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SPORTS ET SPORTIFS FRANÇAIS SOUS VICHY
Cet ouvrage est publié dans le cadre de la collection « Histoire du sport », dirigée par Patrick Clastres et Paul Dietschy. Crédits iconographiques : Agence SAFARA/INSEP iconothèque : 77 ; Agence Trampus/INSEP iconothèque : 85, 154 ; Agence LAPI/INSEP iconothèque : 92 ; INSEP iconothèque : 191, 195. Suivi éditorial : Iris Granet-Cornée Corrections : Catherine Garnier Conception graphique : Farida Jeannet ©Nouveau Monde éditions, 2016 bis 170 , rue du Faubourg Saint-Antoine – 75012 Paris ISBN : 978-2-36942-472-7
Bernard Prêtet SPORTS ET SPORTIFS FRANÇAIS SOUS VICHY Dàns l’intimité de Hugo, à Fàyette, PRoust, Sànd, à Fontàine, DuRàs, Simenon, Colette nouveaumonde éditions
Préface
L’histoire du sport sous le régime de Vichy a commencé à être étudiée à la fin des années 1980. Toutefois, les travaux consacrés à ce volet substantiel de la politique de l’État français ont été souvent centrés sur la nouvelle discipline scolaire intitulée « Éducation générale et sportive » et sur l’étatisme sportifvial’histoire du Commissariat général aux sports dirigé par Jean Borotra puis Joseph Pascot. Le premier mérite du livre de Bernard Prêtet est de s’attacher au fait sportif (sa pratique, ses contraintes, ses plaisirs) et au vécu des sportifs, qu’ils aient été célèbres ou anonymes. En effet, le propos de cet ouvrage savamment référencé est d’interroger l’engouement sportif qui a saisi un certain nombre de Français et de Françaises sous l’Occupation, au travers de l’exemple des régions parisienne et toulousaine. Pour étayer des réponses toujours nuancées, Bernard Prêtet a puisé dans de nombreuses sources. Manuscrites pour les archives départementales et celles des fédérations et des clubs sportifs. Imprimées, avec les publications du Commissariat général à l’EGS et la presse sportive, notamment le quotidienL’Autol’hebdomadaire et Football. Il n’a pas oublié de mener à bien une précieuse enquête orale auprès des sportifs d’une période dont il a été un jeune témoin puisqu’il avait 10 ans en 1940. Ce travail de recherche vient prolonger des investigations menées par l’auteur sur les deux clubs parisiens du Racing Club de France et du Stade Français, ainsi qu’au sein de la commission instituée en 2000 par Marie-George Buffet pour revenir, sous la direction de Jean-Pierre Azéma, sur le passé sportif de Vichy. Cette longue et minutieuse enquête s’attarde tout d’abord sur le contenu politique de la presse sportive et sur ce que l’auteur appelle les « conduites » de ses dirigeants pendant la guerre. Autant dire que certaines plumes sportives très connues n’ont pas échappé aux sirènes du collaborationnisme. C’est le cas de Jacques Goddet, dont Bernard Prêtet cite des articles très « inspirés », notamment sur l’eugénisme. C’est aussi celui de Marcel Rossini, l’influent directeur de l’hebdomadaireFootball, qui n’hésite pas à célébrer les charmes duFussball mode croix gammée et à accueillir les articles écrits outre-Rhin. Mais Bernard Prêtet montre que tous les acteurs du monde sportif n’ont pas fait preuve de complaisance à l’égard de ce qui aurait été l’Europe nouvelle des sportifs. Bien au contraire, le sport a aussi suscité des formes de résistance originales, à l’exemple du réseau « Sport libre » monté par les dirigeants de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) clandestine. Par ses tracts et son périodique éponyme ronéotypé, Sport libre a non seulement vilipendé l’autoritarisme des commissaires aux sports vichystes, notamment le colonel Pascot, sa hiérarchie de gratte-papier, mais aussi dénoncé la déportation des sportifs juifs Alfred Nakache et Victor Young Perez ou le sort fait à ses dirigeants comme Auguste Delaune ou à des champions engagés dans une résistance active, à l’exemple du défenseur des Bleus et de Sochaux Étienne Mattler. L’engagement, quel qu’il soit, n’est toutefois pas la chose la mieux partagée du monde sportif, ce que regrettent d’ailleurs les instances de Vichy. Sous l’Occupation, les vertes pelouses et les terrains de tennis couleur ocre sont plutôt teintés de gris. Pour les sportifs, jeunes ou moins jeunes, l’exercice physique, rendu plus difficile par les restrictions alimentaires et le contrôle imposé à la circulation, a souvent pris la forme de l’attentisme et de l’oubli hédoniste. De fait, les « plaisirs des sports », pour reprendre l’expression de Jean Prévost, l’écrivain sportif et stendhalien tombé dans le Vercors, ont permis aux filles et aux garçons de se retrouver à l’heure où les bals populaires étaient interdits. Ce que l’auteur appelle les « conduites les plus communes » des sportifs a surtout résidé dans les joies de l’accomplissement et de l’émulation sportifs et dans les formes de liberté qu’offre la relative autonomie du champ sportif. Les sportifs et sportives, car la période de Vichy a vu un essor notable du sport féminin, ont donc peu communié dans le moralisme et l’hygiénisme de Vichy, puis de la Résistance. Et si leur patriotisme a été peu mis en cause à la Libération, Bernard Prêtet montre bien que le legs sportif de Vichy est repris sans barguigner par le Gouvernement provisoire de la République française, e puis les ministères de la IV République. Il y a alors plus urgent à traiter que ce qui peut apparaître comme un héritage acceptable de Vichy. De même, au nom de l’apolitisme et de la camaraderie sportifs, les grands clubs parisiens ont mis sous le tapis les comportements compromettants de leurs dirigeants, un choix parfois validé par ceux qui en avaient été les
premières victimes. Ce livre comble donc un manque dans l’histoire culturelle de Vichy. Il vient aussi couronner l’engagement du professeur d’histoire-géographie qu’a été Bernard Prêtet et du chercheur assidu et opiniâtre qu’il est devenu après avoir pris sa retraite. Outre ses recherches sur les clubs parisiens ou sa participation à la commission dirigée par Jean-Pierre Azéma, l’auteur est intervenu dans plusieurs colloques scientifiques et a fourni des contributions appréciées à des ouvrages collectifs. Il a participé et participe toujours assidûment au séminaire d’histoire du sport créé en 2004 au Centre d’histoire de Sciences Po. Il est ainsi devenu un acteur important de l’invention de l’histoire du sport en France et les lignes qui suivent attestent brillamment de cette contribution. Paul Dietschy, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté
Avant-propos
Lesport a désormais acquis une place conséquente dans l’étude des faits de société et de leur histoire. L’espace occupé par le fait sportif dans la vie sociale des pays industrialisés à la veille de la Seconde Guerre mondiale n’est plus à démontrer. Sa dimension ne se fonde pas seulement sur un nombre de plus en plus accru de pratiquants et de spectateurs. Elle tient aussi à des espaces, à des intérêts économiques et politiques, ceux-ci illustrés pour le pire aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Au cours des « années noires » le sport français est soumis à des défis : les rigueurs des pénuries et de l’Occupation et la volonté du régime de Vichy de faire de lui un instrument de la Révolution nationale. À ce titre, il lui est attribué un nouveau statut qui le place sous la tutelle légale de l’État français. C’est pourquoi on peut s’étonner du peu de cas que font du sport les ouvrages généraux concernant la période de Vichy. Ce ne sont au mieux que quelques lignes, le plus souvent incluses dans des développements sur l’encadrement de la jeunesse, ce qui réduit la portée des observations. Lorsque les publications évoquent la vie quotidienne, le sport n’apparaît pas toujours, et quand il en est question, la place qui lui est accordée est sans commune mesure avec l’attention portée à l’afflux des spectateurs dans les théâtres et les cinémas et des lecteurs dans les bibliothèques. Les faits et gestes des « zazous » parisiens donnent lieu à plus de commentaires que les motivations et les comportements des pratiquants du sport et de ceux qui les regardent dans tout le pays. On observe que la recherche rencontre des réticences dans le monde sportif lorsqu’il s’agit d’envisager les cas de son implication politique. Le mythe de l’« apolitisme sportif » cultivé par des personnalités et des groupes influents est assez répandu, non sans être exempt d’intentions 1 d’instrumentalisation . S’agissant du sport et de ses acteurs (ceux qui le pratiquent, le dirigent et le regardent, communément appelés « sportifs »), le temps de Vichy n’a encore été que peu fréquenté et, par conséquent, on ne s’est guère interrogé sur le sens des conduites des uns et des autres vis-à-vis de l’État français, de la Révolution nationale et de l’occupant. On peut même remarquer que certains ouvrages qui traitent du sport en France « sautent » la période de 1940 à 1945. Des ouvrages thématiques accordent à la question des activités physiques et du sport un intérêt proportionnel à leur importance et aux remises en cause qu’ils subissent. On trouve dans 2 les livres de Wilfred D. Halls,Les jeunes et la politique de Vichy (1988) , et de Pierre Giolitto, 3 Histoire de la jeunesse sous Vichy(1991) , des indications et des explications très pertinentes sur les orientations que l’État français veut donner au sport dans le cadre de l’Éducationgénérale et sportive, sur les applications qu’elles ont suscitées. Cependant, et tout naturellement, en conformité avec leur sujet, ces études concernent pour l’essentiel l’éducation physique et le sport scolaire et universitaire en délaissant presque complètement le sport fédéral. La parution, en 1990, sous la direction de Jean-Pierre Rioux, d’un recueil de textes intituléLa 4 vie culturelle sous Vichy est, à nos yeux, une avancée importante. Avec la contribution de 5 Jean-Louis Gay-Lescot , le sport est pris en compte dans une histoire culturelle qui acquiert enfin toute sa dimension. Deux ouvrages sont spécifiquement consacrés au sport sous Vichy. Celui de Jean-Louis Gay-6 Lescot,Sport et éducation sous Vichy, 1940-1945 (1991) , et les actes d’un colloque tenu à Lyon en 2000 parus sous le titreLe sport et les Français pendant l’Occupation, 1940-1944 7 (2002) . Il faut également citer le rapport de la commission ministérielle commandé par Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, et remis en mars 2002,La politique du 8 sport et de l’éducation physique en France pendant l’Occupation. Il m’est apparu qu’un vide existait et qu’il convenait de commencer de le combler. Ce fut l’objet 9 de ma thèse de doctorat, soutenue en janvier 2014,Sportifs et sports en France, 1940-1945, dont le présent ouvrage reprend les principaux aspects. Le titre en indique les intentions.«
Sportifs »: il s’agit essentiellement d’explorer les conduites de ceux qui sont les acteurs de la vie sportive. «Sports » (au pluriel) : il s’agit d’examiner le sort des diverses disciplines et leur évolution de 1940 à 1945. La période envisagée rend particulièrement nécessaire une telle approche. Au fait que les recherches qui concernent le sport s’intéressent plus fréquemment aux doctrines et aux institutions qu’au vécu des acteurs s’ajoute la circonstance que le champ sportif se trouva remanié et bousculé comme il ne l’avait jamais été auparavant. En effet, si importants qu’aient été, avant 1940, son développement et ses mutations, à certaines périodes accélérés, ils furent suffisamment progressifs pour que ses divers acteurs conservent des repères qu’ils identifiaient facilement. Notre étude s’écarte en outre des domaines de l’éducation physique et du sport scolaire et universitaire, envisagés seulement dans leurs rapports avec le sport géré par les fédérations disciplinaires ou affinitaires (FSGT, FGSPF). Sous l’Occupation, le mouvement sportif a rencontré durant quatre années de nouveaux défis. Après un état des lieux de sa situation en 1939, c’est aux termes de cette confrontation que cet ouvrage sera consacré, de la propagande de Vichy aux réalisations sur le terrain, des tentatives de vassalisation aux phénomènes de résistance, sans omettre les traces mémorielles et l’héritage structurel de cette période pour le sport contemporain.
Repères chronologiques
1940
9 juin :Mort de Léo Lagrange au champ d’honneur. 13 juillet : Nomination de Jean Borotra au CGEGS (rattaché dans un premier temps au secrétariat d’État à la Jeunesse et à la Famille). Été : Implantation de la représentation du CGEGS à Paris, rue Auber (locaux de l’American Express). 15 août: Pétain arrête les missions du CGEGS (dans le cadre de la « Révolution nationale »). Septembre :Début de la parution de journaux contrôlés par l’occupant (Propagandastaffel). 6 septembre :Rattachement définitif du CGEGS à l’Instruction publique. Novembre : Structuration du CGEGS avec trois directeurs (Éducation générale et sportive, Sports et activités de plein air, Équipement sportif) et deux chefs de cabinet (ZO et ZNO). 13 novembre : Loi de finances attribuant au CGEGS une autorisation de dépenses de 1,9 milliard de francs (50 millions en 1939). 12 décembre : Circulaire interministérielle, base d’un programme de constructions et d’installations sportives. 20 décembre : Loi sur le sport dite « Charte des sports » fixant le rôle des associations et fédérations sportives, instituant l’agrément, l’organisation et le rôle du Comité national des sports, ainsi que la carte sportive (décrets d’application le 19 mai 1941). 1941
12 janvier :Ouverture du Centre national de moniteurs et d’athlètes d’Antibes (CNMA). 25 mars :Création du brevet sportif national. 29 avril :Première cérémonie du Serment de l’athlète (Parc des Princes à Paris). 15 mai :Création par le PCF du Front national. 22 juin :L’Allemagne envahit l’URSS. 20 août :interdit toute rencontre sportive avec les Allemands sans l’accord du Borotra CGEGS. 21 août :Premiers attentats contre les Allemands. Des otages sont pris en représailles. 23 au 26 septembre :Exposition antijuive au Berlitz. 5 octobre :Au stade Jean-Bouin, Borotra honore la mémoire de Léo Lagrange (dans le cadre de la Journée nationale de l’athlétisme). 7 décembre :Pearl Harbor. Attaque japonaise. Entrée en guerre des États-Unis.
1942
Janvier-mars : «Étude de l’état d’esprit de la population parisienne à l’égard de la pratique de l’éducation physique et des sports », commandée à Jacques Dourdin par le CGEGS. 3 mars :Bombardement aérien de Boulogne-Billancourt (623 morts). 27 mars :Premier convoi de déportation des Juifs. 18 avril :Laval rappelé au gouvernement. Nomination du colonel Pascot au CGEGS en remplacement de Borotra limogé (Borotra sera arrêté par les Allemands le 22 mai et sera déporté). 3 mai :Discours-programme de Pascot à Perpignan. 20 mai :Les chefs de service du CGEGS perdent leur délégation de signature (de nombreuses démissions suivent). 29 mai :Ordonnance allemande imposant le port de l’étoile jaune aux Juifs en zone occupée. 27 juin : Pascot rappelle à l’ordre le Comité national des sports, « organisme consultatif qui doit informer et diriger selon les vues du Commissaire Général, les activités fédérales ». Juillet :Création de « Sport libre », association de résistants en majorité de la FSGT. 5 juillet :Journée de la Sportive. 8 juillet :allemande interdisant en zone occupée l’accès des plages et des Ordonnance piscines aux Juifs, ainsi que leur participation en tant qu’acteurs ou spectateurs aux manifestations sportives. 16 juillet :Grande rafle de Juifs conduits au Vel’ d’Hiv.
23 juillet :Pascot annonce une réorganisation du cyclisme professionnel. 2 août :Journée nationale de la natation. 4 septembre :Loi instituant le STO. Octobre :Ouverture de la première école de gymnastique harmonique d’Irène Popard. 8 novembre :Création de la « Première foulée ». 11 novembre :Occupation de la zone libre. Décembre :Fermeture du CNMA d’Antibes.
1943
Janvier-mai :Cycle de conférences à la Sorbonne sur « l’Art et le Sport ». Janvier :Réorganisation des centres de formation du CNMA à Joinville et à Châtenay-Malabry (section féminine au CREGS). Février :de relance du sport dans l’entreprise (création d’un centre de formation de Essai moniteurs à l’École de Bagatelle). 16 février :Tous les Français de 20 à 23 ans sont astreints au STO (50 000 prisonniers seront échangés contre 250 000 travailleurs dès le 21 février). Mars :Formation de maquis de réfractaires au STO. 13 avril :circulaire de Pascot aux dirigeants des fédérations enjoignant de maintenir Lettre l’ordre dans les stades. 15 mai :Constitution du Comité national de la Résistance. Juin :Réforme imposée par Pascot sur l’organisation du football et le contrôle des clubs et des professionnels. 15 août : La Gestapo interdit à Alfred Nakache (recordman du monde de natation) de participer aux critériums de France ; Nakache est juif. Il sera déporté avec sa famille et reviendra seul des camps nazis. 15 au 16 septembre :Bombardements de la région parisienne. 14 novembre :Les Allemands interdisent tous les travaux de construction. Le programme de développement d’installations sportives est arrêté.
1944
11 janvier :Début de l’offensive aérienne sur l’Europe. Mai: Dernière cérémonie du Serment de l’athlète (Vincennes). 20 juin: Exécution de Jean Zay par la Milice. 17 août:L’Autoparaît pour la dernière fois. 19-25 août :Libération de Paris.
Introduction
Le champ sportif en 1939
D’abord établissons un état des lieux. S’il n’est pas question d’en dresser un tableau exhaustif, il faut retenir les traits les plus marquants de la physionomie du champ sportif en insistant sur les éléments susceptibles de servir les intentions des futurs maîtres, ou de les contrarier.
Lexpansion sportive
Les rythmes de l’histoire sportive La progression du sport n’a pas été uniforme. En 1939, cela fait un peu plus d’un demi-siècle que le mouvement sportif sous sa forme moderne − organisée et compétitive − existe en France, les dates mémorables des origines étant la fondation presque simultanée du Racing Club de France (1882) et du Stade Français (1883) puis la constitution à leur initiative de l’Union des sociétés françaises de course à pied (1887), devenue Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) en 1889, qui se voulait unique et prétendait animer, diriger et orienter le développement de tous les sports. e Cinquante ans déjà, cinquante ans seulement. Nombre des pionniers glorieux de la fin duXIX siècle sont encore, comme dirigeants, des acteurs influents, mais le sport français a connu une mutation considérable après la Première Guerre mondiale. Le cours nouveau commence par l’éclatement de l’USFSA accompli en 1920, avec des fédérations pour chacun des sports. Il ne s’agit pas que d’un changement structurel, d’ailleurs celui-ci serait inconcevable sans un puissant changement de fond : l’activité sportive gagne des milieux sociaux et des groupes qu’elle n’avait jamais atteints à quelques exceptions près. Les raisons d’être de la pratique évoluent au fur et à mesure que son environnement et ses échos acquièrent des dimensions considérables. La dynamique s’accélère dans les années 1930. En 1936, le Front populaire inaugure des voies inédites et propose un cadre régénéré.
L’expansion de la pratique En 1913, l’USFSA se satisfaisait du succès de son œuvre en affichant 100 000 à 120 000 pratiquants dans 1 700 sociétés. Même en ajoutant les cyclistes de l’Union vélocipédique de France (UVF), les footballeurs des patronages, les membres des sociétés de gymnastique, le nombre était encore modeste pour un pays de 39 millions d’habitants. La pratique sportive s’était certes quelque peu étendue hors des milieux favorisés où elle était née, elle n’avait cependant progressé que parmi des artisans, des commerçants, des employés. Elle n’avait que très exceptionnellement atteint des pans entiers du corps social, en fait sa majorité : les ouvriers de la grande industrie, les paysans. Les femmes ne se livraient que très rarement à des exercices sportifs ; seul le tennis rassemblait un nombre notable, encore que modeste, d’adeptes issues de milieux très aisés. Les quarante-deux sociétés de l’Union française de gymnastique féminine organisaient des exercices collectifs encore éloignés du sport. Les préjugés et les préventions des dirigeants de l’USFSA, notamment leur interprétation étriquée du principe de l’amateurisme, ont leur part de responsabilité dans les obstacles à la diffusion du sport dans toute la société. Issus de l’appétit de liberté qui suit la Grande Guerre, les changements débouchent sur une configuration nouvelle. La pratique sportive est modifiée par deux phénomènes : sa démocratisation qui provoque un accroissement très sensible des effectifs et l’arrivée de nouveaux sports et de nouvelles formes d’activités. Ainsi, le football-association, principal bénéficiaire de l’afflux de nouveaux pratiquants, voit-il surgir et s’épanouir de nombreux clubs dans les banlieues et les villes ouvrières. Le jeu pénètre dans les campagnes, l’autocar étant un précieux auxiliaire pour les déplacements. Dans le Sud-Ouest resté plus rural, l’apport des paysans et des travailleurs manuels, à l’origine de la multiplication des équipes et de la densification du réseau des clubs de rugby à XV, permet à partir de 1934 l’expansion du cousin dissident à XIII. La natation sportive embryonnaire en 1920 avec 935 licenciés en compte 8 149 en 1930 et 15 988 en 1939. Les fédérations spécialisées ne sont pas les seules structures d’accueil. Les fédérations «
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