ROBERT TONNIER, ÉLÈVE AU LYCÉE LOUIS-LE GRAND, ENGAGÉ VOLONTAIRE EN 1915

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L'environnement politique dans lequel avait grandi le jeune lycéen Robert Tonnier le conforte dans sa décision de s'engager dès l'anniversaire de ses 18 ans pour défendre son pays. Les 606 lettres qu'il écrivit à sa famille pendant 3 ans et demi racontent sa vie quotidienne de soldat si éloignée de son enfance choyée, entourée, protégée.
Publié le : vendredi 1 février 2002
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EAN13 : 9782296278554
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Robert TONNIER, élève au lycée Louis-Le Grand, engagé volontaire en 1915

Ouvrage publié avec le soutien du ministère de la Défense, secrétariat général pour l'administration, direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, ainsi que celui de l'association nationale des anciens combattants, victimes de guerre et résistants, de ce même ministère, présidé par Monsieur Gérard Couesnon.

cg L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1959-7

Correspondances présentées par Roberte de CROZES
fille de l'auteur

Robert

TONNIER,

élève au lycée Louis-Le Grand, engagé volontaire en 1915

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

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INTRODUCTION

Mon père, Robert TONNIER, naquit le 5 février 1897 au Palais-Bourbon comme les deux générations qui l'avaient précédé. Les Tonnier étaient en effet fonctionnaires de la Chambre des Députés de père en fils; ils y habitaient, y naissaient et y mouraient. Le premier d'entre eux avait commencé sa carrière au Palais-Bourbon comme agent de bureau du dernier Prince de Condé, c'est-à-dire avant 1818. Né deux mois trop tôt, mon père bénéficia de l'invention toute récente du Dr Tarnier, la couveuse d'enfant, dans laquelle le prématuré était maintenu grâce à des boules d'eau chaude dans une température de 32°. Les députés défilèrent dans l'allée de la Présidence chez I'heureux papa, alors Secrétaire général de la Questure, pour admirer ce progrès de la science que représentait cet appareil et par la même occasion son minuscule occupant. Sauvé de justesse, mon père resta très fragile durant son enfance et fut voué au bleu et au blanc par mesure de pieuse sécurité. Il fit ses premiers pas et grandit dans les lambris dorés de la République tout en fréquentant l'école paroissiale de Sainte-Clothilde comme tous les petits garçons du quartier. Mais République oblige, il fut envoyé dès l'entrée en 6e au lycée Louis-le-Grand, connu pour distribuer à la future élite un enseignement de qualité. Il s'y révéla très tôt un rude bagarreur. Ses parents étaient aussi bons catholiques que fervents républicains, ce qui d'ailleurs ne leur apporta aucun

désagrément au temps du petit père Combes où l'on voyait le Secrétaire général de la Questure qui n'avait en rien changé ses habitudes sortir du Palais-Bourbon chaque dimanche matin, un peu avant Il heures, avec un gros livre de messe sous le bras. L'été, on allait passer ses 15 jours de vacances au Château de Versailles où les fonctionnaires de la Chambre occupaient de droit de beaux appartements laissés par le régime antérieur tandis que leurs enfants s'appropriaient l'immense parc. Issu de cette lignée de fonctionnaires consciencieux et conscients de la grandeur de la République, mon père ne pouvait qu'être un républicain convaincu. Il rêva dès la déclaration de guerre de 1914 d'aller défendre son pays. C'est ainsi que son bachot de mathélem en poche, suivi de 3 mois de Maths. Sup, il s'engagea en février 1915 comme simple soldat dans le 22e régiment d'artillerie lourde. Il venait d'avoir 18 ans. Roberte de Crozes

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1915

Palais-Bourbon, 19 février 1915 Mon enfant chéri, J'ai été tout heureuse de constater hier ta bonne mine rose et ton moral tout ragaillardi. Je suis persuadée que dans quelques jours, tu seras un habitué des charmes de la chambrée et que tout en pensant à ta bonne petite chambre, tu n'auras pas trop gros cœur. As-tu bien dormi ces deux nuits. Hier soir, en passant près de ta caserne j'ai lancé un coup d' œil à ta fenêtre, tout était noir et je t'ai envoyé un gros baiser de la voiture dans laquelle nous filions chez les du Page; ces messieurs ont joué aux dominos et nous n'avons pris que le train de 10 h 17. As-tu fait ton courrier? Toute la famille et amis seront heureux de recevoir de tes nouvelles. M. Allaire s'intéresse beaucoup à ce que tu fais; il prétend que la guerre ne peut durer longtemps. Dieu veuille qu'il dise vrai! Nous t'embrassons très fort tous les trois.
Ta petite mère Charlotte Tonnier

Versailles, 15 juillet 1915 Ma chère Maman, Cette première journée de régiment s'est admirablement passée. Après le départ de Papa, je suis allé me faire habiller et suis en possession d'une veste bleue noire, d'un pantalon vert pomme, bottes, éperons etc. J'ai vu Chatelier qui m'a donné

son tampon 1. Te rappelles-tu de Berthier, mon camarade de
chez les Frères que nous avions revu à Thun? Il est dans ma batterie; tu vois que je suis en pays de connaissance. Du reste, dans ma chambrée, la plupart sont des collégiens ou lycéens comme mol. Une fois habillé, je suis allé dans ma chambrée où en compagnie et avec l'aide précieuse du tampon de Chatelier, j'ai fait mon paquetage2 et mon lit. A cinq heures, sortie. Je t'écris de chez les du Page qui me gardent à dîner ce soir. A moins d'événements exceptionnels, je sortirai demain soir à 5 heures ou dimanche. Si tu viens demain soir, attendsmoi devant la porte, c'est plus simple. Ton fils qui vous embrasse tous mille fois.
Robert Tonnier

Palais-Bourbon, 15 juillet 1915 Mon grand enfant chéri, Papa m'a dit que tout s'était passé au mieux à la caserne, qu'il t'avait quitté rassuré et presque gai... et aussi que tu avais l'assurance d'être vivement habillé. J'irai donc demain soir
1. Ordonnance. 2. Le paquetage est la paillasse, bourrée de la paille que l'on va chercher aux écuries. Il doit être plié et placé sur la planche ou chalit fixé au-dessus de la paillasse.

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vendredi embrasser mon petit artilleur, si toutefois la carte que tu m'envoies ce soir me dit que tu es libre. J'arriverai à Versailles par la gare des Invalides à 5 heures juste et comme il n'y a pas de salle d'attente à l'arrivée, je t'attendrai dans la salle de départ où l'on prend les billets. Si tu n'étais pas là, vers 5 h20, j'irai alors te demander au quartier. Voici une carte de Jean Augustin, venue dès ton départ; tu vois qu'il n'a pas perdu de temp SI. Tapetite mère qui t'aime tant Charlotte

Versailles, 19 juillet 1915 Mon cher Papa, Je me suis fait vacciner ce matin, ce qui m'a valu deux jours d'exemption de service durant lesquels je suis sensé dormir toute la journée. J'en profite pour t'envoyer cette lettre et écrire une grande partie de celles que Maman m'a indiquées hier. Ici, grande innovation! le réveil est retardé de trois-quart d'heures, 5 h 1/2 au lieu de 5 heures moins le quart, ce qui nous fait lever à 6 heures. C'est appréciable. Du reste, on s'habitue tellement vite que je trouve cela presque naturel; cette nuit je n'ai fait qu'un somme. Je suis en train d'inspecter la tenue de deux jeunes bleus qui viennent d'arriver et qui se présentent devant le lieutenant. On va me donner une autre coiffure, mais pour mon costume, je ne sais rien d'autre. Je vous embrasse tous trois bien affectueusement. Votre fils qui pense beaucoup à vous. Robert
1. Fils d'un employé du Palais-Bourbon.

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Palais-Bourbon, Paris, le 22 juillet 1915 Mon cher petit Robert, Tu vas avoir la semaine prochaine un costume neuf (veste et culotte à bandes), absolument réglementaire et sur mesures: nous avons remis pour cela ce matin à la Belle Jardinière ton complet civil de drap bleu qui, paraît-il, t'allait bien. Ton uniforme a donc toutes chances d'être réussi et viendra sans doute atténuer les ennuis inévitables des débuts de la vie militaire. Car ta mère m'a dit t'avoir trouvé un peu démonté hier. Tu étais si bien cependant dimanche dernier que je te croyais déjà l'âme d'un vieux troupier. Au surplus, je n'en suis pas surpris: il y a là, pour tous les jeunes gens de ta condition, un tel changement d'existence qu'une quinzaine de jours ou trois semaines ne sont pas de trop pour s'y habituer. Le mieux, vois-tu, c'est de bien se sentir les coudes entre camarades de même culture et de même éducation et de vous constituer ainsi dans le quartier, au dehors des exercices régimentaires, une société parlant la même langue, exprimant les mêmes sentiments. Je sais, par expérience personnelle, et tous ceux que j'ai connus disent comme moi, les effets pénibles des premiers temps; mais on s'y fait très vite et bientôt on n'y pense même plus. D'ailleurs les deux jours d'exemption de service dus à ta piqure n'ont pas été faits pour te remonter; je ne connais rien de plus triste, de plus assommant qu'une chambrée vide une journée entière dans laquelle il vous faut demeurer inactif. Quant aux territoriaux qui sont avec vous, je les crois pour une grande part la cause de votre état d'esprit; laissez-les donc se lamenter dans leur coin, sans vous occuper d'eux. Votre âge n'est pas le même, vous ne pouvez pas voir les choses sous le même angle. 8

Ne te préoccupes pas non plus de l'avenir - avenir bien lointain encore du reste - et de l'affectation que tu pourras recevoir plus tard, c'est bien loin, bien loin, et puis, ne crains rien, je ne manquerai pas de veiller et de faire tout le nécessaire pour que tout s'arrange toujours pour le mieux pour toi. En ce qui concerne les gradés, ne t'émeus pas de leurs allures un peu brusques qui, la plupart du temps, sont l'enveloppe d'une très bonne nature; c'est si assommant pour eux de recommencer à chaque nouvelle recrue l'ABC du métier militaire. Tu verras cela quand tu auras un galon de laine sur les bras. En attendant, reste calme, conserve ta bonne humeur, vois toujours les choses du bon côté et si quelque ennui ou désagrément vient à se produire (il s'en trouve partout même autre part que dans le métier militaire), n'y attache qu'une importance passagère, sans rien grossir sans rien exagérer. C'est le bon moyen de rester heureux. Tu vas maudire ton pauvre Papa, pour t'écrire une lettre si pleine de conseils d'ordre plutôt philosophique; mais je comprends si bien ton état d'esprit actuel, l'ayant connu moimême quand je suis arrivé au régiment. Et encore j'étais moins gâté que toi, puisque tu nous as tout près, nous voyant fréquemment et devant nous posséder complètement dans une dizaine de jours. Madeleine ira te voir demain soir (vendredi) à 5 heures et passera comme ta mère l'a fait hier, la soirée entière avec toi; avec son caractère enjoué, elle t'apportera, j'en suis sûre, un bon réconfort, moral. Vous allez avoir l'air d'un jeune ménage en ville. Puis, dimanche prochain, nous irons tous les trois passer la journée avec toi, ce dont nous nous faisons par avance une fête. Au surplus, si tu éprouves quelque ennui, quelque tristesse, écris-le moi tout franchement; tu n'ignores pas mon affection que tu trouveras toujours prête à venir à ton aide et à te faciliter l'existence sous tous rapports. 9

Allons, mon cher enfant, bon courage, les premiers jours vont être bientôt passés et quand de nouveaux bleus arriveront au quartier, tu en seras à t'étonner toi-même de leur ahurissement et de leur démontage que tu ne comprendras même plus, parce que ce ne sera plus pour toi que le vague souvenir d'un mauvais rêve qui n'a laissé que des traces imprécises dans le cerveau. Rien ne dit d'ailleurs que tu ne te trouves un peu déprimé en ce moment par les sept injections que tu viens de subir. Aux dires même du Docteur Vincent, son sérum est un produit des plus actifs qui, à défaut de fièvre, est de nature à produire passagèrement des troubles appréciables: il contient somme toute des microbes de la typhoïde. Mais t'en voilà débarrassé et, avec du phosphate que Madeleine te portera demain, tu vas vite reprendre le dessus et remonter (comme on dit vulgairement) sur ta bête. Ta maman et ta sœur se joignent à moi pour t'embrasser bien tendrement et bien fort. Ton Papa qui t'aime bien.
Edmond Tonnier

Versailles, 22 juillet 1915 Ma chère Maman, Deux mots pour te dire que je vais toujours bien et que le moral est un peu meilleur. Je pense aller dîner au Cercle ce soir après avoir vu Parrain1. Je t'envoie, en même temps que cette lettre, un petit mot à Madeleine pour lui souhaiter sa fête. Je vous embrasse mille fois, Papa et toi. Votre fils qui vous aime tant. Robert
1. L ' abbé F éron : Prêtre à V ersaill es. 10

Morsang-sur-orge (Seine-et-Oise) Cher Ami, Eh bien! Que deviens-tu? Toujours pas de nouvelles de toi. J'ai dépensé pour t'écrire plus de 600 F de timbres-postes, j'ai acheté 20 F de plumes et encre, usé tout le stock de papier des grands magasins et toujours pas de nouvelle. Tous les jours, je fais comme Sœur Anne, j'attends ta lettre avec impatience, mais rien, toujours rien. Tâche donc de me mettre un petit mot. Que diable! rien que ta signature pour savoir que tu es toujours en vie. J'ai demandé des renseignements sur ton compte à l'ami Lesage; il m'a répondu qu'il n'en avait aucun. J'avais préparé ma bicyclette pour t'aller voir; tous les jours, je m'éreinte à regonfler les pneus, mais toujours pas de nouvelle de toi; je commence à devenir las de t'attendre. Tâche donc de trouver le moyen de me mettre un petit mot. Je suis maintenant retourné à Morsang après un voyage à Bordeaux chez des cousins où je me suis profondément ennuyé. Et toi! la vie de caserne te plaît-elle (si toutefois tu t'es engagé car je n'en sais rien) Passes-tu ton temps à frotter les canons au brillant belge pour les faire reluire et épater le Boche ou bien es-tu tranquillement assis dans un vaste fauteuil à te reposer sous l'ombre des arbres - non! je l'espère. Quant à moi, je fais de la sculpture en masse et j'espère l'hiver prochain pouvoir entrer à l'école des Beaux-Arts. En attendant l'énorme plaisir d'avoir de tes nouvelles, je te serre cordialement la main.
Ton vieux copain Jean de Vernon

Il

Versailles, 25 juillet 1915 Ma chère Maman, Madeleine a dû te dire comme je prenais bien la vie militaire maintenant. Aujourd'hui, revue de casernement: la chambrée est dans une agitation fébrile. Grâce à mon tampon, je m'en sors assez bien. Demain, j'espère passer la journée entière avec vous. Je vous retrouverai, à moins d'empêchement imprévu, à la messe de Il heures. Je reçois à l'instant la lettre de Papa; elle achève de me remonter entièrement. Je vous embrasse tous les trois mille fois et à demain.
Votre Robert

Dinan, 26 juillet 1915 Mon cher Robert, Merci de votre aimable carte. Je vous souhaite bon courage. Quand vous tirerez sur les Boches, ne raccourcissez pas votre tir sur nos tranchées. Soyez un pointeur émérite. Je vais beaucoup mieux, mais mon bras est encore trop « amoché» pour tenir une raquette... oh pardon! un fusil. A bientôt; Nos amitiés à vous et autour de vous. Cauchy

Versailles, 27 juillet 1915 Ma chère Maman, Le métier militaire devient de plus en plus doux, peut-être même exagérément. Legrelle vient d'arriver et est devenu mon voisin de lit. Je compte toujours sur toi mercredi ou jeudi, mais 12

attends-moi à la porte, quelquefois on ne sort qu'à 5 h 1/2. Je vous embrasse tous les trois mille fois.
Votre Robert 22e Arttillerie, 64e Batterie

Selles-sur-Cher, ce 28 juillet 1915 Mon cher petit Robert, J'ai été bien heureuse de recevoir de tes nouvelles et de savoir que tu t'habitues à la vie militaire car pour toi, mon cher petit, c'est un grand changement de vie, cependant tu as la chance de ne pas être éloigné de tes parents; de plus, tu as à Versailles la famille du Page et ton bon parrain que tu dois voir souvent. Enfin espérons que nous verrons bientôt la fin de cette malheureuse guerre qui fait tant de victimes. Tous les jours, je prie le bon Dieu pour qu'elle finisse et que nous ayons la paix; je pense aussi bien à toi dans mes prières. Pour moi, ma santé est bonne pour le moment si ce n'était la préoccupation de cette maudite guerre, je n'aurais pas trop à me plaindre. Adieu, mon petit Robert, Tata Blanche est avec moi pour t'envoyer nos meilleurs baisers et te souhaiter bon courage. Bien des choses à tes parents quand tu les verras. Mes respects à Monsieur l'Abbé Féron.
Ta tante et marraine qui t'aime bien T(Menon

Chaville, 9 août 1915 Mon cher Tonnier, Je te remercie bien de ta lettre malheureusement, je ne pourrai l'honneur de la fête de Maman, grande réunion de tous les Lesage 13 et de ton aimable invitation, m'y rendre parce que, en nous avons ce jour-là une de Chaville et que je ne puis

y manquer. J'espère que nous finirons cependant par nous voir. A quelle heure sors-tu du quartier le soir? Je pourrais peut-être aller t'y voir une fois. En tous cas, nous comptons sur toi à déjeuner dimanche 22 août; plaise à Dieu que la course à laquelle nous nous livrons à la poursuite l'un de l'autre cesse là. Présente, je te prie, mes respectueux parents. Je te serre bien cordialement la main. Ton ami Jean Lesage
Correspondance des Armées de la République: à Robert Tonnier, canonnier-conducteur, 22e artillerie. Versailles expéditeur: Jean Augustin, 70e Batterie, 5e d'artillerie. Besançon.

hommages

à tes

13 août 1915 Mon cher Robert, Que deviens-tu? Es-tu déjà sur le front? Je l'ignore totalement. Blague dans l'angle, toi qui m'avais promis de m'écrire, il faut que je vienne encore te relancer. A part cela, j'espère que ton nouveau métier te convient et que tu n'es pas trop fatigué. Quant à moi, je viens d'avoir une petite angine. A part cela, tout va bien. Cordiale poignée de mains. Jean Vernon, le 17 septembre 1915 Mon cher Papa, Je t'envoie ce petit mot à la hâte pour te voyage en compagnie de huit chevaux s'est passé. Toutefois je compte faire une bonne nuit, nuit. Vernon ressemble beaucoup à Selles 14 dire que mon admirablement une très bonne et respire la

tranquillité. On dit que notre arrivée a révolutionné toute la population. Je tâcherai de ne pas être de garde dimanche et vous embrasse tous trois mille fois. Robert 103e d'Artillerie Vernon, 24 septembre 1915 Ma chère Maman, Je viens de recevoir la lettre de Papa, elle m'a fait grand

plaisir. J'ai déjeuné ce matin à l' ordinaire 1 et ce n'était pas
mauvais du tout; ce soir je retourne au même petit restaurant avec des camarades. Le peloton2 commence demain matin; Quelle joie! Aujourd'hui, j'ai fait ma première promenade sur un caisson3; c'est amusant quoique fatiguant. Enfin ne te tourmente pas de ma santé, je mange et bois comme dix. Enfin, un mot de La Jonquière ! Je l'ai conservé pour te le montrer. Je vous embrasse dimanche. bien tendrement tous les trois et à Robert Vernon, 28 septembre 1915 Mon cher Papa, Je serais bien heureux d'avoir des nouvelles de ma sœur. Vat-elle mieux? Maman a dû te rassurer sur ma santé et te dire combien j'étais furieux lundi que ce bout de grippe m'ait
1. Il n'y avait pas de réfectoire. On mangeait n'importe où, sur un coin de lit ou dehors, le repas de l'unité militaire à laquelle on appartenait. Les gradés déjeunaient à la cantine. 2. Le peloton, c'était des groupes de soldats qui avaient fait des études et que l'on réunissait pour les instruire et en faire des gradés. 3. Caisson: caisse d'obus. 15

indisposé dimanche. II y a prochainement un concours des EOR. Je vous enverrai d'ici peu une liste de cahiers que vous m'apporterez ou que j'irai chercher dimanche (ceci est peutêtre un peu trop problématique). Delatour Yvon vient d'être opéré de l'appendicite; je viens de recevoir une lettre de lui. Mille baisers pour vous trois et à bientôt. Robert Ma chère Madeleine, Merci beaucoup de ta gentille lettre; j'ai été en effet très déçu de ne pas te voir dimanche et compte que cela sera pour une prochaine fois. Je descends à l'instant de cheval après une promenade très jolie, si je n'avais pas écorché; je vais toujours essayer de remonter demain. Papa heureux m'avaient son petit et Maman ont-ils fait bon voyage? J'étais bien de les voir car les huit hours, de lundi à samedi, semblé longs. Tu remercieras beaucoup Suzanne de mot; ce sont des paroles qui portent jusqu'au cœur.

Mais il est l'heure de rentrer au quartier; je te quitte en t'envoyant mille bons baisers que tu partageras avec Papa et Maman. Robert

Vernon, 29 septembre 1915 Mon cher Papa, Je reçois à l'instant une lettre de Parrain et d'Yvonne; ils me remercient de leur avoir écrit et me donnent de leurs nouvelles. André, paraît-il, devient sombre et nerveux. Vous l'avez du reste vu sans doute aujourd'hui. Avez-vous fait bon voyage? Vous avez emmené avec vous le beau temps; depuis votre départ, il pleut sans discontinuer; tâchez de le ramener 16

samedi avec vous. Je vous embrasse affectueusement.

tous les trois bien Robert 62e Batterie

Vernon, 30 septembre 1915 Ma chère Maman, Deux mots seulement pour vous demander de vos nouvelles, de celles de votre voyage et de celui de Papa. Le quartier est en surexcitation à cause d'une soi-disante victoire à Wimy. Je ne sais si c'est exact. Rien de nouveau pour ma permission. Je vous embrasse tous trois bien tendrement. Votrefils Robert

Vernon, 1er octobre

1915

Mon cher Papa, Je suis absolument désolé. Aucun espoir d'avoir ma permission dimanche. Ce n'est pas encore mon tour! Enfin j'ai fait toutes les démarches qu'il m'a été possible de faire. Je vous attends dimanche, non samedi car je serais de garde. Si quelquefois ma dernière démarche réussissait, je ferai tout mon possible pour arriver à 3 heures à Paris. Je vous embrasse bien tendrement.

Robert

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Vernon, 4 octobre 1915 Ma chère petite Maman, Bon voyage quoique suis arrivé au quartier odeur de la chambrée Yvon Delatour, évacué pas l'avoir su plus tôt; Mille bons baisers. moins agréable que celui de samedi. Je à 1 h V4 et ai pu apprécier la bonne durant la nuit. Je reçois une lettre de à Paris pour maladie; je regrette de ne je serai à I'hôpital auxiliaire où il est. Robert

Vernon, 5 octobre 1915 Mon cher Papa, Maman a-t-elle reçu mon mot, et quand? Je crois avoir trouvé un truc pour que les lettres arrivent plus tôt à Paris. J'ai dîné hier avec Allioli et ce soir, je pense être de garde. Ici, nous avons changement d'instructeurs et des arrivées continuelles du 22e qui se vide, dit-on, d'une manière effrayante. Qu'est-ce que cela veut dire? A-t-on des nouvelles et des bonnes? On ne sait rien du tout ici; on ne s'occupe de rien, à part manœuvres, cheval et manger. Je vous attends avec impatience et vous embrasse tous les trois de tout mon cœur. Robert

Vernon, 7 octobre 1915 Ma chère Madeleine, Le petit mot de Maman m'a fait grand plaisir. J'ai recherché le dénommé Boust, mais ne l'ai pas encore trouvé; cela n'a rien d'étonnant car on a déménagements sur déménagements. 18

Nous avons des nouvelles arrivées du 22e et d'autres régiments. Le peloton marche bien en ce moment, plus d'interruption pour l'instant; ce matin, jolie promenade à cheval et beaucoup de galop. Je suis de plus en plus content de ma chambre; j'ai vu hier la propriétaire qui m'a fait une longue conversation; son fils vient de s'engager à Angoulème. Ce soir, je vais dîner avec Beaudemoulins et Allioli à notre petit hôtel; nous allons essayer d'y faire une partie de cartes. Remercie bien Papa de ma montre. J'attends Papa et Maman samedi et toi dimanche. Je vous embrasse tous les trois mille fois. Robert

Vernon Mon cher Papa, Je t'envoie ce petit mot de ma chambre; j'y ai suivi toutes les recommandations que Maman m'avait faites hier soir et vais dîner dans un restaurant à 1 F 75 avec quelques-uns de mes camarades. Nous travaillons dur en ce moment, mais ce n'est que passager et malgré le nombre petit des conducteurs qui sont actuellement au dépôt, n'étant pas allés à Brest, nous ne prenons la garde que rarement; je ne pense pas la prendre avant vendredi ou samedi. Maman t'a-t-elle dit ce qu'il en était de ma permission? Je la redemande pour dimanche sans grande chance de succès à cause de mon absence prolongée au service de la batterie. En tout cas, si je ne peux pas aller vous voir, je vous attends avec grande impatience dimanche matin. Nous avons fait ce matin une très jolie promenade à cheval dans la campagne, moitié sur le bord de la Seine, moitié sur les coteaux qui se trouvent de l'autre côté de la route Paris-Rouen. Ce soir, pansage et abreuvoir toute la journée, à partir de midi moins le quart jusqu'à 6 heures. Quand donc le peloton va-t-il 19

reprendre? Mais il est l'heure d'aller dîner: je pars à la recherche de mon restaurant. Quel dommage qu'il n'y ait pas à Vernon un 17 de la rue des Réservoirs 1.Jete remercie de tes éperons. Je me sauve car la propriétaire vient de commencer un air de mandoline, c'est exaspérant. Et voilà qu'elle chante! il faisait si beau. Je vous embrasse mille fois. Robert Vernon, 14 octobre 1915 Mon cher Papa, Ta lettre vient de me parvenir; elle m'a rassuré car nous sommes ici inquiets de toutes ces histoires balkaniques et parlementaires. Figure-toi que nous partons tous demain à Saint-Nazaire; ce petit voyage est loin de m'enchanter et ce qui me désole, c'est qu'il me prive de votre visite dimanche, car nous ne serons pas de retour pour ce jour-là; c'est pourquoi j'espère que votre prochain séjour à Vernon n'en sera que moins court. Mille bons baisers à vous trois et à bientôt. Votre fils qui vous aime tant. Robert P.S. Que Maman ne s'inquiète pas si elle n'avait pas de mes nouvelles pendant un ou deux jours. Vernon, 15 octobre 1915 Ma chère petite Maman, Nous partons dans dix minutes pour Saint-Nazaire; nous sommes tous prêts, le manteau sur l'épaule, avec gourde,
1. Le cul-de-sac des Réservoirs a été absorbé par les rues Freycinet et Chaillot. 20

musette... et je t'écris ce petit mot sur mes genoux. Quand serons-nous de retour? Personne ne le sait; mais comme je te le disais hier, nous ne serons malheureusement pas rentrés dimanche. Enfin, je vous embrasse tous les trois bien tendrement et à bientôt.

Robert

Gare d'Evreux, 15 octobre 1915 Carte postale de la cathédrale d'Evreux Mille bons baisers pour vous trois d'un artilleur de passage à Evreux. Robert

Saint-Nazaire, 16 octobre 1915 Carte Postale des chantiers de l'Atlantique Excellent voyage! Devant moi, un défilé de prisonniers boches ininterrompu. Les chevaux sont embarqués et nous attendons le départ. Nous serons de retour dans la nuit de dimanche à lundi. Bons baisers. Robert

Vernon, lundi Ma chère petite Maman, Je viens de recevoir ta lettre ce matin en revenant de Saint-Nazaire. Excellent voyage! Soixante heures en chemin 21

de fer et quatre à Saint-Nazaire. Hier soir dimanche, nous sommes passés bien près de Paris et cela m'a fait plaisir de voir Versailles, Chaville et la Garenne-Colombe où nous sommes restés deux heures, mais défense de descendre! Ce matin, à 9 heures, nous étions de retour. Etant ensemble entre nous, ce voyage nous a semblé beaucoup moins long. C'est une excellente idée de m'envoyer de l'argent; des 18 francs que tu m'avais donnés lundi, il ne me reste plus grand chose. Je vous embrasse possible. tous mille fois et venez le plus tôt Robert

Vernon, 19 octobre 1915 Mon cher Papa, Notre vie habituelle vient de reprendre ce matin; c'est un peu monotone, mais j'apprécie beaucoup le bonheur de coucher dans un lit. En ce qui concerne ma permission, notre voyage nous ayant tous reculés de huit jours, je ne la demande pas cette semaine. A bientôt donc et recevez tous les trois mes baisers les plus affectueux. Robert

Vernon, 28 octobre 1915 Ma chère Maman, Quand tu liras ce mot, je serai à Paris en service commandé malheureusement, en train d'embarquer des chevaux je ne sais pas où. Nous arriverons le matin à Paris pour en partir 22

l'après-midi, sans possibilité de pousser une pointe jusqu'à la maison. Cela me tiendra lieu de permission, car une décision toute paternelle vient de réduire le nombre de permissions de trois à une par pièce et par semaine. Je vous embrasse tous les trois. Robert

Vernon, 1er novembre 1915 Ma chère petite Maman, Je vais certes beaucoup t'étonner en te racontant ma journée de mardi: A 6 heures, la majorité du peloton s'est rendue à l'Office des morts sous la conduite des sous-officiers; nous avons entendu notre messe, puis nous sommes revenus non sans faire quelques visites chez les patissiers. Ensuite, superbe promenade à cheval, puis pour finir quartier libre de trois à neuf heures. Malheureusement il pleut à torrents. Je me console en vous écrivant et en dégustant une délicieuse tasse de thé au lait. Avez-vous des nouvelles de ce pauvre Lesage? Je vous embrasse mille fois. Robert
1 03e Artillerie

Vernon,2 novembre 1915 Ma chère petite Maman, Ce petit mot arrivera, j'espère, assez tôt pour t'apporter demain matin tous les bons vœux que je forme en ce moment pour toi à l'occasion de ta fête. J'aurais bien voulu t'embrasser pour cette circonstance: ce sera pour samedi. As-tu revu Madame Augustin depuis le départ de Jean? Je te quitte pour 23

aller prendre une tasse de chocolat avec Beaudemoulins, en t'envoyant ainsi qu'a Papa et à Madeleine meilleurs baisers. Robert Vernon, Jeudi Ma chère petite Maman, Je vous attends après-demain soir comme d'habitude. Mon cheval fi' a marché si délicatement sur les pieds ce matin qu'une de mes chaussures a été coupée en deux. Je suis donc affublé ce soir de deux grands bateaux du régiment qui malgré leur ampleur sont très mettables; peut-être une réparation serat-elle possible, mais j'en doute fort. Pourrais-tu m'acheter une paire de gants de cheval fourrés et marrons? Mille tendres baisers. Robert
1 03e Artillerie.

Vernon, Jeudi Mon cher Papa, Je vous attends samedi soir dans ma chambre; vous arriverez sans doute par le même train que d'habitude. Je suis en possession de mes chaussures qui sont fort bien réparées; rien n'est encore réglé à la propriétaire. Pour l'appareil de photographie, il vaudra mieux attendre le beau temps, c' est-àdire le printemps prochain. Mille bons baisers pour vous trois. Robert 103e régiment d'Artillerie

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Vernon, mardi 17 novembre 1915 Mon cher Papa, Je suis encore exempt de service aujourd'hui. A la visite, on m'a fait prendre une fumigation de menthol, un badigeonnage de glycérine iodée, et un gargarisme. Ce soir, repos sur mon lit dans la chambrée; je suis d'ailleurs en bonne compagnie: Allioli, Mercier sont aussi malades. Je viens de recevoir une lettre de Madeleine: l'enveloppe était à mon nom, mais la lettre adressée à Maman! !! Avez-vous des nouvelles de Lesage? Meilleurs baisers pour vous trois. Robert Vernon, 17 novembre 1915 Mon cher Papa, Ma pharingyte exigeant de fréquents gargarismes et inhalations, on me met à l'infirmerie. Ne venez donc pas dimanche, tu penses comme cela me désole. Dis à Maman qu'elle ne s'inquiète pas; je vais très bien, mange comme quatre. Il n'y a que cette satanée gorge. Mille baisers pour vous trois. Robert 103e Régiment d'Artillerie, 62e Batterie Vernon

Vernon, jeudi Ma chère Maman, Me voici à l'infirmerie, une salle immense, très bien chauffée, où les lits sont assez loin les uns des autres. J'ignore 25

tout à fait combien y va durer mon séjour; ma gorge ne va pas plus mal, mais impossibilité de la faire aller mieux. C'est une irritation qui ne doit pas dater d'hier. Allioli vient me rendre de nombreuses visites; il est tout désemparé et a bien peur de venir me retrouver; ses jambes vont de moins en moins et il marche difficilement. Tout cela est embêtant à cause de notre peloton; mais si une absence trop prolongée nous mettait dans l'impossibilité de le suivre, nous reprendrions certainement celui de la classe 17. Comme je le dis à Papa, il ne serait pas raisonnable de venir dimanche; retardez plus tôt votre voyage et ne revenez que lorsque je pourrais sortir librement: ce qui ne tardera, j'espère, pas trop. Je vais donc occuper mes longs loisirs à lire; c'est pourquoi tu serais bien gentille de m'envoyer une ou deux lectures intéressantes; n'oublie pas non plus les cartes-lettres; je vais me mettre au lit, c'est certainement ici la manière la plus intelligente de passer son temps ou mieux de le tuer. Mille baisers. Tonfils qui t'aime tant Robert

Vernon, 19 novembre 1915 Mon cher Papa, Je t'envoie peut-être un peu tardivement tous les bons vœux que je forme pour toi à l'occasion de ta fête. Je compte bien t'embrasser demain samedi car je sors demain de l'infirmerie. Je vous attends donc sans faute samedi soir. Mille bons baisers de ton fils affectueux. Robert

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Vernon, vendredi (9 heures) 20 novembre Ma chère Maman, Je viens de passer la visite ce matin; et je sors de l'infirmerie demain matin samedi; je vous attends par conséquent demain soir comme d'habitude; si par hasard, je n'étais pas à ma chambre, que Papa vienne au quartier. Si tu savais comme je suis heureux de vous voir; cette semaine et surtout la journée d'hier m'a semblé terriblement longue. Il me semble que cette infirmerie a de grandes ressemblances avec la prison; aucune communication possible avec le dehors, pas grand chose à manger et une atmosphère qui n'est pas toujours très agréable à respirer. Je compte reprendre le peloton lundi; ils doivent avoir fait quelques batteries attelées et ne vais certes pas me trouver en avance; c'est assez ennuyeux. J'espère que notre peloton d'EOR ne va plus tarder; ce serait beaucoup plus intéressant et d'autre part plus agréable car nos nouveaux instructeurs sont très sévères et les jours de consigne et de salle de police font place aux réprimandes légères et aux lignes à copier qu'on nous donnait avant. Mais je ne me désole pas pour cela; au régiment, tout change et souvent sans qu'on s'y attende. Enfin je vous embrasse bien fort et à demain soir. Robert Vernon, 23 novembre 1915 Ma chère Madeleine, Avez-vous fait bon voyage? J'ai repris mon peloton et jusqu'ici tout s'est bien passé. Ce matin, promenade à deux chevaux très mouvementée; nos montures étaient si gaies qu'elles ont renversé dans leurs ébats une minuscule voiture à âne avec deux petites vieilles dedans; elles en furent quitte pour une grande frousse; c'était assez cocasse. 27

Jeudi, nous avons prise d'armes avec remise de décorations. Je crois que nous défilerons. Je t'embrasse bien fort ainsi que Papa et Maman. Robert

Vernon, 24 novembre 1915 Mon cher Papa, A la hâte, je t'envoie ce petit mot car j'ai ce soir beaucoup à préparer pour la revue de demain où nous défilerons musique en tête. Aujourd'hui beaucoup de travail; à cheval, toute la matinée de 7 heures à 10 h 1/2 ; ce soir, artillerie et pansage. Le service, moitié de batterie, moitié de peloton est dur; j'en serai quitte pour une bonne nuit. Remercie bien Maman des gants qu'elles m'a envoyés; c'est tout ce qu'il me fallait pour monter à cheval, pour mes corvées et gardes. Je n'ai pas encore eu occasion de les mettre, le temps s'est tellement adouci ce matin. Bien affectueusement. Robert 103e Régiment d'Artillerie

Vernon, 26 novembre 1915 Ma chère petite Maman, Tu remercieras Papa des renseignements qu'il me donne en vue des EOR. Nous en causerons dimanche ensemble. Je ne comprends pas bien pourquoi dans ta lettre tu me parles tant de permission. Ce n'est aucunement à mon tour de 28

l'avoir dimanche. Nous continuons à trimer fort au service de la batterie; à peine le temps de déjeuner tranquillement. Je vous embrasse tous les trois mille fois et à samedi. Robert Vernon, 1er décembre 1915 Ma chère Madeleine, Je reçois vos trois lettres à la fois. Je suis encore tout bouleversé de la pénible nouvelle que Maman m'annonce; je ne peux m'imaginer que ce pauvre Lesage n'est plus, que jamais nous ne le verrons. J'envoie par le même courrier une lettre à Madame Lesage. Nous travaillons à outrance et sommes punis en proportions; la plupart des punitions ne sont pas portées heureusement, car à chaque batterie attelée, nous ramassons environ huit jours de consigne et autant de salle de police. Je t'embrasse mille fois. Robert Vernon, 2 décembre 1915 Mon cher Papa, Je fais tout mon possible pour obtenir une permission, mais voilà que G. .. nous annonce que n'étant pas content de nous, il nous les supprimerait sans doute. Dès le résultat, je vous enverrai une dépêche pour vous annoncer mon arrivée. Toutefois une permission accordée et signée entre vendredi matin et samedi Il heures a le temps d'être supprimée cent fois. Je vous embrasse mille fois. Robert l03e Régiment d'Artillerie. 29

Vernon, vendredi 3 décembre 1915 Ma chère Maman, Deux mots pour te dire que je n'ai pas ma permission. De plus, j'ai acquis la certitude que toute démarche pour en avoir une spéciale resterait vaine et qu'il vaut mieux attendre tranquillement jeudi pour refaire une demande. Dis à Louise Cornilleau mes regrets de ne pouvoir aller l'embrasser et demande à Frédéric des tuyaux sur les tracteurs. Dois-je compter sur vous dimanche? En attendant, je t'embrasse mille fois sur les deux joues. Tonfils affectueux Robert Vernon, 6 décembre 1915 Ma chère petite Maman, Deux mots seulement pour te dire que je suis arrivé à bon port à Vernon après un excellent voyage. Te dire si je suis content de mes deux journées à Paris, c'est inutile, je pense. Mais elles ont passé un peu vite. J'ai retrouvé Allioli, consigné pour lundi et mardi; il n'a pas l'air de la trouver très bonne. Frédéric Cornilleau est-il à Paris? En ce cas, dis-lui bien des choses de ma part ainsi qu'à Louise. Je t'embrasse bien tendrement ainsi que Papa et Mademoiselle l'infirmière. Robert Vernon, 8 décembre 1915 Ma chère Madeleine, Nous travaillons toujours beaucoup en ce moment et j'avoue que le soir, je suis heureux de trouver mon lit. As-tu vu sur le journal de ce matin qu'une permission (de 5 jours pour moi) 30

allait nous être accordée? C'est vraiment une très bonne idée, mais quand sera-t-elle mise à exécution? Je t'embrasse mille fois ainsi que Papa et Maman. Robert Mercredi, 13 décembre 1915 Mon Cher Papa, Je crois avoir une bonne nouvelle à t'annoncer: une permission de 4 jours nous serait accordée entre le 24 de ce mois et le 10 janvier. Voilà, dit-on sérieusement, ce qui doit paraître à la prochaine décision. Tu peux penser comme nous sommes tous contents. Espérons que ce n'est pas encore un « Canard» comme on en voit souvent au régiment. A part cela, rien de nouveau. Je vous embrasse tous trois bien tendrement et à samedi. Jeudi Ma chère Madeleine, Je te remercie beaucoup peu près sûr, d'avoir quatre du jour de l'An, sans doute, j'ai une veste toute neuve, encore changées. A bientôt Je t'embrasse très fort. Robert Vernon, Mardi soir Mon cher Papa, Je venais de déposer la lettre pour Maman chez le vaguemestre lorsqu'on apprend notre départ pour Saint-Nazaire. 31 de ta lettre. Je suis sûr ou mieux, à jours dans les environs de Noël et du 24 au 28. Tu diras à Maman que mais mes chaussures ne sont pas donc.

Voici donc tous nos projets dans l'eau. Je ne crois pas en effet être de retour avant 4 ou 5 jours et notre Jour de l'An se passera probablement dans le train. Dans cette circonstance, je suis ravi d'avoir mon Kodak qui va me permettre de vous rapporter quelques souvenirs de ce petit voyage d'agrément. Mille bons baisers. Robert

Chartres, 29 décembre 1915 Carte postale de L'Eure En route pour Saint-Nazaire, baisers. je vous enVOle mille bons Robert

Le Mans, 29 décembre 1915 Carte postale bas-relief de la statue du Général Chanzy Nous voici de passage au Mans; je profite d'un arrêt de quelques heures pour vous envoyer mille bons baisers. Robert

Saint-Nazaire, jeudi matin Ma chère Maman, Nous voici arrivés blement rester un ou Casino, presque sur la ville le matin; le reste à Saint-Nazaire où nous allons probadeux jours. Nous sommes campés au plage et avons la permission de sortir en du temps sur la plage à faire de la photo. 32

C'est vraiment chic. Dès que je saurai notre départ, je vous l'écrirai. Peut-être pourrez-vous venir me voir à Vernon dimanche. Mille baisers. Robert

Saint-Nazaire, 31 décembre 1915 Carte postale de la Banque de France de Saint-Nazaire Mon cher Papa, Nuit excellente passée au Casino sur la paille; il fait un vent de chien et une mer très agitée. Hier, nous avons visité le port et fait pour 2 F 50 un dîner extraordinaire pour son grand nombre de plats (neuf). Ce soir, j'ai envie de faire un tour dans la ville et d'aller voir une vieille église, la seule intéressante de la ville. Je vous embrasse tous les trois et vous souhaite une bonne année. Robert

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