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Couverture de l'epub
Sous la direction de Andréa Lauterwein et Colette Strauss-Hiva

Rire, Mémoire, Shoah

Présentation

Quelle place peut occuper le rire dans une œuvre de création sur la Shoah? La transmission de sa mémoire par l’humour est-elle envisageable? Toute écriture sur le sujet ne peut éluder la mise en garde d’Adorno selon laquelle «écrire un poème après Auschwitz est barbare». Mais un demi-siècle plus tard, l’art reprend ses droits pour (re)dire, avec ses propres mots, que «cela ne doit plus jamais arriver». Et le rire resurgit alors comme «écho de la délivrance du joug du pouvoir». Il résonne dans les œuvres de Kertész, Gary, Hilsenrath, Tabori, Becker, Schindel ou Rabinovici, renouant avec une tradition littéraire qui en faisait une arme contre l’ignominie; il s’affiche, plus problématique encore, quand le cinéma ou la BD s’en mêlent. Un «rire réconcilié », mais traversé par la catastrophe, qu’interrogent les chercheurs, écrivains, cinéastes et dessinateurs rassemblés ici.

Table des matières

  • Avertissement(Andréa Lauterwein et Colette Strauss-Hiva)
  • Présentation(Andréa Lauterwein)
  • I. Le rire à la limite
    • « Mir fällt zu Hitler nichts ein »(Gerald Stieg)
      • La jalousie et la peur sexuelle des troglodytes
      • Les troglodytes et la culture
    • Quelques remarques de Walter Benjamin sur Karl Kraus(Marianne Dautrey)
    • Connaître ou combattre ?(Stephan Braese)
    • Rire à tout prix ?(Diane Cohen)
    • La persécution des Juifs comme motif littéraire comique(Rüdiger Steinlein)
      • Un antisémitisme plein d’humour ?
      • La « comicisation
      • La comicisation du personnage juif : une stratégie d’anéantissement littéraire
      • La comicisation des Juifs chez Clemens Brentano
      • Les Juifs comme abuseurs abusés dans les contes de Brentano : Le conte du tailleur « Septmorts d’un coup »
      • Gockel, Hinckel et Gackeleia
      • Les frères Grimm : Le Juif dans le buisson d’épines (1815)
      • Wilhelm Hauff : Abner, le Juif qui n’avait rien vu [Abner der Jude, der nichts gesehen hat] (1827)
      • Bilan
    • Du rire anti-nazi au rire catastrophé(Andréa Lauterwein)
      • Blagues anti-nazies
      • Le cabaret politique anti-nazi
      • Cabaret et comédies dans les camps
      • L’humour juif dans les ghettos et les camps
      • Candide déporté
      • Le rire à l’épreuve du monde inversé
    • « Rire pour ne pas dépérir, chanter à la vie. »(Haïm Vidal Sephiha)
  • II. Le rire étranglé
    • Paul Celan. L'unique occurrence du mot ‘rire' dans le poème Kleine Nacht(Jean-Pierre Lefebvre)
    • Horrible, humour noir, rire blanc(Judith Kauffmann)
      • L’humour noir
      • Le rire blanc
    • Du Pathos au Bathos(Anat Feinberg)
    • Mystères de la satire(Aurélia Kalisky)
      • Des pavés dans la mémoire
      • Puissance du rire comme contre-mémoire
      • L’écrivain e(s)t Dieu : satire et Jugement dernier
      • De la purification éthique opérée par la satire
    • « Dans un instant vous roulerez vers le bonheur. »(Ruth Vogel-Klein)
      • Une poétique de la rupture
      • L’assertion détournée
      • Dénominations contradictoires
      • Invitation au voyage
      • Le petit bourreau
      • Les discours de l’inhumain
      • Les droits intangibles du détenu
      • Questions de représentation
      • Le rire étranglé
    • « L'esprit gai, le cœur triste »(Ilma Rakusa)
    • Nostalgie d'Auschwitz(Anne Peiter)
      • Le kitsch de la compassion et l’incongruité du rire
      • Auschwitz comme chez soi
    • Trois passeurs de témoin : Jurek Becker, Edgar Hilsenrath, Ruth Klüger(Andréa Lauterwein)
      • Jurek Becker : le mensonge comme altruisme, la fiction comme survie
      • Edgar Hilsenrath : anticiper les mythes avec des vérités inventées
      • Ruth Klüger et l’universalisation des fantômes de la mémoire
      • La communicabilité, le rire : catharsis et correctif
      • Paramètres pour un ethos secondaire : imaginer une fiction éthique sur la Shoah
    • « L'humour est un merveilleux instrument de transmission qui libère et rassemble. »(Michel Kichka)
  • III. Questions et controverses
    • Rire dans le malheur, rire du malheur(Judith Stora-Sandor)
    • Affinités transatlantiques(Manuel Gogos)
      • Roth invente Kafka
      • En Europe
      • Biller s’invente son propre Roth
    • « L'humour nous aide à supporter la douleur tout en laissant la douleur continuer à faire son œuvre »(Doron Rabinovici)
    • « L'année dernière à Auschwitz »(Christian Mariotte)
      • « La vérité était ailleurs » : prose narrative, éléments satiriques et burlesques
      • « Prendre du bon temps avec les Allemands » – textes de presse, ironie et manipulations comiques
      • « De retour pour le repas de midi » – proses brèves, éléments grotesques
    • Le rire et la mémoire de la Shoah dans les écrits de Robert Schindel(Béatrice Gonzalés-Vangell)
      • Dérisoire authenticité
      • La grimace de l’oubli
      • La véritable histoire juive
      • Une mémoire dont on ne se libère pas
    • « De ma plainte jaillissent aussi les brins du rire. »(Robert Schindel)
    • Les comédies de la Shoah : le rire au service d'une mémoire du bien(Sébastien Fevry)
      • Un détournement annoncé comme tel
      • Détournement comique et relâchement mémoriel
      • La mise à mort du menteur
      • Dénouement heureux et mouvement ascendant
      • Vers une mémoire du bien
    • « Je ne suis quand même pas un anarchiste amoral. »(Dani Levy)
    • Nouvelles ingénuités. La vie est-elle belle ?(Andréa Lauterwein)
      • Une positivité forcément goyish
      • Un conte brisé
      • Un récit improbable
      • Le procédé des citations
      • Un film pour les enfants ?
      • Fin de partie pour le clown
    • « Au-delà du champ bien délimité de la mémoire, ça pousse dans tous les sens. »(Zafer Şenocak)
    • « Je twisterais les mots s'il fallait les twister »(Colette Strauss-Hiva)
      • « C’est le diable qu’on a applaudi au Festival de Cannes !

Avertissement

Andréa  Lauterwein

Andréa Lauterwein a fait une thèse de doctorat sur Paul Celan et Anselm Kiefer en 2003, puis une recherche post-doctorale sur « La mémoire de la Shoah et le rire » (bourse de la Fondation de la Mémoire de la Shoah). Elle est l’auteur de Anselm Kiefer et la poésie de Paul Celan (Editions du Regard, 2006, prix Artcurial du livre d’art contemporain), Paul Celan (Belin, 2006), Essai sur la mémoire de la Shoah en Allemagne fédérale (Kimé, 2005). Elle prépare la traduction d’un choix d’essais de Margarete Susman.

Colette  Strauss-Hiva

Colette Strauss-Hiva, agrégée de l’Université, est Professeur d’Allemand en Classes Préparatoires et Maître de Conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs sur la littérature allemande contemporaine (Ellipses, Pauvert), et sur l’Islam (Kimé). Elle traduit notamment des écrivains germanophones contemporains : Helga Schubert (Stock), Zafer S¸enocak (Esprit des Péninsules), Barbara Honigmann, Doron Rabinovici (Denoël).

La question du titre de cet ouvrage ne fut pas facile à trancher. Le lecteur voudra bien nous faire l’amitié de croire que celui finalement choisi – Rire, Mémoire, Shoah – ne le fut pas dans un esprit polémique. Par cette simple juxtaposition de mots, sans articles ni conjonctions de coordination, nous avons voulu rester au plus près de la problématique posée par ce livre, dans sa complexité.

Rire d’une situation peut donner l’impression de la maîtriser. Tel n’est pas notre cas, pas plus que celui des chercheurs et artistes qui s’expriment dans cette étude. Le caractère intrinsèquement anarchique du rire entraîne cependant la mémoire de la Shoah sur un terrain glissant. Quelles que soient son origine et sa vocation, le rire, même traversé par la catastrophe, risque d’éluder l’indignation profonde. Nous sommes conscientes de ce risque. L’étude du mode comique face à la Shoah touche aux limites des convenances d’une mémoire soucieuse de fonder des valeurs sur la base de la connaissance d’une négativité absolue. Aussi espérons-nous contribuer modestement à la mise en lumière et à la discussion de ces valeurs.

Aujourd’hui, la mémoire de la Shoah nous semble être avant tout un problème de transmission. L’ambivalence intrinsèque du rire contribue-t-elle à soutenir une culture du dissensus, salutaire pour la perpétuation de la mémoire ? Comment faire face à l’indifférence des générations futures sans pour autant les entraîner dans une névrose de culpabilité ? Comment désamorcer les sentiments de saturation provoqués par les vagues de sur-médiatisation et la langue de bois des politiques ? Le rire peut-il libérer certains affects bloqués, pour engager à un travail de mémoire ? L’humour est-il à même de jeter un pont entre la population majoritaire et les minorités d’un pays ? Quelles contributions apporte-t-il à l’appréhension de sujets sensibles comme le racisme ? À l’intérieur de ce champ, par quelles techniques du rire les œuvres artistiques interrogent-elles les convenances mémorielles ? Peuvent-elles, au-delà de leur évidente fonction cathartique pour l’auteur, opérer comme un mode de transmission efficace de la mémoire ? Le rire, comme expérience physique de l’effondrement, peut-il éventuellement abattre les barrières qui cloisonnent les mémoires individuelles ? Autant de questions qui ont aussi guidé les contributions de cet ouvrage.

Le noyau de ce livre est formé par un choix de contributions au colloque international sur La Mémoire de la Shoah et le rire organisé par Andréa Lauterwein assistée de Diane Cohen, à Paris, les 4 et 5 mai 2007. Colette Strauss-Hiva s’est jointe au projet d’édition, permettant d’enrichir cette base de nouveaux textes et d’entretiens dont certains sont reproduits dans ce recueil. Si nous avions l’ambition d’aller au-delà de la galerie anecdotique, les éléments de cet ouvrage s’offrent surtout comme un matériau à penser, disparate et incomplet, volontairement ouvert.

Nous remercions chaleureusement l’ensemble des personnes et des institutions qui ont soutenu ce projet, en premier lieu Gerald Stieg (professeur émérite de l’Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III), ainsi que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, le Forum culturel autrichien, le DAAD et la Maison Heinrich Heine de Paris qui ont permis la réalisation du colloque. Nous souhaitons aussi remercier tous les auteurs pour leur engagement et Michel Kichka pour ses dessins. Enfin, nous exprimons notre gratitude à l’ensemble des personnes qui, lors d’entretiens passionnants et chaleureux, ont donné corps et voix à la transmission de la mémoire.