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Société congolaise face à la modernité 1700-2010 (La) N°89

De
398 pages
L'insertion de la société congolaise avec ses continutés et ses ruptures, a toujours été au centre des préoccupations de Jean-Luc Vellut, professeur émérite de l'Université catholique de Louvain. Cet ouvrage s'intéresse à la culture matérielle, à la psycho-histoire des relations internationales, aux rapports entre la religion et la politique, à la sociohistoire du système éducatif colonial, aux aspects sociaux et économiques de l'environnement et de l'urbanisme ainsi qu'aux facteurs socioculturels qui font partie de la trame de l'histoire politique postcoloniale.
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afrikastudies
africains
cahiers
89
La société congolaise face à la modernité (1700-2010) Mélanges eurafricains offerts à Jean-Luc Vellut
Sous la direction de PamphileMABIALAMANTUBA-NGOMAet MathieuZANAETAMBALA
CAHIERS AFRICAINS AFRIKA STUDIES
O  89
206
© Musée royal de l’Afrique centrale et© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11120-9 EAN : 9782343111209
La société congolaise face à la modernité (17002010) MéàGes eUràfrIcàIs OfferTs À JeàLUc VeUT
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O 89
206
CahiersafriCains– afrikastudies
Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) Koninklijk Museum voor Midden-Afrika (KMMA) Section d’Histoire et Politique (anciennement Institut africain/Cedaf) Afdeling Geschiedenis en Politiek (voorheen Afrika Instituut-ASDOC)
Leuvensesteenweg 13, 3080 Tervuren, Belgique Site : www.africamuseum.be/research/dept4/research/dept4/africainstitute/indeX_html
Cet ouvrage a fait l’objet d’une procédure d’évaluation scientique.
Conditions de vente : www.africamuseum.be/research/publications ; publications@africamuseum.be
Coordination éditoriale : I. Gérard (MRAC) Relectures : A. Detavernier et B. Albinovanus (MRAC) et B. Frances Mise en page : M.-F. Dubois (MRAC)
Photos de couverture : Avant : Aquarelle réalisée par l’artiste congolais Paul Mampinda,Scène d’intérieur àl’appareil photographique, 1933. Droits réservés ; HO.0.1.3419, collection MRAC Tervuren ; photo MRAC Tervuren. Dos : Jean-Luc Vellut assis à un bureau à Wassenaar ; Jean-Luc Vellut posant avec les premiers candidats en Histoire à l’université de Lovanium (RDC) en mars 1968 (photographies personnelles de J.-L. Vellut).
Sommaire
1. Introduction Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma et Mathieu Zana Etambala. . . . . . . . . . . . . . . . . . .7 2. Le grand commerce du euve Congo et la création des savoirs nouveauxe e  en Afrique équatoriale auX xVIII et xIx siècles Jérôme-Émilien Mumbanza mwa Bawele. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .13 3. Bula Matari et son Congo (1885-1960) : coloniser dans la peur Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .33 4. Regards féminins sur une entreprise coloniale controversée.  Les sœurs de Notre-Dame de Namur et l’État indépendant du Congo,1894-1908 Anne Cornet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .61 5.gure singulière et méconnue du monde colonial belge : le colonel Alexis Une  Bertrand (1870-1946) et son action « réformiste » dans l’entre-deuX-guerres Guy Vanthemsche. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . 97 6. Contribution à l’histoire du lac Édouard : enjeuX socio-économiques et  environnementauX autour des ressources halieutiques (vers 1920-1960) Patricia Van Schuylenbergh. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .125 7. La perception dukazi(travail salarié) par les travailleurs de la Gécamines (1910-2010) Donatien Dibwe dia Mwembu. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .161 8. Des itinéraires congolais dans la modernité. Le récit de vie de Vuadi mu Nkutu Bogumil JewsiewickietMédard Kilola Lema. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .177 9. La marche du mouvement kimbanguiste vers la reconnaissance ofcielle (1957-1959) Mathieu Zana Etambala. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .207
10. La violence coloniale dans la mémoire belgo-congolaise : à propos du « discours » de Lumumba Rosario Giordano. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .269
11. La mémoire belge du Congo en 2010 Idesbald Goddeeris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .283
12. Vers une radioscopie de la ville coloniale. Épisodes dans la genèse de l’avenue  Kasa-Vubu, Kinshasa Johan Lagaeet al.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . 309
13. De Mobutu Sese Seko à Laurent-Désiré Kabila : lecture populaire  d’une mutation politique Isidore Ndaywel è Nziem. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .345
14. Jean-Luc Vellut, l’homme et l’historien Léon de Saint Moulin, SJ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . 361
Les auteurs
BEECKMANS, Luce, assistante en histoire de l’architecture, Université de Gand.
CORNET, Anne, docteur en histoire, chef de travauX au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren.
DE SAINT MOULIN, Léon, docteur en histoire, professeur émérite à l’Université de Kinshasa et à l’Université catholique du Congo, et chercheur au CEPAS (Centre d’Études pour Action sociale).
DIBWE dia MWEMBU, Donatien, docteur en histoire, professeur ordinaire au département des Sciences historiques, Université de Lubumbashi.
GIORDANO, Rosario, docteur en histoire, professeur à l’Università della Calabria, Cosenza (Italie).
GODDEERIS, Idesbald, docteur en histoire, professeur à la Katholieke Universiteit Leuven (KU Leuven).
JEWSIEWICKI, Bogumil, docteur en histoire, titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire, CELAT, Université Laval, Québec.
KENNIVÉ, Ruth, assistante en histoire de l’architecture, Université de Gand.
KILOLA LEMA, Médard, historien à l’Université Laval, Québec.
LAGAE, Johan, docteur en histoire de l’architecture et professeur à l’Université de Gand, spécialiste de l’architecture et de l’urbanisme colonial en RDC.
MABIALA MANTUBA-NGOMA, Pamphile, docteur en ethnologie, professeur ordinaire et chef du département des Sciences historiques, Université de Kinshasa.
MUMBANZAwa BAWELE, Jérôme-Émilien, professeur ordinaire au département des Sciences historiques, Université de Kinshasa.
NDAYWEL è NZIEM, Isidore, docteur en histoire, professeur émérite au département des Sciences historiques, Université de Kinshasa.
VAN COSTER, Rebekka, assistante en histoire de l’architecture, Université de Gand.
VAN SCHUYLENBERGH, Patricia, docteur en histoire, chef du service Histoire et Politique au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, professeur à l’Université catholique de Louvain (UCL).
VANTHEMSCHE, Guy, docteur en histoire, professeur à la Vrije Universiteit Brussel (VUB).
ZANA ETAMBALA, Mathieu, docteur en histoire, collaborateur scientique au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, professeur à la Katholieke Universiteit Leuven (KU Leuven).
Introduction
Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma et Mathieu Zana Etambala
Dans son introduction au catalogue de l’eXposition sur le temps colonial, Jean-Luc Vellut a écrit que l’heure de passer de la mythication à la démythi-cation de l’histoire coloniale était venue an de dégoner celle-ci du langage de toutes ces « belles histoires », pas toujours vraies, mais souvent bien trouvées, à travers lesquelles s’eXprime la variante populaire de l’histoire. Celle-ci, dit-il, ne cédera la place que lorsque le « temps colonial » appartiendra dénitivement à un passé révolu, en cherchant à départager au mieuX ce qui appartient au temps passé et ce qui appartient à la rhétorique et sert les besoins de notre temps. Vellut insiste sur la nécessité, pour l’historien, d’inscrire l’écriture de l’histoire dans une approche contextualiste an de replacer les événements dans le contexte historique de leur déroulement et ainsi faciliter leur eXplication et leur compré-hension selon l’esprit du temps (Zeitgeist). Les contributions du présent volume font écho auX multiples préoccupations scientiques de Jean-Luc Vellut dont les premiers amours de la recherche étaient tournés vers l’histoire des relations internationales, les itinéraires croisés entre Africains et Européens, puis de plus en plus vers l’histoire sociale, les mouve-ments sociauX, les identités mouvantes, la violence, les résistances sociales, les nouveauX rapports sociauX nés des clivages entre les villes et le monde rural, etc.
À travers ses nombreuX écrits, Jean-Luc Vellut s’est efforcé de démontrer que l’irruption coloniale des années 1880-1900, au Congo, était supposée mar-quer une rupture avec l’ordre ancien. En effet, la construction d’un État colonial avait pour ambition d’instaurer la modernité. L’instauration de cet État moderne nécessitait une reconguration de l’espace, c’est-à-dire l’intégration de vastes territoires disparates au sein d’un même espace juridique, politique, social et économique. Cette nouvelle conguration de l’espace se réalisa par construction et déconstruction, mais s’effectua plus par la violence que par la persuasion. Car si le processus de construction s’avéra une démarche unicatrice, le processus de déconstruction, au contraire, provoqua un sentiment d’érosion des anciennes formes d’identité et de solidarité. Le présent ouvrage collectif a pour ambition de rendre un hommage mérité à notre ami Jean-Luc Vellut qui a été l’un des fondateurs et premier chef du départe-ment d’histoire à l’Université Lovanium de Kinshasa en 1967, puis un des piliers de ce même département au campus de Lubumbashi, où avaient été regroupées toutes les facultés de lettres et sciences sociales du Congo au moment de la création
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La société congolaise face à la modernité (1700-2010)
de l’Université nationale du Zaïre en 1971. Mais Vellut est surtout connu par les anciens étudiants du département à cause de sonGuide de l’étudiant en histoire 1 du Zaïre, publié en 1974, qui donne un aperçu de la problématique de la connais-sance du passé de l’Afrique et fait un inventaire non seulement des sources écrites de l’histoire de l’Afrique, mais aussi des sources écrites de l’histoire du Zaïre. Plus important encore est l’ouvrage qu’il a dirigé en 1996 :Bibliographie historique du 2 Zaïre à l’époque coloniale (1880-1960). Travaux publiés en 1960-1996. Il s’agit d’un instrument de travail, une bibliographie eXhaustive très importante sur l’his-toire du Congo, où l’on retrouve près de 4000 références concernant l’écriture de l’histoire du Congo sur place, au Congo, et à l’étranger. Jean-Luc Vellut a donc été le premier chef du département d’histoire à Lovanium. Les deuX premiers étudiants ont été licenciés après quatre ans d’études en 1970. À Lubumbashi, Jean-Luc a également été la cheville ouvrière d’un séminaire de professeurs pour la présentation de travauX de doctorants, pour les-quels une aide substantielle avait été obtenue de la Fondation Rockefeller via Jan Vansina et Jean-Luc. Vansina avait enseigné à Lovanium en 1970-1971 dans le cadre de ce programme. Mais Jean-Luc a demandé à Léon de Saint Moulin d’être le premier chef de département à Lubumbashi (1971-1974). Ce dernier a cédé la place au professeur Ndaywel, revenu d’études en France, au moment où Léon de Saint Moulin fut nommé doyen de la faculté des lettres de 1975 à 1979. En 1970, Jean-Luc se présentait comme celui qui étudiait les problèmes du pouvoir politique et les conits, ce qui l’a conduit à ses études sur la violence et le fonds des services de la sûreté. C’était le moment où le département d’histoire se construisait et s’employait à développer des compétences complémentaires. C’est lui qui, en dialogue avec Léon de Saint Moulin au moment de sa nomina-tion et le département, avait fait opter pour l’étude de l’histoire de la population et de l’organisation administrative (nécessaire pour interpréter les chiffres de population dans les différentes unités des diverses époques). Jean-Luc Vellut a enseigné l’histoire sociale du Congo et a dirigé de nom-breux travaux dont le modèle explicatif aide à identier une école historique se réclamant de l’histoire sociale. Il avait rédigé un plaidoyer « Pour une histoire 3 sociale de l’Afrique centrale » dans la revueCultures et développement, comme histoire des mouvements sociauX, histoire rurale, histoire des marginauX, his-toire des résistances, histoire des structures sociales, des identités sociales, des mouvements sociauX, histoire de la lutte ouvrière, histoire familiale, histoire du destin collectif, histoire de la violence, etc.
1 Vellut, J.-L. 1974.Guide de l’étudiant en histoire du Zaïre. Kinshasa : Éditions du Mont Noir o (coll. « Cours universitaires », n 1). 2 Vellut, J.-L. (dir.). 1996.Bibliographie historique du Zaïre à l’époque coloniale (1880-1960). Travaux publiés en 1960-1996. Louvain-la-Neuve/Tervuren : UCL/MRAC. 3 Vellut, J.-L. 1974. « Pour une histoire sociale de l’Afrique centrale ».Cultures et développementVI (1, 19) : 61-86.
Introduction
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Les treize contributions composant ce livre, offert à Jean-Luc Vellut par ses amis et élèves à l’occasion de ses quatre-vingts ans d’âge, rendent partiellement compte des préoccupations de cette école historique, soucieuse de la longue durée et attentive auX transformations d’une société congolaise dynamique. Le premier teXte est celui de Jérôme-Émilien Mumbanza wa Bawele. Il est consacré à la société congolaise à la veille de la colonisation belge. Celle-ci ne vient pas au contact avec des sociétés congolaises passives, mais elle s’inscrit dans une trame où se meuvent des dynamiques sociales, politiques et écono-miques locales et régionales. Jérôme Mumbanza s’attache à montrer l’apport des peuples d’Afrique centrale auX savoirs constitutifs d’une histoire de la culture e matérielle. Il décrit les inventions réalisées au xIx siècle par les riverains de la grande zone commerciale du euve Congo dans les domaines de la chasse, de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage, de l’artisanat, etc. Il y souligne le renforce-ment des techniques commerciales dans certains groupes et l’intégration sociale, la naissance et l’eXpansion de nouvelles langues, le kikongo et le lingala, et montre notamment que les techniques de chasse et de guerre ont aussi évolué avec l’apport des armes à feu. Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma présente la Belgique comme une puis-sance coloniale qui a constamment peur de perdre sa colonie. Le Congo de Bula Matari ressemblait fort à un pot fragile pouvant tomber et se casser à tout moment. Dans une perspective de la psycho-histoire des relations inter-nationales, il estime que cette peur était bien fondée et qu’elle mit constamment en alerte le pouvoir colonial et détermina fortement les relations de la Belgique avec les autres puissances. Anne Cornet, après avoir eXaminé la correspondance des sœurs de Notre-Dame de Namur, s’attache à indiquer les regards de ces femmes missionnaires sur l’État indépendant du Congo, entreprise coloniale léopoldienne controver-sée, durant la période allant de 1894 à 1908. La congrégation enseignante des sœurs de Notre-Dame de Namur, établie au Moyen-Congo et travaillant sous la responsabilité des jésuites, fut indirectement impliquée dans la polémique sur les méthodes de recrutement des enfants à destination des colonies scolaires. La correspondance donne une idée sur la perception par ces religieuses du régime léopoldien en général, et plus particulièrement, sur ce qu’elles pensaient de la tutelle eXercée sur les enfants congolais qu’elles formaient. Guy Vanthemsche présente le parcours africain du colonel AleXis Joseph Bertrand (1870-1946), une gure singulière du monde colonial belge qui s’est illustrée par son action « réformiste » dans l’entre-deuX-guerres. En effet, le colonel Bertrand, noté au début de sa carrière au Congo comme un ofcier plein d’endurance, de dynamisme, d’intelligence et de zèle, s’avéra par la suite être une personne détestable, ayant un caractère difcile, un franc parler, un manque de mesure et une tendance marquée à discuter les décrets, les arrêtés et les instructions, et surtout une grande empathie et un sincère respect pour les popu-lations africaines sous son administration.