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SCEAU MÉDIÉVAL

De
337 pages
L'ouvrage porte sur l'usage du sceau en Occident, quand le signe devient le premier mode de preuve dans les régions de droit coutumier, au XIIè siècle, jusqu'à son déclin, au XVe. L'étude de l'usage suppose donc de s'intéresser aux techniques (matérielles et intellectuelles), aux modes de pensée et aux valeurs qui s'y expriment. Ce que l'auteur invite à regarder dans le sceau, c'est le fait de civilisation et les savoirs véhiculés.
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SCEAU

MEDIEVAL

(Photû. ÎvlarlÎlle Fabre et i~rcll. dép. des Côtes-d'i\11!iOr.) Sceau ovale ( ?)~ cnv. 22 x 20 mm; c:nlpreulte originale: dép. des (~Ôtcs-d' ,t\rmor~ 1 Eli 81 (1380). ~AJ'cIL

Sceau de I~. Isser, habitant de (yuingamp; représentant en p1ein champ -l'Jeptune en fOl slrène~ tourné à drOlte~ le trident ~main droite, et embraSsfuît du bras gauche un arbre;- ce dernier accosté d ;tune étoile. Légende: [...] / ISSEi{I

Collection Patrimoines

& Sociétés

Martine FABRE

SCEAU

MEDIEVAL

Analyse

d'une

pratique

culturelle

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-0496-4

C'est dans l'histoire que l'esprit conquiert, naturellement et nécessairement, la conscience de son éternelle actualité.
Léon BRUNSCHVICQ.

TABLE

DES MATIERES

INTRODUCTION

13

I. -

DEFINITION ET HISTOIRE DU SCEAU

19 19 22 22 29

A. - DEFINITION B. - DONNEES HISTORIQUES I - ORIGINE ET DIFFUSION II - MOYEN AGE OCCIDENTAL
II.

- L'OB.IET

45
45 45 46 52 58 62 62 68 71

A. - LA MATRICE DE SCEAU I - MATERIALITE 1. Matériaux et types 2. Gravure 3. Prix B. - L'EMPREINTE I -MATERIAUX II-ATTACHES DES SCEAUX III - SCELLAGE ET PROTECfION DU SCEAU

1. Scellage 2. Protection de l'empreinte de cire

71 76

m. - FORMALISME
A. - TYPOLOGIE DIPLOMATIQUE I - SCELLEMENT 1. Sceau plaqué 2. Sceau pendant 3. Repli et bourrelet 4. Ordonnancement des sceaux sur le support 5. Couleur des attaches 6. Couleur des sceaux II - SCEAU 1. Sceau et bulle 2. Module et forme sigillaires 3. Contre-sceau 4. Sceau biface 5. Espèces diplomatiques B. - TYPOLOGIE SIGILLAIRE I - TYPES DE SCEAUX 1. Espèces sigillaires C. - LEGENDE ITTI.

83
83 87 89 92 95 96 96 98 100 100 101 106 110 114 127 131 134 155 163 163 167 171 178 179 181 182 187
197

-

L'INSTRUMENT

I - USAGE DIPLOMATIQUE 1. Capacité sigillaire et valeur du sceau 2. Fonctions du sceau 3. Emolument du sceau 4. Contestation de la valeur du sceau 5. Révocation du sceau 6. Annulation du sceau II - USAGE NON DIPLOMATIQUE

v. -

SIGILLOGRAPHIE

10

VI.

-

CONSERVATION

ET ENSEIGNEMENT

219 219 219 221 222 223 225 225 227 227 238 243 243 245 246 258 259 263
264 272 273 277 279 288 288 292 300 307

CONSERVATION

A. - LIEUX DE CONSERVATION
I - ARCHIVES II - BIBLIOTHEQUE III - MUSEE B. - COLLECfION SIGILLAIRE I - EVALUATION DE LA COLLECfION II - METHODES DE CONSERVATION MATERIELLE 1. Problèmes de conservation matérielle 2. Role des Archives nationales, Service des sceaux III - ACCES A L'INFORMATION 1. Originaux 2. Moulages 3. Instruments de recherche 4. Bibliographie ENSEIGNEMENT

VII. - POUR UNE AUTRE SIGILLOGRAPHIE
A. - NOUVELLE APPROCHE I - TEMOIN VOLONTAIRE 1. Image artificielle (gravée) 2. Image naturelle (marque anthropologique symbolique) II - TEMOIN INVOLONTAIRE B. - STRATEGIES I - ARCHEOLOGIE DE L'OBJET MATERIEL II - INVENTAIRE 1. L'inventaire comme campagne de recherche et outil de réflexion BffiLIOGRAPHIE

Il

INTRODUCTION

Le champ de connaissance auquel conduit le sceau est vaste, couvrant les domaines les plus variés de l'histoire d'une société. En effet, le sceau, comme marque d'une personne, est un instrument de civilisation. S'y reflètent le droit et les institutions d'une époque, et aussi les sensibilités, les systèmes de connaissance, les arts et les modes de pensée. Mais encore, au gré des matériaux, les sciences de la nature, la biologie, les sciences cognitives y gagnent un vaste laboratoire ancien. Ensemble, toutes les informations que l'on peut tirer du sceau dans l'ordre conceptuel comme dans l'ordre matériel font le document d'histoire. C'est aussi bien, pourtant, aux dossiers de diverses disciplines que l'information continuera d'être versée, parcimonieusement, qu'aux dossiers d'une sigillographie renouvelée, conçue comme science autonome, avec sa méthodologie propre et une visée de portée générale. Il revient à notre époque de choisir. L'enjeu est grand. Que l'on ne trouve pas le moyen du développement de la sigillographie, le sceau demeurera curiosité d'érudit. Que l'on ne reconsidère pas les problématiques archivistique et historique de la discipline, les objets qui ne resteront pas enfouis dans des fonds dormants se détruiront inexorablement, faute de savoir les protéger. Sans que l'on en ait relevé les messages fondamentaux. En eux, reste la trace matérielle, variée et mouvante, l'expression mesurable d'une réalité passée.

Le sceau est un témoin complexe et synthétique, la mémoire d'une culture résumée en quelques idées essentielles. Une mémoire conçue comme un système de représentation des connaissances. Une mémoire actualisée dans le moment d'histoire auquel l'objet participe dans sa signification symbolique et dans la relation entretenue avec son support,

comme signe témoin d'un système complexe 1 et défini. Une
mémoire dont le témoignage fondamental est comme document probatoire, un procédé né avec les exigences administratives de sociétés nouvelles, bien avant l'élaboration de l'écriture. Or le sceau est fragile. Il l'a touj ours été, certes, et les centaines de milliers d'empreintes conservées dans le patrimoine européen ne sont que les rares épaves d'un usage né aux derniers temps de la préhistoire. En bref, le sceau appelle une réflexion radicale. Rares sont ceux qui s'engagent dans une étude qui leur donnerait le moyen d'appréhender les messages de ces documents. Messages institutionnels et formels auxquels concourent codes et impératifs stylistiques. Messages décourageants pour le profane qui doit apprendre à y reconnaître les multiples niveaux d'une réalité suggérée. Car le sceau, comme son nom l'indique (lat. signum, signaculum, sigillum, rarement imago), est, au premier chef, un signe. Il remplit une fonction déterminée comme preuve dans la société qui l'emploie. Par le biais de codes, il rend compte de l'identité de son titulaire et de sa propre finalité, à savoir son plein effet juridique. Sans négliger que dans le formalisme du signe se fondent une sensibilité et les valeurs de la tradition culturelle où celui-ci s'insère. Autrement dit, à la lecture d'un sceau, il importe moins, tout d'abord, de se demander ce que l'artiste a voulu dire que de passer immédiatement à ce que le signe évoque. Cette compréhension globale est déterminante pour éclairer l'analyse

1

Par complexité, on entend la mise en relation de savoirs différents. 14

de l'image 2, des codes qui la composent - et qui relèvent, chacun, de systèmes autonomes -, pour guider l'interprétation des thèmes assemblés et de leur organisation, pour reconnaître le statut fonctionnel et l'utilitas de l' objet. Le caractère typologique du signe l'inscrit dans un système d'écriture, une langue formelle, dont on ne saurait évaluer avec justesse les éléments sans leur prêter une propriété relationnelle entre eux, dans l'image à laquelle ils participent - et qui constitue en elle-même une totalité cohérente -, et dans l'ensemble du système dont cette image relève comme cas particulier. Sans méconnaître que si le système est stable, il s'agit néanmoins d'un processus en cours avec ses rythmes, ses innovations, ses variations locales et une circulation des modèles. Outre le fait que le répertoire des figures auquel puise cette écriture est international, appartenant à la tradition d'un art officiel de toute une civilisation. Dans le sceau, l'historien a privilégié l'iconographie, les institutions, l'individu; ce dernier si difficile à isoler dans la plupart des sources, tellement éloquent ici. Le champ à explorer, pourtant, est à peine ouvert. Le sceau, comme témoin symbolique dans une culture donnée, est une marque à signification forte et cette marque, de manière convenue, a fonction d'agir sur la réalité. Dans la société qui l'emploie, le sceau sanctionne l'information, sanctionne les échanges, comme témoin de vérité. Le sceau est un instrument de différenciation et de communication. Mais encore, plus profondément, dans son principe, il est la trace des conditions d'une époque. Conditions juridiques, conditions sociales, conditions des arts, conditions intellectuelles, qui se mettent en pratique de manière tangible dans la matière et portent témoignage d'un mode de pensée. Cela, non pas tant dans

2

Le mot image est pris, dans cette étude, au sens très général de dispositif de visualisation de l'information, il s'entend de toutes les formes d'expression portées par le sceau.

15

la conjoncture historique, dans le contingent où s'inscrit chaque empreinte que dans la logique de son écriture et dans la vision du monde dont il procède; bref, dans la tradition culturelle où il s'insère et qui a modelé l'esprit du temps. Dans sa complexité symbolique, le sceau est un des plus formidables systèmes dont nous disposons pour étudier l'impact cognitif du formalisme dans une civilisation. Comme témoin d'un système de pensée autorisé par un Pouvoir, chaque sceau est un signe indiquant une cause et appelant un engagement; comme écriture représentative, chaque sceau est une parabolde la réalité fondée par ce Pouvoir. L'ouvrage ne ressortit plus, désormais, aux méthodes du seul historien. Il impose le concours de l'archéologue, du chimiste, de l'entomologiste, du botaniste, de l'anthropologue, du cogniticien... La liste est longue des spécialités qui contribueront à la sigillographie de demain. De fait, l'avenir de la sigillographie repose sur la collaboration et l'échange des connaissances. Mais le déploiement de la discipline impose que le sceau soit mis en valeur dans le cadre d'une politique de recherche, et son enseignement repensé. Comme il est essentiel que soit enfin disponible, en français, ce guide méthodique commode et bien informé dont l'utilité fera pour longtemps Le manuel de sigillographie. La discipline, toutefois, comme dans tous les domaines, ne contribuera de manière notable à la connaissance de l'homme que dans des travaux de synthèse. Ainsi, en histoire seulement, les champs d'investigation les plus significatifs resteront pour longtemps les systèmes abstraits, avec l'étude de l'expression formelle des messages, des niveaux d'information, de leur portée sociale, et, en amont, le travail de conceptualisation et de structuration des clercs qui maniant des formes, au fil des siècles, ont façonné, renforcé, confirmé notre culture, nous ont façonnés. Maintenant, s'il revient à notre époque de renouveler l'approche de la source, il est clair également que de l'inventaire à la synthèse, une redéfinition de la sigillographie ne prendra 16

corps qu'en proportion de l'intensité du mouvement d'intérêt montré par les historiens. Pour clore ces préliminaires, l'étude présente se polarise sur le sceau de l'Occident médiéval. Il n'y a cependant pas de solution de continuité entre un cachet néolithique et le grand sceau d'un Etat moderne. Dans un cas comme dans l'autre, le sceau est le marqueur d'une appropriation symbolique du monde. Il est, stricto sensu, une forme de représentation des expériences d'une société. Dans les cadres convenus du moment, il transmet à distance, dans l'espace et dans la durée, un savoir codifié et le crédite. Mais, comment prétendre connaître un instrument de communication et de pouvoir, à deux âges de l'humanité, en s'en tenant, comme on l'a fait jusqu'à présent, à son application technique (objet, art mobilier, modalité technique du droit) et en laissant de côté le raisonnement qui y préside et la puissance d'évocation du signe qu'il est fondamentalement. D'ailleurs, même dans les domaines qui leur sont familiers, médiévistes, égyptologues, orientalistes ne se sont pas préparés aux études de sigillographie comparée, s'arrêtant dans leurs comparaisons aux généralités classiques sur l'emploi du sceau. La cause en est, du moins parmi les médiévistes, que l'intérêt porté au sceau est essentiellement fonctionnel, même son image n'a retenu l'attention que pour ses propriétés d'identification ou comme témoin de l'art. Or quelque information que l'on recherche dans le sceau, celle-ci se rapporte à un système complexe. Sur tous les plans, comme objet et comme image, le sceau est un signe et un signe élaboré qui gagne son efficacité dans l'intégration d'une pluralité de codes et de la mémoire attachée à chacun d'eux. En conséquence, les niveaux d'information que l'on y lit dépendent du mode de pensée de ses concepteurs. En s'attelant à l'étude formelle du signe, au ~ siècle, la diplomatique occidentale ouvrait une voie de recherche qui est devenue dans les mains des sigillographes, à l'apparence, une impasse puisque la discipline y tourne en rond depuis plus de cent ans par manque d'inventivité, fière et satisfaite - avec raison 17

- des efforts de ses initiateurs, mais pas assez créatrice pour leur faire honneur. En France, seulement, citons quatre noms, Dom Mabillon, Dom Toustain et Dom Tassin, au xvnt siècle, et Natalis de Wailly, au ~, diplomatistes, tous, et, certes, hommes de terrain, quatre savants qui ont su discerner dans les formes matérialisées, au-delà du bel objet et du cas particulier, l'intelligence qui trie, analyse et structure les données. Quatre savants qui ont su se confronter, d'emblée, à l'essentiel, à savoir le formalisme du signe, l'outil conceptuel qui mène au sens. Ce sont eux qui, les premiers, ont dégagé du sceau les principes classificatoires - analogiques, de complémentarité, d'opposition -, ces principes mêmes grâce auxquels une société annexe le monde réel dans une représentation symbolique qui justifie et cautionne son fonctionnement. Or si le formalisme du signe servait dans les mains de ces savants la diplomatique et le droit, maniant des figures, ce formalisme est aussi à étudier par l'historien comme un langage logique qui assure le fondement conventionnel des vérités soutenues par le Pouvoir qui s'en sert. Et, là, approfondissant avec les moyens actuels l'ouvrage de nos devanciers sur le formalisme et son impact psychiqut; la sigillographie a toutes les chances d'un nouveau rayonnement. En vérité, si la sigillographie de l'Occident médiéval veut lancer des passerelles vers d'autres cultures, elle doit être repensée dans sa problématique et dans ses méthodes. Si les égyptologues et les orientalistes, de leur côté, ont pris de l'avance, ils ont à apprendre aux médiévistes.

18

I

DEFINITION

ET HISTOIRE

DU SCEAU

A. -

DEFINITION

Le sceau se définit comme un signe personnel qui confère une valeur et une efficacité déterminées à l'objet auquel il est apposé, compte tenu des conventions ou du droit en vigueur. Comme instrument, ses fonctions sont de trois ordres, souvent confondues. Il est utilisé comme marque de propriété, avec une extension comme marque de protection pour l'objet ou le produit qui le porte. Il se rencontre, ensuite, comme moyen de clôture; une fermeture cachetée assure l'inviolabilité d'un objet et l'intégrité de son contenu. Enfin, dans son emploi le plus élaboré, témoignant d'une organisation administrative et juridique complexe, il est un signe de validation; il sert à authentifier un objet et le rend apte à produire les effets attendus; dans l'usage diplomatique, il témoigne de la crédibilité de l'écrit et lui donne force exécutoire. Cela implique que l'étude du sceau doit viser et la connaissance de l'institution et celle du document, un document probatoire.

Matériellement, ce qui caractérise le s;eau, c'est qu'il n'est jamais apposé directement en positif comme l'est la signature autographe. Le signe positif est la marque tirée de l'impression de l'objet investi comme matrice et qui porte l'empreinte au profil à obtenir - inscrite en négatif3. L'avantage de cette technique, c'est l'invariabilité de la marque. Le sigillant peut tirer du signe retenu pour matérialiser sa volonté autant d'exemplaires identiques qu'il le souhaite, sa vie durant ou selon des circonstances de fait, de lieu ou de temps. Sur le plan symbolique, si le sceau est une émanation de la personnalité juridique de son titulaire, il en est également une représentation concrète. Dans les formes matérialisées (objet, texte figuré et/ou écrit), formes spécialement choisies ou remployées, convenues de toutes manières, est rendue sensible une idée qui est substituée à la personne pour la désigner. Même un sceau aniconique

3

La définition donnée couramment du sceau retient l'impression sur une

matière plastique d'un dessin gravé en négatif (voire orienté) sur une matrice. Cette empreinte s'obtient par pression de la matrice, entraînant la déformation plastique du support dans le cas du sceau occidental classique, du cachet et du timbre sec, par pression et roulage dans le cas du sceau-cylindre, par estampage d'une matière pigmentée dans le cas du timbre humide, enfin par brûlure au fer[matrice] chauffé. fi est certain que ce qui permet d'identifier a priori une matrice de sceau, c'est son image négative, mais le Moyen Age occidental contraint d'élargir cette défmition pour sérier réellement le fait de civilisation. En effet, le sceau occidental nous est mieux connu par ses empreintes, les mentions diplomatiques des actes, les mentions des cartulaires que par les matrices elles-mêmes, or, fondamentalement, ce n'est pas le dessin qui fait le sceau mais le faisceau de conventions ou de règles qui se rattachent à son emploi. Ainsi, dans l'usage occidental, même si le cas est exceptionnel, une simple trace de dents sur une cire satisfait au scellement. A l'inverse, l'enseigne de pèlerinage ou de confrérie emprunte volontiers au sceau son image typologique (module, figure et légende) sans la fonction. Enfm, dans l'usage diplomatique, le mode d'apposition ne fait pas non plus le sceau de manière exclusive puisque, à la fin du Moyen Age, le seing manuel des notaires s'obtient lui aussi par l'estampage d'une forme encrée - concurrente du pochoir. Or, seing manuel et sceau répondent à des systèmes de validation différents. La définition du sceau ne peut, en conséquence, être restreinte à l'objet matériel et au principe de l'estampage quand c'est l'institution qui est à identifier.

20

anépigraphe -a pleine efficacité juridique et diplomatique. Ce qui fait essentiellement le sceau, c'est la fonction formelle dévolue à l'objet, fonction finalisée dans le signe institutionnel, dans l'instrument représentatif du pouvoir de la personne. L'image gravée portée par le sceau participe à sa définition, mais complémentairement. Ce n'est pas l'image qui fait à elle seule le signe. Cela ne la dévalue en rien, pourtant. Il est juste d'en faire le plus grand cas dans l'étude de l'usage sigillaire. Quel que soit son support, une image induit un effet cognitif à raison de ce qu'elle représente, et le sceau est un objet inscrit. Le dessin apparie son histoire à celle du sceau dès l'émergence de l'usage, si bien que l'image sigillaire développe des caractéristiques particulières comme système de signes graphiques autonome, parmi toutes les production d'images, en même temps qu'elle s'assujettit plastiquement à son support. Autrement dit, si l'image gravée ne fait pas le sceau, elle est omniprésente sur l'instrument et le parfait en délivrant une information adaptée, dans toutes les cultures qui se reconnaissent dans l'usage. L'image sigillaire, en effet, n'a pas seulement une valeur esthétique, elle est aussi pédagogique. Elle est destinée à être lue et pour cela, elle se donne, comme tout langage formel, une configuration syncrétique convenue, et mobilise des figures symboliques et des liens logiques déjà compris des membres de la communauté, générant associations d'idées et liens de causalité qui provoquent l'évocation. Si bien que dans le sceau, au pouvoir investi dans l'instrument s'ajoutent les pouvoirs de l'image.

21

B. I -

DONNEES

HISTORIQUES

ORIGINE ET DIFFUSION.

L'histoire du sceau 4 commence peut-être en Anatolie
centrale, au VIle millénaire avant J.-C., d'après les témoignages trouvés dans les premières bourgades agricoles du Néolithique (Çatal-Hüyük) 5. Les premières marques attestées qui pourraient être des sceaux se rencontrent au Proche-Orient vers 6000 avant J.-C. Ce sont des cachets gravés en creux à l'aide d'une pointe de roseau ou parfois d'une petite gouge, qui permettent de reproduire à volonté le même motif. On ignore, toutefois, leur finalité et la nature des supports qu'ils impriment. Peut-être la figure est-elle déjà un signe convenu, peut-être n'est-elle encore qu'un dessin à estamper. Les archéologues supposent, néanmoins, qu'il s'agit de marques de clôture - magasins, récipients divers. Plus tard, au commencement de la seconde moitié du IVe millénaire, alors que l'essor des grandes agglomérations de Sumer (Uruk [Irak]) et d'Elam (Suse [Iran]) oblige à une administration plus élaborée de la vie économique et sociale, la comptabilité se développe et innove, et le sceau s'impose nettement à ses côtés comme document probatoire. Dès ce moment, le sceau crédite la réalité à laquelle il est associé et il assiste là, vers 3500 avant J.-C., à l'émergence de l'écriture, sous
4

Selon les champs de recherche, le terme sceau peut renvoyer exclusivement à la matrice, tandis que la trace estampée est nommée alors empreinte de sceau, c'est l'habitude suivie pour les sceaux de l'Antiquité. Au contraire, dans l'étude des sceaux occidentaux, le terme sceau est réservé à l'empreinte et celui de matrice de sceau, sceau matrice ou plus simplement matrice à l'instrument à estamper. La notion de sceau recouvre, néanmoins, le fait de civilisation dans son ensemble et c'est à ce point de vue que l'on se place ici; la distinction des termes porte seulement sur la matérialité des objets. 5 C'est à partir de.-9500, que les villages se multiplient et s'agrandissent et que les premières pratiques agricoles sont attestées (Anatolie). L'apparition de la céramique est datée de -6200 environ. 22

sa première forme connue d'aide-mémoire comptable. Bien plus tard, c'est encore aux côtés de celle-ci, qu'il s'acheminera vers son premier âge d'or. Dès cette haute époque, le sceau est l'instrument d'un système de protection des biens et un moyen de contrôle, et donc un indice de l'organisation de la vie sociale. En outre, avec les premiers sceaux, si l'on n'en est plus aux premières traces tangibles d'un consensus, c'est, néanmoins, semble-t-il, la première vérification matérielle que l'on puisse faire de la manifestation d'intérêts, et du besoin de garantir les rapports sociaux dans un espace et un temps maîtrisés. Plus tard, à l'âge d'or du sceau, les fouilles montrent que les documents littéraires ne sont jamais scellés, seulement des textes de valeur juridique. Au surplus, les spécialistes reconnaissent dans la production de l'administration palatiale une typologie du sceau de nature, à la fois, diplomatique et juridique relative au texte validé 6. Sensiblement dans le même temps qu'en Mésopotamie, mais, cette fois, sans que l'on en connaisse la genèse, l'Egypte voit émerger son système hiéroglyphique. Comme à Sumer, les premiers textes sont des comptes, des énumérations, des documents administratifs. Comme à Sumer, les premiers sceaux sont des étiquettes d'origine. Toutefois, le sceau égyptien ne semble pas avoir précédé l'invention de l'écriture et paraît être un emprunt. L'usage a déjà une longue histoire au Proche-Orient
Les premiers textes religieux, les sagesses, les récits historiques apparaissent vers -2350, aucun d'eux ne garde trace d'un quelconque scellage. Sur l'emploi des sceaux du Proche-Orient ancien, voir Bas-reliefs imaginaires... ; D. Collon, First Impressions..., spécialement p. 113-119 ; Supplément au dictionnaire de la Bible, art. : SCEAU;et plus récemment, P. Ferioli et al., Archives before Writing. Pour la valeur juridique et diplomatique du sceau, G. McGuire Gibson et R. D. Biggs (éds), Seals and Sealing... Pour une histoire générale du sceau, voir E. Kittel, Siegel; l'essai de synthèse de R.-H. Bautier, Le cheminement du sceau... ; et l'article remarquable de G. G. Fissore sur le rôle fondamental du sceau dans l'élaboration de l'organisation administrative et juridique de la civilisation occidentale, L'usage des sceaux dans l'administration des sociétés anciennes. 6

23

quand l'administration avant J.-C.) l'annexe.

thinite (le-lIe dynasties, vers 3200-2800

Enfin, le troisième foyer de civilisation qui élabore son propre système d'écriture à la fin du Néolithique, la civilisation de l'Indus (Mohenjo-daro, Harappa [Pakistan]), florissante du Ille millénaire au milieu du lIe millénaire avant J.-C., atteste, elle aussi, l'emploi de sceaux. Dès -3000 environ, le nombre grandissant de cachets en terre cuite, en pierre, en os et en métal, dans cette région, atteste non plus seulement un réseau d'échanges large des sociétés du Moyen-Orient, mais l'augmentation de ces échanges. Les sceaux des régions actuelles du Baluchistan, d'Iran oriental et de Turkménie méridionale sont décorés de motifs géométriques similaires. C'est plus tard, au milieu du Ilf millénaire, quand le caractère original de la civilisation de l'Indus s'est affirmé, que les sceaux (plus de mille deux cents cachets pour le seul site de Mohenjo-dajo) montrent une évolution autonome 7. Devant ces premiers témoignages, à l'aube de I'histoire, une observation générale s'impose: l'usage, aussi anciennes qu'en soient les traces, se cristallise dans l'organisation des premières communautés urbaines importantes. L'histoire du sceau a ses racines dans I'histoire de la ville. L'invention du sceau est antérieure aux premières écritures connues, a-t-on dit. Les plus anciens cachets mésopotamiens légendés semblent porter les noms de cités, mais on ignore si les premières légendes sigillaires sont déjà fonctionnelles. Dès la fin du Ille millénaire, cependant, les sceaux gravés du nom de leur propriétaire puis de leur titre font leur apparition; ils servent à clore des portes, des jarres, sur des étiquettes de paniers. Le

7

Tout en restant prudents car l'écriture de la civilisation de l'Indus n'est pas encore déchiffrée, les archéologues proposent de voir dans ces inscriptions sigillaires, qui elles aussi conjuguent désormais figure et écrit, une fonction emblématique à caractère religieux.

24

scellage des documents écrits est encore exceptionnel, à ce moment-là, mais lorsque l'usage se banalise, un même individu peut sceller de divers cachets selon la nature du document. De surcroît, il semble bien que le sceau a toujours doublé sa fonction juridique d'un emploi talismanique pour qui le porte. L'expansion du procédé s'inscrit naturellement dans un processus large de développement culturel où l'écriture n'a pas un rôle moteur. C'est que la langue écrite, elle-même, procède d'un long acquis culturel auquel a participé le sceau. Une société qui rompt avec la culture préhistorique en inventant une comptabilité élaborée, le principe de l'archivage et un instrument de contrôle se donne les moyens de gérer des

richesses importantes 8 et prouve non plus seulement par l'art
mais par le calcul, la forme de représentation la plus distanciée du réel, ses aptitudes à gérer un univers abstrait codifié et recodifié avec transfert de sens. Il est, toutefois, indéniable que c'est aux côtés - et comme support - de l'écriture, dans les échanges commerciaux, que le sceau se rend indispensable dans tout l'Orient ancien, de la mer Egée et de l'Egypte à la Bactriane et au bassin de l'Indus, avant de gagner, plus à l'est, le Tibet et la Chine puis le Japon. Tandis qu'à l'ouest, la Grèce, la vallée du Danube, Rome et son empire, des deux côtés de la Méditerranée, héritent, elles aussi, du modèle ancien. Maintenant, que le sceau soit né du prototype proche-oriental pour se propager dans toutes les civilisations anciennes du continent eurasiatique, seuls les archéologues ont les moyens de se prononcer sur les temps génésiaques du signe. Mais, que penser de ces objets précolombiens, utilisés dès le milieu du lIe millénaire avant J.-C. (vers -1300 - xvt siècle de
8

Non qu'elle prévoit une opulence à venir. Au contraire, c'est dans des conditions économiques et sociales florissantes que ces inventions voient le jour, il s'agit de gérer des biens et de défendre des intérêts. En Egypte, les jarres estampillées de l'époque thinite annoncent la naissance du fisc. Voir Dictionnaire de la civilisation égyptienne, p. 286, art. : THINITE (époque). Au Proche-Orient, l'usage d'apposer un sceau sur des tablettes administratives, engageant la responsabilité du fonctionnaire, apparaît vers -2050, à l'époque de la me dynastie d'Ur. 25

notre ère), qui ressemblent tant aux matrices de sceaux du Vieux Continent. A coup sûr, ils attestent du caractère universel de la technique de l'estampage (nombre d'entre eux ont été trouvés avec des traces de pigment rouge). A quel usage, cependant, étaient-ils réservés? L'instrument se présente tantôt comme un sceau-cylindre (plein, avec appendice de préhension aux deux extrémités, ou bien percé d'un trou ou encore évidé), c'est la forme prédominante à l'époque la plus ancienne; tantôt il se présente comme un cachet plat, parfois pédiforme, avec appendice, modèle qui prévalut plus récemment. Les dessins, pour leur part, présentent une extrême variété, choisissant leurs thèmes dans la flore et la faune locales, d'un traitement le plus naturaliste au plus abstrait. Les spécialistes du monde précolombien ignorent si l'objet est un sceau au sens juridique du terme (marques privées ou commerciales ?) car ce sont seulement des matrices qui ont été trouvées (Mexique) et leurs dessins n'ont pas d'équivalents dans les vestiges conservés de l'art précolombien 9. L'hypothèse, pourtant, ne peut être rejetée que ces objets soient une trace des échanges ouverts plus anciennement par les migrations des peuples protomongoliques vers le continent américain, par le détroit de Béring puis le long de la côte pacifique. Les historiens retiennent cette voie de passage pour expliquer l'origine - plus récente - du papier brun des Mayas (vers 300 après J.-C.). Quelle qu'ait été la fonction des matrices à estamper précolombiennes, si cette route du papier a emprunté une voie d'échange préexistante, ce sera l'origine autochtone de l'instrument sur le continent américain qu'il conviendra de prouver plutôt que l'adoption d'un modèle étranger. Quoi qu'il en soit, si l'histoire du sceau commence avec l'émergence du cachet au Néolithique, si l'outil intellectuel est
9

Les archéologuesignorentl'usage de ces sceaux, même l'hypothèsed'outils de
rapport n'a pu être des représentations spécialement: F. V. Mexican Sellos, qui

tatouage est de moins en moins retenue du fait qu'aucun établi entre les dessins de ces objets et les tatouages contemporaines de corps humains. Sur cette question, voir Field, Thoughts on the Meaning and Use of Pre-Hispanic résume bien la question. 26

opératoire bien avant l'apparition de l'écriture, s'il a assisté et peut-être concouru à sa naissance avant de se perfectionner à ses côtés, son invention est un fait de civilisation majeur. Le sceau, en effet, révèle toujours dans son formalisme, au gré des civilisations, une représentation symbolique des relations entre les hommes fondée sur un système classificatoire. La vie sociale a posé partout et à toutes les époques des problèmes semblables pour lesquels des solutions identiques ont été trouvées - sous des conceptions variées. Le sceau répond, ainsi, sans nul doute, à un besoin de la vie collective à partir d'un certain seuil d'expansion. Dans son approche, il y a lieu d'avoir toujours à l'esprit qu'il est l'un de ces codes complexes qui modélisent la communication et dont l'invention a favorisé l'organisation d'une population nombreuse par un gouvernement central 10. Le sceau, en un mot, - et quel que soit le degré d'élaboration du régime sigillaire - est un de ces codes créés par l'homme qui font le ciment d'une société en intégrant ses membres dans un réseau de sens.

premiers sceaux du Moyen Age occidental sont datés des ye-\Tf

De ce bref tour d'horizon, on retiendra que lorsque les

siècles, ils n'indiquent pas la naissance d'un usage, mais la permanence d'une tradition. Une tradition, il convient de le souligner, qui lui est constamment rappelée dans l'Ecriturell. A Rome, une double formalité, sceau et souscription autographe, permet aux particuliers de garantir lettres et
10 Communication non plus orale mais visuelle, qui rationalise et règle l'échange dans un espace-temps maîtrisé. 11 La Bible offre de nombreux témoignages du rôle du sceau dans ses trois emplois. Citons, seulement, un exemple du recours au sceau royal :
Et vous, écrivez sur les lehoudim comme il sera bien à vos yeux, au nom du roi, et scellez le avec la bague du roi; oui, un écrit écrit au nom du roi et scellé avec la bague du roi il n'y a rien à y répondre. ~sther 8, 8)

Sur les références au sceau dans la Bible, voir M. Trimai1le, Sceau dans le Nouveau Testament. 27

testaments, le sceau n'entre pas, cependant, dans les conventions qui confèrent l'authenticité juridique à l'acte privé. Seule, l'intervention de l'autorité publique, dans la personne de magistrats investis de certains pouvoirs, et selon certaines procédures, peut donner à un acte privé un caractère officiel. Le sceau n'est autre qu'un témoin, il ne fait pas preuve. Les édits impériaux, de leur côté, se renforcent de l'apposition du sceau de l'Empereur, mais celui-ci n'ajoute pas à leur solennité; néanmoins, la représentation de l'Empereur équivaut à sa présence. Par ailleurs, tout objet de la vie quotidienne, tout bien peut être estampillé, mais là encore avec la valeur d'un témoignage. L'institution diplomatique est toujours opérante au BasEmpire et l'on en voit encore l'héritage dans l'organisation de la chancellerie mérovingienne, en particulier dans le service des référendaires, ces officiers laïques responsables de l'expédition des actes et de la garde de l'anneau royal12. Les actes royaux perpétuent, là, le modèle des actes des hauts fonctionnaires provinciaux de l'Antiquité tardive. De même, dans la vie courante, la marque d'origine de la tradition antique perdure, on

le sait aux trouvailles archéologiques et aux sources écrites 13.
Mais, pratiquement, à l'époque barbare, la régression de la culture écrite et le droit germanique, avec sa mentalité et ses techniques particulières, marque le déclin de l'usage diplomatique du sceau. Certes, l'habitude se maintient des missives cachetées dans les milieux cultivés. Rois, reines, prélats,

12

A son entrée en charge, chaque référendaire reçoit un anneau royal dont il

valide les diplômes qu'il donne lui-même l'ordre de rédiger au scribe, et qui portent son nom comme responsable. Sur cette question, voir L. Levillain, La formule « Bene valiat »..., spécialement p. 15. 13 Voir par exemple, l'anneau sigillaire (antique en cornaline, montée sur or, représentant un Hermès ou la Fortune; dim. 20 x 15 mm), daté de la fm du VIf siècle, dont la légende laisse comprendre l'emploi comme label des préparations d'un médecin du nom de Donobertus : DONOBER1US MDICMID. feet [pour FEET ( fecit] medicamen illud [ou medicamentum illud, ou medicinam illam ]). Voir Ph. de Bosredon et E. Rupin, Sigillographie du Bas-Limousin, notice 696, fig. 458460 ; M. Deloche, Dissertation sur un anneau cachet d'or mérovingien... 28

lettrés continuent d'écrire et de clore leurs lettres d'un cachet de cire. Le sceau, pourtant, hormis le sceau royal ou le sceau du maire du palais, n'est toujours pas un sceau de validation. Il sert à assurer l'intégrité de l'écrit, à en garantir la provenance, non pas à le légaliser; la valeur d'un acte n'en dépend pas. Cela ajouté à la rareté des sources conservées, l'époque barbare et le Haut Moyen Age sont des temps obscurs pour le sceau comme pour l'écrit. En attendant que sur les ruines de la culture classique naissent d'autres valeurs, d'autres procédés, en un mot, un ordre nouveau. Dans le même temps, Byzance prétend maintenir la tradition classique, du moins incarnera-t-elle le modèle romain pour la civilisation occidentale.

II -

MOYEN AGE OCCIDENTAL.

Dans l'héritage ancien tel qu'il est utilisé par les Mérovingiens, le sceau manifeste un caractère personnel comme moyen de clôture et garantie d'origine. Les sources manquent pour en faire un instrument d'authentification avant le dernier quart du VIf siècle, quand les diplômes royaux commencent d'être régulièrement scellés. Au Latran, les lettres pontificales sont bullées depuis le vf siècle.

Jusqu'au milieu du ~ siècle, l'apposition du sceau 14 comme
mode de validation reste une prérogative des chancelleries souveraines, impériales et royales dans l'ordre temporel, de la papauté dans l'ordre spirituel. Sceller est un droit régalien.

14 Les souverains mérovingiens et carolingiens ont scellé d'un anneau sigillaire, soit une parure de corps. Le sceau cachet semble faire son apparition, en Occident, sous les premiers Capétiens, du moins constate-t-on que l'empreinte du sceau de Robert II le Pieux est trop grande (63 x 53 mm) pour provenir d'un anneau. Voir L.-C. Douët d'Arcq, Collection de sceaux..., notice 31 ; M. Dalas, Sceaux des rois..., notice 61 ; H. Pinoteau, Les sceaux de Robert le Pieux. 29

Puis, l'usage est progressivement imité dans les chancelleries subalternes, ecclésiastiques tout d'abord. Les premiers à valider d'un sceau les actes émanés de leur chancellerie sont les

archevêques rhénans, au milieu du ~ siècle 15. Suivent les évêques lotharingiens et germaniques 16, mais dans les autres
évêchés du Nord de la France (dans sa configuration actuelle), le mode de validation n'est pas attesté avant le milieu duxt siècle (Reims, 1040 ; Laon, 1052 ; Cambrai, 1057) 17,et ce n'est qu'un

siècle plus tard qu'il a gagné l'ensemble du Nord de la Loire 18 et
15

A cet égard, les lettres adresséespar le pape Nicolas1er, n 865, à Salomonroi e

de Bretagne, et l'année suivante, à l'évêque Festinianus de Dol et à l'archevêque Hincmar de Reims, rejetant leurs demandes respectives en raison de l'absence de scellement, montrent qu'au milieu du ~ siècle, tandis que le sceau est au Latran une convention déjà ancienne, le refus du pontife de prendre en compte des lettres d'un roi et de deux princes de l'Eglise non scellées est un indice a contrario que le régime du sceau est en cours d'installation dans les chancelleries d'Occident. Même si la raison invoquée par le pape pour ne pas donner suite aux trois demandes peut n'être qu'un prétexte pour ajourner une décision. Dans le cas d'Hincmar, on sait que le prélat dispose d'un sceau, quelques années plus tard; l'information manque, en revanche, pour Salomon et l'évêque de Dol. Voir Patrologie latine, t. 119, lettre 85, col. 925-926 (lettre au roi de Bretagne) ; lettre 91, col. 969-970, spécialement 969 (lettre à l'évêque de Dol) ; lettre 108, col. 1101-1111, spécialement 1109 (lettre à l'archevêque de Reims). Voir aussi J. Devisse, Hincmar, archevêque de Reims (845-882), t. 2, p. 849 ; repris par P. Demouy, Les sceaux des archevêques de Reims..., p. 687. 16 Le premier sceau épiscopal attesté comme mode de validation date de 888, il appartient à l'archevêque de Mayence, mais l'usage ne devient régulier qu 'au ~ siècle, d'après les sources conservées; à Cologne et Trèves, depuis le milieu du ~ siècle, à Brême, Salzbourg, Magdebourg, Liège, Tournai, Toul depuis la fm du ~ siècle. Voir H. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre..., t. 1, p. 523-526 et 700-704; E. Kittel, Siegel, p. 119-120; A. Giry, Manuel..., p. 636; et la srnthèse de R.-H. Bautier,Apparition, diffusion... du sceau épiscopal... 1 Les dates sont celles de la première annonce du sceau dans l'acte écrit ou de la première trace de scellement. Voir P. Demouy, Les sceaux des archevêques de Reims des origines à la fin du X/If siècle; G. BruneI, Chartes et chancelleries éfiscopales du Nord de la France au d siècle. 1 TIy a un siècle de décalage dans l'usage entre la Rhénanie et la France. Pour citer quelques dates encore, le premier sceau de l'archevêque de Besançon n'est pas antérieur à 1033 ; l'évêque de Poitiers semble déjà disposer d'un sceau vers 1050 ; l'archevêque de Sens scelle en 1067 ; l'archevêque de Bourges en 1073 (le scellement ne deviendra régulier qu'au siècle suivant) ; le premier sceau de 30

probablement l'ensemble de l'Angleterre 19. A côté de cela, dans
les évêchés du Midi et d'Espagne, les premières traces ne sont

pas antérieures au XIf siècle 20. Il aura donc fallu un siècle pour
que l'usage gagne des régions rhénanes le Nord de la France et encore un siècle pour qu'il s'étende du Nord au Sud du pays. La première diffusion du sceau de validation s'est faite progressivement, en un lent glissement, d'est en ouest et du nord

au sud 21. Les évêques italiens, pour leur part, semblent avoir
utilisé ce mode de validation beaucoup plus tôt22, du moins le bullage, à l'exemple probablement de la papauté toute proche et du monde byzantin, tandis que les sceaux de cire n'apparaissent qu'à la fin du )Cf siècle, sous l'influence de l'Europe septentrionale 23. Les sceaux des chapitres cathédraux montrent une expansion similaire, un peu plus tard. Munster scelle en premier (1020). En France, le chapitre de Beauvais (1110-1119) et celui de Chartres

l'évêque d'Angers date également de 1076, mais à Paris, il n'est pas connu avant 1108 et à Orléans, il n'est attesté qu'en 1122. 19 En Angleterre, les premiers sceaux attestés comme sceaux de validation datent des dernières décennies du )Cf siècle : Rochester, 1077-1108; Durham, 10811086/1099-1101 [le sceau connu de Guillaume de Saint-Calais (1081-1086) est un faux de la fin du XIf siècle probablement, cependant l'inventaire après décès de l'évêque mentionne la destruction d'une matrice] ; Cantorbéry, 1093-1109, mais les séries commencent vers 1120/1130. Sur les sceaux antérieurs à cette époque, dans l'usage du sceau de clôture, voir T. A. Heslop, English Seals from the Mid Ninth Century to 1100. 20 Vers le Midi, l'évêque d'Autun scelle en 1140, celui de Rodez en 1160, Arles scelle néanmoins dès 1112, tandis que Narbonne attend 1189 et Aix, 1219. En Espagne, le premier sceau connu de l'archevêque de Tolède, primat d'Espagne, date de 1109. C'est le point de départ de la sigillographie épiscopale espagnole, mais la diffusion n'est effective que dans la deuxième décennie du xnf siècle. 21 L'initiative venue de l'Empire. Sur la diffusion de l'usage du sceau à travers l'Occident médiéval, voir R.-H. Bautier, Le cheminement du sceau et de la 22

bulle.. .
Voir I. P. Kirsch, Altchristliche Bleisiegel des Museo nazionale zu Neapel,
325:353, ~ité d'après A. <?iry, Manuel..., ~. 63.1,. note 7.

~

Tunn, MIlan, 1096. VOIr G. C. Bascape, Slgzllografia... II. p. 28 sq.; S. Ricci, Il sigillo..., n° 2, p. 7, cité d'après R.-H. Bautier, Apparition, diffusion... du sceau épiscopal..., p. 240, note 32.

31

(1115) semblent montrer les plus anciens sceaux. Puis on trouve celui du chapitre de Paris (1120), celui de Poitiers (1121), du Mans (vers 1125), de Bourges (vers 1129), de Rodez (1210). Cette période de quelques années qui donne tant d'exemples de sceaux capitulaires - la liste illustre seulement un phénomène et ne cherche pas l'exhaustivité - s'explique certainement moins dans sa régularité par les hasards de la conservation des sources que par une nouvelle forme réglementaire des écritures dans les chancelleries ecclésiastiques, forme que l'on a tout lieu de croire prescrite par un organe supérieur de commandement, métropoles ou curie romaine, et progressivement suivie. En Espagne, le sceau du chapitre de Tolède n'est pas connu avant 1214/1215. Les sceaux d'abbayes sont plus tardifs. Fulda scelle peut-être dès 1039; Saint-Trond, certainement depuis 1055; Werden, depuis 1052. En France, le sceau de Saint-Bertin, à Saint-amer, n'est pas connu avant 1087; Saint-Vaast d'Arras scelle, d'après une mention, en 1091 ; Cluny, en 1108. D'une manière générale, le sceau d'abbé apparaît à la fin du xt siècle et au début du XIf, comme le sceau de l'ecclesia; le sceau capitulaire et le sceau conventuel, dans le cours du XIf siècle - ou plus tard selon les ordres; le sceau prioral date de la fin du siècle 24. Dans le monde laïc, le décalage est le même. Sans tenir compte pour l'instant de l'Italie méridionale où les princes lombards, qui ont conservés tous les pouvoirs dont ils jouissaient au temps de la royauté, scellent leurs diplômes dès le oc siècle, et sans nul doute au siècle précédent, on ne connaît pas de sceaux princiers du règne de Charlemagne. Le premier sceau connu est
24

L'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, scelle vers 1130 (1128-1134); on ignore à quelle date l'abbé de Clairvaux commence de sceller, mais il révoque successivement deux matrices, à quelques mois de distance, en 1151. Les abbayes cisterciennes n'ont pas de sceau conventuel avant la bulle du pape Benoît XII l'autorisant (12 juillet 1335) - hormis en Angleterre, voir p. 126 -, jusqu'à cette date, les actes sont scellés du sceau de l'abbé. Sur cette question, voir l'article très important de U. Berlière, Le sceau conventuel. Sur SaintBertin, voir A. Hermand et L. Deschamps de Pas, Histoire sigillaire de SaintOmer, p. 101. Sur les révocations de sceau de saint Bernard, voir Patrologie latine, t. 182, n° 284 et 298, col. 491 et 500-501. 32

celui d'Arnulf duc de Bavière;

le plus ancien exemple de

diplôme ducal scellé date de 908 25. Otto duc de Worms scelle en
987. Le duc de Saxe en 1004. La Bavière, toutefois, est pratiquement indépendante comme la Saxe et la Franconie, c'est une principauté ethnique. La France tarde davantage à sceller. Les sceaux des comtes de Flandre sont attestés en 1046 et 1063, et régulièrement à la fin

du siècle 26. Tous les princes de Lotharingie se reconnaissent dans
l'usage entre 1065 et 1080. Les dues de Normandie ne semblent sceller comme tels qu'après la conquête de l'Angleterre par

Guillaume le Conquérant (1069) 27. Les dues d'Aquitaine scellent
en 1076/107728. Les dues de Bourgogne, peut-être en 1054,

certainement en 1076/107729,comme les dues de Lorraine 30.
Les dues de Bretagne, à coup sûr au début du XIf siècle, mais le
25

Le deuxième exemple connu date de 924, puis les sources sont plus

nombreuses. Voir H. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre..., t. 1, p. 707 ; E. Kittel, Siegel, p. 119-120; R.-H. Bautier, La chancellerie et les actes royaux dans les royaumes carolingiens, p. 20. 26 Voir R. Laurent, Les sceaux des princes territoriaux belges..., t. 1, p. 67, 149, 285 et note 4, 286 et note 12, et illustrations. Du même auteur, Sigillographie, p. 77. Vredius (O.), Opera, vol. 5, p. 4. Le sceau daté de 1076 de Robert le Frison n'est pas à retenir parmi les premières sources, c'est un faux postérieur d'un siècle, au moins, à la rédaction de l'acte qu'il est supposé valider . Voir G. Demay, Inventaire des sceaux de Flandre, notice 134; M. Prinet, Sceau de Robert le Frison...; A. Coulon, Elément de sigillographie ecclésiastique ftançaise..., p. 180, note 5. 27 Le sceau est biface, légendé à la face: + HOCNORMANNORUM [WILLELMUM]. NOSCE. PATRONUM[SI]par ce signe reconnais Guillaume protecteur des (
Normands), et au revers: + [HO]C. [AN]GilS. REGEM. SIGNO. [FA]TEARIS EUNDE/M

(par ce signe reconnais le même roi pour les Anglais). Voir L.-C. Douët d'Arcq, Collection de sceaux..., notice 9998. 28 Eygun, Sigillographie du Poitou..., introduction, p. 47. 29 Deux dessins de sceaux en attestent l'existence en 1054 et 1101, sceaux de Robert 1eret d'Eudes 1er; J.-L. Chassel fait état cependant d'une trace de sceau sur un acte, datée de 1076/1077; voir P. Gras, Etude de sigillographie bourguignonne..., p. 196 et pl., et J.-L. Chassel, L'usage du sceau au XIf siècle, p. 91 note 13 ; en commençant sa série des sceaux bourguignons avec Eudes fi (empreinte de 1150), Coulon retient seulement les sceaux conservés ~Inventaire...Bourgogne, notice 51). o Lorraine: H. Collin, Sceaux de l'histoire de Lorraine, n° 32 (1078). 33