Tannenberg

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Bien avant la victoire des troupes allemandes contre les Russes en septembre 1914 eut lieu la première bataille de Tannenberg (Grunwald). Cet affrontement, l’un des plus importants de l’Europe médiévale, prend place dans la « Grande Guerre », qui, de 1409 à 1411, oppose la Pologne chrétienne et la Lituanie païenne à l’Ordre teutonique. Le 15 juillet 1410, durant sept heures, des milliers de combattants s’affrontent sur un terrain restreint, aveuglés par la cohue et la poussière, dans un vacarme étourdissant. Mieux entraînés, mais moins nombreux, les Teutoniques lancent plusieurs charges violentes dans la plaine de Grunwald. C’est sans compter l’habileté stratégique du roi de Pologne Ladislas Jagellon. Après des heures de combats au corps à corps, le Grand Maître de l’Ordre Ulrich de Jungingen est tué. Au soir de la « Grande Bataille », les armées polonaise et lituanienne ont remporté une victoire décisive, qui sonne le glas de l’invincibilité teutonique. Le souvenir de la bataille se perpétua jusqu’à nos jours : pour les Allemands, 1914 vengeait 1410 ; Tannenberg effaçait Tannenberg. Après 1945, le parallèle entre les nazis et les Teutoniques fut l’un des éléments constants de la propagande communiste. En Pologne, les commémorations de la bataille de Grunwald sont toujours empreintes d’un fort sentiment patriotique.
Publié le : jeudi 20 septembre 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021000100
Nombre de pages : 224
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SYLVAINGOUGUENHEIM
TANNENBERG
15 juillet 1410
TALLANDIER
Cartographie © Florence Bonnaud, 2012
2, rue Rotrou – 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2012
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
EAN : 979-1-02100-010-0
LIMINAIRE
VICTOIRESUR LE PASSÉ
« Les combats qui ont duré plusieurs jours dans les vastes étendues entre Allenstein et Neidenbourg sont terminés. Vous avez obtenu une victoire écrasante contre cinq corps d’armée et trois divisions de cavalerie. Plus de 60 000 prisonniers, d’innombrables armes et machines de guerre, de nombreux drapeaux et l’habituel butin des guerres sont entre nos mains. Les quelque débris de l’armée ennemie ont franchi la frontière et fuient vers le sud. »
Le texte annonce avec fierté une victoire éclatante ; l’armée ennemie est anéantie, ses armes et ses bannières aux mains du vainqueur. Seuls quelques rares fuyards ont pu repasser la frontière. L’invasion a échoué. er Nous sommes le 1 septembre 1914, dans la région d’Olsztynek, entre les villes de Neidenbourg e (Nidzica) au sud et d’Allenstein (Olsztyn) au nord. La 8 armée allemande dirigée par le général e Hindenburg vient d’encercler et d’écraser la 2 armée russe du général Samsonov. Les combats se déroulèrent à travers un immense espace, dont le centre était occupé par la ville d’Olsztynek. Les re débris de l’armée de Samsonov s’enfuirent vers le sud, tandis que la 1 armée russe de Rennenkampf, installée près de Königsberg, battait en retraite. La Prusse orientale, dont les e Allemands venaient d’être chassés, s’ouvrait à nouveau aux armées du II Reich. Le combat reçut le nom de Tannenberg. L’idée fut suggérée au général Ludendorff par son aide de camp le colonel Max Hoffmann, afin d’effacer le souvenir d’une autre bataille, qui avait eu lieu plus de 500 ans auparavant, le 15 juillet 1410 ; une coalition lituano-polonaise avait alors triomphé de l’Ordre teutonique. En 1919, Ludendorff s’attribua la paternité de l’appellation :
« Sur ma proposition, la bataille fut appelée “la bataille de Tannenberg”, en souvenir de ce combat, dans lequel l’Ordre allemand succomba devant l’alliance des armées lituanienne et polonaise. L’Allemand permettra-t-il encore à nouveau que le Lituanien, et surtout le Polonais, profitent de notre impuissance pour nous bafouer ? La séculaire culture allemande doit-elle disparaître ? »
En réalité les deux combats ne se déroulèrent pas au même endroit, celui de 1914 ayant eu lieu 30 km à l’est du premier. Seule une raison idéologique conduisait à adopter le nom de Tannenberg, au lieu de celui d’Allenstein, qui figurait dans le télégramme de félicitations du Kaiser adressé à Hindenburg. La défaite devant les forces lituanienne et polonaise d’un ordre militaire, certes allemand mais e relevant de la papauté, trouvait ainsi un écho heureux dans la victoire des armées du II Reich contre l’Empire russe. 1914 vengeait 1410 ; Tannenberg effaçait Tannenberg. Or, non seulement l’époque avait changé, mais les protagonistes ne pouvaient guère se prétendre les descendants des adversaires de 1410. Il fallait que le souvenir de Tannenberg fût puissant, terriblement humiliant, pour que la reprise de son nom fût si vite, et définitivement, acceptée. L’idéologie n’est pas l’Histoire : la bataille de 1410 ne fut pas une avant-première de celle de 1914 ; elle vaut, par son importance, d’être connue pour elle-même.
Introduction
« La bataille de Grunwald en 1410 figure, à côté de celles de Vienne en 1683 et de Varsovie en 1920, parmi les événements militaires les plus mémorables de l’histoire de la Pologne ; toutes les trois entraînèrent des conséquences qui influencèrent aussi le destin de l’Europe. […] La tradition de Grunwald devint une des composantes qui forgea l’identité nationale polonaise, et dont l’importance religieuse et politique ne cessa de croître. »
Ces récents propos rappellent combien, en Pologne, le souvenir de Grunwald demeure prégnant. e Au XIX siècle, alors que le pays subissait russification et germanisation forcées, la mémoire de la victoire de 1410 fut un des ferments de la survie de la nation. De nos jours, le monument élevé sur la place Matejko, à Cracovie, et les dizaines de plaques commémoratives fixées aux murs des églises et des édifices publics en rappellent le souvenir au passant. e Depuis le début du XIX siècle, on dénombre, en polonais, près de 10 000 travaux (!), livres ou articles, consacrés à la bataille du 15 juillet 1410. 10 000 écrits, auxquels il faut ajouter des ouvrages allemands, ainsi que quelques contributions anglo-saxonnes, russes ou baltes… De cette production foisonnante ressortent quelques titres, certains destinés aux spécialistes, d’autres répondant mieux aux attentes d’un large public. Une mise au point très fouillée vient de paraître sous la plume de Krzysztof Kwiatkowski au sein d’un ouvrage collectif consacré à la « Grande Guerre » de 1409-1411. Bien d’autres auteurs seront sollicités dans les pages suivantes, tant pour leurs visions d’ensemble, que pour les détails qu’ils apportent. Les origines de la guerre sont à chercher dans l’écheveau des projets politiques des souverains et des conflits territoriaux entre l’Ordre, la Pologne et la Lituanie. L’étincelle eut lieu en mai 1409 en Samogitie, région autonome à l’ouest de la Lituanie, qui s’insérait entre la Prusse et la Livonie teutoniques. Cédée à l’Ordre en 1398 lors du traité de Sallinwerder, elle se révolta, soutenue par le grand-duc de Lituanie, Witold (1350-1430), qui voulait la récupérer. Surpris, l’Ordre comprit vite le rôle joué en sous-main par Witold et sonda aussitôt les intentions du roi de Pologne, Ladislas Jagellon (1351-1422). Dans les discussions qui eurent lieu entre mai et juin 1409, la Pologne accrut ses revendications, allongeant le catalogue des litiges entre les deux camps. Jagellon dépêcha des er émissaires, qui rencontrèrent le grand maître de l’Ordre, Ulrich de Jungingen, à Małbork le 1 août et lui présentèrent des conditions inacceptables. L’un des aspects intéressants, et habiles, de la politique polonaise fut d’insérer le conflit dans le jeu des relations internationales et de faire pencher en sa faveur les cours d’Europe. En termes contemporains, Jagellon chercha à rallier l’opinion publique ou ce qui en tenait lieu jadis. S’il y parvenait, il réussirait également à faire admettre sa politique par les nobles polonais frontaliers de l’Ordre, réticents à l’idée d’un conflit qui risquait d’entraîner la dévastation de leurs terres. Le grand maître déclencha les hostilités le 6 août 1409. Les rapides succès de l’Ordre, la retraite de troupes polonaises apparemment non préparées au conflit, la perte de la terre de Dobrzyń et de la Cujavie, furent exploités par la Pologne, qui fit valoir qu’elle était victime d’une attaque surprise et que l’Ordre s’était lancé dans une guerre injuste, sans avoir procédé à une déclaration de guerre en bonne et due forme. Détériorés depuis vingt ans, les rapports entre les deux États débouchaient sur une lutte mortelle. Tannenberg ou Grunwald ? Nous parlerons tout au long de cet ouvrage, à l’image des historiens polonais, de la bataille de Grunwald. Plusieurs indices convergent en effet pour faire de ce village, plutôt que de Tannenberg, le cœur de l’affrontement. LesAnnales de Miechówrapportent ainsi que le combat eut lieu « près de la cité de Dambrowno dans la plaine dite de Grunwald » ; de même le
nécrologe de la commanderie de Maastricht célèbre la mémoire des Teutoniques tombés « dans la bataille près de Vierzighufen et d’un village appelé Grunwald ». Quatre documents nous indiquent en outre que des mercenaires prisonniers ont promis de payer leur rançon à l’endroit même où ils furent capturés, « dans la plaine dite de Grunwald ». Les résultats des fouilles archéologiques menées sous les ruines de la chapelle érigée sur place tendent à confirmer ce choix. Il semble donc que la bataille eut lieu dans un arc de cercle centré sur Grunwald. Elle mérite dès lors d’être désignée par le nom de ce village plutôt que par celui, plus usuel, de Tannenberg.
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