Résistance et utopie dans l'Amazonie péruvienne

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Ce classique, publié au Pérou en 1968, apparaît enfin en français et se lit aujourd'hui comme s'il avait été écrit hier. Non seulement, il a inauguré les études amazoniennes au Pérou et dans le reste de l'Amérique latine, mais il a aussi présenté l'extraordinaire histoire de la rébellion du peuple Campa Ashánika contre l'oppression coloniale.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 10
EAN13 : 9782336392455
Nombre de pages : 276
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enfin en français. Cet ouvrage se lit aujourd’hui comme s’il avait été écrit hier, avec la fraîcheur d’une voix nouvelle. Non seulement ce livre a inauguré les études amazoniennes au Pérou et dans le reste de l’Amérique latine au moment de sa publication, mais il a aussi devancé de loin les livres d’Eric Wolf Johannes Fabian (1983) en présentant l’extraordinaire histoire de la rébellion du peuple Campa Asháninka contre l’oppression coloniale espagnole. Par leur mouvement de résistance, les Asháninka ont pu fermer leur territoire aux colonisateurs durant un siècle et demi. Le portrait et l’histoire de leur leader Juan Santos Atahualpa sont ancrés à jamais et se sont transmis parmi les peuples indigènes au-delà des frontières amazoniennes, inspirant des mouvements d’autonomie et de résistance. Varese, anthropologue italo-péruvien profondément inspiré par Antonio Gramsci, a créé avec son travail l’Histoire Subalterne des années avant que Ranajit Guha lance son groupe d’étude dans le sud de l’Asie durant les années 1980. Cependant, contrairement à l’école des Études Subalternes, Varese ne voit pas la spiritualité amazonienne de la même façon que la majorité des intellectuels marxistes et socialistes – c’est-à-dire comme construction du colonialisme – et reconnaît dans celle-ci les ressorts profonds de sa résistance. Cette opposition exprimée en 1968 est notable et le reste aujourd’hui. Elle manifeste une grande originalité, une liberté de pensée et une sensibilité profonde face à la réalité vécue par les Asháninka. Ce livre fut le premier en son genre, de façon que quand le gouvernement de gauche de Juan Velasco Alvarado prit le pouvoir en 1968 avec la détermination d’améliorer la situation des peuples indigènes du Pérou exploités et opprimés, il s’adressa à Varese pour qu’il aidât à la création d’une institution focalisant ses efforts sur les besoins les plus urgents des peuples indigènes amazoniens. Varese est respecté par les peuples amazoniens du Pérou comme le géniteur de la Loi des Communautés Natives de la Forêt qui a permis la délimitation légale des terres indigènes ainsi que l’organisation autonome des gouvernements communaux traditionnels dans leur lutte contre le vol et l’invasion des terres. Varese a aussi participé à la législation qui autorise l’éducation bilingue en espagnol et en langues indigènes pour les étudiants des communautés indigènes. Bien que ces lois aient été érodées par tous les gouvernements postérieurs, l’esprit et le mouvement social qui les inspirèrent n’ont pas disparu. Avec le contrecoup soutenu par la CIA qui renversa Juan Velasco Alvarado en 1975, Varese et ses collègues ayant travaillé pour le gouvernement Velasco eurent des difficultés à trouver du travail au Pérou. Varese fut invité par l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire de Mexico, à reprendre ses études parmi les peuples indigènes de Mésoamérique. Son implication sociale l’amena à être membre du Jury du IV tribunal des Peuples Bertrand Russell (Rotterdam, 1981) et à travailler comme consultant pour le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU dans le cas de la guerre génocide des peuples mayas du Guatemala. Après quinze ans passés au Mexique, Varese fut nommé Professeur titulaire à la chaire du Département des Études Indigènes de l’Université de Californie, Davis, où il a fondé le Centre d’Investigation Indigène des Amériques et où il poursuit son activité académique et activiste accompagnant les peuples indigènes des Amériques.
StefanoVARESE
Résistance et utopie dans l’Amazonie péruvienne
Le sel de la montagne
Traduit de l’espagnol (Pérou) par JeanNoël Pappens Présentation du livre : Frédérique ApffelMarglin.
Sélection de l’Alliance française du Pérou
Résistance et utopie dans l'Amazonie péruvienne
Le sel de la montagne
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06452-9 EAN : 9782343064529
Stefano Varese
Résistance et utopie dans l'Amazonie péruvienne
Le sel de la montagne
Traduction de l’espagnol (Pérou) :
Jean-Noël Pappens
L’Harmattan
À Rita qui m’a indiqué le chemin et m’a aidé à le suivre. À mon père qui l’a rendu possible. À Linda, Vanessa, André et Isabella au bout de trente ans.
« Cette Montagne du Sel est très célèbre grâce à la grande fréquentation des Indiens infidèles qui, depuis nations les plus éloignées du piémont, s’y rendent pour le sel… » (J. Amich, 1771)
Prologue. Près de 40 ans aprèsLe Sel de la Montagne
Alberto Chirif
Un livre, un processus Je me souviens très bien de l’été 1966, quand Stefano Varese présenta sa thèse, une recherche de caractère ethno-historique sur les Asháninka (encore appelés à cette époque Campa), pour se diplômer de ce qui était alors l’Institut d’Ethnologie et Archéologie (je crois qu’il s’appelait ainsi) de l’Universidad Católica, qui fonctionnait dans l’Institut Riva Agüero. C’était fin mars. Deux ans plus tard, l’Universidad Peruana de Ciencias y Tecnologíapéruvienne des sciences et (université Technologie), à la très brève existence dans le monde académique national, publia son travail sous le nom deLa Sal de los Cerros. C’était la première édition d’un livre qui marquera un tournant dans l’histoire des études amazoniennes au Pérou, pour des raisons que j’expliquerai plus loin. Pour moi, 1966 fut l’année où je sortais de l’université, non pour avoir culminé mes études mais pour les avoir abandonnées. J’avais décidé de m’en éloigner fin 1965, après qu’une première année d’étude en sociologie à l’Universidad Católica ne menace d’assécher mon imagination et me force à cultiver la terre comme thérapie. J’avais du temps pour lire, et c’est ce que je fis avecLa Sal de los Cerros, que Stefano avait généreusement distribué à ses amis. À ce moment-là, à part quelques voyages après la secondaire et quelques membres de la famille dont nous ne parlerons pas ici, pour moi la forêt amazonienne représentait un milieu inconnu et sans autre attrait, en particulier, que son exubérance et, en général, ce qu’évoquait et m’évoque encore le motvoyage: changement, mouvement, découverte et plaisir visuel, vital. La vision différente que présentait le livre de Stefano sur la région et ses habitants originels commença à éveiller en moi un intérêt spécial pour cette réalité que je ne mentionnerais pas s’il ne s’était agi que d’un sentiment strictement personnel et non, comme cela le fut en vérité, quelque chose qui affecta aussi d’autres personnes de ma génération et certains plus jeunes. C’est pour ça que je crois qu’il importe d’évoquer ces souvenirs.
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