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Rebâtir l'Etat haïtien

De
406 pages
Le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti a assené le coup de grâce à l'Etat qui présidait au destin de ce menu pays des Caraïbes. Ce n'est donc pas le tremblement de terre qui est la cause première des malheurs d'Haïti. Dans ce livre Nicolas Pauyo s'est mis à rechercher précisément cette cause première et l'a trouvée dans les structures étatiques qui ont toujours été soutenues par de braves politiciens inconscients du caractère erroné de la gouvernance haïtienne.
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Rebâtirl’ÉtathaïtienNicolas-L.Pauyo
Rebâtirl’Étathaïtien
L’Harmattan©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-54493-2
EAN:9782296544932Ala mémoire des trois cent mille haïtiens
quiontpéridansle Séismedu12Janvier2010.
Atousceux quece cataclysme alaissésorphelins ousansabri.
Atousles chefs dupeuple
Atousceux delacommunauté internationale qui,dufondducœur,
ont prêté main forte àce peuple courbaturé et meurtri.
AFarah-MaePauyo Taylor,mafille tendrement aimée
AYolette Seïde, masœur
Et àses filles Stéphanie et Fabiola
Ames frèresFrantzet Walter
Aleurs fils et filles
AmoncousinRosey D.Pauyo
AMargaret Donat
Perle de notre Diaspora
ARuth et àJonathan

APierre-EdouardDomond
Historien-politologue et Voyageur intellectuel
dehaut vol
AEric Ménard
Excellent économiste et communicateur
AuProfesseur
Jean-Germain Gros
de l'Université de Missouri
AuDocteurFrancisNarcisse
Premier inspirateur des données
duprésent ouvrage
Al’Ingénieur Cénor Lundi
Ami de longue date
Engagé dansla construction de l’Haïti Nouvelle
APierre-Antoine Lespinasse
Economiste de talent
Et amide longue dateAlagrande Dame Blanca Gonzalez
Poursonamourdupayshaïtien
Au docteurSerge Sterling
Historien et politologue
Pournosvingt-cinq années de sincère amitié
Amonami
Docteur JulesAuguste
Intellectuel et sociologue enthousiaste
AuDocteurRoni DeLuz
Ecrivain choyée parla haute presse américaine
LePalaisNationalavantleSéismedu12Janvier2010Malgré cette tragédie, je crois encore qu’Haïti peut réussir…
Alorsquenousnettoyonsles décombres, nouscréerons
des lendemains meilleurs en reconstruisant Haïti en mieux :
avec des bâtiments plussolides,de meilleures écoles
et unmeilleur système de santé ;
avec davantage d'industries et moinsde déforestation ;
avec davantage d'agriculture durable et d'énergie propre.
BillClinton
Une nationdoit posséderdenombreusesqualités,
maiselle doit avant tout posséder la foi et la confiance en soi.
Ce ne sontpasles sceptiques qui bâtissent les sociétés ;
ce sont les réalistes.
Seules les sociétés qui croient en elles-mêmes
peuvent faire face aux défis qui leur sont lancés.–
PrésidentRichardNixon
Lachambre de l’écrivain :
oùla pensée s'agite en des effortsviolents,
oùtout est accablé dès qu'elle s'apaise...
Tout semble mort après les crises de vie, et tout se repose,
les meubles, les étoffes...
comme si le logis tout entier avait souffert de la fatigue de l'écrivain,
avait peiné avec lui, ayant part tous les jours àsalutte recommencée.
GuydeMaupassantAproposdel’auteur
Nicolas L. Pauyo en est venu à la sociologie haïtienne en suivant les
cheminements du journalisme. Auprès de nous, il a consacré trente-cinq
années à travailler pour la presse haïtienne et des médias étrangers; mais il a
passé toute sa vie à observer les faits et gestes de la société haïtienne et à
fouillerdanslesarcanesdel'histoire.
Pauyo a personnellement vécu dans le peuple comme il l'a fait dans les
couches privilégiées et dans la Diaspora haïtienne. L'auteur nous dit que
comprendre Haïti en pénétrant dans les soubassements de son histoire, de sa
culture, sa mentalité politique, sa mobilité sociale, ses déboires économiques
etc.,atoujours étésapassion.
Nicolas-L.Pauyo qui a commencéà étudier avec nousà l’Ecole Nationale
des Hautes Etudes Internationales à Port-au-Prince, est allé continuer ses
études à la City University of New York, à la Universidad del Noreste du
Mexique d'où il est sorti docteur en Médecine après avoir réalisé des études
cliniques à Michigan et à New York. Professeur et conférencier, le docteur
Pauyo est membre de nombreuses sociétés savantes et a participé à de
nombreuses conférences internationales et des colloques sur l'avenir d'Haïti.
Pauyo est aussi auteur de plusieurs ouvrages, articles et documentaires sur
des sujets divers. En Haïti, LE NOUVELLISTE est le journal où il écrit. Les
ouvrages les plus connus de Nicolas Pauyo sont OÙ EST ALLÉE LA
PAIX? (en collaboration avec nous) et LA GUERRE ET SES
SÉQUELLES.
REBATIR L’ETAT HAITIEN que nous présentons aujourd'hui est le
fruit d'une longue réflexion et des recherches assidues de son auteur sur la
nature de l'Etat haïtien et sur l'évolution difficile de celui-cià travers les plus
de deux cents ans de son histoire. LeSéismedu 12Janvier2010quiadétruit
Port-au-Prince et tous les édifices symboles de l’Etat, a donné au concept de
la reconstruction de l’Etat haïtien non seulement un sens institutionnel mais
aussi un sens physique, infrastructurel. Refaire l’Etat mais aussi refaire sa
maison…
En cela l'auteur croit qu' "En 1804 déjà, l’Etat d’Haïti était mal parti" et
trouve là la raison première de nos déboires. L'Etat mal parti a donc, sans le
vouloir, sous-développé le pays. Les tares sociales que Pauyo découvre dans
la dernière portion de l’ouvrage, sont dues sans doute au même mauvais
départ, aux déterminismes de «longue durée » qui n’ont pas été corrigés en
temps opportun. Toute solution au triple problème posé par l’auteur passera
donc immanquablement par une reconstruction de l'Etat et la fondation,
enfin,delaNation.
11Sur le plan des infrastructures, Nicolas Pauyo s’en remet aux
recommandations des urbanistes attitrés, des géologues, architectes et autres
hommes de science car il croit que désormais il faut apprendre à faire
confiance aux hommes de science, à ceux qui savent par l’étude et
l’expérience et non aux amateurs, aux autodidactes de la construction. Peut-
êtreaussiquelacapitalehaïtienne étaitmalplacée.
Malgré les grands défis posés par les monstrueuses décombres physiques
et institutionnelles du 12 Janvier, Pauyo veut se lancer dans une audacieuse
entrepriseenvuededécouvrirlespistesencorevisibles,débusquercellesqui
ne le sont pas, des pistes que les fils d'Haïti soudés à une communauté
internationale enfin "conscientisée", pourront déblayer afin de frayer des
voies nouvelles pour le plein développement de ce pays, et pour l'émergence
d'unesociétéjusteetd'unefièrenation.
Pierre-EdouardDomond
♥♥♥
12Depuisque les hommes réfléchissent àla politique, ils oscillent entre
deux interprétationsdiamétralement opposées :
Pour les premiersla politique sert àmaintenir les privilègesd'une
minorité surla majorité. Pour les seconds elle est unmoyen de
réaliser l'intégration de tous les individus dansla communauté et de
créer la Cité juste dont parlait déjàAristote.
MauriceDuverger
InIntroduction àla PolitiqueIntroduction
ReconstruireHaïti
RebâtirsonEtat
Haïti ! Il y a des centaines d'années
Que j'écris ce nom sur le sable
Et la mer toujours l'efface...
Ces vers célèbres qui sont de René Dépestre montrent –on ne peut plus
clairement– la raison fondamentale pour laquelle Haïti a toujours échoué
durantsesplusdedeuxcentsansd'histoire.
Elle a échoué... parce qu'on a toujours écrit son nom...dans le sable. Il est
normal que la mer l’ait toujours... effacé ! Il n’est donc pas étonnant que
beaucoup de décideurs internationaux soient arrivés à penser, même avant
2010, qu’« Haïti est le cimetière des bonnes intentions » ("Haïti, où les
meilleures intentions échouent", Donald Steinberg in Le Figaro, 1er février
2010.)
Le Séisme du 12 Janvier 2010 qui a ravagé Port-au-Prince a extrêmement
compliqué cette situation et exacerbé le cadre clinique de ce menu pays. Le
nom d’Haïti a de nouveau été effacé…Désormais rien ne sera plus le même
dans cette terre. Désormais l’on se référera à l’histoire d’Haïti en termes
d’avant-séisme ou d’après-séisme, d’avant-cataclysme ou de post-
cataclysme, de pré-Désastre et d’après-Désastre tout comme on parlait
naguère du monde antédiluvien, du monde postdiluvien, de l’Europe
d’avant-guerre ou de l’Europe d’après-guerre. "Un séisme, c’est la fin d’un
monde, la perte des repères, un choc inimaginable… Les cartes sont
rebattues dans la société " comme le dit Pierre Verluise. Et Laënnec Hurbon
écrivant dans Le Monde découvre une «Haïti, l'année zéro». Quant à Pierre-
Edouard Domond il voit qu’ «Haïti, en 2010, fait ses premiers pas vers un
monde inconnu. » Le 12 Janvier aura donc marqué la fin d’un monde ou
d’un système en Haïti et l’éclosion d’un autre système. Le phénix haïtien va-
t-ilrenaitredesescendres?
La Conférence des Nations unies le 31 mars 2010 où près de 4 milliards
de dollars sur 3 ans avaient été promis, est un pas décisif dans la bonne
direction pour ce qui est de répondre à cette interrogation majuscule. Plus
encore, le 31 mars les fruits ont dépassé la promesse des fleurs. Au lieu des
15quatre milliards attendus, Haïti a plutôt engrangé une moisson de 9.9
milliards!
LeDéfiàrelever
Encore récemment, c’est-à-dire avant l’hécatombe du 12 Janvier,
l’intelligentsia haïtienne était unanime à réclamer un Etat nouveau pour le
pays. Elle clamait sur tous les toits que l’Etat haïtien était une entité en
déliquescence, ou que l’Etat avait démissionné. Donc la chute des bâtiments
en ce 12 fatidique, n’a été que le paroxysme létal d’un mal qui couvait
depuis trop longtemps et qui était fait de crises toniques-cloniques et de
beaucoupdechutesprécédentes,cellesdesinstitutionsdupays.
Mais il y avait alors une seule chose à rebâtir. Aujourd’hui, cependant,
notre intelligentsia plongée dans l’angoisse et l’inanition, constate que l’Etat
qui doit être rebâti est non seulement les structures étatiques, les institutions
de la Loi, de la Justice et de la gouvernance, mais aussi des logements
physiques pour l’Etat car celui-ci, au lendemain du sinistre, dort dans la rue
comme tout le monde, est sans domicile fixe (SDF) comme tout le monde.
Ce qui est nouveau en 2010 est donc ceci : Il faut non seulement (re)bâtir
l’Etatmaisaussireconstruiresamaison.
Alors, commentsortir"Haïti: -UnDiamantdanslaBoue"(titredudernier
livre de Charles Joseph Charles), comment tirer Haïti de cette fange où elle
se trouve, de cet "antre pestilentiel", de cette "perdition où nul ne peut
séjourner une heure"? (Jean Théagène, politologue) ou plutôt de ces
décombres qu’a laissés le sinistre ? Comment, après l’hécatombe, arracher le
pays au sable mouvant de la pauvreté et de l'indigence pour l'incruster dans
le roc acéré du développement durable ? Qui le fera ? Pourquoi vient-on
aider en si grand nombre ? Combien de temps faudra-t-il? Qui goûtera aux
fruits premiers de la récolte ? Quels sont les obstacles à prévoir et comment
les surmonter ? Que faire pour que la reconstruction d’Haïti,del’Etat haïtien
et de la Nation haïtienne, soit pour le bénéfice des Haïtiens, même si
l’étranger qui y a aidé doit jouir pour un temps d’une certaine influence?
Pourcommencer,dequoidisposons-nous?
LeJourduJugement
Le 12 Janvier en Haïti s’est révélé être un grand jour du jugement. En
moins d’une minute tout le monde s’est aligné pour passer par-devant le
tribunaldel’histoireetdelaNature:
16─Les anciens colons et autres envahisseurs parce qu’ils ont pillé, déboisé
puisabandonnéHaïti toutencontinuantàla maltraiteraprèsluiavoirimposé
uneDetteastronomique.
─LesFrançaisenparticulierquiàpartirde1749ontfondéPort-au-Prince
sur une faille géologique en colère. Et les Haïtiens qui en ont fait la capitale
dupays.
─Les gouvernements haïtiens, surtout celui de François Duvalier qui a
charrié tant de monde à Port-au-Prince à l’occasion de ses Fêtes politiques
tout simplement pour que ces braves paysans en guenille viennent crier
Vive! et poser pour une belle photo publicitaire démontrant aux puissances
étrangèressuspicieusesqueleLeader étaitpopulaire.
─Les gouvernements plus récents qui n’ont pas su rectifier le tir et faire
cettedécentralisationqu’eux-mêmesprônaienttellement.
─Les puissances étrangères et les grands bailleurs de fonds
internationaux qui ont initié et financé des programmes d’ajustement
structurel et de sous-traitance qui ont drainé la paysannerie vers Port-au-
Prince sans investir dans les provinces. Ainsi s’est créé un environnement
fertile pour la pullulation des bidonvilles et l’amoncellement de presque 3
millions de personnes à Port-au-Prince pour que celles-ci aillent périr sous
les décombres dans l’hécatombe du 12 Janvier. Ceci a poussé Ashley Smith
à écrire que «La ligne de fracture de l’impérialisme US a amplifié la ligne
de fracture géologique et a transformé une catastrophe naturelle en une
catastrophe sociale. » Ces mêmes puissances ont braqué leur lifting
néolibéral quiadétruitle marchéagricolehaïtien etforcélapopulationàune
importation agricole pèpè dont le quartier général se trouverait toujours à
Port-au-Prince.
– La société civile aussi car elle n’était jamais tout à fait organisée et
n’avait jamais été une force au niveau national; elle a donc brillé par son
absencedanslespremièressemaines.
─Les Partis politiques enfin (puisqu’il nous faut clore la liste des
accusés) en ce sens qu’ils se sont montrés en dessous des attentes du peuple
longtemps avili et meurtri. Le Grand séisme les a tellement saccagés qu’ils
sont demeurés les derniers à se prononcer même des mois après le désastre.
Fin Mars 2010, anniversaire de la Constitution sous l’égide de laquelle ils
disaientfonctionner,personnenesavaitoù étaientnospartisetleurschefs.
LaguerredesPlansdeReconstruction
Danslessemainesquiontsuivil’hécatombe,nousavonsluaumoinsune
centaine d’articles écrits par les universitaires haïtianologues les plus
connus, ou des sommités de la politologie depuis Christophe Wargny ou
17Régis Debray jusqu'à Jeffrey Sachs ou à Jean-Germain Gros. Nous avons de
même prêté une attention soutenue aux études des géologues haïtiens et ceux
des grands observatoires internationaux dans le dessein de découvrir les
points forts mais aussi les manquements de chaque secteur. Là encore nous
avons découvert l’empreinte de l’étranger qui a malmené l’environnement
haïtien et la connivence des fils du pays qui ont fait de Port-au-Prince une
Tour de Babel en accumulant trois millions de personnes sur une faille
géologique en colère, qui s’était déjà manifestée en 1751 et 1771. Ainsi les
Haïtiens ont asséné le coup de grâce après l’œuvre irresponsable, lâche et
ignoble des colons et des envahisseurs récents, de sorte qu’un désastre
naturel (certes inévitable) en est venu à avoir l’effet d’un Armageddon
thermonucléaire.
C’est là la faute qu’il ne faut pas chercher, c’est-à-dire sur laquelle il ne
faut pas en ce moment crucial s’attarder et s’appesantir tandis que la terre
continue de se dérober sous nos pas. «Il nous faut plutôt chercher le remède
»commelediraitHenryFord.
Ce remède quel est-il? Ce sont des plans de reconstruction.
Reconstruction de l’Etat. Reconstruction physique du pays.
Malheureusement, les plans sont nombreux et souvent ils se marchent sur les
pieds car ils reflètent des intérêts discordants. Il arrive que certains
investigateurs trouvent que les désastres du type de ce qui s’est passé en
Haïtientretiennent lesuperbigbusinessetenrichissentlesméga-compagnies
étrangères de sorte qu’aux portes d’Haïti se trouvent alignés, au dire de
Georgianne Nienaber, Des Mercenaries opposés aux Visionnaires (Titre de
sonarticlesurHaïtiparudansleHuffingtonPostdu17mars2010)
Les Américains avaient déjà leur Plan que l’ancien Président Clinton
avait élaboré suivant les postulats de l’éminent Professeur Paul Collier. Il ne
resterait qu’à le modifier en fonction de la nouvelle et cruelle réalité créée
par le grand Séisme, comme l’a dit Madame Clinton présente à Port-au-
Princepeuaprèsl’hécatombe.
Les Français ont présenté le leur. Voulant « combler 400 ans de
solitude » (selon le mot de Debray) Nicolas Sarkozy est venu avec son
agenda pour arracher l’ancienne colonie françaiseà son « sort malheureux »,
suivant les propres termes du premier président français à fouler le sol
d’Haïti depuis l’Indépendance de ce pays en 1804 !... Sarkozy présent en
Haïti, voulait se recueillir et se pénétrer des « moments très douloureux que
nousregardonsenfacesanslescontester »(discoursdecirconstance).
Les Dominicains conduits par le président Leonel Fernandez ont prévu
un Plan de 10 milliards de dollars sur 5 ans. Lula Da Silva est venu lui aussi,
et a offert 100 millions. Michelle Bachelet du Chili a voulu de même
apporter sa pierre sans savoir qu’un séisme de magnitude plus grande
l’attendait dans son propre pays. Le Premier Ministre canadien Stephen
18Harper n’a pas manqué au rendez-vous…Il s’est empressé d’organiser une
Conférence. La kyrielle sera longue des leaders internationaux et de leur part
du Plan colossal. C’est pourquoi, dans un élan de cynisme, Castro Desroches
se permet d’écrire dans l’AlterPresse du 29 janvier 2010 qu’« Haïti est
devenu le lieu géométrique de toutes les misères du monde. Un lieu de
pèlerinage pour politiciens désœuvrés et missionnaires philanthropes... Avec
la tragédie du 12 janvier, Haïti offre uneopportunité en or aux protagonistes
de la politique internationale d’affirmer enfin une prétention humanitaire ou
deconfirmerunevocationinternationaliste. »
La Diaspora haïtienne a présenté aussi diverses versions d’un Plan de
reconstruction. Dans la majorité des cas, elle demande entre 15 et 20
milliards sur 20 ans. Monsieur Dumarsais Siméus, puissant industriel et
ancien candidat à la présidence, demande carrément une mise sous tutelle
d’Haïti. Il demande 66 milliards sur 20 ans.. La Fondation Haïtienne pour le
Développement Intégral Latino-Américain et Caraïbéen (FONHDILAC) a
écrit un plan excellent mais veut que la Reconstruction soit faite plutôt « à
l’haïtienne » faisant très peu de place à la Communauté internationale, alors
que son projet de 10 ans doit coûter 40 milliards de dollars. Quant au
Président Préval reçu par Obama à la Maison Blanche en Mars 2010, il
présente ce qu’il appelle tout simplement Le Plan, un plan de 14 milliards de
dollars, une « vision de reconstruction paradisiaque d'Haïti », un plan
finalement jugé idyllique par la pressehaïtienneetparlePrésidentaméricain
lui-mêmequiinsistasurlefaitqu’ilfautd’abordsauverlemillionetdemide
sinistrés qui dorment sous la pluie avant de concevoir un paradis. Obama
s’était quand même engagé à demander au Congrès 3 milliards de dollars
pourlareconstruction.Laconférencedesbailleursdefondsdu31 mars2010
amarquéletonpourqu’enfinl’oncommenceàtravailler.
Le secteur privé des affaires, qui dit avoir souffert une perte de 5
milliards de dollars américains propose un plan “ Horizon 2020”. Les
intellectuels haïtiens de l’intérieur ont aussi avancé leurs projets. Dunois
Erick Cantave s’est illustré par des « Recommandations » judicieuses en vue
de «refonder l'Etat-nation sur des bases plus rationnelles, plus modernes,
plus solides et de recréer l’espoir.» Mais lui aussi veut rester loin de
l’étranger dans la reconstruction. Ce qui est remarquable c’est que ce bon
analyste ne dit même pas le montant à quoi s’élèvera son projet. Le groupe
de Réginald Boulos et de Sauveur Pierre-Etienne aussi s’est empressé
d’échafauderquelquechose.
Donc partout, à travers ce qu’on commence à appeler l’humanitaire
d’Etat ou la « bataille humanitaire », on découvre un chaînon manquant, on
voit la discorde, des larmes de crocodiles, « une surenchère compassionnelle
hypocrite » (pour le dire comme Pierre Haski), des conflits, des convoitises,
comme si au lendemain du méga-drame tellurique Haïti était devenu un
19gâteau à trancher par les puissances amies et par les classes dominantes, les
grands mangeurs haïtiens traditionnels. Heureusement que celui qui lit à tête
reposée peut découvrir à travers ces écrits –certes improvisés– des
dominateurscommunstelsque:
1.La miseenhibernationdelaConstitution de1987.Unechartenouvelle
à introduire quand toutes les clameurs se seront tues et qu’une première
périodedetransitionetdereconstructionaura étéraisonnablementcouverte.
2. La montée de la Diaspora et des Haïtiens de l’intérieur dans une
citoyenneté égaleetlégalementreconnue.
3.Lacréationd’unConseilspécialdegouvernement.
[Le Professeur Gros, puis le célèbre lobbyiste haïtien de Washington, Stanley
Lucas, l’appellentAutorité de Reconstruction d’Haïti ; la Secrétaire d’Etat
américaine défend, elle, une Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti
(CIRH), pour un Plan de 18 mois tandis que les fonds colossaux seraient gérés par
un Haitian Development Authority (HDA) pendant au moins 10 ans. La
FONHDILAC dénomme son conseil à elle Autorité d’Aménagement Global d’Haïti
(Ad’AGH). Dans la plus extrême urgence, Boulos réunit un cénacle à Santo
Domingo et brandit un Plan stratégique de sauvetage national (PSSN), tandis que
Siméus fait appel à un International Council of Governance (ICG). Ces visionnaires
politiques font une place large à la communauté internationale et l’ONU en même
temps que quelques-uns insistent pour que l’Haïtien y joue un rôle déterminant.
Même une grand’mère a parlé et a tenu un colloque à Montréal. Le plan du Groupe
de Réflexion et d'Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN : grand’mère en créole)
mérite une attention soutenue bien qu’il soit plutôt long (700 pagesà paraitre.) On a
même trouvé des tenants à court de plans et qui voulaient ressusciter le fameux
Cadre de coopération intérimaire (CCI) de 2004, le Document de stratégie nationale
pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP), et mettre en avant le
PDNA et ses fameux groupes thématiques. Quelques secteurs oubliés se sont sentis
offusqués. C’est le cas pour l’Université, les Jésuites, le groupe du Professeur
Desroches etc. Quant à «Le plan » dévoilé par René Préval à la Maison Blanche, il
prévoit une «Agence d'exécution», dirigée par des Haïtiens, des fonctionnaires de
l'ONU et d'autres techniciens étrangers. Ceux qui lisent bien le rôle de cette agence
d’exécution, comme l'éditorialiste Giles Whittell et d’autres analystes connus, disent
que dans les faits c’est l'agence d'exécution quiva diriger lepaysenattendantque le
vrai gouvernement haïtien renaisse de ses cendres. Autres dénominateurs
communs:]
4. Un coût total du projet allant de quinze à vingt milliards de dollars sur
aumoinsdixans.
5. La reconstruction doit être l’œuvre d’ingénieurs et architectes
hautement qualifiés et férus des normes antisismiques ou parasismiques
internationales. Finies les constructions anarchiques, et l’exploitation
exagérée des mines de sable. Les constructions doiventrépondredésormaisà
des codes et aux lois de l’urbanisme. On profitera pour décongestionner les
villes (surtout celles qui sont soumises à l’aléa sismique) et atteindre enfin à
20la décentralisation et la déconcentration administrative prônées depuis la
CartaMagnade1987.
6 Des questions sur le sort de Port-au-Prince en tant que capitale du pays.
La plupart des auteurs, mus par les récentes menaces des géologues, optent
pour le Centre du pays (puisque le Nord a aussi sa faille géologique et
pourrait même être en train d’attendre son propre désastre). D’aucuns
privilégient St. Marc ou Marchand Dessalines. D’autres encore font
l’apologie d’un Axe-Capitale où l’Administration serait répartie sur
plusieursvillesvoisinesduCentreycomprisMirebalais.
Unconceptprimesautier:-Apologied’unEtatapolitique
Lesautresquestionsportentsurlabalancedespouvoirsquandlanouvelle
Autorité aurait été mise sur pied. Et d’autres questions que nous considérons
plutôt comme étant des vétilles ne méritant pas trop de souci puisque dans
les prochaines années ce qui importera le plus pour le million et demi
d’Haïtiens jetés dans la rue c’est la Reconstruction de l’Etat et la
reconstruction du pays haïtien et non les questions ostentatoires de pouvoirs
ou la vanité des titres et des positions politiques. Pour cette raison même,
nous donnons notre entière adhésion à un article de Maryse Noël Roumain,
Ph.D. dans lequel elle suggère une définition tout à fait singulière et
primesautière du terme Etat dans les circonstances concrètes du moment
c’est-à-dire dans le contexte haïtien d’après-désastre. A la question de savoir
De quel État avons-nous besoin ?ledocteurNoël-Roumainrépond:
« Dans cette nouvelle conjoncture, il nous faut dépasser toute vision
réductrice car l’État ce ne sont plus les occupants du palais présidentiel
d’ailleurs sérieusement endommagé et désaffecté, ce ne sont plus les
différents ministères réduits en poussière et leur personnel désorganisé et
désorienté, ce ne sont plus les sénateurs, les députés et le personnel du corps
judiciaire incapables de fonctionner. Ce n’est même plus le corps de police
enformation.
L’État, ce devrait être l’ensemble des forces vives et saines de la nation
organisées autour des taches de reconstruction et de leaderships compétents
et dévoués à la cause du pays. Le consensus aujourd’hui est qu’un État
performant est une condition nécessaire à la reconstruction et au relèvement
despaysoùl’Étatafailli ».(AlterPressele21janvier2010).
L’Etat ainsi redéfini par cette grande Dame de la nouvelle politologie
haïtienne est un Etat apolitique, un Etat de cadres, un Etat de fils du pays
suffisamment qualifiés pour mettre la main à la pate et désireux de le faire.
Cet Etat répond à une conjoncture spéciale et particulière, un consensus
d’exception. La classe politique haïtienne et les classes dominantes
21nostalgiques se doivent de s’accommoder de cette nouvelle et cinglante
réalité. Après le 12 Janvier quiconque s’arrête et regarde en arrière sera
changé en statue de sel !
L’essentiel est que hierencorenoussuspectionsque malgrél’engagement
pris par la communauté internationale et le positionnement de l’Onu à
travers son Envoyé spécial Bill Clinton, rien de sérieux n’allait se faire
vraiment. La différence aujourd’hui est que tout le monde pense ou même
croit que cette fois-ci c’est pour de bon. Haïti doit saisir la présente
opportunité car il n’y en aura pas une autre…Les amis du payssi nombreux
à son chevet, si enthousiastes et si « émus » après l’apocalypse du 12
Janvier, finiront par ouvrir leurscœurset sauverlepaysdecette «tectonique
de la misère », pour répéter le mot de Christophe Wargny, le sauver de son
histoire qui, au dire de Jean Matouk est « un séisme permanent ». Cet élan
admirable de générosité spontanée a fait que seulement quarante jours après
les grandes secousses telluriques, les économistes pouvaient comptabiliser
plus de 4 milliards de dollars disponibles si les promesses étaient tenues. Au
lieudes4miattendusHaïtiaeuplutôt9.9milliardsau31mars.
Ceci est réconfortant car il faut prévoir que bientôt les émotions se seront
tues. Les caméras seront parties. Comme le dit l’économiste Leslie Péan
dans son propre plan, la communauté internationale va avoir d’autres chatsà
fouetter. Haïti risque alors de plonger, comme toujours, dans l’oubli. Régis
Debray qui vient de demander que les grandes puissances déclarent Haïti
«pupille de l’Humanité » fait appel à un système de synergie internationale
sans prétention hégémonique. C’est une façon de « rendre l'éphémère
durable et l'émotion rationnelle » dit le glorieux philosophe des affaires
d’Haïti..
De toute façon, la refondation du pays et de la nation est une tache de
longue durée. Trouver les sommes requises (si jamais on en trouve la
totalité) n’est qu’un premier pas sur cette voie montante, sablonneuse et
malaisée. Reconstruire desbuildingsn’estpasensoireconstruirelepays. Un
pays est beaucoup plus que l’ensemble de ses édifices. C’est une
agglomération complexe d’hommes, de femmes, de sensibilités, de volitions,
de facteurs cultuels et culturels, derichesses artistiques et spirituelles…
22Rebâtirl’Etat
Aux grands maux lesgrands remèdes
Après l’hécatombe du 12 Janvier la grande question est celle de rebâtir
l’Etatenmêmetempsqu’onreconstruitlepays.Maislaplusgrandequestion
est celle de savoir où placer cet Etat en regard de la reconstruction du pays.
Quelques-uns demandent qu’il soit placé au cœur de la reconstruction, mis
au centre des décisions, tout en étant constamment renforcé. D’autres
préféreraient qu’il soit misà l’écart, « fermé pour restructuration » jusqu'à ce
que, institutionnellement rebâti et remembré, il puisse répondre à l’appel.
Dans ce dernier cas l’aide irait directement aux Organisations non
gouvernementales (ONG), comme elle l’a toujours été d’ailleurs depuis les
années quatre-vingt-dix. (La grande faiblesse de l’Etat haïtien n’est-elle pas
liéeàcettemiseàl’écartdepuiscetemps-là?)
Rebâtir l’Etat reviendra toujours à remembrer les institutions, tracer les
fondements nouveaux avec l’équerre d’une constitution réaliste,
pragmatique, des lois et des principes justes. Il signifiera aussi vider le
ciment de l’unité nationale et le bon sable de l’ordre public, de la sécurité
des vies et des biens, de la justice et de l’équité. Il voudra dire brasser le
mortier d’un consensus entre les différents pouvoirs et leurs agences, tout
ceci en vue de dresser des murs solides et une superstructure à l’épreuve des
séismes politiques et de leurs répliques. Il faudra désormais déplacer l’Etat
des failles géologiques sur lesquelles il s’est trouvé assis depuis 1804,
décentraliser le pouvoir afin que centre et périphérie jouissent de droits et de
privilèges égaux. Roody Edmé, fort des mêmes métaphores, estime qu’« Il
s’agira de nouveaux comportements à adopter vis-à-vis de notre
environnement, de faire tomber les murs de l’indifférence, de ramasser les
gravats du népotisme destructeur, de désencombrer les chemins de « l’unité
historiquedepeuple »dontparlaitlethéoricienMarcelGilbert ».
Ce sont toutes les institutions qui doivent être refondues car toutes sans
en excepter une seule ont péri le 12 Janvier. Le Judiciaire esttombéavecson
Temple de Thémis. La Police, son corolaire a connu la débandade dans les
premiers jours. (Même la police de la MINUSTAH a été violemment
secouée après avoir perdu son quartier général et une centaine de ses
membres qui ont péri sous les décombres y compris son chef de Mission
HeidiHannabi).
L’Exécutif haïtien tout entier a été jeté dans la rue. Tous ses édifices ont
été convertis en amas de sable et de débris. Déjà un exécutif en crise bien
avant le 12, ce corps a exhibé tous ses signes
de lassitude…On l’a accusé (ainsi que son Chef), de s’être morfondu dans sa
23propre consternation durant les premières heures du désastre. Même si dans
les semaines qui ont suivi, cet exécutif s’obstinait à se refaire un visage, la
déception a été la plus grande tant dans l’opinion haïtienne que dans celle
despaysditsamis.
Le Législatif déjà en débandade avant le 12 fatidique à cause de tant
d’élus arrivés au terme de leur mandat, a plutôt montré tous les signes
prémonitoiresd’unemortclinique.
Même l’Eglise(lagrandeEgliseetles ti-legliz)quidansletemps «faisait
et défaisait les rois » en Haïti ou qui jusque tout récemment affichait encore
un semblant d’ascendant « moral », a été complètement détruite avec tous
ses glorieux symboles et quelques-uns de ses princes y compris
l’Archevêque de Port-au-Prince, Mgr Joseph Serge Miot et le Vicaire
général Charles Benoit. Jusqu’au moment où nous écrivons (septembre
2010) nous essayons encore en vain de repérer la voix et autres signes de vie
delasainteEglise…souslesdécombres.
Nous ne savons pas combien de temps durera la reconstruction d’un Etat
si fragilisé. Mais nous croyons que l’étranger qui a toujours eu nos dossiers
en poche ne pourra sans doute pas le reconstruire à la place des Haïtiens.
Mais les Haïtiens non plus ne pourront guère rebâtir tout seuls leur Etat et
leur pays. Voilà le dilemme. Aussi acquiesçons-nous enfin à l’idée prônée
déjà trop longtemps par Turneb Delpé, celle d’une Conférence Nationale,
une vraie, où les Haïtiens rechercheraient un consensus, une nouvelle
manière ou plutôt une manière nouvelle de concevoir la vie haïtienne et de
diriger. Ce sera en même temps un consensus réaliste sur le degré de
participation que les Haïtiens devraient allouer aux grands amis qui se
pressentderrièrelaporteetfontpeurparfois.
Haïti a besoin enfin d’un Etat moderne, un régime de lois au lieu d’un
régime d’hommes, un Etat légal-rationnel répondant aux postulats posés par
Weber et autres théoriciens, un Etat engagé dans la sécurisation et la défense
du territoire national, la sécurisation de la propriété, des titres de propriété et
de l’investissement, un Etat soucieux de la protection des vies, un Etat
détenant le monopole de la violence contre les contrevenants nationaux,
transnationaux et internationaux. Haïti doit bâtir un Etat qui couvre tout le
territoire et qui soit maître du centre et de toute la périphérie suivant les
postulatsdeWallenstein.
Oui, Haïti a besoin d’un Etat porté vers le développement, un Etat
pouvant faire baisser au strict minimum les « coûts de transaction » suivant
les vues de Ronald Coase ou d’Oliver Williamson, des tenants de la
Nouvelle Economie Institutionnelle (NEI) et de Douglass North; un Etat qui
enfin se libère de la domination étrangère – ou si vous voulez que je le dise
autrement : un Etat qui s’arrache enfin au char « humanitaire » de l’ONU (et
24des autres) où il se trouve remorqué depuis la MINUHA de 1994 jusqu'à la
MINUSTAHde2004.
Haïti, après le grand Séisme, a besoin d’un Etat mu par une morale
élevée, et surveillé de près par les lois les plus sévères.. Le paysavécu trop
longtemps dans une corruption devenue aujourd’hui proverbiale. Les grands
amis ne voudront rien donner, et surtout rien investir s’ils savent que nous
sommes des voleurs sans pitié pour nos propres citoyens. Un rapport de la
National Academy of Public Administration daté de 2006 n’avait-il pas
révélé la raison principale pour laquelle les grands bailleurs de fond
n’étendent pas une aide substantielle à Haïti? Le rapport voit que l’Etat
haïtien est «diversement considéré comme un cauchemar, un Etat prédateur,
effondré, en faillite, un Etat parasitaire, kleptocrate, fantôme, virtuel, un Etat
paria ».Haïtidoitrefairesonimage,nettoyersonnom, émondersonrenom.
Ilya plus que cela. Il y a le problème d’une bureaucratie excessive en
Haïti. La paperasserieetle red tapenoustuentenHaïtientuantcedontnous
avons le plus besoin, l'investissement. Parfois, nous ne pouvons même pas
gérer des dons. Après le Tremblement de terre, notre problème en Haïti a été
(est toujours) la coordination. Nous ne pouvions même pas recevoir et
accueillir toute l'assistance étrangère offerte. La distribution de cette aide
pour les nécessiteux était un autre cauchemar. Six mois après le séisme,
Anderson Cooper et le Dr Gupta de CNN sont allés à la découverte de
dépôts énormes de nourriture et de médicaments que les autorités haïtiennes
et les ONG n'avaient pas pu livrer à des pauvres et à des enfants agonisants.
D’autres dons librement offerts à notre pays ont été bloqués dans le port et
l'aéroport en raison de tracasseries administratives, d’un manque de
coordination et de questions fiscales quoique le matériel ait été un pur don.
Pourquoi devrais-je vous payer des taxes sur ce que je vous donne
gratuitement?
Quant aux investissements, un obstacle sérieux en Haïti est
l'enchevêtrement de nos lois restrictives et napoléoniennes. Ces lois
périmées font que tout processus important devient interminablement lent.
Le gouvernement haïtien doit changer cela dans les plus brefs délais pour le
mettre en phase avec les exigences de l’inévitable mondialisation et la
reconstruction. Un rôle de l'État moderne est de réglementer le
développementparunelégislationappropriéeetconstammentmiseàjour.
Naissanceenfind’uneNationhaïtienne
Le grand Séisme –enfin– a servi à fournir la preuve que la construction
d’une nation haïtienne est possible. Ceux qui nous accusaient de ne pas être
une nation, ceux qui écrivaient qu’« On a fondé l’Etat et oublié la nation »
ou qui disaient qu’Haïti est « Une société sans Etat ni nation » (titre d’un
25écrit de Régis Debray) devront un jour se voiler la face. En effet l’opinion
internationale a été surprise de la solidarité agissante des Haïtiens de toutes
les couches sociales durant le désastre. Nos observateurs disent nous avoir
vus nous sacrifier pour sauver nos frères haïtiens et même les étrangers
venus pieusement mourir avec nous; ils nous ont vu partager entre nous un
mêmemorceaudepainavantl’arrivéedel’aide.
Le pays a de même fait preuve d’une inimaginable résistance devant le
danger et d’une incroyable volonté de vivre comme on l’a vu dans le cas des
survivants rescapés deux ou même trois semaines après le Séisme. La
lassitude coutumière a fait place à un sursaut de stoïcisme et d’héroïsme. Ce
fut l’alarme qui réveilla les haïtiens. L’alarme ne suffira sans doute pas. Le
poète Fabian Charles demande d’aller plus loin jusqu'à «se secouer encore
plusaprèslasecousse. »
Qui ne se souvient de ce petit garçon au visage émacié et à peine sauvé
des décombres après plus de trois semaines ? Il a ouvert les deux bras en
souriant sous les applaudissements nourris de la foule… Ajoutezà ce don de
la résistance et cette violente volonté de vivre et de vivre ensemble, les
vastes richesses culturelles d’Haïti, son riche imaginaire, sa grande créativité
et son sens de la famille. Ces attributs qui demeurent forts ou plutôt que
l’hécatombe a renforcés, annoncent que l’Etat une fois rebâti n’aura pas de
malàbâtirlanationdontnousrêvonstous.
Addendum
Méthodologie
Dans toute la mesure du possible, nous avons suivi dans ce livre la
méthodologiesuivante:
Une thèse assez brève où nous exposons le problème sans "shouter" sur
personne, sur aucun personnage passé ou présent. Nous n'avons d'ailleurs
aucuneraisondelefairecarnousjouissonsdela souverainelibertédenepas
être un homme politique...Et, empruntant un mot de Jean-Jacques Servan-
Schreiber, «nous pensons politique sans penser politiquement. » Nous
refusons le simplisme de la logique manichéenne qui porte les Haïtiens à se
battre et à s’exclure les uns les autres, eux les bons qui veulent en finir avec
les mauvais, les méchants, les patripoches, les apatrides, les grands
mangeurs…
Notre thèse est toujours étayée de concepts, de ceux que nous extrayons
des œuvres universitaires les plus savantes, les plus actuelles qui soient
publiées, avec la prétention de produire un livre intellectuellement à jour.
Nous croyons comme l’autre que «l’intellectuel qui se respecte doit faire le
tourdesdoctrinesetdesphilosophies. »
26Rapidement ensuite nous passonsà une antithèse ou–après avoir reconnu
les mérites de chacun– nous prenons, à la lumière des réalités nouvelles, le
contre-pied de la tradition qu'on a toujours suivie; nous proposons alors une
solution au problème, en même temps que nous indiquons les voies
nouvellespouryparvenir.
Toujours en quête de simplicité, nous faisons souvent appel au rasoir
d'Occam, cette méthode heuristique utilisée pour guider les phases initiales
dans la construction d'une théorie et dans la sélection des multiples choix de
réponses. "Quand on a deux théories en compétition qui permettent de
prédire exactement les mêmes choses, celle qui est la plus simple est la
meilleure." Avant même la méthodologie du rasoir, Aristote en 350 avant
notre ère, avait déclaré : "La nature prend toujours le chemin le plus court
possible"et"Lepluslimité,s'ilestadéquat,esttoujourspréférable".
Enfin nous allons à une brève synthèse où nous montrons le caractère
réaliste et non utopique du projet nouveau et les bénéfices soutenus qu’Haïti
peuttirerencestempsdepost-désastre.
Souvent nous confessons que d'autres que nous viendront proposer et
indiquer d'autres voies, car nous enseignons qu'il est désormais faux que
"toutes les grandes réformes sociales viennent toujours du cerveau d'un seul
homme"(Duvalier-Denis).
Dans notre thèse, nous prétendons jouir d'une souveraine liberté et nous
disons que nous ne voulons offenser personne. C'est cette liberté souveraine
qui nous permet d'interpeller tout le monde sans distinction, du Père
Massacre au Pasteur Sauveur, du Pasteur Dimanche au Père Samedi, de
Prosper Avrilà Pierre Novembre, de Louis JosephJanvieràl'OncleMars,de
Malval ou de Chérestal à Préval, du Professeur Gros à l'ancien Ministre
Petit,deJeanTatouneouJeanMangoauDocteurFrancisque,deMaîtreJean
Lapaix à Rockefeller Guerre ou au Docteur Frantz Bataille, de Monsieur
LièvreàMonsieurLatortue.
Nous allons tout aussi librement de Magloireà Duvalier, de Manigatà K-
Plim, de ce leader du Kid à Titid, de Bazin à Sylvio Claude, d'Olivier Nadal
à Charles Henry Baker, de Dumarsais Estimé à Dumarsais Siméus, de
Maurice Sixto à Languichatte, de Guy Durosier à Coupé Clouré Nous
honoronstoutlemonde.
Personne n’a le monopole de la vérité sociale, politique ou économique.
La vérité est partout. Il faut en rechercher les bribes et les hachures pour les
recoller. C'est comme dans un puzzle, un jeu de casse-tête. C'est aussi
commepourbâtirunnidd'oiseau:unbrin,etunautre...jusqu'àcequelenid
s'édifie. La vérité sociale, de plus, est toujours relative, jamais absolue.
Auguste Comte le disait : "Voici la seule maxime absolue : il n’ya pas de
maximeabsolue!"
27Eric Ménard, ce grand communicateur d'Orlando, m’a demandé : "Quelle
est l'orientation de ce livre : de droite ?... de gauche? ...du centre ? Et moi,
j'ai hésité car je n'avais pas visé au départ un point cardinal précis. Le
présent ouvrage –du moins je veux le croire– n'est d'aucun extrême, ni
d'aucun point du centre car il se prévaut d'être non pas le nouveau chapitre
d'un même livre, mais plutôt le chapitre premier d'un livre à écrire
sur l’Haïti post-séisme. On est d’ailleurs, comme l’a dit Laënnec Hurbon, en
l’Année Zéro de l’ère haïtienne nouvelle. Il s'agit donc de quelque chose de
toutàfaitnouveauquetoutlemondeviendrafaire,composerensemble.
C'estpourquoinousproposons,àl'issuedetoutechose,unesortedeloya-
jirga à l'haïtienne, un vrai forum national, où tous les représentants de notre
société, sans idées préconçues, viennent s'asseoir, tâter, analyser, discuter,
argumenter, pour donner sa vraie forme au contenu de ce livre et d'autres
livres du même genre, pour en faire un programme pratique pour la
reconstruction du pays détruit dans laconflagration du 12 Janvier. Je n'ai pas
moi-mêmedeprétentionpolitique.
DuNouveaupourHaïti
La chose la plus importante pour un gouvernement n'estpas de faire les choses que
les autres sonten train de faire,de les faire un peu mieux ou un peu pire,
mais plutôt de faire ces choses qu'à présent on ne fait pas.
JohnMaynardKeynes,in La fin du Laisser-faire
Comme nous le disions plus haut, l’hécatombe du 12 Janvier, en même
temps qu’il a fait penser à l’apocalypse, a ouvert la voie à de nouvelles
opportunités pour Haïti. Le phénix peut renaître de ses cendres et cette fois
plus avenant qu’avant. Beaucoup l’ont écrit: René Dépestre dans Le Nouvel
Observateur, et d’autres. D’un grand mal peut sortir un bien durable. Mais
tout est à refaire: les infrastructures institutionnelles étatiques mais aussi les
infrastructures physiques depuis l’urbanisme jusqu'à l’agriculture et
l’industrie.
Le présent ouvrage suggère des idées nouvelles et non de nouvelles idées
sur le même statu quo ante, des idées qui portent sur une structure étatique et
gouvernementale tout autre que celle que nous nous efforcions de perpétuer,
de pérenniser, avec toujours de nouvelles idées de la même couleur.
LongtempsdéjàDeTocquevilleavait émisuneidéepareilledanssoncélèbre
ouvrage De la Démocratie en Amérique. "Il nous faut, disait-il, une science
politique nouvelleàun mondenouveau, maisc'estceàquoinousnepensons
guère. Placés au milieu du fleuve, nous ne faisons que regarder les vieux
28débris du rivage alors que l'eau nous pousse à reculons vers les abîmes les
plusprofonds".
Nous suggérons un changement de schéma, un changement de testament,
un changement de contrat social. Assez souvent dans la vie des peuples, c'est
le modèle, le schéma, le moule, qu'il faut changer... La Chine qui piétinait
jusqu'à Mao n'a commencé son envolée économique qu'après que Deng Xio
Ping eut proposé et initié un modèle nouveau de développement. Les
Chinois n'ont pas brandi un nouveau chapitre du même livre. Ils ont changé
delivretoutsimplement.Etontouvertunchapitrepremiernouveau.
C'est comme une maison, une vieille maison en bois, de celles qui nous
restent ici du 19ème siècleet que le grand Séisme n’a pas emportées:une
maison dont les poutres sont pourries, vermoulues, et qui commence à
pencher sur un côté. Une masure pareille ne tiendra pas mieux debout si on
lui applique une bonne couche de peinture, de couleur ou de vernis! Il
faudra plutôt remplacer les poutres; sinon il faudra refaire la fondation, c'est-
à-direrebâtirlamaison.
Nous voulons un modèle nouveau dans l'Administration, dans la structure
même de l'Etat. Nous suggérons une administration déconcentrée avec une
autonomie gouvernementale pour chaque département géographique, une
sorte de fédéralisme avec un District fédéral chapeautant les gouvernements
départementaux. Nous suggérons un schéma nouveau pour notre Économie,
une redéfinition de l'Investissement, une conception nouvelle et
primesautière de notre Éducation pour la rendre compétitive et la mettre au
pas avec la mondialisation, une vision nouvelle de notre Agriculture, de nos
moyens de production, de notre Justice, de notre Diplomatie, de notre
Jeunesse, de notre mentalité, de notre culture, de notre gestion de
l’environnement,denotrecomportementsurlesfaillessismiquesetc.
Mais jamais nous ne proposons de provoquer une révolution soudaine,
radicale, comme si un peuple pouvait s'arrêter à la halte pour changer. S’il
fallait s’arrêter, le tremblement de terre a tout arrêté pour nous; s’il fallait
provoquer une révolution, l’apocalypse récente l’a fait à notre place.
Autrement, un peuple ne s'arrête jamais, il change en marchant.
Toutefois, nous reconnaissons qu'on aura besoin de quelques haïtiens
sages et vigilants, capables de troubler la paix, celle du statu quo, celle de
l'ordre ancien. Dans la vie des peuples c'est la règle : Il faut des hommes
pacifiques armés de sagesse et de raison, pour troubler quelque chose. René
Charr le disait : "Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni
égards, ni patience". L'arme qui réussira le changement favorable et durable,
seratoujourscelledelanon-violence.
29Nous reconnaissons en même temps que ce n'est pas parce que quelque
chose est nouveau qu'il est nécessairement bon. Il peut être nouveau ou
renouveléetserévélerpirequeleschosesd'avant.Nouslesavons.
Il faut donc du neuf et du bon; du supérieur en qualité et en quantité.
Comment pourrons-nous savoir si le système nouveau est bon ? –S'il est
supérieurà l'ordre ancien, il doit mettre du pain sur la table où il n'yen avait
pas. Il doit produire une sécurité physique, sociale et économique qui
n'existait jamais auparavant; il doit permettre non seulement à tous mais
surtoutàchacundevivreuneviedécente.
Si le programme est bon, il faut qu'à la question: "Vous sentez-vous
mieux qu’avant?" chacun puisse répondre " oui !"–même s'il reste quelques
"effetscollatéraux"àdénoncer.
NONauxTabous
Il existe des gens qui dorment et ne voient jamais Haïti dans leurs rêves.
D'autres ne jurent que par eux-mêmes. Se regardant dans le miroir du roi
Ryence, ils voient toujours exactement ce qu'ils veulent voir. D'autres encore
ont déjà jugé et disent qu'Haïti est perdue et que tout effort pour sauver ce
1pays est peine perdue . Nous trouvons même quelques superstitieux qui
allèguent que le pays est mis sous la tutelle du Diable, Le tristement célèbre
télévangéliste américain Pat Robertson (qui trouve toujours quelque
imprécation à lancer après les grands événements) s’est permis de déclarer
que le séisme du 12 janvier 2010 a frappé Haïti parce que ce paysavait
«conclu un pacte avec le Diable » à l’occasion de la Cérémonie bu Bois
Caïman en 1791. Haïti serait donc en train de descendre aux enfers pour
expier ses péchés et ses crimes séculaires. Qui de nous n'a pas entendu ces
“guignons" ? Sisyphe avait été condamné à pousser dans le Tartare une
grosse pierre vers le sommet d’une montagne; et l’énorme rocher
redescendait toujours. Comme Albert Camus l’a montré, l’on doit pouvoir
vaincre le Mythe de Sisyphe et nous imaginer un Sisyphe heureux et enfin
victorieuxdansl’archétypedelarévolte.
Non. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que la fin du monde est
déjà arrivée pour Haïti. Et ceci malgré le Séisme. Et pourquoi n'aurait-elle
lieu que pour Haïti ? Certes, nous qui nous voulons chrétiens, nous ne
sommes pas d'accord avec le président N'Krumah qui disait en Afrique:
"Cherchez d'abord le Royaume politique", mais nous croyons qu'en même
temps que nous cherchons d'abord le Royaume de Dieu, nous devons
travaillerà notre survie matérielle pour nous et pour nos enfants. Il nous faut
1Titred'unouvragedeCharlesJosephCharles,EditionsCIDIHCA,Montréal,2005.
30rebâtir nos maisons si elles sont détruites. Ne soyons donc pas superstitieux.
Dieu lui-même souffre et «languit » quand il voit souffrir et mourir ses
2enfants Mais finalement l’homme ne pourra guère sauver l’homme. Peut-
être améliorera-t-il son sort en indiquant, bien que tardivement, des voies
nouvelles. Seul le Royaume de Dieu résoudra les vrais problèmes d’Haïti. Et
du monde.
Mettons-nous donc au travail. Et voyons en quoi les voies indiquées dans
ce livre sont nouvelles, et si elles sont plus sures que celle du statu quo ante
pour nous conduireà un développementcertainmêmesinousy arrivonstard
ou que, dans le continuum du Temps, il nous reste peu de temps pour en
jouir. Karl Marx disait: « Si construire l’avenir et dresser des plans
définitifs pour l’éternité n’est pas notre affaire, ce que nous avons à réaliser
dans le présent n’en est que plus évident ; je veux dire la critique radicale de
tout l’ordre existant. »
Mettons-nous au travail pour passer de l’abstraction d’un simple projet à
uneréalitéconcrète, éclatanteetdurable.
Addendum2
Reconstruirelepays
En Haïti, avant Janvier 2010, tous les indicateurs environnementaux
étaient au rouge, mais quand même l’hécatombe nous a pris par surprise. À
part l’étude scientifique et prophétique de Patrick Charles (quotidien Le
Matin 25 septembre 2008) aucune prédiction n’était faite ou n’était
popularisée qui eût inspiré quelque mouvement de prévention. Toutefois les
effets logiques et psychologiques de cette épouvantable surprise doivent
commencer aujourd’huiàs’estomperetHaïtidoitseréveillerdesaléthargie,
se mettre debout et commencer à s’atteler à la tâche – pharaonique certes –
quil’attend.
Mais pourquoi tant de mois se sont-ils écoulés sans que nous n’ayons fait
grand-chose? A l’occasion des Six mois du Tremblement de terre, la presse
étrangère (CNN en tête) et quelques auteurs haïtiens, pensaient que la raison
principale est que les généreuses promesses faites à l’occasion de la
Conférence des Nations Unies le 31 mars dernier n’avaient pas encore été
honorées. En effet seulement moins de 10 pour cent de la première tranche
attendue était disponible en Juillet 2010. Même l’ancien Président Clinton a
fait de cet argument la clef de voute des vicissitudes et des turpitudes du
moment. Heureusement le gouvernement américain vient de décider du
principededéboursementprochaindeprèsde3milliardsdedollars.
2Psaume 116vs15,Jean 11vs33,36
31Nous sommes parfaitement convaincus que sans les fonds astronomiques
prévus dans les différents Plans esquissés au lendemain du cataclysme, rien
de vraiment sérieux ne peut se faire. Toutefois nous sommes en même temps
persuadés –et avec nous une tranche importante de l’opinion internationale
et de l’intelligentsia haïtienne– quequelque chose pourrait se faire en
attendant les grands chantiers promis. Car finalement les fonds vont
commencer à être débloqués. Peut être qu’Haïti n’engrangera-t-elle jamais
toute la récolte promise, autrement dit qu’on ne déboursera finalement
qu’unemoitié,ouunpeuplus,oumêmeunpeumoins.Quisait?
En attendant les travaux herculéens de (re)construction, l’Etat haïtien
pourraittravailleràtoutlemoinssurdeux(2)fronts:
1.-L’élaborationd’unegouvernancedelareconstruction
2.- L’enlèvement des décombres et leur positionnement en des lieux
stratégiques écologiquementviables.
32A ce point de retard où nous sommes, les deux mouvements devraient
être concurrents mais la gouvernance devra précéder quelque peu et avoir le
dessus car il s’agit d’une gouvernance portée non seulement sur le vaste
nettoyagemaisaussisurtoutleprocessusdereconstruction.
Premièrement que voulons-nous dire par la gouvernance de la
reconstruction? Elle fait partie du vaste plan d’action post-séisme discuté à
la Conférence du 31 mars à l’ONU. Elle est une politique minutieusement
étudiée et à mettre en place en vue de savoir par où commencer, comment
mettreà profit nos ressources humaines, les ressources économiques réduites
dont on dispose pour le moment, comment imposer l’autorité de l’Etat dans
les domaines sensibles que sont les questions domaniales et cadastrales
toutes les fois que des espaces physiques doivent être déclarés d’utilité
publique. La gouvernance de la reconstruction porte aussi sur une législation
sure à obtenir de l’Etat à partir d’un consensus entre les différents pouvoirs.
Car l’Etat est régi par la Loi bien que dans les circonstances concrètes du
moment beaucoup de termes, beaucoup d’instances en Haïti doivent être
ponctuellement redéfinis, même le terme « Etat » lui-même comme l’a écrit
récemment notre collègue le docteur Maryse Noel-Roumain. La
gouvernance de la reconstruction repose aussi sur une cohésion interétatique
parfaitepour éviterledésordre,la «gagotte »etlechaos.
Ce qu’on a présenté le 31 mars 2010 à l’ONU et sur la foi duquel les
fonds ont été promis c’est le Plan d’action post-séisme PDNA (Post Desaster
Needs Assessment) qui se décline en quinze chantiers réunis sous quatre
programmes, soit : Infrastructures, Gouvernance, Réduction de la
vulnérabilité des populations et Croissance économique. Suivant le Plan, la
valeur totale des besoins s’élève à 11,5 milliards de dollars et se répartit
comme suit : 50% pour les secteurs sociaux, 17 % pour les infrastructures,
logement compris, et 15 % pour l’environnement et la gestion des risques et
des désastres. Ce fameux Plan se veut l’option stratégique et le choix de la
refondation économique, sociale, territoriale et institutionnelle d’Haïti, basée
surnotrecultureetnotrecréativité. «C’estlechoixdelacréationderichesse
et d’emplois, sans lesquels nous ne pourrons protéger notre environnement
ni améliorer le développement social; …c’est le choix du secteur privé
national, régional et international, comme agent premier de cette création de
richesseetd’emplois. »
Ce Plan est certes méritoire. Toutefois il devrait s’articuler autour de ce
que le maire Jean-Yves Jason appelle le «choix des axes normatifs » de
cette reconstruction à partir d'un agenda citoyen. Jason veut reconstruire «à
partir d'un schéma directeur, d'une planification stratégique, à partir de la
confrontation des idées, dans le cadre d'une démarche participative ». Il se
réfère à la Déclaration de Rotterdam qui adjuge aux autorités locales (dans
33ce cas la Mairie de Port-au-Prince) le rôle de prendre la tête dans la
reconstruction.
Il faut reconstruire non seulement à partir d’une bonne gouvernance
comme le suggère le Plan mais aussi à partir d’une gouvernance de la
reconstruction elle-même. Cette gouvernance de la reconstruction tient
compte les marges de manœuvre de chacun, de chaque secteur de la société.
Comme l’explique le maire, après le problème immédiat de la prise en
charge des sinistrés, il existe la question de l'aménagement d'un espace
administratif pour les constructeurs. Puis, il faut une planification
urbanistique, une définition des espaces communautaires, des espaces
publics etc. Une telle définition tient compte nécessairement d’une
législation d’exception portant sur les déclarations d'utilité publique. Elle
touche donc au droit des propriétaires, à l’indemnisation qui doit leur être
accordée. Est-elle dérisoire, est-elle équitable? Y a-t-il des cas où l’Etat sera
victime de surenchère? Va-t-on tenir compte des impôts locatifs qui
n’avaientpas étépayés?
Après le séisme il était question de déplacer Port-au-Prince. On avait
pensé à St-Marc dans le bas-Artibonite, à Marchand Dessalines et même à
Mirebalais et au Plateau central en général. Les mois ont passé et l’on
semble abandonner l’idée du déplacement. Les techniciens ont plutôt
démontré que beaucoup de grandes villes sont bâties sur des failles et
subsistent résistant à des séismes majeurs. L’essentiel, d’après ces
scientifiques, est de recourir aux codes parasismiques et de les respecter
scrupuleusement.Outrelescodesantisismiquesontdoitaussipenserauxlois
urbanistiques les plus rigoureuses et à l’ordonnancement de toutes choses
dans un système de zonage incluant un périmètre pilote et tous les autres
périmètresexclusifsàteloutelsecteurdelavie.
Donc, apparemment, Port-au-Prince sera rebâtie à Port-au-Prince, mais
elle ne pourra pas être rebâtie sans les Port-au-Princiens et en premier lieu
sans une participation active de la Mairie de Port-au-Prince. Elle doit aussi,
comme l’a dit James Dobbins qui avait séjourné en Haïti comme envoyé
spécial sousl’administration Clinton,être «rebâtiedelatêteauxpiedsetdes
piedsàlatête. »
Monsieur Jason s’est plaint du fait apparent que le gouvernement central
n’a pas fait appelà lui alors que l'article 66 de la Constitution stipule que les
communes sont autonomes administrativement et financièrement et que les
maires sont les premiers à être consultés dans toutes démarches qui
concernent la commune.. De plus, le décret de 2006, portant sur la
décentralisation, explique les compétences des villes quand ilya danger. Le
maire Jason veut une vision technique, politique peut-être, mais non
politicienne de la Reconstruction. Nous adhérons à sa position. Toutefois le
Premier citoyen de la Ville doit reconnaitre aussi que les dimensions
34apocalyptiques du désastre laissent très peu de marge de manœuvre à une
mairie sans grand budget même pour les affaires courantes en temps
normal. Quand il s’agit de milliards il faut laisser parler les milliardaires.
Toutefois, même par respect la Mairie devrait être appelée à s’asseoir avec
lesvraisbailleurs.
L’Université aussi a exprimé des plaintes. A bons droits sans doute car
dans un payscivilisé l’Université est la tête pensante. Elle ne devrait pasêtre
ignorée. «Si on ne nous a pas consultés et que la reconstruction nous
concerne tous, c’est à nous de nous mobiliser pour dire ce que nous ne
voulonspas »amartelél’universitaireMichelHector.
C’est pourquoi l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) a jugé bon d’organiser
son propre sommet (le fameux Forum sur la Reconstruction Nationale –
FORENA– 8-10 juin 2010) en vue d’arriver à une vision de la
Reconstruction. L’UEH a même mis sur pied un Observatoire de la
Reconstruction en vue de suivre tout le processus et d’intervenir avec un jet
delumièretouteslesfoisquecelaaura éténécessaire.
Comme on devrait s’y attendre, l’Université d’Etat d’Haïti n’a pas pu se
pénétrer de la réalité actuelle où la reconstruction est prioritairement remise
à des puissances étrangères. Dans un élan de patriotismele Professeur
Michel Hector a lâché: «La refondation pose nécessairement la question de
la reconquête de la souveraineté du pays». Ce sont à peu près les mêmes
mots qu’a prononcés le professeur et homme d’Etat Leslie Manigat dans sa
conférence d’ouverture relative à la refondation d’Haïti. De sorte qu’on n’a
pas appris grand-chose dans ce premier Forum à part quelques points
techniques favorables à une reconstruction inclusive où toutes les
communautés ont leur place et leur mot à dire. Il faut en cela dire non à la
centralisation des projets et des décisions, et à l’exclusion du secteur
informel et des compétences locales. Par exemple le professeur canadien
Gonzalo Lizarralde qui était invité au Forum a prévenu les décideurs contre
le risque de détruire les communautés et les tissus sociaux en les déplaçant
vers des zones isolées. Le Professeur soutient qu’il faut voir d’abord les
institutions et les infrastructures existantes pour les refaire ou les revigorer.
Il déclare: «Le problème n’est pas de fournir des maisons, mais de fournir
desinfrastructures. »
Le dernier point concerne le déblayage. Ce que fait aujourd’hui le Centre
National d’Equipement (CNE) est semblable au mouvement de quelques
fourmis pour enlever une tonne de grains. Quelques petits camions par-ci,
par-là, cela nous fera prendre une éternité pour enlever les débris. On doit
vite entamer le travail réel qui sera l’œuvre de grosses machines dont un
grand nombre sont déjà en Haïti mais ne trouvent pas de contrat. Après tout
on ne peut rien reconstruire sans premièrement déconstruire, enlever les
décombres,nettoyerettracer.
35Aquiprofiteralareconstruction?
Le séisme du 12 Janvier aura été le coup de grâce pour Haïti. En quel
sens? En ce sens que les étrangers qui ont toujours convoité le marché
haïtien vont enfin l’avoir. Ainsi, malgré les critiques et les tergiversations,
HAÏTI VA ETRE REBATIE,reconstruite.Tousceuxquis’yopposentdevront
accepter la réalité. On vous la donnera dela façon la plus douce possible, car
on est venu pour vous «aider », pour vous «sauver ». Ce n’est pas sans
raison que le grand Voisin du Nord a pris les devants, occupant l’Aéroport
de Port-au-Prince et se disant « en charge » juste quelques minutes après le
tremblement de terre. Ce n’est pas sans raison non plus qu’il vous donne son
cerveau et son ouvrier le plus important, un ancien Président très aimé. Non,
ils ne jouent pas. Cette CIRH, même si elle tarde, vous donnera une Haïti
pimpante, luisante…un vrai eldorado pullulant d’hôtels cinq étoiles, de
casinos, de sable fin. On y trouvera un McDonald à chaque carrefour, un
Wall Mart à chaque kilomètre de rue, un Home Depot, un Office Depot, un
Sears, un KFC, un Bank of America, un Hilton, un Holiday Inn, un Ramada
Inn ou un Sheraton partout où l’on passe, des Megachurchs, des mega movie
theaters, des highways ou autoroutes superposées dans les airs, de grands
ponts, des tunnels, de grandes gares d’autobus, des Aéroports géants, des
Blancs, beaucoup de Blancs dans les rues et sur les plages…et encore des
Blancs aux yeux verts et qui laissent couler les billets verts.
Alors la grande question est celle-ci: QUI GOUTERA AUX FRUITS
PREMIERS DE LA RECOLTE?–Certainement pas le paysan. Certainement
pas le citoyen haïtien moyen. Certainement pas les petits commerçants de la
Croix-des-Bossales. Partout où il y avait une petite boutique au coin, chez
Manzè Altagrace, chez Madan Bètran, ou chez Aristobule, vous verrez un
Seven Eleven rutilant de lumière. Bien que tardivement, Haïti remplacera
Cubacommejoyautouristiqueetcommercialdanslarégion.
Je sais tout cela pour avoir vécu au Mexique avant l’ALENA et après.
Sous le couvert de marché commun et d’aide de bon voisinage, l’étranger a
détruit le commerce mexicain. Tampico, ville simple et d’une beauté
naturelle et dotée d’une longue plage, est devenu aujourd’hui un joyau où
l’on trouve tout le commerce cité plus haut et toutes les commodités du
XXIe siècle. Mais le mexicain a fui la ville. Il l’a abandonnée aux touristes
et aux étrangers riches qui en font leur seconde demeure. Les riches ont
chassé les pauvres en leur achetant leurs terres et leurs maisons à des prix
trop alléchants pourêtre rejetés. Cependant, malgré cette nouvelle somme en
main, le mexicain est devenu trop pauvre pour rester dans sa propre ville
suivant les nouveaux standards de celle-ci. Naguère je vivais très bien
comme étudiant avec 200 dollars le mois à Tampico et je fréquentais avec
36Margaret les meilleurs restaurants. Aujourd’hui quand j’y retourne seul, les
mêmesdeuxcentdollarsnedurentqu’unejournée..
Moi, je conseille à la nation haïtienne de ne pas s’énerver outre-mesure.
Je suis contre ceux qui prêchent la révolution et qui envahissent les rues.
Pourquoi? Parce que dans les circonstances concrètes du moment nous ne
pouvons absolument rien faire. Que peut-t-on en fait contre une
hyperpuissance qui offre de vous sauver quand à la vérité vous n’avez
aucunement les moyens de votre propre salut? Mais je conseille une
coopération intelligente dans la Reconstruction afin que l’Haïtien lui aussi
puisse sucer un os. Un bon os. Après tout il y aura aussi le bon côté de la
Reconstruction. On aura peut être des villes propres, décentes et les
commodités rêvées de tous. Ce n’est pas mauvais. Au contraire...
Je conseille aux jeunes de se préparer par l’étude assidue et
l’apprentissage rapide de toutes les techniques de cette reconstruction.
Qu’ils se qualifient jusqu’au plus haut degré car les savoirs et les savoir-
faire à mettre à profit sont de haut niveau scientifique et technologique. En
retour, la Reconstruction générera des projets à haute intensité de main-
d’œuvre. Le pauvre trouvera à travailler pour devenir moins pauvre.
Que ceux qui ont maintenant des capitaux cherchent à les investir dans la
reconstruction. Que la communauté des affaires qui dit avoir perdu 5.5
milliards de dollars du fait du séisme se réveille et entre dans le jeu. Que la
Diaspora investisse grassement espérant engranger à larges brassées les
bénéfices de son action. Que le pauvre se prépare en apprenant à faire
quelque chose utile aux nouveaux chantiers. A la fin, bien sûr, le pauvre sera
toujours la grande victime comme cela se voit aujourd’hui au Mexique. Mais
la douleur aura été moins lourde à supporter. De plus l’éducation de ses fils
pourra toujours leur garantir des jours meilleurs si le coût de cette
éducation n’est pas intentionnellement majoré..
L’Etat postélectoral de 2011 devra lui aussi avoir les yeux ouverts afin
que par sa taxation et une législation favorable aux haïtiens les deux parties
puissent sortir gagnantes. L’Etat tout en concédant beaucoup de choses ne
devra pas accepter des salaires de misère pour le pauvre qui enfin trouve à
travailler. Que le Blanc ne s’avise pas de pouvoir jouer chez nous un jeu à
somme nulle. L’haïtien aussi, l’haïtien surtout, doit gagner !
37La Poésie du Grand Séisme
Les sentiments de FRANKETIENNE
4h 52 de l’après-midi sous les lueurs magiques crépusculaires au moment
où le soleil semblait ramasser ses derniers feux pour s’éloigner du continent
américain et de l’archipel caraïbe, tout commença à basculer vers quelque
chose d’indescriptible et d’inhabituel. Un monstre souterrain, un faisceau de
boas enchevêtrés, un intense yanvalou souleva toute la maison et
l’environnement terrestre avec une rage époustouflante. Il n’y avait plus de
temps. Il n’y avait plus d’espace. Il n’y avait que l’espace-temps de
l’épouvante. L’espace-temps de la terreur. L’espace-temps de la démence.
L’espace-temps de la déraison. L’espace-temps de la folie anonyme.
L’espace-temps de l’insupportable. Et pourtant, cette danse macabrement
nouée de dissonances, de cavalcades bruyantes, de boulines chaotiques, de
déglingues désarçonnantes et de faux silences, n’avait duré que 45 secondes.
Une étrange éternité de chamboulements, de chambardements, de désastres,
de calamités, de catastrophes et de bouleversements dont les séquelles, les
meurtrissures, les blessures, les traumatismes et les cicatrices demeurent
inapaisables, inextinguibles, inoubliablement atroces. Un calypso
d’effondrement!Unhorriblecinémad’apocalypse!
♥♥♥
38Chapitre1
En1804
L’Etatd’Haïti étaitdéjàmalparti
APierre Raymond Dumas
Pour "Cette Transition qui n'en finit pas".
LapenséedudocteurGros
Conceptsdel’EtatetduPouvoir
LapenséedudocteurThürer
LavisiondudocteurSauveurPierre-Etienne
L’historiographiedeLesliePéan
Haïtiest-elleun"EtatenFaillite"?
Lescirconstancesatténuantes
La mission historique de la bourgeoisie est la création
d'un Etat national "moderne", maisla tâche historique
du prolétariat est d'abolir cet Etat.
RosaLuxemburg
Gen lontannoukase tèt tounensannoupakonnenkibò nouprale.
(Il y alongtemps que nousavons rebroussé chemin sanssavoir où
nousallons)
FRANKETIENNE
In: Motsd’ailes enInfini d’abîme(2007)
Haïti a toujours été difficile à comprendre et ses problèmes, difficiles à
cerner. Ne pouvant pas saisir les raisons de nos souffrances, certains se sont
39tournés vers des mythes savants et les logomachies les plus fantaisistes. Et
pourtant, la réalité est là, claire et patente : Haïti, depuis 1804, était déjà mal
partie.
Haïti, depuis 1804, était un Etat en crise, un Etat très faible. Quelques
auteurs disent même qu'Haïti était déjà un "Etat en faillite", un "failed state".
Ainsi, les leaders d'aujourd'hui n'ont pas seulement hérité d'un Etat vilipendé
par leurs prédécesseurs immédiats. Ils héritent d'un Etat qui a échoué, un
Etat meurtri, déchiqueté, très faible dès le départ, depuis l'Indépendance et
depuis 1791, lors de l'Insurrection générale qui fut le point de départ vers la
fondation de l'Etat haïtien. L'on pourrait même partir de la Cérémonie du
BoisCaïman,unesemaineplustôt.
Pourquoi l'Etat haïtien a-t-il échoué dès le départ ? Qu'est-ce qui
caractérise un Etat en faillite ? Aujourd’hui que nous sommes attelés à la
reconstruction du pays au lendemain du grand Séisme, pourrons-nous
vaincre cet échec de nos élites? N’est-il pas trop tard?Posons ensemble les
donnéesetfaisonsensembleledécompte...
Lespremiersfauxpas
Le présent chapitre s'attelle volontiers au char intellectuel de nombreux
auteurs connus dont le docteur Gros, Professeurà l'Université deMissouri.Il
s'attelle de mêmeà celui de Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire général
des Nations Unies, du docteur Daniel Thürer, Professeur à l'Université de
Cambridge,parmid’autrespersonnalités.
Avec notre éminent collègue Gros, digne fils du pays natal, nous avons
consacré vingt-cinq années de notre vie à faire des recherches sur l'Etat
haïtien, des origines de celui-cià nos jours. Et nous avons découvertqu'Haïti
estmalpartiepourlesraisonsquevoici :
Tout Etat fonctionnel pose son fondement sur l'accumulation des biens
par la production. Haïti a posé ses bases plutôt dans le Koupe Tet Boule Kay
c'est-à-dire la destruction des biens et des capitaux, la mise à feu des
plantations, bref, des moyens de production. Elle est donc partie sans
moyensdeproduction...
Tout Etat en construction a besoin d'une élite travailleuse et pensante
c’est-à-dire de ressources humaines expertes dans l'art de produire la
richesse par une technologie viable. Haïti, dès le départ, a coupé la tête à ces
dites ressources ou a exilé les survivants et détruit la technologie. Elle est
doncpartiesansressourceshumainesetsanstechnologie.
Tout Etat digne de ce nom doit pouvoir, dès sa formation, protéger sa
production et ses producteurs contre les déprédations internes ou externes.
Haïti, au lieu de créer une Navy, seule capable de repousser l'envahisseur
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