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QUATRE SURS

De
155 pages
Récits croisés de quatre sœurs qui racontent leur traversée, chacune à sa manière, de la deuxième moitié du XXè siècle. Elles nous font partager leur enfance en pleine guerre d'Algérie, leur exil en France et retrouvent les clefs de leur vie. Sans se mettre à l'abri, elles cherchent à comprendre leur parcours par l'histoire, la sociologie, la psychologie, par " l'histoire de vie ".
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Quatre sœurs
Hier, en Algérie Aujourd'hui en France

Frédérique Eve Nelly Fabienne Boblin - CaIo - Collet - Rozotte

Quatre sœurs
Hier, en Algérie Aujourd'hui, en France

Préface de Benjamin STORA Postface de Jean-Louis Le Grand

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 ] 026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Jtalia Via Bava, 37 ] 02 ] 4 Torino ITALIE

@L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1386-6

((

E'n ce qui concerne /'Algén'e, J"ai tOUjours

peur d'apptger

sur cette corde intérieure qui lui correspond en moi et dont J'e connais le ,,'hant aveugle et grave. ))

Albert Camus, L'Eté

A (;eux que nous aimons...

Nelly, Fabienne, Eve et Frédérique en 1957

Préface
Quatre sœurs dans leurs mémoires algériennes
Quatre femmes, au seuil de la cinquantaine, se retournent sur leur passé et découvrent au loin la terre qui les a vues naître, l'Algérie. Elles sont sœurs, originaires du Constantinois, nées à Philippeville (devenu Skikda) au moment du début de la guerre d'Algérie. Les voilà qui arpentent, décrivent, « habitent» cette histoire d'une enfance dans la guerre, suivie de la déchirure de l'exil. A la manière du beau ftlm de Brigitte Rouan, Outre-mer, chacune raconte une scène qu'une autre reprendra de manière différente. Par exemple, ce terrible jour du 20 août 1955, soulèvement paysan dans le Constantinois, où chacune des sœurs dit l'apparition d'un « fellagha» sur le seuil de leur maison. Qui les fIXe, ne fait rien, et s'en retourne dans le djebel. Personnage fantomatique qui s'évapore, comme longtemps ont disparu les souvenirs liés à ce moment effarant. Ce texte vagabonde entre érudition historienne ~a généalogie de l'arrivée familiale au XIXc siècle), réflexion politique (les engrenages de la violence et les séparations

communautaires) et méditations mélancoliques (les dépressions nées de l'exil). Il n'y a là rien de sensationnel, ce sont des histoires apparemment simples, mais il y a un ton si personnel que l'on redécouvre ce monde perdu des Européens, humanistes et laïcs, dans l'Algérie coloniale. Voilà bien l'intérêt majeur de ce texte: jusqu'alors, les récits de « Pieds-Noirs» faisaient lourdement voir la rumination des occasions perdues, le ressentiment contre les « terroristes» algériens, voire même de la revanche avouée après l'arrachement de la terre algérienne. Les sœurs se demandent si tous ces désirs suspects ne dissimulent pas un déni de mémoire, une impuissance à critiquer et intégrer une part de la mémoire coloniale dans la conscience française. Ce texte à quatre voix pourrait être une lourde saga familiale située avant l'indépendance de l'Algérie. Mais le regard féminin procède par déconstruction, chaque épisode révélant des détails qui viennent enrichir la narration et compléter la compréhension de diverses péripéties. Ainsi, dans ce jour éprouvant du 16 juin 1962, le départ définitif, nous n'avons jamais l'impression de redites, toujours un élément nouveau venant soutenir l'attention. Dans cette vision affective de l'évolution historique, les narratrices ne se mettent pas à l'abri, ne se dissimulent pas derrière des récits intellectuels ou idéologiques, mais étalent plutôt devant nous les multiples pièces d'une thèse ~e rapport des femmes du Sud à la famille, à l'autorité du père, à l'éducation. eo) décidément bien difficile à écrire. Derrière leurs blessures (l'une d'elles dit que l'Algérie ne pourra jamais s'effacer, paisiblement), elles « n'expliquent» pas vraiment, les mots deviennent des évocations nous conduisant dans un monde disparu. C'est à croire que seules les femmes peuvent raconter les guerres perdues.

Ben;amin 5 fora

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Introduction
Pourquoi nos récits croisés?
Issues de la même fratrie, nous sommes quatre femmes de plus de quarante ans nées en Algérie. Par ordre de naissance, Frédérique, Eve, Nelly et Fabienne. Nous appartenons à la classe moyenne. Pas de signe particulier, sauf notre vie à chacune, notre histoire de vie particulière qui ne ressemble à aucune autre et qui fait partie de cette alchimie échappant, pour nous, à toute prédestination, à toute statistique, à tout panel. l}idée nous est venue de croiser des instants de nos vies en introduisant un éclairage sur chacun des thèmes que nous avons retenus: l'Algérie, la famille, l'éducation, la connaissance, l'engagement, le travail, la nourriture, la « psy ». Garder le style de chacune dans les textes fut l'objectif majeur de ce travail afin d'en conserver sa diversité, ce qui fait la richesse de la vie. Nous possédons notre vérité qui n'est pas l'exactitude des faits mais qui est la vérité de chacune. Lors de la réalisation du projet, alors que nous lisions le texte des autres, nous nous sommes surprises à avoir envie

de baisser les bras, pensant chacune à notre tour, que le texte lu était beaucoup mieux, plus vivant que le nôtre, froid et nul. Cela nous a bien montré la difficulté que nous avions à nous accepter et nous a aidé à marquer encore plus nos différences et à comprendre la valeur de chacune dans la non ressemblance. Ce projet est né aussi car le temps nous échappe, les êtres aussi. Lorsque nous nous plongeons dans notre généalogie, nous pouvons marquer les noms, les prénoms de nos ancêtres, parfois, les dates de naissance. Mais que savons-nous de ce qu'ils pensaient, de leurs engagements, de leurs activités, de leur vie, de leur psychologie, de leurs habitudes alimentaires, du pourquoi ils étaient venus en Algérie. .. ? Y avait-il des secrets? Le moment est venu, à notre génération, d'essayer de stopper la mécanique inconsciente en mettant par écrit une partie de ce que nous sommes. De quoi avons-nous hérité? Le projet est né alors que nous arrivons à maturité et que nos parents ont quatre-vingts ans. Nous avons voulu qu'ils nous donnent leur vision de certains événements et qu'ils ne partent pas sans l'avoir fait. Ce texte est un moment privilégié où nous avons pu, toutes les quatre, «retricoter» une histoire commune. Il nous permet de vivre pleinement notre vie de femmes adultes et, peut-être, en faire un don à tous ceux qui nous liron t. .f;àbienne, octobre NellY Tout d'abord, merci Fabienne pour l'idée du livre. Après notre entrevue, au bar du cercle militaire, lieu anachronique, désuet, j'y ai beaucoup pensé. A quatre, nous avons créé notre force, c'est le seul lien de dépendance que nous avons, me semble-t-il, pu 16 2000

accepter. Ce lien très fort nous a permis de nous soutenir, de surmonter, de dépasser nos peurs. Nous pouvons, aujourd'hui, mener ce projet car nous avons pris nos distances et désormais, seul le lien positif subsiste. Je suis à la campagne, à la maison neuve en Mayenne, je sens la terre. J'y ai planté mes nouvelles racines, j'y ai beaucoup de souvenirs des enfants, de la vie. C'est ici que j'ai vécu des moments heureux, c'est aussi ici que j'ai appris la mort, à cent deux ans, de notre grand-mère paternelle, mamie Boblin. C'était en février 1997. Nous sommes toutes les quatre devenues adultes, très vite et pourtant très tard. Très vite, à cause de notre histoire, très tard, parce qu'il a fallu attendre de ne plus être les « petites filles ». Je vais essayer d'apporter ma contribution à ce beau projet. Aujourd'hui à la cinquantaine, j'ai l'impression de repartir à nouveau et de participer au moment magnifique d'une nouvelle gestation. Quoi qu'il arrive, nous allons écrire une partie de notre histoire. Cette histoire, quelle qu'elle soit, sera à nous. Je repense au journal de notre grand-mère maternelle trouvé à sa mort et que ses enfants ont enterré. Dommage, derrière les mots, même de haine, peut-être aurions-nous pu trouver son histoire, un peu de notre histoire? C'était en 1975.

Eve
Alors Fabienne, tu veux m'ausculter? Savoir qui je suis, ce que j'ai dans le ventre, dans la tête. Enfm, au moins grâce à ton projet, je me donne un moment d'arrêt, de paix, de retour sur moi dans ce monde tourbillonnant, à cent à l'heure.

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