Thérèse de Campredon

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La vie amoureuse de Thérèse de Campredon n'est que l'épisode d'un différend qui a opposé pendant plus d'un siècle des Catalans rebelles à la monarchie française. Révoltes, complots, escarmouches se sont succédés de 1659 à 1754, date à laquelle Louis XV a exigé que tous les actes officiels soient obligatoirement rédigés en Français. Cependant, le Catalan est toujours en usage dans l'arrière-pays et ses partisans ont souvent été réticents aux injonctions du pouvoir central. Ces circonstances expliquent que l'aspect politique du procès ait précipité l'exécution de cette femme passionnée.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
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EAN13 : 9782296329188
Nombre de pages : 154
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THÉRÈSE DE CAMPREDON

Du même auteur

Je veux vivre (poèmes), La Bruyère, Paris.

L'Odeur des eucalyptus (récits), L'air du temps, Elne. L'Oiseau cloche (roman), La Bartavelle, Charlieu. Guerre en italique (roman), traduction de l'américain, La Bartavelle. Savoir attendre (poèmes), Barré et Dayez, Paris. Amours d'automne (roman), La Bartavelle, Charlieu. Le Temps d'une illusion (mémoires d'Évariste Masip), traduction du catalan, La Bartavelle.

Pau Bassol I Marc

THÉRÈSE DE CAMPREDON Un procès criminel au XVIIe siècle

L'Harmattan

(Ç)L'Harmattan

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, ltalia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-4802-3

Préface
Les pages qui suivent sont le récit d'une affaire criminelle qui a défrayé la chronique à Perpignan au XVIIe siècle. Elles sont fondées sur les archives du Conseil Souverain créé par Louis XIV à l'annexion des trois comtés catalans par la France suite à la Paix des Pyrénées en 1659. Ces archives consultées sous la forme de microfilms sont assez difficiles à lire pour plusieurs raisons. Elles sont en catalan et en latin pour les témoignages des ecclésiatiques et épisodiquement pour les plaidoiries des avocats. Les écritures diffèrent d'un greffier à l'autre. Quatre au moins se sont succédé dans la rédaction des actes: Albafulla, Puig, Lafont, Pontaillac. L'orthographe est très variable et il faut parfois lire phonétiquement pour savoir de quel mot il s'agit. On est loin du catalan normalisé par le grammairien Pompeu Fabra au début du siècle dernier. Il m'a fallu près de deux ans malheureusement interrom-

pus par un séjour à l'hôpital, conséquence d'une crise cardiaque, pour déchiffrer six cent cinquante-deux feuillets, photographiés sur cent-vingt-six diapositives, quelquefois prises rapidement par ceux qui ont fait ce travail. Il y a des pages qui figurent deux fois et d'autres qui semblent manquer si l'on considère la succession des actes. Je suis reconnaissant à Christine Langé, directrice des Archives dépatementales des Pyrénées orientales qui a fait exécuter ces photocopies. La période pendant laquelle s'est déroulé ce procès est une des plus troublées de 1'histoire catalane en France. Les complots et conspirations contre la monarchie française n'ont pas cessé. Jusqu'à la Révolution et même après, les Catalans, comme tous les habitant des marches frontières, Alsaciens, Basques, Bretons, Corses, Franc-Comtois ont toujours été suspects aux yeux du pouvoir central. À la fin du XIxe siècle, quand mon père était à l'École primaire, il y avait encore au tableau cette recommandation aux élèves: «Soyez propres, parlez français.» Le catalan, s'il n'est plus parlé maintenant que dans l'arrière-pays, était très vivant à cette époque. Au cours d'une visite à mon pays d'origine, Oms, comme je demandais si on parlait encore le catalan dans le village, mon interlocuteur m'a regardé d'un air offusqué et m'a répondu: «Aqui tothom parla catala.» Ce n'est malheureusement plus le cas sur la côte et dans les stations balnéaires. En vacances au Canet et à Amélie-les-Bains, j'ai eu beaucoup de mal à trouver quelques anciens parlant encore notre langue. Sur le problème de la langue, on peut constater que le catalan des procès-verbaux des dépositions de témoins en 1662 et 1664 n'est plus le même. Bien sûr, il y a des variantes orthographiques et syntaxiques, mais, en deux

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ans, on s~aperçoit que des mots et des tournures françaises ont envahi le langage alors qu'en 1662, c'était plutôt des mots et des tournures espagnols qui étaient utilisés par les témoins. Il y a eu dans notre région l'agonie d'une langue comme décrite par Hagège dans son livre La Mort des langues, et c'est dommage. Les noms de lieu ont été francisés pour qu'un lecteur d'aujourd'hui puisse retrouver sur une carte le théâtre des événements. Je dois aussi de très vifs remerciements à mon ami JeanPaul Alduy, maire de Perpignan et sénateur des Pyrénées orientales, ainsi qu'à Michèle Ros, directrice des Archives nationales, qui m'ont orienté vers Christine Langé.

Jérôme de Fontanes vient de rentrer de Barcelone. L'occupation de la grande cité catalane n'a pas été de tout repos pour les Français. Durant le premier semestre de 1645, un complot contre la France y a été découvert. Les instigateurs de la révolte ont subi une répression sanglante qui a coûté la vie à certains dignitaires de la Généralité, le gouvernement catalan du principat. Au début de l'année suivante le président de la Généralité lui-même est arrêté par les Français et enfermé à la forteresse de Salses. Le douze août de la même année, l'évêque de Perpignan, Pierre de Marca, écrit au ministre d'État, Le Tellier, que « la garnison de la ville est très faible et que la cité est peuplée de personnes mal intentionnées» qui pourraient soulever le peuple contre les Français. En 1650, les conseillers de Barcelone dénonçaient les abus des soldats français de l'armée de La Mothe, vice-roi du principat. Les avis de Pierre de Marca n'avaient pas été suivis d'effet et La Mothe, encerclé à Barcelone par les armées de Juan d'Autriche, dut capituler. Cette capitulation de 1651 fut suivie d'une révolte générale des paysans

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catalans contre les Français, particulièrement dans les régions du nord et de l'est du principat où les exactions des Français avaient été vraiment odieuses. Cela n'empêchait pas cependant que des relations personnelles se soient établies entre officiers français et bourgeoisie catalane. Le lieutenant Jérôme de Fontanes était logé chez un notaire, maître Fita, dont la tille, Montserrat, n'était pas insensi ble à la prestance et à l'uniforme de l'officier français. Jérôme est originaire du Languedoc et le parler occitan, appris de ses parents, est assez proche du catalan. Il n'a donc pas eu de problèmes pour comprendre ses hôtes. Dans la tradition des troubadours en langue d'oc des XIIe et XIIIe siècles, il connaît de nombreux poèmes chevaleresques et courtois de Marcabru, Bernard de Ventadour, Bertrand de Born, Giraud de Borneil, Amaut Daniel. La culture voisine des Catalans Bernat Metge, Francese de la Via, Guéraut de Maçanet, Ausias March, ce qui l'a rapproché de Montserrat. Le père et le frère de Montserrat voient cette inclination des deux jeunes gens d'un très mauvais œil. Le notaire, par ses relations avec les propriétaires terriens et les paysans, sait à quels excès se sont livrés les soldats français lorsqu'ils n'étaient pas tenus par leurs officiers: pillage, viols, exécutions sommaires... Le frère)'Célestin, en se livrant pour son père à des visites dans les comtés de la montagne et de la côte,a vu de ses yeux des villages désolés, des églises forcées et saccagées, des maisons brûlées, des bêtes tuées. Il est vrai que les armées espagnoles s'étaient livrées aux mêmes excès dans leur retraite du Roussillon en 1639 et 1640 au point que c'étaient les Catalans eux-mêmes qui avaient demandé l'aide de la France et proclamé Louis XIII comte de Barcelone.

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La défaite des Espagnols à Montjuic en janvier 1641 avait livré Barcelone aux Français. La promesse faite lors des négociations entre représentants de la France et de la Catalogne de nommer des gouverneurs catalans aux places conquises, Elne, Collioure, Argelès, Salses, ne fut pas tenue. Mais Montserrat, toute à sa passion pour Jérôme, l'a suivi en Roussillon au grand désespoir de ses parents. Le détachement du lieutenant de Fontanes est en garnison à Canet où Montserrat a été heureuse de retrouver la Méditerranée, alors que le colonel Saint Sauveur et le reste du régiment se trouvent à Perpignan. Louis XIV et Mazarin, au pouvoir à Paris, ne pouvaient se consoler de la perte de Barcelone, ce grand port de la Méditerranée dont le commerce rapportait à la monarchie de substantiels bénéfices. Heureusement, ils avaient Perpignan bien que ravagé par la sécheresse en 1612 et 1619 et la peste en 1641, ville qui était devenue la capitale du Roussillon par décision de Louis XIV. Le roi y avait créé une Intendance. L'Intendant avait tous les pouvoirs civils et militaires à l'exception de l'administration de la justice qui fut exercée par le Conseil Souverain du Roussillon à partir de 1660. Depuis l'annexion par la France de trois comtés, Roussillon, Conflent et Cerdagne, conséquence du Traité des Pyrénées en 1659, l'assistance publique se développait faisant échec à la misère. La bourgeoisie - avocats, magistrats, notaires - plus réaliste que la noblesse recherchait le bien-être, mais sans luxe ni prodigalité. L'économie commençait à s'épanouir. Monsieur de Campredon, d'une famille noble d'origine espagnole, notaire retiré des affaires, partageait cet idéal de sérénité, de justice et de liberté. Veuf, il avait eu deux

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enfants de son premier mariage: Thérèse et Joseph. La fille aînée avait épousé un officier, François de Foix et de Béarn dont la section du même régiment que celui de Jérôme était en garnison à Perpignan. Les deux couples étaient devenus très liés. Thérèse, jeune et belle femme d'une vingtaine d'années, appartenait de naissance à la noblesse catalane. Elle parlait le catalan mieux que son mari François qui mêlait à son langage des expressions en ariégeois. Les Perpignanais disaient qu'il n'était pas d'ici! Thérèse a tout de suite sympathisé avec Montserrat. Elles ont les mêmes goûts pour la toilette, coquettes, elles s'habillent avec raffinement, à la française, comme on disait alors dans cette province. Femmes d'officiers, elles jouissent d'un certain prestige dans la ville. Jérôme et François, bons cavaliers, disposant de demisang, croisement entre une ancienne race de chevaux autochtones, issue de Camargue et d'étalons arabes ou anglo-arabes. Ce sont des chevaux de selle robustes, rapides et faciles à monter. François de Béarn, descend de la branche de la maison de Foix et de Candale établie en Roussillon du temps de Louis XI. Henri de Nogaret, duc de Candale, général français, commanda l'armée calviniste résistant à Richelieu et combattit les impériaux jusqu'à sa mort. François a donc une certaine fortune et dispose d'un carrosse qui permet aux deux jeunes femmes de se rencontrer au Canet. Thérèse a fait connaître à Montserrat quelques-unes de ses amies perpignanaises tout aussi attachées qu'elles à la toilette. Montserrat n'a aucune peine à les comprendre malgré certaines variantes dialectales par rapport au catalan parlé à Barcelone dont la prononciation est différente. Fidèle à ses origines, elle sympathise avec la résistance larvée à la francisation du pays alors que Jérôme la met en

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garde contre ce qu'il estime être une trahison de la monarchie. Montserrat n'en a cure et son opinion est confortée par celle de Thérèse qui entend bien défendre les traditions et les usages de sa région. Déjà, en février 1627, un différend avait opposé les Catalans du nord au roi d'Espagne dont ils dépendaient. Les rebelles auraient voulu distraire les trois comtés de l'autorité du vice-roi de Barcelone et de son Conseil royal. À cette occasion, les Perpignanais avaient arboré l' étendard de la «ma armada» qui symbolisait le droit qu'avaient les habitants de la ville de s'armer quand un de leurs concitoyens s'estimait lésé dans ses intérêts ou sa personne. Une émeute avait commencé que l'évêque Lopez de Mendoza avait tenté d'apaiser et qui prit fin par la décision du roi enjoignant aux consuls d'abandonner leurs prétentions inacceptables.

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Quelques mois après la signature du Traité des Pyrénées, Louis XIV se rend à Perpignan, en janvier 1660, pour bien marquer l'emprise de la France sur les nouveaux comtés réunis à la couronne. Jérôme de Fontanes et François de Foix sont mobilisés pour assurer l'ordre dans la ville pendant le séjour du roi. Celui-ci allant au-devant de sa future épouse, l'infante Marie- Thérèse, reçoit à Montpellier I'hommage des consuls de Perpignan qui l'invitent à visiter leur ville. Le souverain y consent et vient avec sa cour pour y séjourner une douzaine de jours. À cette occasion, une procession générale est organisée avec la participation de quatre paroisses et des frères de quatre ordres présents à Perpignan: augustins, carmes, dominicains et franciscains. Montserrat venue spéciale-

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