Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre

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L'auteur se penche sur deux époques tumultueuses, à savoir 1960-1965 et 1990-1995, utilisant les journaux parus durant ces deux périodes. Il passe au crible la manière dont la presse a couvert des événements tels que la mort de Patrice Lumumba, la nomination de Moïse Tshombe, le coup d'Etat du général Mobutu, le "massacre" du Campus universitaire de Lubumbashi, les assises de la Conférence nationale, etc. Au moment où il est à nouveau question d'élections libres et démocratiques, voici une revisite, en accéléré, de"l'histoire immédiate" du Congo-Kinshasa.
Publié le : lundi 1 mai 2006
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EAN13 : 9782336256887
Nombre de pages : 305
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PRESSE ÉCRITE ET EXPÉRIENCES DÉMOCRATIQUES AU CONGO-ZAÏRE

Collection « Recherches en Bibliologie »,
la science générale de la communication écrite

Collection

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« Recherches en Bibliologie » la science générale de la communication écrite Dirigée par Eddie TAMBWE

La collection « Recherches en Bibliologie » est un espace ouvert aux études relevant de la « bibliologie », la science générale de la communication écrite, l'une des composantes des sciences de l'information et de la communication. Dernières parutions

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Eddie TAMBWE, Bibliologie.
Didier MUMENGI,

Recherches

sur

l'écrit,

Essai

de

Panda Farnana,

Premier universitaire

. .

congolais (1888-1930). Robert ESTIV ALS, Le signisme. Jacques Hellemans et Eddie Tambwe, Les Bibliothèques, le Livre, l'Écrit, et les Technologies de l'Information et de la Communication en République Démocratique du Congo. Défis et perspectives.

Emmanuel BEBE BESHELEMU

PRESSE

ÉCRITE

ET EXPÉRIENCES DÉMOCRATIQUES AU CONGO-ZAÏRE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
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Mise en page et conception graphique: Jeannot Bakasanda Kamudimun

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

«::i 'Harmattan, 2006 L ISBN: 2-296-00803-8 E~:9782296008038

A Rebecca Tshinyama Beshelemu, pour tout ce que nous avons vécu en partage, lors des temps meilleurs comme pendant ceux, hélas, nombreux, qui furent pires; je te dois tant... Toute. A Tatiana, Boris, Diane et Emmanuel, pour la teneur affective de leur compagnie. Même quand leur envahissante animation, interdisait toute velléité de cérébralisation. En mémoire de : Tête Joseph Kulemeshi Bantu wa Mubakuidi, mwena Lukasha, Josephine Mbombo Musau wa Ilunga Munyanga, partis tous les deux sans m'attendre, l'un le 5 juillet 1992, l'autre le 9 Août 1996. « Je leur dois ce que je suis », Pierre Bachelet. En mémoire également de : Félicité Nyembo, Astrid Akake

Mujinga, Jean Papy Tshinyama, Nana Tshibwabwa, «
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tous

les morts sont vivants, tous les vivants sont frères, d'indicibles échanges d'amour se font entre eux pour l'éternité », Madeleine Daniélou.

Remerciements

Au Professeur Jacques Barrat, pour sa disponibilité et ses conseils experts. A François Belorgey et Loïc Quentin: sans eux, le voyage d'études que couronne ce livre n'aurait jamais été. Nous aimerions également remercier tous ceux qui, de loin ou de près, ont contribué à la concrétion de notre recherche. Il s'agit de : Myriam Mottard, Kasongo Mwema, Hubertine Mwema Mbungu, Yav Samutela, Mukaleng Makal, Jano Kamudimun, Paul Ilunga, Kibambe Sangwa, et Marie Jeanne Lumu Lubendji. A Nestor Okito, Anne Mutombo, Tshiteya Mbiye, Maïc Chomel, Venant Kayumba, Hélène Banza, Laurence Herbeaux Rannou, Philippe et Isabelle Duban, Régine Ndaya, Sam Condé Famani, Nyale, Fanta Camara, Dominique Musa, Papy Kitoko : pour leur fraternité, leur aide ou leur bienveillance.

Avertissement de l'éditeur
L'étude de Emmanuel BEBE BESHELEMU est une critique scientifique de la pratique journalistique en République Démocratique du Congo. Les articles de presse et autres documents historiques objectivés dans le cadre de cette étude ne pouvaient raisonnablement être corrigés par l'auteur. Au contraire, celui-ci en fait l'objet de sa critique... Le lecteur attentif se rendra compte que certains matériaux de l'analyse comportent des imperfections formelles (fautes syntaxiques, grammaticales, etc.). La responsabilité en incombe, évidemment, aux auteurs desdits articles et documents.
Eddie TAMBWE Directeur de la Collection « Recherches en Bibliologie »

Sommaire
Introduction Première partie Démocratie et presse écrite ( 1960-1965) Chapitre l : du legs colonial à une prolifération éditoriale
éphémère. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19

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Chapitre II : La prégnance du fait tribaL Chapitre III : « Indépendance Cha-cha...» : que d'espoirs piétinés bien avant la fin du tube! Chapitre IV : la presse indépendante d'information: l'indépendance exclut-elle la préférence politique? Deuxième partie Presse et transition démocratique ( 1990-1995) Chapitre l : La presse sous la deuxième République: des feuilles de la militance.. .. . .. .. .. .. .. . .. .. .. ... ... Chapitre II : Les facteurs endogènes et exogènes de la démocratisation: faux fuyants et causes profondes

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Chapitre III : Le climat politique de la transition: l'histoire est un éternel recommencement Chapitre IV: Presse d'information ou presse d'opinion? Troisième partie Presse et expériences démocratiques: similitudes et dissemblances entre les deux périodes Chapitre I : Les contextes politiques, économiques et sociaux: un parallélisme frappant Chapitre II : La presse d'information de 1960 à 1965 et de 1990 à 1995 : analyse comparative Chapitre III : Concepts démocratiques et réalités: à l'aune du Congo-Kinshasa et au-delà des mots Chapitre IV : Pour une presse pluraliste au service
de l'information: des raisons d'espérer?

121 129

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191

209

.219

.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .253 ... ... ...281
...293

Conclusion générale ...
Bibliographie

...

8

Introduction
De l'indépendance, le 30 juin 1960, au coup d'Etat militaire du 24 novembre 1965, le Congo-Kinshasa avait connu un régime parlementaire, avec, sur le plan institutionnel, un président élu par les deux chambres (chambre des représentants et Sénat), mais pour une magistrature toute morale, et un gouvernement responsable devant les élus du peuple. Ceux-ci s'essayaient donc au délicat apprentissage de la cohabitation et au métier de législateur. Mais très vite, la criante inculture politique des leaders congolais, à laquelle vont s'agréger les vices inhérents à ce que Olivier Duhamel appelle « le parlementarisme partitocratique» (mépris des consignes de vote, combinazzione à l'italienne), sans parler évidemment de l'ethnisme et du régionalisme, vont transformer la jeune démocratie en un tragi-comique numéro de mimétisme institutionnel. La loi fondamentale concoctée par les anciens colonisateurs s'était en effet ramenée à calquer un système d'organisation politique d'inspiration occidentale, sur un terrain qui n'avait pas été « aménagé» en vue de l'expérimentation. 30 ans après, et exactement le 24 avril 1990, le Congo, devenu Zaïre en 1971 par le truchement de la politique du recours à l'authenticité, va se trouver acculé par le vent impétueux de la perestroïka, et sous la dictée du sommet de la Baule, à se remettre à l'école de la démocratie. L'exceptionnelle longévité de la transition vers la 3ème république, qui a totalisé en avril 1997 sept ans, découlait fondamentalement de la difficulté quasi organique de placer le greffon démocratique, sur le corps retors d'une autocratie vieille de 25 ans. Autant que l'opiniâtre résistance des partisans du statu quo, « les errements d'une opposition arriviste et fragmentée» I sont à la base de cette situation. C'est la raison pour laquelle, nonobstant la différence de nature juridique entre les deux périodes, nous avons jugé l'expression «expériences démocratiques» idoine pour les caractériser. L'idée de cette étude a germé au vu de la véritable
1

Hugeux V., In: L'Express du 26/12/1996, page 59. Titre de l'article: Notre ami

Mobutu.

Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre

inflation éditoriale qui avait accompagné aussi bien l'indépendance du pays que le début du processus de démocratisation en 1990. L'analyse documentaire et le dépouillement des journaux de deux périodes (1960-1965, 1990-1995), nous ont conduit à faire deux constats: l'existence, sous la première république, d'une presse de partis politiques à côté d'une presse indépendante d'information, et, a contrario, l'absence à partir de 1990, de journaux des partis politiques s'autoproclamant en tant que tels, face à d'abondants titres d'information. Parmi les fonctions de l'information dans le tiers-monde, Jack Lule cite: « Le développement, la responsabilité sociale, l'intégration nationale et l'éducation ». Dans le tiers-monde, écrit-il, « l'information enseigne, l'information instruit ».1 Dans une perspective démocratique, nous dit Bernard Voyenne, «l'information, c'est la somme entre l'accessibilité aux faits, la présentation critique des multiples opinions et des techniques de diffusion ouvertes à tous »? Nous avons donc voulu savoir dans le cadre de cette recherche, si la presse écrite sous la première République et pendant la transition, souscrivait à ces deux définitions. L'une et l'autre ressortissent-elles à la presse d'information ou au contraire, à une presse d'opinion? L'indépendance dans laquelle elles se drapent est-elle incompatible avec la préférence ou même l'alignement politique? Nous tenterons de dégager des éléments de réponse. En attendant, dépoussiérons rapidement les deux concepts qui sont au centre de notre questionnement, à savoir l'information et l'opinion.

L'information
Dans un sens large, l'information recouvre« à la fois d'une part, l'action de collecter les éléments constitutifs des messages échangés

1 Lule J., In: Journalisme et Tiers-monde, Guide pratique, Bruxelles, De Boeck Université, 1989, p. 47. 2 Voyenne B., L'information aujourd'hui, Paris, Armand Colin, 1979, p.52. 10

Introduction

par les différents systèmes de communication et leur mise en forme définitive, et, d'autre part, le contenu même de ces messages ».1 Vu sous l'angle de l'information médiatisée, ce concept renvoie premièrement au mot FORME; « c'est que l'information commence par une mise en forme du réel qui le rend diffusable, c'est-à-dire publiable ».2 Mettre en forme. Se trouve ainsi posé le rôle du journaliste, à qui incombe le devoir et le soin de « traiter» la matière informative, à travers forcément son « filtre» culturel et sa compétence praticienne; ce qui ne va pas sans soulever l'éternel problème de l'objectivité, d'autres diront de l'honnêteté. Pour Pierre Albert, le journaliste ne peut être objectif pour deux raisons: « la notion de vérité n'est jamais que relative mais aussi parce que la sélection des nouvelles, l'interprétation des faits, la mise en valeur des articles et la subjectivité du témoignage des journalistes, interdisent tout espoir de trouver dans la presse un compte rendu exact de la réalité et de la complexité des événements ».3 Le cliché de l'impossible objectivité n'est souvent que l'asile de la paresse ou de la fourberie, écrit pour sa part Jean-François Revel. La notion du droit à l'erreur lui sert d'illustration. Si l'on peut largement accorder ce droit dans les articles de réflexion, d'opinion, d'analyse et de prévision, écrit-il, « le droit à l'erreur n'est admissible dans l'information que si l'on peut établir d'abord que le journaliste a fait de son mieux pour trouver la vérité, pour se renseigner, réunir tous les éléments accessibles, qu'il n'a rien passé sous silence de ce qu'il savait, et rien inventé de ce qu'il ne savait pas [...] Mais l'étude attentive de la presse et des médias nous enseigne hélas! que les erreurs et omissions, outre une part considérable due à l'incompétence lure, sont fort souvent des erreurs et des omissions volontaires ».
1 (Sous la direction de Pierre Albert), Lexique de la presse écrite, Paris, Dalloz, 1989, page 100. 2 (Sous la direction de Denis Benoit), Introduction aux sciences de l'information et de la communication, Paris, Ed. d'organisations, 1995, page 155. 3. Albert P., La presse, Paris, PUF, ColI. Que sais-je ?, 1988, page 23. 4 Revel J.F., La connaissance inutile, Paris, Grasset, 1988, p. 354. Il

Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre

Mais laissons-nous ramener par Philippe Gaillard, au b-a ba de la pratique journalistique, en rapport avec le «ressaisissement du réel» 1, les choses les plus basiques étant souvent celles qui se dérobent le plus facilement à la vigilance de l'esprit. Une nouvelle étant un témoignage sur l'événement, « il s'agit de traduire en mots, le plus fidèlement possible, (c'est nous qui soulignons), la réalité de l'événement [...] L'équation personnelle du journaliste n'intervient qu'à travers les explications qu'il lui appartient d'ajouter à la relation sèche de l'événement ».2 Et de rappeler les six questions qui structurent tout message d'information, c'est-à-dire les sempiternelles: Qui? quoi? où ? quand? comment? Et pourquoi? Une information, poursuit Philippe Gaillard, est la réponse à ces six questions; l'information la plus élémentaire répond au moins aux quatre premières questions. Affinant davantage le concept, Marc Paillet écrit que l'information a, «soit une fonction référentielle, c'est-à-dire celle du rapport le plus pur possible de la nouvelle à l'événement, soit une fonction expressive, en ce qu'elle reflète un point de vue, une prise de position, un parti pris. La fonction expressive peut prendre deux allures différentes: ou bien elle se manifeste comme telle, c'est-à-dire comme une prise de position, comme opinion, ou bien elle se glisse volontairement ou involontairement dans le message ».3 Pour Roland Cayrol, il n'existe pas de journaux de pure information et de pure opinion. « L'expression des opinions reste sans doute l'une des fonctions essentielles de la presse mais elle tend à changer de forme, à se faire plus subtile, plus voilée ».4

I L'expression est de Marc Paillet, In: Le journalisme, le 4ème pouvoir, Paris, Denoel, 1974. 2 Gaillard P., Technique du journalisme, Paris, PUF, Collection Que sais-je? 1989, page 26. 3 Paillet M., Op. Cit., page 104. 4 Cayrol R., Les Médias, presse écrite, radio, T.V., Paris, PUF, Thémis, 1991, page 161. 12

Introduction

L'opinion Mais qu'est-ce que l'opinion, vu sous l'angle de la presse? Dans un sens général, l'opinion est« l'état d'esprit consistant à penser qu'une assertion est vraie, mais en admettant qu'on se trompe peutêtre en la jugeant telle ».1 Dans son dictionnaire datant de la fin du 17èmesiècle, Furetière dit que « l'opinion est un jugement impliquant une délibération ou un sentiment particulier qu'on se forme soi-même en raisonnant sur les choses »? Du début du 20èmesiècle à nos jours, écrit Patrick Champagne, les journalistes, devenus des leaders d'opinion, «disent leur opinion, qu'ils pensent être aussi l'opinion de leurs lecteurs; et cette opinion pré-ajustée au public, lue par les lecteurs, tend à devenir l'opinion des lecteurs et donc une composante importante de ce qui est perçu comme une opinion publique ».3 On peut comprendre dès lors pourquoi Bernard Voyenne établit « une différence de nature» entre l'information et l'opinion: l'une, dit-il,« est un jugement d'existence, de fait, l'autre un jugement de valeur ». En d'autres termes, une information peut et doit se prouver, une opinion est au contraire une affirmation subjective qui n'a pas en elle-même plus de certitude que l'opinion adverse, même si une telle opinion est tenue pour plus raisonnable qu'une autre; et le jugement de valeur aboutit à une information orientée, par le biais d'un maniement de la langue à travers des glissements des sens et des emplois d'adjectifs de nature tendancieuse, c'est-àdire tendant à obtenir un effet détournë. Dans l'analyse sémiotique, ce qui est important en effet pour la compréhension d'un texte, « ce sont non seulement les indications

lCft. La Sociologie, Marabout Université, Coll. Savoir moderne, Vol. 2, 1972, page 428. 2Champagne P., Faire l'opinion, le nouveau jeu politique, Paris, Minuit, 1990, page 45. 3 Ibid. 4 Voyenne 8., Op. Cit., page 236. I3

Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre

qu'il apporte au destinataire, mais tout autant les manœuvres auxquelles il le contraint, les cheminements qu'il fait suivre ».1 Cette discipline distingue ainsi deux types de texte dans l'analyse des articles de presse: les textes informatifs ou expositifs, c'est-àdire qui se contentent de faire savoir, et les textes argumentatifs ou publicitaires, qui cherchent à persuader, à modifier des croyances, des représentations plutôt que des savoirs? Enfin, nous achèverons ce rapide balisage de notre champ sémantique en citant Yves Agnès et Jean Michel Croissandeau. Selon eux, une pratique logique et respectueuse des opinions des lecteurs commanderait que l'on sépare l'information du commentaire, de l'opinion.3 Tel est le parti pris qui va présider notre analyse qualitative; systématiquement, nous tenterons de discriminer les articles d'information et les articles d'opinion. Ce faisant, nous ne ferons que nous investir dans la fameuse maxime de C.M. Scott, premier rédacteur en chef du Guardian, selon laquelle « les faits sont sacrés et les commentaires libres ». Pour les Anglo-saxons, la confusion des deux est un travers tout latin. Pour ce qui est de notre approche méthodologique, elle fera l'objet d'une section introductive aux analyses aussi bien quantitatives que qualitatives des journaux retenus pour les deux périodes de notre étude, à savoir 1960-1965 et 1990-1995. Ce travail nous conduira également à faire ressortir les similitudes et dissemblances entre les journaux d'information sous la première République et pendant la transition vers la troisième République, sur le plan de la ligne éditoriale, du tirage et de la périodicité. Nous espérons, grâce à cet exercice, apporter notre petite touche à une meilleure connaissance de la presse écrite congolo-zaïroise. A trente ans de distance, la situation politique, économique et sociale qui prévaut dans le pays depuis le début du processus de démocratisation, offre une ressemblance saisissante avec celle qui a
Normand R. : Une pratique d'analyse sémiotique, le cas d'un article de presse, In : Cinémaction n° 63, Mars 1992, page 66. 2 Ibid. 3 Agnès Y. et Crois sandeau lM., Lire le journal, Paris, F.B. Lobies, 1979, page 179. 14
I

Introduction

régné dans le pays au lendemain de l'indépendance. Le statut, les marges de manœuvre et l'essor de la presse étant intimement liés à la nature du pouvoir politique, au commerce qu'elle entretient avec celui-ci et au contexte général du pays, nous revisiterons en accéléré, à très grands traits, I'histoire du Congo-Zaïre de 1960 à 1996; mémoire de leur temps, les journaux nous serviront également de miroir réfléchissant. Puisse ce travail constituer un modeste rayon à l'éclairage de 1'histoire immédiate de ce pays.

15

Première partie: Démocratie et presse écrite
( 1960-1965)

CHAPITRE I Du legs colonial à une prolifération éditoriale éphémère Section 1 : A la veille de l'indépendance: Le boom des journaux des partis politiques La presse écrite congolaise résulte de la conjonction de deux phénomènes: Le besoin d'informations, de contact et de solidarité des communautés européennes. 1 Elles étaient disséminées de façon inégale sur l'ensemble de ce sous-continent qu'est le Congo-Zaïre. L'action des sociétés missionnaires catholiques et protestantes, qui avaient vu dans la presse le moyen le plus efficace de rénétration au sein de la population autochtone alphabétisée. Mulopo Kisweko distingue quatre étapes dans la vie de la presse congolaise: 1. L'époque d'une presse rédigée par les Blancs pour les Blancs. 2. La période durant laquelle cette dernière ouvre des pages spécialement réservées aux Noirs. A partir de l'année 1956, L'Avenir colonial de Léopoldville va ainsi réserver quelques pages à de journalistes Congolais. L'avenir colonial sera imité par d'autres journaux. 3. Dès 1956 toujours, apparaissent les premiers journaux rédigés par et pour les Congolais; c'est le cas de Conscience Africaine, dont l'apparition coïncide avec le début de la lutte pour l'indépendance.

IMottard M., La Presse Zaïroise d'opposition, Mémoire de Licence, Université Libre de Bruxelles, 1993, p. 7. 2Mulumbwa K., La presse quotidienne au Congo Belge de 1919 à 1960, Thèse de doctorat, Institut Français de Presse, 1979, p. 200, vol. 1.

Presse écrite et expériences démocratiques au Congo-Zaïre

4. Enfin, la période où n'existaient plus au Congo des journaux nominativement dirigés par des Européens, en dehors de quelques publications confessionnelles!. L'établissement de la population blanche au Congo n'a pas été d'égale densité partout et pour cause; il sera proportionnel au degré de développement et à l'attrait économique des régions. Avec Léopoldville la capitale, c'est tout naturellement le Katanga avec ses industries extractives qui va constituer l'autre grand pôle d'implantation des expatriés, devant la province orientale et le Kivu. Nous avons là les deux principales provinces du Congo sur six, où les journaux furent florissants. Trois types de presse ont cohabité jusqu'en 1960; il s'agit de la presse missionnaire, la presse officielle et de la presse indépendante privée. Au total, le Service d'information de la capitale avait recensé en 1959, 354 publications, dont 9 quotidiens, 5 bihebdomadaires et 29 hebdomadaires. 68 publications étaient éditées par les missions catholiques2. La presse officielle était elle, éditée par le département de l'information; il s'agit notamment de: Congo magazine, les pages congolaises, les actualités africaines et les nouvelles congolaises. Le contenu de cette production avait un caractère institutionnel très marqué: communiqués officiels, nouvelles nationales, etc. Des bulletins périodiques similaires étaient édités par les différents ministères provinciaux de l' information. Presse officielle ou presse d'information indépendante privée, c'est souvent sous forme d'imprimés et de stencils qu'elle se présentait dans les provinces congolaises3. Le troisième geme de presse après la presse missionnaire et gouvernementale est la presse d'informations générales; c'est cette dernière que nous avons retenue pour notre étude comparative. Pour autant, il n'est pas inintéressant de nous attarder quelques instants
I Mulopo K. : L'évolution institutionnelle de la presse au Zaïre de 1908 à 1975, Thèse de Doctorat, IFP, 1975, p. 558. 2 Van Bol 1.M., cité par Mottard, Op. Cit., page 7. 3 In: Etudes Congolaises, 1964, Vol 7, Bruxelles, page 99. Titre de l'article: La presse dans les provinces du Congo. 20

Démocratie et presse écrite (1960-1965)

sur la presse des partis politiques. C'est elle qui donne de la consistance à l'expression que nous avons utilisée pour qualifier le présent chapitre, à savoir l'inflation éditoriale. Contrairement aux autres genres de la presse congolaise de l'époque, les journaux politiques ont vu leur nombre doubler, voire tripler entre 1960 et 19641. Dans l'atmosphère d'intense surchauffe politique et aussi d'exacerbation du sentiment ethnique et régionaliste qui a entouré les premiers pas de la jeune République, cette prolifération n'était pas de nature à influencer le mercure dans le sens de la baisse. Le tableau ci-après reprend les dix principaux périodiqu~s ~olitiques de Léopoldville après l'indépendance, sur une trentame .

1 Lonoh M., Agences de presse et iriformations au Zaïre, Thèse de doctorat, Institut Français de Presse, 1981,p. 475. 2 ln Etudes congolaises, 1962, vol 2, page 112, titre de l'article: la presse à Léopoldville. 21

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Démocratie et presse écrite (1960-1965)

Tous les journaux des partis politiques ont eu pour ainsi dire un point commun: leur précarité; aucun n'a dépassé deux années d'existence. Section 2 : La presse privée d'information après l'indépendance: telle une peau de chagrin Phénomène identique que pour la presse des partis politiques, l'indépendance du pays le 30 juin 1960 donna lieu à l'éclosion quasi spontanée d'une multitude de titres dans la presse d'information. Ici aussi, l'euphorie fut de courte durée. De nombreux titres passèrent à la trappe avant même d'avoir pu se faire une petite place dans les kiosques. De sorte que sur les 9 quotidiens qui paraissaient encore à la veille de l'indépendance, trois seulement survécurent à la première République. Il s'agit: du Courrier d'Afrique, l'Echo du Katanga et de L'Essor du Congo. Parmi les hebdomadaires, deux titres vont se maintenir à flot contre vents et marées: Présence congolaise, sûrement le plus régulier de toute la première République, et Actualités africaines, hebdomadaire créé en 1960. A une crise politique consubstantielle à la naissance de l'Etat de par sa nature constitutionnelle, va se greffer très vite une grave crise économique. Celle-ci aura pour la presse écrite trois effets désastreux: - la fuite du lectorat européen, le plus important culturellement, mais aussi en terme de pouvoir d'achat; le départ de la population blanche sera fatal pour la presse et l'économie du Kivu et de la province orientale, dont la prospérité reposait sur la présence des colons; - les difficultés d'approvisionnement en matières premières, (papier, encre), liées à la dépréciation du franc congolais; -le problème de la relève des expatriés par des Congolaisl. Le Courrier d'Afrique est l'un des rares journaux congolais à avoir évité ce dernier embarras. A l'indépendance, une trentaine de journalistes congolais seulement oeuvrait au sein des journaux coloniaux2.
1Mulumbwa K., Op. Cit., Vol. 2, page 645. 2 ln Etudes congolaises, vol. 2, 1962, Op. Cit., page 112. 23

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