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Studia anatolica et varia

De
360 pages
A travers ces articles sont explorés les domaines les plus variés en relation avec l'Anatolie du 2è millénaire et les pays voisins : histoire, histoire des religions, philologie, archéologie. Les problématiques les plus actuelles de la recherche concernant le Moyen-Orient sont ici évoquées.
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STUDIA ANATOLICA ET VARIA
MÉLANGES OFFERTS AU PROFESSEUR RENÉ LEBRUN (volume II)

Collection KUBABA Série Antiquité VI

STUDIA ANA TOLICA ET VARIA
MÉLANGES OFFERTS AU PROFESSEUR RENÉ LEBRUN (volume II)
Editeurs
MICHEL MAZOYER, OLIVIER CASABONNE
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KUBABA (UNIVERSITÉ DE PARIS I) INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS INSTITUT CATHOLIQUE DE LOUVAIN-LA-NEUVE Association KUBABA, 12 Place du Panthéon, 75231 Paris CEDEX 05

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Dessins de la couverture: la déesse KUBABA (V. Tchemychev), Paysage de Cataonie aux environs de Comana de Cappadoce (photo d'Olivier Casabonne)

Directeur de publication: Michel Mazoyer Directeur scientifique: Jorge Pérez Rey

Comité de rédaction Trésorière: Christine Gaulme Colloques: Jesus Martinez DOITonsoITO Relations publiques: Annie Tchernychev Directrice du Comité de lecture: Annick Touchard

Comité de lecture Olivier Casabonne, François-Marie Raillant, Germaine Demaux, Hugues Lebailly, Eduardo Martinez, Paul Mirault, Anne-Marie OehlschHiger, Nicolas Richer, Francisco de la Rosa, Germaine Servettaz Ingénieur informatique Patrick Habersack (nlacpacldy(à)free. fr) Ce volume a été imprimé par
@ Association KUBABA, Paris

@L'Harmatlan,2004 ISBN: 2-7475-7415-6 EAN : 9782747574150

René Lebrun, année 2004 (photo d'Olivier Casabonne)

SOMMAIRE
Sylvie LALAGUË-DULAC Typhon, doublet cicilien d 'Hépahaistos Charlotte LEBRUN Lingai- et mamltu : réflexions sur les expressions communes dans les textes de Bogazkoy et d'Ougarit André LEMAIRE Remarques sur la sémantique du « nom» en phénicien et araméen de Cilicie Frédéric MAFFRE L'association des sphères achéménide et grecque au début du 4e siècle avo J.-C. à travers l'iconographie du monnayage de Cyzique frappé par le satrape Pharnabaze Florence MALBRAN-LABAT Les Hittites et Ougarit Stefano DE MARTINO Il toponimo ittita Mutamutassa

13

29

47

53

69

105

Maria-Grazzia MASETTI-ROUAUL T « Pour le bien de mon peuple» : continuité et innovation dans l'idéologie du pouvoir au ProcheOrient à l'âge du fer

113

Michel MAZOYER Télipinu, dieu protecteur
Craig H. MELCHERT Second Thoughts on *y and H2 in Lydian

133

139

André MOTTE Xénophane de Colophon et la naissance d'une théologie nouvelle. Olivier PELON Le site de Porsuk-U/ukisla Cappadoce méridionale

151

en 195

Isabelle PIMOUGUET- PÉDARROS Le système de défense rhodien face à Démétrios Poliorcète. Maciej POPKO Zu den Gottern von Zalpa

213

241

Alexis PORCHER Notes sur le terme topos dans quelques inscriptions de Pisidie et de Pamphylie

253

Françoise ERNST-PRADAL Le fragment RS 17.406 et le traité établi par Mursili II du Hatti pour Niqmepa d'Ougarit Eric RAYMOND Quelques cultes des confins de la Lycie

259

293

Isabelle TASSIGNON Dionysos et dendrophoriques de Méandre

les rituels Magnésie du 315

Marie-Claude TREMOUILLE Un rituel de la reine plusieurs DINGIR.MAfJ

pour

337

Novella VISMARA La raffigurazioni degli eroi nella monetazione arcaica della Lycia: il caso di Perseo

351

TYPHON, ~OUBLET CILICIEN D'HEPHAISTOS ?

Aux yeux des Grecs, Héphaistos est le dieu des forgerons, auteur d'œuvres éblouissantes de techniques habilement maîtrisées. Typhon, semblable tantôt aux dieux, tantôt aux bêtes sauvages, est célèbre pour sa volonté d'imposer le chaos. Si, en apparence, les deux entités mythiques ont peu en commun, le parcours du second se rapproche étrangement de celui du premier.

1. Les mythes relatifs à Typhon Le mot TUCPWéU( désigne un monstre dont le nom semble emprunté à l'Asie Mineure. Si Typhon2 fait une apparition brève chez Homère3, l'Hymne à Apollon est plus prolixe4. Une longue digression permet au poète d'expliquer sa présence auprès du Dragon femelle qui garde l'oracle de Delphes. Héra, après avoir imploré l'aide de Gè, d'Ouranos et des Titans, met au monde « le sinistre Typhon, le fléau des mortels» de colère contre Zeus qui a engendré seul Athéna5. Le dragon de Delphes est également mis en relation, aux vers 367368, avec le fils de Typhon, « la Chimère au nom maudit ». Hésiode6 fait naître le monstre de Gè et de Tartare, il est suivi par Eschyle7 pour lequel Typhon est « fils de la terre, jadis habitant des grottes ciliciennes ». Apollodore8 explique sa naissance par le courroux de Gè: furieuse de la défaite des Géants, la déesse de la terre s'unit à Tartare en Cilicie, ascendance reprise par Nonnos de Panopolis9. 13

L'aède béotienlO offre une description précise du monstre. C'est un dieu fort et puissant. Ses épaules sont affublées de cent têtes de serpent; une lueur de feu émane de ses yeux et ses voix sont multiples. Apollodore complète le tableau. Typhon est immense: il dépasse toutes les montagnes et sa tête touche les astres. De ses bras tendus, il peut toucher l'Occident et l'Orient. C'est de ses membres supérieurs que se détachent cent têtes de serpents. Son tronc est un entrelacement d'énormes vipères. Ses yeux lancent un regard de feull. Sa bouche enflamméel2, d'où s'épand « une vapeur noirâtre, sœur tourbillonnante du feu », orne l'épisème d'un bouclierl3. Etre monstrueux, Typhon, régulièrement associé à Echidna, n'a engendré que des monstres: la Chimère, le lion de Némée, le dragon immortel aux cent têtes qui garde les pommes d'or du jardin des Hespérides, l'aigle qui dévore le foie de Prométhée, le Sphinx de Thèbes, la laie appelée Phaia et le gardien des vaches de Géryon OrthoSl4. Son dessein est de renverser le pouvoir de Zeus. Pour attaquer le ciel, Typhon utilise des rocs enflammés et sa bouche crache des tourbillons de feu. La riposte du maître de l'Olympe ne se fait pas attendre: il attaque le monstre avec une faucille. Typhon réussit à l'immobiliser, lui coupe les tendons et le transporte à travers la mer jusqu'en Cilicie où il le dépose dans son antre. Sauvé par Hermès et Egipan, Zeus pourchasse l'inquiétant fils d'Héra jusqu'en Sicile, puis l'abat de sa foudre. Il jette sur lui le mont Etna dont le bouillonnement proviendrait des traits de foudre lancés par le roi des dieux. Le corps de Typhon gît désormais « près d'un détroit marin, comprimé par les racines de l'Etna, tandis qu'au haut de ses cimes Héphaistos installé frappe le fer en fusion» 15.

2. Typhon et la Cilicie Le monstre aux cent têtes a grandi dans l'antre de Cilicie, ce qui lui vaut le qualificatif de «Cilicien» dans la huitième Pythique16. Le repaire est traditionnellement localisé à Korykos, en raison du gouffre situé à cinq kilomètres de la 14

cité1? et des inscriptions relevées à proximité du site18. P. Chuvin19 décrit le site avec précision. Deux gouffres20 et une grotte plus étroite ont pu lui servir de gîte. Il semble bien que l'origine du mythe puisse être localisée dans la partie orientale de la Cilicie Trachée. Callisthène, historien du IVe siècle Av. J.C., cité par Strabon21, rappelle également que l'antre corycien se situait près de la région du fleuve Calycadnos et du cap Sarpédon22, rejoignant les allusions d'Eschyle et de Pindare23. Ces données sont confirmées par la présence de plusieurs personnages mythologiques associés à Typhon. En premier lieu, son fils Chimère présent, semble-t-il, dans un document iconographique. Un scaraboïde en serpentine, d'origine cilicienne, appartenant au groupe dit du « Joueur de lyre» et daté de la seconde moitié du VIlle siècle Av. J.-C. ou du début du Vlle24 figure un lion à gauche retournant la tête, une tête de caprin émergeant de son corps. Le rapprochement avec la Chimère est tentant. Le corpus iconographique25 montre que la position des trois têtes peut varier selon plusieurs schémas principaux: 1- Les trois têtes sont en avant. 2- Les trois têtes sont en arrière. 3- Les têtes du lion et de la chèvre sont en avant, celle du serpent est soit en arrière, soit vers le bas. 4- La tête du lion est en avant, la tête de la chèvre en arrière, celle du serpent est soit en avant, soit en arrière, soit vers le bas. 5- La tête du lion est en arrière, la tête de la chèvre est en avant, celle du serpent est soit en avant, soit en arrière, soit vers le bas. 6- La tête du lion est de face, la tête de la chèvre est en arrière, celle du serpent est en avant. Sur le sceau, la forme de la queue du lion est surprenante: elle est dressée et forme un coude original. Si on consulte les planches du LIMC, on constate une étrange similitude avec la queue de cet animal et celles qu'Anne Jacquemin appelle serpent. L'extrémité recourbée pourrait être considérée comme la tête du serpent. Nous aurions ici un type 5 avec la tête du serpent en arrière, schéma que nous constatons 15

dans les types 3, 4 et 5. Une monnaie en bronze de la confédération lycienne26 offre une représentation proche. S'il est admis que le sceau d'Adana figure la Chimère, ce serait la première représentation de cet animal mythique en Cilicie. Un élément supplémentaire éclaire ces données parcellaires. L'image d'un personnage montant un cheval ailé apparaît sur des monnaies de Tarse au Ve siècle Av. J._C.27.On pourrait associer le cavalier chevauchant un cheval ailé, une lance (ou un trident) dans la main droite, à Bellérophon. La comparaison avec un plat de Thasos figuré dans l'article de Fr. Salviat et N.Wei1128offre des similitudes étonnantes avec la monnaie cilicienne, mais, sur le plat, Bellérophon tient la lance de la main gauche. Typhon, sa femme Echidna, son fils Chimère et le meurtrier de ce dernier, Bellérophon seraient présents en Cilicie. Pour autant, l'origine orientale du monstre n'est pas prouvée29; si Echidna et la Chimère se rapprochent d'un dragon néo-Iouvite, Typhon n'a pas de modèle oriental. La localisation de son mythe en Cilicie serait le fruit d'interactions entre la mythologie grecque et celle des populations louvitophones d'Anatolie méridionale.

3. Typhon, Chimère et la Lydie Brûlée Typhon et Chimère sont des créatures apparentées dont la puissance destructive s'appuie sur le feu. Le premier est le dieu du feu et des volcans, le second crache du feu et détruit tout. Homère30, le premier, fait du pays des Arimes, le gîte de Typhon, suivi par Strabon31qui relie le monstre à la Lydie et au nom de Katakékaumène32. Il est bien connu que la Lydie et la Phrygie sont régulièrement affectées de tremblements de terre33. Strabon34 évoque ceux de Philadelphie, d'Apamée, de Magnésie du Sypile, de Sardes, de Tralles et de Laodicée. Or, les auteurs anciens placent là le mythe des malheurs de Typhon et les Arimes35, d'où l'expression de «Terre brûlée »36. La Lydie 16

brûlée par le feu sert d'exemple au prêtre Pionos qui connaît bien la région37. Elle est évoquée dans des conditions qui montrent l'impression qu'elle faisait dans la province d'Asie. Pionos annonce que le jugement à venir est un jugement par le feu. Pour attester la réalité des châtiments divins, il utilise un exemple bien connu des Smyrniens « la terre de Lydie brûlée par le feu (...) exposée jusqu'à maintenant en exemple pour les impies ». Cette terre calcinée témoignait d'un châtiment des mécréants et frappait les imaginations. La Katakékaumène, aux confins de la Lydie et de la Phrygie, a toujours étonné les voyageurs par ses énormes coulées de laves en basalte noir. L. Robert a pris la peine de citer les descriptions complètes des spécialistes de la région38. Quelques extraits illustreront ce propos. La région est « sillonnée du nord-est au sud-ouest par d'énormes coulées de laves (eo.).Il serait difficile de voir des monuments volcaniques de nature à causer plus d'illusion, et de mieux transporter l'observateur à l'époque même de leur activité »39. En effet, « un flot monstrueux de lave noire découle de ces volcans vers le nord avec une faible pente »40.Le chercheur semble persuadé que «cette vision est indispensable à l'histoire des religions anciennes »41.La présence de Typhon en ces lieux lui a permis de localiser la cité de Satala. Nonnos42 relate le moment où le monstre après avoir brûlé de son souffle la région voisine s'approcha de Satala ; là, un prêtre de Zeus lydien arrêta l'avancée du fléau destructeur43 par une injonction. De fait, la cité de Satala est située en bordure des coulées de lave. Pour L. Robert, «le sol si évocateur du Pays Brûlé a fait naître ou a localisé la légende d'un monstre au feu dévastateur». Typhon est ici l'incarnation de la force volcanique44. L'état physique de la Katakékaumène doit être mis en relation avec la foudre frappant Typhon. Un passage de Diodore de Sicile relatif à l'Egide éclaire ce point45. Cette dernière, être effrayant né de la Terre et soufflant le feu par la bouche, avait ravagé par le feu de nombreuses régions dont celle-ci46. Sa description par l'auteur sicilien47 s'apparente également à celle de la Chimère, monstre terrifiant48 : 17

L'Egide, sorte de bête monstrueuse, terrifiante et tout à fait difficile à vaincre; née de la terre et vomissant naturellement de sa gueule une flamme immense, l'Egide apparut d'abord en Phrygie et incendia complètement cette région, qui se nomme encore maintenant « Phrygie incendiée» ; puis, sans s'arrêter, elle s'attaqua aux montagnes du Taurus et incendia complètement les forêts qui s'étendent de là jusqu'à l'Inde.

Il est frappant de trouver associées dans une même région des figures mythologiques réunies par leur nature ignée. Peut-on les rapprocher d'Héphaistos ?

4. Typhon, Héphaistos et Chimère En Lycie, Héphaïstos est honoré à Olympos sur le site de la Chimère célèbre pour son feu autogène49. Dans l'ensemble du monde grec, le dieu du feu, est associé à la métallurgie. Ces données évidentes doivent être mises en relation avec les éléments propres à Typhon, mais aussi au contexte cilicien. De fait, l'examen de leurs mythes respectifs présente des points communs. Leur filiation est le premier élément. Selon certaines versions, tous deux sont nés d'Héra50 qui enfante seule par dépit, mais, selon d'autres versions, Typhon naît de Gè et de Tartare5l. Quelle version choisir? Pour A. Ballabriga52, le passage de la Théogonie représenterait un remodelage d'une version plus ancienne qui remonterait au VIle siècle et connue au travers de Stésichore53. Au cours d'une querelle, Héra enfante Héphaistos seule. Zeus réplique en engendrant Athéna de sa tête54. Ce qui provoque la naissance de Typhon. Dans la Théogonie, la venue au monde de Typhon est antidatée et « au lieu d'être le début d'une escalade conduisant à la naissance de Typhon et ne pouvant se conclure par une théomachie, la naissance d'Héphaistos prenait la place de celle de Typhon ». 18

Selon A. Ballabriga, les naissances d'Héphaistos, d'Athéna et de Typhon formeraient un enchaînement triadique. M. Detienne55 propose I'hypothèse suivante: les enfants d'Héra sont nés sans union d'amour et s'inscrivent dans une tradition d'autonomie du corps féminin. Héphaistos et son comparse seraient nés d'un œuf clair, sans germe. Ces œufs étaient au centre d'un débat sur le corps féminin. Aristote insiste sur la vanité des produits autonomes de la femelle: incapable de produire une semence suffisamment cuite, une femme ne peut engendrer que des êtres mal tinis56. Cependant les deux enfants d'Héra ne présentent pas les mêmes handicaps. Typhon est monstrueux alors qu'Héphaistos n'est affecté dans le pire des cas que de pieds déformés ou de nanisme. Si les auteurs anciens s'accordent à souligner la force de leurs bras, la différence entre monstruosité et difformité explique peut-être leurs destins dissemblables, le premier ne sème que la violence, le second est civilisateur et patronne les arts du feu. L'un et l'autre sont mis en relation avec Chimère: fils de Typhon ou lieu de culte d'Héphaistos. Autre point commun, en tant que dieux du feu, ils sont associés aux phénomènes volcaniques. Le nom du divin forgeron sert en grec moderne à désigner les volcans57 et ses mythes le mettent régulièrement en relation avec des sites comme Lemnos, les îles Lipari ou Méthane; son culte est attesté en Phrygie et en Lydie où les éruptions ont modelé le paysage. Quant à Typhon, enseveli sous l'Etna58, il est donné pour cause de l'activité éruptive par Eschyle59: «C'est de là qu'un jour jailliront des torrents de feu, qui iront dévorer de leurs dents sauvages les guérets féconds des plaines de Sicile ». Ainsi s'exhalera le courroux de Typhon. Enfin, ce dernier et Héphaistos sont intégrés dans la sphère métallurgique: Typhon par sa mort, Héphaistos par ses fonctions. Hésiode60 raconte la mort du premier. Le monstre meurt foudroyé par Zeus, «mais, du seigneur foudroyé, la flamme rejaillit, au fond des âpres et noirs vallons de la montagne qui l'avaient vu tomber. Sur un immense espace brûlait là l'énorme terre, exhalant une vapeur prodigieuse; elle fondait, tout comme fond l'étain, que l'art des mortels recueille 19

au-dessous du creuset troué où ils l'ont fait chauffer, ou comme le fer le plus résistant, quand, aux vallons de la montagne, le feu dévorant en a fait sa proie, dans le sol divin, sous l'action d'Héphaistos ; ainsi fondait la terre sous l'éclat du feu flamboyant ». La vision d'un gigantesque creuset où bouillonnent les métaux en fusion est généralement mise en relation avec l'activité magmatique. Ce qui n'a rien d'étonnant: Typhon, dieu du feu souterrain et dévastateur, résidait surtout dans les régions volcaniques, agitées par les tremblements de terre. Pourquoi ne pas y voir également le champ métallurgique? En effet, la suite relate la combustion de la terre autour de Typhon, semblable à celle des métaux et à la technique employée par Héphaistos, dieu de la métallurgie. Pour extraire le fer du minerai, les anciens Grecs se servaient de trous creusés dans le sol, ils utilisaient comme combustible du charbon de bois et activaient le feu avec des soufflets en peau de bêtes. L'image de ces feux jaillissants de la terre a dû profondément marquer l'imaginaire des populations qui, naturellement, ont développé des mythes. A. Ballabriga61 propose une sorte de lieu mythique des confins où se mêleraient un feu tellurique et un feu céleste: l'Etna ou la Cilicie. Eschyle, Pindare et Nonnos de Panopolis placent l'antre de Typhon près de KorycoS62.Le site doit son nom aux deux gouffres voisins appelés aujourd'hui, le « vallon du Paradis» et « de l'Enfer» 63.P. Chuvin a relevé un détail intéressant dans les Dionysiaques. Le bois de Corycos réputé pour produire le safran le meilleur et le plus abondant64 se trouvait au fond du gouffre. Cette plante monocotyledone, scientifiquement appelée le crocus, produit des fleurs dont les stigmates orangés sont utilisés comme aromate et colorant65. Le début de la 1ère Olympique à Hiéron, à l'occasion de la victoire du célèbre étalon Phérénikos, met en parallèle l'or avec l'eau, le premier des biens: « L'or, semblable au feu flamboyant, répand son éclat dans la nuit...». La 3e Olympique, en écho, répond que « ...l'eau est le premier des biens et l'or la plus noble entre les richesses... ». L'éclat de l'or est constamment associé chez Pindare aux couleurs les plus chaudes, le jaune et le rouge et leurs composés. « Blond» comme la chevelure des dieux et 20

« d'or» ou « doré» sont à peu près synonymes. La pourpre et le safran s'y associent66, ainsi que l'éclair fulgurant de Zeus67. On pourrait croire cette association inspirée par le site de Korycos : le rouge, couleur du sang de Typhon, le safran, plante fétiche de la cité, l'éclair, l'arme avec laquelle Zeus tue Typhon. Un savant du XVIlle siècle, H. L. Duhamel du Monceau a étudié la « mort du safran ». Au printemps, des feuilles sèchent, les bulbes noircissent et meurent; le mal s'étend de proche en proche dans le champ. Le savant a trouvé au contact de l'oignon des corps rouge foncé d'où partent des filaments violets. Or un bulbe sain mis en terre dans un pot avec un corps rouge noircit et meurt, tandis que la terre est pleine de filaments violets68. La légende de Typhon aurait-elle permis aux Anciens de commenter des paysages spécifiques comme le propose P. Chuvin69? La couleur rouge des terres liées au phénomène de décomposition au fond des dolines et la couleur rousse des calcaires de Korycos auraient servi de base au récit de la mort du monstre dont le sang se répand sur les rivages. De même, cette couleur rouge dominante justifierait les légendes qui font du lieu le pays des Arimes qui se nourrissaient par le feu et possédaient la grotte de Typhon70, à proximité du fameux safran. Une dernière remarque est nécessaire. Pline décrit une pierre du nom d' héphestitis dont l'étymologie est évidente71. Elle a des particularités étonnantes: elle réfléchit le soleil bien qu'elle soit rouge vif, elle refroidit immédiatement l'eau bouillante versée dessus et elle met le feu à du bois sec. Or cette pierre vient de Korycos. Le lieu et la pierre ont en commun la couleur et le rapport au feu. Héphaistos donne logiquement son nom à cette curiosité naturelle sans que l'on ne puisse en tirer pour l'instant de conclusions plus générales. Il convient de rassembler brièvement les similitudes entre les deux divinités. Une ascendance et une nature ignée communes, une origine chthonienne certaine, une association continue aux phénomènes volcaniques, une relation plus ou moins affIrmée à la sphère métallurgique, enfin un lieu, Korycos où la couleur rouge sert de toile de fond, voilà tous les 21

éléments qui les rapprochent. Typhon serait le doublet exacerbé d'Héphaistos, le premier s'inscrivant dans une logique de chaos, le second dans une logique civilisatrice. De fait, le fils d'Héra sait apaiser les dieux lorsqu'une querelle les oppose72. Son feu est civilisé, car utile aux artisans73. En revanche, Typhon incarne le puissance élémentaire du désordre: dernier enfant de Gè, sa victoire ramènerait le chaos, allusion aux destructions des volcans. De son cadavre s'élèvent des vents violents qui sèment le désordre alors qu'Héphaistos est le dieu qui sait maîtriser les vents contenus dans ses soufflets. Ces analogies explicites et implicites devaient être perceptibles aux Grecs. Dans une logique comparable, J. Duchemin74 a fait ressortir des rap-prochements mythico-généalogiques entre Typhon et Prométhée qui est lui-même régulièrement mis en relation avec Héphaistos. Force est de convenir que ces trois divinités aux destins différents présentent des analogies évidentes. Quant au culte d'Héphaistos en Cilicie, hormis la présence de tenailles sur une monnaie de Kolybrassos que l'on pourrait éventuellement attribuer aux Cabires et un exemplaire figurant le dieu dans sa forge75,aucun vestige n'a été attesté. Ce fait semble étonnant dans une région connue dès l'âge du Fer, pour ses mines de fer et d'argent comme pour son commerce des métaux76. L'argent du Taurus était mis dans des bateaux à Korycos77, cité dans laquelle l'existence d'une guilde des orfèvres est attestée 78. La raison est peut-être à rechercher dans la présence de Typhon qui a remplacé Héphaïstos dans ses fonctions de divinité du feu. Cette remarque ne sous-entend pas que les forgerons ciliciens vénéraient le premier, simplement que les phénomènes telluriques de la région s'expliquaient par les mythes relatifs à l'époux d'Echidna et non, comme cela aurait été logique, par la mythologie héphaistéienne.

Sylvie LALAGÜE-DULAC Université de Bordeaux 3-Michel de Montaigne

22

1

CHANTRAINE,P., Dictionnaireétymologiquede la languegrecque, Paris,

19992, pp.1148. 2 Le mythe de Typhon est relaté par VERNANT, 1.-P., L'univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines, Paris, 1999, pp.48-52. 3 HOMÈRE, lliade II.782-783. 4 Hymne à Apollon 305-355. Voir MILLER, A. M., From Delos to Delphi. A Literary Study of the Homeric Hymn to Apollo, Leiden, 1986 et DETIENNE, M., «'J'ai l'intention de bâtir ici un temple magnifique'. A propos de l'Hymne homérique à Apollon », RHR 214, 1997/2, pp.23-55, plus particulièrement, p.24, note 1 pour les références des études philo logiques.
5 Hymne à Apollon 305-310.

6 HÉSIODE, Théogonie 820-822. 7 ESCHYLE, Prométhée 351-372. 8 APOLLODORE, Bibliothèque 1.6.3. 9 NONNOS DE PANOPOLIS, Dionysiaques XII1.496. 10HÉSIODE, Théogonie 822-835. Il PLATON, Phèdre 230a, souligne la diversité de la nature de Typhon et fait un jeu de mots sur l'idée de fumée et de souffle émanant de Typhon. 12ESCHYLE, Les Sept contre Thèbes 491-494 et 511-514. 13Dans cette pièce d'Eschyle, la rivalité de Typhon et de Zeus est rappelée: l'épisème du bouclier de l'autre combattant est décoré de la tête de Zeus « et personne, que je sache, n'a vu encore Zeus vaincu». 14 La Chimère: Apollodore, Bibliothèque II.3.1. L'aigle: Apollodore, Bibliothèque 11.5.11.Le lion de Némée: APOLLODORE, Bibliothèque 11.5.1. Le dragon: Apollodore, Bibliothèque 11.5.11. Le sphynx de Thèbes: APOLLODORE, Bibliothèque 111.5.8. La laie Phaia : APOLLODORE, Epitome E.1.l. Le gardien des vaches de Géryon, d'Orthos : APOLLODORE, Bibliothèque 11.5.10. 15 ESCHYLE, Prométhée 364-366. Sur le lieu d'inhumation de Typhon, Pindare hésite entre deux localisations. Typhon aux cent têtes est enseveli sous l'Etna (Olympiques IV.5) ou dans le Tartare affreux (Pythiques 1.15). Sur la problématique liée à cette alternative, voir DUCHEMIN, 1., Mythes grecs et sources orientales, Textes réunis par B. Deforge, Paris 1995, pp.53-62, qui analyse les versions d'Eschyle et de Pindare. Elle met en relation Prométhée et Typhon qui présente de nombreux points communs. 16PINDARE, Pythiques VIII.15.

23

17

STILLWELL W. L. (éd.), The Princeton Encyclopedia of ClassicalSites,

Princeton University Press, 1976, pp.464-465. NONNOS DE PANOPOLIS, Dionysiaques 1.258, place lui aussi l'antre de Typhon à Korycos en Cilicie Trachée; il était bien placé pour connaître la région. 18 Les inscriptions (voir DAGRON, G., et FEISSEL, D., Inscriptions de Cilicie, Paris, 1987, p.45 et notes 5 et 7) évoquent entre autres Zeus Kôrykios ; ces épithètes sont certainement une allusion à sa victoire sur le monstre. 19 CHUVIN P., Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur l'œuvre de Nonnos de Pan opolis, Clermont-Ferrand, 1991, pp.183-185 pour les références littéraires et bibliographiques. 20 Le vallon du paradis et celui de l'enfer. C'est dans le premier qu'Oppien, originaire, semble-t-il de Korycos, fait triompher Zeus, Hermès et Pan de Typhée (Oppien, Halieutiques 111.21.25). 21 STRABON XII.4.6. 22 CASABONNE O., « Notes ciliciennes », Anatolia Antiqua 7, 1999, pp.6988, plus précisément pp.72-73.
23

ESCHYLE,Prométhée351 ; PINDARE,Pythiques1.17.
H., CASABONNE, O., De VOS, J., EGETMEYER, d'Adana M., R. et LEMAIRE, A., «Sceaux du musée », Anatolia », LIMC

24 PONCY, LEBRUN,

Antiqua 9, 2001, p.13, n° 29. 25 Voir l'article du LIMC rédigé par JACQUEMIN, III/I, 1986, pp.249-259.
26 27

A., «Chimaira

JACQUEMIN,A., « Chimaira», LIMC III/I, 1986,fig. 67. CASABONNE,O., «Conquête perse et phénomènemonétaire: l'exemple

cilicien », in Mécanismes et innovations dans l'Anatolie achéménide, Numismatique et Histoire, Actes de la table Ronde Internationale d'Istanbul (22-23 mai 1997), O. Casabonne (éd.), Varia Anatolica XII, IFEA-De Boccard, Istanbul-Paris, 2000, pp.21-92, plus précisément, pp.40-41 et 68-69, types AI et A2. 28 SALVIAT, Fr., WEILL, N., «Un plat de Thasos du VIle siècle à Thasos : Bellérophon et la Chimère », BCH 84, 1960, pp.347-386, exact. p.323, fig.!1. 29 Sur les origines orientales de Typhon, se rapporter aux objections de VIAN, F., « Le mythe de Typhée et le problème de ses origines orientales », dans Eléments orientaux dans la religion grecque ancienne, Actes du Colloque de Strasbourg (22-24 mai 1958), édités par le Centre d'études supérieures spécialisé d'histoire des religions de Strasbourg, Paris, 1960, pp.17-37. Sur l'image de Bellérophon à Tarse, le nom de Pégase rapproché de l' épiclèse 24

pihassassi d'un dieu de l'orage cilicien, Typhon à Korykos et la Chimère en Cilicie, voir récemment CASABONNE, O., «Notes ciliciennes 13. Typhonies et Chimères: fragments de mythologie cilicienne », Anato/ia Antiqua Il, 2003, pp.131-140, spéc. pp.131-133. 30HOMÈRE, lliade II.782-783. 31 STRABON XIII.4.6. ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cit., Paris, p.288, relève que tous les lieux associés aux Arimes sont mis en relation avec Typhon. 32STRABON XII.8.9. 33ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cil., Paris, pp.287-312. 34STRABON XII.578-579 et 626. 35La localisation des Arimes dans le Pays Brûlé de la Lydie était soutenue par TITE-LIVE (Servius, Commentaire à l'Enéide IX.712). 36STRABON XII.8.19. 37 ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cit., Paris, p.290, note 2 pour les références du texte grec utilisé par L. Robert. Le prêtre Pionos est un martyr qui a vécu au Ille siècle. 38ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, 1962, Paris, pp.292-301. 39 TCHIHACHEFF, P .A. (de), Asie Mineure, IV, Géologie, 1, Paris, 1867, p.211. 40 PHILIPPSON, A., Reisen und F orschungen im west/ichen Kleinasien, IV, 1914, Gotha, pp.7-19 et 24-25. 41ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cit., Paris, p.297. 42NONNOS DE PANOPOLIS, Dionysiaques XIII.473-497. 43ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cil., Paris, p.310: cette légende est toujours ignorée dans les études détaillées consacrées au monstre. Effectivement, DUCHEMIN, 1., Mythes grecs et sources orientales, Textes réunis par B. Deforge, 1995, Paris, ne fait pas allusion à ce mythe. CHUVIN, P., Mythologie et géographie dionysiaques. RecOherches sur l 'œuvre de Nonnos de Panopolis, Clermont-Ferrand, 1991, p.I05 et notes 35 et 36. Démonstration reprise par L. Robert. 44 NONNOS DE PANOPOLIS, Dionysiaques XIII.319-320, à propos de l'Etna: « les cratères de feu crachent hors des roches en combustion les brûlantes lueurs de la couche de Typhon ». 45DIODORE DE SICILE, Bibliothèque Historique III.70.4. 46Du moins, c'est ce que L. Robert conclut des approximations de Diodore de Sicile: certaines sources auraient employé « Lydie », d'autres «Phrygie» 25

pour la Katakékaumène (ROBERT, L., Villes d'Asie Mineure, op.cil., Paris, pp.311-312). 47DIODORE DE SICILE III.70.3-5 (traduction B. Bommelaer, CUF). 48 Pour une description de la Chimère: Homère, Iliade VI. 179-182 ; HÉSIODE, Théogonie 319-324 ; PINDARE, Olympiques XIII.8 ; EURIPIDE, Ion 203-204 ; Electre 472-475 ; Sthénébée 11-13 ; APOLLODORE 11.3.1.3 ; HYGIN, Fables 57, 243. Voir également JACQUEMIN, A., «Chimaira », LIMC III/l, 1986, pp.249-259. 49 PSEUDO-SKYLAX 100; QUINTUS DE SMYRNE XI.91-98. Panégyries en l'honneur du dieu: TAM II 3, 905, XIII D, 1.47-48, XIV F, 1.58-63 et XIX A, 1.91-93. Inscriptions funéraires: TAM II 3, 956, 963, 967, 969, 972, 973, 976, 978, 979, 982, 989, 997 (référencée par erreur 998 dans l'index des TAM), 1004, 1005, 1007, 1008, 1010, 1014, 1018, 1019, 1026, 1028, 1031 (pas citée dans l'index), 1032, 1034, 1036, 1039, 1040, 1050, 1058, 1059, 1062, 1072, 1076, 1078, 1082, 1086, 1087, 1093, 1094, 1100, 1103, 1112, 1114,1115,1116,1120,1121,1122,1123,1128,1131, 1132, 1136, 1140, 1141, 1142, 1146, 1150, 1164. Monnaies: BMC Lycia, p.LXVI ; HEAD, B. V., Historia Numorum, Londres, 1911, p.696 ; SNG von Aulock, n° 4377. Ce liEUde culte original est étudié en détail dans un article qui lui est consacré: LALAGÜE-DULAC, S., « La Chimère, un lieu de culte original pour le dieu Hépahaistos », Hethilica XV, pp.129-161. 50 PARKER, R., «Myths of Early Athens », dans Interpretations of Greek Mythology, J. Bremmer (éd.), Londres, 1987, p.191. Héphaistos : HOMÈRE, Iliade XIV.166 et 238, XVII1.395-408 ; HÉSIODE, Théogonie 927-928; Hymne à Apollon, 316 pour les sources les plus hautes. Typhon: Hymne à Apollon 305-355. 51 Version d'APOLLODORE 1.6.1-3, d'HÉSIODE, Théogonie 820-822 et d'ESCHYLE, Prométhée 351. 52BALLABRIGA, A., « Le dernier adversaire de Zeus. Le mythe de Typhon dans l'épopée grecque archaïque », RHR 107, 1990/1, pp.3-23, spéc. p.19. 53BALLABRIGA, ibid., pp.10, 19, propose une traduction de l'Etymologicum Magnum, s.v. Typhôeus : Hésiode le fait naître de Terre; selon Stésichore, Héra l'a enfanté toute seule. 54 La Théogonie fait naître Athéna avant Héphaistos, version qui contredit celles du Catalogue (Catalogue des femmes, fr.343 M.-W.), de l'Hymne à Apollon et du Pseudo-Apollodore ainsi que les mythes littéraires ou les représentations relatifs à l'intervention d'Héphaistos dans la naissance 26

d'Athéna. Sur la jalousie d'Héra et ses enfants: MALAGARDIS, N., « Héra la sans pareille ou l'épouse exclue. A travers l'image », dans Héra. Images, espaces, cultes, Actes du Colloque International de Lille, 1993, Naples, 1997, pp.93-111, spéc. pp.94-95. 55Dans BONNEFOY, Y. (éd.), Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, Paris, 1981, article « les puissances du mariage », pp.679b-683b. 56 ARISTOTE, De la génération des animaux 737a : « la femelle est comme un mâle mutilé» et 750b : « Mais du point de vue de la génération, ils demeurent imparfaits, ceux des oiseaux aussi bien que ceux des poissons, sans l'intervention de la semence du mâle». 57CHANTRAINE, Dictionnaire, op.cil., p.418. 58ESCHYLE, Prométhée 364-366. 59ESCHYLE, Prométhée 366-370 (également PINDARE, Pythiques 1.20, qui, dans Olympiques IV.5, hésite entre l'Etna et le Tartare affreux). Le site sicilien centralise les deux mythes: il est aussi le lieu de forge d 'Héphaistos, maître de la Sicile (Nonnos de Panopolis, Dionysiaques XXX.67-74, rappelle la rivalité qui oppose Déméter à Héphaistos ; la Sicile avait été attribuée aux deux divinités conjointement: Scholie ad Théocrite 1.65). 60HÉSIODE, Théogonie 853-869. 61BALLABRIGA, A., « Le dernier adversaire de Zeus. Le mythe de Typhon dans l'épopée grecque archaïque », op.cit., p.26. 62NONNOS, Dionysiaques 1.258. 63 CHUVIN, P., Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur l'œuvre de Nonnos de Panopolis, op.cil." pp.183-184, énumère les différents lieux qui auraient pu servir de tombeau à Typhon. 64 Nonnos, Dionysiaques 111.16et CHUVIN, P., Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur I 'œuvre de Nonnos de Pan opolis, op.cil., p.184 note 72. 65La crocétine est particulièrement abondante dans le safran: BARBIER, M., « Pigments », Encyclopaedia Universalis, 1999. 66Voir la 6e Olympique. 67Réflexion menée par J. Duchemin dans l'article qu'elle a consacré à Pindare pour l' Encyclopaedia Universalis, 1999. 68 La mort est causée par un champignon parasite. Ce travail est publié dans les Mémoires de l'Académie des sciences en 1728, et Duhamel est nommé à

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un poste d'adjoint-chimiste dans cette même Académie: voir PLANTEFOL, L., «Duhamel du Monceau (H.L.) », Encyclopaedia Universalis, 1999. 69 CHUVIN, P., Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur I 'œuvre de Nonnos de Panopolis, op.cil." p.185. 70 NONNOS, Dionysiaques 1.140 et XXXIV. 184. Voir CHUVIN, P., Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur I 'œuvre de N onnos de Panopolis, Clermont-Ferrand, 1991, p.185. 71 PLINE, Histoire Naturelle XXXVI1.166 (Ie texte a été traduit et comenté par E. de Saint-Denis qui - note 1 p.176 - rappelle que le terme peut provenir d'Héphaistos, le dieu, ou d'Héphaestium, ville de Lycie) Isidore, Origine du livre XV1.15, évoque, lui aussi, cette pierre étonnante. 72 HOMÈRE, lliade 1.570-600. La notion de concorde est à ce point associée au nom d'Héphaistos qu'un passage d'Euripide, Oreste 621, utilise un composé aJ)-~<,oaIfJToç épithète de 'TrUe. a signification donnée par P. L CHANTRAINE, Dictionnaire, op.cil., p.418, éclaire notre propos: «un feu qui ne vient pas d'Héphaistos, dit de la discorde », le feu d'Héphaistos exclut la haine et la destruction. 73 D'où peut-être la flamme bénéfique de la Chimère. 74DUCHEMIN, 1., Mythes grecs et sources orientales, op.cil. 75 HOUGHTON, A., Coins of the Seleucid Empire from the Collection of Arthur Houghton, New York, 1983; HEAD, Historia Numorum, Londres, 1911, p.719. 76 LEBRUN, R., « L'Anatolie et le monde phénicien du Xe au IVe siècle avo I.-C. », dans Studia Phoenicia V : Phoenicia and the East Mediterranean in the First Millenium B. C., Proceedings of the Conference held in Leuven (November 1985), Ed. Lipinski (éd.), Louvain, 1987, pp.23-33, plus particulièrement, p.27 et JOANNÈS, F., « L'Asie Mineure méridionale d'après la documentation cunéiforme d'époque néo-babylonienne », De Anatolia Antiqua l, Bibliothèque de l'IFEA, 32, Paris, 1991, pp.261-266. La Cilicie était réputée pour ses exportations de safran et de peaux de chèvres. 77 La cité était un port et un arsenal important (voir ADAM, J.-P., «The Maritime Cities of the Graeco-Roman East using the Title NAUARCIS. Evidence and False Leads », The Ancient World 10, 1984, pp.111-125 et SNG France 2, n° 1105-1119, n° 1120 : les types de plusieurs monnaies d'époque impériale inscrivent la cité dans un contexte maritime). 78CIJ, 793.

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LINGAI- ET MAMÏTU : RÉFLEXIONS SUR LES EXPRESSIONS COMMUNES DANS LES TEXTES DE BOGAZKOY ET D'UGARIT

1. Introduction Certaines expressions hittites liées au serment et rencontrées dans les textes de Bogazkoy. trouvent leur équivalent en akkadien dans des textes d'Ugarit. Tant en hittite qu'en akkadien, nous rencontrons ces expressions dans des textes liés au domaine politique, juridique et juridique international. Nous tenterons, ici, de comparer le contenu des textes et la manière dont l'expression figure en hittite et en akkadien.

2. Expressions, références aux textes, commentaires Dans ce chapitre, nous présenterons les différentes expressions ainsi que leur traduction. Suit la liste des textes de Bogazkoy et d'Ugarit où nous rencontrons ces expressions. Après une brève présentation du contenu des différents textes, viendra une analyse de ces expressions.

2.1.1inkiya kattan dai-1 =MAMïTA SAKANU « placer sous serment » (hittite) « instaurer un serment» (akkadien)
Textes hittites: KBo V 3 i 38-39 ; KBo VIII 35 ii 28-29, 31 ; KBo XVI 27 iii 9; KBo XVI 29 obv. 16-17; KBo XVI 47, 29

15-16 ; KUB XIV 1 rev. 21-22, 44, 48,obv. 13-14, 27, 43; KUB XXXI 104 obv. 15-16,18-19. Textes akkadiens: RS 17.352, 12 ; RS 19.68, Il, 42.

KBo V 32 est un traité entre Suppiluliuma 1er du ijatti et ijuqqana du lJayasa3. KBo VIII 35, KUB XXXI 104 et KBo XVI 294 sont des traités avec les Gasgas. KBo XVI 275 est un traité d'un Arnuwanda avec les Gasgas, KBo XVI 476 est un traité d'époque pré-impériale et KUB XIV 17 est une mise en accusation de Madduwatta8 par Amuwanda I du tIatti. Parmi les textes d'Ugarit, RS 17.352 (texte juridique international) est un verdict d'Initesub concernant l'affaire de deux fils de la Grande Dame Abatmilku, reine d'Ugarit. Le texte (politique) RS 19.68 est un accord entre Niqmadu II d'Ugarit et Aziru d'Amurru concernant des dissentiments antérieurs, des accords militaires à venir et des dispositions pour le Siyannu. Dans les textes hittites, linkiya kattan dai- est traduit par «placer sous serment », dai- signifiant «mettre, poser, placer» et kattan « sous ». Ce sont soit des personnes9 comme des troupes soit une affairelO, des mots qui sont placés sous serment par des personnes de fonction différente comme le roi Suppiluliuma 1er, Pijall ou Sunupassil2, Madduwatta ou le « père de sa Majesté ». Dans les textes akkadiens, l'expression est traduite par « instaurer un serment », SAKANU signifiant «placer, établir, instaurer ». Dai- et SAKANU sont donc deux verbes qui ont le même sens mais la construction de l'expression est différente puisqu'en hittite il y a la préposition kattan qui ne se retrouve pas dans l'expression akkadienne. Dans RS 17.352, l'affaire est évoquée devant le roi de Kargemis mais c'est la reine de l'Ugarit, Abatmilku, qui instaure un serment entre ses fils et Ammistamru, roi de l'Ugarit, leur frère. Ceux-ci ont commis une faute envers lui et leur mère. Leur ayant donné leurs parts de I'héritage, elle les 30

amène à Alasia où elle instaure devant l'Istar-de-la-Steppe le serment qu'ils ne pourront plus rien réclamer au roi d'Ugarit ainsi que leur descendance. Dans RS 19.68, un serment est instauré13 entre Niqmadu II d'Ugarit et Aziru d'Amurru. Mais on ne sait par qui ou devant qui ce serment est instauré ou s'ils l'instaurent entre eux deux. Ils se promettent de faire abstraction des conflits antérieurs et Aziru soutiendra Ugarit en cas de conflit avec des royaumes extérieurs. Le contexte politique ou juridique de tous ces textes est souvent un accord ou un traité mêlant généralement un roi, une reine, du ijatti, d'Amurru ou d'Ugarit. Parfois, il s'agit de mettre un terme à un conflit entre deux états ou personnes haut placées comme la reine d'Ugarit et ses fils.
2.2. lingain iya_14 = MAMITA EPESU « faire un serment» Textes hittites: KBo VIII 35 ii 8 + duppl. KUB XL 36 + KUB XXIII 78 ; KUB XXI 1 iii 61 + KUB XXI 5 iv 6. Texte akkadien: RS 19.68, 4.

Le premier texte (KBo VIII 3515)est un traité avec les Gasgas et le second (KUB XXI 116) est un traité entre Muwatalli II du ijatti et Alaksandu du Wilusal7. Pour RS 19.68, cf. supra. Cette expression est traduite de la même façon en hittite qu'en akkadien et il s'agit dans les deux cas de traités. Iya- et EPËSU signifiant tous deux « faire ». Dans KUB XXII, il semble que l'on puisse reconstituer en partie la préposition akkadienne [SAP]ALI8 signifiant « sous» devant NI-ES. Dans les autres textes, nous ne rencontrons pas cette préposition devant le terme « serment ». Ainsi, G. Beckman traduit cette phrase en tenant compte de cette préposition et en utilisant le verbe «établir» et non 31

« faire»: «I (= Muwatalli II) have established the matter of fugitives under oath»: «j'ai établi sous serment l'affaire des fugitifs ». Si la restitution de la préposition est correcte, le sens de l'expression, dans ce cas-ci, se rapprocherait de linkiya kattan dai-. Dans un texte (KUB XXI 1), c'est Muwatalli II qui fait un serment et dans l'autre texte le « nous », sujet de l'action, représente les Hittites et les Gasgas19. Dans RS 19.68, Niqmadu II et Aziru font un serment entre eux (INA BERISUNU), oubliant leurs désaccords et Aziru promet son aide à Niqmadu II en cas de conflit. Comme vu plus haut, il n'est pas dit si une instance supérieure est témoin de ce serment. Dans cet accord, il semble que le roi d'Amurru se soumette à plus de contraintes vis-à-vis du roi d'Ugarit que l'inverse. On le constate des lignes 17 à 38 où sont énumérées les différentes contraintes d'Aziru à l'égard de Niqmadu II. Mais il ne semble pas y avoir de contraintes pour Niqmadu. Ils ne sont donc pas vraiment sur un pied d'égalité malgré le fait que le verbe ITEP SUNIM soit un ventif prétérit 12, le sens du système 2 pouvant marquer la réciprocité. MAMlTU étant un complément direct du verbe EPESU, il ne convient pas d'en faire un complément de moyen et de sous-entendre le terme « accord» comme complément direcfo. G. Kestemonr1 traduit cette expression par «faire une convention» mais le terme «convention» est, il me semble, davantage synonyme d'alliance, de traité22 que de serment. Je préfère la traduction « faire un serment ».

2.3. linkiya anda peda-

= INA MAMITI TAMÛ

« jurer sous serment / solennellement»
Texte hittite: KUB XIII 35 i 9-10. Texte akkadien: RS 17.146, 22, 40.

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Le texte hittite est un procès contre GAL- dU et son père Ukkura qui est décurion de la reine Pudubepa et c'est Ukkura qui jure sous serment23 dans cette affaire.

Dans RS 17.146 (texte juridique international) Initesub, roi de Kargemis, établit un accord concernant les meurtres de marchands d'Ugarit en Kargemis ou de Kargemis en Ugarit. Les deux parties, à savoir les fils de I'Ugarit et les fils du Kargemis, jurent sous serment la même chose à savoir qu'ils ne connaissent pas les meurtriers et ignorent où se trouvent leurs biens. Ainsi il y a une entière parité des deux parties dans cet accord. Le fait que ce serment soit juré en présence du roi de Kargemis et non du roi d'Ugarit alors que cette affaire concerne autant les fils de l'Ugarit que ceux du Kargemis, prouve bien qu'Initesub a plus de pouvoir que le roi d'Ugarit. En hittite, peda- signifie « emmener, emporter» et anda « sous, entre, parmi». Cette expression serait à traduire littéralement par « porter sous serment». Le terme TAW se rencontre seul24et signifie « jurer ». G. Kestemont traduit le verbe TAW par « prêter serment »25. Comme le verbe TAW existe seul ou accompagné de INA MAMiTU il est important de marquer une différence dans la traduction lorsqu'il est accompagné de INA MAMiTI afin d'insister sur l'emploi du serment. TAW sera traduit simplement par « jurer» quand il est employé seul.
2.4. linkiaz parkui- ef6

= INA MAMïTI ZUKKÛ

« être libéré / exempté du serment» (hittite) «libérer du serment» (akkadien)
Texte hittite: KBo V 3 iv 31-33 ; KBo XVI 47, 13-14. Texte akkadien: RS 19.78, 5.

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Dans KBo V 327,nous avons un cas non rencontré à Ugarit, à savoir: linkiaz (abl.) ANA PAN] DINGIR.MES «le serment devant les dieux». Dans les textes d'Ugarit, il n'est jamais fait mention, de manière aussi explicite qu'à Bogazkoy, de la présence des dieux quand il s'agit du serment. Dans KBo XVI 4728,il s'agit de la ville de Ijattusa qui est libérée par serment et non d'une personne comme dans KBo V 3 ou le texte d'Ugarit reprenant la même expression. Il faut souligner le fait qu'en hittite l'expression est à la voix passive et en akkadien à la voix active. Dans RS 19.78 (texte juridique), Akitesub29 serait un prince syrien qui libère le « chef-de-mille » du serment. Il s'agit d'un fonctionnaire qui a un certain pouvoir puisqu'il appose son sceau sur la tablette, garantissant ainsi l'authenticité de l'acte fait devant des témoins.

2.5. lingain sarra30

« transgresser

= ISTU MAMITI ETËQU le serment»

Textes hittites: KBo I 4 iv 40-42, ii 32 (texte en akkadien) ; KBo VIII 35 ii 14-18 ; KBo XVI 47 13-14 ; KUB XIV 1 obv. 42, rev.20 ; KUB XVII 21 iv 16-19 ; KUB XXIII 72 obv. 3637 ; KUB XXX 10 12'. Texte akkadien: RS 17.79 + 374, 28', 37', 40', [45'].

L'expression est traduite dans tous ces textes par « transgresser un serment ». Sarra- signifie « rompre », ETEQU signifie «passer à travers ou au-delà» et peut être compris comme «rompre un traité, un serment». En akkadien, nous avons SEBERU qui est traduit par «casser, rompre» mais il s'agirait alors plutôt d'une rupture matérielle (un verrou, une jambe ). KBo I 431est un traité en akkadien entre Suppiluliuma I et Tette du Nubasse32. Dans ce texte, Tette du Nubasse ne peut pas transgresser le serment. L'expression est utilisée comme hypothèse et non comme fait réel.

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Dans KBo VIII 3533, on ne peut déterminer de quelle personne il est question car c'est une deuxième personne du pluriel. Dans KUB XIV 134, Madduwatta a transgressé le serment du père de «My Majesty ». Cette expression ne fait pas partie de clauses comme dans les textes d'Ugarit mais est ici un fait réel. Dans le texte hittite KBo XVI 4735,ce n'est pas le terme lingain- mais le terme akkadien nisu qui est employé36. Celui-ci signifiant aussi le serment37.Cette particularité se retrouve aussi dans la même expression dans KUB XXIII 72. KUB XVII 21 est une prière en hittite d' Arnuwanda et Asmunikal au sujet de Nérik38. Aux lignes iv 16-17, on lit .. .lingaus sarranzi... traduit par « ils (= les Gasgas) rompront l'accord »39. Il s'agit bien sûr de «rompre l'accord fait sous serment». On rencontre dans ce même texte aux lignes 12 et 15 le verbe link- 40sous la forme linganumani « nous conclurons un accord »41et linkanzi « ils approuveront l'accord »42.De plus, à la ligne 18, on rencontre linkiyas na4 KISm «le sceau du traité »43 ou plutôt «le sceau du serment». Même si la traduction de R. Lebrun convient tout à fait au niveau du sens du texte, nous préférons garder une traduction littérale car le mot « accord» ne figure pas dans le texte hittite et ainsi traduire par « transgresser / rompre le serment ». KUB XXIII 72 est un texte historique, de Midas de Pabbuwa, rédigé en hittite mais qui emploie le terme akkadien
NISU et non lingain- 44.

KUB XXX 1045est une prière du prince, scribe et prêtre Kantuzzili, fils du roi Tudbaliya et frère présumé de Suppiluliuma 1er. C'est un hymne au Soleil suivi d'une prière personnelle à Istanu. Dans ce point de morale hittite, l'expression est utilisée comme un fait réel et non une clause comme nous en avons l'habitude à Ugarit. RS 17.79+37446 (texte politique) est un traité entre Mursili II et Niqmepa.

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Il s'agit chaque fois d'une mise en garde contre ce que Niqmepa ne ferait pas et non d'un fait réel. S'il ne fait pas telle chose vis-à-vis du roi du tlatti, il transgressera alors le serment. La traduction « transgresser le serment» est reprise dans tous les dictionnaires et par J. Nougayrol (PRU IV, p.96). G. Kestemont utilise « passer outre »47pour etëqu mais ce n'est pas exactement la même notion. 2.6. linkiyilS uddar48 = AMATEMES (SA RIKSI) MAMÏTI « termes (du traité) et du serment» Ù

Textes hittites: KBo I 4 iv 47-48 (texte en akkadien) ; KBo V 9 iv 21,23,27 f; KUB XXVI 19 ii 40 ; KUB XXXI 44 ii 24 + duppl. KUB XXXI 42 ii 26. Textes akkadiens: RS 17.338,6',7',10' ; RS 17.353, 14'.

La traduction de cette expression tant en akkadien qu'en hittite est toujours identique: « les termes (du traité49) et du serment ». En hittite, il semble que l'expression n'existe pas avec la mention du terme isbiul- « traité ». Dans KBo I 45°, cette expression reprenant le terme MAMÏTU est accompagnée du verbe NA$ARU comme dans les textes d'Ugarit. Ce traité entre Suppiluliuma 1er et Tette du Nubasse a probablement été écrit en hittite et traduit ensuite en akkadien. Cette expression en hittite se dit lingain / lingaus palJs-. Dans ce texte, elle figure en akkadien sous la forme: UMMA ffiTETTE AWÂTE ANNÂTI SA RIKSI U MAMITI LA INASSAR U ISTU MAMITIITETEQ «Si Tette ne respecte pas les termes du traité et serment, mais transgresse le serment... ». Il était habituel de rédiger d'abord ce type de texte en hittite et ensuite d'envoyer la copie en akkadien. Si le texte akkadien est bien une traduction du texte hittite, il est important alors de souligner dans ce cas l'influence du hittite. KBo V 951 est un traité entre Mursili II, roi du tlatti et Tuppi- Tesub, roi de l' Amurru ; KUB XXVI 1952correspond à 36

des fragments de traités ou protocoles passés avec les Gasgas et KUB XXXI 4453sont des instructions à des chefs de garnisons. RS 17.338 et RS 17.353 (textes politiques) sont des traités entre Mursili II, roi du ijatti et Niqmepa, roi d'Ugarit. Dans ces textes, Niqmepa doit être fidèle aux termes du traité et du serment et de ce fait à Mursili II et ses successeurs. S'il ne respecte pas son engagement, les dieux le feront disparaître mais s' il le respecte, ils le garderont, le protégeront. En akkadien, on pourrait envisager de traduire expression en tant qu 'hendiadis: «termes du traité serment ». Dans ce cas, le traité et le serment formeraient une unité, le serment apportant un aspect de plus, malédiction implicite en cas de violation.
2.7.1inkias iSha-54 = BËLU MAMïTI «maître du serment» Textes hittites: KBo VIII 35 ii 10 ; KBo XV 10 iii 63 ; KUB XIX 50 iv 10; KUB XXI 1 iv 14; KUB XXVI 36 iv 5 ; KUB XXVI 50 rev. 10. Textes akkadiens: RS 17.146,53; RS 17.459,4'; RS 18.06 +17.365,9'

cette avec alors une

Comme en akkadien, cette expression est toujours traduite par « le(s) maître(s) du serment ». Pour KBo VIII 3555, cf. supra; pour KUB XXI 156,cf. supra; KUB XXVI 36 et KUB XIX 5057 correspondent à un traité entre Mursili II et Manapa-Datta58, roi du pays de Seha. KBo XV 10 est un rituel de contre-magie et KUB XXVI 50 une donation du roi Tudbaliya IV en faveur de Saburunuwa. Pour RS 17.146, cf supra. RS 17.459 (texte juridique international) est le verdict d'un inconnu dans l'affaire de la Grande Dame. RS 18.06 + 17.365 (texte juridique international) est une liste des risques qu'encourt Sausgamuwa s'il s'oppose par 37

la force à la reprise de la fille de la Grande Dame par les envoyés d'Ammistamru. Dans tous ces textes akkadiens, plusieurs dieux sont cités comme témoins du serment et en sont les maîtres. Ils sont comme une autorité morale, religieuse pour ceux qui prêtent serment. Ils puniront celui qui ne le respecte pas (assurance du châtiment en cas de violation du serment) et le protégeront dans le cas contraire. Ceci démontre bien le lien qu'il peut y avoir entre les dieux, pouvoir divin, force contraignante, et le serment, de même que la valeur qu'il y a à prêter au serment.

3. NISU
Etant donné que nous rencontrons dans certains textes de Bogazkoy le terme NISU à la place de MAMlTU, il m'a paru intéressant de voir s'il y a une différence à faire dans l'utilisation de l'un ou l'autre terme. Le terme NISU se relève dans les textes KBo V 3, KBo V 9, KBo XVI 47, KBo XXI 10, KUB XIX 50, KUB XXI 1, KUB XXIII 72. Dans le dictionnaire de Black, George, et Postgate59, il est traduit par « (oath on the) life». Les auteurs précisent qu'il est suivi du mot ILU (dieu) : NIS ILL ILANI, et qu'il s'agit d'un terme akkadien ancien dont l'équivalent sumérien est MU, ZI (magique). Dans le dictionnaire de von Soden60, il est traduit par « (Eid beim) Leben» où il a alors à la fois un sens politique/juridique et un sens religieux. Enfin, dans le CAD61,le terme signifie « oath» (lit. « Life»).
Nous avons trouvé la trace de ce terme dans un seul texte d'Ugarit62 mais il se rencontre souvent dans des textes provenant d'autres sites. Au vu des dictionnaires, il semble que NISU ait un caractère religieux, éternel, intrinsèque, que ce soit un serment à vie, ce qui n'est pas le cas du terme MAMlTU.

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