TUNISIE : CHANGEMENTS POLITIQUES ET EMPLOI (1956-1996)

De
Publié par

Les notions d'emploi, de chômage et de pauvreté restent encore assez floues en Tunisie. Les quelques rares occasions qui nous sont données de disposer d'informations valables sur ces questions coïncident avec les changements politiques qui donnent lieu presque chaque fois à un grand déballage destiné beaucoup plus à faire le procès du prédécesseur qu'à clarifier la situation. Ceci a amené l'auteur à tenter de clarifier ces notions et à proposer une approche économique de ces problèmes qui semble plus opérationnelle et mieux adaptée à la situation.
Publié le : lundi 1 mai 2000
Lecture(s) : 319
Tags :
EAN13 : 9782296412422
Nombre de pages : 296
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

TUNISIE: changements politiques et emploi (1956-1996)

Collection Histoire et Perspectives Méditerranéennes dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Hannattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Dernières parutions

Zoubir CHATTOU,Migrations marocaines en Europe ou le paradoxe des itinéraires, 1998. Boualem BOUROUIBA, syndicalistes algériens, 1998. Les André MICALEFF, Petite histoire de l'Algérie, 1998. Samy HADAD, lgérie, autopsie d'une crise, 1998. A Romain DURAND,De Giraud à de Gaulle: Les Corps francs d'Afrique, 1999. Ahmed DAHMANI, L'Algérie à l'épreuve, 1999. Rabah SOUKEHAL,L'écrivain de langue française et les pouvoirs en Algérie, 1999. Henri MSELLA TI,Les Juifs d'Algérie sous le régime de Vichy, 1999. Laurent MULLER, e silence des harkis, 1999. L Gilles LAFUENTE, a politique berbère de la France et le nationalisme L nouveau, 1999. Mustapha BABA-AHMED, 'Algérie: Diagnostic d'un développement, L 1999. Bernard DOUMERC,Venise et l'émirat hafside de Tunis (1231-1535), 1999. Pierre DUMONT,La politique linguistique et culturelle de la France en Turquie, 1999. Moktar LAMARI Hildegard SCHÜRINGS, Forces féminines et dynamiques rurales en Tunisie, 1999. Thomas de SAINTMAURICE, ahara occidental 1991-1999, 2000. S Marianne LEFEVRE, éopolitique de la Corse. Le modèle républicain en G question,2000. . Maurice FAIVRE,Les archives inédites de la politique algérienne, 19581962, 2000.

Tahar LETAIEF AZAÏEZ

TUNISIE: changements politiques et emploi (1956-1996)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9177-4

Remerciements
Je remercie mafemme qui a consacré un temps appréciable à la relecture des versions successives de cet ouvrage ainsi que tous ceux qui ont pris le temps de lire le manuscrit et dont les conseils m'ont été très précieux.

Dédicace
A

mon père Ali LETAIEF AZAIEZ, qui a connu à l'âge de 60 ans les geôles du colonisateur. A mon frère Mohamed, Secrétaire Général Adjoint généreux qui m'a élevé et modestes moyens financiers vieux militant syndicaUste, ancien de Z'u.G. T.T., homme honnête et a financé mes études malgré les qui étaient les siens.

A mon frère Boubaker, résistant de la première heure, ancien Secrétaire Général du Syndicat de l'Enseignement Primaire, ancien député, homme droit lucide et courageux dont l'exemple a toujours guidé ma vie et éclairé mon action.
A mes frères Brahim et Mustapha, A ma femme et à mes enfants. Je dédie cet ouvrage qui se veut avant tout, un témoignage et une contribution à l'effort général de réflexion sur les problèmes épineux de l'emploi, du chômage et de la pauvreté.

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage est le fruit de plus de 30 ans d'expérience dans le domaine du travail et de l'emploi couronnés, en fin de parcours, de cinq ans de recherches en la matière. Pour rassembler les données nécessaires et étayer cette réflexion, il a fallu entreprendre de nombreuses et laborieuses démarches et déployer des trésors de patience pour obtenir la moindre information. Le document le plus anodin, le moins confidentiel n'est communiqué que sous le sceau du secret et du plus absolu anonymat, ce qui a nécessité le recours à une documentation ancienne encore en notre possession, ou le plus souvent, à notre mémoire ou encore aux publications internationales relatives à notre sujet. La difficulté d'accès à l'information n'a, on l'espère, en rien affecté de manière dommageable la qualité d'un travail qui vise, avant toute chose, à mettre en évidence les caractéristiques essentielles de l'emploi, du sous- emploi et du chômage et à dégager les tendances lourdes de leur évolution que la rareté ou la mauvaise qualité de l'information ne pouvait modifier. De toute façon, même si on avait disposé de l'information il nous aurait été difficile de cerner les différents aspects de l'emploi et du chômage en Tunisie qui n'ont jamais été, pour des raisons techniques et surtout politiques, ni faciles ni très aisés à mettre en évidence. En Tunisie, comme dans tous les autres pays en voie de développement l'absence de statistiques sûres et fiables nous oblige à considérer l'emploi, autant que le chômage, comme des phénomènes difficiles à définir, malaisés à cerner et plus difficiles encore à mesurer. En effet les autorités concernées n'ont jamais publié, sur ces questions, que des données approxima-

tives et à diffusion limitée. C'est ainsi que les résultats de l'enquête sur l'emploi entreprise en 1983 par l'Institut National des Statistiques (INS) et l'Office de la Formation Professionnelle et de l'Emploi (OFPE) n'ont jamais été rendus publics; ils sont, pense-t-on, peu conformes, aux attentes des autorités. Il en est de même de l'ensemble des résultats du recensement général de la population effectué en mars 1994 qui, deux ans après, ne sont pas toujours mis à la disposition du public. Les rares occasions qui nous sont données en Tunisie de pouvoir disposer d'une information valable sur l'emploi coïncident avec les grands changements politiques. Ces moments privilégiés survenus après l'indépendance en 1956, à la fin de l'expérience Ben Salah (en 1970), au lendemain du départ de Hédi Nouira et à l'arrivée de Mohamed Mzali à la tête du gouvernement en 1980 et après l'éviction de Président Bourguiba en 1987, ont donné lieu à un grand déballage destiné beaucoup plus à faire le procès du prédécesseur qu'à clarifier la situation et à éclairer l'action. Les phénomènes du sous-emploi et du chômage sont d'autant plus difficiles à saisir qu'ils comportent une forte connotation politique et échappent, de ce fait, à toute analyse réellement objective. En Tunisie, comme partout ailleurs, les questions du chômage et de l'emploi n'ont jamais pu être traitées en termes neutres. Si tout le monde est d'accord sur l'importance et la gravité de ces problèmes, il n'existe, en revanche, aucune unanimité sur la nature des phénomènes abordés, ni sur leurs causes ni sur les solutions qui pourraient leur être apportées. Il existe une autre difficulté de taille qu'il a fallu surmonter pour accéder à une certaine objectivité: c'est celle relative à la relation intime que l'auteur entretient avec le sujet traité. Cette intimité découle de son implication directe et à tous les niveaux de responsabilité dans l'élaboration et la mise en œuvre des différentes politiques et stratégies d'emploi appliquées depuis l'indépendance en Tunisie. Cette familiarité avec le sujet, offre certes des avantages certains tels que d'être au fait des véritables mobiles, des moti8

vations profondes et des arrières-pensées sous-jacentes, mais en présente aussi quelques inconvénients majeurs: de devoir se fonder à l'excès sur les ressources de la mémoire, de s'appuyer sur des souvenirs personnels et sur une connaissance intime du sujet sans prendre parfois" le recul nécessaire à l'apaisement des passions ". Cette adhérence parfaite avec l'objet étudié risque de surcroît de l'empêcher de se dégager des contingences et de prendre ses distances" avec la banalité du quotidien" pour entreprendre un effort de théorisation qui lui permettrait de poser à travers le cas tunisien un problème beaucoup plus général, celui de la place de la politique de l'emploi dans le processus de développement. En effet l'expérience tunisienne en matière de promotion de l'emploi et de lutte contre le chômage, dans sa diversité et sa richesse, peut être considérée comme une source inépuisable d'informations et comme un cas d'école dont les pays en voie de développement peuvent s'inspirer et ce pour au moins deux raisons: La première raison est que l'emploi a toujours occupé une place importante dans le discours politique en Thnisie. Faisant suite à la volonté maintes fois affirmée par les pouvoirs publics d'en faire l'objectif majeur de leur politique de développement, la réflexion sur le sujet s'est, au fil des années approfondie, enrichie et affinée. Le résultat est qu'une riche expérience s'est constituée si bien qu'aujourd'hui, la masse d'informations dont on dispose sur ce problème nécessite, si on veut en tirer quelque profit, un sérieux travail de classement et de mise en ordre pour séparer" le bon grain de l'ivraie ". Les différents gouvernements de la Tunisie indépendante, conscients de l'ampleur du problème du chômage, du sous-emploi et de la gravité des conséquences de ces phénomènes sur la paix sociale et la stabilité politique, se sont tous attaché avec plus ou moins de bonheur, de vigueur, à élaborer une politique de croissance qu'ils ont toujours voulue en harmonie avec les objectifs de création du maximum d'emplois et sur l'acquisition d'outils et de moyens indispensables à la connaissance de ce phénomène.

.

9

La deuxième raison est que la Tunisie a servi, au cours des quatre dernières décennies, de véritable laboratoire, d'un champ d'expériences pour toutes les formules, toutes les politiques et toutes les stratégies de promotion de l'emploi que" l'intellect" occidental ait jamais conçues et sécrétées. Ce qui lui a permis d'accumuler une somme considérable de connaissances dans le domaine de la lutte contre le chômage et la pauvreté et dans celui de la promotion de l'emploi. Mais cette richesse est mal capitalisée et est rarement bien exploitée étant donné les changements fréquents qui affectent les institutions et l'instabilité des hommes qui les ont dirigées. Ce travail va permettre également la transmission d'un savoir et d'un savoir-faire de toute une génération, celle de l'indépendance, et la sauvegarde de nombreuses réalisation accomplies par une génération de pionniers dont l' œuvre risque de se perdre définitivement dans un pays de tradition orale, où les documents sont rarement conservés et où les traditions n'ont pas eu le temps de s'incruster.

.

10

INTRODUCTION

Les bras sont faits pour travailler. S'ils ne trouvent pas à s'employer utilement, ils cherchent mille et une occupations dans le péché. Occupez-les dans le droit chemin avant qu'ils ne vous préoccupent en empruntant le mauvais. OMAR mN AL-KHATTAB Second Calife des Musulmans (581-644)

L'emploi a toujours revêtu un caractère économique, social et politique très marqué, ce qui fait qu'il est difficile de s'attaquer à ce problème sans le placer dans le cadre général du développement. Partant de cette constatation et considérant les difficultés présentes de l'emploi dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, la plupart des théoriciens de l'économie et les responsables gouvernementaux recommandent, avec beaucoup d'insistance, de pratiquer une politique expansionniste pour réduire le nombre des sans-travail. En effet il est prouvé que, même si la croissance crée de moins en moins d'emplois, il ne peut y avoir de créations d'emplois productifs en dehors d'une croissance saine et équilibrée. Certains pays actuellement en pleine expansion en ont fait la démonstration. En Tunisie, cette liaison étroite entre croissance et emploi, a toujours constitué la grande préoccupation des gouvernants; l'attention particulière dont elle a constamment fait l'objet est

clairement perceptible à travers les stratégies de développement poursuivies, les politiques d'encouragement mises en œuvre, les mesures prises pour infléchir la croissance dans le sens de la création du maximum d'emplois, la mobilisation de grands moyens financiers et la place de choix prise par le chômage, la pauvreté et l'emploi dans le discours des responsables politiques à tous les niveaux. Les gouvernements successifs de la Tunisie indépendante, conscients de l'ampleur du phénomène du chômage et de l'importance du défi qu'il représente, ont tous réagi en élaborant une politique de croissance qu'ils pensaient être en parfaite harmonie avec les objectifs de l'emploi. Les résultats obtenus ont été souvent remarquables aussi bien dans les domaines de l'éducation et de la formation que dans ceux de l'emploi et des revenus. Cependant, ces réalisations ont été malgré leurs coûts très élevés presque toujours en deçà des prévisions et des attentes à la fois des gouvernants et des populations. L'augmentation de la population active et notamment de la demande additionnelle d'emploi, malgré la baisse du taux de croissance de la population, a entnuné une tension croissante sur le marché de l'emploi, tension rendue encore plus forte par l'exode rural, et l'éruption de la main-d'œuvre féminine, les licenciements dus aux multiples assainissements, mises à niveau et privatisations. La mauvaise conjoncture économique nationale et internationale du début des années 1980 et la détérioration de la situation financière intérieure et extérieure qui en est résultée ont eu également de graves retombées sur le niveau des investissements, sur le rythme de la croissance et partant, sur la capacité de l'économie à créer de nouveaux emplois. Et même si l'adoption d'une nouvelle stratégie de développement avec la mise en œuvre du programme d'ajustement structurel (P.A.S) en 1986, a permis un redressement significatif de la situation financière du pays, elle n'a pas réussi, hélas, à permettre d'atteindre les buts fixés par les Vne(1987-1991 ) et VIlle (1992-1996) Plans, en matière d'investissement, de croissance et d'emploi. Elle n'a pas permis, non plus, de réaliser l'objectif principal recherché 12

par les auteurs de ce fameux programme d'ajustement qui vise à instaurer une" croissance forte et continue". Plus grave encore, la situation de l'emploi n'a pas cessé de se dégrader depuis la mise en œuvre du programme d'ajustement; le taux de chômage, de l'ordre de 14% en 1986 est passé à 16% en 1989 et ne serait pas loin de 17% à la fin du VIle Plan. n atteindrait même approximativement 20 % en 1996. Ainsi, le problème du chômage et celui du sous-emploi deviennent, d'année en année, de plus en plus préoccupants et risquent de se poser avec une plus grande acuité encore dans les années à venir étant donné les médiocres perspectives d'évolution de la conjoncture économique nationale et internationale au cours des dix prochaines années ( 1997-2006). Ces deux problèmes vont d'ailleurs représenter dans un avenir très proche, le plus grand défi auquel la Tunisie va devoir faire face; ils vont être au centre des préoccupations économiques, sociales et politiques de tous les gouvernements et constituer, dorénavant, la mesure de l'efficacité de leurs interventions. Tous les efforts devront s'orienter vers la résolution de ces problèmes de chômage et de sous-emploi, action qui nécessitera l'intervention active de toutes les parties et de tous les acteurs économiques et sociaux: administration, banques, entreprises, travailleurs, patrons et syndicats pour susciter un consensus autour de ces questions et créer une atmosphère propice à la mobilisation de toutes les énergies. n s'agit de trouver, à défaut d'une solution définitive, un début de réponse tout au moins à ces problèmes du chômage et su sous-emploi. Partant donc de l'expérience du passé et surtout des résultats de dix années d'application du P.A.S. nous allons déterminer les conditions requises pour créer cet environnement et élaborer une autre stratégie de développement plus conforme à la réalité actuelle de notre pays. Mais avant d'en arriver là, nous allons procéder à l'examen .des différentes stratégies de développement globales et sectorielles et des politiques générales ou spécifiques suivies depuis l'indépendance du pays, en faire le bilan et en tirer les enseignements susceptibles d'infléchir les 13

politiques actuelles et de constituer la base et le fondement de la nouvelle stratégie qui va se substituer aux deux anciennes, celle tirée par la demande intérieure et animée par l'Etat (19561986) et celle impulsée par les exportations et l'intervention du privé (1986/1987 à 1996) qui ne semblent pas avoir rempli les missions pour lesquelles elles ont été conçues et mises en œuvre. Cet examen et cette analyse de l'environnement de l'emploi commandent nécessairement d'évaluer l'expérience tunisienne de développement des quatre dernières décennies dans son rapport avec l'emploi et de dégager les éléments propres à mettre en évidence les principaux facteurs économiques, sociaux, politiques et institutionnels qui ont un effet direct ou indirect sur la situation de l'emploi, du chômage et du sous-emploi.

14

PREMIÈRE

PARTIE

Evolution de la situation de l'emploi
" Il est indéniable que le problème de l'emploi revêt en Tunisie un caractère capital. Il est d'autant plus complexe et difficile qu'il est toujours resté enfoui et comme dérobé à notre attention sous un monçeau de chiffres contradictoires ".
Discours programme du Premier ministre H.Nouira Du 17 novembre 1970 devant l'Assemblée nationale (Journal L'Action 18/11/70).

D'abord de mettre en évidence les caractéristiques de la population totale, de la population active occupée et non occupée ainsi que les traits dominants de leur évolution au cours des quatre dernières décennies (1956-1996). Cette analyse s'appuiera essentiellement sur les résultats des enquêtes population emploi de 1980, 1983, 1986, 1987 et 1989, ainsi que sur les recensements généraux de la population de 1956, 1966, 1975 et 1984. Les résultats du recensement de mars 1994 n'étant pas encore connus au moment de la rédaction de cet ouvrage, les
informations concernant la période 1989

.

On se propose dans cette première partie.

- 1996

seront puisées

dans les données contenues Ensuite d'approfondir par secteur économique et une description détaillée

.

dans le VIle et le VIne Plans. l'exposé par l'analyse de l'emploi branche d'activité et de s'arrêter à des populations cibles (jeunes et

femmes) qui jouent un rôle prépondérant dans le fonctionnement du marché du travail. Enfin de faire le point de la situation à la veille du IXe Plan (1997-2001) et de faire une projection de la main-d'œuvre et des perspectives d'emploi en l'an 2006.

.

16

CHAPITRE
ÉVOLUTION

1

DES PRINCIPAUX

INDICATEURS SUR L'EMPLOI

I - ÉVOLUTION

DE LA POPULATION

TOTALE

Le double rôle de l'homme dans le développement comme agent de production et comme consommateur, fait de l'évolution démographique un facteur important du développement économique et social des nations. La Tunisie qui ne dispose que de faibles moyens financiers et de très peu de richesses naturelles a de tous temps misé sur l'homme qu'elle a toujours considéré comme moyen essentiel et principal objectif de sa politique de développement. C'est ce qui explique les différentes tentatives de maintenir un certain équilibre entre les populations et leurs moyens de subsistance. En effet, face à des taux élevés d'évolution de la population, conséquences de la baisse des taux de mortalité sous l'effet conjugué de soins de santé améliorés et de l'éradication des grandes épidémies qui décimaient périodiquement les populations, la Tunisie a, très tôt, appliqué des mesures de contrôle des naissances et créé à cet effet l'Office National de la Famille et de la Population (mars 1973) chargé de fournir les moyens de contraception et de diffuser l'information en matière de procréation. Cette politique de planification familiale et d'amélioration des conditions de santé a permis à la Tunisie non seulement de réaliser les taux d'accroissement de la population les plus faibles du Maghreb, mais d'obtenir également des résultats " des plus remarquables et des plus spectaculaires en matière

d'augmentation de l'espérance de vie à la naissance (de 55 ans en 1970 à 68 ans en 1991), de baisse du taux de mortalité qui est passé de 14%0en 1970 à 6%0en 1991 et plus particulièrement du taux de mortalité infantile, tombé de 127%0 à 38%0 durant la même période soit une baisse d'environ 300%. La politique de contrôle et de planification des naissances en Tunisie a, par conséquent, permis de maîtriser quantitativement le croît démographique et, grâce à un effort de valorisation des ressources humaines par l'éducation et la qualité des soins de santé prodigués, d'améliorer les rendements et la productivité de ses populations, transformimt du coup le facteur démographique considéré pendant longtemps comme un handicap, en un véritable agent de croissance et de développement. Cependant malgré tous les efforts de planification et de contrôle des naissances, la Thnisie continue à connaître des taux de croissance de la population supérieurs à 2% et sa population active ne cesse de progresser à des taux encore plus élevés (:f: 3 %) malgré toutes les manipulations dont elle a fait l'objet (définition restrictive retenant uniquement la tranche d'âge 18 à 59 ans, taux d'activité féminine fixé arbitrairement à 20% et gonflement artificiel des taux de rétention scolaire, etc.). A supposer que, grâce à ces subterfuges, on réussisse à faire baisser artificiellement les taux d'accroissement de la population active, cette baisse n'affectera pas sérieusement la demande additionnelle d'emploi qui continuera pendant longtemps encore à croître sensiblement sous l'effet d'un certain nombre de phénomènes socio-économiques tels que l'afflux massif des femmes et des jeunes sur le marché de l'emploi, les pertes d'emplois provoquées par l'adoption de la nouvelle stratégie économique contenue dans le programme d'ajustement structurel. Cette augmentation de la population totale et de la population active et plus particulièrement de la demande additionnelle d'emploi a un impact non seulement sur le chômage qui touchait 255.000 personnes (dont 172.000 de 18 à 59 ans) en 1975 à 285.000 (dont 245.000 entre 18 et 59 ans) en 1984 et à 380.000 (dont 316.000 entre 18 et 59 ans) en 1989, mais également sur 18

l'équilibre des ressources en eau et en alimentation, sur les besoins en services sociaux (logement, santé, éducation) ainsi que sur les équilibres économiques fondamentaux (production, investissement, épargne, balance commerciale et balance de paiement) et la stabilité politique et sociale du pays (exode, chômage, délinquance, insécurité, troubles sociaux et politiques) ; elle a aussi entraîné une plus grande dépendance du pays vis-àvis de l'étranger. L'évolution de la population au cours des quatre dernières décennies présente certains traits caractéristiques qui méritent d'être relevés parce qu'ils ont eu un impact profond sur la population active et la demande additionnelle d'emploi. Cette évolution a introduit des transformations importantes dans les structures de la population. La chute de la fécondité et l'augmentation de l'espérance de vie ont entraîné la réduction du poids de la population de moins de cinq ans ainsi qu'une augmentation importante de la population d'âge actif qui a plus que doublé entre 1966 et 1989 passant de 2,4 à 4,9 millions; ce poids enregistrerait selon les projections faites au début des années 1990 par l'Institut National des Statistiques (INS), une augmentation d'environ 70% en l'an 2001. La population active (15 ans et plus) a connu quant à elle, entre 1966 et 1984, un changement très profond sur le double plan quantitatif et qualitatif. Cette population est effectivement passée de 1,2 à 1,4 millions entre ces deux dates soit un taux de croissance annuel moyen de 3,4%; son augmentation s'est accompagnée d'une amélioration du niveau d'instruction de la population active occupée. Les prévisions démographiques (très fiables) dont nous disposons actuellement en Tunisie permettent sans risque d'erreur, quand elles ne font pas l'objet de manipulations, d'anticiper l'évolution de la population totale, de la population d'âge actif et de la population active sur plusj~urs décennies et donc de calculer avec assez de précision le nombre d'emplois qu'il faudrait créer pour satisfaire les nouveaux demandeurs qui se présentent, chaque année, sur le marché du travail. Tous les calculs effec19

tués au courant de la décennie 1980 ont montré avec une très faible marge d'erreur, que 1.500.000 à 1.800.000 emplois supplémentaires devraient être créés entre 1980 et 2000 afin tout simplement d'éviter une augmentation importante du chômage existant qui, en 1984, se chiffrait à 245.000 pour la population de 18 à 59 ans et à 285.000 pour la population de plus de 15 ans. Ce bref examen de l'évolution de la population tunisienne dans son volume et sa structure au cours des dernières décennies nous a permis de mettre en évidence les caractéristiques principales de cette évolution. Ces caractéristiques vont marquer profondément la politique du pays lors des prochaines années dans tous les domaines et particulièrement dans les domaines de l'emploi et des stratégies de développement, dans l' aménagement du territoire et dans les investissements dans les services sociaux (construction de logements, d'écoles et d'hôpitaux). Il apparaît notamment que le contrôle des naissances et l'élévation du niveau culturel et social de la femme tunisienne ont, par ailleurs, permis d'éviter l'explosion démographique que connaissent les autres pays maghrébins et ont entraîné une baisse modérée mais constante des taux d'accroissement de la population passés de 2,5% entre 1975 et 1984 à 2,3% entre 1984 et 1994 à un taux très proche de 2% actuellement; ce taux atteindrait, selon les estimations officielles les plus récentes, 1,5% à la fin du siècle. Cette baisse se remarque davantage dans les tranches d'âge 0-4 et 5-14 ans, ce qui va alléger considérablement les charges et les dépenses des ménages et du gouvernement qui va avec la même dépense, et entraîner une amélioration de la qualité des services rendus aux populations. Mais cette baisse a été largement compensée par l'augmentation de la population adulte (15 ans et plus) qui est passée de 54% à 75% au cours de la même période et par celle du troisième âge qui est passée de 5,5% à 8,5%. Par conséquent cette pression démographique même modérée, reste sensible puisqu'elle continue à tenailler fortement le pays à cause à la fois de la mobilisation accrue de ressources financières en vue de faire face aux dépenses de plus en plus 20

grandes en matière de logement, de santé et d'éducation et des grandes contraintes qu'elle exerce sur le marché de l'emploi, contraintes qui vont devenir, malgré la baisse du taux de croissance de la population, de plus en plus fortes au fur et à mesure que progresse la population active et s'élève le taux d'activité féminine. L'effet du ralentissement général du taux de croissance démographique ne se fera, dans les meilleurs des cas, sentir sur le taux de croissance de la population active que lorsque le taux d'activité féminine fixé arbitrairement à un niveau très bas, aura atteint des niveaux compatibles avec les réalités économiques, sociales et culturelles existantes en Tunisie. Une autre caractéristique démographique est également à relever à cause de l'impact qu'elle peut avoir sur la politique sociale et d'aménagement du territoire, celle relative au déséquilibre qui affecte l'évolution et la répartition spatiale de la population tunisienne qui vient s'ajouter aux déséquilibres naturels économiques et sociaux qui existent déjà entre le Sahel (Ie littoral) et l'arrière-pays. En effet la population qui se répartissait en 1966 entre 60% de ruraux et 40% d'urbains vient sous l'effet des migrations internes et internationales, de connaître en l'espace de 30 ans des transformations radicales puisque en 1994 on ne comptait plus que 40% de ruraux pour 60% d'urbains. Cette tendance qui semble d'ailleurs irréversible est lourde de conséquences. Elle menace, à long terme, les campagnes tunisiennes de dépeuplement et exerce des pressions de plus en plus fortes sur le marché du travail urbain en transformant un chômage rural déguisé en chômage urbain apparent.
II . ÉVOLUTION DE LA POPULATION ACTIVE (p.A.)

La connaissance précise de la PA. et de son évolution constitue un indicateur indispensable pour l'évaluation du nombre de nouveaux emplois à créer en vue d'absorber la demande additionnelle. Le volume des effectifs composant cette population dépend non seulement du volume global de cette dernière mais également de sa structure par âge et du taux de parti21

cipation à l'activité des hommes et des femmes dans chaque groupe d'âge. Les définitions et les systèmes de mesure exercent également une grande influence sur le volume de ces effectifs parce que si la notion de population totale est assez bien cernée, celle de la population active reste toujours très floue: la notion d'activité n'a jamais eu en Tunisie une limite bien précise et la frontière entre la pleine activité et l'inactivité totale n'a jamais été très nette car, en l'absence d'une indemnisation du chômage, tout le monde s'occupe comme il peut et seule la variation des revenus est susceptible de donner une idée de la plus ou moins grande intensité de l'activité. D'autre part, les évolutions successives de l'économie tunisienne au cours des 40 dernières années qui s'est caractérisée par le passage d'une économie de grands travaux d'infrastructure des années 1960 et des industries de substitution aux importations et de sous-traitance des années 1970, à une éèonomie tirée par les exportations véhiculée par le P.A.S. (années 1980 et 1990) ont profondément marqué la population active dans sa répartition par secteur et branche d'activité, ainsi que dans sa structure par sexe et statut. C'est dans ce contexte qu'il importe de situer dorénavant la redistribution de la P.A. Les principales caractéristiques de la RA. L'enquête population-emploi de 1989(1)chiffre la population active totale (18 - 59 ans) à 2.360.000 personnes sur une population d'âge actif de 15 ans et plus de 4.909.000, d'où un taux d'activité de l'ordre de 48,8%. La part des hommes dans le P.A. représente 79% et celle des femmes est évaluée administrativement à 21%. Quant à la structure par milieu elle dégage une forte concentration de la PA. en milieu urbain, 62% contre 38% en milieu rural. Ce phénomène d'urbanisation est assez naturel quand il est la conséquence d'un processus normal de développement; mais
(I) Les chiffres et données du recensement général de mars 1994 concernant la population active ne sont pas encore publiés à la date de rédaction de cet ouvrage.

22

l'urbanisation accélérée en Tunisie est essentiellement provoquée par un important exode rural; des milliers de jeunes sont chassés par la dégradation des conditions de vie et de travail dans les campagnes et l'élévation de leur niveau d'instruction qui ne les prépare guère à accepter passivement les conditions de vie médiocres qui sont celles de leurs parents. Enfin, cette P.A. de plus en plus instruite et de plus en plus urbanisée est en train de se féminiser à vive allure aussi bien dans les campagnes où les femmes se substituent progressivement à la main-d'œuvre masculine qui abandonne les champs pour les usines, que dans les villes où le même phénomène de féminisation est considéré comme la conséquence des grandes mutations sociales et économiques introduites depuis 1986 par la nouvelle stratégie économique qui a développé des activités grosses utilisatrices de main-d'œuvre féminine. Structures de la population active La population active se divise en deux groupes: la population active occupée (1.979.000 en 1989) et la population active non occupée (381.000 en 1989 dont 316.000 de 18 à 59 ans, 65.000 entre 15 et 17 ans et 10.000 de plus de 60 ans). La population active occupée comptait en 1989, 19,5 % de personnes du sexe féminin et se répartissait entre 26% dans l'agriculture, 34 % dans l'industrie et 40 % dans les services. Les salariés représentaient 66 % de l'emploi total, les patrons et les indépendants 23 % et les aides familiaux et apprentis Il %. Le taux de salariat atteignait son plus haut niveau dans les services (80 %) et dans l'industrie (77 %). Le taux de chômage parmi les actifs de 18 à 59 ans est évalué à 15,3% ; il est à 52% urbain et 48% rural. Le niveau d'instruction de la population active non occupée n'a cessé d'augmenter (30% ont atteint le niveau du secondaire et du supérieur contre seulement 20% en 1982). La structure par âge des sans-travail montre que le chômage touche plus sévèrement les jeunes qui représentent presque 48,5% du chômage global: 153.000 chômeurs auraient moins 23

de 25 ans et si on tient compte dans nos calculs de la population active non occupée âgée de 15 à 17 ans, leur nombre dépasse les 210.000; environ 43% d'entre eux sont des primo- demandeurs d'emploi et 66% cherchent du travail depuis plus d'un an. Seulement ces chiffres sont à manipuler avec beaucoup de prudence et ne peuvent être retenus qu'à titre indicatif parce que dans les faits, l'emploi et le chômage sont surestimés et sous~ estimés. Les estimations du taux de chômage sont basées sur la comparaison des prévisions relatives au niveau de la population active à celles concernant le niveau de l'emploi. Le problème est que très souvent les prévisions de créations d'emplois nouveaux sont surestimées alors que celles relatives à l'augmentation de la population active sont sous-estimées et l'effet conjugué de ces deux facteurs aboutit à une sous-estimation du chômage. Chômage et créations d'emplois sont également sousestimés: toutes les entreprises notamment publiques comptent un fort pourcentage d'ouvriers occasionnels et de saisonniers qui en fait travaillent les quatre saisons depuis au moins 10 à 15 ans mais qui ne sont comptabilisés nulle part. En outre, les substitutions dans les secteurs les plus dynamiques et les plus créateurs d'emplois de la main-d'œuvre féminine et juvénile à la main-d'œuvre adulte masculine aboutissent inévitablement à une large sous-estimation du chômage en général et du chômage masculin en particulier parce que si les jeunes actifs de 15 à 17 ans et les femmes actives au-delà du taux d'activité de 20% retenu artificiellement entrent dans la comptabilisation de l'emploi, ils ne figurent point dans le décompte du chômage puisque officiellement on leur dénie la qualité d'actifs et on ne reconnaît pas leur existence sur le marché de l'emploi. Répartition de la RA. par grands secteurs La répartition de la P.A. par secteurs d'activité indique que la proportion de la main-d'œuvre agricole est en nette diminution mais reste encore aujourd'hui assez importante. Par contre, les activités industrielles, malgré la progression remarquable qu'elles ont connue au cours des quatre dernières décennies, 24

continuent en dépit des gros investissements effectués dans ce secteur à ne représenter qu'une part assez modeste de l'activité économique en Tunisie. On remarque également un gonflement, souvent artificiel, du secteur des services lors de ces dernières années. Les transferts sectoriels de la P.A. s'amplifient notamment par les grandes transformations qu'a connues l'activité économique en Tunisie qui est passée de la concentration des investissements dans l'infrastructure des années 1960 à une orientation nette du gros de la formation brute de capital fixe vers les secteurs directement productifs qui a caractérisé la politique économique au cours des années 1970 ; presque les 2/3 des investissements ont été orientés à cette époque vers les industries manufacturières et le secteur tertiaire (Services et Tourisme). Ces choix économiques n'ont pas manqué d'introduire d'importantes modifications dans la répartition de la P.A. à travers les divers secteurs et branches de l'économie; c'est ainsi que l'agriculture qui occupait presque 75% de la P.A. en 1956,45% en 1966, n'en occupe plus que 32,5% en 1975, 28% en 1984 et à peine 26% en 1989. Ces taux expliquent la tendance au dépeuplement des campagnes tunisiennes qui, sous l'effet conjugué de l'exode d'un côté, de la mécanisation et de la concentration de la propriété et des revenus de l'autre, sont en train de se vider de leurs forces vives. Parallèlement, la part des industries manufacturières est passée de 6% en 1956, à 10% en 1966, à environ 15% en 1975 et à 20% en 1984, avec un léger fléchissement en 1989. La composition de la RA. par sexe et par âge Dans l'examen de la P.A. la distinction entre hommes et femmes, jeunes, adultes et vieillards est indispensable à la connaissance et à la détermination du volume de l'emploi et du chômage. Il est d'abord nécessaire de distinguer entre hommes et femmes pour bien évaluer l'importance du chômage et de l'emploi. Le maintien du taux d'activité féminine à un niveau arbi25

trairement assez bas (:I:20%) alors que la part des femmes dans les nouveaux emplois créés ne fait qu'augmenter, risque d'engendrer une surestimation de l'emploi masculin et une nette sous-estimation du chômage d'une manière générale et du chômage masculin en particulier. A ce phénomène relativement nouveau, il y a lieu d'ajouter l'influence qu'exerce actuellement le secteur traditionnel où la présence de la femme active a été toujours importante (agriculture et artisanat)" le développement spectaculaire de l'emploi dans certaines branches faisant appel essentiellement à une main d'œuvre féminine (THCC, Tourisme, Secteur, Tertiaire, etc.) ainsi que la nouvelle orientation imprimée à l'économie tunisienne depuis 1986-1987 par le P.A.S. qui fait des activités exportatrices grandes utilisatrices de main-d'œuvre féminine considérée comme plus docile et moins exigeante, le moteur de la nouvelle stratégie de développement. D'un autre côté, l'accroissement continu de la population totale, autrement dit du nombre de consommateurs, pose un redoutable problème qu'il faut chercher à résoudre en précisant d'abord le nombre de personnes de moins de 15 ans qui constituent une véritable charge pour la nation et en dégageant ensuite la fraction de la population qui, virtuellement, peut avoir une activité productive. Cette fraction constitue la population active, soit dans son acception la plus large, celle qui est conforme à la définition internationale (BIT) et qui englobe la catégorie des populations de plus de 15 ans, soit dans sa définition restrictive adoptée en Tunisie depuis le ve Plan (1977-1981) qui ne couvre que la population comprise entre 18 et 59 ans, avec un taux d' activité féminine très faible. Les manipulations de la population active Si la notion de population est actuellement en Tunisie bien précise, il n'en est pas de même de la population active occupée et de la population active non employée, qui ont été toujours plus ou moins imprécises et ont souvent fait l'objet de plusieurs manipulations. 26

La notion de population active est floue parce qu'en Tunisie, comme dans tous les autres pays sous-développés, il n'existe aucune frontière précise entre l' inacti vité absolue et la pleine activité. Elle est floue, également, parce que les autorités changent souvent les concepts et les définitions, en jouant sur les tranches d'âge à intégrer dans la définition des taux d'activité ainsi que sur les volumes globaux de la population active agricole qui passe, parfois, du simple au double selon les enquêtes et les recensements. La manière de considérer la contribution de la femme à la production aboutit à une sous-estimation de la population active féminine. Ceci est d'autant plus accentué si l'on considère le milieu rural. Personne ne peut dire avec précision pour la plupart d'entre elles si les femmes sont actives ou non, femmes au foyer ou aides familiales. Les sous-évaluations répétées de l'activité féminine constituent avec celle de la population active agricole l'un des aspects les plus contestables des différentes enquêtes sur l'emploi et la population. A cela, vient s'ajouter l'exclusion des tranches d'âge 15-17 ans et 60 ans et plus de la population active; exclusion que ni la législation sociale ni les réalités socio-économiques ne pourraient justifier. Les personnes comprises dans ces deux tranches d'âge sont considérées comme actives quand elles ont un travail mais ne sont pas comptées comme chômeurs quand elles perdent leur emploi. Les mutations de la population active Au cours des 40 dernières années la population active a connu de profondes mutations dans son volume, sa structure, sa composition ainsi que dans sa répartition spatiale et fonctionnelle. Elle a vu ses effectifs augmenter et s'améliorer sous l' effet d'une pression démographique modérée mais continue, de l'amélioration des soins de santé, de la baisse du taux de mortalité et de l'élévation de l'espérance de vie. Des transformations économiques radicales occasionnées par huit plans de développement économique et social et 40 ans d'efforts de croissance
27

rapide axée sur le développement industriel ont remodelé sa répartition par secteurs et branches d'activité. L'élévation du niveau d'instruction et de formation a façonné les hommes et transformé leurs conditions de vie et de travail. La population active est devenue de plus en plus jeune, de plus en plus urbanisée et de plus en plus scolarisée. Cette mutation radicale s'est accompagnée d'une série de transformations qui ont affecté le corps social tunisien dans sa totalité et qui ont eu des implications sociales et politiques profondes auprès de certaines couches de la population. Le climat de contestation dans les milieux universitaires et ouvriers, la remise en cause de la suprématie du parti unique, l'exigence d'un minimum de démocratie, le profond malaise que connaît la jeunesse à une époque où le décalage entre réalité et aspirations est de plus en plus important, le vide créé par la fin des mythes et des idéologies (patriotisme, modernisme, décollage économique, établissement d'une plus grande justice sociale, nationalisme arabe, unité maghrébine), l'effondrement des pays de l'est et avec eux de l'idéologie marxiste laissent les populations dans un état" d'apesanteur idéologique" en grande partie responsable de la résurgence, dans tous les pays, du sentiment religieux sous ses formes les plus radicales.

28

CHAPITRE 2
L'EMPLOI, LE CHÔMAGE

ET LE SOUS-EMPLOI

I. L'EMPLOI En 1989, la population active totale de 15 ans et plus s' élève à 2.360.000 personnes et la population active occupée représente quant à elle, à la même date, 1.979.000 personnes soit 84% de la population active totale. Ce qui signifie que la population active non occupée ou tout simplement le nombre des sans-travail ou mieux encore des chômeurs atteint 381.000 individus soit 16% de la population active dont 316.000 soit 15,3% âgés de 18 à 59 ans; le reste des non occupés se répartissent entre 55.000 âgés de 15 à 17 ans et 10.000 âgés de 60 ans et plus. Au problème des personnes à la recherche d'un emploi vient s'ajouter celui des sous- employés c'est-à-dire de tous ceux qui, d'après la définition tunisienne, ont déclaré lors des différents recensements avoir travaillé moins de 5 jours par semaine ou moins de 6 mois par an et dont l'effectif s'établirait à quelques 300 000 actifs dont plus de 50% travailleraient dans l' agriculture. L'autre caractéristique de la situation de l'emploi est la coexistence d'un secteur moderne organisé et d'un secteur traditionnel non structuré de type artisanal qui occupe une place de plus en plus importante. Presque 790.000 emplois y sont localisés, mais des emplois qui revêtent le plus souvent un caractère précaire et mal rémunéré. Cette distinction entre secteur moderne et secteur traditionnel est d'autant plus nécessaire à faire que le secteur non structuré est en train de prendre de plus en plus

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.