemaa, avait été créée dans ce but). Hassan II, en organisant la fameuse "marche verte" (350.000 marocains avaient été transportés à la 17

frontière du Sahara espagnol et devaient y pénétrer pacifiquement le 6 novembre), était parvenu à forcer la main au régime franquiste paralysé par l'agonie de son dirigeant. Cet accord tripartite, qui prévoyait le retrait total des Espagnols le 28 février 1976, permettait au Maroc et à la Mauritanie d'investir le territoire tout en préservant les intérêts espagnols (droit de pêche garanti, arrêt des revendications marocaines sur Ceuta et Melilla). Il fut néanmoins dénoncé par l'Algérie écartée des négociations. Cette situation généra par la suite de fortes tensions politiques hispano-maghrébines et constitue aujourd'hui encore le principal obstacle à une véritable normalisation des relations maroco-algériennes. Une fois la page du franquisme tournée, les dirigeants centristes de la transition démocratique, otages des diverses pressions politiques et économiques du Maroc et de l'Algérie, n'ont pu que préserver le discours sur la "traditionnelle amitié" envers la "Nation arabe". Celle-ci s'exprima principalement par le soutien de la cause palestinienne et le maintien de la non-reconnaissance de l'Etat d'Israël qui, dès 1949, avait activement participé à l'isolement diplomatique de l'Espagne franquiste. Mais la décolonisation inachevée du Sahara occidental, en entretenant une forte rivalité algéromarocaine, empêchait toute politique extérieure espagnole constructive au Maghreb. Il manquait alors à l'Espagne les atouts de l'intégration à la C.E.E. et d'une puissance économique dont les gouvernements socialistes de Felipe Gonzalez n'allaient pas tarder à bénéficier pour mettre en oeuvre une véritable politique méditerranéenne dont le Maghreb constitue la région privilégiée et le Maroc, la pièce maîtresse.

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CHAPnRE I

LE MAGHREB

Er L'ETAT ESPAGNOL

Le processus d'institutionnalisation des relations hispanomaghrébines ne date que d'une quinzaine d'années et a été initié par le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez à partir du constat d'échec de la politique dite "d'équilibre" menée auparavant par les gouvernements centristes. Les socialistes, au pouvoir après les élections générales d'octobre 1982, allaient proposer une nouvelle approche dite "d'ensemble" devant permettre à l'Espagne de se soustraire aux pressions de ses partenaires maghrébins 1. Mais il faut attendre les effets conjugués de l'intégration européenne et d'une forte croissance économique pour constater que cette politique maghrébine globale s'appuie sur un véritable contenu financier, économique, militaire, politique et s'insère de manière cohérente au niveau régional dans le cadre de la politique euro-méditerranéenne activement soutenue par l'Espagne. L'intégration européenne permet en effet à l'Etat espagnol de participer, voire d'initier une diplomatie multilatérale en promouvant dès 1989, aux côtés de l'Italie, une Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Méditerranée (C.S.C.M.) s'inspirant de la Conférence sur la
Antonio Marquina et Carlos Echeverria, "La politique de l'Espagne au Maghreb", Maghreb Ma chrek, n° 137, La Documentation Française, 1992, p. 43. 1

Sécurité et la Coopération Européenne (C.S.C.E.). En 1990, l'Espagne adhère au projet français concurrent d'une Conférence sur la Coopération Régionale en Méditerranée Occidentale (ou Groupe 5+5). En 1992, elle contribue à engager l'Europe dans une Politique Méditerranéenne Rénovée et en 1995, elle accueille la Conférence euroméditerranéenne visant à instituer un nouveau partenariat avec la plupart des Etats du bassin méditerranéen. Pour les Etats maghrébins fortement dépendants de l'Europe sur les plans économique et financier, toutes ces démarches entreprises par l'Espagne au niveau multilatéral en font un partenaire incontournable. La dimension européenne de l'Espagne apparaît ainsi fondamentale dans la transition des relations bilatérales hispano-maghrébines d'une stratégie d"'équilibre" vers une stratégie d'''ensemble''. Mais avant l'adhésion de l'Espagne à la C.E.E., l'action bilatérale des socialistes n'exclut pas la notion d'équilibre, bien au contraire. La frontière entre politique d'équilibre et politique globale est en fait moins marquée qu'il n'y paraît, la première apparaissant comme un préalable à la seconde. Néanmoins en 1981, selon l'analyse de Fernando Moran, futur ministre des Affaires extérieures du premier gouvernement de Felipe Gonzalez (de décembre 82 à juillet 85), la politique d'équilibre des précédents gouvernements centristes n'était qu'une politique du coup par coup, sans autre finalité que d'empêcher l'émergence d'une puissance hégémonique au Maghreb, en l'occurrence le Maroc. Ainsi, "à chaque action pro-marocaine, une ouverture suivait en direction de l'Algérie ou de la Mauritanie récemment reconnue"l. Toute déclaration de la diplomatie espagnole semblant appuyer la thèse d'un des deux principaux Etats maghrébins à propos du Sahara
1 Fernando Moran, Una politica 1980, p.201. exterior para Espana, Eds. Planeta, Barcelone,

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occidental éveillait inévitablement Etat.

la susceptibilité

de l'autre

Mais y avait-il pour les gouvernements centristes une alternative à la logique d'équilibre? Rien n'est moins sûr. Une approche globale aurait nécessité un climat politique favorable faisant taire les nombreuses rivalités de pouvoir et les contentieux territoriaux entre Etats maghrébins que l'abandon du Sahara occidental par les Espagnols venait d'exacerber. Or la perspective d'une entente régionale en Afrique du Nord n'apparut qu'à la fin des années quatrevingts, sous la présidence socialiste du gouvernement espagnol.

1 Vers une normalisation des relations hispanomaghrébines.
A partir de 1976, les gouvernements qui se succèdent ont comme principale tâche de préparer l'intégration désormais possible de l'Espagne démocratique à la Communauté européenne et de normaliser leurs relations internationales afin de tourner définitivement la page du franquisme. Mais en ce qui concerne le Maghreb, ils héritent d'une décolonisation du Sahara occidental inachevée et conflictuelle dont les conséquences sur la stabilité des institutions de l'Etat ne peuvent être écartées.

La transition démocratique (1976-1982) : d'une politique d'équilibre à la préférence marocaine.
Sous le gouvernement "continuiste" d'Arias Navarro (du 12 décembre 1975 au 8 juillet 1976), l'Etat espagnol affirme par l'intermédiaire de son représentant aux Nations Unies le 26 février 1976, soit deux jours avant la date prévue par la Déclaration de Madrid, qu'il se retire de l'administration

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intérimaire tripartite de l'ex-Sahara espagnol et que le processus de décolonisation ne s'achèvera qu'avec la tenue d'un référendum d'autodétermination prôné par l'organisation internationale1. Les Espagnols cèdent donc l'administration de ce territoire mais pas sa souveraineté, ce que contestent les Marocains. Le gouvernement prend ainsi ses distances vis-àvis du Maroc et entend rééquilibrer sa politique maghrébine en renouant des relations diplomatiques plus sereines avec l'Algérie. Sur place, dès le 27 février, le Front populaire pour la libération de Seguiet El Hamra et du Rio de Oro (Front Polisario créé en mai 1973) proclame unilatéralement la création d'une République Arabe Sahraouie Démocratique (R.A.S.D.) et entre en conflit avec les armées marocaine et mauritanienne qui investissent respectivement le nord et le sud du territoire. Le 16 avril 1976, un accord signé entre la Mauritanie et le Maroc partage l'ex-Sahara espagnol entre ces deux Etats. Adolfo Suarez et la politique d'équilibre.

Malgré le départ des Espagnols du Sahara occidental, la question n'est donc pas réglée, ni du point de vue du Front Polisario qui réclame l'existence d'un Etat indépendant, ni de celui des Algériens, écartés des accords de Madrid et qui apportent leur soutien à l'organisation sahraouie indépendantiste, ni enfin de celui des Marocains revendiquant le "parachèvement" de leur intégrité territoriale. Le nouveau gouvernement d'Adolfo Suarez entré en fonction le 8 juillet 1976 doit donc résister aux pressions économiques et politiques marocaines tout en essayant de retrouver auprès des Algériens une crédibilité perdue.

Fernando Moran, Espana en su sitio, Ed. Plazas et Janes/ Cambia 16, 1990, p. 74.

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Lorsque Adolfo Suarez se rend au Rabat le 26 juin 1978, la ratification d'un accord de pêche, essentiel pour les nombreux pêcheurs espagnols travaillant dans les eaux territoriales marocaines, est conditionnée par Hassan II à une plus grande compréhension des Espagnols envers la position du Maroc sur le Sahara occidental. Cet accord de pêche hispano-marocain de février 1977, ratifié en février 1978 par le Parlement espagnol ne l'est en effet toujours pas du côté marocain. Au moment où le Maroc use de ce moyen de pression économique, Adolfo Suarez parvient à renouer des relations plus sereines avec le gouvernement algérien. Ce dernier n'a jusqu'alors pas pardonné à l'Espagne d'avoir privilégié les intérêts marocains dans l'affaire du Sahara occidental. Depuis la signature du Traité de Madrid, l'Algérie soutient en effet le Mouvement Pour l'Autodétermination et l'Indépendance de l'Archipel des Canaries (M.P .A.I.A.C), mouvement séparatiste canarien dirigé par Antonio Cubillo, ce qui provoque en décembre 1977 le rappel des ambassadeurs espagnol et algérien. L'influence et le prestige de l'Algérie chez les Nonalignés obligent le gouvernement espagnol, soutenu par l'ensemble des partis politiques, à mener une intense activité diplomatique auprès des chefs d'Etat africains afin qu'ils ne ratifient pas une résolution de l'O.U.A. proposée par les Algériens sur l'''africanité'' des îles Canaries. On évoque par ailleurs l'Algérie à propos des fournitures de matériel aux commandos de l'E.T.A.. Afin de résoudre cette crise entre les deux pays, le gouvernement centriste n'hésite pas à reconnaître implicitement le Front Polisario le 14 octobre 1978. L'organisation indépendantiste relâche en contrepartie des pêcheurs espagnols capturés auparavant dans les eaux du littoral saharien étant, selon les Espagnols, sous "juridiction marocaine". Réagissant à cette reconnaissance espagnole du Front Polisario, Hassan II relance le contentieux territorial sur 23

Ceuta et Melilla, qu'il compare habilement au contentieux sur Gibraltar opposant les Espagnols aux Britanniques. Le 30 avril 1979, Adolfo Suarez confirme néanmoins cette reconnaissance en se rendant en Algérie où il rencontre le secrétaire général du Front Polisario. Dans un contexte d' "affrontement entre Rabat et Alger, le gouvernement espagnol ne peut que maintenir un difficile équilibre diplomatique en Afrique du Nord"1. La politique d'Adolfo Suarez ne relève pas d'un choix, mais d'une contrainte imposée par une forte rivalité algéro-marocaine accentuée par le Traité de Madrid. C'est dans ce contexte que l'O.N.D. condamne par la résolution 34/37 de 1979 "l'occupation marocaine" du Sahara occidental et opte pour la tenue d'un référendum d'autodétermination. La Mauritanie, dont la situation politique intérieure a évolué (un coup d'Etat renverse le président Mokhtar Ould Daddah le 10 juillet 1978), décide quant à elle de ne plus assumer financièrement et militairement une guerre contre le Front Polisario soutenu par l'Algérie. Le 5 août 1979, Le gouvernement mauritanien signe un accord avec les représentants de la R.A.S.D., marquant ainsi son désengagement du Sahara occidental. Pour le gouvernement d'Adolfo Suarez, le Traité de Madrid n'a plus de valeur, deux participants sur trois - les Espagnols et les Mauritaniens - n'assurant plus l'administration intérimaire du territoire. Cette analyse espagnole de la situation est interprétée par les Marocains comme un renoncement de l'Espagne à ses engagements pris auparavant ce qui entraîne une nouvelle détérioration des relations hispano-marocaines.

Abel Hernandez, Fue posible la concordia, Ed. Espasa Calpe, Madrid, 1996, p.144.

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L'orientation pro-marocaine de Calvo Sotelo.
Leopoldo Calvo Sotelo, nouveau président du gouvernement en fonction du 26 février 81 au 3 décembre 82, est le premier à remettre en cause cette inconfortable et impossible politique d'équilibre en faisant un choix clair en faveur du Maroc. Tout en manifestant son attachement "aux nations du Maghreb" il opte pour un rapprochement avec Hassan II. Dès sa prise de fonction il précise que l'Espagne s'associera à toute initiative visant à solutionner le contentieux sur le Sahara occidental "dans lequel, dit-il, nous avons cessé d'être partie prenante depuis longtemps"!. Mais il faut que cette initiative "préserve en dépit de toutes les difficultés conjoncturelles un autre axe permanent de politique extérieure: l'amitié avec notre grand voisin du Sud, le nécessaire appui d'un royaume marocain stable à nos frontières, prospère et en bonnes relations avec les autres pays du Maghreb, également amis de l'Espagne". La stabilité du Maroc impose une solution au conflit du Sahara qui ne doit pas léser le royaume chérifien. Dans cet esprit, le 23 novembre 1981, l'Espagne s'abstient de voter la résolution des Nations Unies adoptée à l'initiative de l'Algérie et demandant l'établissement de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario, ce que refuse alors Hassan II. Le nouveau chef du gouvernement réoriente ainsi la politique extérieure de l'Espagne que certains, tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger, ont jugé trop tiers-mondiste, voire socialiste, du temps d'Adolfo Suarez2. Cette interprétation que l'ancien
1 Discours d'investiture de Leopoldo Calvo Sotelo du 18 février 1981, Diario de Sesiones dei Congreso de los Diputados, n0143, 1981, p. 9157. 2 Cette analyse fut tenue entre autre au niveau national par José Mario Armero, avocat et spécialiste de la politique extérieure espagnole dans Projeccion internacional de Espana, (Tcnos, 1981, p. 39): "Suarez a tenté de se positionner au niveau international en fonction de préoccupations qui correspondaient plus à celles d'un parti socialiste qu'aux siennes". 25