SIMON, l'enfant de Kachara

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Simon, l'enfant de Kachara, découvre la vie et ses ruelles. C'est à Constantine qu'il va vivre ses premières joies, ses premières peurs. Simon n'est qu'un enfant comme les autres mais son destin, lui, sera unique, façonné par son histoire. Rempli de couleurs, de passion et d'humour, ce premier volet d'une saga familiale nous fait aimer la vie comme Simon, l'enfant de Kachara.


Publié le : jeudi 10 octobre 2013
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EAN13 : 9782332546593
Nombre de pages : 128
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ISBN numérique : 978-2-332-54657-9

 

© Edilivre, 2014

Septembre 1950

L’air était lourd, irrespirable et opaque. La sueur collait à la peau, moite, aigrelette, comme cette odeur de lait caillé qui vous agresse les narines, chez Belkacem le laitier.

Le Yom Kippour touchait à sa fin : il était temps ! La chaleur suffocante de l’été constantinois, cette faim sourde qui vous transforme vos boyaux en « grand huit », rendaient méritoire cette quête du pardon céleste.

D’ailleurs, dans les travées de la synagogue, les hommes, sentant venir la fin de leur calvaire, redoublaient d’ardeur pour entonner les dernières suppliques libératrices.

Simon inhalait, à pleins poumons, cette odeur de « vieux boucs », de sueur rance, qui émanait des aisselles de ces « pauvres brebis égarées ». De temps en temps, pour ne pas suffoquer, il s’emparait, d’un geste vif, de son coing truffé de clous de girofle, et le portait rapidement à son nez.

C’était la tradition à Constantine : tous les enfants, habillés de neuf et rutilants (surtout le matin !), tenaient à la main un coing qu’ils avaient pris soin de piquer de clous de girofle, car l’odeur qui en émanait, suffisait, paraît-il, à rebuter tout estomac sensible aux sirènes de la faim : même l’estomac devait crier pardon !

Plus d’un enfant était tenté, loin du regard des adultes, de planter férocement ses dents ; mais il fallait être à l’agonie pour consommer ainsi ce fruit âpre et si rugueux au palais.

(Le temps a passé ! Simon a gardé dans un « recoin de narine », l’odeur anesthésiante du girofle, plantée comme un clou dans sa mémoire.)

C’était le seul jour où il portait des habits neufs, à lui, rien qu’à lui ; le reste du temps, sixième enfant de la famille, il enfilait, au fur et à mesure que ses quatre frères grandissaient, les vêtements qu’ils lui laissaient pour « soldes » ; point de salut ! L’héritage était obligatoire : la misère imposait son testament ! Seules les chaussures échappaient à la règle : impossible de lui refiler des godasses en si piteux état : le temps et les pavés de la rue, annihilaient toute transmission possible.

Dans les pieds de Simon, le cuir ne respirait pas longtemps la santé : à l’occasion des matchs du quartier, sous la double action de ses jambes « envoûtantes », dont l’arc prononcé suggérait un début de rachitisme, et de ses frappes répétées sur les boîtes de conserve, ce « ballon du pauvre », elles rendaient l’âme au bout de trois mois, dans un dernier grand soupir, la semelle largement entrouverte, tandis que Simon, le regard triste, contemplait ses doigts de pied ventilés et bordés de noir, comme s’il portait déjà leur deuil, méditant sur la raclée qui l’attendait : son père avait beau gronder, menacer, frapper ou prier, rien n’y faisait : jouer au football devenait une passion incontrôlée, une véritable pulsion de vie, happé qu’il était par la clarté lumineuse du dehors : c’est fou, ce que la misère au soleil s’habille de lumière !

C’est alors que l’officiant attaqua le « Kol Nidré », plaidoyer pour le repentir du « pêcheur », ultime assaut à la conquête du « Grand Pardon », contrat d’assurance-vie, renouvelable tous les ans, avec tacite reconduction !

Le « talith » de son père atterrit, comme un filet protecteur, sur la tête de ses fils : la couvée était à l’abri ! Soudain, Simon décida de le faire : son cœur accéléra sa cadence ! De grosses gouttes de sueur perlaient à son front ; un frémissement s’empara de tout son corps : il avait du mal à maîtriser le bruit sourd de l’entrechoquement de ses dents.

Simon savait qu’en face, devant l’autel, là où étaient logés les Rouleaux de parchemin, représentant chaque Livre de la Torah, se tenaient les Cohen et les Lévy, dont la tradition assurait que Dieu les avait choisis, pour remplir ce sacerdoce : malheureusement, chaque année, c’était les mêmes voix nasillardes et cacophoniques qui essayaient de répondre aux chants de l’assistance.

« Dieu les avait peut-être choisis, mais ne les avait pas beaucoup gâtés vocalement », pensa Simon.

Alors qu’il commençait à soulever le talith, son père, lèvres en prière, le foudroya du regard, ce regard qui ne perçait l’épaisseur opaque du verre de sa grande myopie que lorsque la religion lui semblait en danger !

Simon perçut la menace, tandis que la voix de son père résonnait sans cesse à son oreille :

« Simon, si tu regardes vers l’autel, des flammes jailliront et te consumeront. »

La peur le tenaillait, terrible angoisse de la mort ! Il lâcha prestement le talith, sentant déjà les flammes lui lécher le visage ! Il n’avait même pas treize ans ! Fallait-il mourir si jeune ?

Il essaya de surmonter son angoisse et recommença son manège ; il souleva à nouveau légèrement le talith, et risqua un regard craintif sur les autres groupes de fidèles : il ne vit que des coupoles blanches, plus ou moins importantes, plantées comme des champignons, dans les travées de la synagogue.

C’est alors qu’il prit son courage à deux mains, et du coin de l’œil, se hasarda à pointer son regard, mine de rien, vers l’autel, où se tenaient les Cohen et les Lévy rassemblés. Aucun éclair fulgurant ne vint le terrasser ! Aucune étincelle n’éclata !

Seule, une légère pétarade s’échappa du groupe voisin, probablement, quelqu’un qui priait avec une « exaltation incontrôlable ».

Simon jubilait de joie et de fierté : il venait de remporter une première grande victoire sur lui-même, ne pas prendre pour « argent comptant » tout ce que son groupe ethnique et social véhiculait ; il venait de s’octroyer le droit à la pensée individuelle, le droit de ne ressembler qu’à lui-même.

(D’où viens-tu, Simon ? pourquoi es-tu si différent de tes « frères » ? n’étais-tu pas bien au chaud dans le confort religieux et miséreux de ta cohorte ? pourquoi as-tu brisé leur code ? se fondre dans le groupe, chanter, aimer, pleurer, haïr, vociférer, interdire, hurler, avec le groupe, de combien de ces expressions collectives, tu t’es éloigné, Simon, toi l’Enfant de Kachara !)

Kachara

Eh oui ! l’argent ne coulait pas à flots dans sa maison. Simon habitait au 74, rue des Frères-Lévy, dans le quartier juif le plus populaire de Constantine ; « Kachara », mélange fortement épicé de misère, de joie et de saleté, de désespoir moqueur, de musique andalouse accrochée aux rayons lourds et brûlants d’un soleil de plomb.

« Kachara », où la clarté lumineuse butait sur l’épaisse couche d’obscurantisme et de mysticisme qui enveloppait, à des degrés divers, les habitants du quartier, véritable « cour des miracles ».

La rue des Frères-Lévy se terminait par une voûte d’une trentaine de mètres, aussi dangereuse et lugubre qu’un boyau de mine, dès que la nuit tombait.

C’était la « frontière naturelle » entre le quartier juif et le quartier arabe, fait de dédales et de labyrinthes, là, où l’ignorance et la nudité pécuniaire régnaient en maîtres ; ici, vivait l’autre frère de misère, séparé par les frontières juridiques et linguistiques, imposées par le système colonial : « l’indigène », le Franco-Musulman, qui n’était reconnu comme français que lorsqu’il mourait pour la France ! Ce « franco de port et d’emballage », qui n’en finit pas de faire et de défaire ses valises.

Dès que l’on sortait de la maison, on se trouvait en « plein boyau », d’où l’on apercevait, sur sa gauche, la rue des Frères-Lévy, dans le quartier juif, aux durs pavés gris, qui semblait vous rattacher à la vie, au sortir d’un tunnel qui n’en finissait point !

La voûte avalée à grands pas, de peur d’une mauvaise rencontre dans le recoin ténébreux qui servait aussi bien de pissotière publique non déclarée que d’appui bienfaiteur pour quelque ivrogne, parfois menaçant, en quête de chemin, perdu dans ses brumes opaques.

Certains matins, quelque vomissement traînant le long des pavés, mêlé à l’odeur forte de l’urine, signalait la présence du navigateur égaré, jonché sur le sol, ayant carrément perdu la boussole.

Au sortir de la voûte, l’on saluait Youssef le coiffeur arabe, assis en tailleur devant sa petite boutique, humant jusqu’à très tard dans la soirée l’odeur d’un œillet ou d’un basilic, qu’il avait eu le soin de placer dans un verre, par terre, près de lui.

Parfois sa tête, d’où émergeait un crâne sans qu’aucun poil n’ose s’y pointer, était revêtue de la chéchia locale, une cigarette à la bouche : c’est dans cette posture que Youssef rasait méticuleusement un hérisson, pour son dîner.

Certaines méchantes langues susurraient qu’il se faisait ainsi la main, faute de clients dans sa boutique !

Celle-ci s’ouvrait sur la partie la plus large de la rue, en forme de place, face à la mosquée du quartier : Simon y avait pénétré quelques rares fois, pieds nus, avec un regard circulaire et furtif. Elle était sobre, faite de mosaïques aux couleurs vertes et bleues, tandis que des nattes étaient posées dans l’espace de prière, et jusqu’aux arabesques des piliers ; l’été ça sentait le frais.

Sur ce même trottoir gauche de la rue, juste après Youssef le coiffeur, on pénétrait dans « el-Koucha » le cœur de la rue, là où l’on pouvait mesurer toutes les pulsations de la vie quotidienne et religieuse : c’était le fournil, véritable poumon du quartier, d’où repartaient, cuits et dorés à point, pains hebdomadaires du shabbat, galettes, gâteaux pour les fêtes ou événements exceptionnels familiaux, plats cuisinés, bref, tout ce qui fait la vie de chaque famille.

« El-Koucha » passé, et toujours sur sa gauche, en descendant la rue, on apercevait, très souvent, une petite silhouette frêle, courbée sur des casiers de bouteilles de vin casher, comptant sa marchandise à l’entrée du magasin.

Il ne fallait pas plus de quatre casiers, posés les uns sur les autres, pour obstruer l’entrée de l’épicerie de monsieur Ktorza ! C’était un petit bonhomme, d’une cinquantaine d’années, frêle, revêtu d’un pantalon à bretelles, dont les cheveux frisés et grisonnants ne dépassaient même pas la planche posée sur deux supports qui lui servait de comptoir.

Son visage était mince, légèrement arrondi, cerclé de lunettes, d’où perçaient deux petits yeux gris, peu expressifs, véhiculant fatigue et gentillesse. Des sourcils broussailleux encadraient la fine monture qui accentuait la petitesse de ses yeux, qui furetaient en permanence, de droite à gauche, tout autour de son trou à rats, par crainte d’être volé par quelque garnement du quartier.

Une forte odeur d’anchois salés titillait les narines, à peine le seuil franchi : elle provenait du tonneau situé à l’entrée du magasin, dans le recoin sur la droite ; il était impossible d’imaginer l’anchois, sur la table ou le comptoir d’un café, sans son compagnon préféré : l’anisette « Phénix », la plus réputée de Constantine, la seule, l’unique boisson qui coulait à pleines gorges, dans les bars comme dans les maisons.

À peine sorti de l’épicerie de monsieur Ktorza, l’odeur de l’anchois était vite balayée par celle du café, qui parvenait du torréfacteur situé au croisement de la rue des Frères-Lévy et de la rue Grand. Simon humait cette odeur sublime, qui pénétrait dans son gosier, narguait son estomac culotté comme une vieille pipe, par les quantités de café absorbées dans sa maison : la cafetière ne quittait que très rarement le kanoun, comme si elle faisait corps avec le réchaud à charbon !

Comme tous les autres enfants, Simon n’osait s’aventurer au-delà de la « frontière » : Qu’adviendrait-il, s’il se perdait en territoire inconnu ? Car ici, à Kachara, qui ne connaissait pas le petit Simon, le fils du rabbin ? Mais là-bas, point de salut ; seules ses jambes arquées lui paraissaient être son seul recours ! Car il courait très vite, imprimant dans ses foulées des arabesques du style le plus pur !

La plupart du temps, quand il dépassait le « boyau », c’était pour accompagner son père au marché, en vue du shabbat, qui se tenait à la place des Galettes. Il aimait ces rares moments avec lui, couffins dans une main, tandis que de l’autre, son père le tenait fortement, de peur d’un éventuel kidnapping, dont la rançon n’aurait pu être honorée que par une botte de radis ou exceptionnellement par un bon kilo de merguez de chez Taïeb, le boucher préféré de la maison !

Pour Simon, faire le marché représentait un moment intense de bonheur, comme une tranche de pastèque fraîche et juteuse par temps de sirocco.

Quelle merveilleuse école des sens, que cette place des Galettes ! À peine le « boyau » franchi, c’était l’ouïe sur sa droite, qui était sollicitée par les bruits clairs et sonores du rétameur, martelant le cuivre aux reflets dorés ; cinq mètres plus loin, sur sa gauche, la vue et l’odorat entraient à leur tour en action : ses narines se dilataient sous l’effet des effluves d’épices qui giclaient de l’épicerie, qui authentifiait ainsi son véritable « sens », et venaient s’y tapisser en vue d’une répertorisation rapide et infaillible : odeur forte et âcre du cumin qui le faisait saliver à l’idée d’un bon ragoût de mouton aux haricots blancs ; odeur suave de la coriandre, qui agrémentait certaines salades du vendredi soir ; curcumin qui colorait agréablement certains plats ; safran, épice luxueuse de long parcours à travers les pays lointains et exotiques, vendue en fins sachets, que sa mère utilisait parfois, pour un plat en sauce, à base de patates douces ; grains de sésame et d’anis à l’odeur douce et reposante, indispensables pour garnir le pain chaud et délicieux du samedi ; enfin cette odeur d’harissa, senteur unique pour le faire chavirer vers une dégustation permanente.

À l’entrée, sur le chambranle de la porte, en forme d’arabesque, le rouge foncé des piments s’étalait comme de grosses taches de sang séché, contrastant avec le jaune et le blanc de l’alpha, que Simon n’utilisait que pour les occasions exceptionnelles, pour libérer sa peau du revêtement brunâtre que les adultes appellent « crasse ».

Il aimait cette épicerie ; chaque fois qu’il y pénétrait, l’été, un air frais l’enveloppait et le stimulait de la torpeur qui s’abattait sur ses membres.

Une voix douce, au son limpide et mélodieux, s’échappait d’un visage paisible et serein, orné d’une barbe blanche comme la pelote de son alpha : c’était Ahmed, l’épicier, vêtu d’une gandourah blanche, aux allures majestueuses. Souvent, il plongeait sa main, dans le bocal de berlingots, qui s’entrechoquaient du bruit sucré de la gourmandise, et remplissait les poches de Simon. Un vrai père Noël arabe ! Ou vraisemblablement, une tête de grand-père, pour lequel Simon n’avait gardé que de vagues souvenirs.

Quelques mètres plus loin, sur le même côté de la rue, c’était le bruit régulier de la baratte à beurre, de Belkacem le laitier, qui faisait entendre sa berceuse ; pour y accéder, il fallait descendre deux grosses marches de pierre brute, lisses et polies par les pas incessants, pendant que l’odeur acide du petit-lait imprégnait fortement les narines des clients.

Plus d’une fois, quelque vieille, dont le visage traduisait les marques profondes et tourmentées du temps, au dos voûté jusqu’à l’horizontale, qui obligeait son regard à ne plus jamais quitter sa future demeure, remerciait Simon de l’avoir secourue, dans cette « descente aux enfers ».

« Que Dieu te garde mon fils ! » lui disait-elle.

« Si c’est dans cet état-là, pensait-il, il ne faisait pas beaucoup preuve de grande miséricorde ! »

Lorsqu’enfin, il débouchait sur la place des Galettes, il était littéralement happé par cette ruche bourdonnante de sons et de couleurs, d’odeurs enivrantes selon les saisons : au printemps, les pétales de roses, les fleurs d’oranger et d’acacia jonchaient le sol recouvert à l’occasion de toile de jute, en monticules chatoyants, conférant à la place un air majestueux de fête, et dégageant senteurs veloutées et pénétrantes, que Simon humait à pleins poumons, narines largement déployées !

C’était l’heure H ! L’heure des alambics qui piaffaient d’impatience dans les placards en bois, où ils avaient été jetés pêle-mêle, complètement désarticulés. Dans chaque maison, la distillerie artisanale battait son plein : essences de roses, eau de fleur d’oranger qui, à la seule évocation du mot arabe « el zhar », vous fait pénétrer au cœur de la fleur, pétales épanouis !

Enfin l’anisette, pour ceux dont le sirocco desséchait la gorge, et un peu plus tard, les neurones.

Quand arrivait l’été, pastèques et melons, posés à même le sol, se disputaient la place : le vert et le jaune se détachaient des pavés gris, aux rigoles asséchées par le soleil, et dans lesquelles, quelques taches brillantes et malodorantes signalaient la présence d’un fruit écrasé, ou le chapelet de graines d’un melon ou d’une pastèque, vidés à la hâte et avalés à la sauvette !

Lorsque son père se risquait à en acheter, Simon appréciait cet instant d’arrêt devant les étalages : alors, de son air le plus respectable, et sans regarder le vendeur de crainte d’apparaître novice en la matière, son père tâtait les fruits un à un ; puis, prestement, une pastèque atterrissait entre les paumes de ses mains....

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