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Michèle B Un appelé dans la guerre d’Algérie
Témoignage phototextuel
Lesimpliqués É d i t e u r
UN APPELE DANS LA GUERRE D’ALGERIE
Les Impliqués Éditeur Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire. Déjà parus
Delattre (Bernard),2015 : Désespoirs, mais aussi des espoirs, essai, 2016. Colombier (Roger),La commanderie de Prunay-le-Temple dans les Yvelines, essai, 2016. Giroux (Bruno),Scènes familiales de la Caraïbe et d’ailleurs, nouvelles, 2016. Chavanne (Claude),Kojimachi 5-7, récit, 2016. Ngouala (Claude),Confession publique, poésie, 2016. Tshimbalanga (Jean Louis),Hommage à une légende vivante, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, essai, 2016. Bensard (Jacques),Au pied de l’échafaud, essai, 2016. Gaillarde (Bernat),L’irrédentiste, roman, 2016. Calosci (Claire), Calosci (Alain),Coaching existential : une quête de sens, essai, 2016. Franquin (Bernard),Si tu cries dans la forêt…, récit, 2016.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Michèle Bacholle-Bošković
Un appelé dans la guerre d’Algérie Témoignage photo-textuelLes impliqués Éditeur
Du même auteur Paroles d’auteurs jeunesse : Autour du multiculturalisme et des minorités visibles, Rodopi, 2013. Annie Ernaux de la perte au corps glorieux, Presses Universitaires de Rennes, 2011. Linda Lê, l’écriture du manque, The Edwin Mellen Press, 2006. Un Passé contraignant. Double bind et transculturation, Rodopi, 2000. © Les impliqués Éditeur, 2016 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-09547-9 EAN : 9782343095479
Introduction
Michèle Bacholle-Bošković
Tout a commencé par un album, enfermé dans le bas d’une bibliothèque, pas vraiment sous clef car la clef restait sur la serrure. Enfant, je le regardais de temps en temps, attirée par sa couverture en cuir rouge bosselé, des dromadaires en reliefce nest que récemment que je me suis aperçue qu’il yavait une figure agenouillée, prosternée,au premier plan. À l’intérieur, des photos de mon père, Marcel Bacholle, et d’autres «mecs » qui ont fait leur service militaire en Algérie à la fin des années 1950. Je regardais ces photos, seule, pas régulièrement, accidentellement presque, quand je cherchais un jeu de société dans la bibliothèque et que je tombais dessus. Photos de mon père à unâge où je ne l’ai pas connu, jeune, bien bâti, le crâne pas encore dégarni, ici dans des palmiers, là torse nu à laver son linge, là encore à demi allongé, à la romaine, en maillot de bain. Photos « arrêts sur corps », comme le dit Annie Ernaux.Photos d’un pays lointain, photos d’un pays en guerre, soi-disant. Je me souviensqu’il y avait à la maison un cendrier en cuivre surmontéd’un avion au nez très pointu que ma mère briquait au Miror en même temps que ses casseroles et que mon père sortait lors de repas de famille pour les fumeurs. Il y avait encore à la maison des drapeaux, roulés, ils étaient déployés lors des
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défilés du 8 mai et du 11 novembre à Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche); nous, les élèves de l’école laïque, défilions derrière. De la guerre, mon père ne parlait jamais. À ma mère, il ripostait à l’occasion «T’as pas fait la guerre, toi », ce à quoi elle répondait invariablement «J’en serais pas revenue ». Il en est revenu, lui. Il est revenu dans son village natal, son patron l’a repris, il a retrouvé sa fiancée, ma mère, ils se sont mariés en octobre 1962, quatorze mois après son retour, sept mois après les accords d’Évian qui 1 ont mis fin à la « question algérienne » , trois mois après l’indépendance de l’Algérie. Je naîtrai presque sept ans plus tard, en juin 1969. La guerre est déjà loin, étouffée sous ce que l’historien Pierre Vidal-Naquet a appelé « une 2 sorted’oreillerde silence » . Avance rapide. 1990. Après des études d’anglais à l’université de Caen, jeparticipe à un programme d’échange à West Virginia University (USA) et je suis mon premier cours de littérature francophone. Je lisNedjmaque Kateb Yacine a publié en 1956 et découvre la guerre d’Algérie. Je me sens flouée. L’histoire de Lakhdar, Mourad, Rachid et Mustapha n’a rien à voir avec le peu que j’ai appris à l’école dans mes manuels d’histoire et certainement rien à voir avec les « mecs » qui posent dans les palmiers et fêtent Noël ou la quille. Je tournerai longtemps autour de la guerre mais j’y viendrai dans ma recherche par le biais de la littérature algérienne de femmes (La femme sans sépultured’Assia Djebaren 2002), par la littérature beure (Le harki de Meriemd’Ahmed Kalouazen 1991) et par la littérature de jeunesse (La Seine était rougede Leïla Sebbar en 1999), entre autres. Je publierai des
1 La guerre d’Algérie n’a été reconnue comme tellepar l’Assemblée Nationalequ’en1999. On parlait avant de la « question algérienne », de la « crise algérienne », des « événements ». 2 Cité par l’historien Benjamin Stora dansLa gangrène et l’oubli: La mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1991, p. 71.
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