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Répression au Burundi

De
144 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 224
EAN13 : 9782296274921
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Collection "Mémoires Africaines"Mémoires Africaines
ATEBA YENE Théodore: Cameroun-Mémoire t!un colonisé, 153 p.
BA Ardo Ousmane: Guinée - Camp Boiro, sinistre geôle de Séleou Tou-
ré, 276 p.
BAH Mahmoud: Construire la Guinée après Sékou Touré. 208 p.
BASSOMBNouk: Le Quartier Spécial- ditenu sans procès au Came-
roun, 192 p.
BAYEMIJean Paul: «L'Effort Camerounais» ou la tentation d'une presse
libre, 167 p.
CHAPElLE lean: Souvenirs du Sahel, 288 p.
CONOMBO 10seph Issoufou: Burkina Faso-Mba 1inga, traditions des
Mossé dans l'empire de Moogho Naba, 200 p.
-Souvenirs de guerre d'un «1irailleur Sénégalais», 200 p.
DIOP Birago: Sénégal- Du temps de, mémoires IV, 220 p.
Et les yeux pour me dire. mémoires V. 200 p.-
DONNAT Gaston: Cameroun, Algérie, Afrique-Afin que nul n'oublie,
/'itinéraire d'un anticolonialiste, 400 p.
GAlLO Jacques: Centrafrique - N garagba. maison des morts, 159 p.
KALONDA-DIESSAJean-Grégoire: Du Congo prospère au Zafre en di-
bâcle, 240 p.
l<APTuE Léon: Cameroun - Travail et main-d' œuvre au Cameroun sous
régime français (1916-1952), 282 p.
préfetKONA'ŒAbdoucahmane: Le cri dJ.lmange-mil-Mémoires d'un
sénégalais. 238 p.
KOTOKOAhmed: Le destin de Hamai ou le long chemin vers /'indépen-
dance du Tchad, 224 p.
Lo Magaue: Sénégal-L' heure du choix. 107 p.
Sénégal- Syndicalisme et participation responsable, 151 p.-
-Sénégal-Le temps du souvenir, 146 p.
OUOHAM Tchidjo Stanislas: Cameroun - Par décret présidentiel...
TITI Nwa Pierre: Cameroun Thong Likeng,fondateur de la religion-
Nyambe Bantu, 238 p.
TRAORESékou: Afrique-la F.E.AN.F. en France, 104 p.
WONyU Eugène: Cameroun-De l'U.P.C. à l'U.C., témoignage à l'aube
del'indépef:l{iance (1953-1961), 336 p.
BASSOMB Nouk : Le Quartier Spécial - Détenu sans procès au
Cameroun, 192 p.
DJIBO BAKARY : Silence on décolonise! Itinéraire politique et syn-
dical d'un militant africain, 292 p.
N'GANBET Kosnaye : Tribulations d'un jeune tchadien - De l'école
coloniale à la prison de l'indépendance, 182 p.Vénérand NDEGEY A
RÉPRESSION AU BURUNDI
Journal d'un prisonnier vainqueur
Editions L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 ParisLe Burundi à L'Hannattan
CHRISTENSEN H. : Réfugiés et pionniers -L'installation des réfu-
giés burundais en Tanzanie, co-édition ONU, 120 p.
MBONIMPA Melchior: Hutu, Tutsi, Twa - Pour une société sans
castes au Burundi, 110 p.
Couverture: dessin fourni par l'auteur
@ L'Harmattan, 1993
ISBN: 2-7384-1752-3
ISSN : 0297-1763
I
l ,A ma mère, à mon père, à mes sœurs et frères.
A Donatille Siniremera.
A Vous tous avec qui j'ai partagé le châtiment cruel
de notre maître impitoyable.
A toi surtout, ô peuple dont les cris ne sont entendus
de personne.Mon itinéraire
Je suis né à Bujumbura (Burundi) où j'ai fait l'école
primaire. Après ce que les uns appellent "les événements",
et les autres "le génocide sélectif" de 19721. Mon agonie
était de décider d'accepter ou de rejeter le sort que les
auteurs de ces crimes venaient d'infliger au peuple
burundais.
Personnellement, après avoir perdu mon grand frère dans
ce carnage, j'avais opté pour la capitulation et refusé de
retourner à "leur école". Cependant, mon père ne partageait
pas du tout mon choix qu'il caractérisait de "lâche".
Unilatéralement, il décida de me renvoyer à l'école que je
fuyais pour échapper au destin qui avait frappé plus d'un
demi-million de personnes. Le problème était cependant de
trouver une école qui pouvait s'accommoder de mon
identité et vice versa, et me garantir l'instruction nécessaire
lLe 30 avril 1972, les élites Ba-Hutu du Burundi tentent un coup
d'Etat pour renvefser le pouvoir Tutsi que le colonel Micombero a
"réquisitionné" depuis 1966. Elles seront balayées, et la répression
générale lancée dans tout le pays contre les populations Ba-Hutu va
faire des centaines de milliers de morts ainsi que beaucoup d'exilés et
de réfugiés.
7pour continuer la lutte à laquelle mon père me destinait.
Finalement, après des manœuvres auprès des missionnaires
catholiques de ma paroisse, je fus admis au collège du
Saint-Esprit à Bujumbura en 1973.
L'atmosphère sociale empoisonnée qui régnait dans cet
établissement m'aida à prendre conscience de la nécessité
de trouver une solution à nos problèmes. Je ne pouvais
plus laisser passer les injustices sans les dénoncer, pour
cela je faillis être chassé de l'école. C'est surtout grâce aux
pères Jésuites qui prirent progressivement l'établissement
sous leur contrôle que je pus obtenir en 1979 le certificat
homologué des humanités en sciences.
Je voulais faire médecine ou droit; mais dans un pays où
les choix nous étaient imposés depuis les hautes sphères du
gouvernement pour servir des ambitions politiques mes-
quines, mon orientation à l'université du Burundi n'eut au-
cun rapport avec mes aspirations. Après que le gouverne-
ment eut annulé ma bourse d'études en chimie industrielle
dans l'ex-Union Soviétique pour empêcher la formation à
l'étranger des "subversifs", je fus orienté en "langue et
littérature anglaises" à l'université du Burundi.
Le climat social restait tendu, mais je ne renonçais point à
mon plaidoyer en faveur des droits de la personne.
La veille de ma soutenance de mémoire en vue de
l'obtention du grade de licencié, je fus arrêté par la police
de la sûreté sous des accusations qui ne m'ont jamais été
clairement formulées jusqu'à aujourd'hui. C'était en 1984.
8Après ma libération, j'étais détemIiné à obtenir à tout prix
mon diplôme. Je fis une demande de réintégration à l'uni-
versité qui ne fut ni rejetée ni acceptée officiellement.
J'appris plus tard que la sûreté m'avait banni de l'université
et de la fonction publique et para-étatique.
Tandis que j'attendais ma "réhabilitation" et réinsertion au
sein de la famille nationale, je me mis à la recherche d'un
emploi. Mais, aux yeux du gouvernement, ce geste était
non seulement audacieux mais aussi offensif. Apparem-
ment, je n'avais pas encore été absous de mes "crimes". La
sûreté me fila encore une fois, et cette fois elle fit tout pour
avoir ma peau et en tout cas pour m'empêcher de communi-
quer avec les gens. C'est ainsi que le choix que je détestais
le plus me fut imposé: l'exil. Toutefois, je restais persuadé
que je pourrais continuer à militer, même de loin, pour les
droits humains de tous les Barundi.
Une fois en dehors du pays, après une multitude d'autres
problèmes en Tanzanie et au Rwanda, je me retrouvai au
Canada où je me suis engagé dans la défense des droits de
la personne, en général, et ceux des Barundi en particulier.
Je poursuis aujourd'hui des études en sciences politiques à
l'université de Toronto.
9Il n'y avait ni frères, ni camarades pour les assister. Il n'yeu ni
cortège, ni chant d'honneur pour soutenir leurs ultimes angoisses.
Leurs dernières larmes silencieuses se dissipèrent dans une nuit tropi-
cale infinie et sans appel. Nul soleil ne les accueillerait plus, nulle
aube naissante ne les réveillerait plus. Déjà leur dernière énergie vitale
s'éteignait dans le vide bleu-noir anonyme.
Le sang séché sur leurs vêtements, leurs plaies laissées sans soin et
crasseuses, une dizaine de prisonniers mutilés, bousculés par des.
crosses de fusils, marchaient tristement (...)
Des voix agressives profanaient le clair de lune. Les militaires tutsi
qui les conduisaient au supplice les assaillaient d'injures et jouissaient
des cruautés qu'ils pouvaient encore leur infliger (...).
Un officier à la peau lisse et tirée, mitraillette au poing, poussait un
prisonnier aux épaules avec le canon de l'engin maudit.
Nadine Nyangoma
Le chant des fusillés
Les moyens de torture appliqués aux vaincus furent multiples et
variés, relevant de l'imagination diabolique la plus prodigieuse. Les
témoins affirment qu'à côté de cela les nazis n'avaient aucune imagina-
tion.
Boniface F. Kiraranganya
La vérité sur le Burundi
111
La journée s'était annoncée maussade. A travers la fenêtre
de ma chambre, je contemplais avec amertume le brouillard
épais qui avait enveloppé toute la ville. La vue de ce
paysage triste me marqua profondément. Bien que je ne
m'en rendisse pas compte, ce temps inaugurait un tournant
dans ma vie.
Malgré ce climat défavorable, je m'étais réveillé comme à
l'accoutumée. Tout simplement, je refusé la douche
froide, seul régime matinal que je m'étais prescrit depuis
que je me trouvais à l'université. Par contre, je m'étais
rendu à la cafétéria universitaire pour prendre le petit
déjeuner maigre dont les étudiants n'étaient pas friands.
J'avais également renoncé à mon habitude d'être en retard
et j'étais donc arrivé à l'école plus tôt que tous mes autres
camarades de cours.
Durant le cours, je ne parvins pas à me concentrer pour
suivre le professeur. Je décidai d'interrompre la classe et de
partir après la première séance. Cependant, je ne pus rien
faire dans ma chambre. Comme d'habitude quand je me
trouvais dans une situation semblable, j'allais me promener
13dans la rue. Cela ne suffit pas pour rendre la paix à mon
cœur. Je cherchai en vain les raisons de mon trouble.
De vagues souvenirs d'enfance me vinrent en mémoire.
Je revécus la grande tragédie qui avait endeuillé mon pays
douze ans plus tôt. Je revis l'image de mon grand frère, les
bras liés derrière le dos par de grandes menottes de fer,
conduit par des soldats qui le bousculaient, le giflaient, le
fouettaient et lui crachaient à la figure. Ensuite ma sœur se
présenta à ma mémoire, défigurée, en haillons. Je
l'entendis supplier ses bourreaux armés de sagaies en
bambou avec lesquelles ils transperçaient son corps
boursouflé, tout en la raillant, et redoublant de coups
chaque fois qu'elle tentait de leur inspirer pitié. Enfin, mon
attention s'immobilisa sur l'image de Kayoya, ce jeune
prêtre mort en bénissant ses exécuteurs.
Mon cœur se serra. Je cherchai à éloigner de moi ce
spectacle horrible, mais d'autres mauvais souvenirs firent
irruption me montrant que le même sort m'attendait peut-
être.
Quelques moments de lucidité me revinrent et je me rendis
compte de la réalité que vivait mon pays. Toutes ces images
me rappelaient le destin inévitable auquel beaucoup de mes
semblables étaient condamnés. Ne me contrôlant pas, je
laissai échapper tout haut: «A bas le génocide, à bas
l'apartheid! ».
Les douze heures de ce mercredi fatal allaient sonner
quand je me souvins que je n'avais pas terminé la prépara-
tion de mon stage. Je me pressai donc vers le restaurant
pour être parmi les premiers arrivés. J'avais à peine avalé
14