Sport populaire de Seine-et-Oise

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La Seine-et-Oise, département singulier, sans véritable centre, tire sa richesse socioculturelle de la diversité : diversité des populations, diversité de pratiques. Au plan des activités physiques, que se passe-t-il au niveau local, dans la grande couronne parisienne, au moment où la France connaît une vague d'institutionnalisation sportive (1880-1939)? De quelle manière les sports et les sportifs locaux échappent-ils à la domination des parisiens? Un modèle de "sport populaire" voit le jour, il impose une autre manière de s'exercer et étalonne les vertus de la pratiques physique.
Publié le : mardi 1 avril 2003
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EAN13 : 9782296316454
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populaire

»

de Seine-et-Oise
1880-1939

Collection Espaces et Temps du sport dirigée par Pierre Arnaud

Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société qu'ils soient politiques, éducatifs, économiques, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique, il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières

parutions

Claude ROGGERO, Sport... Et désir de guerre, 2001.

Michel RAINIS,Histoire des clubs de plage au XXème siècle, 2001.
Pascal CHANTELAT (coord.), La professionnalisation des organisations sportives,2001. Claude PIARD, Education physique et sport. Petit manuel d'histoire élémentaire, 2001. Alice TRAVERS, La montagne éducatrice, 1940-1944, 2001. Michel POUSSE, Rugby, les enjeux de la métamorphose, 2002. Michel HELUW AERT, Jeunesse & sport: espérances contrariées, marginalités récupérées, 2002. Jacques DUMONT, Sport et assimilation à la Guadeloupe, 2002. Collectif, Le sport et lesfrançais pendant L'Occupation, 2 tome, 2002. Patrice GICQUEL , Un siècle de vélo au pays des Sourds, 2002. Fabien aLLIER & Henri VAUGRAND, L'intégrisme du football, 2002. Claude PIARD, Sport, éducation et société, 2002. Thierry TERRET et Henri HUMBERT, Histoire et diffusion de la gymnastique aquatique (1960-2000), 2002. Thierry TERRET, Les jeux interalliés de 1919, sport, guerre et relations internationales, 2002. Alex paYER, Les premiers temps des véloces-clubs, Apparition et diffusion du cyclisme associatifs français entre 1867 et 1914, 2003.

Tony FROISSART

«

sport populaire

»

de Seine-et-Oise
1880-1939

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4091-X

A tous les « sportifs ordinaires».

PREFACE

Au carrefour de l'histoire du sport, de l'histoire sociale et culturelle, l'ouvrage de Tony Froissart reprend assez largement une partie du contenu de sa thèse de doctorat dont l'originalité a été soulignée en son heure. L'auteur étudie en effet la diffusion et les modes de pratiques sportives dans une aire territoriale jusqu'alors peu étudiée: celle de la banlieue parisienne, en l'occurrence la Seineet-Oise. Un choix judicieux car ce vaste département, qui forme la deuxième couronne parisienne, connaît dans sa partie orientale, dès la fin du 19è siècle, une mutation profonde en raison de sa transformation géographique et sociologique liée au phénomène de rurbanisation. En effet, trois types de population coexistent: les ruraux, les parisiens, les banlieusards des nouveaux lotissements tels Sarcelles, Sartrouville, Beauchamp etc., ce qui ne va pas manquer d'influer sur la nature de leurs pratiques sportives et sur l'usage de l'espace, objet de concurrence. Des années 1880 à la fin des années 1930, se développe et s'affirme une troisième voie entre un sport élitiste, connoté socialement, et un sport professionnel ou sous influence idéologique (Fédération Sportive du Travail) non moins marqué socialement. Il s'agit d'un sport populaire, ce qui ne veut pas dire ouvrier, donnant le primat à la non-spécialisation, aux valeurs éducatives sinon ludiques des activités physiques. Il refuse la distinction sociale comme la mystique du champion. Est valorisée la pratique entre copains, à la bonne franquette. Et le lecteur ne pourra qu'apprécier le parti pris de l'auteur privilégiant les exercices sportifs de « l'homme ordinaire ». L'adoption d'une échelle d'observation qui donne toute sa place au niveau local permet d'appréhender la manière dont le sport est pratiqué et vécu au quotidien par des amateurs, peu concernés par les querelles institutionnelles, les rivalités entre fédérations, voire le tintamarre provoqués par les grands événements sportifs. Ces pratiquants de base exercent leur activité avec des moyens souvent rudimentaires, faisant preuve d'inventivité, de débrouillardise et de bricolage car les moyens financiers dont disposent les habitants des petites communes sont limités. Ils obligent à rogner sur les équipements nécessaires, à user de friches industrielles en guise de terrains de 7

sport et à contraindre parfois les municipalités, en raison de leur maigre budget, mais aussi de leur mauvaise volonté, à édifier des bâtiments à double usage, à la fois dispensaire et gymnase. La « Méthode Naturelle» d'Hébert est le fondement du modèle de sport populaire tel que le définit Tony Froissart. Il confère toute sa légitimité à l'éducation physique - à laquelle il convient d'intégrer également la gymnastique harmonique d'Irène Popard dont la vogue est certaine parmi la population féminine du département. Un Hébertisme qui donne le primat à la polyvalence sur la spécialisation et inspire les conceptions en matière de sport de Raoul Dautry, ingénieur en chef de l'entretien à la Compagnie du chemin de fer du nord. Avant qu'il les diffuse dans l'ensemble du monde du rail, elles sont appliquées avec succès au sein d'une population cheminote particulièrement nombreuse et dynamique installée dans le département de Seine-et-Oise. En ce sens le stade d'Ermont, véritable complexe sportit: est un creuset d'expériences et un pôle de diffusion des activités physiques. Fer de lance du sport en région, les cheminots jouent un rôle important dans la vie des clubs non corporatifs, parfois même comme conseillers. Non moins intéressante est l'attention portée par l'auteur aux rapports entre acteurs sociaux; ils s'inscrivent dans une relation de dominants/dominés. Il est évident que la gestion de territoires propices aux activités physiques, plans d'eau et vastes forêts à proximité de la capitale, génère des phénomènes de concurrence. En fait, on assiste à un phénomène de colonisation des espaces par les Parisiens. Ainsi en est-il de vastes terrains achetés par les Grands Magasins et les banques, dont les installations sportives sont réservées à leurs seuls employés. C'est vrai aussi de la création de plages artificielles comme l'Isle-Adam, Viennes, ou Elisabethville aux mains de spéculateurs parisiens et destinées à une clientèle de la capitale. Mieux encore, Paris entend imposer la règle du jeu: ainsi des clubs de football refusent d'affronter des équipes locales en raison de leur absence de notoriété et préfèrent déclarer forfait. Ce contexte explique la construction d'un discours qui entend faire de la pauvreté une vertu et de la faiblesse une force. Puisque à l'exception de quelques cas, les moyens financiers sont limités, les équipements sportifs médiocres, l'espoir d'atteindre un bon niveau technique ténu, sauf à gagner la capitale, l'accent est mis sur la vanité des records, le désintéressement de la pratique sportive, l'esprit associatif. Par ailleurs, se manifeste un esprit de résistance. Des espaces initialement conçus pour les autres sont investis par les autochtones: de la baignade parisienne, on passe à des jeux locaux ou à des disciplines sportives 8

pratiquées sur la plage, comme le basket. Résistance encore, à travers l'appropriation d'activités distinguées telle ping-pong ou la reconquête à Sannois du terrain de tennis par la « Boule Sannoisienne », voire même une OPA sur des espaces parisiens se traduisant par des incursions dominicales et nocturnes dans le vélodrome de Saint-Denis. En définitive, Tony Froissart donne une image plus contrastée et plus complexe des modes et des usages des activités physiques que celle des catégories servant habituellement de référence, une image faisant apparat"tre l'indécision des frontières et le brouillage maintenu entre éducation physique et sport. Maintien d'un esprit ludique au détriment de l'esprit de compétition, polyvalence des pratiquants, amateurisme populaire et solidarité, il existe en Seine-et-Oise un modèle original de développement du phénomène sportif qui fait tout l'intérêt de ce livre et pourrait peut-être bien préfigurer le mouvement affinitaire dont le milieu des années 1930 marque l'essor.
Ronald Hubscher, professeur émérite. Université de Paris X-Nanterre.

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AVANT-PROPOS

Sport populaire: l'expression peu usitée surprendra peut-être. Elle est boudée par les acteurs qui souhaitent, avant tout, préciser leur activité par la discipline ou la spécialité exercée; elle est aussi explicitement rejetée par les chercheurs qui préfèrent qualifier le sport destiné au peuple de travailliste, ou de sport de masse. Il semble impossible, au début du XXèmesiècle, d'assembler ces deux termes tant cette association apparaît contre nature. Pierre Larousse, dans le Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle, définit le sport comme un « ensemble d'amusements, d'exercices et de simples plaisirs qui absorbent une portion assez notable du temps des hommes riches et oisifs [...] » et qualifie de populaire « ce qui jouit de la faveur du peuple» (considéré comme « une foule vulgaire»). L'opposition est franche, indissolublement cloisonnée: d'un côté une population riche et oisive de l'autre une foule vulgaire. Néanmoins, le concept de sport populaire apparaît en 1936, sous une forme transformée, quand Léa Lagrange l'associe au certificat de capacités physiques qu'est le Brevet Sportif Populaire (B.S.P.). Il entend ainsi «servir la cause sportive dans les masses populaires françaises» afin de «transformer physiquement la jeunesse d'un
grand pays» I.

L'expression prend ici une tonalité militante, et une connotation de gauche, qui justifie l'embarras des acteurs et des auteurs pour l'utiliser. Elle mérite cependant qu'on s'y arrête afin de définir, dans l'espace délimité de la Seine-et-Oise, la force sociale profonde que révèle l'association de ces deux termes qui évoquent l'activité déployée par le « petit peuple» pour défendre ses propres modalités d'exercice physique. Qu'il soit pratiqué par des ouvriers, des employés ou des paysans, recommandé par les cadres d'une entreprise ou les dirigeants d'une fédération, cet usage du sport traduit les luttes et les résistances indigènes de populations de condition modeste pour affirmer leur place dans la société locale d'un département en perpétuelle transformation. Parfois soumis aux exigences des structures compétitives ou subissant la poussée envahissante des loisirs, les sportifs du département ne cessent, par leurs faits et gestes, de montrer leur différence.

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Le sport, organe officiel de la F.S.G.T., n° spécial BSP du 24 avril1937.

Il

En effet, en Seine-et-Oise, l'attraction d'un tourisme de proximité, proche de la capitale, joue un rôle moteur dans l'utilisation des espaces. En même temps, dans le domaine purement sportif, les athlètes locaux subissent la domination des clubs prestigieux du département de la Seine. Chaque association sportive témoigne des aspirations particulières de ses adhérents; l'ensemble de ces nuances constitue, cependant, une tendance générale d'une vigoureuse cohérence. Et si la vie des clubs est faite d'allégeances aux structures fédérales et de réactions d'indépendance, la variété de ces manifestations, tout comme la foi des acteurs, déterminent une impulsion commune aux différents milieux. Par souci d'objectivité et pour exclure tout jugement de valeur, nous n'aborderons pas le débat de spécialistes sur le contenu à donner au terme sport. Et plutôt que de choisir entre les définitions de concepteurs de méthode d'entraînement physique (Pierre de Coubertin, Georges Hébert, Georges Demeny...), de pédagogues (Ernest Loisel), d'hommes de loi (Léa Lagrange) ou de journalistes (Pierre Marie du Populaire), nous adopterons le point de vue des contemporains qui englobe, sous ce terme, les sports (au sens précis du terme, c'est-à-dire l'athlétisme et les jeux de ballon d'origine anglaise) mais aussi, la gymnastique, le tir, le jeu de boules ou la natation; bref, toute pratique physique. Notre vœu, en nous appuyant sur les représentations sociales de l'époque est de saisir l'ensemble des affirmations collectives. Conservatrices ou pionnières, dominantes ou dominées, exhibitionnistes ou discrètes, toutes ces orientations participent à la construction d'une identité. A travers la concurrence que génèrent les espaces convoités de la Seine-et-Oise, comme dans le dialogue susceptible de s'instaurer au sein d'une équipe de sports collectifs entre bourgeois et homme du peuple, on retrouve l'impulsion nécessaire à la naissance d'un usage spécifique du sport. Pour l'appréhender dans sa totalité et ne rien exclure de la diversité sociale, si riche en Seine-et-Oise, nous entendrons, donc, le concept de sport dans son sens le plus large. C'est aussi, une conception du sport perpétuellement diffusée au sein de la presse locale. S'y développe une vision régénératrice de l'exercice sportif qui affirme sa dimension populaire, parce qu'il convient au plus grand nombre et qu'il est utile aux populations défavorisées. « Le manque d'exercice physique peut-être qualifié d'empoisonnement graduel qui mine la vie de ses sources même, qui altère et rabougrit, non seulement l'individu, mais la race. »2
2 Le progrès de Seine-el-Oise n° 291 du 30 mai 1890. Discours du préfet prononcé à l'occasion du concours de gymnastique de Pontoise des 25 et 26 mai. 12

De manière comparable mais adoptant une position moins moralisatrice que Le progrès de Seine-et-Oise, Le régional de Persan3 un demi siècle plus tard, plaide pour le développement d'une « culture sportive la plus large possible» et milite «pour éviter toute spécialisation ». Cet hebdomadaire reprend les arguments de la F.S.G.T.4 et s'applique à démontrer que la pratique sportive s'adresse à tous. Pour appuyer sa démonstration, le journal publie la quinzaine suivante un article consacré au B.S.p.5. Vanaker, le journaliste, y montre que les mérites de cette épreuve vont bien au-delà de l'accueil chaleureux qu'elle reçoit auprès des sportifs. Elle s'adresse aussi au non sportif, à « l 'homme moyen». 6 C'est ainsi qu'on devient populaire: en s'adressant à des gens simples et ordinaires quel que soit le milieu dont ils sont issus. Quel sport, quels sportifs? Cette étude se situe dans l'espace particulier de la Seine-et-Oise; elle s'appuie sur l'analyse d'un milieu hétérogène et changeant. L'absence d'un noyau central, cœur du département, d'une part et l'influence puissante de la capitale qui occupe cet espace névralgique d'autre part, posent la question de l'appropriation d'une culture sportive spécifique dans une région dont une partie est périurbaine et l'autre rurale. Dès lors, la question centrale apparaît, à la fois simple et essentielle: comment, dans un milieu instable, composé de ruraux, de banlieusards et occasionnellement de parisiens, la culture sportive se met-elle en place et quelle est la nature du sport qui en émerge? Toute réponse à cette interrogation passe par la recherche des liens qui unissent les formes traditionnelles d'activité physique, ou bien leur transformation, aux modèles sportifs importés de Paris ou de systèmes fédéraux. Les projets d'associations sportives qui voient ainsi le jour ne se détourneraient-ils pas un peu des principes élitistes du sport compétitif sans les rejeter totalement? N'atténueraient-ils pas quelque peu la force morale de l'activité physique originelle? Nous émettons l'hypothèse que dans les faits, c'est une troisième voie médiane qui s'ouvre, elle autorise les affrontements et challenges sportifs dès lors que ceux-ci conservent une dimension éducative, et constitue une référence que l'on peut qualifier de « sport populaire ».
3 Le Régional de Persan n<>22 17 juin 1937. du 4 Fédération Sportive et Gymnique du Travail (créée en 1934). 5 Le Régional de Persan n024 du 3 juin 1937. 6 L'expression est de Raymond Boisset, recordman de France des 400 mètres. Tirée de l'article « Vite tous en piste », Le sport, numéro spécial du 24 avril 1937. 13

Une série d'interrogations complémentaires peut utilement préciser l'objet ainsi délimité.
Solidarités ou concurrences?

Quel peut être le résultat d'interférences culturelles entre Paris, un milieu rural et des villages dortoirs? L'instabilité du milieu n'engendre-t-elle pas une plus grande perméabilité à toutes ces influences et, en corollaire, un besoin de cohésion sociale de plus en plus pressant? Stimulation ou stérilisation? La proximité de Paris est-elle stérilisante ou au contraire joue-t-elle le rôle d'un catalyseur? La question peut s'envisager sur le plan de la diffusion des pratiques physiques; elle pose également le problème de l'appropriation de l'espace et de son contrôle par les autochtones. En somme, il s'agit d'appréhender quels types d'activités physiques peuvent se développer en Seine-et-Oise avec des populations très hétérogènes: ruraux, citadins des lotissements, parisiens et de voir s'il s'en dégage un modèle. Cette forme originale d'activité physique s'appuie sur la richesse que constitue I'hétérogénéité du milieu et la fraîcheur régénératrice des mentalités locales. Confrontée au principe de réalité, cette pratique inédite se heurte à des difficultés financières qui la retardent dans son développement autonome. N'estce pas alors, pour réussir cet exercice périlleux d'émancipation et pour répondre aux différentes logiques auxquelles il est confronté que le sport local se pare de signes distinctifs? Les développements qui suivent, tentent d'expliquer la construction de cette identité sportive populaire et sa transformation en modèle. Saisir au niveau local, les formes et les étapes d'une quête irrégulière d'autonomie est l'enjeu de cette étude. Pour cela, nous proposons d'éclairer, les représentations sociales contrastées que le sport peut suggérer, les mentalités, les jugements et les images qui ont animée la dynamique sociale dans le domaine des activités physiques et sportives pratiquées en Seine-et-Oise. Il y a dans cette appropriation d'une culture physique à l'échelle départementale, un élément nécessaire à la compréhension de la mise en place, sur tout le territoire français, d'une troisième voie sportive. Insérée entre une attitude élitiste ou compétitive et une dimension utilitaire, éducative et propédeutique suspectant le plaisir ludique,

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elle définit un véritable palier possédant, par sa dimension départementale, une relative indépendance.

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CHAPITRE 1

LA GRANDE COURONNE CREUSET D'UNE PRATIQUE SPECIFIQUE

La particularité de l'objet d'étude, l'originalité de l'espace sur lequel il se situe, imposent préalablement de préciser les clefs nécessaires pour introduire le débat et de mener une analyse du mouvement associatif départemental. Quelles sont les modalités retenues pour s'exercer? Où les associations sont-elles implantées? n s'agit avant tout de dresser un état des lieux, de le mettre en relation avec les caractéristiques locales afin de percevoir la diversité des sociabilités. Par la mutation de son appareil économique, la transformation de son agriculture et son évolution démographique, le département s'ouvre à de nouvelles influences culturelles dont le fil conducteur est l'urbanisation grandissante de la région parisienne et les révolutions ou résistances qu'elle entrâme. Culture sportive de banlieue. Dans son guide de recherche: un siècle de banlieue parisienne (18591964), Annie Fourcaut7 montre la coexistence en banlieue, de phénomènes démographiques sociaux et politiques qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Deux thèses nous ont été particulièrement utiles pour les comprendre. Dans La croissance de la banlieue parisienne publiée en 1964, Jean Bastié met en évidence les mécanismes de formation de la banlieue et la transformation de l'espace rural en tissus urbain. Plus ancienne, l'étude de René Clozier sur La gare du Nord est d'un apport irremplaçable, le chapitre quatre étant intégralement consacré au développement de la banlieue. Publiée en 1940 elle donne l'opportunité d'accéder à un bilan d'autant plus intéressant pour la présente étude qu'il se situe précisément à la fin de la période que nous analysons. Notion en perpétuelle transformation, le mot banlieue, flou et chargé d'idéologie, désigne à la fois un espace géographique et un type de société autonome possédant des attitudes culturelles propres. De ce point de vue il est légitime de s'interroger sur l'émergence d'une culture sportive spécifique à la banlieue, tout comme il semble intéressant de réfléchir sur les déterminants, les oppositions, les mécanismes de domination et les résistances entre la modernité urbaine et les traditions rurales. En transposant les analyses d'Annie Fourcault au domaine des activités physiques et sportives, et en s'appuyant sur la définition du Littré de 1878, où la banlieue est considérée comme «un territoire dans le voisinage et sous la
7 Fourcaut (Annie), Un siècle de banlieue parisienne (1859-1964), Paris, L'Harmattan, Villes et entreprises, 1988, 319p. 19 coll.

dépendance d'une ville»~ on peut admettre qu'il existe un sport de banlieue caractérisé par la proximité et l'influence de la ville. Toutefois, la mise en place d' instances fédérales~ fondées sur le découpage administratif des départements, place la Seine-et-Oise dans une situation particulière où le département parvient à acquérir une autonomie relative à l'égard de la capitale. C'est une situation paradoxale, dans laquelle la proximité géographique et la situation centrale de Paris contribuent à freiner l'essor du sport dans la Seine-et-Oise, sans parvenir à imposer de modèle. En effet les relations de voisinage avec la capitale sont liées aux déplacements quotidiens des travailleurs qui vont chercher à Paris le moyen de vivre. Le soir venu, l'habitant de Seine-et-Oise reste chez lui et mène parfois la double vie de citadin les jours et heures ouvrables, et de campagnard le reste du temps. Peut-on alors, parler de dépendance? N'existe-t-il pas une part d'autonomie dans la gestion du temps libre des banlieusards? Certes, les Parisiens viennent en Seine-et-Oise pour y implanter quelques espaces de pratique, mais ces îlots demeurent des enclaves isolées et suscitent les vocations de quelques rares autochtones séduits par le sport. Plus durablement, une véritable activité sportive se crée sur le territoire départemental et se pare de traits caractéristiques. Notre étude, en s'attachant à un espace périurbain - celui constitué par la «deuxième couronne» de communes et s'étendant très loin de Paris, jusqu'à cinquante kilomètres, au nord et à l'ouest- se développe sur une zone mixte. Intersection entre l'agglomération urbaine et la vraie campagne, les échanges y sont multiples. Ces interférences culturelles réciproques ne manquent pas de produire des comportements nouveaux à l'égard des activités physiques et sportives. Leur étude montre une autre facette des relations entre Paris et sa périphérie et permet de dépasser le thème de l'inéluctable submersion de la banlieue. L'utilisation de sites ruraux, la ségrégation urbaine, la constitution d'espaces ouvriers ou populaires, de quartiers bourgeois ou résidentiels déterminent les processus de croissance et d'exclusion qui président à la création d'associations sportives. Nous verrons que dans l'entre-deux-guerres les clubs adoptent une conception de l'exercice physique moins compétitive que celle développée dans les grandes villes et en proche banlieue. Il s'agit donc moins de submersion que de mutation et l'analyse des phénomènes sportifs nous offre l'opportunité d'en mieux comprendre les mécanismes.

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Polyactivité L'observation des créations d'associations sportives dans le département permet d'identifier une poussée des sociétés polyvalentes dès 19098, elle suit la première vague d'officialisation des sociétés de tir. Cette croissance amorcée en 1903 traduit l'adaptation des sociétés de tir à la loi de 1901, instituant la liberté de s'associer; en agissant de la sorte, les groupements reconnus peuvent espérer obtenir une aide substantielle de leur commune et intensifier leur activité. En 1909, trente-quatre sociétés de tir traduisent la volonté d'institutionnalisation amorcée en 1903, et le mouvement s'accélère à nouveau. Cette seconde augmentation quantitative s'explique par le désir qu'expriment de nombreuses sociétés de tir de compléter l'officialisation administrative en préfecture, en s'affiliant à la fédération catholique des sports qui regroupe les patronages de paroisses. L'impulsion donnée par la hiérarchie du clergé se répercute alors en Seine-et-Oise. On relève, en effet, une assez forte progression des sociétés bivalentes (une à quatre déclarations avant 1909, alors qu'à partir de cette date leur nombre est quadruplé pour passer à seize créations). Pour répondre aux sollicitations de la F.G.S.P.F., de nombreuses sociétés associent gymnastique et sports: «Les Cœurs vaillants »9, « La Jeanne d'Arc », « la Saint-Louis» ou « la Saint-Gilles» sont toutes des sociétés d'obédience catholique. L'activité qu'elles déploient renvoie aussi à la conception cléricale du sport. Ces associations suivent la direction souhaitée par les dirigeants catholiques qui voient dans la combinaison des activités sportives et gymniques le moyen de séduire la jeunesse et de la faire accéder à une formation générale. En associant ludisme et patriotisme, les prêtres entendent reconquérir la place éducative qu'ils possédaient auparavant et compenser une perte d'influence causée par la séparation de l'église et de l'état. Cette orientation, fondée sur des préoccupations militantes va infléchir les pratiques et devenir déterminante pour la Seine-et-Oise. En effet, elle scelle les bases de la « polyactivité » qui deviendra l'un des traits du sport dans ce département. A partir de 1932, les clubs sont nombreux et suffisent à couvrir les besoins de la population du département. Désormais, la croissance ne s'effectue plus par la multiplication des pôles de pratique; elle se réalise par le biais d'une

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Cf Froissart (T.), Un modèle de sport populaire. L'exemple du département de Seine-et-Oise.

1880-1939, Thèse, Université Paris-X-NantetTe, novembre 200l. 9 Titre d'une rubrique du journal fédéral Les Jeunes.

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augmentation des effectifs d'adhérents

au sein de chaque association. Ces progrès

internes sont liés à l'activité de chaque club qui intéresse un public de plus en plus nombreux et varié. En ouvrant leurs entraînements aux enfants et aux femmes, les structures fédérations. locales ne font d'ailleurs que répercuter l'ouverture souhaitée par les

Ainsi trois étapes définissent un sport de plus en plus polyvalent, s'adressant à une masse d'adeptes toujours plus élevée. Elles traduisent la richesse du mouvement sportif qui, après avoir opté pour un élargissement de ses activités par la multiplication des associations, choisit de diversifier les contenus qu'il propose dans chaque club. Pour finalement s'ouvrir à un public de plus en plus large (enfant, adulte, femme) en poursuivant des finalités éducatives, hygiéniques, ludiques ou hédonistes. Les phases de l'acculturation sportive Trois phases caractérisent l'acculturation sportive dans le département. De 1880 à 1902, les modalités de mise en œuvre et les conditions d'exercice de la pratique physique confirment les échanges culturels entre deux mondes sociologiques. Ces interférences façonnent un usage original du sport qui se teinte d'une coloration populaire tout en conservant son caractère ludique ou éducatif. Ainsi la pratique gymnique est initialement une forme de préparation militaire imposée. Peu à peu elle concerne le petit peuple de Seine-et-Oise quand elle va se détacher du cadre strict de la préparation militaire et revêtir les traits d'une pratique solidaire et communautaire. La transformation des fêtes gymniques en kermesses populaires va souder l'assemblée en réduisant la distinction acteur/spectateur. Les relations entre membres vont se révéler plus fortes et le sport utilitaire va marquer le pas pour laisser place à une activité régie par les affinités. La spécialité importe alors moins que l'ambiance collective. La gymnastique est retenue pour ses valeurs d'entraide et non pas pour sa rigidité martiale. Un processus comparable tend à modifier la nature des activités sportives et leur impulse quelques traits populaires. Les excursions sont prétextes à découvrir des endroits simples où l'on peut s'amuser et bien vivre entre amis; à la fin d'une randonnée tout le monde se retrouve pour festoyer. Pratique distinguée et populaire se retrouvent dans une ambiance festive. Les régates d'Argenteuil ou de Meulan n'ont pas le prestige des compétitions parisiennes, ni celui des courses effectuées en basse-Seine ou sur la côte d'Azur. Elles sont

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organisées à l'automne et constituent l'une des dernières sorties de la saison avant de remiser les bateaux; l'ambiance y est bon enfant. On ne vient pas à Argenteuil pour réaliser une performance, mais par réaction à l'encontre de pesanteurs induites par les rites d'une activité élitiste où la technicité l'emporte sur la convivialité. Or, les berges de la Seine fleurissent d'établissements accueillants où l'on peut se restaurer, boire l'absinthe et danser. Le bal populaire est très prisé. Dans ce contexte, on se sent autant canotier que régatier, et l'on cherche à goûter les plaisirs de l'eau avant d'apprécier la subtile manœuvre qui permet d'assurer un bon virement de bord et de regonfler les voiles rapidement, surtout quand le bassin, étroit et peu venté, restreint encore les possibilités de briller dans l'art de virer. Par la pratique fluviale on s'imprègne d'une ambiance où les bateaux sortis des chantiers navals locaux côtoient les frêles embarcations de petits employés ou fonctionnaires venus passer un dimanche à la campagne. Dans ces conditions, la course nautique devient prétexte à voguer vers des plaisirs terrestres. Ici, les sports nautiques en rivière ne parviennent pas à s'imposer sur le plan compétitif et se révèlent davantage comme l'expression d'une forme de loisirs où deux mondes interfèrent. La seconde phase, brève transition s'étendant de 1903 à 1913, traduit les hésitations d'un mouvement sportif qui se cherche. Partagés entre l'affmnation d'une identité sportive, reflet des usages parisiens, et la revendication d'une manière d'être bien de chez eux, quelques créateurs d'associations (68) penchent pour une pratique multiforme. Cet engouement timide est suivi d'une phase de déclin. La prédominance de la tendance sportive, la seule en progression, semble se dessiner. Toutefois, l'impact des associations bivalentes va infléchir la génération future et c'est une autre sportivité qui voit le jour. Si bien que l'abandon de la bivalence gymnastique et sport ne signifie pas l'engagement vers des pratiques uniformes. Bon nombre de clubs conservent une polyvalence prudente et cherchent à conjuguer les dimensions éducative et compétitive en proposant différents sports à leurs adhérents, chaque discipline complétant les effets d'une autre, tendance qui va se confirmer dans la troisième phase de l'acculturation sportive. La période de l'entre-deux-guerres consacre l'éclosion d'un sport éducatif diversifié et varié. Les clubs s'engagent certes dans une voie sportive, mais ils s'évertuent à développer une formation générale en offrant une grande variété

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d'activités. C'est ainsi que, par exemple, de nombreuses associationslo proposent la pratique du football conjointement avec d'autres sports athlétiques et que seulement trente-neuf d'entre elles retiennent ce jeu de ballon comme objet unique de leur activité. Le sport n'est plus considéré comme néfaste, les multiples efforts proposés à travers une pratique polyvalente des disciplines sportives garantissent à l'-individu un développement harmonieux et complet. Sur les 520 sociétés à tendance sportive, 236 mêlent la tradition des jeux populaires et la rigueur éducative d'une pratique variée produisant force et agilité. L'impérialisme des sociétés sportives polyvalentes Plus qu'un effet de conjoncture où dans une période d'après-guerre on tente de lier sport éducatif et volonté hygiénique, le recours à une formation sportive diversifiée est un trait permanent du sport de Seine-et-Oise. En effet, de 1906 à 1932 les sociétés polyvalentes se créent sur un rythme supérieur à celui adopté par les sociétés sportives spécialisées. Cette constatation traduit une volonté stratégique orchestrée par les dirigeants sportifs du département. Si les clubs choisissent dès leur origine de diversifier les activités qu'ils proposent, ce n'est pas pour faire face à une demande supplémentaire dont l'origine proviendrait d'une croissance interne, ce n'est pas pour satisfaire des adhérents de plus en plus nombreux. L'apparition des clubs omnisports n'est nullement liée à une augmentation des effectifs, les dirigeants ne cherchent pas à s'adapter à une situation nouvelle; au contraire, ils anticipent sur les besoins de leurs adhérents et proposent d'emblée un ensemble de pratiques tournées vers l'épanouissement et la formation intégrale de l'individu. La volonté originelle de s'engager dans la polyvalence traduit une conception de la pratique physique intégrant les dimensions utilitaire et éducative. A cet égard, les statutsl1 des Amis de la santé, groupement sportif scolaire et postscolaire du Vésinet sont très éclairants. Sous ce titre, est créée en 1929, une société d'éducation physique et de sports ayant pour but: « l'acquisition, le développement et la conservation d'une santé parfaite ». L'article 2 précise son caractère «éducatif, instructif et moralisateur ». Les

10 Cf Froissart (T), op. cité. 475 clubs prétendent avoir des «sports» pour objet. On peut estimer, tout en conservant une certaine prudence liée à l'imprécision du terme « sport », que leurs adhérents s'adonnent à la course athlétique et qu'ils pratiquent, au moins occasionnellement le football. Quand on ajoute à cette liste les 45 clubs multisports précisant offiir le football à leurs membres, l'effectif de ce type de clubs atteint 520 unités. 11A D Seine-et-Oise, 6M45.

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séances «d'éducation physique, de sports, danses, jeux, excursions, etc., procurent les moyens de distraction et de dépense saines pour le plus grand bien moral ». Le souci de variété affiché au Vésinet ne constitue pas une exception. On retrouve une démarche analogue dans de très nombreuses sociétés implantées dans diverses régions du département, en zone rurale ou urbaine. En 1931, la jeunesse athlétique de Saint-Gratien propose la pratique des «sports, de la gymnastique, une préparation militaire et une éducation populaire », à vingt enfants et quinze adultes. On peut s'interroger sur le déséquilibre que constitue l'offre des associations face à la demande des adhérents: attitude paradoxale de clubs dans lesquels s'entraînent une poignée d'individus, mais qui entendent malgré tout proposer une gamme large d'activités physiques. En effet, au regard de leurs effectifs, ils n'ont nul besoin de multiplier les disciplines offertes aux adhérents. La plupart d'entre eux regroupe un faible nombre de pratiquants. Ainsi, dans la région de Rambouillet, la Société Sportive de Saulx-Marchais créée en 1928, est composée de quinze membres actifs et de vingt-quatre membres honoraires. Malgré le nombre extrêmement réduit d'actifs, elle assure une préparation militaire, en même temps qu'elle offre à ses adhérents l'opportunité de pratiquer le football, les sports athlétiques ou les jeux. Ici, la polyvalence s'affirme, non pas comme un moyen de satisfaire des groupes de sportifs de plus en plus nombreux, mais comme une garantie éducative. A partir de 1924, le déclin des activités gymniques est irrémédiablement engagé et les associations sportives proposant de multiples activités supplantent, sur leur propre terrain utilitaire et pédagogique, les anciennes sociétés gymniques bivalentes. C'est une voie de modernisation dans laquelle la polyvalence des contenus assure la formation éducative et où l'organisation compétitive développe l'esprit de solidarité. Ces orientations que l'on trouve au niveau local en Seine-etOise, seront réaffirmées dans le règlement national de 1925 publié sous le nom de « Méthode française d'éducation physique et sportive» : « Grâce aux exercices collectifs et aux jeux d'équipe nous exciterons chez les adolescents une noble émulation. Nos compétitions seront l'image de la vie, où l'on ne lutte pas pour soi seulement, mais en faisant partie d'une collectivité, c'est avec l'aide de tous et pour tous qu'il faut vaincre. »12

12 Cf. Bellefon, MaruI, Méthode Française d'éducation physique: Paris, 1925.

manuel pratique, Chiron,

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Ainsi l'organisation sportive la plus répandue dans le département affiche la même conviction éducative que les programmes pédagogiques nationaux de l'éducation physique. Elle utilise les mêmes procédés éclectiques afin de faire face au danger de l'élitisme sportif. Le sport de Seine-et-Oise possède davantage les traits d'une éducation physique et ressemble peu au sport d'élite. En revanche il s'inscrit dans une démarche solidariste13très affirmée. L'étude statistique que nous venons de mener confirme les axes d'analyse que nous avons définis. Les pratiques mises en œuvre dans le département se heurtent à des difficultés d'ordre matériel, culturel ou économique. Elles ne peuvent s'imposer dans la seule dimension compétitive. Les valeurs pédagogiques du sport leur redonnent alors un regain de vigueur. Une nouvelle forme de pratique prend naissance; Jouissant de la faveur d'un plus grand nombre d'adeptes, elle se satisfait d'une polyvalence de disciplines et se réalise dans la simplicité.

13Voir à ce sujet le développement

chapitre 6.

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Carte n° 1

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Carte

n° 2

Sane-Et-O Cantons

ise1881-1939

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Cantons périurbains Cantons ruraux Nombre d'habitants par Km2

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Seine-et-Oise:

Carte n03 créations d'associations

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