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Sur les traces des grands empires

De
318 pages
Ce livre est le fruit d'une longue collaboration archéologique malo-japonaise qui a commencé en 1999, qui a permis de déterrer de grands bâtiments des Xe et XIe siècles, faits de pierres, qui pourraient constituer le palais royal du premier royaume de Gao... Il fournit une base riche et solide sur laquelle une nouvelle histoire africaine sera construite. Il intéressera non seulement les archéologues et les historiens, mais aussi les amateurs séduits par ce continent à la fois turbulent et fascinant.
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Shoichiro Takezawa SUR LES TRACES
et Mamadou Cissé (éd.)DES GRANDS EMPIRES
Recherches archéologiques au Mali
Berceau des grands Empires « médiévaux » de l’Afrique de l’Ouest
(Ghana, Mali, Gao ou Songhay), le Mali actuel est un pays riche en histoire. SUR LES TRACES De nombreuses réfexions et spéculations ont été menées pour localiser
la capitale de ces Empires et comprendre les enjeux du commerce
transsaharien de l’or, sans y parvenir, à cause de la rareté des sources DES GRANDS
écrites. C’est à l’archéologie de combler cette lacune, bien que peu de
recherches aient été réalisées à ce jour dans ce pays.
Ce livre est le fruit d’une longue collaboration archéologique malo- EMPIRES
japonaise qui a commencé en 1999, qui a permis de déterrer de grands
e ebâtiments des x et xi siècles, entièrement construits en pierres, qui Recherches archéologiques au Mali
pourraient constituer le palais royal du premier royaume de Gao. Cette
collaboration a également démontré la richesse exceptionnelle du Méma,
voisin du territoire de l’Empire de Ghana, qui devait prospérer depuis les
premiers siècles de notre ère. Enfn, elle a révélé la pauvreté relative des
matériaux culturels du Sud du Mali, appelé Mande, alors que les traditions
orales considèrent ce territoire comme le siège de l’Empire du Mali.
Ce livre fournit une base riche et solide sur laquelle une nouvelle histoire
africaine sera construite. Il intéressera non seulement les archéologues
et les historiens, mais aussi les amateurs séduits par ce continent à la fois
turbulent et fascinant.

Shoichiro Takezawa est Professeur au Musée national d’Ethnologie à
Osaka, au Japon. Il est Docteur en ethnologie à l’École des Hautes études en
Sciences sociales à Paris.
Mamadou Cisse est Chef de la Mission culturelle de Kangaba au Mali,
et Docteur en archéologie à l’université de Rice à Houston, aux États-Unis.
ISBN : 978-2-343-11745-4
29 e
Shoichiro Takezawa
SUR LES TRACES DES GRANDS EMPIRES
Recherches archéologiques au Mali
et Mamadou Cissé (éd.)






























Volume financé par la Société Japonaise pour la Promotion de la Science (JSPS)

© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-11745-4
EAN : 9782343117454
2





SUR LES TRACES
DES GRANDS EMPIRES





Shoichiro Takezawa
et Mamadou Cissé (éd.)





SUR LES TRACES
DES GRANDS EMPIRES


Recherches archéologiques au Mali



















SOMMAIRE
PRÉFACE .......................................................................................................... 9

INTRODUCTION
Historique d’une longue collaboration .......................................................... 13
ShoichiroTakezawa et Mamadou Cissé

I. ARCHÉOLOGIE AU MÉMA

CHAPITRE 1
Contribution à l’établissement de la chronologie au Méma :
les fouilles à Akoumbu et à Bérétouma ......................................................... 25
Mamadou Cissé, Shoichiro Takezawa et Yamoussa Fané

CHAPITRE 2
Recherches archéologiques au Méma dans le contexte des Grands Empires
de l’Afrique de l’Ouest (les Empires du Ghana et du Mali) ......................... 73
Shoichiro Takezawa et Mamadou Cissé

II. GAO ET SES ENVIRONS

CHAPITRE 3
Fouilles archéologiques à Gao Sanèye : nouvelle contribution
au développement du commerce transsaharien avec Gao (Mali)
pendant le premier millénaire...................................................................... 115
Mamadou Cissé

CHAPITRE 4
Fouilles archéologiques à Gao Ancien : découverte du palais royal
le plus ancien en Afrique de l’Ouest ........................................................... 147
Shoichiro Takezawa, Mamadou Cissé et Mamadi Dembélé


III. PROSPECTIONS ET FOUILLES DANS LE MANDEN

CHAPITRE 5
Prospection et reconnaissance archéologique dans le Manden ................... 223
Mamadou Cissé, Shoichiro Takezawa et Yamoussa Fané

CHAPITRE 6
Fouilles archéologiques de sauvetage sur le site de Dangassa Tomo :
Campagne 2012-13 ..................................................................................... 249
Takezawa Shoichiro, Mamadou Cissé, Sidi Lamine Koné et Dauda Koné

CHAPITRE 7
Fouilles archéologiques sur le site de Djiguila Tomo
(Village de Badougou Djoliba, Cercle de Kati) .......................................... 279
Shoichiro Takezawa, Mamadou Cissé, Soumaila Coulibaly et Miku Ito

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE ......................................................................... 295

LISTE DES COLLABORATEURS ...................................................................... 307





8 PRÉFACE
Depuis 1999, le ministère chargé de la Culture, par le biais de
l’ex-Direction Nationale des Arts et de la Culture, puis de l’actuelle
Direction Nationale du Patrimoine Culturel, collabore avec l’Institut
des Sciences Humaines et le Musée National d’Ethnologie d’Osaka
(Japon) dans le cadre d’un programme de recherches archéologiques
effectuées dans le Méma (Région de Ségou), à Gao Sanèye et sur le site
de la Mosquée de Kankou Moussa (Région de Gao), et dans le Manden
(Région de Koulikoro).
Situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Mali, « Bil ād al-Sūd ān ou
pays des Noirs » des auteurs Arabes du Moyen âge, est un pays chargé
d’histoire et de culture qui a vu éclore et se développer des civilisations
multiséculaires, de la Préhistoire aux états post-coloniaux en passant
par les grands empires soudanais, qui ont rayonné entre la savane et le
bassin méditerranéen.
Zone largement connue pour avoir contribué au rayonnement des
échanges entre populations noires et arabo-berbères, nous sommes dans
un espace qui a été le théâtre de mutations assez profondes, telles que la
culture d’espèces végétales, les activités liées à la production du fer,
produit qui révolutionna la vie de l’homme, à travers la confection des
outils pour la subsistance, et surtout pour la défense des communautés
naissantes. C’est dans cette même zone que s’est développé un
commerce transsaharien florissant qui favorisa l’émergence et le
développement des premiers Etats structuré dans le Sahel et la savane.
Explorer les différents vestiges culturels et mettre les résultats à la
disposition des décideurs, des chercheurs, des étudiants et du grand
public dans la perspective de s’inspirer du passé pour mieux
appréhender le futur, telle est la substance des recherches
archéologiques conjointes effectuées dans les zones du Méma, de Gao
et du Manden.
La publication des résultats obtenus pendant plusieurs années
d’activités de recherches archéologiques s’inscrit dans ce cadre. Il
s’agit également de mettre en œuvre le Protocole d’accord de
coopération signé entre la Direction Nationale du Patrimoine Culturel
et le Musée National d’Ethnologie d’Osaka. Ce protocole a pour but de
renforcer la collaboration dans les domaines de la recherche, la
formation, la documentation, la protection et la promotion du
patrimoine archéologique.
D’importants résultats ont été obtenus au cours de ces travaux de
recherche grâce à l’appui technique et financier de nombreuses
structures et organisations. Il s’agit notamment du Musée National
d’Ethnologie d’Osaka, de l’Université de Nanzan et Japan Society for
the Promotion of Science (JSPS), du Réseau Africain d’Archéologie, de
Rice University (USA) et de l’Ambassade des Etats-Unis au Mali. Les
travaux ont permis de cerner les liens évidents existant entre les
différentes zones, d’attester le fait que les populations du Méma n’ont
jamais vécu en vase clos et qu’elles entretenaient des rapports étroits
d’échanges avec celles de la région de Gao qui, à leur tour, avaient
développé des relations avec celles du Manden.
Les fouilles archéologiques effectuées sur les différents sites, à partir
de la stratigraphie et du mobilier découvert, ont mis en évidence
l’importance des ressources naturelles dans le Méma et surtout
l’ampleur des activités de, réduction du fer qui ont favorisé l’émergence
et le développement d’Etats guerriers dans cette région. Quant à Gao et
ses environs, les vestiges attestent l’ampleur des échanges du
commerce transsaharien, dont des indices ont été mis au jour jusque
dans le Manden.
Malgré leur importance, tant pour le Mali que pour l’humanité tout
entière, nombre de ces vestiges sont aujourd’hui en péril à cause non
seulement des aléas naturels, mais aussi des activités de pillage. La
crise sécuritaire de 2012 a eu un impact grave sur ce patrimoine culturel
et archéologique des régions du Nord (Gao, Kidal, Tombouctou), qui
ont été occupées par les groupes armés de mars 2012 à janvier 2013.
Cette crise eut comme conséquence la recrudescence du phénomène de
pillage des sites et le trafic illicite de biens archéologiques encore prisés
sur le marché de l’art international.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique nationale de
sauvegarde et de protection du patrimoine culturel, et au regard de son
importance à la fois historique, culturelle, scientifique et touristique, le
Gouvernement du Mali a inscrit le site de la Mosquée de Kankou
10 Moussa dans le patrimoine culturel national en novembre 2014. Aussi,
à travers la mise en œuvre des programmes et projets d’inventaire, de
documentation, de protection et de promotion des éléments du
patrimoine culturel, la Direction Nationale du Patrimoine Culturel et
ses services déconcentrés (les Missions Culturelles et les Directions
Régionales de la Culture), avec l’appui technique et financier de ses
partenaires, s’efforcent, par les moyens appropriés, de renforcer le
dispositif et les mécanismes de préservation et de diffusion du
patrimoine culturel et archéologique du Mali.
La présente publication se situe dans cette dynamique. Elle fournit
des informations précises et des données scientifiques de haute portée
sur l’évolution socio-économique des établissements humains ayant
peuplé les parties septentrionales et méridionales du bassin du fleuve
Niger. Il s’agit d’une publication à l’attention non seulement du monde
de l’éducation, de la recherche scientifique, mais aussi des collectivités
décentralisées sur l’importance du patrimoine culturel et le rôle qu’il a
joué et joue dans le processus du développement d’un pays comme le
Mali. C’est également une invitation aux responsables des collectivités
territoriales, des décideurs et des administrateurs à s’engager davantage
dans la protection et la promotion des ressources du patrimoine,
héritage légué par nos ancêtres, dont le devoir sacré de sauvegarde nous
incombe pour les générations futures.

Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme

N’DIAYE Ramatoulaye DIALLO


11 INTRODUCTION

Historique d’une longue collaboration
ShoichiroTakezawa
et Mamadou Cissé
Le présent volume est le fruit de la collaboration scientifique et
pratique de longue durée entre les deux institutions malienne et
japonaise, la Direction Nationale du Patrimoine Culturel (DNPC) d’une
part et le Musée National d’Ethnologie d’Osaka (MNEO) de l’autre.
Avant d’examiner de près ce que cette collaboration a réalisé, nous
voulons retracer l’historique de cette collaboration.
La DNPC, qui relève du ministère chargé de la Culture, fut créée en
2001. Dès sa création, elle a multiplié des échanges et des collaborations
avec les institutions étrangères parmi lesquelles le rapport avec le MNEO
au Japon est un des plus étroits et des plus profonds. En effet, ce rapport
remonte au-delà de la création de la DNPC.
En 1998, deux chercheurs, un malien et l’autre japonais, se sont
rencontrés dans la bibliothèque de l’Institut des Sciences Humaines à
Bamako (ISH). Le premier et regretté Téréba Togola était alors chef de la
section d’archéologie de l’ISH ; il devint plus tard premier directeur
national de la DNPC. Archéologue de la formation, Togola avait réalisé
depuis les années 1980 des fouilles et des prospections dans différentes
régions du Mali, notamment au Méma. Ses recherches réalisées dans cette
partie du Mali avaient abouti à une thèse présentée en 1993 à l’Université
1de Rice à Houston aux Etats-Unis .

1 Le titre de sa thèse est “Archaelogical Investigation of Iron Age Sites in the Mema
Region in Mali (West Africa)”. Cette thèse fut publiée avec le même titre en 2008
chez le BAR (British Archaeological Report) (Togola 2008).
L’autre chercheur, Shoichiro Takezawa, était au même moment
professeur de l’Université de Kyushu (professeur au MNEO depuis
2000). Spécialisé en anthropologie sociale, il avait réalisé des
recherches sur le terrain dans les sociétés des pêcheurs Bozo et des
riziculteurs Marka dans le Delta Intérieur du Niger. Les résultats de ses
recherches ont été publiés dans les tomes 1 et 3 d’un ouvrage collectif
intitulé Boucle du Niger, fruit de la coopération scientifique entre le
Mali et le Japon (Takezawa, 1988 et 2002). Attiré par l’histoire riche de
cette région, Takezawa a commencé à chercher des moyens pour
approfondir sa connaissance historique. C’était à ce moment qu’il se
buta à une grande difficulté, celle d’étudier l’histoire des sociétés ayant
utilisé la tradition orale comme support principal de transmission de
l’histoire. Comment peut-on élucider le passé lointain des sociétés sans
se référer aux documents écrits ? C’est dans cette perspective que
Takezawa a décidé de consulter la documentation en archéologie à la
bibliothèque de l’ISH.
C’était dans cette circonstance qu’eu lieu la conversation entre ces
deux chercheurs dans une des salles de l’ISH. Interrogé sur son intérêt
scientifique, Takezawa a informé Togola de son projet d’orienter les
recherches sur l’origine du riz africain, Oryza glaberrima, qui aurait été
domestiqué pour la première fois dans la Boucle du Niger, sans avoir
trouvé la méthode adéquate pour le réaliser. Ce projet a suscité un grand
intérêt scientifique auprès de Togola entraînant un débat animé entre les
deux chercheurs : la meilleure façon de connaître l’origine du riz
africain serait, d’après ce dernier, d’effectuer des recherches
archéologique et botanique dans les endroits convenables y compris les
sites néolithiques. Bien que le riz africain soit cultivé intensivement
dans le Delta I’intérieur du Niger actuel, il n’existe pas de sites
néolithiques dans cette zone. Il est donc souhaitable de réaliser les
fouilles aux alentours du Delta Intérieur dont le Méma serait la région la
plus favorable, compte tenu de l’existence de nombreux sites
néolithiques.
Fort de sa connaissance de la région pour y avoir mené ses
recherches de thèse, l’interlocuteur malien a donné une orientation sur
cette zone. L’objectif des recherches a été ainsi fixé : clarifier l’origine
de la culture du riz africain (ou au moins sa culture ancienne) grâce aux
fouilles archéologiques au Méma. Les jalons d’une coopération
scientifique sont jetés dès cette rencontre entre les deux institutions
pour se maintenir jusqu’à nos jours. Le présent volume est le fruit de
cette longue collaboration, fructueuse et avantageuse.
14 L’année 1999 fut le début de la collaboration entre les deux
institutions. Cette année a été consacrée à la préparation, à la
prospection et à la petite fouille sur un des sites néolithiques du Méma,
appelé Ndondi Tossokel. Cette fouille fut réalisée par les deux
chercheurs avec les jeunes assistants de la DNAC qui n’avaient jamais
eu la chance de participer à des recherches archéologiques. Elle a été
l’occasion de découvrir un mobilier archéologique assez riche comme
les céramiques caractéristiques du néolithique et plusieurs outils
microlitiques. Malheureusement, ce mobilier fut dispersé au cours de la
restructuration de l’ancienne Direction Nationale des Arts et de la
Culture et la création de la DNPC.
En 2000, Togola, qui s’est trouvé trop occupé par les travaux
administratifs, n’a pu se rendre sur le terrain. C’est ainsi qu’il a suggéré
à son collègue japonais de travailler avec de jeunes archéologues, dont
Mamadou Cissé et Yamoussa Fané. Ce fut le commencement d’une
collaboration solide entre les deux institutions. Une équipe
multinationale et multidisciplinaire fut constituée à cet effet. Elle se
déploya au Méma pour réaliser des fouilles sur le complexe de sites de
Kolima, constitué d’une dizaine de sites néolithiques et de l’Age du fer.
Peu de temps après, ces fouilles s’étaient révélées très fructueuses.
Elles ont permis de découvrir un mobilier archéologique riche et varié,
tel que le fonio (une des céréales d’origine Ouest-Africaine), des
squelettes de bovidés probablement sacrifiés, des objets rituels et de
nombreux tessons de céramique de type Faïta dans une couche datée
des IXème et VIIIème siècles av. J.-C. Le résultat et l’analyse de ces
fouilles constituent le chapitre 2 du présent volume.
En 2001, Togola a donné comme instructions à l’équipe d’effectuer
une fouille de sauvetage sur le site de Gao Sanèye, sérieusement touché
par les fouilles clandestines opérées par les populations locales à la
recherche d’objets précieux comme des perles en verre et en cornaline.
La protection du patrimoine culturel et la sensibilisation des
communautés locales étant des missions assignées à la DNPC, ces
fouilles de sauvetage de Gao Sanèye constituent un des objectifs
dévolus à cette institution.
Cette campagne de fouilles de sauvetage a fourni des résultats
beaucoup plus riches que l’équipe ne l’avait imaginé. Elle a fait
découvrir des constructions faites en briques rectangulaires et des
fusaïoles qui constituent les plus anciens mobiliers en Afrique de
l’Ouest. Elle a mis au jour des centaines de perles en verre dont
certaines ont été abandonnées au cours de la fabrication. Ces résultats
15 ont révélé que ce site était un grand centre commercial et industriel du
VIIIème au XIème siècle. Ces révélations ont été confirmées plus tard
par les recherches préparatoires de Mamadou Cissé dans le cadre d’une
thèse présentée à l’Université de Rice en 2011 (Cissé 2010, Cissé et al.
2014). Ces recherches seront discutées en détail dans le chapitre 3 de
cette collection.
En 2002, une nouvelle campagne de fouilles fut initiée au Méma sur
les sites d’Akoumbu et de Bérétouma qui fera l’objet de chapitre 1 de
ce volume. Ces fouilles, avec celles de l’année 2000, ont révélé la
richesse extraordinaire du Méma dans les domaines de l’économie et de
la culture. En effet, elles ont démontré que le Méma a réalisé, depuis
l’époque néolithique, une économie mixte axée sur l’agriculture,
l’élevage et les activités artisanales. Elles ont révélé également qu’à
partir de la première moitié du premier millénaire de notre ère, il a fait
progresser les activités artisanales et la stratification sociale qui ont
abouti à la formation étatique, premier bourgeon du futur empire du
Ghana. Les lecteurs de cette publication seront certainement étonnés de
découvrir la richesse économique et culturelle de cette région
actuellement désertique.
En 2003, l’équipe est retournée encore une fois dans la région de
Gao, suite à l’insécurité grandissante dans le Méma situé à la frontière
avec la Mauritanie. Elle a engagé dans des fouilles archéologiques dans
un espace ouvert de Gao Ancien que la population locale appelle « le
site de la Mosquée de Kankou Moussa ». En effet, la tradition orale
affirme que le souverain Kankou Moussa y a construit une mosquée à
2son retour de La Mecque en 1325 .
Cette fouille a permis de découvrir des traces de plusieurs
constructions faites entièrement en pierres, dont la grandeur et le type
de construction étaient au-delà de notre imagination. C’est à cause de
leur grandeur et du perfectionnement de la construction que nous les

2 Cette tradition orale a été confirmée par la découverte sur ce site d’une mosquée
munie d’un mihrâb, faite avec des briques en terre cuite et en banco (Mauny, 1951).
Comme Raymond Mauny a trouvé une stèle datée de 1364 dans un cimetière distant
d’environ 200 mètres, il en a conclu que cette mosquée était celle de Kankou Moussa.
Il est vrai qu’il y a trouvé une mosquée, mais il n’est pas certain que cette mosquée
soit celle construite par Kankou Moussa. Tous les échantillons de charbons que nous
avons pris au cours de nos sondages sur ce site montrent que celui-ci se situe entre le
VIIème et le XIIème siècle de notre ère, et non pas le XIVème siècle de Kankou
Moussa. L’un des auteurs de cette introduction (Takezawa) est incliné de considérer
que cette mosquée aurait été contemporaine des constructions faites en brique en
banco des XIème et XIIème siècles. Pour le détail, voir le chapitre 4 de ce volume.
16 considérons comme les restes d’un palais royal des Xème et XIème
siècles.
Les excavations réalisées dans cet emplacement, dont l’espace est
200 mètres sur 200 mètres, sont tellement fructueuses qu’elles nous ont
fait découvrir un mobilier archéologique très important : plus de 23000
perles en verre, 2000 objets en cuivre, 80 céramiques fabriquées en
Tunisie sous la dynastie Fatimide et un morceau de la porcelaine
chinoise. Ces objets dénoncent la richesse de Gao en tant que métropole
commerciale et sa participation au commerce transsaharien.
Les fouilles se sont poursuivies sur le même site dont les résultats
sont présentés dans le chapitre 4 de ce volume. Toutefois, l’invasion
des régions septentrionales du Mali par des groupes armés a interrompu
les campagnes de fouilles. C’est la raison pour laquelle l’équipe a quitté,
en 2010, Gao pour orienter ses recherches sur le Manden (ou Mandé
selon l’appellation courante française), situé au Sud-Ouest du Mali et
considéré comme le berceau de l’ancien Empire du Mali.
Dans cette vaste région qui n’avait jamais fait l’objet de recherches
archéologiques poussées, nous avons commencé par une prospection
archéologique sur les deux rives du fleuve Niger et dans la région
montagneuse appelée Wanda, que la population locale considère
comme le berceau du peuple Maninka ou Malinké. Les résultats de
cette prospection constituent le chapitre 5 de ce volume, suivi par les
deux chapitres (6 et 7) qui traitent les sondages effectués sur les sites de
Dangassa et de Djoliba qui occupent respectivement la rive droite et la
rive gauche du fleuve Niger.
L’objectif principal de ces fouilles consiste à mettre au jour les
traces d’activités économiques liées à la formation étatique du Manden.
Malheureusement, les fouilles réalisées n’ont pas permis d’élucider la
problématique. Nous sommes plutôt embarrassés d’expliquer la raison
de la différence frappante en mobiliers archéologiques entre des sites au
Nord, dans le Sahel, et ceux du Sud, dans la Savane. Nous espérons que
les futures fouilles pourront contribuer à expliquer la raison de cette
différence, ou bien qu’elles pourront montrer des contre-exemples de
ce constat.
17
Les grands Empires de l’Afrique de l’Ouest entre le VIIIème et le XVIème siècles
et les régions qui ont fait d’objet d’excavations archéologiques par l’équipe
Tels sont en gros les travaux réalisés dans le cadre de la
collaboration scientifique et pratique entre la DNPC d’une part et le
MNEO d’autre part. Nous souhaitons que les lecteurs de cette
publication comprennent combien cette collaboration a été fructueuse
et avantageuse au plan scientifique. Elle a contribué, nous le croyons, à
approfondir notre connaissance sur l’histoire du Mali, voire l’histoire
de l’Afrique de l’Ouest.
Voilà ainsi résumé l’historique des activités de collaboration entre
les deux institutions malienne et japonaise. Comme elles ont abouti à la
réalisation de cette collection d’articles, les lecteurs pourront
comprendre combien nous sommes fiers de cette collaboration
plusieurs années durant. Avant de terminer cette introduction, nous
voulons faire une remarque sur notre choix de terrains : pourquoi
avons-nous consacré autant d’efforts sur le Méma, Gao et le Manden ?
Avant de cibler le Méma comme notre champ de recherche, nous
nous sommes livrés à une documentation intensive sur une vaste zone
de l’Afrique de l’Ouest dont le Mali moderne est l’héritier. Ce travail
18 nous a conduit à remarquer qu’il reste beaucoup à faire pour
reconstituer l’histoire de l’Afrique de l’Ouest, particulièrement celle du
Mali. En effet, on ne connaît presque rien sur l’origine de l’occupation
humaine de cette vaste contrée. On ne connaît que très peu les
circonstances dans lesquelles les ancêtres des populations actuelles ont
introduit l’agriculture et la production du fer. Il en est de même de la
relation entre le développement économique réalisé au niveau de
l’agriculture et des activités artisanales et la progression de la
stratification sociale qui a abouti à la formation étatique.
La nature et l’existence de grands Empires « médiévaux » du Ghana,
du Mali et du Gao (ou du Songhay), le long du fleuve Niger, ont fait
l’objet depuis longtemps de réflexions et de spéculations. La puissance
et la richesse de ces formations ont été confirmées par un explorateur
scientifique allemand, Heinrich Barth, vers le milieu du XIXème siècle.
Elles ont été attestées par un travail monumental de Maurice Delafosse,
Haut-Sénégal-Niger, paru en 1912. Et pourtant, les études de l’époque
ont été focalisées, pour la plupart, sur des thèmes grandioses comme
l’identification de la capitale de ces Empires et la reconnaissance de
l’intensité du commerce de l’or à travers le Sahara. Elles ont manqué,
pour nous, d’efforts de construire une base solide pour la réflexion, telle
que l’analyse du développement des activités agricoles et artisanales
qui ont favorisé la formation de ces Empires.
Or, les études historiques traitant des anciens Empires de l’Afrique
de l’Ouest se sont basées principalement sur les documents arabes
3écrits entre le VIIIème et le XVIème siècles . Il est indéniable que ces
écrits ont une grande valeur pour les historiens et qu’ils nous permettent
de comprendre l’évolution de ces Empires et les activités commerciales
qu’ils ont encouragées. Et pourtant, ces documents ont été écrits par des
auteurs étrangers qui n’ont jamais visité l’Afrique de l’Ouest sauf Ibn
Batt ūta qui se rendit jusqu’à la capitale de l’Empire du Mali. Il en
résulte qu’ils ont tendance à surestimer les facteurs extérieurs comme
l’islamisation et le commerce transsaharien pour expliquer le
développement économique et social des sociétés Ouest-Africaines.
Ainsi, ils se concentrent sur les phénomènes saillants comme le
commerce transsaharien et la morphologie des capitales, parlant
rarement des activités qui auraient constitué la base de la vie

3 Les traductions française et anglaise de ces documents ont été réalisées par Josef
Cuoq, Nehemia Levztion et J. F. P. Hopkins (Cuoq éd. 1975 ; Levtzion and Hopkins,
eds 1981).
19 économique et sociale des populations majoritaires de ces Empires. Ils
décrivent ces sociétés comme si les facteurs permettant le
développement économique et sociale étaient venus d’ailleurs, comme
si ces sociétés avaient manqué de potentialité intrinsèque de ent.
Les recherches archéologiques sont destinées grosso modo à
l’élucidation de la culture matérielle qui a constitué la base des sociétés
ciblées. Elles ont donc le mérite d’éclairer les domaines que les
documents écrits ne traitent pas. C’est justement dans cette perspective
que nous avons décidé de nous engager dans les recherches
archéologiques dans des régions différentes comme le Méma, Gao et le
Manden, qui ont constitué des parties intégrales, sinon les foyers
mêmes, des grands Empires « médiévaux ». C’est justement pour
suivre une voie ouverte par Susan et Roderick McIntosh avec les
recherches archéologiques à Djenné-Djeno ; les résultats de ces
recherches ont révélé la présence de développement économique et de
commerce à une distance qui devait commencer il y a deux millénaires
sans aucune influence extérieure.
Depuis l’apparition de leurs recherches « révolutionnaires », les
études archéologiques se sont multipliées au Mali, dans des endroits
différents comme le Méma, Dia, la région lacustre, le pays Dogon,
Tombouctou, Es-Souk, et Kobadi, dont les travaux principaux seront
évoqués dans les chapitres suivants. Tous ces travaux, y compris les
nôtres, semblent partager un intérêt commun : élucider les potentialités
économique et sociale des sociétés Ouest-Africaines par l’analyse
minutieuse de leur culture matérielle. Cette élucidation est
indispensable pour la compréhension de l’histoire de l’Afrique de
l’Ouest, car le commerce à longue distance ne serait jamais arrivé lui
seul à construire les puissants Empires qui se sont succédé en Afrique
de l’Ouest entre le VIIIème et le XVIème siècle. C’est dans ce sens que
nous croyons indispensable de compléter les informations fournies par
les documents arabes, y compris les deux Tarikhs de Tombouctou par
celles que les recherches archéologies pourront procurer. Nous
souhaitons que ce livre renforce, avec ses données nouvellement
acquises, les échanges vifs entre les historiens et les archéologues
travaillant en Afrique de l’Ouest.
A la fin de cette introduction, nous voulons remercier les personnes
et les institutions qui nous ont aidés à accomplir nos travaux. Nos
remerciements s’adressent particulièrement aux institutions maliennes
qui nous ont fourni les moyens nécessaires pour les recherches sur le
20 terrain : le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme et les
autorités administratives de Ségou, de Gao et de Koulikoro. Les mêmes
remerciements vont aux directeurs nationaux de la DNPC : le regretté
Téréba Togola, Klessegué Sanogo, et Lassana Cissé, ainsi qu’aux
agents de la DNPC qui ont participé aux différentes recherches sur le
terrain : Malick Koreichi, Josué Dougnon, Sékou Kanté, Boubacar
Togola, Balla Koné, Aminata D. Touré, Mohamed Simaga, Raphael
Kamaté, Oumou Traoré, Youssouf Baba, El Moctar Touré et le regretté
Boubou Gassama (ancien directeur régional de la jeunesse de Gao) et
aux chauffeurs Hamed Kassibo, Broulaye Diarra, et Moussa Samaké.
Notre profonde gratitude va à l’Institut des Sciences Humaines et à
ses chercheurs : le Directeur Klena Sanogo, Youssouf Kalapo, et
Nafogo Coulibaly, pour leur aide et leur participation aux différentes
campagnes de fouilles à Gao et dans le Manden.
Du côté japonais, nous adressons nos sincères remerciements aux
institutions japonaises du Musée National d’Ethnologie à Osaka et de
l’Université de Nanzan qui nous ont apporté d’innombrables facilités.
Nous tenons à exprimer notre gratitude spéciale aux chercheurs qui ont
participé aux travaux de terrain et qui ont donné des informations
supplémentaires par leurs connaissances scientifiques spécialisées :
Sakai Shinzo de l’Université de Nanzan et Otoshi Tetsuya de
l’Université de Waseda qui nous ont aidé dans le domaine de l’islam
africain ; Nakahashi Takahiro de l’Université de Kyushu, dans le
domaine de l’anthropologie physique ; Yoshimura Atshushi de la
même Université et Nakano Hisao de l’Université de Shimane, dans le
domaine de la botanique ; Nakaya Hideo de l’Université de Kagoshima,
dans le domaine de la paléozoologie.
Notre profonde gratitude va également aux chercheurs qui ont aidé à
l’analyse des données recueillies au cours de nos sondages : Kato
Shingo de l’Université Scientifique de Tokyo qui a réalisé l’analyse des
verres, Kawatoko Mutsuo et Shindo Michiko du Centre Culturel du
Proche-Orient qui nous a donné une perspective comparative par leurs
recherches archéologiques en Egypte ; Nakao Seiji de l’Université de
Nanzan qui a participé à la fouille et a tracé les figures des constructions
de Gao Ancien.
Enfin, notre gratitude spéciale s’adresse à la Société Japonaise pour
la Promotion de la Science (JSPS) qui nous a fourni le financement
nécessaire pour exécuter les recherches sur le terrain et l’analyse du
mobilier archéologique. Les numéros de financement sont les suivants:
21 11691024 (1999-2000), 144010119 (2001-2003), 18401041
(2006-2007) et 24242037 (2012-2015).
Nous tenons également à préciser que certains chapitres de ce
volume ont été déjà publiés dans différents journaux scientifiques, à
savoir les références des articles originaux suivants : l’article original
du chapitre 2 : Takezawa Shoichiro et Mamadou Cissé, 2004, « La
culture des céréales au Méma, Mali », in Proceedings of 11th Congress
of Pan African Archaeology pp. 105-121 ; Le chapitre 3 : Cissé, M., S.
K. McIntosh, L. Dussubieux, T. Fenn, D. Gallager & A. C. Smith, 2013,
“Excavations at Gao Saney: New Evidence for Settlement Growth,
Trade, and Interaction on the Niger Bend in the First Millennium CE”,
Journal of African Archaeology 11(1) : 9-37; le chapitre 4 : Takezawa,
Shoichiro et Mamadou Cissé, 2012, “Discovery of the Earliest Royal
Palace in, Gao and Its Implications for the History of West Africa”,
Cahiers d’Etudes africaines, 208, UI (4) : 813-844. Nous voulons
exprimer ici notre profonde gratitude envers les éditeurs et les éditions
qui ont accepté ces articles. Et pourtant, pour les mettre dans ce volume,
nous avons révisé totalement la description, en ajoutant des données
nouvelles que nous n’avions pas pu exploiter au moment de la première
publication et en modifiant les perspectives pour nous approcher des
acquis de nos recherches sur le terrain.

22
I. ARCHÉOLOGIE AU MÉMA
CHAPITRE 1

Contribution à l’établissement de la chronologie
au Méma : les fouilles à Akoumbu et à Bérétouma
Mamadou Cissé,
Shoichiro Takezawa
et Yamoussa Fané
Introduction
Dans le cadre du programme de recherches archéologiques dans le
Méma entreprises depuis 1999, nous avons effectué des fouilles
archéologiques sur les deux sites d’Age du fer d’Akoumbu et de
Bérétouma du 26 novembre 2002 au 05 février 2003. L’objectif de ces
recherches était d’établir la chronologie dans le Méma. Pourquoi nous
engageons-nous dans un projet d’établissement de la chronologie ?
Pourquoi est-ce dans le Méma ? Voici autant de questions que nous
abordons dans ce chapitre.
Le Méma est une vaste zone de 10000 km² environ, située au
Centre-Nord du Mali à la frontière Mauritanienne. Le relief est plat
dans l’ensemble et la végétation est constituée d’herbes et d’arbrisseaux
épineux parsemés. Les précipitations de la région n’étant qu’entre 250
et 400 mm par an, seule la culture du petit mil (pennisetum glaucum) est
possible dans la plaine basse où se concentre de l’eau de pluie. Le
principal moyen d’existence est l’élevage des bovins, des caprins et
plus rarement, des dromadaires.
Les conditions météorologiques et géographiques du Méma
d’autrefois, pourtant, n’étaient pas telles que nous les constatons
aujourd’hui. Les précipitations annuelles doivent avoir été plus
favorables, très probablement entre 400 et 600 mm par an, comme c’est
actuellement le cas du Delta Intérieur du Niger qui est voisin à l’Est. En
plus, le Méma était arrosé par un bras du Niger (le fala de Molodo) qui
devait s’en séparer à Markala, non loin de Ségou, pour monter tout droit
au Nord et puis au Nord-Est pour affluer dans le lac Débo (Fig. 1). En
effet, le sol du Méma se compose principalement de terres argileuses
mélangées avec la latérite, attestant que la région constituait autrefois
une plaine d’inondation. Le Méma est ainsi considéré par les
chercheurs comme un delta mort d’inondation, arrosé par un ou des
bras morts du Niger.
Le Méma se trouve actuellement dans une zone semi-désertique où
la densité de la population est très faible. Mais il devait connaître une
intense occupation humaine, en témoignent les multiples sites
archéologiques datant du néolithique à l’Age du fer, qui parsèment la
zone. Aussi 102 sites ont-ils été recensés lors d’enquêtes superficielles
réalisées par les chercheurs de l’Institut des Sciences Humaines du Mali
en 1984 (Togola et Raimbault, 1991).
L’avantage du Méma du point de vue des recherches archéologiques
consiste non seulement dans l’abondance des sites, mais encore dans
l’existence de sites de périodes différentes. Du fait, on peut y constater
partout la juxtaposition de sites néolithiques et de sites de l’Age du fer.
Ce fait contraste avec le Delta Intérieur du Niger où il n’existe que des
sites de l’Age du fer, quoique l’abondance des sites archéologiques y
soit frappante. Il en résulte que le Méma a constitué et constitue encore
un champ de recherche privilégié pour ceux qui veulent retracer
l’évolution de l’occupation humaine dans le Sahel de l’Afrique de
l’Ouest.
26
Fig. 1 La carte du Méma, du Delta Intérieur du Niger et des sites archéologiques
cités dans le texte
C’est pour cette raison que nous avons élaboré un projet d’établir la
chronologie dans la région du Méma par le moyen de la synthèse des
résultats des fouilles archéologiques, incluant les nôtres. Pour préciser
ce projet, les questions suivantes seront abordées dans ce chapitre :
– A quelle époque l’occupation humaine a-t-elle commencé dans le
Méma ?
27 – Quand et dans quelles circonstances les gens habitant au Méma
ont-ils commencé la production du fer (c’est-à-dire le passage du
néolithique à l’Age du fer)?
– Quelles étaient les occupations principales auxquelles ces
populations se sont livrées pour maintenir leur vie ?
– Comment ont-ils exploité cette zone vaste, mais peu féconde, pour
réaliser le développement socio-économique qui aurait abouti à
l’émergence de la société étatique telle que le royaume du Ghana qui se
situait juste à son côté Ouest ?
Voilà les questions que nous voulons aborder dans ce chapitre. Ces
questions ne peuvent être examinées que par les recherches
archéologiques, faute de documents écrits qui pourraient jeter de la
lumière sur le passé lointain de la région. Mais avant de nous y engager,
il nous faut esquisser la position du Méma dans l’évolution générale des
activités humaines qui se sont poursuivies en Afrique du Nord et de
l’Ouest.
Les études paléo-climatologiques et paléo-environnementales ont
attesté que les conditions climatologiques de l’Afrique du Nord-Ouest,
y compris le Sahara, étaient assez favorables entre 11000 et 3000 avant
J.-C. (Sutton, 1974 ; Allen ed. 1981 ; McIntosh, 1998). En ce temps-là,
le Sahara aurait été couvert d’herbes et d’épineux, permettant
l’exubérance de la vie. En effet, des peintures rupestres justifiant
d’intenses activités humaines s’observent çà et là dans les régions
montagneuses du Sahara, dont Tassili n’Ajjer. Elles représentent tant
des animaux sauvages comme la girafe et l’éléphant chassés par les
tireurs à l’arc que des animaux domestiques comme les vaches gardées
par les éleveurs. Certaines d’entre elles représentent les êtres humains
dont la silhouette atteste l’existence des races africaines.
Quand ces peintures furent-elles réalisées ? Comme les pigments
utilisés pour ces peintures ne contiennent aucune matière carbonée, ils
ne servent pas à la datation par l’analyse radiocarbone. Par contre, les
études des sites archéologiques dans le Sahara ont révélé que l’élevage
des bovins et la fabrication des poteries y commencèrent au septième
millénaire avant J.-C. (Wendolf and Schild 1998 ; Barich 1987 ; Camps
1980). Aussi l’occupation humaine munie du bétail et de la poterie
aurait-elle dû commencer dans le Sahara avant cette date.
La désertification de l’hémisphère Nord commença vers le
quatrième millénaire avant J.-C. A la suite de ces circonstances
défavorables, les populations du Sahara doivent avoir quitté les régions
montagneuses pour descendre dans le bassin du Sahara central et se
28 diriger vers le Sud où elles auraient pu se procurer de l’eau plus
facilement. En effet, Michel Raimbault, qui a fait les enquêtes en
surface à Hassi el Abiod, dans la vallée d’Araouane-Azaouad, 600
kilomètres au Nord de Tombouctou, y a trouvé des squelettes humains,
des pointes de flèches et des ossements d’animaux aquatiques dont la
date serait 4300 avant J.-C. (Raimbault 1994).
La désertification du Sahara ne fit que persister. La découverte du
même type d’outils comme les harpons de pêche en ossement et les
bracelets en pierre à Kobadi, un des sites néolithiques les plus anciens
du Méma, que ceux trouvés dans la vallée d’Araouane, a amené
Raimbault à interpréter que les gens occupant cette vallée l’ont quittée
pour s’installer dans le Méma vers les années 2000 avant J.-C. (ibid. :
951). En effet, l’os de l’hippopotame qui se trouvait à côté d’un
squelette humain à Kobadi lui a donné comme date 1750 avant J.-C.,
une des preuves les plus anciennes de l’existence humaine au Méma.
L’autre date la plus ancienne a été obtenue avec un mollusque sur le site
de Tiabel-Goudiodié, soit 2030 ± 60 avant J.-C. (Togola et Raimbault
1991 : 84).
La vie au Méma aurait été plus aisée à cette époque grâce aux
précipitations régulières et à l’apport du bras du fleuve. Sur la surface
des sites néolithiques de Kobadi, par exemple, on peut constater des
ossements de bovidés et de caprins/ovidés autant que des morceaux de
céramique très raffinée. De plus, notre fouille, réalisée en 2001 dans le
site de Kolima Sud-Est, a attesté la culture du fonio (Digitaria exilis)
dans la couche datée du IXème siècle avant J.-C., céréale qui a une
grande valeur rituelle chez la plupart des groupes Mandé (voir le
deuxième chapitre de ce volume). Cette découverte coïncide
exactement avec la tradition orale des Malinké et les analyses
agronomiques et palynologiques, qui situent le centre d’origine de cette
céréale dans la savane de l’Afrique de l’Ouest (Dieterlen 1955 ; Harlan
1982, 1993).
1. Historique de la recherche archéologique au Méma
La présence d’imposants sites archéologiques dans le Méma a attiré
dès la période coloniale l’attention des administrateurs, des amateurs et,
plus tard, des professionnels tant maliens qu’étrangers. Ainsi, dès les
années 1920, Christoforof, hydraulicien français travaillant pour la
métropole, a effectué dans le cadre des études de faisabilité de l’Office
du Niger des sondages sur les sites de Kolima et de Péhé (Mauny
29 1961:100). Quoiqu’elles soient sommaires, ses fouilles lui ont procuré
une quantité considérable de fragments de céramique, de vases engobés,
des perles et d’objets en fer.
Cette tentative fut suivie en 1952 par G. Szumowski, alors Directeur
du centre IFAN de Bamako, qui a ouvert plusieurs sondages sur des
sites au Nord du Mali, incluant ceux du Méma. Mais ses recherches ont
fourni très peu de résultats, parce que le chercheur n’a collecté que des
objets précieux comme des poteries et des objets métalliques pour les
besoins du musée. Pis encore, ses butins se sont dispersés et il n’a pas
fait de datation parce que l’analyse radio-isotope de carbone n’était pas
encore très développée à cette époque.
Le grand changement fut apporté dès la fin des années 1970. En
1979, sous le patronage de l’Institut des Sciences Humaines de Bamako,
Téréba Togola a réalisé une prospection archéologique dans tout le
Méma pour y recenser 102 sites néolithiques et d’Age du fer. En 1978,
Randi Håland, de, l’Université de Bergen (Norvège), en collaboration
avec l’ISH et l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, a réalisé deux
sondages sur le site de Poutchouwal. Les fouilles ont mis au jour des
découvertes importantes telles que des céramiques raffinées, un
bracelet en cuivre et des perles en pierre semi-précieuse. Elles ont mis
en évidence quatre couches culturelles souterraines qui contenaient des
morceaux de fer et des scories. L’analyse radiocarbone a fourni deux
dates : 805 ± 115 de notre ère dans la couche inférieure et 1100 ± 80,
dans la couche supérieure.
En plus de ces découvertes d’une grande valeur, l’équipe a été
impressionnée par la présence d’une quantité énorme de scories dans un
autre site, Boulel. Elle estime que l’étendue des scories est de 60000
mètres carrés et que sa profondeur est de 0,5 m (Håland 1980 : 42),
Cette estimation acceptée, cela signifie que le volume total des scories
serait de 30000 mètres cubes. Ce fait suggère que le même volume de
fer a été produit dans cet endroit, étant donné que la fonte des matières
premières du fer produit généralement la quantité équivalente de fer et
de scorie (Håland 1985 : 61).
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