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Poséidon

De
214 pages
En étudiant Poséidon, on s'aperçoit que les légendes ont surtout servi à imposer un état d'esprit tout en écartant ce qui pouvait contredire l'ordre nouveau que les aèdes voulaient imposer. Les dieux servent surtout à justifier un art de vivre. Ainsi, cerner la personnalité de Poséidon ne consiste pas à en faire un portrait saisissant, mais à comprendre les mortels qui lui ont donné des fonctions particulières.
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GILBERT ANDRIEU
POSÉIDON ÉBRANLEUR DE LA TERRE ET MAÎTRE DE LA MER
POSÉIDON
POSÉIDON ÉBRANLEUR DE LA TERRE ET MAÎTRE DE LA MER
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12088-1 EAN : 9782343120881
Gilbert Andrieu POSÉIDON ÉBRANLEUR DE LA TERRE ET MAÎTRE DE LA MER
DU MÊME AUTEUR Aux éditions ACTİO L’homme et la force. 1988. e L’éducation physique au XX siècle. 1990. Enjeux et débats en E.P. 1992. À propos des finalités de l’éducation physique et sportive. 1994. e La gymnastique au XIX siècle. 1997. Du sport aristocratique au sport démocratique. 2002. Aux PRESSES UNİVERSİITAİIRES DE BORDEAUX Force et beauté. Histoire de l’esthétique en éducation physique aux 19e et 20e siècles. 1992. Aux éditions L’HARMATTAN Les Jeux Olympiques un mythe moderne. 2004. Sport et spiritualité. 2009. Sport et conquête de soi. 2009. L’enseignement caché de la mythologie. 2012. Au-delà des mots. 2012. Les demi-dieux. 2013. Au-delà de la pensée 2013. Œdipe sans complexe 2013. Le choix d’Ulysse : mortel ou immortel ? 2013. À la rencontre de Dionysos. 2014. Être, paraître, disparaître. 2014. La preuve par Zeus. 2014. Jason le guérisseur au service d’Héra. 2014. Pour comprendre la Théogonie d’Hésiode 2014. Héra reine du ciel. Suivi d’un essai sur le divin. 2014. Héphaïstos, le dieu boiteux 2015. Perséphone reine des Enfers. Suivi d’un essai sur la mort. 2015. Hermès pasteur de vie. 2016. Apollon l’Hyperboréen. 2016. Les deux Aphrodites. 2016.
RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES  Avant de rencontrer cet Olympien particulier qui n’a pas la renommée qu’il mériterait, il est opportun de donner quelques précisions d’ensemble. Nous avons retenu, le plus souvent, qu’il était le cadet de Zeus et, noblesse oblige, nous avons surtout fait porter toute notre attention sur un Zeus adulte, monarque parfois contesté de l’Olympe. Les légendes ne parlent pas souvent de façon élogieuse de ce frère cadet et nous ignorons qu’il fut plus important que son frère à une époque plus reculée que celle des mythes retenus par Homère. Mais l’histoire des dieux, celle que nous découvrons grâce à l’archéologie surtout, reste tributaire d’objets multiples dont la somme forme un tout que nous nous efforçons de rendre cohérent. Les mythes, comme les cultes anciens, doivent se comprendre en relation avec le mode d’existence que nos ancêtres pouvaient voir évoluer d’une génération à l’autre, au moins d’un siècle à l’autre. Ils sont en rapport avec la politique aussi bien que l’économie et nous ne devons pas oublier qu’ils étaient aussi des produits pouvant assurer le pouvoir, que ce soit au temps des Minoens ou des Mycéniens.  Les mythes, dans leur ensemble, ne sont que la face cachée d’un effort de compréhension du monde et lorsqu’Homère s’en saisit pour écrire ses longs poèmes, il ne leur accorde pas le sens religieux qui était le leur des siècles avant l’apparition de l’écriture. Il les inclut dans l’Iliade et l’Odyssée en les faisant servir à sa propre démonstration en matière de comportement humain. Il se sert des mythes comme d’un matériau qui apporterait la preuve de ce qu’il suggère.
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Mais, dans sa façon de les utiliser, il leur fait perdre une partie de leur valeur, la plus importante à des époques antérieures, probablement moins intéressante pour le poète qui en donne l’une des premières formulations écrites.  Ce qui nous prive d’une prise en compte moins fabuleuse des mythes est certainement notre évolution dans le monde religieux. Nous sommes habitués à concevoir un Dieu omniprésent et observateur de nos comportements, mais aussi totalement immatériel, invisible et donc pure abstraction. Le Dieu que nous adorons comme une vérité suprême et auquel nous accordons simultanément notre avenir et notre passé est une divinité de notre âge. Il n’est pas celui de la race de Fer à ses débuts pour reprendre les termes d’Hésiode. Cette race n’est pas née en même temps que l’écriture, mais c’est à partir de ce moment que nous pouvons trouver des textes s’y rapportant. Huit siècles avant l’ère chrétienne, les hommes ne se heurtaient pas aux mêmes difficultés, aux mêmes préoccupations mondaines, ne pensaient pas comme nous. Que dire des hommes qui vécurent deux millénaires ou plus avant cette pratique de l’écriture ?  L’homme a bien changé depuis, mais il a surtout changé dans sa façon de concevoir le monde, de se concevoir lui-même dans ce monde et je voudrais souligner que la vision d’Homère et celle d’Hésiode n’étaient pas celles de leurs ancêtres, les nôtres aussi bien évidemment. C’est certainement le premier obstacle qu’il faut franchir lorsque nous voulons comprendre les mythes. Il faut accepter le détour par l’histoire pour en saisir le sens et l’utilité ! Nous avons pris l’habitude de séparer l’utile et l’agréable, le rationnel et l’imaginaire et il faudrait accepter l’idée que les mythes ne sont pas nés pour rien. Se limiter à l’étude de ce qu’ils racontent ne nous apprend pas grand-chose. À peine pouvons-nous imaginer, à notre tour, les hommes qui les écoutaient ou les aèdes qui les chantaient. Or les mythes n’étaient pas de simples histoires et ils étaient liés à la religion telle qu’elle était connue à la même époque. Religion et mythes de l’époque mycénienne, ou même minoenne ne peuvent être étudiés à partir de leur version écrite e au VIII siècle. En lisant Homère nous avons accès à un
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ensemble de légendes, mais les mythes ont pris une coloration particulière due à la nature même du poète et à sa volonté de nous brosser des portraits ou des situations qui ne relèvent que de son propre imaginaire ou bien de sa conception de l’homme dans la société de son temps. Il n’y a pas lieu de critiquer Homère, ce qui serait totalement inutile pour étudier les mythes, mais nous devons penser que ces récits à la fois poétiques et didactiques ont été reformulés sans cesse au cours des siècles. S’ils l’ont été, c’est certainement pour correspondre à un état d’esprit qui lui-même allait de pair avec une évolution économique et politique des hommes. Des légendes ont existé longtemps avant l’écriture, longtemps avant l’épanouissement des cités, longtemps avant la sédentarisation des hommes. C’est cette épaisseur du temps qui semble disparaître lorsque nous nous laissons bercer par l’extraordinaire, par le merveilleux de chaque récit. Le mythe nous transporte dans un ailleurs que nous ne pouvons pas observer objectivement et c’est cela qui le rend fabuleux.  Ce qui m’est apparu depuis longtemps c’est que les mythes étaient conçus à l’aide d’images, de comportements particuliers, pas forcément héroïques, de relations tout aussi particulières avec la nature. Cet ensemble se différenciait de nos histoires par l’émergence d’un encouragement à vivre des états supérieurs, à se comporter autrement et à subir de moins en moins les accidents de la vie ainsi que la mort, bien entendu. Dans cet effort grandissant pour transcender la vie, les mythes enseignaient aux hommes une autre façon d’être et c’est bien ce que fait Homère en écrivant l’Iliade et l’Odyssée. Des siècles après, les tragiques produiront à leur tour une autre présentation des mythes et je crois que nous continuons à les réécrire mentalement lorsque nous ne les rapportons pas à nos préoccupations modernes comme Freud a pu le faire avec le complexe d’Œdipe.  Ce qui n’a pas changé avec le temps, c’est l’utilisation des mythes pour éduquer les hommes, leur faire connaître ce double qu’ils portent en eux et qui pourrait bien dialoguer avec des puissances que nous pouvons appeler des dieux. C’est parce
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qu’il y a chez l’homme cette sensation de pouvoir se dépasser, ce besoin d’aller plus loin - nous pourrions reprendre ici la devise olympique des jeux modernes – que les mythes sont nés pour encourager cette seconde nature qui perçoit au plus profond d’elle-même un monde supérieur dans lequel elle pourrait vivre. Faut-il parler d’imagination au sens ordinaire du terme, se représenter mentalement des objets ou des faits irréels ? Faut-il parler d’invention ? Les mythes ne sont pas sans rapport avec le vécu des hommes qui les font naître. C’est par rapport à des expériences personnelles et une aspiration à des résultats meilleurs que les mythes sont à la fois crédibles et formateurs. Celui qui les entend ou les découvre dans un livre sait qu’ils ne traitent pas de la vérité, d’une réalité observable, mais qu’ils montrent un chemin et ce chemin est, dès l’origine, d’ordre psychologique au sens large du terme.  Il est évident que notre lecture aujourd’hui, influencée par le renforcement de l’esprit scientifique, s’est considérablement éloignée de celle que les premiers lecteurs pouvaient faire des poèmes d’Homère. Que dire de la différence qui s’impose entre un auditeur du premier millénaire avant notre ère et un auditeur du second millénaire ou plus encore ? Un Crétois, du temps de Minos, ne devait pas entendre les mêmes conseils qu’un habitant de Mycènes au temps de sa splendeur !  Je voudrais faire référence à un livre qui m’a profondément marqué :Le secret du Véda écrit par Sri Aurobindo et publié pour la première fois à Pondichéry en 1955. Présentant les fondements de sa théorie psychologique, il écrit :  «Il m’apparut, enfin, que le symbolisme systématique du Véda s’étendait aux légendes mêmes concernant les rapports des dieux et des anciens voyants. Certaines de ces légendes mythiques, sinon toutes, pouvaient sans doute être, à leur origine, d’essence uniquement naturiste et astronomique ; mais en ce cas, il est certain que leur sens primitif s’accrut des 1 éléments ultérieurs d’un symbolisme psychologique.» 1 AUROBINDO SriLe secret du Véda. Paris, Fayard, 1975, p.51.
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 Il dit aussi :  «C’est ainsi qu’à mon esprit se révéla, ou, pour mieux dire, surgit hors des anciens versets, un Véda s’affirmant d’un bout à l’autre comme l’Écriture d’une grande religion antique, ou plutôt d’une profonde discipline psychologique ; Écriture faite non pas d’un mélange barbare et incohérent de pensée confuse et de primitives croyances, mais complète dans ses éléments et consciente dans ses intentions.» (p.52)  Il serait possible d’ajouter à ce livre très instructif et qui ne se rapporte pas qu’à l’Inde un autre livre également très 2 éclairant :Les troupeaux de l’aurore de . Je neJean Lerède retiendrai que trois phrases qui me paraissent donner la tonalité de ce livre à mes yeux incontournable aussi :  «La vérité mythique et l’expérience vitale et évolutive qui en procède, doivent être suggérées. Elles ne peuvent être imposées. L’organisation neuropsychologique de l’être humain ne permet pas qu’il en soit autrement. » (p.247)  Avant d’étudier un ou plusieurs mythes, il faut comprendre ce qui se passe dans l’esprit de ceux qui les inventent. L’homme n’est pas uniquement un être soumis à un cerveau qui raisonne. Si je dis souvent qu’il est exclusivement fait de matière, et que sa pensée n’est qu’une sorte de sécrétion de son cerveau, je dis aussi que tout son corps est capable de penser, et nous ne devons pas l’enfermer dans une logique fabriquée de toutes pièces à laquelle, sans nous en apercevoir, nous avons accordé comme une dimension divine. Je pense donc je suis ! L’homme existerait-il seulement parce qu’il pense ? Il est évident que non.  Les mythes sont étroitement liés à ce que nous pouvons considérer comme notre monde intérieur tout autant qu’à ce qui se passe dans cet autre monde que nous qualifions d’extérieur. En fait, ces deux mondes ne sont que des définitions dues à notre pensée et n’ont pas de réalité propre. L’homme est aussi bien lié au dedans qu’au-dehors, la matière qui le constitue n’étant pas différente de celle qui constitue le monde. 2 LERÈDE J.Les troupeaux de l’aurore. Mythes, suggestion créative et éveil surconscient. Paris, Delachaux et Niestlé, 1980.
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