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SAUVETAGES ET BAPTÊMES

De
230 pages
Fondée en France au XIXè siècle par des Juifs convertis, la congrégation féminine de Notre-Dame de Sion était orientée vers les Juifs, et son activité la plus connue était l'éducation des jeunes filles. Face à la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, comment ces religieuses ont-elles réagi ? Ont-elles porté secours aux personnes menacées? Les actions de sauvetage ont-elles concerné toutes les maisons sioniennes françaises ? Les nombreux baptêmes des Juifs sont-ils le résultat d'un prosélytisme acharné ? D'autres circonstances ont-elles joué ?
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Madeleine COMTE

SAUVETAGES ET BAPTEMES
Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persecution des juifs en France
(1940-1944)

Préface d'Etienne Fouilloux

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1190-1

Préface

L'importance d'un livre ne se mesure pas à son épaisseur. De taille modeste, mais de grande originalité par son contenu, sur un sujet mal connu et particulièrement délicat, l'ouvrage de Madeleine Comte permet de vérifier une nouvelle fois ce truisme. Et pourtant, son auteure n'a pas choisi la facilité. L'attitude de l'Église catholique face à l'extermination des juifs, en France et ailleurs, a déjà fait couler beaucoup d'encre, de plus ou moins bonne qualité. Le silence ou le quasi-silence public des autorités ecclésiastiques, sauf exceptions remarquées, n'est plus guère contesté, contre l'évidence, que pour des motifs étrangers à la discipline historique. Mais son endroit, le sauvetage de nombre de juifs menacés, par des fidèles isolés ou des institutions confessionnelles, manquait encore de références solides: évoqué dans les témoignages épars de rescapés, il n'avait pas jusqu'ici été étudié pour lui-même. Personne ne le contestait vraiment. Mais il restait soumis à des appréciations divergentes, parfois polémiques, concernant ses motivations. Ici ou là, on pouvait le juger intéressé, et même suspect d'avoir subordonné l'aide à la conversion par le baptême. Il fallait donc y aller voir de plus près d'un point de vue dépassionné sinon serein, vu le sujet. Quel meilleur poste d'observation, à cet égard, que la Congrégation féminine Notre-Dame de Sion? N'a-t-elle pas été fondée, au XIXe siècle, par deux religieux d'origine juive, les frères Ratisbonne, pour travailler à la conversion des juifs? Certes, au fur et à mesure de leur développement, les sœurs de Sion ont quelque peu perdu de vue cette mission, au profit de l'éducation des filles de la bonne société: de recrutement élitiste par leur encadrement comme par leurs élèves, les pensionnats qu'elles dirigent en France ont acquis une excellente réputation dans les quartiers aisés. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, elles continuent de prier pour le salut des juifs, mais sans véritable connaissance du judaïsme français. Les choses changent au

PREFACE

cours de l'entre-deux-guerres, dans un climat marqué par la recrudescence de l'antisémitisme et sous l'impulsion de leurs confrères de la branche masculine, les Pères de Sion, progressivement acquis à un philosémitisme non dépourvu de visées prosélytes. C'est pourtant le choc de la Seconde Guerre et de la persécution qui va les lancer dans l'aventure de l'entraide. Pour décrire les péripéties de celle-ci, encore fallait-il disposer des sources nécessaires. S'il faut féliciter Madeleine Comte de sa quête patiente du moindre document ou du moindre témoignage inédit, il faut aussi remercier les actuelles responsables de la Congrégation de lui avoir ouvert largement des archives sans lesquelles, malgré leurs lacunes, elle n'aurait pu mener son entreprise à bien (instructifs journaux tenus dans les différentes maisons, quand ils existent). Un tel libéralisme est encore trop rare pour ne pas être salué. Ainsi l'auteure peut-elle répondre avec le maximum de sécurité aux deux questions majeures posées dès l'avantpropos. Première question? Ces religieuses liées de fondation au sort des juifs ont-elles participé activement au mouvement de sauvetage des persécutés? La réponse est positive, bien qu'avec des nuances appréciables. Elles sont alors près de 500 en France, soit le quart de l'effectif global. Jusqu'au retour au pouvoir de Pierre Laval, en avril 1942, les documents disponibles attestent leur fidélité au maréchal Pétain, à son oeuvre et à celles des figures du catholicisme français qui les soutiennent, le dominicain Garrigou-Lagrange par exemple. Une telle adhésion, qui les empêche de s'émouvoir des premières mesures de discrimination prises par Vichy à l'encontre des juifs, disparaît ensuite sans impliquer automatiquement un engagement en faveur de ceux-ci. À Paris, la maison mère de la Congrégation demeure d'une grande prudence et ne réussit même pas à préserver de la déportation une religieuse roumaine d'origine juive. En revanche, le pensionnat tout proche est le siège d'une intense activité de secours, sous la houlette de sa directrice, mère Francia, en étroite relation avec le réseau du père Devaux, de la congrégation masculine. Dans le Marais, quartier emblématique de l'immigration juive, des Ancelles italiennes rattachées à Sion depuis peu, avec un statut spécifique moins contraignant, dirigent un centre social qui multiplie les gestes de solidarité. Et la maison de Grandbourg, près d'Evry, joue le rôle efficace de refuge temporaire, pour les enfants notamment. Il en va de même des maisons de Lyon, de Grenoble et de Marseille, chacun des cas VIII

PREFACE

étant décrit par Madeleine Comte avec beaucoup de finesse et de précision. De cette série de monographies ressort donc un bilan d'une grande clarté. Comme telle, la Congrégation ne s'est pas engagée dans le sauvetage des juifs, mais nombre de ceux-ci ont dû leur salut à des maisons ou à des religieuses de Sion. Pour que l'opération réussisse, il fallait l'initiative d'une forte personnalité (outre mère Francia à Paris, mère Clotilde à Lyon, sœur Joséphine à Grenoble, sœur Ieritza à Marseille), un réseau de complicités dans la Congrégation ou parmi ses familiers et la couverture de la supérieure (indispensable du fait d'un régime religieux où l'obéissance occupe une place centrale). La réunion de ces trois conditions sur Paris, Lyon, Grenoble et Marseille a permis de mettre à l'abri «plusieurs centaines de personnes juives», résume l'auteure qui tient à rester prudente. À Lyon, cette tâche salvatrice s'est accompagnée d'une implication plus nette qu'ailleurs dans la Résistance, au sens classique du terme. Seconde question? Cet indéniable témoignage de charité envers les juifs s'est-il doublé de pressions sur les familles venues demander asile pour un des leurs, dans le sens d'un prosélytisme catholique, sur les enfants en particulier? Madeleine Comte n'écarte pas a priori l' éventualité d'un marchandage du type: protection contre baptême. Et elle signale que la solution la meilleure, retenue d'ailleurs à Toulouse et à Nice en dehors de Sion, était la délivrance de faux certificats de baptême. Mais telle n'a pas été l'option choisie dans la Congrégation, dont l'esprit prosélyte s'est réveillé au cours des années 1930, chez les Pères de Sion notamment. L'auteure a eu la chance de pouvoir dépouiller le registre de catholicité de la chapelle des sœurs, à Paris, qui détenait en matière de conversions une quasi-exclusivité dans la capitale. Elle y a recensé près de 1 000 baptêmes entre 1939 et 1945, soit la moitié du total enregistré sur plus d'un siècle. L'analyse de ce flux massif est plein d'enseignements: il culmine en 1941-1942 pour décliner nettement ensuite; il comporte de moins en moins d'étranger~ et de plus en plus de citoyens français qui se sentent menacés eux aussi; on y remarque de plus en plus de femmes ou d'enfants et de moins en moins d'hommes adultes. Déclenché par le souci d'intégration d'adultes étrangers, le mouvement d'adhésion au catholicisme s'est poursuivi avec la volonté de familles françaises de sauver leurs enfants en les couvrant de la protection du baptême. La fragilité d'une telle protection face à l'ampleur des rafles IX

PREFACE

explique sans doute un déclin rapide, en 1943. Que le sacrement ait été accepté par conviction religieuse ou par souci de sauvegarde, des baptêmes ont donc bien eu lieu en nombre à Sion. Certains témoignages évoquent d'ailleurs la difficulté, pour de jeunes juives, de vivre dans un milieu catholiqu.e sans en adopter les usages religieux. Mais Madeleine Comte souligne le sérieux de la préparation au sacrement dans la Congrégation : pas de baptêmes à la sauvette de sa part. Le problème posé n'est pas résolu pour autant. Ces baptêmes ont-ils été liés, d'une manière ou d'une autre, au secours accordé? Après examen attentif de la liste des enfants cachés et de celle des baptêmes, la réponse de Madeleine Comte est négative: « aucun cas d'enfant caché par Sion à Paris qui ait été baptisé pendant son hébergement dans cette maison ». Les rescapées confirment: parfois sceptiques a posteriori sur le degré d'engagement religieux qu'impliquaient ces baptêmes, elles n'évoquent aucune pression sur les parents ni sur les fillettes et adolescentes ellesmêmes, à la différence de ce qui a pu se passer dans les familles ou les collectivités de placement ultérieures. Il ne s'agit certes que d'un exemple, mais massif et privilégié. Sur ce point comme sur le précédent, le sérieux du travail accompli fera date et servira de référence à laquelle devront se mesurer d'éventuelles études complémentaires. Épilogue de cette histoire, tragique et réconfortante tout à la fois? Le choc de la persécution se révèle décisif sur la Congrégation, encore impliquée à charge dans l'affaire des enfants Finaly au début des années 1950. Elle y retrouve ses origines, à savoir la préoccupation du sort matériel et spirituel des juifs. Elle s'y dépouille, en outre, de son penchant prosélyte pour s'intégrer peu à peu au courant de rapprochement judéochrétien que consacre solennellement le concile Vatican II en 1965. Or, une telle mutation a bel et bien commencé par d'humbles tâches de secours aux persécutés durant les « années noires ». Merci à Madeleine Comte d'avoir retracé avec acribie et probité cette épreuve refondatrice.
Étienne FOUILLOUX,

professeur d'histoire contemporaine à l'Université Lumière-Lyon 2

x

Avant-propos

L'opinion française marque un grand intérêt pour la période de la Deuxième Guen-e mondiale et plus particulièrement, depuis quelques décennies, pour le génocide des Juifs. Elle le fait avec la volonté de cerner les responsabilités dans cette action monstrueuse, mais aussi avec le souci, de la part des Juifs notamment, de rendre hommage aux « Justes », les non-Juifs qui ont sauvé certains des leurs. On sait qu'en France la proportion de Juifs sauvés, les trois quarts environ, a été sensiblement plus élevée que dans les pays voisins sous occupation allemande. Serge Klarsfeld pour expliquer ce chiffre a souligné

l'importance de cette aide, venue pour une bonne part des milieux
chrétiens. La question se pose tout particulièrement pour la Congrégation des religieuses de Notre-Dame de Sion que leur vocation oriente vers les Juifs. Ces religieuses ont-elles participé au sauvetage? Si oui, de quelle manière: massivement ou par l'action de quelques francs-tireurs? Peut-on en évaluer le résultat? A ces questions, s'en ajoute une autre, que pose André Kaspi à propos de l'aide apportée par des chrétiens:
«Une aide désintéressée? Dans la plupart des cas, oui, encore que, de temps à autre, le prosélytisme ne perde pas ses droits et qu'on s'efforce de faire des enfants juifs de bons chrétiens. Mais il est vraisemblable qu'on a exagéré le nombre des conversions et sous-estimé l'attrait que de jeunes enfants ou des adolescents, sans éducation religieuse, ont pu ressentir pour le catholicisme et le protestantisme1. »

Et il ajoute en note:

1. André Kaspi, Les Juifs pendant

l'occupation,

Le Seuil, 1991, p. 352.

A V ANT-PROPOS « Sur ce thème, une étude sérieuse mériterait d'être menée. Les témoignages ne manquent pas dans un sens comme dans l'autre. n est temps aujourd'hui d'analyser le phénomène avec séréni tél. .»

Ce travail souhaiterait pour sa modeste part y contribuer. Sur l'histoire des religieuses de Sion, François Delpech, l'historien disparu prématurément en 1982 à l'âge de quarante sept ans, avait ouvert un vaste chantier. n avait publié plusieurs articles en 1971 dans Le Lien, le bulletin de la congrégation. Ces articles ont été repris avec l' ensemble ~ ses publications réunies après sa mort2. Nous savons qu'il poursuivait activement ses recherches sur la période de la guerre et de l'après-guerre. Malheureusement l'auteur de ces lignes n'a pu consulter son dossier resté introuvable. Elle le regrette d'autant plus que sont ainsi perdus pour l'histoire les récits de témoins aujourd'hui disparus, qu'il avait pu interroger avec la rigueur qu'on lui connaissait. Pourquoi avoir tenté cependant cette suppléance? Pour avoir à plusieurs reprises collaboré avec des religieuses de la congrégation, j'ai constaté un décalage entre ce que je pouvais observer aujourd'hui dans leur attitude vis-à-vis des Juifs et la réputation du conversionnisme le plus ardent qui leur est faite, y compris chez des historiens, à cause de l'affaire Finaly*3. J'ai donc désiré savoir ce qu'il en était et pour cela j'ai trouvé un accueil très ouvert de la part des responsables de la congrégation, qui souhaitaient pour leur part faire toute la clarté et m ',ont ouvert très libéralement leurs archives. Le lecteur s'étonnera peut-être de se voir proposer, avant le récit de la guerre, une évocation préalable de l'opinion des catholiques sur les Juifs et de son évolution lente, partielle mais sensible au cours de l'entre-deuxguerres. Pourquoi ce préliminaire, composé en grande partie de seconde main? Parce qu'il s'agit de l'un des domaines où le changement a été le plus considérable au coors de ce demi-siècle dans l'Eglise catholique. Faute d'avoir présente à l'esprit cette évolution, on court un risque grave

1. Ibid.
2. François Delpec~ Sur les Juifs. Etudes d'histoire contemporaine, Textes rassemblés et présentés par Bernard Comte, Presses Universitaires de Lyon, 1983. 3. Les expressions marquées d'un astérisque (*) sont expliquées dans le glossaire à la fin de l'ouvrage.

2

A V ANT-PROPOS

d'anachronisme: juger sommairement, en fonction des opinions d'aujourd'hui, les attitudes d'il y a cinquante ans. TIm'a pam indispensable,pour situer et comprendreles mentalités dans la congrégation, de rappeler les positions de ceux qui ont fait avancer la réflexion sur ce qu'on appelait la «question d'Israël» ou la «question juive ». En effet, Notre-Dame de Sion n'est pas un isolat: quoique semicloîtrées à cette époque et soumises à une règle qui limite leur liberté d'action et d'expression à l'extérieur du couvent, les religieuses ont cependant de nombreuses relations ecclésiastiques. fi y a donc des influences réciproques: certaines maisons bénéficient de la réflexion de cercles amis, autour des pères de Sion à Paris par exemple ou dans le clergé lyonnais, et inversement les religieuses ont pu parfois contribuer à la susciter ou à la stimuler.

Sources

de ce travail

Ce sont d'abord les documents d'archives accessibles. J'ai pu consulter en toute liberté (j' y insiste, sachant par expérience que ce n'est pas toujours le cas pour ce genre de travail. ..) les archives de la congrégation, tant à Rome que dans les maisons où elles ont été conservées {Paris et Lyon notamment)l. Cependant, par suite du classement approximatif et œ l'absence d'inventaires, je ne puis assurer en avoir fait l'exploitation exhaustive. Ces archives conservent les messages des supérieures à l'occasion <b chapitres de la congrégation ou de tel ou tel événement marquant. Elles comportent parfois le Journal qui devait être tenu dans chaque maison: sorte d'agenda où sont relatés les faits marquants de la vie quotidienne, avec parfois des notations sur les grands événements de l'actualité. Ce sont des documents d'un intérêt très inégal. Cela peut s'expliquer, pour la période de la guerre, par la prudence: ne rien écrire qui, en cas de perquisition, risquerait d'attirer les foudres de l'occupant. Mais certaines de mes interlocutrices, anciennes dans la congrégation, se souviennent que la rédaction du journal de maison n'était pas toujours confiée à la religieuse la plus qualifiée pour cette tâche.

1. Archives

Notre-Dame

de Sian:

ANDS.

3

AVANT-PROPOS Les LeUres sioniennes étaient un petit bulletin trimestriel rédigé par chaque maison. Elles donnaient ainsi une infonnation plus concrète et plus nounie de la vie de chacune d'entre elles. Hélas, elles disparaissent entre 1939 et 1945 et seront parfois remplacées en 1945 ou 1946 par un Journal des années de gue"e, récit rédigé après coup. Ceci dans le meilleur des cas, car j'ai dû souvent déplorer d'importantes lacunes. Ces lacunes sont parfois dues à la fenneture de maisons, moment dramatique où le souci de conserver les archives n'est pas la préoccupation majeure. En matière de correspondance, la moisson est à peu près nulle. Faut-il là encore incriminer le contexte de la guerre, la surveillance du coumer ? Quant aux témoignages oraux, leur collecte, plus d'un demi-siècle après les événements, est évidemment décevante. Beaucoup des protagonistes ont aujourd'hui disparu. Je dois d'abord reconnaItre ma dette visà-vis d'un important travail qui a devancé le mien: celui d'une religieuse de la congrégation, sœur Anna-Maria qui, de 1990 à 1993, a enregistré puis retranscrit les souvenirs des actrices, religieuses ou laïques, encore vivantes à l' époque1. J'ai moi-même poursuivi ce travail avec certains témoins en prolongeant ces entretiens. J'ai recherché aussi des personnes qui ont été concernées par l'action de Sion, que ce soit comme bénéficiaires (personnes juives sauvées, hébergées) ou comme «alliées» dans le travail de sauvetage2. Les archives du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC)*, l'aide de l'OSE* et le journal de l'association «Les enfants cachés »* m'ont pennis d'en retrouver un certain nombre et de recueillir leur témoignage. La principale difficulté, face à ces témoignages souvent poignants, est de situer précisément dans le temps les faits qu'ils évoquent. N.B. Les témoignages (noms des auteurs en caractères italiques dans le texte) sont reproduits en retrait et en petits caractères italiques.

1. Textes cités ici avec la référence S.A.M. 2. J'appelle «allié( e)s» les amis et amies extérieurs à la congrégation qui ont été amenés à travailler avec les religieuses au secours et sauvetage des Juifs menacés. 4

Remerciements

Mes remerciements vont d'abord au conseil général de la congrégation: sœur Patricia Watson, sœur Katherine Wolff et sœur Teresa Brittain, pour la confiance qu'elles ont faite en 1996 à une personne extérieure à la congrégation, laïque de surcroît. A toutes les religieuses qui m'ont aidée dans ce travail : Sœur Anna-Maria dont la précieuse enquête a été mise à ma disposition Sœur Bernadette pour les archives de Rome Sœur Anne-Denise et sœur Marie-Dominique pour les archives de Paris Sœur Marie-Pierre pour celles de Bruxelles Sœur Magda pour celles de Lyon. Sœur Marie-Dominique et sœur Magda ont répondu avec une patience inlassable à mes questions et sœur Marie-Dominique a suscité ~ nombreux témoignages. Sœur Brigitte a réalisé les graphiques. A Mesdames Claudine Salamon, de l'OSE, et Betty Saville, de l'association «Les enfants cachés », qui ont facilité mon enquête auprès ~ ceux-ci. A toutes les personnes interrogées sur l'action de sauvetage (citées nommément, ou seulement par leur prénom et l'initiale de leur nom pour celles qui ont souhaité garder l'anonymat). A mon mari enfin, Bernard Comte, historien de cette période, dont l'aide m'a été précieuse pour le fond et pour la forme de ce travail. Lyon, 1996-2000

5

Première Partie

Les catholiques français, Notre-Dame de Sion et les Juifs

Chapitre I L'antijudaïsme ordinaire dans la mentalité catholique

«L'enseignement

du mépris»

On désigne couramment aujourd'hui sous le nom d'antijudaïsme un ensemble de convictions et de préjugés rép'andus dans le monde chrétien et particulièrement catholique pendant des siècles; ils ont entretenu l' ignorance et le mépris envers la religion et les traditions juives, et légitimé par des considérations religieuses l'hostilité envers les Juifs, la ségrégation et parfois les persécutions violentes que leur infligeaient des chrétiens. L'analyse critique et la réfutation de ces idées, esquissées depuis le début de notre siècle, ont été menées après la Deuxième Guerre mondiale, à la suite de l'appel de Jules Isaac et de la Conférence de Seelisberg (1947) puis à l'occasion et dans le prolongement du concile Vatican II, par œ nombreux historiens et théologiens, par l'épiscopat français et par le Saint-Siègel. Citons, parmi les premiers à l'avoir fait en langue française, Paul Démann et Fadiey Lovsky, et parmi les plus récents Jean Dujardin et Dominique Cerbelaud2. Avant le XXe siècle, paradoxalement, la pensée commune des catholiques concernant les Juifs n'émane pas du magistère: papes et conciles

1. Jules Isaac, Jésus et Israël, Albin Michel" 1948 et L'enseignement du mépris, Fasquelle, 1962. Voir Pierre Pierrard, Juifs et catlwliques français d'Edouard Drumont à Jacob Kaplan (1886-1994), Cerf, 1997, chapitres 7 et 8. 2. Paul Démann, Les Juifs do.ns la catéchèse chrétienne, éd. des Cahiers sioniens, 1952 et lA Catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible, Cahiers sioniens, 3-4 1952; Fadiey Lovsky, Antisémitisme et mystère d'Israël, Albin Michel, 1955; Dominique Cerbelaud, Ecouter Israël. Une théologie chrétienne en dialogue, Cerf, 1995.

LES CATHOLIQUES FRANçAIS, SION ET LES JUIFS œcuméniques se sont très peu exprimés sur' ce sujet1. La pensée théologique ne s'interrogeait guère sur le sens de la persistance de l'existence juive après la séparation de la fin du premier siècle. Ce sont les Pères de l'Eglise qui on~ commencé à faire une lecture théologique de certains événements: ainsi la prise de Jérusalem et la destruction du Temple en 70 sont interprétées comme des sanctions de la non-reconnaissance de Jésus Messie. La diaspora du peuple juif, très mal située historiquement (elle a commencé longtemps auparavant, comme l'a montré Jules Isaac2), est également interprétée comme un châtiment et le signe du rejet du peuple jadis élu. Ce peuple n'est pas seulement accusé d'aveuglement, il est souvent jugé responsable de la mort du Christ: l'accusation de déicide sera répétée au long des siècles. Ayant rejeté le premier peuple élu, le Seigneur s'en est choisi un second parmi les Gentils: c'est l'Eglise, verus Israël. La théologie de la substitution achève de donner une vision entièrement négative du peuple juif et de sa religion actuelle. Cette vulgate diffusée dans les traités et sermons nourrit l'antijudaïsme du peuple chrétien. Par ailleurs le triomphe politique du christianisme, devenu à la fin dl IVe siècle religion officielle, crée la tentation de traduire en actes cette réprobation morale. Dans la chrétienté les Juifs sont les seuls "mécréants" tolérés. Avec ou sans persécution directe, ils subissent une ségrégation: on les met à l'écart pour protéger le peuple chrétien:
«La Rome des Papes fut aussi la Rome des ghettos, ne l'oublions pas, ghettos sans racisme sans doute, protection souvent, mais aussi très grave discrimination et humiliation à l'égard des personnes3. »

La liturgie véhicule des expressions d'antijudaïsme. La fameuse oraison pro perfidis Judaeis du Vendredi saint est la plus célèbre. Certes, s'~ puyant sur la traduction de perfidia judaïca comme refus obstiné de la foi chrétienne, des théologiens en font un commentaire adouci mais, pour le fidèle moyen, l'adjectif reste entendu en son sens ordinaire de "déloyal".

1. Jean Dujardin, «Portée théologique de l'engagement des théologiens 1942 », Cahiers de l'Institut catholique de Lyon, 25, 1994, p. 45-58. 2. Jules Isaac, L'enseignement du mépris, op. cit. 3. Jean Dujardin, op. cil., p. 51.

lyonnais

1941-

10

ANTDUDAÏSME CATHOLIQUE La connotation négative se rettouve, bien que la formule ait été atténuée en 1925 par la Congrégation des rites, dans l'acte de consécration au Sacré-Cœur :
« Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré; que sur eux aussi descende, mais aujourd'hui en baptême de vie et de rédemption, le sang qu'autrefois ils appelaient sur leur tête. »

On est en consonance avec la spiritualité sionienne qui sera évoquée plus loin. Dans le rituel de baptême pour les israélites, on trouve l'objurgation: « Ayez en horreur la perfidie hébraïque, rejetez la persécution hébraïque. » TIleur est demandé un acte de renonciatio~ solennelle à "l'aveuglement des Juifs" en reconnaissant Jésus-Christ pour le Messie. Pratiquement, les catholiques ignorent le monde juif ou ne le connaissent qu'à travers des préjugés, ou des légendesgénéralementhostiles. La dimension religieuse de la vie juive est particulièrement ignorée ou dépréciée, la fidélité juive n'est vue que comme absence de reconnaissance <il Christ et obstination dans l'aveuglement. On retrouve certains de ces traits, sous une forme intellectuellement plus élaborée mais tout aussi fermée au dialogue, dans un savant article <il Dictionnaire de théologie catholique. Louis Dennefeld, professeur d'Ecriture Sainte à la faculté de théologie catholique de Strasbourg, conclut ainsi en 1925 les quatre-vingt-six colonnes de son article "judaïsme" :
« Le judaïsme ne saurait plus désormais que se renfermer sur lui-même, farouche et solitaire, aussi incapable d'avenir que fier de son passé, parce qu'il avait méconnu Celui qui était "la voie, la vérité et la vie". Tandis que l'Eglise méritait d'être appelée "l'Israël selon l'Esprit" et devenait la lumière dl monde, les siècles allaient passer sur la synagogue sans autre résultat que de serrer de plus en plus fort sur ses yeux le bandeau qui lui dérobe la vue de sa vocation I. »

1. DictioMlUlire

de tMologie

catholique,

t. VIII, col. 1668 (1925).

Il

LES CATHOLIQUES FRANÇAIS, SION ET LES JUIFS Antijudaisme et antisémitisme

Certes l'antijudaïsme a des racines et une portée différentes de toutes les formes d'antisémitisme modernel. Cependant en période de crise il n'est pas toujours facile de les distinguer. Ainsi pendant l'affaire Dreyfus, on a vu un Drumont et même des organes catholiques officieux comme La Croix user à la fois des arguments classiques de l'antijudaïsme chrétien et de ceux de l' antisémitisme2. n serait abusif de voir dans cette tradition chrétienne "d'antijudaïsme ordinaire" une source directe de l'antisémitisme raciste et exterminateur des Nazis. Mais on doit constater qu'elle a favorisé "l'antisémitisme d'Etat", xénophobe et nationaliste dans la ligne de Maurras, que Vichy a mis en œuvre, et contribué aux comportements d'indifférence ou de complicité devant l'injustice et la souffrance des persécutés. En justifiant l'ignorance et les préjugés, elle a favorisé un état de moindre résistance à la pression nazie, comme l'ont affmné les évêques français dans leur "déclaration œ repentance" du 30 septembre 1997 :
«Force est d'admettre en premier lieu le rôle, sinon direct dI moins indirect, joué par des lieux communs antijuifs coupablement entretenus dans le peuple chrétien, dans le processus historique qui a conduit à la Shoah. [...] Sur ce terreau [de l' antijudaïsme ] a fleuri la plante vénéneuse de la haine des Juifs. [...] Les consciences se trouvaient souvent endormies et leur capacité de résistance amoindri~ quand a surgi avec toute sa violence criminelle l'antisémitisme national-socialiste, forme diabolique et paroxysmale de la haine des Juifs [...]3. »

1. François Bédarida, « L'Eglise catholique et les Juifs à la veille de la seconde mondiale », Sens, novembre1997, p. 431-440. 2. VQirplus loin le chapitre« Antisémitisme et philosémitisme». 3. Cité d'après le texte publié par Sens, novembre 1997, p. 421 et 422.

guerre

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Chapitre II
Notre-Dame de Sion: vocation et développement

Vocation de la congrégation
Le XIXe siècle a été, en France, une période de "hautes eaux" pour les congrégations féminines. La fondation de Notre-Darne de Sion s'inscrit dans ce dynamisme du catholicisme au féminin analysé par Claude Langloisl.
Les fondateurs

Les frères Ratisbonne appartiennent à une famille juive alsacienne en voie de déjudaïsation. Ils sont par leur mère petit-fils du grand Cerf-Berr, un des artisans de l'émancipation des Juifs sous la Révolution. Théodore, l'aîné, se convertit après plusieurs années de recherche; baptisé en 1827, il devient prêtre et c'est après diverses expériences qu'il en vient en 1843 à l'initiative fondatrice. Alphonse, le cadet, jusque-là violemment antichrétien, se convertit brusquement le 20 janvier 1842 à la suite d'une apparition de la Vierge en l'église S. Andrea delle Fratte à Rome; cet événement fondateur sera relu et célébré par les sœurs et les pères de Sion comme le miracle du 20 janvier. La fondation est le fruit de deux tempéraments très différents. Le père Théodore en a l'initiative et le suivi. François Delpech, à qui ces lignes doivent beaucoup, souligne que nourri de diverses traditions, il n'est pas avant tout un théologien mais un spirituel, « un autodidacte qui prend son

1.Claude Langlois, Le catholicisme au féminin. Les congrégations françaises à
Supérieure générale au xIxe siècle, Le Cerf, 1984.

LES CATHOLIQUES FRANçAIS, SION ET LES JUIFS bien partout où il le trouvet» et un grand éducateur. Vis-à-vis des Juifs dont il connaît maI la tradition, ses mmtres en la matière, Bossuet et Bautain, l'ont conforté dans la sévérité du jugement qu'il portait sur le judaïsme postérieur au Christ. Cet antijudaïsme ne rejoint certes jamais l'antisémitisme économique et social. Mais la compassion même qu'il éprouve pour son peuple lui fait désirerde partageravec lui sa découverte, comme il le dit lui-même:
«C'était un besoin pour mon cœur de répandre sur les enfants d'Israël la surabondance de paix, de lumière et de bonheur que j'avais trouvée au contact de la révélation chrétienne. »

Son objectif est donc bien la conversion des Juifs. Le père Marie-Alphonse, plus émotif et passionné que son frère, est l'homme des «inspirations fulgurantes, des brusques décisions», marqué à jamais par l'événement du 20 janvier.. Sa spiritualité ardente aura un grand rayonnement dans la congrégation mais elle est «moins équilibrée, moins sainement biblique que celle de son ftère2». C'est lui qui parle souvent de déicide et qui va introduire le Pater dimitte illis et les grandes prières réparatrices. Ces prières orientent la spiritualité des religieuses vers la réparation: en priant et souffrant pour les Juifs, on espère compenser le mal causé par leur aveuglement, faire lever la malédiction qui pèse sur eux et aider leur retour au bercail. Le père Théodore crée en 1843 sous le nom de Notre-Dame de Sion un "néophytat",centrede catéchèsepour la formation religieuse des Juifs qui se convertissent. L'initiative fait école et les filles spirituelles qui assistent le fondateur le poussent à créer une nouvelle congrégation. Celle-ci se met en place de 1843 à 1848 avec l'appui de l'aœhevêque de Paris. La règle reçoit de Rome, en 1863, une première approbation qui devient définitive en 1874. Entre temps a eu lieu, en 1852, la fondation d'une congrégation masculine, les pères de N.-D. de Sion. La vocation principale de la congrégation féminine est la prière pour la conversion des Juifs; dans l'esprit du temps, il est impensable qu'une congrégation religieuse se situe en dehors de cette perspective de conver1. François Delpech, 2. Ibid., p. 349. Sur les Juifs, op. cit., p. 319.

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LA CONGREGATION DE NOTRE-DAME DE SION sion des non-catholiques. Mais un autre objectif, social et charitable, est étroitement associé au premier: venir en aide aux familles juives pauvres, particulièrement celles qui sont étrangères. En même temps qu'il évoque «le zèle missionnaire)) du fondateur, François Delpech souligne aussi son grand respect des personnes:
«II n'accepte d'instruire et de baptiser les adultes que lorsqu'ils se présentent librement. Quant aux enfants, ils ne sont admis au catéchuménat qu'avec l'accord des parents1. »

Cette évidence d'aujourd'hui n'en était pas une alors, comme le montre en 1858 l'affaire Mortara*. Et les congrégations qui œuvrent à l'époque à la conversion des Juifs pratiquent un prosélytisme effréné. La congrégation des religieuses a connu une véritable expansion mondiale à la fin du siècle. Elle s'est alors davantage orientée vers l'éducation des jeunes filles de milieux aisés et cultivés dans de grands pensionnats, souvent complétés par de petites écoles pour les pauvres. Malgré ce développement international, la direction reste française. La maison mère est à Paris, installée depuis 1853 au 61 rue Notre-Dame des Champs. C'est seulement en 1964, au moment du Concile, qu'elle sera transférée à Rome. Prier pour les Juifs Parmi les prières qui traduisent l'inspiration réparatrice venue des fondateurs, il y a d'abord la prière du Christ en croix, que les statuts prescrivent de chanter trois fois au cours de la messe quotidienne, après l'élévation:
Pater, dimitte illis, non enim sciunt quid faciunt. (père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font).

Les invocations suivantes sont récitées également chaque jour:

1. Ibid.~ p. 347.

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LES CATHOLIQUES FRANÇAIS, SION ET LES JUIFS
« Jésus de Nazareth, roi des Juifs, ayez pitié des enfants [d'Israël. Jésus, promis à Abraham, Jésus, figuré par Isaac et par Jacob, Jésus, prédit par les Prophètes, Jésus, divin Messie attendu par les Juifs, Jésus, le désiré des nations, Jésus, de la tribu de Juda, Jésus, de la race de David, Jésus, né de la Vierge Marie, Jésus, réputé fils de saint Joseph, Ayez pitié d'eux. Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, Par Par Par Par Par Par Par Par Par Par Par signe de mort et de résurrection, Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech, véritable manne du désert, envoyé aux brebis de la maison d'Israël, qui avez accompli la loi de Moïse, qui avez remis les péchés à Madeleine, qui avez guéri les sourds, les muets et les aveugles, qui avez purifié les lépreux et ressuscité les morts, qui avez pleuré sur le tombeau de Lazare, qui avez répandu des larmes sur Jérusalem, qui avez dit aux filles de Sion: Pleurez sur vos en/ants, qui avez/ait grâce au larron repentant, Ayez pitié d'eux.

le sang de votre circoncision, délivrez-les, Jésus, le sang de votre agonie, le sang de votre flagellation, le sang de votre couronnement d'épines, le sang de vos mains et de vos pieds, le sang de votre cœur transpercé, la voix de votre sang qui a crié miséricorde mieux que celui [d'Abel, votre saint baptême, votre mort, votre résurrection, votre ascension,

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LA CONGREGATION DE NOTRE-DAME DE SION
Par votre Saint-Esprit consolateur, Délivrez-les, Jésus1. »

L'amende honorable, autre prière pour Israël spécifique de Sion, était récitée lors de la journée mensuelle d'adoration, reprise toutes les deux heures en alternance avec la prière précédente :
«Seigneur Jésus, Fils éternel de Dieu et Fils de David, lumière des nations et gloire du peuple d'Israël, nous venons humblement nous prosterner à vos pieds et vous demander pardon des outrages que vous avez subis à Jérusalem. Les enfants d'Israël ne vous ont pas connu. Ils ont renié le Saint et le Juste; ils ont immolé l'auteur de la vie; ils ont blasphémé votre nom, sans lequel il n'y a pas de salut. Et cependant vous les avez aimés, ô Jésus! et vous les aimez encore à cause de leurs pères. Vous n'avez pas cessé de les rappeler sous les ailes de votre divine tendresse, et vous avez pleuré sur Jérusalem. Mais ils n'ont pas compris vos larmes, ils n'ont pas compris votre amour, ils n'ont pas compris la lumière de votre parole; et, toujours aveuglés par l'orgueil autant que par l'ignorance, ils se sont éloignés de vous qui êtes la source de la vie, et ils végètent comme des brebis errantes, depuis près de deux mille ans, dans les ombres de la mort, sans patrie, sans prêtres, ni prophètes, ni autel, ni sacrifices. Jusques à quand, ô Seigneur, durera ce juste châtiment? Levez-vous, ô Dieu de bonté, souvenez-vous de vos anciennes miséricordes, sauvez les restes d'Israël, afin que, contrits et humiliés, ils adorent Celui qu'ils ont percé de plaies. Sauvez-les, ô Sauveur du monde! Hâtez les temps; accomplissez vos promesses; ôtez de leurs yeux le voile qui leur cache la lumière, et ramenez-les dans la voie de la vérité. Souvenez-vous de votre première alliance, puisque leurs prémices étaient saintes. Ils sont les enfants des patriarches; et de leur race sont issus et les prophètes d'Israël et les Apôtres
1. Prières à l'usage des religieuses de N.D. de Sion, annexe au livret qui était remis à chaque sœur, Le Petit Office de la sainte Vierge Marie, Zech et FIls éditeurs pontificaux, Braine-le-Comte, 1923, p. 12-37. Ces prières ont été reproduites en annexe du livre de Marguerite Aron, Prêtres et religieuses de Notre-Dame de Sion, Ed. Bernard Grasset, coll. Les grands Ordres monastiques et Instituts religieux, 1936, p. 269-272.

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